La mort au moyen âge

Titre: La mort au moyen âgela mort au moyen age.jpg
Auteur: Danièle Alexandre-Bidon
Éditeur: Hachette Littératures 1998
Collection: Pluriel
Pages: 333

Voila un sujet un peu morbide pour un livre et pour un lecteur. Mais s'arrêter au morbide est négliger l'importance de la mort dans la vie d'un humain et donc dans les sciences dites humaines. La mort, que l'on en soit heureux ou non, est au centre de nos vies, on se dirige vers elle, on l'accepte ou non et on développe des rites face à elle. Ce livre a pour but de nous illustrer les rites médiévaux mais aussi tout ce qui entoure la mort d'un proche: les tombes, l'église, les métiers, le testament, etc à la période médiévale.

Est ce réussis? Je pense pouvoir dire que oui. l'auteur nous permet d'avoir un aperçu de la pensée de la mort et de son évolution au moyen âge, pensées qui nous sont parfois surprenante. Il nous montre aussi une société ou le mort était partie intégrante de celle-ci et ou les familles et amis gardaient en face d'eux le mort jusqu'à ce que, petit à petit, l'église confisque ces moments d'intimités pour, ensuite, les perdre et oublier ce qu'est la mort. C'est un sujet morbide mais c'est aussi un moyen de comprendre la vie et les gens et Bidon pourrait avoir raison quand il déplore la perte de vision des morts dans notre société et l'abandon dont ils sont victimes. Devrions nous retourner au chevet du mourant jusqu'à éa fin et accompagner la préparation des rites? Peut être.

Commentaires

  • Hassan, la position anticléricale de Mme Bidon me paraît peu crédible. L'Eglise a entretenu le culte des morts, mais a voulu que ces morts soient des saints, et non simplement des ancêtres privés. Mais je me demande si vraiment le culte des ancêtres aurait perduré, si l'Eglise n'avait pas agi. François de Sales, dans une méditation, disait déjà que quand on mourait, on était bien vite oublié. Or, il ne le prenait pas en bonne part. L'Eglise n'a pas forcément interdit le culte des ancêtres. Cela ressemble à la théorie du complot, justement.

    Reprocher à l'Eglise d'avoir confisqué l'entretien et la mémoire des morts, c'est pour moi un peu comme reprocher à l'Etat d'avoir remplacé le système des vengeances privées par une justice réputée impartiale. Cela a-t-il du sens, je ne crois pas. La religion naturelle, c'est simplement l'absence de religion : les animaux ne se soucient pas des morts. Le culte des saints était aussi une manière de ramener le respect des morts. Les Romains se moquaient volontiers des empereurs officiellement divinisés qui s'étaient comportés comme des cochons durant leur règne, et on se moquait aussi de ceux qui les divinisaient. A Rome, le respect des morts était devenu théorique.

  • Bonjour,
    pour vous répondre de moi-même j'aurais besoin de faire plus de recherches et de plus de temps. En l'état actuel je ne peux que défendre les thèses de ce livre et avouer mon ignorance. Après tout, c'est justement parce que je suis ignorant sur ce sujet que j'ai consulté ce livre.

    Si j'ai bien compris Danièle Alexandre-Bidon il y a eu confiscation au long terme des rituels familiaux trop proche du paganisme pour les rendre plus cléricaux et plus chrétiens. Je ne le vois pas comme un complot mais comme un mouvement culturel pour "imposer" une religion dans toutes les couches de la société.

    En ce qui concerne vos autres questions je pense que le culte des ancêtres aurait pu, si il était aidé en cela, perdurer mais pas forcément selon les même rites que le culte romain. Il est impossible de le savoir on ne peut qu'essayer de faire des comparaisons et étudier l'époque.

  • Mais selon quels documents pensez-vous que Mme Bidon a forgé son opinion ? En fait, il n'y en a pas, puisque les documents qui nous restent de l'Antiquité sont tous passés par l'Eglise. Quant aux documents laissés par les païens, ils ne montrent pas que les prêtres ne se sont pas occupés des morts. Ils s'en occupaient bien. Chez les Gaulois, les druides s'en occupaient probablement : pourquoi non ? Quelle est donc cette époque où la mort n'était que familiale ? Une époque qui n'a laissé aucun document, mais qu'on conjecture : qu'on essaie de connaître à partir d'hypothèses.

    La famille est bien sûr la base de l'organisation sociale. Mais le passage de la famille à des organisations sociales plus vastes ne concerne pas plus la religion que le reste des activités humaines. Au demeurant, l'Eglise catholique s'appuie tellement sur la famille - plus, il faut l'admettre, que l'Etat laïque - que l'hypothèse de Mme Bidon a quelque chose d'incohérent.

    Parler de confiscation, quoi qu'il en soit, c'est user d'un terme péjoratif : ce n'est pas simplement rapporter un fait. Mais les druides déjà réglaient l'office des morts, probablement. L'époque de la religion naturelle est quelque peu fantasmée. Or, elle l'est chez beaucoup d'historiens, depuis le XVIIIe siècle.

  • Il m'a fallu un peu de temps pour réfléchir, Bidon s'appuie sur l'archéologie et les textes d'époques par exemple les testaments. Il faudrait que je regarde les choses de plus près (ce que je n'ai pas fait) pour critiquer les thèses de ce livre.

    Quoi qu'il en soit vos remarques sont intéressantes et convaincantes et je vous remercie de m'en faire part. Je souhaiterais en savoir plus pour pouvoir me faire une idée plus réelle de la valeur de ce livre. Je sais que les Annales et Médiévales l'ont reçu mais je n'ai pas trouvé de compte rendu de la part de ces revues pour me guider dans mon appréciation en utilisant internet même en allant directement sur leurs sites. Il n'est, bien entendu, pas impossible que ma recherche n'ait pas été bien menée.

  • En fait, j'ai beaucoup fréquenté la Sorbonne, et mon impression est que les critiques contre le clergé sont une sorte de tic de l'université française. Dire "confisquer", c'est bien prononcer un jugement. A mon avis, l'Eglise catholique s'est surtout employée à entretenir le culte de morts qu'elle estimait saints, et à les différencier des autres morts. Or, il n'est pas faux qu'en famille, on soutient ses ancêtres même quand ils ne le méritaient pas nécessairement. Mais à ce sujet, parler de confiscation, je trouve que c'est un peu fort. Il eût été plus objectif de parler d'intervention.

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