26/06/2010

Le Horla par Maupassant

Titre: Le Horla271816_2735036.jpg
Auteur: Maupassant
Éditeur: Librairie générale française 1994
Pages: 93

J'avais lu ce livre lors de mon parcours scolaire. Je me souviens d'avoir été impressionné par cette histoire et je souhaitais la relire pour en retrouver l'atmosphère et l'intrigue. Tout d'abord, l'histoire existe en trois versions différentes donc chacune nous offre la même intrigue mais avec un point de vue légèrement différent. L'une des versions se déroule dans une maison de santé, la seconde est écrite sous forme de journal intime et la dernière est une lettre écrite pour un docteur. L'histoire reste globalement la même mais peut changer dans des détails importants. Mais quelle est cette histoire? Maupassant nous parle d'un homme sain d'esprit est en bonne santé. Ce dernier ressent, inexplicablement, une mélancolie et une faiblesse physique l'atteindre alors que ses nuits deviennent de plus en plus agitées. Petit à petit l'homme se prend à se sentir observé, à s'inquiéter de petits bruits ou de sensations étranges. Et la question se pose: devient-il fou?

Mon impression de jeunesse ne s'est pas trompée puisque, encore une fois, j'ai ressenti un grand plaisir à la lecture de ces trois versions. Ce n'est pas tant le vocabulaire, un peu suranné mais compréhensible, ou le style mais l'atmosphère d’inquiétude qui se dévoile de plus en plus au fil de l'intrigue. Il faut se l'imaginer. Comment réagirions-nous si nous perdions, petit à petit mais inéluctablement, l'impression d'être sain d'esprit. Si nous voyions des choses étranges se dérouler autour de nous et que nous perdions pied avec toutes explications rationnelles. Si nous ne sachions plus vraiment qui nous sommes et ce que nous sommes. En résumé, se sentir englouti par la folie à moins que ce que l'on s'est mis à croire soit réel... C'est ceci le véritable génie de cette œuvre. Ce long passage progressif, mais inéluctable, dans la folie que décrit Maupassant.

Image: chapitre.com

18:27 Écrit par Hassan dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : le horla, maupassant | | | |  Facebook

Commentaires

En réalité, la folie n'empêche pas que ce qui est raconté soit réel, contrairement à ce que s'maginent naïvement la majorité des critiques et théoriciens de la littérature. Le problème, de fait, est double: d'une part, la croyance théorique en un être invisible, d'autre part, le fait qu'on devient peu à peu sa proie, qu'on est peu à peu submergé par lui. Si on y réfléchit bien, les deux thèmes auraient pu faire l'objet de développements complètement séparés. Le thème de l'être invisible aurait pu être celui d'un bon ange menant au paradis par ses conseils, le thème de la perte de soi aurait pu être raconté dans une nouvelle réaliste, au sein de laquelle on aurait été la proie d'un homme ou d'une femme de chair et de sang dont la volonté eût broyé celle du héros.

Il faut savoir, ensuite, si la folie est de croire aux êtres invisibles ou si elle consiste en ce qu'on n'a plus de pouvoir sur soi. Mais la vérité est bien que, contrairement à ce que le matérialisme s'imagine, la folie est seulement dans le second cas: lorsque la volonté d'un homme est broyée et remplacée par une volonté extérieure, qu'elle soit ou non incarnée, on peut parler de dédoublement de la personnalité et de folie.

La trame du "Horla" repose donc sur un postulat positiviste, selon quoi la croyance aux êtres invisibles est déviante et fait tendre à la folie, ou alors, ce texte absolutise l'emprise de la volonté extérieure en la rendant extérieure au monde que les sens manifestent: en ce cas, il appartient au symbolisme. Mon avis est que précisément sa valeur est essentiellement symbolique; sur le plan scientifique, cela ne décrit rien de probant, rien qu'on puisse théoriser ni généraliser: c'est trop mêlé de postulats concernant les "êtres invisibles".

Écrit par : RM | 27/06/2010

Bonjour,
merci je n'avais pas vu les choses de cette manière. Pourtant le personnage "fou" ne manque pas de parler fréquemment du problème de la perception de la réalité et de l'emprise d'une "force invisible" sur lui-même.

Écrit par : Hassan | 27/06/2010

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