29/01/2010

Les Suisses et les nazis: le rapport Bergier pour tous par Pietro Boschetti

Titre: Les Suisses et les nazis: le rapport Bergier pour tous41G60MJM6SL._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Pietro Boschetti
Éditeur: Zoé 2004
Pages: 189

Voila un livre dont il est difficile de parler. Bien entendu ce n'est pas le rapport Bergier, c'en est un compte rendu synthétique, mais on sait tous les passions que déclenché et a déclenché ce rapport. Il a été accusé de partialité, de salir la Suisse, pour peu Bergier serait un traitre à la nation. Cependant le rapport Bergier est la marque d'un effort hors du commun de la part de notre pays. Un effort énorme pour reconstruire son passé, pour le connaitre et le comprendre et non le juger. Monsieur Bergier l'a dit et répété et je le dis après lui. L'historien n'a pas pour fin de juger. Sa fin est de donner les savoirs et clés de compréhensions du passé sans juger des actes. Seulement en donner le pourquoi et les conséquences. Dans cette optique le rapport Bergier avait une mission très précise qui l'obligeait à ne prendre en compte que les victimes avec des données, le plus souvent, statistiques ou économiques. Oui, ce n'est pas une histoire de la Suisse lors de la Seconde Guerre Mondiale. Oui, il manque d'énormes pans de l'histoire de la Suisse lors de la Seconde Guerre Mondiale.

Ce livre, intitulé pour tous, est donc principalement un compte-rendu synthétique. Ceci implique qu'on ne peut se baser sur Pietro Boscheti pour critiquer, de manière historique, le rapport de la commission Bergier. Ca implique aussi que les choix éditoriaux sont personnels et n'impliquent pas le même développement, relatif, dans le rapport original. Néanmoins, ce livre s'appuie quand même sur les écrits originaux. Et nous y découvrons comment la Suisse a agit, de manière économique et politique, vis à vis de l'Allemagne nazie. On y voit que l'attitude envers les réfugiés est la conséquences de la peur de l'étranger et des juifs qui se fit après la Première Guerre Mondiale. On y lit aussi que l'attitude, incompréhensible, des élites économiques se comprend si on accepte que ces personnes ne croyaient pas en la défaite de l'Allemagne et souhaitaient rester forts économiquement après sa victoire et que, lorsque la perte de l'Allemagne fut certaine, ces personnes pensaient qu'elle resterait un acteur économique fort. Ces agissements n'excusent rien et beaucoup de vies auraient pu être sauvées avec d'autres décisions qui n'ont pas été prises ou qui furent refusées par l'économie ou le politique. Comme l'attitude des banques et des assurances, après la guerre, n'est guère excusable.

Mais comment critiquer ce livre? Difficile car le débat n'est pas encore serein, les recherches pas terminées, les sources de l'auteur ne sont même pas notées en bas de page. C'est un choix que, personnelement, je regrette. Comment peut on critiquer un travail sans savoir d'où les données proviennent? Bref, il faudra se tourner vers le rapport original pour les connaitre. Mais il se pose un problème. La commission Bergier avait d'énormes privilèges. Elle a pu passer outre le secret bancaire, lire les archives privées et les analyser. Un historien peut il espérer avoir les même accès maintenant? Il y a de grandes chances que non. Mais comment critiquer un travail historique si les sources sur lesquels ce travail se fonde sont hors de portée? En l'état, je pense qu'il est impossible de savoir si la commission s'est trompée ou a oublié des données. Néanmoins, il reste beaucoup à faire sur l'histoire Suisse lors de cette Seconde Guerre Mondiale.

Image: Amazon.fr

Commentaires

Bonjour!Heureusement qu'un livre comme celui-là est sorti car il a servi de faire la lumière sur la collaboration de certains suisses pendant la guerre! L'argent n'a pas d'odeur et je trouve honteux l'attitude de certains milieux et de certains membres des autorités suisses à la question juive! A bon entendeur...

Écrit par : Emmanuel Visentin | 12/12/2014

Bonjour,

merci pour vos commentaires. Bien que les actions de l'époque posent un grand nombre de problèmes il ne faut pas oublier le contexte. Comment être neutre dans une Europe dominée par un seul homme? C'est très difficile. Sans oublier que le Conseil Fédéral était, en partie, partisan d'un peu d'autoritarisme.

Heureusement, il existe de nombreuses recherches sur plusieurs points de l'époque. Ce livre, par contre, n'est qu'un résumé du rapport qui, lui, est beaucoup plus vaste!

Écrit par : Hassan | 14/12/2014

"... si la commission s'est trompée ou a oublié des données."

"Par décision exceptionnelle du Conseil Fédéral, les membres de la commission ont bénéficié, durant toute la durée de leurs travaux, du libre accès à toutes les archives publiques ou privées en relation avec la période de la Seconde Guerre mondiale. Une fois le travail achevé, cette autorisation n'a pas été reconduite pour d'éventuels travaux futurs.

Les champs d'étude de la commission Bergier ont été les suivants :

Le contexte national et international avant et pendant la Seconde Guerre mondiale
Les réfugiés et la politique d'asile de la Suisse à leur égard
Les relations économiques et financières de la Suisse et du Troisième Reich
Le sort des biens des victimes du régime nazi

À l'issue de cinq années de travail, la commission rend un total de 25 études réparties en autant de volumes, pour un total d'environ 11 000 pages. Un rapport final sous forme de synthèse est produit à l'issue des travaux.

fr.wikipedia.org/wiki/Commission_Bergier

C'est un travail de titan qui a été fait.

Écrit par : Patoucha | 16/05/2015

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