19/07/2010

Agora

Après m'être détendu devant un film d'animation j'ai décidé de me plonger dans un film historique. Agora est largement passé inaperçu en Suisse puisque les grandes salles ne l'ont tout simplement pas mis à l'affiche. Ce qui, à mon avis, démontre deux choses au moins: D'abord qu'il est dangereux de ne posséder que de grandes salles de cinémas quand on souhaite la diversité et ensuite que de bons films peuvent être oubliés par les programmateurs des salles. Bref, je ne vais pas commencer à critiquer l'industrie du cinéma nous y serions encore demain... Agora prend place dans la ville d'Alexandrie au IVe siècle après Jésus Christ. Après des siècles de luttes contre le Christianisme l'Empire a, finalement, accepté cette nouvelle et étrange religion dont les Empereurs sont devenus des partisans. Dans ce contexte, une lutte de pouvoir s'engage ente les tenants des cultes païens et les membres de l'église chrétienne. Agora nous montre une partie de cette lutte en nous présentant l'histoire de la philosophe Hypatie. Cette femme, brillante, devient vite un symbole de l'ancien ordre romain. Alors qu'Alexandrie connaît une extension forte du Christianisme et des luttes de l’Évêque Cyril pour l'imposer Hypatie devient la cible des membres de l'église.

La vision de ce film m'a été très agréable. Non seulement l'histoire se double d'une seconde histoire, d'amour celle-là, mais en plus les évènements historiques semblent être particulièrement bien mis en place. Bien entendu, il y a sûrement des erreurs historiques. N'étant pas un expert de l'histoire du bas empire je ne peux pas m'aventurer à les chercher. Rachel Weisz, qui joue Hypatie, est particulièrement inspirée dans ce film. La philosophe est au centre des intrigues politiques et historiques mais, pourtant, elle semble se perdre tout autant dans la seule contemplation de l'univers et simplement chercher comment il fonctionne. J'ai, bien entendu, lu quelques critiques sur internet. J'ai vu plusieurs proclamations condamnant le film comme antichrétien. En effet, les chrétiens y sont fanatiques et meurtriers. Néanmoins, je poserais deux faits. Premièrement, le film nous montre d'abord une grande violence de la part des romains traditionnels et, ensuite, la réaction des chrétiens. En second point je rappellerais que l'époque était violente. Ce film n'est pas antichrétien il montre, plutôt, comment le fanatisme mène au meurtre. En effet, l'histoire nous apprend que la philosophe fut lapidée et son corps traîné nu dans les rues d'Alexandrie.

Image: allocine.fr

Un autre billet sur le blog de Philippe Souaille

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15:29 Écrit par Hassan | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : chrétienté, cyril, alexandrie, agora | | | |  Facebook

Commentaires

A mon avis, le film est très anti-chrétien, mais on a le droit, je suppose, de ne pas trouver le christianisme sympathique: pourquoi pas? Je le trouve néanmoins globalement sympathique, pour ma part, malgré ses excès dans le sens qui lui est propre, et je regrette qu'on ne montre pas aussi les martyrs chrétiens et que les historiens d'Etat passent ou ont passé beaucoup de temps à essayer de démontrer que ces martyrs étaient des fables. Car en ce cas, pourquoi pas celui d'Hypatie? Mais la vérité est probablement que les martyrs chrétiens ont bien existé, et que celui d'Hypatie a aussi existé. J'évoque ce film qui essaye de rendre sympathique Hypatie par des moyens plutôt ambigus (il faut bien l'admettre, car voir lapider une jeune belle femme nue ne fait pas exactement le même effet que de voir lapider un vieil homme habillé) sur mon blog.

Écrit par : RM | 01/08/2010

Si je ne pense pas le film comme anti-chrétien c'est surtout parce que je le vois comme une peinture, plus où moins réaliste, de l'époque. Lorsque les Chrétiens sont devenus libres dans l'Empire il y eut une réaction forte contre les élites païennes. Cette réaction fut violente. Mais il ne faut pas oublier que le paganisme avait aussi très fortement réagit contre les chrétiens. Je viens, personnelement, de rendre un travail sur la Grande Persécution de Dioclétien et j'ai lu des scènes de tortures presque inimaginables. Donc je pense que le film ne fait que montrer les temps et non critiquer une religion. Je peux, bien entendu, me tromper.

J'avais vu votre commentaire d'Agora avec intérêt mais je laissais à la nuit le temps de me dicter une réponse intéressante. Néanmoins, je suis plutôt d'accord avec ce que vous dites.

Écrit par : Hassan | 02/08/2010

Je pense quand même, Hassan, que la façon dont on assimile le problème à la haine de la femme et du corps beau des belles femmes ne correspond sans doute pas à ce qui est spécifique dans l'histoire d'Hypatie, il s'agit simplement d'humilier, par la nudité. La princesse de Lamballe, à la Révolution, a elle aussi été mise nue, et la Révolution n'était pas contre les femmes, mais bien contre les princes. Je ne crois pas, non plus, qu'Hypatie ait été tellement préoccupée, durant sa vie, par le fait de savoir si la Terre tournait autour du Soleil ou si c'était le contraire, et je pense que c'est pour la rendre sympathique au public contemporain, qu'on l'a mis dans le film. Or, parallèlement, les chrétiens sont regardés comme des sauvages qui ne respectent rien, et savourent surtout le pouvoir qu'ils acquièrent. Cela dit, au début du film, on montre que les prêtres païens étaient dans la même situation. On peut donc considérer que le film est hostile aux religions en général, et défend les sciences physiques, telles que la raison peut les étudier. Il laisse au fond entendre que le religieux exploite la fibre de la supertistion. Il est très voltairien. Mais la vérité est que les adeptes de Platon, à cette époque, étaient eux aussi des sortes de mystiques, et non pas des rationalistes ou même des adeptes, avant l'heure, de la science qui se cantonne à l'étude de la matière. Cela n'a aucune vraisemblance, je pense. Ce qui est globalement vrai, c'est que les excès des chrétiens ont été des réponses inadéquates à des excès précédents. On ne peut pas nier que cela est montré.

Écrit par : RM | 02/08/2010

(Mais le film ne montre pas que même le rationalisme philosophique tel que le conçoit la modernité peut s'adonner à des excès terribles, comme justement sous la Révolution française: la princesse de Lamballe a été mise à mort parce qu'elle refusait de renier son amie Marie-Antoinette, c'est à dire par piété, et beaucoup de prêtres ont été mis à mort parce qu'ils refusaient de prêter serment à la République: Hugo - Victor - a dit que c'était un mal nécessaire, un dommage collatéral inévitable. Mais dans les faits, on observe simplement qu'en s'imposant, un courant culturel fait des dégâts collatéraux, pour ainsi dire, et qu'en eux-mêmes, ils montrent que, sans doute, il n'y a pas de courant culturel qui soit assez parfait en lui-même pour rendre l'homme parfait !)

Écrit par : RM | 02/08/2010

On peut donc penser que le film célèbre la science moderne, la raison, face à l'irrationalité et au fanatisme des religions plutôt que de le voir comme une attaque précisément contre la religion chrétienne?

Écrit par : Hassan | 04/08/2010

J'irais même jusqu'à dire qu'en réalité, c'est l'Islam qui était principalement visé ici, car peu importe ce qui est dit et parle à l'intelligence, les protagonistes ressemblent, visuellement, aux membres du clergé iranien, par exemple. L'accent mis sur la question des femmes le montre. Du reste, à l'époque d'Hypatie, l'Islam n'existait pas encore, mais il s'est ensuite imposé en Egypte au détriment du christianisme même, et on peut imaginer que les auteurs du film ont voulu montrer - pourquoi pas ? - que l'Islam était une branche du christianisme développée à partir de l'évêque Cyrille.

Écrit par : RM | 04/08/2010

Il ne faut pas oublier que la question des femmes a été un problème pour la religion chrétienne aussi. On a parfois trop tendance à en offrir l'exclusivité à la religion musulmane.

Écrit par : Hassan | 05/08/2010

Je rajouterai aussi au sein de la religion juive sans oublier toutes les autres religions. Bref, la femme a toujours été l'objet d'un amour/haine de l'homme. Je vais publier bientôt un billet sur le prix de liberté pour les femmes juives en Israël (question de varier un peu le sujet qui tourne toujours sur la femme musulmane) et pour savoir ce qui se passe dans un des pays les plus démocratique du monde!

Écrit par : zakia | 05/08/2010

Sans doute, Hassan, mais je n'en crois pas moins le film dirigé surtout contre l'Islam, car pour un film historique, il ne faut pas tant le mettre en relation avec l'époque qu'il est censé représenter à l'écran, et tomber en quelque sorte dans le panneau de l'historicité et de l'authenticité d'images en réalité fabriquées de toutes pièces, qu'avec le public auquel il est destiné. Pour moi, c'est un film qui essaye de modeler les esprits dans un certain sens. Or, les chrétiens d'aujourd'hui s'assilmilent majoritairement à la science éclairée, la science des Lumières et de la Raison, et la plupart sont favorables à l'égalité entre l'homme et la femme, en principe. Même les prêtres catholiques que j'ai rencontrés disent que dans le mariage, l'homme et la femme doivent être égaux. La plupart des catholiques que j'ai rencontrés adhèrent aux théories de la science moderne, aussi. Je ne pense pas qu'ils se reconnaissent en rien dans le portrait qui est fait d'eux dans le film; ils pensent certainement à d'autres personnes. L'histoire prise dans l'abstrait ici est peu de chose; il faut voir ce que cela déclenche comme réactions au sein des problèmes du présent. Même le Pape, n'est-ce pas, reconnaît que dans l'affaire de Galilée, l'Eglise a eu tort!

Écrit par : RM | 05/08/2010

C'est une idée intéressante et convaincante mais il faudrait aussi connaitre l'avis du réalisateur. On pourrait contourner votre argumentation en arguant que le but du film peut être de relativiser le "fanatisme" islamique en montrant comment les premier chrétiens ont agis.

Écrit par : Hassan | 05/08/2010

Mais l'important est peut-être plus de voir, ô Hassan, quels sentiments spontanés fera naître ce film, que de scruter les réflexions conscientes auxquelles il est susceptible de donner lieu. C'est le problème: au cinéma, les images parlent, elles s'incrustent dans le subconscient, et se mettent sans qu'on s'en aperçoive dans un système de représentations. C'est du moins ce que je crois.

Écrit par : RM | 05/08/2010

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