L'étrange cas du docteur Jekyll et de Mr Hyde par Stevenson

 

Titre: L'étrange cas du docteur Jekyll et de Mr Hyde511HKDYARML._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Stevenson
Traducteur: Jean-Pierre Naugrette
Éditeur: Librairie générale française 1999
Pages: 93

Il est difficile de croire que quelqu'un ne connaisse pas l'intrigue de cette histoire. Je la connaissait de longue date et pourtant je n'avais jamais lu le livre. Il fallait bien remédier à ce manquement un jours où l'autre et ce fut hier. Je vais tout de même présenter l'histoire. Nous nous trouvons à Londres alors qu'un homme étrangement repoussant défraye la chronique pour sa conduite inconvenante et même criminelle. Alors que Londres entier est à la recherche de ce Mr Hyde un homme essaiera de comprendre quels sont les liens qui le lie avec son ami le docteur Jekyll. Il lui faudra du temps pour comprendre que ces liens sont bien plus étroits qu'il ne pouvait l'imaginer...

Pour ne parler strictement que de ma lecture je n'ai pas été particulièrement passionné. Bien entendu, le texte est bien écrit et l'histoire intéressante mais elle ne m'a pas intrigué plus que cela. Peut être la forme est-elle pour quelque chose? En effet, je n'aime pas trop cette manière de donner les informations sous formes de lettres à la fin du livre plutôt que dans le cours de l'intrigue. Mais c'est un choix de l'auteur qu'il faut respecter malgré tout. Mais ce qui est intéressant de ce texte c'est surtout le lien entre Hyde et Jekyll. Ce lien entre deux personnalités distinctes d'un homme dont l'un est respectable et l'autre vicieuse. Dans le livre, les deux personnalités se manifestent indépendamment l'une de l'autre bien qu'elles possèdent le même corps. Mais ces personnalités ne sont-elles pas deux faces du même homme? Ou bien nous trouvons nous plutôt devant un cas plus psychiatrique?

Image: Amazon.fr

Commentaires

  • Ou plus métaphysique? Il s'agit du double démoniaque, comme on dit. Le moi conscient et le moi inconscient, ou le moi cérébral et le moi pulsionnel. le moi qui fait faire les actions conscientes comme d'écrire sur ce blog, et le moi qui fait faire les actions inconscientes, non choisies, comme de digérer ce qu'on a mangé, ou de désirer sa voisine de palier.

  • C'est une idée intéressante. Mais la création de ce double me semble être plus lié à l'esprit qu'à la création ex nihilo, si j'ai bien compris votre remarque, d'un "anti-ego"(si on peut en parler comme ça?). Selon Jekyll, Hyde serait présent en lui originellement et sa seule action aurait été de le libérer du carcan de la morale de son "sois" compliqué. Dans le sens où Hyde serait Jekyll sans les autres composantes de la personnalité.

  • Oui, je voulais en parler dans ce sens. Cela rappelle saint Paul, qui dit que l'homme a deux âmes, celle qui est liée à la Terre, celle qui est liée au Ciel; la première est sombre, la seconde claire. La morale est censée relier l'âme au Ciel, pour saint Paul. Mais si elle disparaît, on n'a plus que l'âme liée à la Terre: dans le corps, s'entend. Cela dit, au XIXe siècle, progressivement, on a eu le sentiment que la morale créait une âme artificielle, illusoire, et que seule l'âme liée au corps au sens physique avait un sens et une réalité. Métaphoriquement, la science matérialiste évacue l'âme liée au Ciel, et donc la morale créée de toutes pièces, et fait dominer l'être obscur des profondeurs de soi-même. Cette histoire, je l'ai lue il y a longtemps, c'était un peu mystérieux. Mais c'est la thématique du double. Elle s'appuie sur cette dualité évoquée par saint Paul, je pense.

  • C'est vrai: peu de gens lisent ces classiques que tout le monde croit connaître.

    Ainsi, en dépit du matraquage publicitaire fait à l'époque de la sortie du film Frankenstein (celui de Branagh, 1994, avec De Niro, Branagh, Helena Carter), personne ne semble connaître le livre:
    - le héros est genevois, c'est Victor Frankenstein
    - la créature n'est pas "Frankenstein", mais bien "la créature de Frankenstein"
    - la créature n'est pas moche, au contraire, il l'a faite aussi belle que possible, et a réussi. Elle effraie les gens parce qu'elle n'a pas d'âme
    - la créature est supérieurement puissante sur le plan physique
    - la créature est supérieurement intelligente, il a choisi le meilleur cerveau possible. Elle le montre en apprenant à parler rien qu'en entendant parler une famille, puis en apprenant à lire par elle-même
    - la créature n'a que des bonnes intentions, et si elle finit par faire le mal (tuant le petit frère de Victor) c'est uniquement parce que son créateur persiste à l'ignorer dans ses appels à l'aide

    Et du coup, comme la plus grande partie du public ne connaît pas l'histoire, ces gens ratent l'essentiel du message du livre, à savoir:
    - l'homme est sans doute capable de créer, et même de créer un être parfait, mais ce qui manquera à cet être, c'est une âme divine
    - comme la Créature, l'homme est bon et doué de nature, mais si ses appels à son Créateur restent sans réponse, alors il se désespère et peut mal agir
    - paradoxalement, la Créature dépasse son Créateur humain en lui pardonnant et en tentant de le sauver, et en pleurant à son chevet. Et on ne peut évidemment s'empêcher de faire le parallèle avec l'homme pleurant le Christ crucifié, sauf que là justement c'est l'homme qui l'a crucifié, alors que Victor Frankenstein est mort tout seul.


    En attendant, on en reste donc au cliché de la créature moche, bête, méchante.

  • Hum, si je peux me permettre, j'ai étudié avec des élèves cette oeuvre, "Frankenstein", qui se passe souvent aussi en Haute-Savoie, ainsi que je l'ai dit ici: http://www.sfmag.net/article.php3?id_article=2288 , et notamment, nous avons étudié le portrait du monstre, et il est bien décrit comme un cadavre animé. Son créateur voulait le faire beau, mais il n'a pas réussi, il a en fait des yeux jaunes, une peau parcheminée, il ressemble à une momie. Ensuite, le monstre tue la femme de son créateur (à Evian, près du lac) parce que celui-ci a refusé de lui fabriquer une femme, avec laquelle il pourrait avoir des enfants. Mais Victor Frankenstein prévoit déjà que la race supérieure que constitueraient ces êtres c'est vrai très forts et très intelligents (l'intelligence supérieure du monstre est la différence principale avec les vieux films qui ont traité de la question) supplanterait l'humanité sur Terre, et donc, il refuse de faire cette épouse qu'on lui demande, après avoir obtempéré un certain temps, pourtant. La vengeance du monstre est excessive, je pense. Il est réellement cruel et sans coeur. Justement, peut-être, parce qu'il n'a pas d'âme immortelle: il ne se soucie que de ses intérêts propres. En tout cas, c'est mon avis. Il me rappelle le Dr Manhattan des "Watchmen".

  • Moi qui ne connait de la légende Jekyl et Hyde que des films ou séries, je te conseille justement la mini-série anglaise Jekyll. Elle illustre d'un oeil nouveau cette histoire maintes fois rabâchée !
    En plus, elle est écrite par Steven Moffat. Ce nom te dit quelque chose non ?^^

Les commentaires sont fermés.