25/01/2010

La domination masculine par Pierre Bourdieu

Titre: La domination masculine41DCBX80D4L._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Pierre Bourdieu
Éditeur: Seuil 1998
Pages: 177

D'après ce que je sais ce livre est l'un des plus connu que Pierre Bourdieu ait écrit. Son but est, ici, de démontrer les mécanismes sociaux et structurels de la domination des hommes sur les femmes. Il postule que ces mécanismes fonctionnent par un travail de déshistoricisation ce qui permet de les penser comme éternels et naturels. Bourdieu essaie, donc, de faire un travail de déshistoricisation pour déconstruire ce travail et montrer que ce que les femmes sont naturellement est, en fait, socialement construit. Si l'on suit l'analyse de Bourdieu, on découvre des mécanismes puissants qui touchent les femmes et les hommes. Qui les enferment dans des rôles qu'ils ne peuvent que difficilement abandonner. Ces mécanismes étant, selon Bourdieu, intériorisés par les individus à cause de la famille et de l'école.

C'est un livre de Bourdieu: dense, difficile à lire et riche. Je ne peux pas affirmer avoir compris dans sa totalité les thèses de Bourdieu mais, après être sorti de ce livre, j'ai eu l'impression d'être un peu plus riche. De comprendre un peu mieux comme le genre féminin est dominé quotidiennement. Je vois d'un œil nouveau des choses aussi triviales que les conversations avec une femme, les jupes ou les talons. Surtout, je pense comprendre un tout petit mieux - est ce possible en tant qu'homme? - ce que veut dire être une femme. Un "objet" de capital symbolique qui se définit principalement par la perception qu'en ont les hommes. J'ai aussi longuement réfléchi sur un exemple que donne, rapidement, Bourdieu aux pages 38-39. Il y explique que certains prisonniers, en Amérique du sud, ont été féminisé par humiliations, moqueries et attitudes féminines. Ceci considéré comme une torture. Bourdieu ne développe pas cet exemple mais je trouve révélateur que traiter un homme comme on traite une femme soit nommé torture...

Image: Amazon.fr

Commentaires

Bonjour Hassan,

Je n'en ai pas la même lecture. Selon moi il reprend les thèses de nombre de féministes des années 70 qui elle-mêmes recyclaient la lutte des classe dans le couple.

Il part d'un présupposé global, et comme il fait sérieux c'est difficile de déconstruire son discours. Résultat: l'homme est culpabilisé d'être un homme. Cela va avec l'époque où l'on démolissait les pères et les hommes, peut-être en parie à cause de la violence des images masculines de Staline et Hitler. Mais aussi à cause des 150 ans de code Napoléon qui a exclus de manière insupportables les femmes de la vie sociale.

Mais réfléchissons un peu. Peut-on vraiment imaginer que les hommes ont depuis la nuit des temps mis en place délibérément un système d'oppression des femmes? Cela n'est démontré nulle part, et je n'y crois pas.

Les rôles ont été répartis, oui, cela pourrait s'analyser (mais avec plusieurs clés d'analyse, pas seulement la clé marxiste), mais chacun avait une place. Quand je vois les femmes en Afrique du Nord, quelle force, quelle place, malgré ce que l'on en dit. Et dans la répartition des rôles dans cette région faisait que la femme a aussi ses territoires privilégiés, comme l'accouchement dont l'homme est exclus.

L'exemple de la "torture" pour les hommes que d'être féminisé, cela tient plus à mon avis d'une question d'identité et de fragilité de cette identité masculine, que de vouloir faire de la féminité une torture.

Les talons et les jupes: où est le problème? Si des femmes veulent les porter, va-t-on dire qu'elles sont aliénées? Ce serait avoir une bien piètre opinion des femmes, ce qui semble être le cas de Bourdieu qui sous couvert de les défendre, considère qu'elles sont assujetties depuis toujours - comme si elles n'auraient jamais pu réagir depuis des milliers d'années. Ce discours infériorise la femme, à mon avis.

Si la jupe et les talons veulent dire séduction, et si séduction veut dire aliénation, pffff... Quand aux moqueries, ne vous inquiétez pas, les femmes entre elles en ont autant pour les hommes. Ou bien elles jouent ouvertement aux mères, infantilisant les hommes.

Après une lecture non critique de Bourdieu, tout ce que l'homme est, dit ou fait devient suspect. C'est du terrorisme intellectuel!

Bien à vous, merci pour vos notes.

Écrit par : hommelibre | 25/01/2010

Bonjour Hommelibre,
j'ai pris mon temps pour répondre et réfléchir à vos remarques intéressantes. Étant celui qui a écrit l'article je vais d'abord me placer du coté de Bourdieu et ensuite je vous dirais ce que je pense. J'ai l'impression que vous êtes entré dans le biais que Bourdieu ne souhaitait pas vous faire prendre. Il ne pense pas la domination comme étant consciente et délibérée bien au contraire. selon Bourdieu la domination des hommes sur les femmes est une affaire de structures. Ces structures ne sont pas à notre portée et nous ne pouvons pas les modifier facilement. Ce n'est pas, comme vous le pensez, une façon d'inférioriser la femme mais une façon d'analyser la société en observant la puissance de ses structures sur les individus. C'est une thèse résolument anti-individualiste.

Bref, vous avez aussi soulevé un point intéressant que j'ai négligé dans cette présentation puisque Bourdieu en parle aussi (sur un chapitre). La domination masculine ne se joue pas que sur les femmes mais aussi sur les hommes. En tant qu'hommes nous devons nous conformer à la vision de ce qu'est un homme, être virile. Cela peut créer des peurs et des inquiétudes spécifiques aux hommes. Je ne sais pas si il y a beaucoup d'études sur ce sujet mais je pense qu'elles sont peu nombreuses.

Vous avez aussi totalement raison quand vous demandez une lecture critique, que ce soit de Bourdieu ou de n'importe quel autre auteur. Mais la pensée de Bourdieu est compliquée. Je ne crois pas être en mesure, actuellement, de critiquer Bourdieu tout simplement parce que je ne pense pas avoir compris ses thèses. Néanmoins, cela ne m'empêche pas de me poser des questions. Les idées de Bourdieu sont, en effet, convaincantes mais ne me satisfont pas. J'accepte la puissance des structures sur l'individu mais je pense que l'individu a aussi une certaine force. Qu'il est capable d'agir et de réagir. Comment? Pourquoi? Je n'ai pas encore trouvé de théories mais je suis aussi encore novice en sociologie. Mais je pense que Lahire pourrait m'offrir des pistes.

Pour terminer je vous remercie de votre lecture et de vos remarques.

Écrit par : Hassan | 26/01/2010

Commentaire inutile et profondément débile de ma part, je le reconnaît, mais je ne peut m'empêcher: BOURDIEU EST MON MODELE, MON MAITRE A PENSER, UN DIEU UNIVERSEL
bref...
I'm fan

Écrit par : Nora | 28/01/2010

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