Ce que soulève la jupe par Christine Bard

Titre: Ce que soulève la jupe2-7467-1408-3.jpg
Auteur: Christine Bard
Éditeur: Autrement 2010
Pages: 170

Christine Bard est professeure en histoire contemporaine à l'université d'Angers. Elle a écrit ce court récit de la jupe alors qu'elle terminait son histoire politique du pantalon. En effet, c'est en écrivant ce livre sur le pantalon que l'auteure s'est interrogée sur ce paradoxe apparent, pour une féministe, qu'est la revendication de la jupe alors que la lutte a été de pouvoir mettre un pantalon. Pourquoi des femmes pensaient-elles plus difficile de mettre une jupe qu'un pantalon à peine cinquante après qu'elles aient eu le droit de porter les même vêtements que les hommes? Cette question a mené l'auteure à s'interroger sur la jupe forcée, la jupe revendiquée mais aussi sur la jupe portée par des hommes.

C'est donc un livre en trois actes que j'ai entre les mains. Le premier acte résume l'histoire du jupon féminin sur plusieurs siècles. Quel est son origine et quel est son lien avec la mode? Ce premier chapitre nous montre que la jupe a été utilisée dans le cadre de la libéralisation sexuelle en érotisant un corps désormais libre des contraintes sociales. Mais celle-ci était aussi imposée. Que ce soit textuellement dans le cadre de certains lieux comme l'école ou l'aviation ou que ce soit une norme tue comme en politique (bien qu'une femme féminine en politique puisse aussi jouer sur ce caractère).

Le second acte montre comment la jupe est passé de vêtement féminin légitime à vêtement dangereux. En effet, selon l'auteure, son port risque de donner le message d'une disponibilité sexuelle. Dans ce cadre le pantalon, et le voile, sont des moyens de se protéger d'une atteinte sexuelle. Les deux annuleraient la vision sexuelle du corps et créeraient une forme d'armure pour réutiliser les termes de Christine Bard. Ce qui ne veut pas dire que la résistance n'existe pas. Un exemple est la journée de la jupe et du respect (il faut souligner ce dernier mot) organisé dans un lycée de province à Etrelles. C'est un droit à la féminité qui est revendiqué. Mais ce droit revendiqué peut aussi cacher des obligations de normes. Une norme qui annonce qui a le droit et qui n'a pas le droit d'être féminin.

Enfin, le troisième acte annonce l'arrivée de l'homme en jupe. Ce retour à un habit long est assez récent même si on peut l'observer dans la mode depuis le milieu du XXe siècle (à moins d'une erreur de ma part). Cette jupe n'est pas qu'un habit mais aussi un moyen de contester un ordre genré du costume. Par le port de la jupe ces hommes mettent en cause un ordre normatif qui impose une certaine tenue aux hommes et permet aux femmes de porter des habits aussi bien féminins que masculins (un masculin parfois revisité il est vrai). Ces hommes semblent développer, en partie, une forte conscience de l'effet politique de l'habit dans la société et revendiquent non un droit au travestissement mais un droit au choix qui rejoint parfaitement certaines consciences féministes.

J'ai trouvé ce petit livre passionnant. Au travers de nombreuses questions il permet de remettre en questions certaines idées préconçues largement acceptées dans nos sociétés. Mais ce que j'ai le plus apprécié n'est pas seulement cette remise en question ni l'utilisation, inédite pour moi puisque je ne l'avais jamais vue auparavant, de sources internet alliées à des sources audiovisuels, écrites et à une littérature secondaire large. J'ai particulièrement apprécié le message qui semble se dégager de ce petit livre. Un message qui consiste à militer pour un droit à tous et toutes de choisir une tenue sans être arrêté par des normes qu'elles soient légales ou morales. C'est, à mon avis, un message extensible à de nombreux autres problèmes. Personnellement, je considère que le féminisme est une idéologie qui devrait aboutir non à une lutte entre les sexes (comme certains le croient aussi bien pro-féministes qu'anti-féministes) mais à une égalité et une harmonie entre les sexes dans le respect mutuel. Le libre choix de l'habit pourrait être un début vers de féminisme. Bref, ce que soulève la jupe ce ne sont pas seulement les mains de certains passants ou le vent mais surtout un grand nombre de questions.

Image: Éditions Autrement

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