02/09/2013

Si je veux, quand je veux Contraception et avortement dans la société française (1956-1979) par Bibia Pavard

Titre : Si je veux, quand je veux  Contraception et avortement dans la société française (1956-1979)1346231416.jpg
Auteure : Bibia Pavard
Éditeur : Presses Universitaires de Rennes 2012
Pages : 358

Le droit à l'avortement et à la contraception est régulièrement remis en question dans les pays occidentaux. Que ce soit de manière violente ou non le contrôle du corps des femmes est encore un enjeu de luttes pour différents groupes. En Suisse même il existe, à ce jour, deux initiatives qui visent frontalement le droit à l'avortement. Il est donc important de regarder comment se sont déroulées les luttes dans le passé pour comprendre comment et pourquoi ces luttes continuent aujourd'hui. Ce livre s'intéresse à la France mais cela n'enlève rien à sa pertinence. En effet, les arguments restent souvent les même malgré le passage de la frontière. Il est construit en trois parties chronologiques qui partent des premières luttes pour la contraception dans les années 50 jusqu'à l'élaboration finale du droit à l'avortement en 1979.

C'est dans le milieu des années 50 que sort du tabou la question de la contraception. Alors que cette dernière est attaquée par le dispositif légal français un certain nombre de médecins décident de mettre en place une discussion autours de la gestion de la maternité. Ces personnes décident de porter le problème sur la place publique en s'aidant de dispositifs militants internationaux pour arrêter une politique considérée comme hypocrite. Le but est de reconstruire la contraception comme un moyen de contrôle des naissances dans le cadre d'une politique familiale rationnelle qui permette d'éviter les avortements clandestins. Moins qu'une attaque contre le contrôle des corps féminins c'est plus une redéfinition de la contraception dans des catégories modernes de rationalité économique qui réussira lors du vote de la loi Neuwirth à la fin des années 60.

Mais la loi est à peine votée que de nouveaux enjeux féministes s'imposent dans la société. Alors que le droit à la contraception est difficilement mis en place un certain nombre de groupes décident de s'organiser autours d'une lutte en faveurs de l'avortement. Que ce soit le MLF, Choisir ou le Planning Familial chacun décide de militer à sa manière et selon ses propres conceptions. L'un des points les plus importants du droit à l'avortement est la prise de contrôle du corps féminins par les femmes elles-même. Dans ce cadre l'usage de la méthode d'avortement par aspiration permet de pratiquer sur sois-même entouré par des personnes qui travaillent en commun avec celle qui souhaite avorter. Tout aussi important est le caractère public des avortements - que ce soit le manifeste des 343 où la mise en place d'avortement non-clandestins chez des militantes - ce qui permet d'attaquer frontalement la vieille loi de 1920 qui pénalise cette pratique. Celle-ci n'est plus appliquée que dans de rares cas qui montrent à la fois sa non-applicabilité mais aussi son caractère de justice masculine sur des femmes de classes populaires. Il devient rapidement apparent que la loi est injuste voire qualifiée de scélérate.

C'est dans ce cadre qu'une tentative de légaliser l'avortement est mise en place autours de Simone Veil. Mais la majorité est loin d'être acquise que ce soit du coté des personnes favorables au droit à l'avortement où du coté des personnes défavorables. La lutte s'annonce difficile et de nombreuses concessions doivent être faites pour rendre la loi acceptable dont la mise en place d'une période d'essai de 5 ans. Malgré cela les débats utilisent des arguments forts que ce soit en 1974 ou 1979 qui restent semblables. Les mouvements féministes tentent aussi d'influer sur la loi et son application en dénonçant les mauvaises pratiques où les médecins réfractaires. Parfois jusqu'à, encore une fois, violer ouvertement la loi. Cette histoire se termine, provisoirement, en 1979 lorsque la majorité accepte enfin un droit à l'avortement.

En conclusion je suis très heureux d'avoir choisi ce livre extrêmement intéressant. Je n'ai pas montré, dans ce billet, toute la richesse de cette recherche qui permet de comprendre pourquoi et comment des personnes, ordinaires, se sont intéressées au sujet de la contraception et de l'avortement pour en faire une lutte politique. Le livre de Bibia Pavard permet de passer outre les grands personnages de cette histoire et de comprendre le militantisme de femmes et d'hommes dans le cadre d'organisations nombreuses et, parfois, contradictoires. Ce livre permet de mieux comprendre comment une lutte à pu réussir malgré son illégalité et son illégitimité au départ.

Image: Éditeur

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