12 théories de l'état et de la société

Titre: 12 théories de l'état et de la société9782353740581.gif
Auteur: Pierre Chassard
Éditeur: Dualpha 2007
Pages: 250

Dans le cadre de mes cours en sciences politiques de l'année passée j'ai, bien entendu, eu des heures de philosophie politique. Ce n'est pas ce que je préfère mais il est intéressant de connaitre les théories qui ont existé et leur contexte historique. C'est pourquoi j'ai pris ce livre. En le choisissant je pensais découvrir un livre de synthèse sur 12 théories résumées et comparées comme le sous-entend le résumé. J'ai découvert tout autre chose...

L'introduction, courte, est un mensonge. L'auteur y affirme la neutralité de ses choix tout en avouant, bien entendu, que ses critiques seront subjectives. Mais la suite de l'ouvrage est bien plus que de la subjectivité. Pour prendre un exemple je choisirais le seul auteur que j'ai effectivement étudié: Rawls. Chassard n'aime pas Rawls, ça se sent, ça se lit et ça le conduit soit à ne pas le comprendre, au mieux, soit à mentir sur sa philosophie. Car Chassard affirme que Rawls utilise le concept de "voile d'ignorance" pour créer des êtres humains réels incapable de se souvenir de leur passé et de leur culture. C'est une grossière erreur qui m'aurait conduit, si je l'aurais écrit dans une feuille d'examen, à être renvoyé à mes livres. Le "voile d'ignorance" n'a pas vocation à devenir réel. C'est un moyen théorique de trouver les règles de justices sociales en évitant la partialité. Ceci n'est qu'un exemple mais après lui je ne peux que mettre en doute toutes les affirmations de l'auteur dans ce livre.

Néanmoins il y a pire. Chassard ne fait pas que mentir, ou ne pas comprendre, il attaque vigoureusement tous les philosophes dont les écrits ne lui plaisent pas. A titre d'exemple je choisirais la conclusion à la critique envers Dworkin à la page 29: "(...) Dworkin a pour principe d'écarter systématiquement toute la naturalité pour le pur rationnel en vertu de son égalitaromanie, et de son idéologie égalitariste (...). Ses recours à la démocratie libérale ne font qu'aggraver leur effarante inanité. Ainsi, il s'auto-disqualifie dès le départ". Comme il est facile de le remarquer dans la citation que je viens d'inclure Chassard n'aime pas deux choses: la démocratie libérale et l'égalitarisme. Au fil du livre on se rend compte que Chassard souhaite un état fort et réfute les droits de l'homme au profit des droits du citoyen mettant au pilori les étrangers qui corrompraient la communauté d'origine.

En effet, la seconde caractéristique de l'auteur est, au mieux, une xénophobie ou, au pire, un racisme avoué. Il y a de multiples citations qui prouvent ces faits comme aux pages 24 et 25 "La stratification sociale qui s'établit naturellement (je souligne) partout où des populations blanches et noires cohabitent m'est en effet que le produit d'une différence d'aptitudes, non le résultat d'une discrimination quelconque." Alors que Dworkin pense le contraire. Une seconde attaque se fait contre Popper qui avoue son amour de la démocratie Athénienne. Chassard considère qu'Athènes n'était pas une démocratie athénienne car elle était de nature commerçante et ceux-ci sont censé être des étrangers. Lorsque Popper parle des problèmes sociaux Chassard surenchérit aux pages 172 et 173 "Quand il (Dworkin) parle de convulsions sociales à Athènes, de tensions entre classes, il a raison et il a tort. Il a raison car il s'agit bien de luttes de classes si l'on examine la situation en surface du seul point de vue économique, mais il a tort parce qu'il s'agit avant tout, si on l'examine en profondeur, d'une lutte de races. Orient marchand et parasitaire contre occident fabricant et producteur. Lutte qui traverse les siècles des partisans intéressés de la société ouverte contre les membres des communautés naturelles en défense."

Je crois que cela suffit à démontrer mon propos. Chassard, loin de présenter des théories, crée un livre haineux et subjectif dont les sous-entendu nationaliste voir racistes ne peuvent pas apporter l'adhésion. En fait, en guise de conclusion, une citation de Chassard des pages 163 et 164 contre Popper sera parfaite: "Inspiré plus par la haine que par le désir de clarifier objectivement, (...), des positions théoriques qui ne lui agréent pas, Popper use souvent d'invectives et avance des arguments qui n'ont pour la plupart rien de philosophique. (...) Il s'agit visiblement, en grande partie, d'une œuvre de propagande destinée à disqualifier les philosophies politiques adverses et à diaboliser leurs auteurs."


Image: Fnac

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