La vie privée face à l'imposition de transparence

Monsieur Mabut a, hier, donné son point de vue sur l'anonymat dans un billet écrit en réponse à une question d'un internaute. Monsieur Mabut, avec bonne fois j'en suis convaincu, pense que l'anonymat devra disparaitre des blogs hébergés par la tribune de Genève sauf exceptions. Je ne suis pas en charge de décider des conditions relatives à l'hébergement mais je souhaite tout de même faire quelques remarques. Des remarques qui dépasseront le cadre de la réponse de monsieur Mabut.

Depuis quelques mois nous entendons des sigles étonnants et obscurs: hadopi, Lopssi, Acta,... Derrière ces sigles se cache une nouvelle appréhension de l'internaute. Derrière ces sigles se cache une guerre qui est en train de se déclarer entre les tenant du contrôle de l'état, aidé en cela par les réseaux sociaux qui souhaitent détruire la vie privée à leur propre profit, et des citoyens refusant d'être espionné. Les tentatives de contrôle de l'internet par l'état viennent, tout d'abord, d'une idée louable. Il fallait protéger le citoyen de dérives, racisme, arnaques diverses et variées et autres vols d'identités. Il y avait aussi la volonté, tout aussi louable, de lutte contre les pédocriminels qui peuvent très facilement agir par et grâce à internet.

Mais ces derniers temps il semble que les décideurs aient compris à quel point internet est difficilement contrôlable. Ils ont donc décidé de mettre en place des procédures de plus en plus puissantes pour surveiller Internet. Du moins ils essaient. Alors que, dans le même temps, la réussite rapide et inattendue des réseaux sociaux a durement attaqué la vie privée. Nous savons tous qu'il est maintenant très facile de trouver des informations sur n'importe qui via les réseaux sociaux. Informations qui deviennent immédiatement incontrôlables une fois qu'elles sont mises sur Internet. Ces même réseaux sociaux commençant à se croire détenteur légitime de ces informations. En d'autres termes, un vol massif des identités se met en place alors que certaines états essaient laborieusement de mettre en place un véritable espionnage massif des citoyens allant jusqu'à imaginer la création de spyware!

Mais tout acte de ce genre, profondément destructeur, est forcément accompagné par une réplique plus ou moins forte. C'est ainsi que, le même jours quasiment que le début de cette guerre, j'ai vu arriver des logiciels de défenses du citoyen. On cherche a espionner? Et bien on crypte les données de l'ordinateur, on cache son IP, on l'intègre dans un réseau d'ordinateurs permettant l'anonymat de la navigation sur internet, on rend les anti-spyware de plus en plus performants. Oui, c'est une véritable guerre qui se dessine et dont le vainqueur pourra créer l'avenir d'internet. Ceux qui répliquent ne sont pas des anarchistes, des voleurs ou des criminels. Ce sont des citoyens qui ont compris une chose. Ils ont compris que la transparence pure exigée est la plus forte et la plus insidieuse des dictatures. Arrivez vous à imaginer sereinement un monde ou un état, même démocratique, est capable de contrôler toutes vos activités? Ou une entreprise peut savoir tout ce que vous faites à n'importe quel moment? Déjà aujourd'hui les prémices de ce monde effrayant peuvent être reconnus. Par exemple cette école qui a utilisé l'ordinateur portable offert aux élèves pour les espionner a leur domicile! N'est ce pas profondément immoral?

Oui c'est une guerre qui commence. Mais cette guerre peut mener a d'autres dangers. Malheureusement les répliques organisées par les citoyens internautes pourront parfaitement être utilisées par les vrais criminels qui y verront une opportunité pour se cacher de l'espionnage. Alors comment vont réagir les états? Vont ils interdire le cryptage? Exiger aux internautes que les spyware officiels soient acceptés par l'ordinateur? Il y a donc deux risques: d'abord permettre aux criminels, particulièrement les pédocriminels, de pouvoir mieux se protéger et ensuite fragiliser les citoyens innocents qui risquent de ne pas pouvoir se protéger suffisamment face aux dangers existant sur la toile.

Je me range donc résolument dans le camps de l'utopie à laquelle ne croit pas Monsieur Mabut car l'autre alternative est trop effrayante.

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