Heur et malheur du guerrier. Aspects mythiques de la fonction guerrière chez les Indo-Européens

Titre: Heur et malheur du guerrier. Aspects mythiques de la fonction guerrière chez les Indo-Européens5130Y1BR27L._SL500_AA240_.jpg
Auteur: George Dumézil
Éditeur: Flammarion 1985
Pages: 236

George Dumézil est l'homme qui a permis de comprendre la tri-fonctionnalité dans les sociétés indo-européennes. En résumé c'est très simple, il y a trois fonctions de base: la souveraineté, la fonction guerrière et la fonction productrice. Ce petit livre se propose d'étudier la fonction guerrière. Pour cela, et je pense que c'est un bon moyen, Dumézil compare les mythologies et histoires épiques de plusieurs civilisations du monde. Par ce moyen nous pouvons découvrir qu'elles sont les caractéristiques principales de cette fonction ambigües car créée pour protéger la société mais étant, en elle-même, un danger pour la société qu'elle protège.

L'un des chapitres que j'ai trouvé le plus intéressant concerne les péchés des guerriers. On découvre, dans différentes civilisation, les même péchés de base: religieux, lâcheté et de sexualité. En accomplissant ces trois actes le guerrier mythique perd de sa force et doit se purifier. On découvre que les guerriers, nécessaires, sont souillés par leurs actes et doivent trouver un moyen de se "laver". J'ai aussi particulièrement apprécié l'utilisation des mythes sur lesquels l'auteur se base et qui, semblerait-il, permettraient de trouver des indices sur le fonctionnement de la société. Cependant, je dois avouer avoir du mal à écrire une présentation exhaustive et acceptable. Je n'ai tout simplement pas assez de connaissances dans le sujet. Mais ça ne m'empêchera pas d'essayer d'en savoir plus.


Image: prise sur amazon.

Commentaires

  • J'ai souvent eu du mal à comprendre pourquoi cette organisation en trois classes se voyait mieux dans les mythes que dans l'histoire ou les lois des pays indo-européens, auxquels appartenait l'ancienne Rome, base et origine de nos lois. Je n'ai pas vu non plus que Dumézil ait démontré que les peuples non indo-européens eussent des organisations différentes. Pour moi, il est clair que cettte organisation est liée à celle de chaque être humain, qui peut penser, ressentir et agir. Il faudrait voir s'il existe un seul peuple sur Terre qui soit n'a pas eu de religiosité, soit n'a pas eu de gouvernement, soit n'a pas produit sa nourriture de manière communautaire et organisée. Même une tribu d'Amazonie est dans ce cas, en fait. Il y a le sorcier, le chef, et ceux qui s'occupent de trouver et de préparer la nourriture et de construire les huttes. C'est bien de le voir, mais les mythes et les Indo-Européens, qu'ont-ils à voir là-dedans?

  • Bonsoir,
    vos remarques sont intéressantes je vais essayer d'y répondre si je le peux. Car, malheureusement, je ne connais pas assez le travail de Dumézil et de ses confrères pour pouvoir le défendre ou le critiquer. Donc je suis incapable de vous dire si il existe un peuple, sur Terre, qui ne connaisse pas la religion, la souveraineté ou la communauté.
    Mais, si j'ai bien compris le propos, Dumézil utilise les mythes comme révélateurs des pensées profondes des sociétés. Les mythes et épopées nous permettraient de savoir quels sont les idées "inconscientes" de ces peuples. Et, mais je ne peux pas l'affirmer, Dumézil parle des indo-européens car ce groupe mythique, puisque reconstruit, recouvrerait des sociétés très différentes mais qui descendraient d'une même "société ancêtre".

  • Je pense surtout qu'étudier des mythes est plus agréable et moins rébarbatif qu'étudier des systèmes de lois. Et à mon avis, il eût fallu prouver que la répartition en trois "classes" de la société est comme un héritage héréditaire, avant de se restreindre aux Indo-Européens. Car si cela vient de la manière même dont est fait l'être humain, on peut dire que cela n'a rien d'héréditaire, dans le sens où même une société entièrement nouvelle reprendrait finalement ces trois aspects, contrainte qu'elle serait de correspondre à la nature de l'être humain: ce qui paraît logique. Ce qui est gênant, ici, ce sont les présupposés. En tout cas, il est certain que les mythes, contrairement aux lois, ont une autre fonction que de représenter à la postérité l'organisation sociale des civilisations. Ils ont d'ailleurs toujours été faits par la classe dite "sacerdotale", et on aurait aussi pu s'interroger sur la préférence, du coup, que les mythes manifestent pour cette classe. Si on dit que ces mythes peuvent aussi êre créés le soir à la veillée par des paysans, on admet que le sacerdoce est une caractéristique de l'être humain qui ne s'exprime pas toujours en classe distincte, même chez les Indo-Européens. L'organisation sociale claire vient des Romains, et non des Indo-Européens en général, je pense.

  • Bonjour,
    Dumézil, en tout cas dans ce livre mais je doute de le retrouver dans ces autres œuvres, ne parle pas de l'organisation sociale. On ne peut pas le faire en partant des mythes car ils n'offrent pas d'informations sur ce sujet. Il utilise, si j'ai bien compris, les mythes pour comprendre les visions du monde que possèdent ces civilisations. Elles auraient vu trois fonctions de base qui doivent se retrouver en tous temps et lieux de manière harmonieuse pour que le monde fonctionne.

    Si on souhaite comprendre la société on doit, en effet, se baser sur le lois mais ne pas oublier leurs limites. Les lois donnent une thèorie de la société mais la pratique n'y est pas toujours fidèle. Il faut donc aussi observer les observations des penseurs de l'époque quand ils parlent de leur société.

    En ne se basant que sur les lois il est difficile de comprendre pourquoi la République Romaine est tombée. Quand on ajoute l'arrivée massive d'esclaves et de richesses et les textes parlant de riches romains obligeant les pauvres à vendre leurs terres on comprend déjà un peu mieux les raisons des troubles de l'époque et de la paupérisation de la plèbe.

  • Peut-être. Mais en fait, les lois qui n'empêchaient pas ces pratiques expliquent mieux que les pratiques elles-mêmes la chute de Rome, car personne n'a jamais pensé que Rome n'abritait que des saints, mais que ses lois étaient justes, et c'est pour cela que les peuples acceptaient de s'y soumettre. Les pratiques mauvaises existent toujours; ce qu'il faut savoir, c'est si elles sont réprimées par le bras politique de la Cité, ou non. Or, on sait parfaitement que nombre de pratiques injustes, quand elles paraissaient profiter à l'aristocratie de l'Empire, n'étaient pas réprimées. Vous n'en donnez qu'un exemple parmi d'autres.

    J'ai un peu de mal à vous suivre, concernant Dumézil. Si les trois fonctions sont, selon les mythes qu'il a regardés, nécessaires spontanément et naturellement, ellles doivent aussi être dans la nature en général: il ne s'agit donc pas de décrire l'humanité, mais le monde, qui contient des dieux qui commandent à l'univers, une terre qui donne ses fruits, et des êtres animés qui agissent dessus selon le commandement des dieux. Le problème est que tous les mythes présentent les choses de cette façon. Même la Bible est ainsi. Je pense que Dumézil (dont j'ai lu un livre) a réellement voulu décrire la société, et y distinguer trois classes s'articulant entre elles. Et le fait est que les mythes ont pour visée de décrire le monde avec les hommes, la partie terrestre (sensible) et la partie céleste (divine). Ensuite, au sein de l'humanité, une partie se rattache en fait à la partie terrestre, l'autre à la partie céleste, et cela crée des pôles, des conflits, et donc l'occasion de raconter une histoire. Mais c'est le propre des mythes en général. Il faudrait voir ce qui est propre aux Indo-Européens. Or, la distinction consciente en classes sociales semble leur être propre: c'est le cas en Inde. Et dans les sociétés n'ayant pas de lien avec l'Inde, on observe que les fonctions sont moins catégorisées, et que la place de l'homme dans le monde, même, est moins clarifiée. L'homme est plus mêlé à la nature, pour ainsi dire, tant céleste que terrestre, et cette nature elle-même n'a pas de pôles très clairs. Ce qui est propre aux Indo-Européens est le développement de la distinction entre les fonctions, et non la création de ces fonctions. Mais même les mythes amérindiens présentent le monde comme polarisé entre le Ciel et la Terre avec l'homme agissant au milieu.

  • Il y a une différence entre avoir une loi et que cette loi soit appliquée. Je pense qu'utiliser les lois pour expliquer un évènement est utile mais ne permet pas de comprendre tous les aspects de l'évènement. Il y a d'autres "forces" qui sont bien plus diffuses et difficile à voir mais qui permettent mieux d'expliquer ce qu'il s'est passé. La chute de la République est autant du à des lois qu'a la décision de certains hommes (que l'on peut maintenant identifier) et de la force de la tradition.

    Je ne sais pas si les sociétés indo-européennes sont les seuls à avoir connu une division entre classes sociales. Mais peut être n'ai je pas lu le bon livre pour savoir cela? Et, surement, parce que je connais mal les autres sociétés.

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