La morale anarchiste de Kropotkine

Titre: La morale anarchiste41dWnh71sRL._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Kropotkine
Éditeur: Editions de l'aube 2006 (Kropotkine 1889)
Pages: 75

Pourquoi avoir lu un livre sur l'anarchisme? C'est en fait assez simple. Lorsqu'on souhaite critiquer ou connaitre un mouvement il est nécessaire de lire ses textes. Bien sur je ne peux pas critiquer l'anarchisme après n'avoir lu que ce petit livre. Mais c'est un début. Kropotkine est un anarchiste russe du XIX siècle. Il a donc connu les multiples attentat sur le Tsar et a vécu dans une époque ou les anarchistes étaient capable de frapper presque partout. Comme beaucoup de penseurs de l'époque il vient de l'aristocratie ce qui lui a permis de réfléchir sur le système et de s'indigner. D'ou ses croyances idéologiques.

Ce livre se base principalement sur le problème de la morale traditionnelle venant de la religion et de l'état. A cette morale qu'il pense non pertinente et avilissante pour l'être humain il veut en substituer une autre. Celle "nouvelle morale" est basée sur la solidarité entre membres de l'humanité. Un sentiment de solidarité qu'il postule naturelle ce dont il cherche les preuves dans la nature même. C'est pourquoi on le voit utiliser des exemples comme les fourmis ou les oiseaux. Bien que ceci puisse faire sourire (on n'argumente plus de cette manière) l'idée de solidarité comme moyen de vivre ensemble reste une belle idée. Selon Kropotkine celle-ci est plus puissante comme force d'évolution que la concurence entre les espèces et dans l'espèce. Cette solidarité naturelle, logiquement, rendrait caduque le système dit coercitif de l'état puisque les humains sont tout a fait capable de vivre ensemble sans avoir besoin du concours des lois. Donc, oui c'est un livre idéologiques mais son idée principale, si on ne prend pas en compte l'argumentation, est intéressante bien qu'elle ne m'ait pas vraiment convaincu. Je pense encore que l'anarchisme est une utopie et que l'homme aura toujours besoin d'institutions au dessus de lui.

Image: Amazon.fr

Commentaires

  • Personnellement, je pense comme Kropotkine, et je pense en tout cas que c'est un but à atteindre, ou vers lequel il faut tendre, qu'une société assez spontanément fraternelle pour pouvoir se passer d'Etat. Je crois aussi qu'il y aura bien un jour où l'homme intègrera assez en lui l'esprit des institutions pour n'en avoir plus besoin sous une forme extérieure, "au-dessus de lui". En quelque sorte, au-dessus de lui, il n'y aura plus que Dieu. Victor Hugo n'était pas loin, somme toute, de tendre vers un tel modèle social, comme c'est visible dans "Les Misérables", dont Amiel avait bien vu qu'ils proposaient un modèle social fondé sur les vertus évangéliques, qui ne sont certainement pas l'étatisme, mais bien la fraternité et l'esprit de solidarité qui en découle. En tout cas, à mes yeux, tout progrès social doit viser finalement un tel modèle, doit l'avoir en point de mire. Le progrès passe réellement, au bout du compte (un progrès qui ne s'arrêterait jamais, qui irait vers l'Infini) par la dissolution progressive de l'Etat dans la conscience de l'individu. L'Etat distinct de chacun est un mal, même s'il est nécessaire. L'Evolution doit forcément avoir pour but de supprimer le mal.

  • Bonsoir,
    je n'ai rien contre la solidarité mais je ne crois pas que l'humanité soit capable de vivre sans un cadre. Bien sur il y a perte de liberté mais je pense que si on laisse l'homme vivre comme bon il lui semble nous retournerons vers la première des lois: celle de la jungle. C'est pourquoi, bien que j'accepte les idées, je considère l'anarchisme comme une utopie infaisable. Je peux, bien sur, me tromper ou devenir moins pessimiste sur ce qu'est l'humanité.

  • La nature humaine n'est pas forcément la nature animale. Ce que dit Darwin de l'animal ne s'applique pas forcément à l'être humain. La "jungle humaine", cela peut être un foisonnement végétal d'amour, pour ainsi dire.

  • Sauf que l'être humain est bel et bien un animal comme les autres. Rien ne prouve que l'on soit supérieur au contraire.

  • Ah bon? On a la preuve du contraire? On a la preuve que l'homme n'est pas spécialement supérieur aux animaux? Je ne crois pas non plus. L'homme est bien le seul à disposer, comme Rousseau même le disait, de la liberté d'imiter tous les animaux, ou aucun, s'il le désire. S'il dispose de cette liberté, c'est bien qu'il peut ne pas se conduire comme une bête. S'il n'avait pas la liberté que lui donne son esprit, il ne pourrait en fait pas connaître les propriétés de la matière et les exploiter consciemment et évolutivement pour son compte. La preuve, c'est qu'il a des machines évolutives, et qu'aucun animal n'est dans ce cas.

  • Dans ce cas pourquoi y a t il des pauvres? Des oubliés? Pourquoi les guerres et les famines? Si nous étions si évolué nous serions capable d'éviter toutes ces catastrophes. Et pourtant il y a encore des morts de la faim, des pauvres et des soldats. On a peut être la science, mais a t on la conscience?

  • Il y a bien sûr des preuves que l'homme a encore en lui beaucoup d'animalité, mais la question est de savoir s'il a aussi du plus et s'il peut le développer. Je ne pense pas qu'on puisse avoir la preuve que ce plus n'existe pas. Je pense même que l'expérience suggère que ce plus, même s'il est encore peu développé et pour ainsi dire larvaire, existe bien. Le problème de Kropotkine est donc de savoir comment le développer afin de minimiser la part d'animalité pure qui reste. Pour moi, c'est aussi le problème de l'humanité en général, et le vrai enjeu de l'Evolution, d'un point de vue social.

  • Assez pour que l'état et les institutions disparaissent? J'ai des doutes.

  • Bonjour, auteur et commentateurs, un lien vers un texte anarchiste qui vous intéressera sans doute.
    http://raforum.info/reclus/spip.php?article18

  • Hassan, on peut douter, ou croire en l'avenir, mais l'avenir est infini, et je pense, moi, possible d'y arriver avant que la Terre n'éclate en mille morceaux ou que le Soleil s'éteigne. Ou même que l'humanité disparaisse, car on ne sait pas, elle peut très bien survivre à ces catastrophes. Le champ de l'avenir est ouvert. Je ne parlais pas de ce que nous pourrons voir nous-mêmes, en cette vie.

  • Peut être, peut être pas. Je ne suis même pas sur qu'une société sans institutions soit souhaitable. Je ne suis pas sur qu'elle soit possible dans le genre de société que l'on possède actuellement.

  • Souhaitable ou possible, ce n'est pas pareil. S'il s'agit de souhait, je pense un peu comme Rousseau que l'Etat est un mal provisoirement nécessaire, comme quand il dit "Toute autorité vient de Dieu, je l'avoue; mais toute maladie en vient aussi". Dans l'absolu, je pense que le monde idéal crée l'esprit de gouvernement au sein de chaque individu, c'est à dire intègre totalement l'Etat dans la vie intérieure individuelle, et donc le fait disparaître à l'extérieur et collectivement. Et de fait, le besoin de liberté individuelle nécessite cela, et même l'Egalité, car l'Etat extérieur fera toujours que certains seront plus en phase avec l'Etat que d'autres, et donc seront favorisés. L'Egalité parfaite intègre donc forcément l'Etat dans la pure vie intérieure de l'individu. Or, moi, je crois que c'est possible. Pourquoi cela ne le serait-il pas? On sait bien que certains ont plus besoin d'Etat que d'autres, que leur sens des responsabilités est moins développé. C'est donc évolutif.

  • L'ennui c'est que j'ai une vision de l'humanité plus hobbesienne que rousseauiste. Donc, bien entendu, il va être difficile de joindre nos deux points de vues. En effet, pour Hobbes l'état est nécessaire puisqu'il évite l'état de "guerre naturelle" qui existe sans son contrôle. Ce qui est une idées tout a fait opposée à celle de Rousseau.

  • Oui, mais c'est aussi une idée qui ne table pas sur une évolution de la nature en général et humaine en particulier. Or, depuis Hobbes, on a bien découvert que même la nature avait évolué. Sans parler des êtres humains, les mammifères offrent l'exemple, fréquemment, de groupes stables, quoique petits, qui laissent quand même en son sein des latitudes aux individus et des possibilités de changement d'organisation, avec des remplacements à la tête des groupes. Car on pourrait bien sûr faire remarquer que les fourmis ont une organisation plus complexe, mais en fait, elle est moins libre, elle est plus rigide, mécanique. Donc, si même la nature évolue sur le plan social, il n'y a pas de raison de penser que l'état de guerre naturelle dure indéfiniment.

  • (Ou qu'il soit obligatoire qu'il en soit ainsi, du moins.)

  • Erratum: en LEUR sein.

  • Mais n'existerait-il pas toujours un homme qui souhaiterait agir au profit des autres. Qui penserait être plus capable que les autres? Ceci à raison ou à tort.

  • Mais si cet homme est isolé, à quoi peut-il parvenir? C'est l'effet de groupe, qui permet les chefs, et contraint à l'existence de l'Etat.

  • J'ai du mal a imaginer l'humain seul. Je le vois comme fondamentalement social. A mon avis le groupe est, au minimum, familial.

  • Mais on peut être en groupe en conservant son esprit libre, et en ne suivant pas un chef aveuglément. Or, l'esprit de groupe fait qu'on adhère aux idées qui courent dans le groupe spontanément, sans réfléchir, et ce sont ces idées qu'incarne le chef: sinon, il ne pourraît pas être chef. On peut collaborer avec quelqu'un sur un projet clair sans être d'accord avec lui sur le fond de ses idées, sans parler la même langue, sans être de la même religion, sans avoir les mêmes croyances. Il ne faut pas confondre la division du travail et la collaboration avec autrui et l'effet de groupe. Si on travaille avec les autres en toute conscience, on ne peut pas se laisser imposer ses idées, et il ne peut pas y avoir de chef, il n'y a qu'un coordinateur, par exemple. L'Etat est bien issu d'une adhésion spontanée des individus à un groupe ou à sa représentation personnalisée; si plus personne ne pensait comme un autre simplement parce qu'il lui est sympathique, l'Etat deviendrait impossible. Cela prouve d'ailleurs qu'il n'est pas souhaitable. En tout cas c'est mon avis.

  • Je n'ai pas l'impression que l'état soit du a une adhésion spontanée. Bien au contraire je pense que l'état s'impose à l'individu. Par de multiples institutions, l'école par exemple, et qu'il fait peser sa domination sur les individus. Une telle domination que, non seulement, on ne remet pas en question l'état mais, en plus, on souhaite garder les institutions telles qu'elles sont.
    Je n'ai jamais pensé l'état comme étant une forme parfaite, bien au contraire. Cependant, j'ai du mal à penser l'humanité sans structures.

  • C'est à dire que la structure étatique, je la conçois comme étant indvidualisée, comme structurant non plus la collectivité, mais l'individu: l'extérieur s'intériorise. Dès lors, l'individu n'a plus besoin d'Etat. Si le nombre d'individus qui n'ont plus besoin d'Etat devient majoritaire, les citoyens votent logiquement la disparition de l'Etat, sinon, ce n'est pas démocratique.

  • Sauf qu'il existe bel et bie des structures hors de l'individu ne serais-ce que les institutions. Elles existent depuis avant nous et existeront surement après nous.

  • Avant et après vous et moi, oui, mais avant et après l'être humain, je ne pense pas. Je pense qu'au contraire elles sont venues après le début de l'humanité et repartiront avant la fin.

  • Comment en être sur? On ne le saura jamais. Par contre je sais que l'école reproduit les structures de la société, ce qui permet de les préserver.

  • Ou de les scléroser... L'évolution ne peut pas se faire simplement à partir de la reproduction, je pense.

Les commentaires sont fermés.