Démons et Génies du terroir au moyen âge par Claude Lecouteux

Titre: Démons et Génies du terroir au moyen âge51%2BPLxCHW0L._BO2,204,203,200_PIsitb-sticker-arrow-click,TopRight,35,-76_AA240_SH20_OU08_.jpg
Auteur: Claude Lecouteux
Éditeur: Imago 1995
Pages: 218

Lorsque j'ai du rendre mon premier travail universitaire, sur la mort au moyen âge, j'ai croisé quelques livres de Claude Lecouteux. Comme ils ne m'étaient, à l'époque, pas utile je les ai rapidement oublié après avoir noté leur existence. Aujourd'hui, j'ai décidé d'en lire un sur un sujet qui m'a interpelé. Un sujet d'un certains coté religieux mais que l'on nommerait plutôt folklorique. La question qui m'intéressait concernait les fées, lutin et autres génies du terroir et la signification de leur existence. Comment l'homme organise sa vie face à ses génies et quels sont les rituels qu'il met en place pour vivre en harmonie? Lecouteux essaie de répondre à ces questions dans ce livre mais il a aussi écrit d'autres recherches que cela soit sur les vampires, les monstres ou les esprits des morts.

Ici, il a décidé de diviser sa recherche en trois parties. La première est une sorte de définition du sujet. Quels sont ces génies? ou les trouve-t-on? comment agissent-ils? Et surtout pourquoi sont-ils la? La seconde partie concerne l'humanisation et la protection de l'habitat des hommes. Autrement dit, les rites utilisés pour se protéger et vivre à un endroit qui, auparavant, appartenait aux génies. La troisième partie concerne les parties du monde ou les démons et génies vivent et leur possible retour dans un lieu anciennement, ou encore, habité.

Lecouteux, pour sa démonstration, utilise beaucoup de textes dans des traditions germaniques. Il nous permet de voir la centralité du monde mystique ou religieux au moyen âge. Lorsqu'on lit ce livre on apprend que le monde était véritablement coupé en deux entre les humains et les forces plus ou moins religieuses. L'homme les voyait, les craignait, se battait contre et rencontrait les génies partout. D'où une grande importance des rites pour pouvoir s'établir en un lieux. D'où, aussi, le respect du aux différents endroits habités par ces anciens dieux: les forêts, montagnes et étendues d'eau. Comme Lecouteux le dit en conclusion, d'une certains façon l'existence de ces génies obligeait l'homme à respecter la nature, une nature sauvage qui pouvait contre.attaquer et reprendre ses droits en cas de viol ou de faute par l'homme. Justement, lorsque nous étudions ces rituels païens nous découvrons une lutte de la civilisation contre le sauvage, Ces rites sont un moyen de civiliser un lieu pour permettre à l'homme d'y habiter sans risques. Un moyen de pacifier les génies de l'endroit, de compenser sa perte. Néanmoins, après avoir fini ce livre un sentiment de déception s'est fait jours. Il n'est pas mauvais ni inintéressant mais j'avais une impression d'inachèvement. L'impression que Lecouteux n'est pas allé assez loin dans sa recherche et dans les significations des rituels. Peut être n'étais ce pas son but ou n'a-t-il pas pu le faire à cause du manque de sources?


Image prise sur amazon.fr.

Commentaires

  • Ces rites ne sont pas différents de ceux des Orientaux, qui ont été bien étudiés. J'ai lu par exemple un livre sur les esprits et génies protecteurs du Cambodge, et il était assez complet.

  • Je n'ai jamais rien lu sur les rites orientaux, peut être un jours, mais Lecouteux montre bien que romains, vikings, germains ou francs ça ne change pas grand chose il y a toujours les même façon d'agir. Alors surement aussi pour les Orientaux.

  • Je découvre votre blog parce que je cherchais à m'informer sur Claude Lecouteux, après avoir entendu une interview de lui sur France Culture.

    Ca m'a beaucoup intéressé parce que Lecouteux nous raconte ce que j'ai entendu en Afrique au sujet des Djinns. Le Coran affirme l'existence des Djinns, en français génies, envers lesquels le christianisme est plus réservé même s'il nous rappelle que Dieu est créateur de toutes choses visibles et invisibles.

    Personnellement je suis convaincu que ces êtres existent REELLEMENT même si nos pauvres perceptions d'occidentaux techniques et rationalistes ne nous permettent plus de les voir. Ils existent et ils agisssent dans notre quotidien. Certaines personnes sont capables de communiquer avec eux. Evidemment en Europe il y en a un peu moins car ils ont été chassés par tous ces travaux de bétonnage et d'électrification toutes ces machines toute cette pollution et tout ce bruit que nous faisons sans respecter les usages d'élémentaire coutoisie envers les génies du lieu.

    Notre civilisation moderne est parfois punie pour ce manque d'égard, par des inondations, ou des épidémies. Et les génies, je ne sais pas où ils ont été se réfugier. Paraît-il en Scandinavie, du côté du cercle polaire, où les lapons leur fichent la paix. Ou alors en Afrique, quoique je ne suis pas sur que les génies celtes ou germains ne soient pas un peu xénophobes et je me demande s'ils fraient volontiers avec leurs congénères peuls, sérères, boroboros, dioulas ou bambaras.

    Bref, j'ai été aussi un petit peu déçu par l'interview, principalement parce que Lecouteux ne s'est pas aventuré jusqu'à nous dire si personnellement il croyait à la réalité de ces êtres. Il est resté sibyllin là dessus.J'en aurai plutôt conclu qu'il y croit mais que pour ne pas avoir l'air idiot dans un monde qui ne comprend plus ces choses, il ne le dit pas, et se contente de faire état de sa connaissance littéraire, germanistique et médiévistique. Ce qui est une manière d'aborder le phénomène, mais bien sur limitée et qui, en soi, ne suffit pas pour entrer en communication avec les elfes et les lutins. Pour celà il faudrait un autre savoir, que Lecouteux a peut-être, ou peut-être pas.

    Et vous, qui êtes vous? Vous nous dites: "Lecouteux n'est pas allé assez loin dans sa recherche et dans les significations des rituels. Peut être n'était-ce pas son but ou n'a-t-il pas pu le faire à cause du manque de sources?"

    Etes-vous aussi un érudit universitaire, qui a simplement connaissance de sources scientifiques dont ne disposerait pas Lecouteux, ou êtes vous un initié qui sait entrer en contact avec les génies?

    Quelle est l'utilité de ces sources savantes si elle ne permettent pas d'accéder à la vraie connaissance des génies, qui sont vivant et qui se nourrissent de lait ou même de viande ?

  • Bonsoir,
    tout d'abord merci d'avoir lu ce billet et d'en parler. Je n'ai pas entendu cette interview de Lecouteux sur France Culture. Malheureusement je ne reçois pas cette chaine de radio chez moi et il est rare que j'y pense.

    Vous dites croire en ces génies des lieux. Ce n'est, personnelement, pas mon cas ni, je pense, celui de Claude Lecouteux. Bien que je ne puisse pas parler à sa place vous le comprendrez aisément. Quand à moi je suis loin d'être un érudit. Je ne suis qu'un simple étudiant en histoire.

    Nous sommes donc Lecouteux et moi (bien que loin d'être au même niveau de reconnaissance) dans le champs scientifique. Donc, comme lui, je m'intéressais principalement à ce que les rites pouvaient m'apprendre sur les êtres humains. Quels étaient leur façon de voir le monde et leur façon d'y vivre. C'est pourquoi j'aurais aimé une plus grande explication sociale des rites menés par les hommes du moyen âge.

    Donc, pour répondre à votre question finale, le but de ces sources (qui sont loin d'être toutes savantes) n'est pas d'accéder à une réalité mystique (qu'elle existe ou non) mais de mieux comprendre l'être humain. C'est, à mon avis, le but principal de toutes recherches historiques en particulier et en sciences sociales en générale.

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