01/08/2011

Gonzague de Reynold: Idéologue d'une Suisse autoritaire par Aram Mattioli

Titre: Gonzague de Reynold: Idéologue d'une Suisse autoritaire ( Zwischen Demokratie une totalitärer Diktatur: Gonzague de Reynold une die Tradition des autoritären Rechten in des Schweiz)
Auteur: Aram Mattioli

Traducteurs: Dorothea Elbaz et Jean Steinauer
Éditeur: Éditions universitaire de Fribourg 1997
Pages: 330

Comme j'aime ne pas aller dans le bon sens je me suis dit qu'il pourrait être drôle de parler de ce livre le jours de la fête nationale. De plus, Gonzague de Reynold semble être de moins en moins connu alors qu'il a été l'une des personnalités suisses les plus importantes lors de la première moitié du XXe siècle. Mais qui est cet homme? Un fribourgeois compte de Cressier qui a étudié les lettres à Fribourg et à Paris. Il a écrit de nombreuses œuvres ainsi que des recherches de caractère historique. Mais c'est surtout l'individu qui a mis en place une forme de nationalisme suisse très particulier. Un nationalisme basé sur la différence des suisses face au monde mais aussi à une envie de retourner à un système d'ancien régime pensé comme meilleur que la modernité et la démocratie qui seraient les causes d'une décadence de la Suisse et de l'Europe en général. Cet homme ne s'est pas seulement contenté de parler il a aussi connu les plus grands dictateurs européens de l'époque. que ce soit Mussolini ou les milieux nazys ou encore les frontistes suisses il les as tous plus ou moins connus et fréquentés. Une fréquentation qui pouvait aussi déboucher sur des "erreurs" peu pardonnables.

Mais Gonzague de Reynold, bien que clairement en faveurs d'une suisse autoritaire, n'est jamais devenu fasciste ou nazy. Non, ce qu'il voulait c'était une dictature suisse catholique. Proche de ce qu'il pensait être celle de Salazar au Portugal. Ce qui l'a mené à écrire de nombreux livres en faveurs de ce nouveau régime et même à préparer une prise de pouvoir. Mais pourquoi parler de lui? Mis à part son importance lors du XXe siècle il est surtout le parfait exemple d'une certaine classe sociale. Une classe qui n'apprécie pas la modernité et la démocratie et qui souhaite revenir aux temps de l'inégalité d'ancien régime sous la force d'un homme religieux: un landamman. C'est pourquoi il est important de comprendre Gonzague de Reynold car il est l'archétype d'un certains mouvement de pensée qui n'était pas l'exception en Suisse même si ce n'était pas des idées majoritaires.

Mais je n'ai pas encore dit mon avis sur ce travail de recherche. J'ai trouvé que l'auteur avait parfaitement réussit son but qui était d'utiliser de Reynold comme témoin de la culture d'une époque. En effet, par l'entremise de la vie de cet homme c'est tout un contexte politique et culturel qui se dévoile devant nous. Pour cela l'auteur a utilisé de nombreuses sources qui sont aussi bien journalistiques, des œuvres ou encore épistolaires. Ce qui permet d'entrer vraiment dans la vie de Gonzague de Reynold. Malheureusement, la traduction souffre de nombreuses coquilles et, surtout, l'éditeur de cette traduction a décidé d'expurger une grande partie de l'appareil critique. Une décision que je ne peux que déplorer. Mais cette recherche est très intéressante et je trouve qu'il important de la communiquer puisqu'elle permet de révéler des attitudes et des mouvements qui ont été oublié par l'histoire officielle. En effet, Gonzague de Reynold n'a jamais vraiment été inquiété pour ses activités anti-démocratique alors que l'auteur, selon ses dire, de ce livre a été fiché par la police fédéral pour ses recherches sur de Reynold.

Commentaires

Gonzague de Reynold a peut-être commis des erreurs dans sa vie, mais il n'aurait certainement pas fait autant de fautes d'orthographe par ligne que vous!

Écrit par : Rétrograde | 03/05/2012

Bonsoir,

Gonzague de Reynold est toujours resté dans l'erreur. Il aurait été plus constructif de votre part, et plus sympathique, de me donner des indications.

Écrit par : Hassan | 03/05/2012

Je n'ai jamais lu de ma vie une phrase aussi stupide: "Gonzague de Reynold est toujours resté dans l'erreur". Aucun argument, aucun raisonnement, aucune connexion neuronale n'est utilisée dans cet énoncé général et gratuit. On y trouve l'absence de pensée du végétal si ce n'est du minéral.

Avec des critiques de votre niveau, ni constructif ni sympathique, ne donnant aucune indication, les éventuelles erreurs que Gonzague de Reynold a peut-être pu commettre occasionnellement (qui n'en commet pas? et n'existe-t-il pas un droit à l'erreur pour les intellectuels?) ne risquent pas d'être réfutées.

C'est bien, continuez comme ça.

Écrit par : Rétrograde | 27/05/2012

Bonjour,

outre ce que je résume plus haut je pourrais simplement dire que Gonzague de Reynold était décalé. Pas dans le sens négatif du terme mais dans un sens social. Gonzague de Reynold était un homme du XIXe dans un monde en mutation. Il s'est toujours trompé parce qu'il a essayé de ramener l'époque dont il était symboliquement originaire face à une époque qu'il ne comprenait pas. Ce qui l'a mené à se rapprocher de personnages peu recommandables.

Mais vous pourriez aussi vous renseigner directement à la source. Aram Mattioli a écrit un très bon livre.

Écrit par : Hassan | 28/05/2012

Il y a longtemps que j'ai lu le livre de Mattioli, en version française et allemande. Ce livre n'est pas mauvais. Le plus mauvais c'est la préface navrante de Roger de Weck, qui a un complexe car il est issu du même milieu rétrograde que Gonzague de Reynold avec lequel il a d'ailleurs un lien de parenté. Cette préface est d'une bassesse politiquement correcte affligeante. Roger de Weck essaie de se faire pardonner ses origines. Mattioli, lui, est un israélite d'origine italienne dont la famille a une tradition antifasciste. Il n'a donc aucun point commun ni aucune raison d'avoir la même vision du monde que Gonzague de Reynold, pourtant il en parle avec respect quoique de manière critique. Son livre a fait redécourir à beaucoup de gens la personnalité et l'oeuvre du grand poète, historien et penseur Gonzague de Reynold, qui était plutôt victime d'une conspiration du silence de la part de la minable intelligentsia post soixante-huitarde que nous subissons encore.

Grâce au livre de Mattioli, mais aussi grâce à d'autres ouvrages d'auteurs a priori plutôt hostile à sa pensée, Gonzague de Reynold est lu à nouveau et redevient un maître à penser de la jeunesse actuelle, à part les gauchistes bien entendu.

J'attire amicalement votre attention sur le fait que le reproche selon lequel une personnalité serait "décalée" est particulièrement inepte. Chacun est décalé d'une manière ou d'une autre: pour des raisons sociales, confessionnelles, ethniques, économiques, sexuelles ou pour n'importe quelle autre raison. Par exemple vous êtes décalé parce que vous vous appelez Hassan et non Jean-François. Mais cela n'est pas la raison pour laquelle vos prises de position doivent être considérées comme sans valeur.

Gonzague de Reynold était certes décalé en tant qu'aristocrate catholique dans une Suisse dominée par la démocratie libérale égalitaire et progressiste. Mais cela ne l'empêche absolument pas d'avoir élaboré une pensée tout à fait actuelle et même visionnaire, réaffirmant certains principes permanents qui sont d'hier mais aussi d'aujourd'hui et de demain. C'est à ce titre qu'il est un auteur important.

La vie intellectuelle est faite de courants très divers, qui peuvent s'enrichir mutuellement, et c'est vraiment pénible de se heurter au conformisme obtus de gens défendant une vision limitée partielle et réductrice, qui n'est en fait qu'une addition de préjugés, d'idées reçues et de clichés.

Apprenez à ne plus jamais dire: "untel s'est toujours trompé". Qui êtes-vous pour juger et condamner ainsi du haut de vos préjugés un des plus grands esprits du XXe siècle ? Gonzague de Reynold.

Écrit par : On ne crache pas sur plus grand que soi | 28/05/2012

Bonjour,

Malheureusement je ne me souviens plus du tout de la préface je suis donc incapable d'en juger. Après tous, ce billet date de presque un an... Mais ce livre est en effet très réussit et permet de se rendre compte non seulement de la vie d'un homme mais surtout de l'époque dans laquelle il se trouve. C'est probablement la plus grande réussite d'Aram Mattioli.

Par contre, j'ai le droit, en tant que citoyen, d'émettre un jugement sur la pensée d'un auteur ou d'une personnalité. Ce jugement peut ne pas être partagé (c'est tout autant un droit). Et je ne partage pas les idées de Gonzague de Reynold que je trouve dangereuses et très conservatrices.

Écrit par : Hassan | 28/05/2012

Je suis tombé sur ce billet ancien par hasard, en surfant sur le net. Ca arrive souvent.

C'est votre droit de ne pas partager les idées de Gonzague de Reynold, mais si vous les attaquez, ce qui est tout à fait votre droit en effet, il faut au moins essayer de vous mettre à son niveau et d'argumenter un minimum. Ce n'est pas acceptable de se contenter de dire: "il a toujours eu tort", "il est décalé", "il ne comprenait pas son époque", "ses idées sont dangereuses" ou "conservatrices". C'est exactement de même ordre que si on disait: Jean-Paul Sartre était un con parce qu'il était myope. C'est du même niveau.

Il faudrait dire pourquoi, selon vous, G. de R. a eu tort, et sur quels points précis. Il faudrait connaître son oeuvre. Vous ne la connaissez pas, vous avez juste lu livre, pas mauvais mais discutable de Mattioli. Il faudrait aussi dire pourquoi, selon vous, il ne comprenait pas son époque. Ca ne suffit pas de dire qu'il était issu d'un milieu rattaché à un certain passé. C'est exactement comme si je vous disais que, comme vous vous prénommez Hassan et êtes peut-être "originaire" d'un autre univers culturel, vous ne pouvez pas et ne pourrez jamais comprendre la Suisse. Vous voyez tout de suite l'ineptie. Et c'est idiot aussi de reprocher à quelqu'un d'avoir été proche "de gens peu recommandables". Pouvez-vous me citer un seul intellectuel important qui n'ait jamais côtoyé que des "gens recommandables"? Ca n'a pas de sens.

A mon avis il la comprenait très bien, son époque, beaucoup mieux que la plupart des intellectuels dont les idées étaient opposées aux siennes, c'est bien pourquoi il fait peur, encore aujourd'hui, à ses adversaires idéologiques.

Pour vous, le seul fait d'avoir des idées "conservatrices" est mal en soi. C'est exactement comme si je disais que le seul fait d'avoir des idées de gauche est mal en soi. C'est absurde. On ne peut pas dire ça. On ne peut pas dire non plus : les idées de tel ou tel sont "dangereuses". Il faut expliquer pourquoi en quoi et comment.

Gonzague de Reynold est probablement un penseur que l'on est en droit de décrire comme d'extrême droite, tout en rappelant que ce genre d'appellations sont des simplifications grossières. Disons qu'il appartenait à une école de pensée contre-révolutionnaire n'acceptant pas que le monde commence en 1789. On pouvait en dire autant de Joseph de Maistre, de Balzac, Flaubert, Baudelaire, Villiers de L'Isle Adam, Barbey d'Aurevilly, Bernanos, Léon Bloy, Jacob Burckhardt, Nietzsche, Ranke, Mommsen, Graham Greene, Chesterton, T. S. Eliott, Dostoïevsky, Soljenitsine, Ortega y Gasset, Miguel de Unamuno et on pourrait continuer ainsi la liste encore pendant des pages en prenant des auteurs de tous pays, anciens ou mmodernes et même contemporains. Il y a une immense tradition littéraire de droite, d'extrême droite, et même d'extrême droite chrétienne: catholique, orthodoxe ou même protestante. Pour la littérature culturellement musulmane je connais moins. Mais par exemple dans l'univers culturel asiatique, Confucius, le penseur de la féodalité par excellence, qui reste le socle de la culture chinoise que même Mao Tsé Toung n'a pas pu éradiquer, doit être placé plus à droite que Gonzague de Reynold, selon l'échelle des valeurs de l'après guerre européen.

En ralité mon bon monsieur Hassan, il faut vous rendre à l'évidence, la grande majorité des grands écrivains de tous les temps a été dans la même tradition intellectuelle réactionnaire et traditionnaliste que Gonzague de Reynold. Ce n'est qu'une toute petite minorité, très récente, qui a donné dans les idéologies du progrès. Et souvent ce sont plutôt de mauvais écrivains. Ceci étant dit il faudrait expliquer en quoi cela serait un mal d'appartenir au camp de l'ordre et de la tradition et en quoi ce serit un bien d'appartenir au camp du progrès, de l'égalité, des idées anti-autoritaires post soixante-huitardes et patati et patata. Personnellement je ne vois pas pourquoi on pourrait affirmer cela, et surtout en procédant par idées préconçues st slogans sans aucun argument comme vous le faites.

En fait vous ne faites que reproduire un réflexe pavlovien de quelqu'un qui a toujours baigné dans l'ambiance conformiste de notre époque et ne connais rien d'autre. Mais dites vous bien que cette époque optimiste où on croyait que n'importe quoi serait possible et que l'Humanité avançait irrésistiblement vers un progrès continu, tout cela ne représente en réalité qu'une minuscule parenthèse dans l'histoire du monde, d'environ une génération entre 1970 et 2000 environ, et encore, seulement en Europe occidentale et en Amérique du Nord. Cette parenthèse est terminée. Il faut vous y faire. Il va falloir revoir vos certitudes, ou au moins, si vous les maintenez, il va falloir être capable d'argumenter. Car d'ici six mois à une année l'humanité va se retrouver dans sa situation normale et non plus dans la situation exceptionnelle qui n'aura duré qu'un instant. Donc toute l'idéologie post soixante-huitarde qui vous paraît aller de soi devra être abandonnée, par la force des choses.

Écrit par : rétrograde | 29/05/2012

"d'ici six mois à une année l'humanité va se retrouver dans sa situation normale et non plus dans la situation exceptionnelle qui n'aura duré qu'un instant."

Et que doit-il se passe d'ici six mois à une année, qui devrait remettre les pendules à l'heure et l'humanité dans sa situation normale ?

Écrit par : Plouf | 29/05/2012

Vous verrez bien. Ca commencera avec le naufrage de l'euro. En Suisse, comme toujours, ca viendra un peu plus tard qu'ailleurs. Et nous nous en tirerons un peu moins mal que les autres, grâce au fait que nous ne sommes pas dans l'Union Européenne.

Écrit par : pendule à l'heure | 29/05/2012

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