28/11/2012

Les procès de Moscou par Nicolas Werth

Titre : Les procès de Moscou51W4M3A3EWL._BO2,204,203,200_PIsitb-sticker-arrow-click,TopRight,35,-76_AA300_SH20_OU08_.jpg
Auteur : Nicolas Werth
Éditeur : Éditions Complexe 1987 et 2006
Pages : 223

Nicolas Werth ne m'est pas totalement inconnu. J'ai déjà lu l'un de ces livres qui regroupaient plusieurs articles de sa part. Il a aussi été l'un des auteurs du fameux Livre noir du Communisme dont il ne soutient pas toutes les conclusions. Nicolas Werth est spécialiste de la répression en URSS. Mon intérêt envers ce type d'histoire ne pouvait donc que me mener en direction de ce petit livre un jour ou l'autre. L'auteur y développe les significations et le déroulement de trois grands procès publics qui ont eu lieu en 1936, 1937 et 1938. Ces procès ont été l'occasion de profondes incompréhension de la part du monde occidental et Werth tente aussi d'en comprendre les raisons. Le livre est divisé en quatre parties.

La première partie est l'occasion, pour l'auteur, de revenir sur les procès eux-même. Qui sont les personnages impliqués et pourquoi sont-ils attaqués devant la justice? Ce bref exposé montre trois procès dont le but semble être essentiellement le spectacle. En effet, les aveux et les accusations s’emboîtent trop parfaitement pour être naturels. Les crimes imputés aux prévenus sont en contradiction bien trop importante avec leur passé pour être réaliste. Pourtant les pays occidentaux ne réussirent pas à mettre en place une critique de ces procès. C'est la question de la seconde partie du livre. Pourquoi la falsification des procès est-elle un impensable lors de leur déroulement? Outre la profonde incompréhension et le manque total d'informations sur l'URSS Nicolas Werth tente de montrer que le contexte joue un rôle important. En effet, il ne faut pas oublier que nous sommes dans une période de plus en plus tendue au niveau international. Les fascistes et les nazis s'agitent un peu partout dans le monde. Dans ce contexte l'URSS montre un exemple de système opposé aux régimes fascistes. Il y a donc trois groupes incapables de penser les procès. Les groupes proches des sphères fascistes ne pensent pas ils condamnent. Nous sommes ici dans un processus idéologique. L'ennemi doit être combattu sur tous les points. Les communistes, eux, ne peuvent pas se diviser face à l'URSS. En effet, comment critiquer le parti mère? Comment critiquer le seul pays à avoir réussi une révolution communiste? Les partis communistes sont donc tout autant incapable de penser les procès pour des raisons idéologiques. Reste les groupes de gauche radicale non communistes et les démocrates. Ces groupes ne veulent tout simplement pas diviser la lutte face au fascisme. C'est ce dernier qui est l'ennemi à combattre et toutes formes de divisions ne peut que lui être favorable.

La troisième partie s'intéresse aux raisons internes des procès. Car des événements si fortement mis en scène ont forcément un but. Quel est-il? Pour le comprendre Werth s'intéresse au contexte économique et politique de l'URSS durant la période de l'entre-deux guerre. Le pays se trouve en pleine transformation. L'industrialisation et la croissante extrêmement forte que souhaite Staline et donc le parti sont critiqués mais, surtout, e fonctionne pas. Le pays est durablement déstabilisé économiquement. C'est dans ce contexte que se préparent et s'inscrivent les purges successives initiées par Staline contre les petits dirigeants. Mais celle-ci ne peuvent que déstabiliser encore plus le pays. Alors qui sont les coupables? La mise en place de procès qui crée un complot à l'échelle nationale permet de mettre en place des ennemis. Il devient nécessaire de surveiller ses voisins et de dénoncer les ennemis qui se sont infiltrés dans tout l'appareil du partis et du pays. Car c'est à cause d'eux que le plan stalinien n'atteint pas son but. Ce complot est matérialisé par des catégories de personnes et par les inculpés de trois grands procès de 1936 à 1938. Enfin, dans une dernière partie, Nicolas Werth tente de comprendre pourquoi et comment les accusés ont avoué. Il met en évidence un long processus de défaite de la part de ces personnes. Il pense qu'il y a probablement aussi un processus de "complot" entre le juge et le jugé. L'un accepte de se calomnier en échange de quelque chose d'autre. Une autre explication concerne aussi le besoin, pour ces personnes, de rester dans le parti pour lequel ils ont lutté toute leur vie.

Au final que penser de ce livre? À mon avis, c'est une intéressante synthèse des différents travaux qui étudient cette période. Nicolas Werth permet au lecteur de se faire une idée claire des raisons du procès mais aussi de leur effet aussi bien en URSS qu'en occident. On peut déplorer des passages rapides sur certains points et un manque d'informations sur d'autres. Les lecteurs qui, comme moi, ne sont pas familier des querelles idéologiques des dirigeants élevés de l'URSS risquent de passer à coté de certaines explications. Mais un exercice de synthèse implique nécessairement ce type de manques. J'ai aussi beaucoup apprécié les annexes. Celles-ci sont constituées d'extraits de sources. Leur lecture permet donc d'entrer de manière plus intime dans la période et dans l'esprit de ceux qui les ont rédigés. Au final, un livre synthétique agréable à lire et intéressant.

Image: Amazon

09:56 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : moscou, procès, urss, staline | | | |  Facebook

24/11/2012

Pester Power par Cory Doctorow

Titre : Pester Power
Auteur : Cory Doctorow
Éditeur : Site de l'auteur

"Et si". C'est un peu de cette manière que Doctorow construit ses histoires. Dans le cas présent cette (très) courte nouvelle pose la question: Et si on tentait de créer une Intelligence Artificielle? Comment si prendrait-on? Quelles seraient les conséquences? Doctorow nous montre le procès d'une femme accusée de spamming. Mais derrière cette accusation se cache un problème plus important. En effet, pourquoi mettre une jeune étudiante spammeuse dans un quartier de haute sécurité? Pourquoi le DHS (Department of Homeland Security) tente de l'extrader dans des prisons secrètes? Peut-être y a-t-il plus derrière cette affaire que son avocate ne le pense. Et si elle avait créé une AI?

Comme souvent Doctorow me frustre dans cette nouvelle. Il commence par décrire un problème intéressant puis il passe rapidement sur le contexte et ne termine pas l'histoire. Je crois que c'est la raison principale qui explique pourquoi je ne sais pas encore si j'apprécie vraiment Doctorow. Je déteste qu'on m'offre une idée d'histoire exaltante pour me laisser sur ma faim. C'est la raison pour laquelle je ne sais souvent pas vraiment comment commenter les nouvelles de Doctorow. Il ne développe pas assez ses histoires pour que je puisse mettre en place un commentaire un peu plus intéressant. Néanmoins, je trouve que l'idée que les AI puissent être dérivées des spams est intéressantes. En effet, ces robots fonctionnent automatiquement pour passer outre des barrières de plus en plus compliquées. Et si une forme d'intelligence s'y développait?

10:27 Écrit par Hassan dans contemporain, Cory Doctorow, Politique, Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ai, doctorow, spam | | | |  Facebook

"J'accuse" par Emile Zola

Titre : "J'accuse"arton90.jpg
Auteur : Emile Zola
Éditeur : Éditions de Londres
Pages : 24

Voici, peut être, le texte politique le plus célèbre de France. La lettre ouverte qui devint le symbole d'une erreur judiciaire et d'un combat antisémite violent. L'affaire Dreyfus a pris une telle importance que personne, à ma connaissance, n'en a jamais entendu parler. Dreyfus est un capitaine de l'armée française dont le tort a été d'être juif. Alors que l'armée cherche un traitre dans ses rangs elle croit l'avoir trouvé en la personne de Dreyfus. Mais les preuves sont loin d'être convaincantes et les discours antisémites se sont multipliés. C'est aussi une affaire qui a vu les intellectuels français, de gauche comme de droite, multiplier les prises de positions en faveurs ou contre Dreyfus.

Zola, dans cette célèbre lettre, prend brutalement position pour le capitaine. Il tente de comprendre et d'illustrer comment cette erreur judiciaire s'est constituée. Il pense que la principale cause se trouve dans la personne chargée de faire l'enquête et de faire condamner Dreyfus. Cet homme aurait créé une affaire en laissant son imagination vagabonder et il aurait, par cela, laisser échapper le vrai coupable. Mais les généraux sont aussi coupables par leur inaction et leur refus d'innocenter un homme quand les preuves ne pouvaient que mener à cette conclusion. Zola y fait aussi une prophétie: l'affaire Dreyfus sera une tâche indélébile sur l'histoire de la troisième république française. Il avait raison.

Image: Éditeur

23/11/2012

Constitutional Crisis par Cory Doctorow

Titre : Constitutional Crisis
Auteur : Cory Doctorow
Éditeur : Site de l'auteur

Cette nouvelle est un peu étrange et je ne sais pas trop quoi en dire. On se trouve en face de ce qui semble être un devoir. Mais celui-ci est aussi utilisé pour gérer les relations à l'intérieur d'une guilde virtuelle. Ce dernier point tient sans doute à la proximité de l'écriture de For The Win. Ce dernier décrivait la naissance d'un syndicat virtuel chargé de défendre les gold farmers face aux employeurs et aux éditeurs de jeux vidéos. Nous n'avons rien d'aussi grand ici. C'est un texte qui règle le fonctionnement d'une petit guilde d'amis. Mais que se passe-t-il quand cette dernière prend une autre forme que l'on imaginait au départ?

Doctorow, à mon avis, a tenté de montrer comment un texte décidé en concertation peut être détourné par les même personnes qui l'avaient discuté et instauré. Un simple devoir devient un texte compliqué qui définit des catégories différentes de personnes avec des droits inégaux. Alors que le texte comment avec une codécision on termine avec la mise en place d'une "aristocratie" auto-constituée qui récolte argent et pouvoir sur les personnes. Mais je ne crois pas que la forme choisie par Doctorow soit vraiment adéquate pour illustrer ce processus. Mon impression globale a donc été plutôt négative envers cette nouvelle.

De l'horrible danger de la lecture par Voltaire

Titre : De l'horrible danger de la lecturearton221.jpg
Auteur : Voltaire
Éditeur : Éditions de Londres
Pages : 16

Voici un très court texte écrit par Voltaire en 1765. Il décrit une décision d'un fonctionnaire de l'Empire Ottoman suite à la découverte de l'imprimerie. Les décisions sont radicales. L’imprimerie est fortement condamnée à cause de sa capacité à faire circuler et à diffuser des idées qui pourraient ne pas être en accord avec les théories officielles. Comme toujours, quand un auteur du XVIIIe parle de l'Empire Ottoman il veut parler de la France.

Mais ce qui est intéressant, mis à part le texte lui-même, c'est la raison pour laquelle les Éditions de Londres ont édité, et fournissent gratuitement, un si petit texte? Cette maison d'édition publie seulement des livres numériques. Il y a de nombreux débats sur ce mode de lecture. Certains ont peur pour la culture. D'autres ont peur pour les auteurs. Et enfin on peut avoir un certain scepticisme face à ce changement de support. Le papier n'est-il pas beaucoup plus agréable? Ces critiques mènent à dénier tout caractère de lecture au support numérique quand on décide d'atteindre la plus extrême des pensées.

Mais ce que le livre numérique offre, et les Éditions de Londres le disent aussi, c'est la possibilité de diffuser de manière large et rapide des ouvrages et des idées. La connaissance peut atteindre des individus qui ne sont pas les cibles habituelles des éditeurs. C'est, d'ailleurs, aussi l'un des arguments de Doctorow.

Image: Éditeur

13:48 Écrit par Hassan dans contemporain, Livre, moderne, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lecture, diffusion | | | |  Facebook

Visit the Sins par Cory Doctorow

Titre : Visit the sins
Auteur : Cory Doctorow
Éditeur : Site de l'auteur

Je suis toujours dans les nouvelles de Doctorow publiées dans With a Little Help. Cette nouvelle prend un jeune thésard comme héros. Il travaille sur un sujet qui touche particulièrement sa famille. En effet, il souhaite comprendre les effets et l'intérêt d'une chirurgie inventée il y a près de 100 ans. Celle-ci permet de se passer de rytaline. Une puce est insérée dans le cerveau et la personne peut s'éteindre lors des moments qui l’ennuient pour se réactiver lors des périodes intéressantes. Mais de nombreuses personnes comment par être de plus en plus désactivés. Pourquoi?

Que penser de cette petite nouvelle? L'idée de créer une puce qui permette de contrôler les enfants dit suractifs en leur permettant de s'éteindre m'effraie. Le problème c'est qu'il me semble que nous entrons dans une période de normalisation médicalisée des enfants. Ceux-ci ne peuvent plus être timides ou agités sans que quelqu'un ne vienne proposer une solution médicalisée. Mais qu'elles sont les effets de ces produits sur le développement intellectuel de l'enfant? D'un point de vue plus sociologie, pourquoi faut-il absolument normaliser et homogénéiser la population? Ne risque-t-on pas d'entrer dans le monde décrit par Doctorow? Un univers ou l'abandon est normal?

12:24 Écrit par Hassan dans Cory Doctorow, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : doctorow. | | | |  Facebook

De la démocratie en Amérique I par Alexis de Tocqueville

Titre : De la démocratie en Amérique I
Auteur : Alexis de Tocqueville
Éditeur : In libro Veritas
Pages : 231

Dans ma lecture des classiques de la science politique je pouvais difficilement passer longtemps à coté de Tocqueville. Cet auteur, célèbre pour le livre que je vais tenter de présenter ici, est considéré comme l'un des premiers sociologues. Qu'étudie-t-il dans ce livre dont je viens de terminer la première partie? Il y fait l'étude et la description des USA. Celle-ci s'intéresse aussi bien aux aspects géographiques qu'à la politique et aux mœurs du peuple américain. Tocqueville essaie plus particulièrement de comprendre comment la démocratie peut fonctionner et utilise, pour cela, l'exemple qu'il juge le plus parfait (ce en quoi on peut être en désaccord) soit les États-Unis.

Je suis agréablement surpris par la prose de Toqueville. Je m'attendais à un livre peu intéressant. Mais la manière dont Tocqueville écrit, bien que d'un style ancien, n'est pas trop lourde. Tocqueville, dans cette première partie, examine surtout les institutions américaines. Il s'intéresse surtout aux aspects fédéraux et à l'équilibre des pouvoirs. L'auteur conclut que le peuple des États-Unis a réussit à mettre en place une démocratie qui fonctionne grâce à un subtil équilibre dans les institutions. L'état central est puissant mais seulement dans certains domaines tandis que les états peuvent s'occuper des problèmes locaux qui sont inconnus de l'état central. Les institutions sont équilibrées de par leurs puissance entre elles. Ce qui permet d'éviter que l'un de pouvoirs ne devienne tyrannique. Mais Tocqueville nous avertit. Le système mis en place aux États-Unis ne peut fonctionner que dans un pays sans ennemis et donc sans besoins de guerres. Un pays qui est aussi particulièrement homogène du point de vue socio-économique, du point de vue des mœurs et de l'éducation.

11:53 Écrit par Hassan dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tocqueville, usa, sociologie | | | |  Facebook

17/11/2012

Power Punctuation par Cory Doctorow

Titre : Power punctuation
Auteur : Cory Doctorow
Éditeur : Site de l'auteur

Nous sommes quelques années après notre époque. Un jeune homme travaille dans une grande compagnie responsable de la gestion des déchets papiers de nombreuses entreprises. Elle doit en disposer avec sureté et confidentialité. Ce jeune homme, Jap, est un employé consciencieux. Il est l'un des meilleurs et reçoit de nombreux avis positifs sur son travail. Mais un jour il surprend son collègue en train de lire un document. Est-ce un espion? Il a tout de suite la certitude. Mais c'est pire. Cet homme est le fondateur de l'entreprise dont il garde la charge. Et après avoir vu le travail de Jap il décide de le prendre sous son aile et de lui offrir une promotion. Mais pourquoi?

Cette nouvelle est bien plus intéressante que la précédente. Elle offre de nombreux thèmes à une analyse possible. Je me contenterais de les présenter. Le premier thème est Big Brother. Jap vit dans une entreprise qui contrôle sa vie du début à la fin. Il possède une montre qui lui offre des feedbacks sur son comportement au travail et dans sa vie personnelle. Cette montre contrôle donc tous les aspects de sa vie en lui ordonnant quoi faire à quel moment. Ce contrôle s'inscrit dans le comportement de Jap qui cherche l'approbation de cette machine. Accepterait-on si facilement un tel envahissement de notre espace privé? Je pense qu'il ne faudrait pas longtemps pour que cela soit le cas. Pour que l'on perde le contrôle de la technologie et qu'elle nous contrôle. Le second thème concerne le pouvoir. Dans cette histoire certains hommes ont énormément de pouvoir. Ils peuvent tout savoir sur vos activités et votre histoire intime. Ils peuvent influer sur vos salaires et bonus ainsi que votre carrière. Que cela fait-il de se trouver avec autant de pouvoir dans les mains? Une sensation de puissance probablement. Mais quand vos décisions peuvent tuer est-ce si facile d'avoir ce pouvoir? C'est une question intéressante que développe Doctorow ici.

Pourquoi sommes-nous anarchistes? par Elisée Reclus

Titre : Pourquoi sommes-nous anarchistes?
Auteur : Elisée Reclus
Éditeur : Éditions de Londres
Pages : 13

Ce texte est très court. Si on ne prend pas en compte la préface et la notice biographique il fait moins de 5 pages. Nous n'y trouverons donc pas un examen argumenté de l'anarchisme et de ses buts. Non, ce que nous offre Reclus n'est même pas un programme. C'est une réponse à une question. Cette réponse ne peut pas être considérée comme un appel à tous les anarchistes de suivre son idée. Alors pourquoi être anarchiste? Parce que nous sommes révoltés? Parce que nous sommes jeunes? Parce que nous n'aimons pas l'état? C'est plus compliqué que cela. Nous sommes anarchistes parce que nous souhaitons la justice. Nous vivons dans un monde qui n'est pas égalitaire ni juste. De nombreux arguments peuvent soutenir cette thèse. L'anarchisme c'est vouloir créer un monde égalitaire et juste dans lequel la liberté est donnée à chacun. Mais doit-on attendre? Reclus pense que la société se dirige, évolue, vers un changement de paradigme. Cependant, le changement devra se faire par une révolution et non par l'attente longue. Bref, être anarchiste c'est être en lutte pour l'humanité. Du moins si on décide de suivre Reclus.

Alors que penser de ce très court texte? On retrouve certaines idées phares de Reclus cependant ce ne sera pas le texte le plus intéressant de vos lectures. C'est surtout une profession de foi. Elisée Reclus nous annonce croire en l'anarchisme et en son programme. Il explique pourquoi il suit cette doctrine mais il n'examine ni la doctrine même ni sa faisabilité. Bref, un texte court mais intense qui ne convaincra que les convaincus. Et parfois il le faut. Mais d'autres souhaiterons peut-être avoir un texte plus substantiel pour comprendre l'anarchisme. Quel quel soit la position idéologique de cette personne.

Image: Éditeur

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Liberation Spectrum par Cory Doctorow

Titre : Liberation Spectrum

Auteur : Cory Doctorow
Éditeur : Site de l'auteur

Un bus roule au Canada. Peut.être que ce sont des campeurs? des touristes venus voir le beau paysage canadien? L'envie de quitter l'atmosphère étouffante des villes pour un peu de campagne? Non, c'est un bus qui conduit le CEO d'une entreprise et ses investisseurs en dehors du Canada après une campagne désastreuse. Cette entreprise n'est pas tout a fait la même que celles à laquelle nous sommes habitués. Son but est de vendre une radio intelligente permettant le transfert rapide et gratuit de données. Mais que risque-t-il de se passer quand ce sont des amérindiens qui décident de mettre en place ce réseau sur leur territoire? Des tensions sont à attendre. Et que se passe-t-il quand le CEO et fondateur risque de se faire évincer? La encore, des tensions risquent de se montrer.

Cette nouvelle est probablement l'une des moins intéressantes à ce jour. On y trouve de la technologie et des luttes sociales comme c'est souvent le cas avec Doctorow. Mais l'histoire est de plus décousue. On ne comprend pas vraiment ce que fait ce CEO dans ce bus qu'il semble tant aimer. On ne sait pas vraiment quelle est l'entreprise avant un certain nombre de pages. Plus important encore, cette histoire me semble largement inachevée. Qu'est-il arrivé aux amérindiens? Pourquoi les autorités n'apprécient-ils pas la technologie mise en place dans leur territoire? Il y a de nombreux sous-entendus mais rien de certain. Bref, cette nouvelle me laisse un goût d'inachevé alors qu'elle aurait pu être intéressante.

09:49 Écrit par Hassan dans contemporain, Cory Doctorow, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : doctorow | | | |  Facebook

16/11/2012

L’évolution, la révolution et l’idéal anarchique par Elisée Reclus

Titre : L’évolution, la révolution et l’idéal anarchiquethumbnail.png
Auteur : Elisée Reclus
Éditeur : Efele
Pages : 106

Je continue avec Elisée Reclus. Cette fois je me suis intéressé à un texte un peu plus long que d'habitude puisqu'il fait 100 pages. Le livre a été originalement publié en 1902 soit peu de temps avant la mort d'Elisée Reclus. Quel est le discours de l'auteur? Le titre du livre permet déjà d'en savoir un peu puisqu'il sera développé dans le livre. Celui-ci permet à Reclus de faire une analyse des termes évolutions et révolutions mais surtout d'expliquer en quoi ceux-ci s'appliquent au mouvement de luttes des travailleurs vers un système anarchiste?

Pour Reclus l'évolution et la révolution sont deux aspects d'un même processus. La différence qui existe entre eux consiste surtout de la condamnation morale qui est faites des révolutions et du temps impliqué. L'évolution serait acceptée et plus lente que la révolution qui est, elle, particulièrement condamnée. Mais surtout, la révolution étant une forme d'évolution elle est inévitable. Tous les événements du monde amènerait une révolution nécessaire et proche. Mais quels sont les forces capables de mettre en place cette révolution? Selon Reclus on ne doit pas croire les élites ou les personnes qui souhaitent mettre en place un système politique possédant une autorité. Ceux-ci seront nécessairement corrompus. Reclus développe aussi une analyse des institutions. Selon lui, et il rejoint en cela certains sociologues plus tardifs, les institutions évoluent aussi mais vers une direction de plus en plus mauvaise. Selon l'auteur les institutions et ceux qui y travaillent deviennent rapidement des parasites qui ne peuvent structurellement pas se remettre en cause. C'est donc une force de réaction. Enfin, Reclus tente de faire le bilan des dernières luttes et de leurs réussites et échecs. Au final nous avons un livre qui développe une vision globale intéressante des luttes sociales de son époque.

Image: Éditeur

17:15 Écrit par Hassan dans anarchisme, contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anarchisme, reclus | | | |  Facebook

Looper

Hier j'annonçais avoir deux des meilleurs films de l'année. Le premier était Argo le second est celui donc je vais parler aujourd'hui: Looper. Qu'est ce que Looper? Ce n'est pas une technologie ni une planète mais une profession. Dans environ 60 ans la technologie du voyage dans le temps sera découverte mais illégale. La mafia utilisera cette technologie pour envoyer dans le passé les personnes dont elle souhaite se débarrasser. Arrivé 30 ans en arrière ils rencontrent les hommes qui sont désignés comme Looper. Leur seul devoir est de tuer ces voyageurs du futur en échange d'un salaire des plus intéressants. Mais que se passe-t-il quand l'homme qui doit être tué est sois-même et qu'on le laisse s'échapper?

J'ai beaucoup aimé ce film pour plusieurs points. Il est très bien joué par les différents acteurs. Le réalisateurs a aussi très bien écrit son film. Ce qui est particulièrement difficile quand on fait un film qui parle de voyage dans le temps. Les paradoxes sont souvent difficiles à comprendre. Je me souviendrais longtemps de cette scène particulièrement inventive et immonde de la mort de l'un des personnages. Il permet de bien se rendre compte de l'effet du voyage dans le temps sur des doubles. Mais ce qui rend ce film vraiment bien c'est aussi la manière dont le contexte est décrit. Comme je l'ai dit nous sommes 30 ans plus tard environ. La crise ne s'est pas calmée et les USA semblent être entré dans une pauvreté extrême. Mais est-ce que cela suppose la fin de toute technologie? Le réalisateur a réussit à créer une ambiance à la fois de crise et de nouvelles technologies. Ce qui fait que la ville dans laquelle se déroule les aventures que nous suivons est à la fois familière et légèrement différente. Les voitures sont adaptées pour l'énergie solaire par exemple. Bref, je ne vais pas continuer à présenter ce superbe film que je ne pourrais jamais vraiment expliquer de manière complète. Il vaut mieux aller le voir tout en sachant qu'il est particulièrement violent.

Image: Site officiel

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15/11/2012

Argo

Nous avons la chance d'avoir eu deux semaines avec des sorties de très bon films (et non je ne parle pas de Twillight! Si vous aimez Twillight sortez d'ici et ne revenez jamais sauf pour faire de plates excuses à l'humanité et à la littérature!). Ces deux films sont Looper et Argo. Je vais commencer par présenter, du mieux que je le peux, ce dernier film. Je parlerais donc de Looper plus tard.

L'intrigue du film prend place dans les années 70 alors que l'Iran s'est débarrassé du Shah qui s'est lui-même réfugié aux USA. Ce statut a le don d'énerver considérablement le peuple d'un pays qui a souffert la torture et l'oppression d'un tyran mis en place par les forces occidentales pour des raisons bassement économiques. Les iraniens manifestent tous les jours devant l'ambassade des USA qui continue, tant bien que mal, de faire son travail. Mais un jour les choses vont plus mal que prévu et les manifestants force le passage dans l'ambassade. Les employés sont pris en otage et inaugurent une période de forte tension diplomatique. Mais six personnes ont réussi à s'échapper et à se réfugier dans l'ambassade du Canada. Alors que les iraniens tentent de retrouver les traces administratives de tous les employés la CIA essaie de mettre en place un plan pour évacuer ces six personnes. Une idée un peu folle commence à voir le jour. Et si on montait un faux film de science-fiction?

Cardiaques et personnes sujettes aux stress abstenez vous! Ce film magistralement joué et dirigé crée une tension intense chez le spectateur. En fait, il est rare que je ressente aussi fortement une tension quand je regarde un film. Mais avec celui-ci j'ai bien cru m'évanouir plusieurs fois à cause du stress ambiant. Mis à part avoir réussit à nous faire ressentir cette émotion le réalisateur a aussi particulièrement bien mis en place le contexte. Que ce soit en Iran ou l'on ressent très fortement le chaos ambiant et la peur des citoyens face à un nouveau pouvoir qui n'a pas à répondre de ses activités ou à Hollywood et son atmosphère de trahisons et d'artificialité assumée. Le réalisateur a aussi réussit à ajouter de petits cotés comiques dans un sujet dramatique. Cette réunion ou des idées d'exfiltration farfelues sont proposées me restera toujours en mémoire. Mais aussi Hollywood et les répliques qui sont à la limite de la moquerie. Bref, un superbe film. Donc ne perdez pas votre temps à me lire allez plutôt le voir vous ne le regretterez pas!

Image: Allociné

Site officiel

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12:11 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : iran, otages, histoire | | | |  Facebook

11/11/2012

Human readable par Cory Doctorow

Titre : Human readable
Auteur : Cory Doctorow
Éditeur : Site de l'auteur

Deux amoureux dans une voiture. Le trafic se fait dense et aucun des deux ne sait ou se diriger alors que toute la famille attend de l'autre coté de la ville. Ça ressemble à une histoire vécue non? La différence c'est que nous nous trouvons près de 20 ans dans le futur. L'industrie qui se basait sur le copyright est morte. Le réseau internet est devenu bien plus étendu depuis qu'une nouvelle forme de code est mise en place. Mais le monde commence à connaître des pertes de réseau catastrophiques. Car dans un monde ou le réseau se trouve partout et sur lequel nous avons appris à nous appuyer son absence ne peut que mener à des morts. Il est donc nécessaire de le réformer pour que l'humanité puisse comprendre comment fonctionne le réseau.

Cette nouvelle pose une question importante. Comment créer un réseau efficace tout en réussissant à le rendre compréhensible pour l'être humain dans un but démocratique. C'est un problème difficile à répondre. D'un coté nous avons la demande d'un réseau automatique capable de se gérer seul et de créer des informations sans activités humaines. De l'autre nous avons les normes que la démocratie est censée posséder. Le droit pour chacun de savoir qu'il possède un usage égale du réseau pour ses activités. Qu'il n'est pas volontairement censuré dans l'usage des outils de communications. Et que chaque individus a le droit à avoir un intervenant humain en face de lui en cas de poursuites judiciaires plutôt qu'une intervention informatique automatique. Cette nouvelle tente de relier les deux positions en dépeignant une bataille juridique entre deux lobbyistes devant le système politique américain.

10/11/2012

La peine de mort par Elisée Reclus

Titre : La peine de mortarton80-f9695.jpg
Auteur : Elisée Reclus
Éditeur : Éditions de Londres
Pages : 17

Un petit texte gratuit qui a été prononcé à Genève devant le parlement en 1879. Il semblerait que Genève se posait la question de rétablir la peine de mort alors qu'elle avait été abolie. Je ne sais pas comment Elisée Reclus a été invité mais il a pu donner ses impressions devant les députés. Comment Reclus considère la peine de mort? Il pense que celle-ci est une vengeance sur les pauvres. En effet, qui met en place cette mesure? Principalement des princes tyranniques qui refusent le droit à la parole libre et qui haïssent les crimes portés contre leur personne. Les crimes privés, eux, seraient punis bien moins sévèrement. Mais se poser la question de la punition du crime demande nécessairement de se poser la question de l'origine du crime. Ici Reclus répond comme l'homme de gauche qu'il est. Avant de vouloir punir un homme ou une femme pour leurs crimes il faut aussi examiner la manière dont la société les a traité. Est-ce que chacun a eu une chance égale au début de sa vie? Ou est-ce que la misère les as poussé au crime? Reclus pense que la criminalité n'existera pas dans un monde anarchiste. Ou, du moins, que ceux que nous nommons criminels seront soit soignés soit employés comme héros dans des lieux difficiles.

La peine de mort est un sujet qui revient souvent sur la table. De nombreux pays continuent de la pratiquer et, de temps en temps, un projet plus ou moins avancé vise à son retour. On a tous entendu parler de personnes dont les crimes particulièrement atroces peuvent justifier la mort. Mais est-ce le rôle de la société via ses organes de justice de donner la mort? Personnellement je pense que non car je considère que la justice n'a pas comme mission de venger. Mais je sais aussi comment je réagirais si je me trouvais face à certaines personnes... La réponse de Reclus envers le crime est plus difficile à accepter. L'auteur a une vision très utopiste de la criminalité. Bien que je soies tout a fait d'accord qu'il existe des facteurs socio-économiques qui expliquent la criminalité et qu'il est légitime d'agir sur eux je sais qu'il y a une autre composante importante. Au final nous sommes des êtres humains. Même si le contexte socio-économique a une influence sur nous il ne faut pas oublier qu'en dernier lieu il y a un choix. Celui-ci peut être plus ou moins contraint mais reste un choix. Considérer que c'est la société qui crée le crime est à la fois vrai et utopiste. Oui certains crimes sont nés par un choix social (je pense par exemple aux lourdes peines qui attendent les "pirates" dans certains pays) mais d'autres sont une violation des droits fondamentaux des êtres humains concernant leur intégrité psychologique et corporelle.

Image: Éditeur

Scroogled par Cory Doctorow

Titre : Scroogled
Auteur : Cory Doctorow
Éditeur : Site de l'auteur

Un homme rentre de vacances. Comme tout le monde il attend de passer les tests de sécurité à l'aéroport. Mais ceux-ci prennent plus de temps que d'habitude. Que se passe-t-il? Il semblerait, si les personnes qui se trouvent devant lui ont raison, que les procédures de sécurité aient changé. Maintenant les employés lisent très attentivement les profils google des voyageurs pour trouver des anomalies ou des suspects. Le profil de Greg n'était pas très clair il est envoyé dans une salle d’interrogation et apprend qu'il est maintenant devenu une personne d'intérêt surveillée et fichée de manière permanente. Mais que s'est-il passé?

Je l'ai déjà dit, Doctorow est très bon quand il faut parler des problèmes de surveillance. Ici il a décidé de s'intéresser plus spécifiquement à Google. Vous avez tous entendu de google. Mais il est rare que l'on se rende compte à quel point cette entreprise est puissante. Google se trouve partout. L'entreprise peut analyser vos mails, analyser vos recherches, suivre vos activités sociales, ... Même facebook est moins présent que google sur internet (je vous conseille d'utiliser ghostery c'est impressionnant google est vraiment partout). Google reçoit et analyse une masse énorme d'informations. Mais alors que se passerait-il si l'entreprise abandonnait sa volonté de ne rien faire de mal et décidait de se mettre à surveiller les personnes et à offrir les analyses au monde entier? C'est ce que Doctorow tente de montrer dans cette nouvelle.

La première chose à en sortir c'est que google ne le ferait pas sans que cela implique une quantité considérable d'argent. Et c'est bien le problème puisque la surveillance est un secteur de plus en plus florissant. Le second point important de ce texte c'est la manière dont google pourrait surveiller les individus. Doctorow montre bien que celle-ci se ferait selon une déviation face à une norme statistique. Et cette déviation permettrait ensuite de vérifier de manière plus scrupuleuse des personnes directement ciblées. Doctorow montre ensuite que cette surveillance par google permettrait aussi, et surtout, de montrer que nous sommes tous des criminels. Chacun de nous avons un lien avec des activités illégales ou qui frôlent avec les limites de la légalité. Peut-être parce que nous sommes proches de personnes qui agissent illégalement? Peut-être aussi parce que les lois ont changé? Simplement une plaisanterie qui peut être mal interprétée? Bref, nous pouvons tous être considéré comme des criminels si une institution décide de s'intéresser plus particulièrement à nous. Enfin, Doctorow montre aussi que cette surveillance permanente et désincarnée impliquera un sentiment de malaise et de faiblesse. Comment se défendre? Essayer d'argumenter contre le système ne pourrait que valider un profil de contestataire qui, ensuite, nous suivrait notre vie entière. Comment se sentir bien quand on a quelqu'un qui observe ce que l'on fait à longueur de temps? Le stress pourrait bien donner des envies de suicides. Mais aussi comment une démocratie pourrait fonctionner si n'importe quel politicien peut voir sa carrière détruite par une entreprise aussi puissante que google? Ce sont des questions extrêmement importantes pour notre futur. Je suis convaincu que nous entrons dans un croisement des chemins. Nous avons le choix d'entrer ou non dans un monde de surveillance massive et de normalisation des personnes. Malheureusement les voix critiques sont rares et le processus est déjà engagé.

L'anarchisme et l'église par Elisée Reclus

Titre : L'anarchisme et l'église
Auteur : Elisée Reclus
Éditeur : Éditions de Londres
Pages : 24

Je continue à liure Elisée Reclus pour encore un petit moment. Dans ce petit texte Reclus examine les besoins de la lutte contre l'église. Attention, Reclus commence par dire que même si il souhaite une lutte contre l'influence de l'église et qu'il considère qu'un système anarchiste ne peut exister avec une religion il n'appelle ni à la destruction des biens de l'église ni à la haine face aux croyants. Non, il demande deux choses. Tout d'abord, il est nécessaire de baisser drastiquement l'influence de la religion dans la vie des citoyens. Car la religion produit le principe d'autorité. Mais aussi parce que la religion amasse des sommes considérables d'argent qui pourraient être rendus au bien commun. Reclus demande aussi d'éduquer les personnes dans une forme d'esprit critique. Il ne faut pas mettre en place une société construite par une minorité face à une majorité. Au contraire, l'anarchisme implique que tous suivent le mouvement de manière égalitaire. Mais pourquoi est-il nécessaire de supprimer la religion? Selon Reclus celle-ci, est en particulier l’église catholique, seraient enfermés dans une logique de négation du progrès humain. Les églises ne pourraient que demander un retour en arrière vers un système politique déchu. L'église serait incapable de construction.

Les anarchistes classiques ont souvent une réputation d'anti-cléricalisme extrême. Il est vrai que l'anarchisme ne fonctionne pas vraiment bien avec l'idée de religion. Car la religion a tendance à mettre en place un ordre du monde particulier basé sur des considérations morales construitent durant l'histoire. Cependant, cela ne veut pas dire qu'être anarchiste implique de haïr les hommes d'église. Reclus montre bien qu'il est contre tout idée de haine et de vengeance. Il souhaite une éducation. Et l'effet est très différent. Reclus n'est donc pas l'un de ces anarchistes fondamentalement opposés à toute idée de croyance. Ce qui ne l'empêche pas de pointer du doigt les inadéquations de l'église officielle et son manque de capacités à se réformer et à accepter les changements de la société. Reclus aurait presque pu écrire un essai sur la décadence inévitable de la croyance. Mais aurait-il eu raison? Croire est-il véritablement mauvais?

Image: Éditeur

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Other People's money par Cory Doctorow

Titre : Other People's money
Auteur : Cory Doctorow
Éditeur : Site de l'auteur

Que se passe-t-il quand des investisseurs n'arrivent pas à donner leur argent à de petits entrepreneurs qui n'ont en pas besoin? 2027 un homme tente de convaincre une femme de recevoir son argent pour augmenter son entreprise. Cette femme refuse et tente d'expliquer pourquoi. Pour cela elle doit résumer sa vie. En effet, Gretl connaît bien les investisseurs. Elle a souvent dû leur vendre des projets novateurs sans pour autant être écoutée. Et, avec le temps, elle a compris quelque chose. En expliquant son refus c'est ce qu'elle a compris qu'elle tente de transférer au jeune investisseur.

Cory Doctorow parle un peu de la même chose dont il a parlé dans Makers. Mais dans cette histoire nous n'avons pas besoin de lire 400 pages peu intéressantes. Il semble que Doctorow considère qu'il y a un problème avec les investissements importants. Commencer une entreprise, pour l'auteur, est facile. Mais les investisseurs offrent des sommes d'argent considérables qui sont difficilement convertibles en gros bénéfices pour plusieurs raisons. L'une d'elles c'est le problème de la bureaucratie. Alors qu'il est beaucoup plus simplement de multiplier de petites sommes. Dans cette histoire Gretl possède une entreprise florissante. Pourtant elle refuse de faire de la pub et d'augmenter sa taille. Outre la raison précédente l'explication tient aussi au coût très modique de sa matière première. Elle n'a tout simplement pas besoin d'autant d'argent. Il est intéressant de savoir que cette nouvelle a été publiée dans Forbes.

L'anarchie par Elisée Reclus

Titre : L'anarchiearton79-f005e.jpg
Auteur : Elisée Reclus
Éditeur : Éditions de Londres
Pages : 25

Après l'énorme déception que fut Proudhon j’espérais apprécier Elisée Reclus. Ce dernier est un anarchiste français du XIXe siècle mort en 1905. Il voyagea énormément et participa à la Commune. La préface des éditions de Londres nous apprend que ce discours a été prononcé en 1984 devant la loge maçonnique de Bruxelles. Reclus y développe son idée de la mission de l'anarchisme. La première chose que dit Reclus c'est que l'idée d'anarchisme est ancienne. Elle n'est théorisée que depuis peu mais des groupes et des sociétés plus ou moins anarchistes se sont constitués depuis toujours. Même dans la société industrielle de l'époque de Reclus il existait des groupes plus ou moins bien constitué en fonctionnement anarchiste. Mais quel est le but de cette doctrine? Réussir à trouver la liberté pour l'être humain. Reclus accepte et comprend que ce but n'est pas uniquement dans l'anarchisme. De nombreux autres groupes politiques ou non tentent d'offrir la liberté à l'être humain. Quelle est donc la différence? Elle est simple, l'anarchisme cherche la liberté par l'absence d'une autorité alors que ces autres groupes tentent de mettre en place une autre autorité. Voici, en peu de mots, un résumé de ce discours.

Bon, nous ne sommes pas en face du même type de discours (Proudhon avait écrit un livre très austère et Reclus fait ici un discours) mais j'ai bien plus apprécié de texte que Qu'est-ce que la propriété. Car ce dernier était surtout une critique économiste sous forme négative. Reclus a écrit un texte oral qui tente de montrer le but fondamental et l'histoire de l'anarchisme. Il tente aussi de montrer sa faisabilité qui, aujourd'hui aussi, est mis en doute. Moi même je doute de la mise en place concrète d'une société anarchiste. Je ne suis pas fortement convaincu par Reclus. Mais il permet au moins de lancer des débuts de réponses pour mettre en place un anarchisme fonctionnel. Il permet aussi de comprendre la différence entre cette doctrine politique et les autres. C'est donc un texte intéressant pour entrer dans les idées anarchistes.

Image: Éditeur

The right book par Cory Doctorow

Titre : The things that make me weak and strange get engineered away
Auteur : Cory Doctorow
Éditeur : Site de l'auteur

L'avantage et l'inconvénient des nouvelles c'est qu'elles se lisent très rapidement. Celle-ci parle des librairies. La nouvelle se trouve quelque peu dans notre futur. La plupart des petites librairies ont disparu depuis longtemps et il ne reste que de gros magasins. Le héros a ouvert une boutique et refuse de vendre des livres car ce n'est en tout cas pas un business qui permet de vivre. Mais il se met à vendre des livres publiés sur mesure. Ceux-ci sont différents. Car ils sont les avatars physiques d'une histoire en train de se construire en ligne à l'aide de milliers de contributeurs différents. Chaque livre est différent et prend en compte une part différente de l'histoire.

L'inconvénient des nouvelles c'est aussi qu'elles peuvent être difficiles à commenter. Parfois le texte est si court et le corps de l'histoire si peu développé qu'il est difficile de trouver beaucoup à dire. Bien que celle-ci m'ait moins plus que la précédente je ne la trouve de loin pas inintéressante. La question qui se pose est simple. Comment les prochaines générations vont-elles pouvoir tomber amoureux de la lecture si les lieux d'apprentissage et de découverte disparaissent? Peut-être que Doctorow tient une partie de la solution?

09/11/2012

James Bond Skyfall (on tombe des nues)

Je suis allé voir Bond quelque temps après sa sortie histoire de pouvoir trouver des places au cinéma. Après cela j'ai pris un temps de réflexion pour mettre mes idées bien en place dans cette présentation. James Bond... Les deux derniers films en portaient le nom mais pas l'identité. Est-ce que Skyfall a fait mieux? Je tenterais de répondre à cette question durant cette présentation de mon ressenti face au film. Comme d'habitude pour un Bond on commence sur les chapeaux de roues. Bond poursuit à l'aide d'une autre agente un homme qui possède une liste des membres des services secrets infiltrés dans des organisations terroristes. Perdre cette liste serait évidemment un énorme échec pour le MI6. Mais, lors de cette poursuite, Bond est touché par une balle amie et ne peut pas reprendre possession de la liste. Quelques mois plus tard le MI6 est attaqué de front et Bond décide de revenir d'entre les morts pour traquer le responsable.

Qu'ai-je donc ressenti face à ce nouveau Bond? Bon je vais tout de même commencer par dire que ce film est le meilleur depuis que Pierce Brosnan a quitté le costume. Mais je ne suis tout de même toujours pas convaincu par Daniel Craig qui fait plus armoire à glace que charme britannique. Qui est James Bond. Ce film montre un changement de génération. Bond est un vieux, très vieux, agent du MI6. Il est même l'un des derniers de son espèce. Et les références à l'obsolescence de James sont nombreuses dans le film. Que ce soit le discours de Q face au portrait d'un vieux bateau ou à l'utilité des agents de terrain et de leurs gadgets face aux informaticiens. Ou encore la remise en cause du programme 00 par les autorités britanniques. James est vieux et obsolète. Mais son crime est surtout de ne pas vouloir se retirer et continuer d'utiliser ses compétences alors qu'elles sont de moins en moins appréciées. L'usage d'agents secrets qui agissent dans l'ombre de l'état dans une période ou il est nécessaire de justifier ses activités et de faire la lumière sur elles semble anachronique.

Vous l'aurez remarqué, je parle de James comme l'un des derniers agents de son espèce. Il en existe un autre. C'est le grand méchant pas beau du film: Silva. Ce dernier n'est pas un simple terroriste. C'est un ancien agent du MI6 accompli qui recherche une vengeance. Il est formé à la même école que James et il peut le battre sur toutes les compétences dont font preuves les agents du programme 00. Silva est surtout James au paroxysme. C'est un homme extrêmement compétent (avec un petit coté Moriarty du Sherlock de la BBC) sans coeur ni remords. Il planifie, il exécute et il réussit sans aucune prise en compte des victimes annexes. Au contraire, il prend plaisir à tuer et montre souvent une joie impressionnante alors que ses plans se déroulent. C'est un parfait psychopathe tout comme Bond. Mais au contraire de ce dernier Silva est un psychopathe incontrôlé.

Il y a un lien entre Bond et Silva. Celui-ci est M. La cheffe du MI6 est la seule femme que Bond n'a pas réussit à charmer et qu'il respecte un peu. Entre M et Bond il existe une relation presque maternelle. Mais M n'hésite jamais à mettre en danger James si c'est tactiquement utile. Ce qui ne l'empêche pas, de temps en temps, de montrer un peu d'intérêt envers son meilleur agent. Silva a aussi une relation de mère fils avec M. Mais, au contraire de Bond, Silva veut tuer sa mère. Le film est donc, d'une certaine manière, l'occasion de résoudre cette relation œdipienne entre M, Silva et Bond. Et on sait comment cette relation doit se résoudre selon Freud.

Mais ce dernier Bond est aussi l'occasion de créer un programme pour les prochains films. La résolution des intrigues est construite d'une telle manière que nous pouvons imaginer comment devraient être conçu les suites. Comme je l'ai dit plus haut, James est vieux. La question de son actualité pour de nouvelles générations qui sont nées après la chute du Mur et dans l'informatique se pose. C'est probablement l'une des raisons qui ont poussés les réalisateurs des deux derniers films à moderniser les histoires en brisant certains codes majeurs (gadgets, répliques, etc). Mais, comme il le dit lui-même, Bond a une tendance à ressusciter. Ce film est, en l’occurrence, un gigantesque retour aux sources. Aussi bien dans le cadre de l'intrigue - puisque James revient dans son manoir d'enfance au volant de l'une des anciennes Aston Martin bourrée de gadgets - que dans le programme annoncé. La fin du film remet les choses à leur place tels quelles étaient avant l'arrivée de M et de Pierce Brosnan. M est éliminée et remplacée par un homme formé sur le terrain. La seule femme qui réussit à survivre à Bond prend un travail de secrétaire et se nomme Moneypenny. Bond est accepté ainsi que la programme 00. Mais surtout, la dernière scène montre Bond à l'extérieur du bureau du nouveau M avec Moneypenny qui lui dit d'entrer. Les James Bond reviennent aux sources. Mais se pose la question de la réussite future de ce retour. En effet, James Bond est un tueur psychopathe misogyne sans pitiés ni remords. En bref, c'est salopard machiste. Les derniers films, grâce à une femme forte à la tête du MI6, permettaient de montrer que les valeurs machistes de Bond n'étaient plus en adéquation avec une société qui avait changé depuis la Guerre Froide. Sans cette femme forte ne risque t'on pas de retourner vers un machisme sans aucune retenue des Bond?

Image: site officiel

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12:06 Écrit par Hassan dans féminisme/gender/queer, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : james bond | | | |  Facebook

08/11/2012

The things that make me weak and strange get engineered away par Cory Doctorow (nous sommes tous coupables)

Titre : The things that make me weak and strange get engineered away
Auteur : Cory Doctorow
Éditeur : Site de l'auteur
Pages : 37

Je suis enfin de retour dans Doctorow. Bon, il est vrai que le dernier livre que j'avais lu m'avait profondément déçu. Mais à présent je retourne dans l'univers des nouvelles qui ont le mérite d'être courtes si on ne les aime pas. Le héros se trouve dans un monastère nouvelle génération à New York. Ces monastères se dévouent à la contemplation du sois pour comprendre ses erreurs et s'adapter et s'accepter par l'observation mutuelle et intime. Tous les moines de ce monastère publient les informations les concernant et lisent celles des autres. Mais notre héros n'y restera pas longtemps. En effet, en observant un flux de donné écrit par un autre moine il se rend compte qu'il existe une anomalie. Il part donc en quête dans le monde extérieur pour trouver l'explication de cette anomalie.

Je suis vraiment heureux de m'être lancé dans cette nouvelle car on y découvre le danger des technologies dites de sécurité. Un danger qui n'est encore que peu analysé. Souvent les mises en garde sont évacuées d'un trait d'esprit consistant soit en arguant du danger soit par cette phrase si commune mais si inquiétante "Mais enfin si vous n'avez rien à cacher vous n'avez rien à craindre!". Ce genre d'arguments laisse de coté le point le plus important. Il ne s'agit pas d'avoir quelque chose à cacher. Il s'agit d'avoir le droit de cacher, d'avoir le choix. Celui-ci est d'autant plus important que l'être humain a besoin d'un minimum de vie privée pour se construire et pour vivre (imaginez devoir aller aux toilettes alors que des caméras sont braquées sur vous!).

Le monde que Doctorow décrit dans cette nouvelle est un monde de surveillance totale. Celle-ci se forme aussi bien par des personnes, la securitat, qui est lourdement armée et dont les droits semblent n'être contrebalancée par presque aucun devoirs. Mais aussi des processus automatiques de gestions, d'analyse et de captation de données. Tout, dans ce monde, demande à l'individu de justifier son activité. Refuser de justifier ou se protéger contre une telle invasion est suspect. Mais ce monde de surveillance totale est encore pire qu'on ne le croit. Outre les technologies de surveillances le sens de la culpabilité a changé. Nous considérons tous que l'idée de l'innocence jusqu'à la preuve du contraire est acquise. Mais que se passe-t-il quand c'est la culpabilité qui est acquise jusqu'à preuve du contraire? Les technologies et les services de surveillances commencent à considérer la population comme fondamentalement criminelle, à traiter tout individus comme un criminel. À partir de la nous devenons tous coupable de quelque chose et il suffit d'examiner le passé de quelqu'un pour justifier une arrestation. Voila ce que montre Doctorow. Un futur qui est possible et contre lequel il faut lutter.

07/11/2012

Qu'est-ce que la propriété? Par Pierre-Joseph Proudhon

Titre : Qu'est-ce-que la propriété?
Auteur : Pierre-Joseph Proudhon
Éditeur : Livres et Ebooks
Pages : 305

Avec mon petit tour des auteurs anarchistes classiques il fallait bien que je passe par Proudhon un jour ou l'autre. Son livre célèbre Qu'est-ce-que la propriété ne pouvait pas non plus rester longtemps en dehors de ma bibliothèque. De quoi parle-t-il? Proudhon tente d'y examiner le droit de propriété pour prouver que celui-ci se base sur un faux postulat. Ce n'est pas pour rien que le livre commence sur cette phrase: La propriété c'est le vol. Mais pourquoi est-ce du vol? En examinant la société et la manière dont la propriété est conservée ou modifiée Proudhon tente de montrer que celle-ci n'est pas possible. En effet, la propriété est incompatible avec le concept d'égalité et de justice puisqu'elle implique une forme d'inégalité et d'injustice. Si la société tente de corriger ces deux points pour les atteindre alors la propriété est mise à mal. Dans le cas contraire c'est la société qui est mise à mal.

Normalement je continuerais de présenter ce texte sur un ou deux paragraphes mais je ne le ferais pas aujourd'hui pour une raison simple: j'ai détesté ce livre. Pas parce que Proudhon est misogyne (cet aspect n’apparaît qu'à une occurrence dans ce livre) mais parce que je n'aime pas le style de Proudhon. Celui-ci me semble poussif et j'ai éprouvé beaucoup de difficultés à lire. Je n'ai pas aimé ce livre aussi parce que les thèses de Proudhon me semblent très peu convaincantes. Je pouvais accepter les idées des auteurs précédents avec une forme d'esprit critique. Mais Proudhon ne me donne pas des idées que j'arrive à accepter. Je trouve que son argumentation est peu maîtrisée et consiste principalement à utiliser les économistes pour mieux détruire leurs propres argumentaires plutôt que de développer des idées personnelles. J'avoue volontiers pouvoir avoir tort. Mais je ne veux plus lire du Proudhon. Je lirais, par contre, les idées d’Élisée Reclus prochainement.

08:57 Écrit par Hassan dans anarchisme, contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |  Facebook

06/11/2012

Frankenweenie (le meilleur ami du zombie)

J'aime bien Tim Burton. Son dernier film m'a déçu mais tout de même Tim Burton et son univers étrange reste l'un de mes favoris. J'étais donc plutôt enthousiaste face à ce film qui renoue avec le style de Corpse Bride que j'avais adoré. L'histoire a déjà été tourné dans un court métrage il y a près de 40 ans. Mais cette fois Tim Burton fait un long métrage d'animation. Nous sommes dans une petite ville. L'un des enfants de cette ville est un peu bizarre. Il est très intelligent et aime son chien Sparky mais il passe tout son temps à le filmer dans des scénarios d'horreur. Son père et sa mère essaient de le pousser à se faire des amis mais rien ne fonctionne. Et quand ces tentatives débouchent sur la mort de Sparky c'est le drame. Mais Victor ne se laisse pas démonter et décide de ressusciter son chien!

J'imagine tout a fait Tim Burton dans la peau de Victor. Seul à élaborer des histoires étranges. Mais il faut bien le dire Victor n'est pas le seul personnage bizarre de ce film. En fait, ils sont tous plus bizarres les uns que les autres. Entre le jeune asiatique cruel et opportuniste, le grand jeune garçon inquiétant et au visage de monstre de Frankenstein, le jeune quasimodo et la jeune fille aux yeux hallucinés la gamme des personnages inquiétant est déjà bien fournie. Le style de l'animation est très proche de celui de Corpse Bride. Mais Tim Burton a ajouté le noir et blanc. Ce qui permet de donner un air plus classique au film qui singe dans un but d'hommage les classiques du cinéma de monstres. Même si la qualité n'est pas aussi prononcée que dans d'autres films j'ai apprécié ce film.

Image: Site officiel

widescreen-Sparky.jpg

18:48 Écrit par Hassan dans Fantasy, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |  Facebook