07/06/2012

Opération Libertad (des rêves plein la tête)

Le film commence sur un constat amer du narrateur sur sa propre vie. De jeune de 20 ans plein de rêves il est devenu un adulte de 50 ans bourgeois et consumériste. Même sa fille l'accuse de l'être. Mais ce que sa fille ne sait pas c'est qu'il a fait partie du GAR ou Groupe Autonome Révolutionnaire. Mais comment tout cela a-t-il commencé ? Après cette petite introduction nous sommes donc plongés dans la jeunesse du narrateur grâce à un film qu'il avait tourné pendant ses études. Celles-ci l'avaient conduit à se rapprocher du GAR qui souhaitait être visible dans les médias. Car ce groupe d'extrême-gauche ne fait pas que parler. Non, il agit aussi. Le narrateur les suivra durant leur préparation jusqu'à leur plus grande opération : l'attaque d'une banque dans le but de mettre en lumière les liens de la Suisse avec les régimes dictatoriaux d’Amérique du sud. Mais rien ne se déroule comme prévu et le groupe est obligé de se cacher en espérant être entendu. L'opération Libertad a commencé.

Plus que la question de la lutte contre le capitalisme je pense que ce film s'interroge sur le passage des rêves à la réalité. Certains pourraient dire le passage de l'enfance à l'âge adulte. En effet, nous passons d'un début presque héroïque durant lequel les différents personnages sont très liés entre eux et certains de la légitimité de leur prochaine opération. Ils rêvent de mettre à bas l'hypocrisie du secret bancaire en deux minutes et d'être salué comme des révolutionnaires qui seraient sur le point de détruire le système. Mais les rêves disparaissent rapidement après que l'opération se soit mal déroulé. En effet, nous passons d'une période ouverte à un huis clos oppressant. Durant ces quelques jours de proximité forcée avec un homme enlevé et blessé à la cave les différents personnages se heurtent. Les rêves et l'idéalisme se transforment en résignation puis en désespoir au fur et à mesure que le temps passe et que rien n'est dit sur l'opération. Heureusement, les jeunes auront toujours des rêves et cette note pessimiste est contrebalancée par les dernières paroles du narrateur sur sa propre fille (si je me souviens bien): "Aujourd'hui ma fille a 20 ans et je suis sur qu'elle a des rêves".

Une autre question qui pourrait être soulevée par ce film c'est celle de la violence. En effet, l'un des personnages explique que les mots sont incapables de changements. C'est la raison pour laquelle ce petit groupe décide de mettre en place une action violente contre le capitalisme en attaquant l'un de ses symboles. La question que l'on pourrait se poser est celle de la légitimité des actions violentes mais je pense qu'une question encore plus importante concerne ses effets. Ceux-ci sont-ils bénéfiques ou négatifs ? Personnellement, mes réflexions m'ont conduit à considérer que la violence n'est pas un bon moyen de réforme. En effet, je pense que la résistance active, violente, implique une réaction de même nature. Ce film nous montre une action violente qui échoue. Cet échec peut être imputé à différents événements. Tout d'abord, les médias refusent d'entrer dans le jeu et oublient de parler. Mais ceci n'implique pas que les forces de l'ordre ne réagissent pas. Ainsi, les différents personnages commencent à entrer dans une spirale de paranoïa qui ne peut que détruire leur groupe. De plus, cette opération est délégitimée par les actes même des personnages. Ils souhaitaient dénoncer un lien avec des dictatures violentes. Mais ils tentèrent de l faire par la violence physique et en volant. Leur idéal est donc corrompu par le vol de l'argent.

Ce film, à mon avis, est bien maîtrisé. Il ne nous montre pas des héros ou des méchants mais des humains. Ces derniers tentent de réparer un monde qu'ils considèrent injuste mais ils échouent. Il n'y a pas de jugement sur cet échec ou sur l'opération mais une forme d'espoir que d'autres trouveront une voie vers le changement. Le film, et le réalisateur par extension, semblent nous dire que cet espoir de changement se trouve dans les rêves de la jeunesse. Il resterait à savoir si cet espoir est bien placé ? Mais surtout, cet espoir est-il légitime ?

Image : Allocine

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