06/11/2011

L'exercice de l'état (le privilége de l'impuissance)

Presque en même temps que le film de Clooney un autre film politique est sorti. Celui-ci est français est traite son sujet très différemment. Plutôt qu'une campagne de primaire nous suivons un ministre en plein travail. Le film commence par l'un des exercices les plus importants pour un politicien: montrer une présence de l'état. Bertrand Saint-Jean, ministre des transports, reçoit un appel en pleine nuit. Un accident s'est déroulé sur une petite route enneigée tuant près de 10 jeunes. Il n'a pas le choix il doit se déplacer en pleine nuit le plus vite possible et arriver avec un discours déjà près. Mais une fois que cet épisode terminé le travail de Saint-Jean ne fait que commencer. Car être ministre ne veut pas seulement dire lire et créer des dossiers, gérer l'état, mais aussi participer au théâtre politique. Nous suivrons donc Bertrand alors qu'il essaie d'éviter d'être vu comme un ministre qui échoue à cause d'un projet qu'on lui impose. Pour cela il devra être toujours présent et il devra écraser des têtes.

Comme je l'ai dit ce film traite le sujet politique d'une manière différente de celui de Clooney. On observe le fonctionnement interne d'un ministère en suivant celui qui en est à la tête. Ce film, à mon avis, montre bien qu'une personne dans cette position doit non seulement faire attention à ses dossiers mais qu'il doit aussi penser à sa force médiatique et politique. Ainsi, on a presque l'impression que le ministère des transports n'est pas mobilisé pour mettre en place des projets mais pour donner à Saint-Jean la force politique nécessaire pour résister aux autres ministres qui se trouvent à des postes plus prestigieux. Les scènes du début du film montrent tout aussi bien l'importance de la présence du ministre sur les lieux pas seulement pour les voix mais aussi pour affirmer une présence concrète de l'état. Un autre bon point de ce film c'est de montrer que le rythme de vie de ces personnes est non seulement solitaire mais aussi très difficile. On se lève avant l'aube et on se couche après minuit tout en étant toujours prêt à réagir. Par contre un point particulier m'a ennuyé. Les personnages parlent bien, très bien même, mais ils parlent dans un jargon que je qualifierais d'artificiel. Bien entendu, la plupart des grands fonctionnaires français sont jeunes et énarques ce qui implique une certaine manière de parler. Mais j'ai souvent eu l'impression que les personnages ne parlaient pas, ils citaient. Ils citaient de belles phrases, oui, mais ils ne créaient pas ils reprenaient. Peut-être est-ce voulu?

Image: Site officiel

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11:59 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : état, politique | | | |  Facebook

Commentaires

Votre analyse du "discours" est intéressante mais je ne la partage pas totalement. je dirais qu'il y a d'un côté les mots destinés à la "communication publique", qui doivent être frappants pour être retenus par l'opinion publique et par la presse; et d'autre part la "densité" de la parole pressée, où les échanges vont à toute allure, où le dialogue consiste aussi à "décrypter" le non-dit pour y répondre (coup pour coup?) en temps réel: la brutalité des rapports de forces...
(s) Ta d loi du cine, "squatter" chez Dasola

Écrit par : ta d loi du cine | 27/11/2011

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Bonjour,
j'ai lu votre analyse. Celle-ci est très intéressante et vous êtes allé beaucoup plus loin que moi. Il est parfaitement vrai que ces scènes ou les différents conseillers sont derrière voir à coté du Ministre pour lui permettre de répondre à son interlocuteur sans perdre la face sont très révélatrice des rapports de pouvoirs!
Si je parlais d'artificialité c'est aussi parce que j'avais parfois l'impression de me trouver face à de l'appris par cœur, une forme de formatage de la parole. Un effet qui aurait pu être voulu pour montrer la force de l'institution de l'ENA pour créer des fonctionnaires d'états semblables.

Écrit par : Hassan | 27/11/2011

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