Quand les banlieues brûlent... Retour sur les émeutes de novembre 2005 sous la direction de Véronique le Goaziou et de Laurent Mucchielli

Titre: Quand les banlieues brûlent... Retour  sur les émeutes de novembre 20059782707152176R1.gif
Directeurs: Véronique le Goaziou et de Laurent Mucchielli
Éditeur: La Découverte 2006
Pages: 155

Je me souviens encore de ces émeutes de 2005. Le monde occidental entier observait la France avec inquiétude. Nous voyions tous le pays tomber dans le chaos et la folie. Certains médias ne parlaient plus d'émeutes mais de guerre civile et personne ne doutait que rien ne serait plus comme avant après ces émeutes. Je me rappelle aussi que personne ne comprenait. Qu'est ce qui a bien pu pousser ces jeunes de toute la France à se révolter de cette manière? Étaient-ils manipulés par des islamistes ou des gangas armés? En tout cas, la réponse était claire: il fallait réprimer, reprendre le contrôle!

Ce petit livre essaie de comprendre ce qui a pu pousser les jeunes de banlieues à passer aux émeutes. Qu'est ce qui a permis à cette explosion de violence d'exister? La première chose que je noterais de ce livre est que les habitants, les parents et les "Grands frères", comprennent tous cette explosion de violence. Ils la justifient. Pourquoi? Parce qu'ils observent que dans la société française actuelle les jeunes de banlieues (défavorisés, souvent en échec scolaire, vivant dans un environnement dégradé et connaissant un chômage deux fois plus haut que dans le reste de la société à capacité égale) n'ont pas d'espoir d'avenir. Même dans la réussite ils auront du mal à se construire une carrière. Et cet état se double d'une attaque permanente de la politique contre ces jeunes, les parents et les professionnel du social.

Justement, ces attaques de la politique sont incarnées, dans le livre, par un personnage majeur: Nicholas Sarkozy. Les auteurs pointent du doigt sa rhétorique insultante contre les jeunes. Ils montrent que, même si Sarkozy n'est pas une cause première, il n'a de loin pas aidé à calmer le jeux par son comportement agressif. Mais, les auteurs montrent aussi qu'aucun parti, de droite ou de gauche, n'a su prévoir ou comprendre la violence qui éclata ses nuits. L'ouvrage est dont extrêmement critique envers les politiciens qu'elle que soit leur bord.

Les deux dernier phénomènes qui sont mis en avant sont, tout d'abord, l'échec d'école française qui ne réussit pas à aider ces jeunes à vivre. Pire encore, l'école française devient un instrument d'échec et d'humiliation envers les jeunes des banlieues qui semblent n'avoir aucun espoir de ce coté là. Parallèlement, les auteurs observent que la police n'est plus une force de paix mais une force d'humiliation envers les banlieues. Non seulement la mission devient impossible car les deux cotés s'observent mutuellement comme ennemis. Mais, en plus, l'humiliation et la violence policière sont quotidiennes dans les banlieues. Les auteurs ont observé plusieurs contrôles d'identités inutiles ainsi qu'une expédition policière punitive sur des personnes innocentes (en effet, cette expédition a eu lieu deux heures après les faits reprochés). Dans le même temps personne ne peut raisonnablement espérer porter plainte contre des violences policières ce qui, bien entendu, les justifient. La police française, dans les banlieues, n'est plus une force de maintient de l'ordre mais une force de coercition.

Néanmoins, le vrai problème n'est pas la. Bien entendu ces différents facteurs ont joué sur la violence qui explosa en 2005. Mais ce qui est le plus important c'est que les habitants des banlieues ont l'impression de n'exister qu'en dehors de la société. Ils ont l'impression d'être des "citoyens de seconde zones" sans avenir et seulement bon à être utilisé comme bouc émissaire. Il ne faut, par contre, pas croire que ces explications sont des excuses. Ce livre a le but d'expliquer et de comprendre les émeutes de 2005. Ceux qui voudront bien accepter d'écouter les résultats seront plus à même d'agir pour éviter que ce genre d'événements se (re)produisent.

Pour terminer, j'ai lu ce livre très rapidement. Il est, en effet, court et facile à lire. Cependant, bien qu'il soit très intéressant, je me dois de critiquer un point précis. Ce livre a été écrit rapidement après les événements et on peut se demander à quel point ses résultats sont réels. Les auteurs même annoncent, à plusieurs reprises, ne pas avoir pu faire d'enquête sociologique digne de ce nom en si peu de temps. De plus, les auteurs utilisent principalement des sources de l'AFP. On peut se demander si ils n'auraient pas du, aussi, chercher des sources judiciaires et policières qui sont, on le sait, beaucoup plus systématique.

Image: editionladecouverte.fr

Commentaires

  • L'explication est simple: les pays anciennement "riches" sont en train de (re)redevenir des pays "émergeants".

    C'est à dire que, en l'occurrence, ce sont des pays déclinants.

    Et comme tout pays émergeant, ils ont des favelas / bidonvilles / shantytowns qui regroupent une population de plus ou moins exclus, que cette exlusion conduit hélas parfois à la criminalité. Et gare évidemment à la police qui s'aventurerait dans ces quartiers.

    Sur certains aspects, la situation dans les ex pays "riches" en général, et en France en particulier, est pire:
    - quand tout est en baisse, cela se ressent aussi au niveau des exclus
    - là où dans un pays comme le Brésil par exemple, les habitants des favelas sont souvent inclus dans l'économie courante (la plupart des employées de maison des familles bourgeoises et middle-class de Rio, habitent la favela très civilisée de Rocinha), par contre dans un pays comme la France, les diverses lois dites "sociales" empêchent évidemment une Africaine de bidonville parisien de venir travailler à plein-temps chez une bourgeoise, au noir, à disons 1000 euros par mois. Du coup la bourgeoise n'engage personne, et l'Africaine n'a pas de revenus, et les revenus qui manquent font qu'il "faut bien" trouver de l'argent ailleurs, par exemple dans le trafic de drogue. Et tout le monde est perdant.

  • Ces banlieues existent depuis la fin de la seconde guerre mondiale et ont traversé des décennies. Ce qui change c'est que, à l'époque, il fallait construire vite et utile pour loger le plus rapidement possible les personnes. Maintenant, seuls les personnes déjà peu dotées en différents capitaux y vivent et y restent.

    Second point, il se trouve que la police est très présente dans les banlieues. Au contraire du discours commun la police n'y est pas absente mais très présente et elle fait tout pour y être visible. Que ce soit par les voitures, le regard ou les actions plus ou moins légitimes.

    Enfin, les habitants des banlieues sont, en fait, le plus souvent exclus du système social. En effet, ces lois sociales sont utilisées pour contrôler. Et non pour les aider. Un exemple simple le montre: les éducateurs sociaux ont, comme principale mission, de surveiller les banlieues et leurs habitants au détriment de l'aide qu'ils pourraient apporter.

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