30/11/2011

Borrowed Time de Naomi A. Alderman (un taux d'intérêt mortellement bas)

Titre: Borrowed Time250px-Borrowed_Time.jpg
Auteurs: Naomi A. Alderman
Éditeur: BBC 2011
Pages: 255

Après avoir pris le temps d'écrire une note sur un film centré sur le temps je me suis dit qu'il était de parler d'un média avec lequel le rapport au temps est très différent mais dont l'intrigue n'est pas loin d'être proche de la problématique du temps. Après cette diatribe qui ne m'a pas coûté trop de temps je vais peut-être éviter de vous faire perdre encore plus de votre temps par de vaines paroles et résumer ce nouveau Doctor Who book. Le temps est partout et pas seulement dans ces quelques lignes. Il s'écoule inexorablement en avant et il semble que nous en manquions toujours au mauvais moment que ce soit pour le travail ou notre vie privée. Mais que feriez-vous si vous pourriez en emprunter? Alors que le Docteur voulait emmener Amy et Rory observer la plus grande faillite bancaire de l'histoire humaine ils sont pris dans un tout autre type de marché. En effet, les employé de la Lexington Bank travaillent trop et trop vite et semblent pouvoir se trouver en plusieurs endroits en même temps. Des personnes à l'allure de banquier, donc à tête de requins, marchent dans les couloirs de la banque sans que l'on puisse dire d’où ils viennent de comment ils font pour repartir. La banque est au centre d'un marché du temps. On vous en offre contre un taux d'intérêt préférentiel. Mais quand on signe un contrat il vaut mieux lire les petits caractères sinon notre vie peut très bien en être bouleversée.

Ce livre est une bonne surprise. En dessous de la surface de l'intrigue nous avons une peinture du système des prêts. Bien entendu, l'intrigue joue avec les paradoxes des voyages dans le temps. Les personnes sont toujours prêtes, ne savent plus trop quel jour il est et peuvent se croiser et se trouver au même endroit à deux moments différents. Le temps n'est pas que manipulé il se répare puisqu'un acte peut tout changer. Par contre, Amy y est un peu bête puisqu'elle se jette dans le piège sans même se mettre à réfléchir un minimum. Mais, comme je l'ai dit, ce que l'on a c'est surtout une accusation face au système des prêts. En effet, le Docteur nous explique comment fonctionnement les intérêts cumulés qui implique que non seulement on paie des intérêts sur nos emprunts mais aussi des intérêts sur les intérêts. Autrement dit, le Docteur nous explique comment fonctionne la dette du tiers-monde. Mais l'auteure nous montre aussi des traders avides d'argent, à tel point qu'ils oublient toutes prudences et s'empressent d'acheter ce qui semble rapporter sans regarder ce que ce qu'ils ont obtenus vaut vraiment. Il faut faire un énorme effort pour ne pas y voir la crise des subprimes! De plus, l'auteure nous montre ce que le travail peut faire aux individus. On se trouve face à des personnes stressées et constamment sur la brèche pour gagner un peu plus de prestige en vue de monter dans la hiérarchie. A tel point que leur vie privée et inexistante et que certains meurent au travail! Et puis ce livre reste un Doctor Who avec ses situations absurdes et les références à la série. Je ne peux que féliciter Naomi Alderman pour sa réussite!

Image: Tardis Index Base

In Time / Time Out vous offrirez bien un peu de votre temps à cette lecture?

Aujourd'hui nous devons gagner de l'argent puis le dépenser pour faire fonctionner le système économique. Mais si l'argent n'existait plus et que la seule valeur encore en fonction soit le temps? Nous nous trouvons un siècle dans notre futur. Nous vieillissons jusqu'à nos 25 ans puis nous restons stable. Ce serait parfait si les choses étaient si simples. Mais il faut bien comprendre que dès nos 25 ans il ne nous reste plus qu'une année à vivre. Le seul moyen d'éviter la mort est de travailler pour gagner du temps. Cependant les factures et les biens doivent aussi être payés en temps. Dans ce monde qui est tout sauf parfait un petit nombre d'immortels peuvent vivre sur le dos de prolétaires qui n'ont à peine qu'une journée à vivre chaque jours. Will Salas l'apprend par un homme qui a un souhait inattendu dans ce monde: mourir. Après avoir reçu son temps il se déplace vers le ghetto des riches ou il apprend une nouvelle manière de vivre et ou sa révolte grandit de plus en plus.

Je me suis un peu renseigné sur le réalisateur et, à ma plus grande surprise, je me suis rendu compte que j'ai apprécié la plupart des films dans lesquels il est impliqué. Andrew Nicoll a donc été le réalisateur de Gattaca, Simone et Lord of War mais il est aussi impliqué dans Le Terminal et The Truman Show. Je n'ai vu ni Le Terminal ni Simone au contraire des autres films mentionnés que j'ai beaucoup aimé. Ma seconde remarque sera courte car elle concerne le titre. Encore une fois un traducteur a cru bon de changer le titre original anglais en un autre titre en anglais. Non seulement c'est ridicule mais, en plus, les deux titres n'ont pas la même signification! Je note aussi rapidement l'apparition de Johnny Galecki qui est connu pour son rôle dans The Big Bang Theory.

Certains pourraient dire que ce film développe un thème intéressant mais qu'il n'est pas assez bien réalisé pour entrer au niveau de Gattaca. Bien entendu, les acteurs et l'intrigue ne sont peut-être pas autant maîtrisé que dans Gattaca mais je pense tout de même que ce film est une réussite. Je trouve que la manière dont est dépeinte la société de ce futur est très riche et j'ai aussi bien aimé l'intrigue à la Bonny and Clyde. Alors que peut-on sortir de ce film? Vous l'avez sûrement remarqué, j'ai parlé de prolétaires. Ce terme est particulièrement adapté puisqu'il nomme des personnes qui ne possède rien d'autres qu'eux-même. C'est exactement le cas des pauvres dans le monde décrit par Nicoll. Ils ne possèdent qu'eux-même pendant une journée ensuite ils meurent. Nous nous trouvons face à ce que l'un des personnages décrit comme un capitalisme darwinien. Les plus riches et débrouillards survivent alors que les faibles et pauvres sont censé mourir. Ainsi le système ne surchauffe pas puisque la majorité de la population est éternellement jeune mais meurt tandis qu'une minorité est immortelle. Nous nous trouvons, en fait, face à l'un des plus injustes et des plus puissants systèmes capitalistes.

Car il ne faut pas oublier que ce système a des conséquences. La première est d'empêcher la solidarité à large échelle. En effet, comment faire grève, entrer dans un syndicat ou réclamer des procédures sociales quand un non risque de vous tuer? La solidarité en communauté ne peut tout simplement pas exister et les luttes sociales sont inexistantes car personne ne veut risquer de mourir pour un gain hypothétique. La seconde conséquence est tout aussi logique puisqu'elle concerne la mise en place d'une ségrégation spatiale. Le monde de Nicoll est divisé en zones horaires. Chacun à des prix et salaires différents et il faut payer pour passer de l'une à l'autre. Mais quand on ne peut pas payer on est obligé de rester dans sa zone qui, bien entendu, se trouve le plus éloigné de la zone des riches. Cette ségrégation implique aussi un contrôle puissant de la population. Non seulement il semble qu'il existe des fichiers sur tout le monde mais, en plus, la ville est constellée de caméras de surveillance ce qui rappelle l'ambiance oppressive de la surveillance dans Gattaca. La dernière conséquence est inscrite dans les corps même des personnes. je ne vais pas sortir la sociologie bourdieusienne mais on sait que la classe sociale s'inscrit dans le corps. Dans ce film ce constat est parfaitement visible. Les pauvres sont athlétiques, rapides et regardent autours d'eux et surtout la police et n'hésitent pas à prendre des risques en jouant leur vie qui, de toute manière, peut se terminer brutalement. Les riches, eux, montent en vertu la prudence et la lenteur. La lenteur, en fait, est le meilleur marqueur de statut social puisqu'il est inutile de se presser quand on peut vivre éternellement. La prudence en découle tout naturellement puisque le seul moyen de mourir découle de la prise de risque. Comme le dit particulièrement bien Sylvia Weiss, autre personnage principal, "Les pauvres meurent et les riches ne vivent pas". En conclusion je ne peux que vous conseiller de voir ce film en ayant en tête le fonctionnement capitaliste de la société. Nous n'en sommes pas là mais n'y a-t-il pas des similitudes dérangeantes?

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11:50 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Politique, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : capitalisme | | | |  Facebook

27/11/2011

"vive la Commune!" de Louise Michel, "la Commune est proclamée" de Jules Vallès et "La guerre civile en France" de Karl Marx trois discours pour une révolution

Titre: "vive la Commune!", "la Commune est proclamée" et "La guerre civile en France"9782757822012.jpg
Auteurs: Louise Michel, Jules Vallès et Karl Marx
Éditeur: Points 2011
Pages: 62

La Commune est un événement révolutionnaire de l'année 1871. Alors que le Second Empire était en train de disparaître face à la Troisième République et que Paris était assiégée les citoyens de la Capitale agissaient seuls. Mais lorsque l'armée régulière tente de désarmer, en cachette, les citoyens parisiens ces derniers se soulèvent suivi, immédiatement, par les recrues qui étaient censées tirer dans la foule. La matinée a à peine montré le bout de son nez que la Commune était née! Ces trois discours ont donc cet événement particulier comme cadre. Le premier se déroule après la Commune. Il nous montre une partie du procès de Louise Michel. Cette dernière est une enseignante révolutionnaire qui aurait non seulement combattu dans un habit d'homme (un crime à l'époque) mais aussi demandé la mort des otages. Elle finira exilée au bagne. Mais son procès nous permet surtout de voir une femme possédant un fort caractère qui garde intact ses convictions appelant même le juge à la tuer! Le second discours est celui d'un journaliste, Jules Vallès, il devient un élu dans le cadre de la Commune mais il est aussi connu pour ses convictions révolutionnaires et sa défense farouche de la liberté d'expression. Enfin, nous avons le discours de Karl Marx. Il a été écrit très rapidement pour les travailleurs de Paris. Mais il s'est surtout transformée en une défense de la Commune qui venait d'être réprimée dans le sang. Il semblerait surtout que ce texte, en expliquant pourquoi la Commune a échoué, soit important pour comprendre la "nécessité" de la dictature du prolétariat. En effet, les communards n'ont pas organisé la classe ouvrière ni tenté de prendre le pouvoir sur la République. Ils se sont "contenté" de construire une démocratie que l'anarchisme ne renierait pas forcément.

Il est tout de même assez difficile de présenter un livre constitué de trois textes très différents. On passe d'un procès à un pamphlet tout en lisant un article de journal. Ces textes permettent surtout de comprendre les pensées de trois acteurs de cette révolution. Des personnes qui condamnent le fonctionnement de classe de la société et qui essaient de construire, intellectuellement ou non, une alternative. La Commune a échoué. Mais son histoire est-elle, pour autant, une simple annexe dans les livres? Au contraire, bien que je n'en sache que peu sur elle je sais qu'elle a été le lieu de nombreuses innovations. Par exemple, l'égalité des salaires entre les sexes y a été proclamée. Bien que les femmes n'avaient pas le droit de vote elles ont eu une forte influence sur l'activité politique de la Commune. De plus, de nombreuses lois de protections des travailleurs ont été proclamées avant même que l'idée ait germé dans la troisième république. Bref, c'est une histoire intense, riche et pleine d'enseignement!

Image: Éditeur

11:47 Écrit par Hassan dans Histoire, Livre, moderne | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : commune, paris | | | |  Facebook

25/11/2011

Paradox Lost par George Mann (et si il existait des monstres avec les même propriétés que les télévisions?)

Titre: Paradox Lost250px-Paradox_Lost.jpg
Auteur: George Mann
Éditeur: BBC 2011
Pages: 239

Le TARDIS, comme d'habitude, ne fait pas ce que le Docteur lui demande de faire. En effet, plutôt que d'aller visiter une jolie petite nébuleuse le TARDIS emmène ses passagers à Londres au 28ème siècle en empruntant des raccourcis (oui, même une machine à voyager dans le temps peut prendre des raccourcis!). Les trois amis arrivent juste à temps pour observer des archéologues en train de remonter un androïde de la Tamise. Mais cet androïde n'est pas logique. La technologie vient d'être inventée mais il semble avoir été sous l'eau pendant des siècles! Le mystère s'épaissit quand le robot nomme le Docteur et lui conseille de retourner en 1910. Il semble que des créatures se répandent dans Londres en ingérant l'esprit des humains. Malheureusement, ces créatures sont bien plus mortels que les télé-réalités. Bien que cela soit encore à prouver...

Si les programmes de certaines chaînes pouvaient prendre forme je suis certains qu'ils prendraient cette forme! Des monstres qui tuent en ingérant l'esprit des humains. Encore une fois, nous nous retrouvons dans une histoire remplie de paradoxes apparents. Comme le dernier roman le Docteur et ses compagnons voyagent dans le temps. Mais ils le font avant même d'avoir agi pour permettre leur voyage. J'ai l'impression que la série part de plus en plus dans ce type de paradoxes et de boucles temporelles auxquelles il vaut mieux ne pas réfléchir. Le personnage que j'ai vraiment apprécié dans ce tome est celui d'Angelchrist. C'est une sorte de savant fou célibataire qui sait que le monde n'est pas aussi simple qu'on ne le croit. Mais j'ai surtout apprécié les nombreuses références à la série comme le chapeau cool, les bus et les failles dans le temps et l'espace ainsi que les événements de la saison 5.

Image: Tardis Index Files

23/11/2011

Touched by an angel par Jonathan Morris (et si vous pouviez vivre dans le passé?)

Titre: Touched by an angel250px-Touched_by_an_Angel.jpg
Auteur: Jonathan Morris
Éditeur: BBC 2011
Pages: 239

Il y a longtemps que je n'avais pas parlé d'un DW Books sur ce blog. Mais comme je viens d'en terminer un autant en profiter pour pallier à cela. Cette fois nous retrouvons le Docteur dans nos années. Il a été attiré par les agissements d'un ange pleureur. Pour ceux qui ne le savent pas ces créatures sont des monstres qui tuent en renvoyant leur victime dans leur passé. En fait, ces monstres détruisent ce que l'on aurait pu être. Plus intéressant encore, ils ont la faculté de se transformer en pierre quand on les regarde. Ce qui en fait, probablement, les meilleurs monstres de cette série. Cet ange précis suit Mark Whitaker. Bien que le Docteur essaie de le sauver ce dernier est finalement renvoyé 17 ans en arrière. Mais être renvoyé dans son propre passé peut être dangereux. En effet, un simple petit changement peut détruire à la fois le futur et le passé. Le Docteur, Amy, Rory et Mark vont donc devoir lutter pour garder le passé intact face aux plans des Anges. Un plan qui fait miroiter un gain difficile à refuser quand on a un coeur.

J'ai beaucoup aimé ce livre. Non seulement les Anges sont toujours aussi stressant (essayez de ne pas cligner des yeux pendant plusieurs minutes!) mais, en plus, l'histoire est bien écrite. En fait, j'ai beaucoup apprécié que l'on ne suive pas spécifiquement le Docteur mais Mark. Nous suivons à la fois le Mark du futur et le Mark du passé. On apprend comment sa vie s'est mise en place en même temps que le Mark du futur et le Docteur tente de garder son passé sur les railles. Mais c'est aussi, et surtout, une histoire d'amour. L'amour entre Mark et Rebecca. Un amour que l'on verra prendre des forces au fil du temps et lors des aventures passée de Mark. Mais vous, que feriez vous si voous étiez renvoyé dans votre passé?

Image: Tardis Index Base

22/11/2011

L'Irlandais / The Guard les policiers sont comme les oignons, ils ont des couches

Après mon dernier film j'ai voulu regarder quelque chose d'un peu plus léger. C'est pourquoi je suis allé voir un film dont la bande annonce m'intriguait: The Guard. Je commencerais tout de suite par dire que, comme d'habitude, le titre anglais est bien mieux que la traduction française. Nous suivons donc la vie d'un policier Irlandais, Boyle, dans un petit village proche de l'une des côtes de l'Irlande. Boyle n'est peut-être pas un flic commun mais il fait bien son travail. Même si il doit essayer de comprendre pourquoi un homme que personne ne connaît est mort dans l'une des maisons de son village avec des signes de satanisme. L'arrivée d'un agent du FBI Everett le détournera, temporairement, de ce mystère. En effet, le FBI pense que l'Irlande va être utilisée pour un trafic important de drogue. Tous les agents sont donc mis à contribution pour trouver et arrêter les trafiquants. Il se trouve que, justement, le mort sur lequel Boyle enquête est l'un de ces trafiquants. Everett va donc suivre ce flic dans son petit village pour essayer d'enquêter.

Le ton du film est tout de suite revendiqué. Une voiture avec des jeunes qui roulent bien au-dessus des limites, un accident ou ils meurent tous et Boyle arrivant, prenant un peu de drogue dans la poche de l'un des jeunes et commentant après l'avoir ingérée "It's a fucking beautiful day!". Cet humour noir ou plutôt sarcastique se retrouve dans tout le film. C'est aussi l'une des principales raisons pour lesquels j'ai apprécié ce film. En fait j'ai du mal à choisir ce que j'aime le plus. Est-ce que ce sont les paysages irlandais avec leur lot d'irlandais bougons? Peut-être est-ce aussi les trafiquants. J'ai beaucoup aimé écouter ces trois personnages philosopher sur leur vie et sur la facilité avec laquelle ils corrompent les policiers. L'un des trafiquants, par exemple, avoue prendre des anti-dépresseurs à cause du stress de son boulot. Boyle est aussi un personnage remarquable et je trouve qu'il est parfaitement joué. Réussir à incarner ce flic étrange qui avoue prendre de la drogue et qui ne crache pas sur le service des prostituées mais qui réussit aussi à tout comprendre avant tout le monde n'a pas du être facile. C'est probablement l'un des personnages les plus sympathiques de ce film. Je ne regrette donc pas mon ticket et je conseille largement ce film.

Image: Site Officiel

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11:42 Écrit par Hassan dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : drogue, police, irlande | | | |  Facebook

20/11/2011

L'ordre et la morale (mais de qui?)

Hier soir je suis allé voir le nouveau film de Mathieu Kassowitz. Après être sorti du cinéma j'ai voulu en savoir un peu plus sur les événements et sur la vision du film. Il semble qu'il soit critiqué par de nombreuses parties et les événements sont loin d'être particulièrement clairs. Mais que nous montre le film? Nous sommes en 1988 en Nouvelle-Calédonie un territoire d'outre-mer français. Une attaque vient d'avoir lieu contre une gendarmerie. Elle a fait 4 morts et trente gendarmes sont pris en otage. Le commandant Legorjus est immédiatement dépêché sur place à la tête d'une unité du GIGN. Mais, à peine arrivé, il se rend compte que les choses ont pris un tour très différent. En effet, 300 soldats ont débarqué sur cette petite île et ont pris le contrôle d'un village. Tandis que Legorjus essaie vainement de trouver une solution pacifique il se rendra compte que certains hommes ne souhaite pas ce type de fin. Dans le même temps il sera le témoin des nombreux sévices mis en place par l'armée contre les autochtones. Pourra-t-il vraiment faire son travail? Pourra-t-il continuer à faire son travail?

Le début du film est clair: ça va mal se terminer. La question n'est donc pas comment les négociations vont se dérouler mais pourquoi cela se termine mal. Il faut se rendre compte que cet épisode dans une histoire plus longue semble avoir été le lieu d'un certains nombres de sévices. Bien que je ne connaisse pas l'histoire de cette prise d'otage dont je n'avais même jamais entendu parler auparavant une rapide recherche m'a permis de savoir qu'un certains nombre de preneurs d'otages ont été abattus d'une balle dans la tête et que les civils ont subis un certains nombre de vexation voir d'"interrogatoires musclés" (comprenez tortures).

Quand on regarde le film on se rend rapidement compte de deux choses: c'est une apologie de la gendarmerie et du GIGN et l'armée et les politiques sont condamnés. Le message est donc assez simple. La gendarmerie, surtout locale, tente de comprendre les motivations et demandes des preneurs d'otages. Pour cela il faut créer une relation de confiance mutuel et dialoguer (ça tombe bien la culture locale semble être très ouverte au dialogue). De l'autre coté, l'armée met en place la seule chose qu'elle sait faire: une logique de guerre. Elle est soutenue en cela par le clan Chirac qui souhaite une victoire à quelque jours des élections. Mais pas une victoire pacifique une victoire électorale. Au-dessus de tout cela les médias français font dans la surenchère sur les atrocités qui auraient eu lieu dans la gendarmerie. Ces différentes volontés ne peuvent se terminer que sur une chose: un assaut qui conduisit à la mort de 19 canaques. Mais la peinture des politiques comme des hommes qui n'ont aucun intérêt pour les vies mises en danger quand leur poste peut être remis en question est-il fidèle? L'armée qui remporte tous les blâmes est-elle vraiment meilleure de la gendarmerie qui semble être l'héroïne du respect et de la tolérance? Bref, ce film est-il trop manichéen ou trop militant? Pour quelqu'un qui ne connaît que très partiellement cette histoire il est difficile d'en juger mais cet événement reste impressionnant.

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18/11/2011

Chicago le moment 68. Territoires de la contestation étudiante et répression politique par Caroline Rolland-Diamond (une ville sous pression)

Titre: Chicago le moment 68. Territoires de la contestation étudiante et répression politiquechicago_prd.jpg
Auteur: Caroline Rolland-Diamond
Éditeur: Syllepse 2011
Pages: 365

Comme vous avez tous du vous en apercevoir j'ai une certaine fascination pour les années 60 et 70. C'est pourquoi je me suis récemment intéressé à des livres qui parlent de ces années. Donc, après un livre sur le MLF et un autre sur la LMR, j'ai continué dans cette voie avec un livre sur 1968. Plus précisément, l'auteure s'intéresse aux années 60 et au début des années 70 à Chicago dans le cadre précis du mouvement étudiant. Caroline Rolland-Diamond nous fait donc une histoire large des mouvements de 68 en essayant de comprendre comment ils sont devenus si forts et leurs revendications mais aussi pourquoi et comment ils ont brusquement disparu du paysage. Pour cela, l'auteure s'est plongée dans un nombre impressionnant d'archives dont ceux de la red squad (une équipe de la police spécialisée dans la surveillance et la répression des mouvements contestataires).

Le livre de Caroline Rolland-Diamond est structuré en quatre parties qui se déroulent avant, durant et peu après 1968. Les deux premières partie nous permettent de comprendre le militantisme étudiant et ses revendications avant les événements malheureux de cette si fameuse année. L'auteure y montre que le mouvement tire son origine de deux luttes. Premièrement, une lutte pour le pouvoir étudiant au sein de l'université qui consiste à demander la mise en place d'institutions acceptant la prise de parole des étudiants. Le second point concerne la guerre du Vietnam. Les étudiants ne sont pas seulement contre cette guerre pour des raisons d'idéologies pacifistes. Ils sont aussi inquiet des effets qu'elle peut avoir sur leur vie. En effet, ils ont peur de perdre leur droit aux études pour être incorporé de force dans l'armée. C'est dans ce sens que les bureaux de recrutement et la collaboration des universités avec l'armée et l'industrie militaire sont dénoncées. La seconde partie examine un autre mouvement: celui du Black Power. En effet, les afro-américains militent de plus en plus pour une place plus juste dans la société. Ceci les conduit à condamner les politiques raciales de la ville ou des universités. Une politique qui n'est pas toujours consciente mais, parfois, consécutive d'une structure sociale particulière. Au contraire des mouvements précédents, ces militants s’intègrent immédiatement dans la communauté large de la ville en essayant de les défendre et de les politiser. Cependant, l'auteure nous montre aussi que ces deux militantismes se rejoindront de plus en plus pour mener à une critique globale de la société et de son fonctionnement.

La troisième partie se concentre plus précisément sur les événements de 1968. Il est très important de lire d'une manière particulièrement attentive cette partie. En effet, 1968 connaît des événements extrêmement violents à Chicago alors que la Convention Démocrate est en cours. Et quand je parle de violence je ne parle pas, ou pas que, des militants. Je parle de la police dont les actions ont été officiellement qualifiées d'émeutes policières. Mais pourquoi faut-il lire cette partie avec prudence? Tout simplement parce qu'il serait trop simple de condamner unilatéralement la police. Bien entendu, elle est coupable. Mais il faut surtout comprendre comment ces événements ont pu avoir lieu et c'est exactement ce que l'Auteure nous permet de faire. Sa peinture de l'année 68 nous montre un tissus de facteurs qui se rejoignent pour expliquer cette explosion de violences. Les militants étudiants rejoignaient de plus en plus les thèses nationalistes noires et une forme de justification de la violence comme résistance. De plus, les actions précédentes de la police étaient accusées de mollesse par une grande partie de la classe politique dont, principalement, le maire Dailey. De plus, ce même maire faisait tout pour peindre les opposants à sa politique et à la guerre comme des envahisseurs étrangers violents tout en affirmant être prêt à supporter toutes les actions de la police jusqu'à dire publiquement qu'elle devait tirer pour tuer. Dans ce climat de tensions de plus en plus fortes et intenses les événements pouvaient difficilement se dérouler sans incidents.

La dernière partie nous parle de la répression et de la surveillance dont étaient victimes les étudiants. L'auteure nous montre que les opposants, qui pouvaient être simplement des personnes critiques face aux politiques du maire Dailey, étaient soumis à une intense pression policière. Non seulement la red squad faisait tout pour identifier les opposants. Mais, en plus, elle organisait des infiltrations permettant, parfois, de mettre en place des agents provocateurs pour lancer les militants dans des actions illégales ou créer des tensions avec les autres mouvements. Mais la police de Chicago n'est pas seule. Le FBI, la CIA, l'armée et même le fisc surveillent et répriment les militants. Cette pression policière a pris différentes formes. Aussi bien des arrestations massives lors des événements, l'arrestation pour fugues ou viol du code de la route sans preuves et même, dans au moins un cas avéré, une expédition d'assassinat. Nous nous trouvons donc en face d'une formidable force de répression qui a eu deux effets. Tout d'abord, les étudiants se sentaient de plus en plus légitimés à utiliser la violence pour se défendre. C'est donc une radicalisation que nous pouvons observer. Le second effet c'est que les mouvements étudiants qui se radicalisent se coupent de la base des étudiants ce qui les conduira à leur fin. Bien entendu, la répression n'est pas le seul facteur explicatif de la fin des mouvements de 68. Les luttes internes et la perte des ressources financières mobilisées pour payer les frais de justice, la radicalisation de certains, le retour d'un militantisme conservateur qui fait concurrence et la perte de certains leaders sont aussi des explications. Mais il est indéniable que Chicago a été le lieu d'une formidable machine répressive qui visait toutes les personnes critiques envers la politique municipale et fédérale ainsi que le fonctionnement de la société. A tel point que certains politiciens de l'époque ont parlé d'état policier.

J'ai, personnellement, trouvé ce livre très intéressant et très bien écrit. Je pourrais dire que j'aurais souhaité un peu plus d'informations sur des événements précis. Mais le choix d'essayer de trouver des explications et des facteurs plutôt que de se concentrer sur le récit simple des événements est loin d'être critiquable. Simplement, quelqu'un qui ne connais pas bien l'histoire des États-Unis lors des années 60 ou celle de Chicago peut être un peu perdue. Par exemple, je me demande encore ce qu'est exactement cette machine Dailey? Ce qui n'enlève rien au caractère convaincant des recherches de Caroline Rolland-Diamond. En résumé, je trouve que cette recherche a été très bien menée et l'utilisation de sources de la red squad nous permet d'entrer dans une vision différente de cette époque.

Image: Éditeur

17/11/2011

khodorkovsky un crime d'état ou un crime contre l'état?

Malheureusement je ne connais pratiquement rien ni à l'actualité politique russe, ni à son histoire et encore moins à son système politique et économique. En gros, je ne sais pas grand-chose mis à part quelques informations sur le système soviétique, la chute du mur et l'amour de Poutine pour les droits de l'homme. Ce film est donc un documentaire sur la vie et les malheurs de Mikhail Khodorkovsky. Nous apprenons comment cet homme a réussi à devenir l'un des hommes les plus riches du monde après la chute du système soviétique. Il a réussi à s'approprier la compagnie nationale Liukos qui devint rapidement une mine d'or. Mais son histoire commence, bien entendu, bien avant dans les jeunesses communistes et lors de la création de la première banque privée de Russie. Son ascension ne faisait que se confirmer quand il s'est fait de Poutine un ennemi en condamnant la corruption et en soutenant l'opposition. Il s'en est suivi plusieurs années d'enfers pour sa compagnie et ses employés principaux qui furent inquiétés par la police. Ceci jusqu'à ce que Mikhail Khodorkovsky soit emprisonné pour fraude fiscale puis pour complicité de meurtre et enfin pour le vol de pétrole brut.

Il semblerait que cette affaire ennuie beaucoup quand on commence à en parler. Il semblerait aussi que le film soit en faveurs de Mikhail Khodorkovsky. Mais les choses ne sont pas si claires. On découvre un personnage considéré et décrit comme très intelligent et très travailleur. Un homme qui a réussi à gagner 6 milliards de roubles quasiment du jour au lendemain. Un personnage qui faisait partie des oligarques russes et des hommes riches et puissants. Un tel personnage ne peut pas être tout blanc et je pense que certaines affaires qu'il traitait n'était pas toujours très propres. Après tout on parle d'une époque ou des hommes sont devenus riches en une nuit en recevant des compagnies étatiques sans débourser un sous ou presque. D'un autre coté son arrestation et les accusations, graves, sont étranges. On pourrait presque croire que Mikhail Khodorkovsky a été mis en prison non pour ses actions économiques mais pour opposition envers Poutine. Je ne peux pas le dire avec certitude mais les personnes interviewées ne sont pas toujours à l'aise pour dire certaines choses devant la caméra. Mais nous trouvons nous vraiment devant un prisonnier politique? Quelle est la part des crimes, supposé, de Mikhail Khodorkovsky et ceux de Poutine? Je trouve qu'il est très difficile d'y répondre surtout pour quelqu'un comme moi qui ne connait pas grand-chose à la Russie. Mais, en tout cas, des questions se posent.

Image: Site Officiel

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11:42 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : russie, opposants | | | |  Facebook

13/11/2011

Contagion (l'arme c'est vous)

Vendredi je suis allé voir un film qui m'intéressait depuis que j'avais vu la bande annonce: Contagion. Nous avons tous connu les dernières grandes peurs médicales (H1N1, SRAS, rougeole, ...) qui ont eu plusieurs effets importants sur le moment (et sur les bénéfices de certains) sans, pour autant, être véritablement dangereuses à grande échelle. Mais que se passerait-il si, un jour, une véritable épidémie mortelle se déclarait? Serions-nous capable d'y résister? Ce film nous met en face d'une épidémie qui se développe durant plusieurs mois dans le monde entier. Tout a commencé avec deux personnes: une américaine et un chinois. Très rapidement la maladie se développe et se répand via les aéroports. Mais la contagion n'est pas la seule chose qui se répand puisque, la suivant voir la précédant, la peur s'empare des citoyens détruisant le fragile tissus social.

J'ai beaucoup aimé ce film. Je trouve qu'il montre particulièrement bien comment la société peut être mise à l'épreuve lors d'une telle épidémie. On découvre des rues vides, des pillages, des meurtres tous à cause de la peur de la maladie. Plus encore, les liens entre les personnes deviennent inexistants pour éviter d'être contaminé. Mais comment une société peut-elle subsister quand personne ne communique plus avec personne? Ce film montre aussi très bien comment les autorités peuvent réagir. Ou plutôt, ce film montre comment les autorités peuvent bien réagir puisque l’aspect critique n'est pas vraiment présent sur ce point. Malgré la maladie on trouve le moyen de sauvegarder l'autorité de l'état au moins dans les grandes institutions. Et même si cette épidémie a été particulièrement forte les autorités réussissent à mettre en place des distributions de nourritures et la recherche de vaccins. En bref, les institutions fonctionnent et on peut leur laisser faire leur boulot.

Heureusement, il existe quelques critiques. La première est celle qui est lancée par un chinois face à l'occident. Il accuse les occidentaux et ses gouvernements de garder pour eux les médicaments et de ne pas prendre en compte les besoins d'une partie défavorisée de la population mondiale. Cet argument est à la fois réaliste et réfléchis et la manière dont il est imposé, par un enlèvement, n'est pas critiqué dans le film. On peut donc penser que le réalisateur comprend ces arguments? Il y a un deuxième personnage critique. C'est un journaliste qui tient un blog. Il est totalement marginalisé et personne ne le prend vraiment au sérieux. Ce qui ne l'empêche pas d'écrire ses positions et d'essayer de convaincre la population. Mis à part son aspect critiquable puisqu'il a tendance à rapidement passer dans les théories du complot ses arguments ne sont pas mauvais. Premièrement, il accuse la société industrielle de ne pas faire attention aux problèmes de santé au profit de l'argent. Cette thèse peut être vérifiée dans plusieurs scandales sanitaires (au grand hasard l'amiante...) et dans le film même. Un second discours est une critique du vaccin qui a été insuffisamment testé. Ce personnage a tout a fait raison sur ce point et on sait que certains médicaments ont des effets secondaires importants mais qu'ils sont tout de même vendus. Enfin, le troisième discours est une condamnation de l'industrie pharmaceutique. Le journaliste dit, à plusieurs reprises, qu'un certains nombre de personnes vont devenir très riche suite à cette épidémie. Il se pose la question de l'identité de ces personnes et, par extension, il critique l'argent qui est fait sur la mort d'individus. C'est, encore une fois, une critique acerbe mais réaliste d'une partie de notre industrie. En résumé, ce film donne l'impression d'avoir voulu être neutre tout en évitant un discours qui remet trop en cause la société. C'est, en tout cas, un film riche que l'on peut analyser de nombreuses manière (la fin du film, par exemple, donne les prémisses d'une société très contrôlée voir policière). Je pense donc que personne ne perdra son temps en allant le voir.

Image: Site Officiel

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11:51 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : épidémie | | | |  Facebook

09/11/2011

Hunter's Moon par Paul Finch (un peu de sport!)

Titre: Hunter's Moondrwho_hunters_moon_book_125.jpg
Auteur: Paul Finch
Éditeur: BBC 2011
Pages: 256

Vous connaissez Las Vegas? La ville du vice et des jeux? Multipliez tous les excés de Las Vegas par 10 000 et vous aurez la Leisure Plateform 9 ou le Docteur et ses compagnons s'apprêtent à passer quelques heures. Le Docteur souhaite rendre visite à un vieil ami pendant qu'Amy et Rory visiteront et s'amuseront. Mais ils doivent faire attention. Non seulement LP9 n'est pas un lieu de splus fréquentables mais, en plus, la société alien qui s'en occupe est particulièrement machiste. Bien entendu, puisque le Docteur dit à ses compagnons de faire attention ils font tout pour tomber dans le premier piège venu. C'est ainsi que Rory se retrouve coincé dans un duel de machos après avoir accusé son adversaire de tricherie. Et comme on ne peut pas gagner contre un tricheur il se trouve capturé après avoir perdu le TARDIS dans le pari. Rory est maintenant un esclave tandis qu'Amy le suivra clandestinement et deviendra aussi une esclave. Mais comment le Docteur pourra-t-il les sauver sans le TARDIS? Et, surtout, Rory survivra-t-il à la chasse?

Encore une fois les trois personnages sont divisés. Ce qui permet d'accentuer un peu la force de chacun d'eux. Rory, par exemple, gagne beaucoup à lutter seul. On retrouve un leader qui ne perd son charisme que lorsque le Docteur se trouve dans les parages. Il faut dire qu'il a vécu plus longtemps que ce dernier. J'ai bien aimé la nouvelle race qui nous est présentée dans ce tome. Ces aliens sont puissants mais possèdent une société arriérée sur un certain nombre de points dont, principalement, la question des femmes. Je pense que tout le monde aura compris qu'Amy ne peut que se heurter et heurter les mâles de cette société. J'ai aussi apprécié la description des deux grands mafieux qui donnent l'impression d'être de parfaits psychopathes. Du coté des personnages secondaire je trouve que le père de famille totalement débordé par sa fille et au chômage est bien réussi. On passe d'un homme qui geint à un leader capable de se battre et de faire des sacrifices. Cependant, je l'ai tout de même moins aimé que les deux précédents.

Image: BBC

08/11/2011

Caprica (qu'est ce que la vie?)

Je reste un fan de Battlestar Galactica dont j'apprécie beaucoup le traitement visuel et thématique bien que cette série soit résolument militariste et conservatrice. C'est donc assez naturellement que je me suis intéressé au spin off: Caprica. Battlestar Galactica se déroulait après la première guerre contre les Cylons, ses machines qui se sont rebellées contre l'humanité, et nous montrait comment une société en exil tentait de survivre et de retrouver l'espoir. Caprica nous emmène 50 ans auparavant. Les Cylons n'ont pas encore été inventé mais Graystone, fondateur de l'une des plus grandes industries des 12 colonies, fait partie de ceux qui tentent de développer les robots. Les Colonies, d'ailleurs, ne sont pas encore unies mais se combattent où sont rivales. Nous nous trouvons, plus précisément, sur Caprica l'une des colonies les plus prospères. Rien ne semble mettre en danger la tranquillité de ses citoyens ni de la famille Graystone et de la famille Adama. Mais la fille de Graystone, Zoé, meurt dans l'explosion d'un train revendiqué par une frange religieuse extrémistes: des monothéistes. Les Graystones et les Adamas vont tout faire pour connaître la réalité et, peut être, faire revenir à la vie leurs enfants? Les Colonies sont sur le point de connaître un bouleversement majeur.

Caprica n'aura duré que le temps d'une seule et unique saison par manque d'audience. Je dois avouer que je trouve cela dommage car cette série avait un certain potentiel. J'ai beaucoup apprécié de pouvoir entrer dans la société d'avant la guerre contre les Cylons. Cette entrée permet tout de suite de voir quel est le message de la série, un message connu par ceux qui ont vu Battlestar Galactica en entier. ce message c'est celui de la chute morale d'une civilisation. C'est dans ce sens que l'on peut comprendre le monde virtuel auquel on accède via les holobands. Les mondes virtuels y sont sans morales. En effet, on peut tuer, violer, détruire sans risques. C'est, d'ailleurs, la principale accusation de Zoé. Un second thème important est celui de l'ethnie. Il faut bien se souvenir que nous nous trouvons avant l'unification des colonies. Bien que Battlestar ait, en partie, traité ce thème vie les sagitarons et l'organisation sociale de la société coloniale l'ethnie n'avait pas la force qu'elle a dans Caprica. En effet, les relations entre planètes sont tendues par des guerres et des racismes mutuels. Les différentes sociétés ont chacune une culture propre qui diffère fortement des autres. Et, bien entendu, il y a la question de la religion. Encore une fois, celle-ci est placée au centre de la société puisque les combats que nous retrouvons dans la série ont avant tout un motif religieux. Mais Caprica est aussi un bon moyen de comprendre d’où viennent les Cylons et leur technologie. Pour cela c'est le dernier épisode qui est le plus important et qui permet de se faire une idée de ce que des saisons prochaines auraient pu être. Comme je le disais, cette série avait du potentiel sans mais sans avoir pu devenir révolutionnaire dans son traitement.

Image (qui refléte particulièrement bien l'aspect religieux de la série): site officiel

 

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06/11/2011

L'exercice de l'état (le privilége de l'impuissance)

Presque en même temps que le film de Clooney un autre film politique est sorti. Celui-ci est français est traite son sujet très différemment. Plutôt qu'une campagne de primaire nous suivons un ministre en plein travail. Le film commence par l'un des exercices les plus importants pour un politicien: montrer une présence de l'état. Bertrand Saint-Jean, ministre des transports, reçoit un appel en pleine nuit. Un accident s'est déroulé sur une petite route enneigée tuant près de 10 jeunes. Il n'a pas le choix il doit se déplacer en pleine nuit le plus vite possible et arriver avec un discours déjà près. Mais une fois que cet épisode terminé le travail de Saint-Jean ne fait que commencer. Car être ministre ne veut pas seulement dire lire et créer des dossiers, gérer l'état, mais aussi participer au théâtre politique. Nous suivrons donc Bertrand alors qu'il essaie d'éviter d'être vu comme un ministre qui échoue à cause d'un projet qu'on lui impose. Pour cela il devra être toujours présent et il devra écraser des têtes.

Comme je l'ai dit ce film traite le sujet politique d'une manière différente de celui de Clooney. On observe le fonctionnement interne d'un ministère en suivant celui qui en est à la tête. Ce film, à mon avis, montre bien qu'une personne dans cette position doit non seulement faire attention à ses dossiers mais qu'il doit aussi penser à sa force médiatique et politique. Ainsi, on a presque l'impression que le ministère des transports n'est pas mobilisé pour mettre en place des projets mais pour donner à Saint-Jean la force politique nécessaire pour résister aux autres ministres qui se trouvent à des postes plus prestigieux. Les scènes du début du film montrent tout aussi bien l'importance de la présence du ministre sur les lieux pas seulement pour les voix mais aussi pour affirmer une présence concrète de l'état. Un autre bon point de ce film c'est de montrer que le rythme de vie de ces personnes est non seulement solitaire mais aussi très difficile. On se lève avant l'aube et on se couche après minuit tout en étant toujours prêt à réagir. Par contre un point particulier m'a ennuyé. Les personnages parlent bien, très bien même, mais ils parlent dans un jargon que je qualifierais d'artificiel. Bien entendu, la plupart des grands fonctionnaires français sont jeunes et énarques ce qui implique une certaine manière de parler. Mais j'ai souvent eu l'impression que les personnages ne parlaient pas, ils citaient. Ils citaient de belles phrases, oui, mais ils ne créaient pas ils reprenaient. Peut-être est-ce voulu?

Image: Site officiel

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11:59 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : état, politique | | | |  Facebook

04/11/2011

The way through the woods par Una McCormack (promenons nous dans les bois...)

Titre: The way through the woodsdrwho_way_woods_book_125.jpg
Auteur: Una McCormack
Éditeur: BBC 2011
Pages: 241

Les aventures du Docteur continuent dans une jolie petite ville. Comme toutes les petites villes les habitants ont un poste de police, une poste, des épiceries et des magasins de proximité et, surtout, une forêt. Mais on pourrait croire que cette forêt n'existe puisque les habitants font tout pour éviter d'en parler. A tel point que même l'autoroute l'évite. Mais cela devient encore plus étrange quand on sait que jamais aucune route n'a traversé la forêt. Aussi loin que l'on remonte dans le temps les humains ont toujours évité d'en parler ou de s'en rapprocher. Pour en rajouter un peu plus on sait aussi que 300 personnes ont disparu à l'intérieur de cette forêt dans l'histoire de l'humanité. Et pourtant personne n'en parle vraiment. Sauf en ce qui concerne les deux dernières disparitions. Il n'en fallait pas beaucoup plus pour que le Docteur décide de s'y intéresser et de nettoyer les dégâts.

Nous continuons sur la lancée puisque j'ai bien aimé ce tome. On ne voit pas beaucoup le Docteur qui s'efface au profit de Rory et Amy. Rory retrouve un peu de l'importance qui lui est due grâce à un hommage plus que mérité de la part du Docteur. Quant à Amy, elle montre qu'elle sait très bien se débrouiller seule sans avoir besoin d'être secondée par un timelord solitaire. L'intrigue me plaît aussi beaucoup. L'idée d'une forêt plus étrange et effrayante que d'ordinaire. Une forêt dans laquelle on se perd sans laisser de traces. Mais ce qui est intéressant c'est aussi de voir l'intérieur de cette forêt. Les sauts dans le temps et l'impossibilité d'en sortir. Toujours revenir au même endroit comme dans un labyrinthe. L'idée du vaisseau est aussi très bonne. Un vaisseau vivant qui a besoin d'expérience pour pouvoir naître mais qui ne peut le faire sans douleur. Bref, plein de bonnes idées pour un bon tome.

Image: BBC

La Couleur des sentiments / The Help (une petite ville si paisible)

Ce film nous fait remonter le temps dans les États-Unis des années 60. Nous nous trouvons à Jackson au Mississipi. Skeeter revient de New-York pour trouver un travail dans le journal local ce qui lui permettrait d'acquérir assez d'expérience pour postuler dans une grande maison d'édition. Mais, en retournant dans la ville de son enfance, elle se rend compte que les domestiques payés par les blancs sont très mal traités par leurs patrons et patronnes. La proposition de l'une de ces amies d'obliger toutes les familles de construire des toilettes séparées pour les noirs au nom de l'hygiène l'a fait sortir de ses gonds. C'est pourquoi elle décide de contacter quelques domestiques pour écrire un livre sur leur vie selon leur point de vue. Pour savoir comment elles ressentent les traitements dont elles sont les victimes et comment elles vivent leur situation de dominées. Mais un tel livre n'est pas seulement illégal il est aussi dangereux pour les personnes qui l'écrivent.

J'ai beaucoup aimé ce film. Je n'ai malheureusement pas lu le livre dont il est l'adaptation mais je le trouve vraiment réussi. Les actrices sont tout simplement formidables et je me suis très rapidement identifié à elles. De plus, la manière dont est peinte l'époque me semble assez fidèle. On ressent très rapidement la séparation qui est faites entre les blancs et les noirs non seulement en regardant qui fait quoi mais aussi par les discours des blanches. Il n'est pas rare d'entendre des discours sur la criminalité, le manque de respect et la maladie que les personnes de couleurs porteraient naturellement. Ce film réussit aussi à nous faire rire tout en nous rendant triste. Les scènes révoltantes sont mises en reliefs par d'autres scènes drôles dont, par exemple, la fameuse tarte à l'ingrédient secret. Nous pouvons cependant nous demander, en tant que spectateurs, si ce film est aussi fidèle historiquement qu'on peut l’espérer. En effet, les hommes sont absents et un certain nombre de sévices ne sont pas montrés. Comme, par exemple, les pressions sexuelles et le KKK n'est que mentionné. Malheureusement je ne connais pas grand-chose sur l'histoire du racisme ni sur le mouvement des droits civils aux États-Unis et je ne suis donc pas capable de critiquer cet aspect.

Image: Site Officiel

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03/11/2011

La Ligue Marxiste Révolutionnaire en Suisse romande (1969-1980) par Benoît Challand (la gauche de la gauche de la gauche)

Titre: La Ligue Marxiste Révolutionnaire en Suisse romande (1969-1980)337b3529aa.gif&t=1320416765&hash=282076dd6ca1866e6e44086d6e3bad294591430e
Auteur: Benoît Challand
Éditeur: Université de Fribourg 2000
Pages: 302

J'ai tendance à rester dans le cadre local Suisse romand dans mes dernières lectures sérieuses. Après le MLF de Genève je me suis intéressé à un groupe de la même époque: la Ligue Marxiste Révolutionnaire. Pour comprendre ce parti trotskiste il est nécessaire de lire le superbe mémoire de Benoît Challand. L'auteur nous fait entrer dans le fonctionnement intime de ce parti en organisant une analyse en trois parties. La première partie se base principalement sur les débuts de la LMR et son développement. L'auteur nous fait entrer dans le processus de création de ce parti qui a conduit une partie des membres du POP à préparer, dans le secret, une dissidence qui a abouti sur une scission. Cette partie nous permet de voir que la LMR a non seulement réussi à s'organiser en un temps record mais a aussi réussit à devenir un parti national en relativement peu de temps.

Dans une seconde partie l'auteur nous fait rentrer dans les publications de la LMR: la Brèche. Non seulement ce journal s'est organisé plus rapidement encore que le parti mais il a réussi à se développer dans toute la Suisse. Les thèmes qui y sont traités vont de la politique locale à l'international, des théories à la culture. Mais, après les années d'euphories, les tirages baissent et certains titres traduits cessent même de paraître. La troisième partie se pose la question de la pratique du militantisme. Pour cela l'auteur examine deux points: comment le militantisme est organisé et comment les militants ressentent leur vie dans la LMR. Mais les conclusions de ces deux chapitres sont claires. Le militantisme LMR était structuré, organisé et chronophage. Les membres de la LMR devaient donner de leur temps pour de nombreuses causes et de nombreuses réunions ce qui a engendré un turnover fort et une difficulté de recrutement. De plus, le parti demandait une certaine qualité de réflexion aux militants. Les nouveaux devaient donc passer par une période d’apprentissage rude avant de pouvoir voter.

Je dois le dire tout de suite. Je trouve que le travail de Benoît Challand est très impressionnant. Non seulement il a dépouillé un nombre important de sources mais, en plus, il a conduit une dizaine d'entretiens. Ce travail se ressent tout au long du livre. Nous y trouvons une analyse très précise et détaillée de tous les aspects de la LMR sauf un qui est l'idéologie. Ne pas avoir voulu présenter l'idéologie de la LMR est, à mon avis, le seul point négatif de ce livre. En effet, je pense qu'il est difficile de comprendre le militantisme, surtout dans le contexte de la LMR, sans prendre en compte ce qui pousse à militer. Je pense, de plus, que ce livre aurait pu devenir meilleur si l'auteur avait présenté la LMR dans le contexte historique des années 70. Je ne dis pas que ce contexte n'est pas connu par M Challand. Mais ce livre, bien que brillant, manque singulièrement de vie. La lecture m'a donné une impression de relative aridité. Je pense qu'insérer la LMR dans les réseaux de militantisme, les luttes historiques et les combats politiques aurait pu donner un peu plus de vie à cette histoire. Mais ce point n'enlève rien à la richesse déjà très importante de ce travail de mémoire

Image : Université de Fribourg

15:41 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Livre, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lmr, gauche, révolution | | | |  Facebook