Pourquoi les étudiants se mobilisent-t-il?

En tant qu'étudiant je suis, bien entendu, directement concerné par la mobilisation actuelle des étudiants. Pour l'instant, je suis resté extérieur aux évènements proprement dit tout en écoutant et observant les différentes revendications. Je profite de mon passage dans l'auditoire occupé de mon université (ou je me trouve encore) pour essayer de savoir ce que je comprend de cette mobilisation. Déjà, contre quoi les étudiants parlent-ils? Principalement on s'attaque au processus de Bologne cependant les principales revendications sont plus locales. Suppression des taxes d'études, déscolarisation de l'université (en supprimant les listes de présences), contrôle public de l'université et aussi réorganisation des bourses sans oublier la mise en place d'une véritable mobilité européenne des étudiants.

Bien entendu je suis étudiant depuis peu de temps. On pourrait donc penser que je ne suis pas assez au courant des fonctionnements de l'institution. Même si je ne suis pas la personne le plus au courant des nouveautés instituées par le processus de Bologne j'ai pu voir plusieurs choses. Premièrement, je ressens très fortement cette pression aux crédits. Je dois réussir à avoir mes crédits pour valider une année. Si je n'y réussis pas je suis en échec ce qui peut me mener à la fin des mes études. Mais ces crédits ne sont pas un bon moyen de contrôler le travail de l'étudiant. Non seulement la charge de travail n'est pas la même selon le cours pour un même nombre de crédits mais surtout ce n'est étudier qui est devenu important mais être crédité. Durant le même temps la structure des études et plus dense et contrôlée ce qui empêche l'étudiant de travailler à coté de ses études pour vivre.

Le second point que je ressens fortement est celui de la mobilité. Le processus de Bologne est censé avoir ouvert toutes les universités d'Europe à tous les étudiants d'Europe. Néanmoins cet échange demande une préparation administrative dense: il faut préparer son plan d'études, la faire valider, s'assurer que l'on a réussi son plan d'étude actuel, trouver une université, préparer les papiers, avoir assez d'argent et s'assurer de l'accord de l'université. Même avec toutes ces précautions je connais des cas ou l'échange a été invalidé car finalement le plan d'étude préparé n'est plus reconnu ou alors ce que l'on étudiait précédemment n'est plus enseigné. On se trouve face à une administration opaque et extrêment compliquée à comprendre.

Le troisième point dont je parlerais est celui de l'argent. En tant qu'étudiant je suis censé être un privilégié. Est-ce vrai? pas du tout. En tant qu'étudiant je suis dans une situation extrêmement précaire. Je suis qualifié, dans de hautes études mais je ne peux postuler que pour du travail à temps partiel ou à l'appel et peu valorisant. Vous savez la jeune vendeuse de la Boulangerie, la caissière à la Coop ou le caissier au MCdonald du coin que vous utilisez comme exemple à vos enfants pour qu'ils travaillent bien à l'école. Une grande partie sont des étudiants l'université. Bien sur il existe des bourses et des prêts. Mais les bourses sont longues a être versées et dépendent de l'argent des parents (qui ne veulent pas toujours offrir de l'argent éternellement) et des prêts qui sont un piège pour le futur. Pouvez-vous, sérieusement, imaginez à vos enfants un avenir ou ils entrent dans la vie active et de famille avec 50 000 francs de prêts à rembourser? Moi pas.

Le processus de Bologne part d'une bonne intention. Néanmoins ses effets ne sont pas toujours bénéfiques aux universités et aux étudiants. Mais la contestation n'est pas que la. Il y a de nombreux points qui sont loin d'être réglés dans l'université. Que ce soit la scolarisation des études, les aides aux étudiants ou encore le financement de l'université. Balayer la mobilisation étudiante par le mépris de leurs inquiétudes est trop simple. Il y a de réels problèmes sur lesquels la société doit réfléchir pour posséder une université ouverte à tous, stable, de qualité et surtout capable d'offrir ses compétences à tous, que ce soient des privés ou des institutions publiques.

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