15/06/2014

Moi Tarzan, toi Jane. Critique de la réhabilitation «scientifique» de la différence hommes/femmes Jonas Irène

Titre : Moi Tarzan, toi Jane. Critique de la réhabilitation «scientifique» de la différence hommes/femmestarzan-siteb_prd.jpg
Auteure : Jonas Irène
Éditeur : syllepse octobre 2011
Pages : 160

Quand j'étais plus jeune j'avais lu Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus. J'avais trouvé le bouquin dans la bibliothèque familial et j'avais envie de comprendre. Depuis, je suis entré de manière bien plus sérieuse dans la littérature scientifique concernant les études genre. Ce petit livre me permet donc de revenir face à la littérature psychologique écrite pour les couples dont le livre que j'ai mentionné est l'un des succès.

Irène Jonas, dans son petit livre, se propose d'analyser et de nous faire comprendre toute cette littérature pseudo-scientifique. Elle le fait en trois chapitres. Dans le premier elle analyse les fondements idéologiques de la psychologie évolutionniste. Elle démontre que ses défenseurs tentent de mettre de coté toute possibilité d'effet de l'environnement et de l'histoire pour ne se baser que sur l'évolution depuis le temps des cavernes. Nos fonctionnements sociaux et sexués seraient donc parfaitement naturel et non construit socialement. Pour cela, les auteur-e-s de ce courant se basent sur des résultats scientifiques caduques et généralisés abusivement. L'idée sous-jacente repose aussi sur les thèses les plus controversées du darwinisme social. Dans un second chapitre l'auteur nous explique quelles visions des différences hommes/femmes sont défendues dans ces productions. Alors que l'égalité des conditions serait atteinte les différences n'auraient donc qu'une origine naturelle ce qui implique qu'on ne peut plus rien faire de plus. Il devient nécessaire de comprendre et d'accepter ces différences pour vivre ensemble dans une complémentarité des sexes. Ainsi, les femmes doivent accepter une forme de domination masculine puisqu'elles sont, par nature, inférieures en bien des points. Enfin, un dernier chapitre permet d'analyser la vision du couple défendue dans les livres de psychologie évolutionniste. On y trouve, selon l'auteure, une vision "naturelle" du couple hétérosexuel dans lequel les femmes doivent atteindre leur capacité de mère de famille et abandonner leur carrière au risque de mettre à mal le développement de leurs enfants. L'homosexualité, bien qu'acceptée, est donc considérée comme une erreur de développement du fœtus qui a connu un déséquilibre hormonal dû au stress de la mère. On comprend en quoi cette thèse est dangereuse.

Voici donc un petit livre particulièrement intéressant qui permet aux personnes intéressée de comprendre et de connaitre les thèses et problèmes de la psychologie évolutionniste. Mieux encore, la déconstruction de l'argumentation permet de comprendre que ces livres et émissions d'aide aux couples entrent dans une forme de retour à la domination masculine justifiée par arguments "scientifiques" difficiles à contester. En effet, la rhétorique rend cette contestation difficile puisque les auteur-e-s multiplient les arguments d'autorités tout en liant leurs thèses à une prétendue réalité de leur pratique (personnelle ou professionnelle). Un livre nécessaire pour contrer cette littérature de plus en plus présente.

Image: Éditeur

Commentaires

Les hommes et les femmes sont égaux en droits quelles que soient leurs orientations sexuelles. Mais enfin, cela ne mène pas à l'idée que l'homme et la femme sont uniformes, ou que leurs signes corporels distinctifs sont sans effet psychologique ou comportemental. Un homme n'allaite pas, et le lait artificiel n'a pas la qualité du lait naturel humain. On constate que l'enseignement est souvent choisi par les femmes parce qu'il laisse du temps pour s'occuper des enfants. Ensuite les enseignants pensent pouvoir effacer les différences sexuelles, c'est un peu absurde.

Écrit par : Rémi Mogenet | 27/06/2014

Bonjour,

vous mêler deux choses. Le biologique et le social. Le fait que les femmes choisissent l'enseignement pour avoir du temps pour leurs enfants n'est pas dû à leur instinc maternel. Mais à une construction historique qui place la femme au centre du foyer pour s'occuper des enfants et du père de famille. Le choix de l'enseignement se base aussi sur l'idée que les femmes sont meilleures instinctivement avec les enfants (ce qui permet des salaires moins haut, elles ne sont pas compétentes c'est naturel...). Mais jusqu'à un certain point. L'université est majoritairement masculine.
Je crois que vous parlez, ensuite, de l'ABCD de l'égalité. Ce n'était pas un manuel pour gommer les différences sexuelles mais un moyen de réfléchir sur l'inégalité sociale. Il n'a jamais été question de rien d'autres.

Écrit par : Hassan | 27/06/2014

Je ne sais pas si je confonds, tous ceux qui ont eu des enfants savent qu'ils ont avec la mère une relation plus directe et plus spontanée, qu'ils demandent la mère, que le père passe au second plan, notamment quand ils sont petits. Le social n'est que le prolongement du biologique dans la sphère humaine, il n'y a pas d'opposition, ce n'est pas vrai, l'humanité n'est pas en dehors de la nature, si on veut dire que le social est au-dessus du biologique c'est parce que biologiquement l'humanité est à la pointe, en haut d'une hiérarchie. Ce n'est pas une construction intellectuelle abstraite qui pousse la mère à vouloir disposer de temps pour les enfants, c'est justement un besoin biologique, dont l'impact social est inéluctable, comme naturel.

En revanche, il est un peu sexiste a priori de dire que les femmes enseignent mieux que les hommes, je trouve ça un peu absurde.

Écrit par : Rémi Mogenet | 27/06/2014

Vous faites justement ce que ce livre met en garde contre. Vous faites de l'essentialisme. Vous observer le biologique et vous en déduisez un comportement social. Or, le comportement social est historiquement construit. Il y a quelques siècles s'occuper de ses enfants à la naissance était non naturel. Il fallait utiliser une nourrice. Il y a quelques siècles les hommes aimaient autant la mode que les femmes. Il existe le biologique, en effet, mais le social n'en est pas la conséquence. Le social se construit et donc peut se déconstruire. Il n'est pas naturel que le rose soit féminin et le bleu masculin. Il n'est pas non plus naturel que les femmes portent des jupes et les hommes des pantalons. C'est du construit.

Justement, c'est exactement ce que je dis. Les femmes ne sont pas naturellement meilleures enseignantes que les hommes. Elles sont vues ainsi car elles seraient naturellement plus capable que les hommes de s'occuper des enfants.

Écrit par : Hassan | 27/06/2014

Mais enfin, les femmes ne sont pas du tout forcées par la vision globale de se présenter aux concours de recrutement des enseignants. Elles le font d'elles-mêmes. C'est un fait qu'à ces concours il y a plus de femmes. Des études ont été faites, et souvent cela renvoie à la possibilité pour elles de s'occuper de leurs futurs enfaire d'une femme agrégée de lettres re jour l'histoire d'une femme agrégée de lettres qui restait enseignante au collège parce qu'elle était jeune maman et qu'lle voulait avoir du temps, et on me le racontait pour justifier une exception à la règle implicite qui veut que les agrégés aillent enseigner au lycée et ne restent pas au collège. Une autre femme me présentait ce choix comme légitime. Est-ce une pensée historiquement construite? Je n'en sais rien, mais ça reste à prouver.

Votre raisonnement sur les nourrices est un peu absurde, puisque les nourrices étaient elles-mêmes des femmes, ici le biologique créait l'emploi, vous ne concevez les choses que depuis les femmes nobles. On peut donc bien dire qu'il est naturel que les femmes s'occupent des enfants à la naissance, car même si une femme de l'aristocratie voulait à cet égard s'affranchir de la nature, elle était obligée d'employer une autre femme, elle ne pouvait pas employer un homme!

Le social découle naturellement du biologique humain, ou plutôt il est la partie du biologique humain qui pénètre dans les lois et la pensée consciente, d'ailleurs la théorie de l'évolution a montré que le biologique aussi était historiquement construit.

Ce qui me paraît récemment fabriqué, c'est, excusez-moi, la pensée d'un comportement social détaché du biologique. Cela n'existe au fond que depuis le dix-huitième siècle, l'homme est considéré indépendamment de la nature, c'est à cause de cela que la Révolution a fait des départements, par exemple, pour imposer quelque chose de purement social et intellectuel à la nature barbare et primitive dont venaient les anciennes provinces. Mais cela relève un peu de l'escroquerie, je crois, l'homme n'est pas du tout, socialement, détaché de la nature. Pourquoi vit-il en groupe? C'est bien à cause de ses besoins animaux. Il n'y a qu'à voir la façon dont les gens réagissent à la réforme territoriale de François Hollande, conçue comme dans la philosophie du dix-huitième siècle, de façon abstraite, détachée du sentiment spontané, ou de la nature profonde, parlant à l'inconscient: les gens éprouvent spontanément de l'antipathie, vis à vis d'une telle vision.

Les sociétés sont bâties autour de l'idée nationale, globalement; or, Teilhard de Chardin l'a dit, les nations sont un début de spéciation, c'est à dire la tendance, au sein de l'espèce humaine, à se différencier en espèces nouvelles. Rien de plus animal. Comment concevoir une société arrachée à la nature primitive? Cela n'existe pas du tout. Les langues mêmes ne dépendent pas tant de la raison que de l'instinct.

Écrit par : Rémi Mogenet | 28/06/2014

Tiens, j'ai eu un problème d'édition, dans le premier paragraphe; lire: "futurs enfants. On m'a raconté l'autre jour l'histoire".

Écrit par : Rémi Mogenet | 28/06/2014

L'idée que les femmes doivent rester à la maison pour s'occuper des enfants et, si elles travaillent, prendre un boulot à temps partiel est historiquement construite et ceci est prouvé depuis les années 70. C'est un fonctionnement de la famille basée sur les idées de la bourgeoisie et qui s'est généralisé entre le XVIII et le XIX sous la forme du mariage hétérosexuel tel qu'on le connait aujourd'hui.

Cependant, encore une fois, vous faites de l'essentialisme. Les femmes et les hommes ne sont pas identiques depuis l'aubes des temps en ayant des comportements basés sur les besoins d'une époque millénaire. Le biologique existe, oui, mais le social est une production non du biologique mais de la pensée. Ce qui implique que les idées sur la manière dont la société doit fonctionner sont construites par des personnes ayant la capacité de défendre et d'imposer ces idées. Si vous vous intéressez aux travaux d'anthropologues vous verrez qu'il existe de multiples modèles de sociétés différentes dont certaines sont fortement différente de la société occidentale. Pourtant ce sont encore des êtres humains.

Pour terminer, la nation n'est pas, non plus, naturel. Pendant longtemps il existait des entités politiques sans nations et des nations sans entités politiques. Ce n'est qu'aux XIXe siècle que les nations furent réellement constituées. En partie, cette constitution s'est basée sur une unification de la langue, une construction de la culture et, par exemple en France, l'armée obligatoire. Ceci ne veut pas dire que la nation n'existe pas aujourd'hui. Mais c'est une forme de division politique récente et construite historiquement. D'ailleurs, qu'est-ce qu'une nation? Est-ce une culture? Une langue? Une ethnie? Dans ce cas il existe de nombreuses nations et toutes ne sont pas des États. Et que faire des nations qui possèdent plusieurs minorités linguistiques? Selon Ernest Renan une nation c'est la volonté de vivre ensemble. Ce n'est donc pas un cadre naturel qui se transfère par le sang des ancêtres.

Écrit par : Hassan | 28/06/2014

@ Rémi Mogenet

Ernest Renan tentait de créer un modèle de nation dit à la française qui nous vient de la Révolution de 1789. L'idée que la volonté crée le patriote. Car même si le fonctionnement juridique de l'identité forme celle-ci selon l'origine des parents (ou plutôt du père) cela ne veut pas dire que la personne ait la volonté d'être française, anglaise ou suisse. Ce qui forme la nation n'est pas un gène mais une volonté de vivre ensemble et de se créer en tant que groupe national. En ce qui concerne la monarchie française je vous invite à lire des recherches sur la construction de l’État en France. On y apprend que la monarchie n'était, au départ, qu'un primus inter pares. Ce n'est que par des outils spécifiques qu'une centralisation s'est opérée créant le Roi de France. Il ne faut pas oublier que l'histoire est une construction et une évolution (sans vouloir parler de sens de l'histoire). La France n'est pas sortie de l’œuf de manière instantanée. Elle a été construite. Encore une fois, ce que je critique c'est l'idée que les rôles masculins et féminins sont naturels. Alors qu'il est largement prouvé que ces rôles sont socialement construit.

@ Myriam Belakovsky

Tout d'abord bonjour,

Je suis très prudent quant à la comparaison entre humains et espèces différentes. Elle permet d'éviter des accusations de non-naturalité de certains comportements mais il ne faut pas oublier que l'humanité a constitué une société complexe. Ce type de société ne se trouve pas dans d'autres espèces.

En ce qui concerne votre question quant au déséquilibre de la famille en cas d'absence de la mère. C'est un problème discuté depuis le XIXe siècle. En fait, depuis que l'idéal bourgeois de famille a commencé à être considéré comme une norme. Cependant, rien ne prouve que les modèles différents aient des effets négatifs. Actuellement, ce qui crée des modèles négatifs semblent être plutôt, en ce qui concerne les facteurs externes, la tolérance face à ces modées et, en ce qui concerne les facteurs internes, non pas le modèle en soi mais la stabilité de ce modèle. Autrement dit, une famille recomposée ou entre personnes de même sexes est parfaitement saine pour les enfants si le couple est stable et tente d'offrir toutes les chances possibles aux enfants. Et ceci est fortement impacté par la possibilité d'être accepté dans la société.

PS: les recherches montrent que l'époque actuelle voit une baisse constante de la violence. Ce qui a changé c'est la couverture médiatique.

Écrit par : Hassan | 29/06/2014

@ Rémi Mogenet

Ernest Renan tentait de créer un modèle de nation dit à la française qui nous vient de la Révolution de 1789. L'idée que la volonté crée le patriote. Car même si le fonctionnement juridique de l'identité forme celle-ci selon l'origine des parents (ou plutôt du père) cela ne veut pas dire que la personne ait la volonté d'être française, anglaise ou suisse. Ce qui forme la nation n'est pas un gène mais une volonté de vivre ensemble et de se créer en tant que groupe national. En ce qui concerne la monarchie française je vous invite à lire des recherches sur la construction de l’État en France. On y apprend que la monarchie n'était, au départ, qu'un primus inter pares. Ce n'est que par des outils spécifiques qu'une centralisation s'est opérée créant le Roi de France. Il ne faut pas oublier que l'histoire est une construction et une évolution (sans vouloir parler de sens de l'histoire). La France n'est pas sortie de l’œuf de manière instantanée. Elle a été construite. Encore une fois, ce que je critique c'est l'idée que les rôles masculins et féminins sont naturels. Alors qu'il est largement prouvé que ces rôles sont socialement construit.

@ Myriam Belakovsky

Tout d'abord bonjour,

Je suis très prudent quant à la comparaison entre humains et espèces différentes. Elle permet d'éviter des accusations de non-naturalité de certains comportements mais il ne faut pas oublier que l'humanité a constitué une société complexe. Ce type de société ne se trouve pas dans d'autres espèces.

En ce qui concerne votre question quant au déséquilibre de la famille en cas d'absence de la mère. C'est un problème discuté depuis le XIXe siècle. En fait, depuis que l'idéal bourgeois de famille a commencé à être considéré comme une norme. Cependant, rien ne prouve que les modèles différents aient des effets négatifs. Actuellement, ce qui crée des modèles négatifs semblent être plutôt, en ce qui concerne les facteurs externes, la tolérance face à ces modées et, en ce qui concerne les facteurs internes, non pas le modèle en soi mais la stabilité de ce modèle. Autrement dit, une famille recomposée ou entre personnes de même sexes est parfaitement saine pour les enfants si le couple est stable et tente d'offrir toutes les chances possibles aux enfants. Et ceci est fortement impacté par la possibilité d'être accepté dans la société.

PS: les recherches montrent que l'époque actuelle voit une baisse constante de la violence. Ce qui a changé c'est la couverture médiatique.

Écrit par : Hassan | 29/06/2014

Si on commence par regarder du côté de nos lointains parents, les singes, les guenons s'occupent des petits qu'elles portent sur leurs dos le temps qu'il faut, non les mâles. Toutes les femmes n'allaitent pas, il y a, ou non montée du lait, suffisante ou pas. Entre mères et fœtus, "dialogue de chair" (Pr Tomatis) avec complications diverses à venir en cas de manque de ce dialogue de chair lequel n'a rien à voir avec la voix du père, ou présumé, qui vient de l'extérieur du corps de la mère. La femme en principe nourrissant peut être une excellente pédagogue: Françoise Dolto a enseigné que l'enfant en classe reçoit l'enseignement de manière alimentaire. Idéalement, une jeune femme devrait sentir en elle si elle souhaite fonder un foyer ou faire carrière (voir aussi ce que l'on entend par "carrière")! mais il est bien difficile de savoir concernant les familles non particulièrement à l'aise si l'absence de la mère au foyer, ainsi que le stress du soir "tout devoir faire à la fois y compris coatching scolaire", participation paternelle peu ou prou... n'a aucun rapport avec un déséquilibre, une violence contemporaine croissants?! étant bien entendu que d'autres problèmes, non moins graves, non moins évidents peuvent se poser en familles de professions libérales malgré la profusion des ressources financières. Il me semble qu'hommes et femmes sont comme ils sont: différences bienvenues. Que de calculs, que de comparaisons mesquines... que de temps perdu.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 29/06/2014

Ernest Renan disait n'importe quoi, voyons. Ou alors c'est de pulsions volontaires obscures et inconscientes, qu'il parlait; car dans les faits on appartient en général à la nation parce qu'on est né de quelqu'un qui y appartenait déjà! Le reste est fait d'exceptions qui confirment la règle. Teilhard de Chardin disait avec raison que les différences entre ethnies, cultures, langues, nations, étaient des subtilités de juristes qui biologiquement et scientifiquement ne tenaient pas debout.

La raison ne crée rien, disait avec raison aussi Joseph de Maistre: elle fait apparaître à la conscience ce qui est. La preuve en est que les constitutions en 1789 étaient renouvelées tous les jours: avec l'intelligence, on peut écrire des lois idéales sur du papier, mais le réel reste ce qu'il est, les Français sont ethniquement regroupés autour d'un monarque, et les constitutions et l'invention du concept de la nation n'y ont rien changé!

Les femmes doivent pouvoir être libres de faire comme elles l'entendent, l'Etat doit pouvoir leur assurer la liberté qu'elles veulent, et je ne suis en aucun cas gêné par leur présence majoritaire dans l'enseignement parce qu'elles doivent s'occuper de leurs enfants de leur propre avis. Je dis juste que la société n'est pas coupée du biologique, ce n'est pas vrai. Cela ne crée aucune obligation, mais la raison n'en est pas du tout que la société se construit contre ou indépendamment du biologique, mais que le biologique lui-même évolue, n'a rien de figé et d'immortel, contrairement à ce que croient des gens qui pourtant jurent sinon qu'ils sont sortis du fixisme. Cela veut dire que, oui, biologiquement, il est possible d'imaginer une indifférenciation sexuelle. Saint Paul l'a dit: un jour, il n'y aura plus qu'une chair, à la fois mâle et femelle; le shivaïsme postule l'androgyne final; la biologie de Charles Bonnet, naturaliste genevois, postulait à l'origine des temps un être indifférencié sur le plan sexuel, et Joseph de Maistre en a tiré qu'il reviendra à la fin des temps. Donc, il n'est pas aberrant en soi de relativiser la différence entre les sexes. Mais c'est prématuré: le gouvernement français met la charrue avant les boeufs, justement parce que la société n'est pas détachée du biologique, et qu'il faut attendre que le biologique évolue pour changer réellement la société. L'Etat ne peut pas imposer, à partir de la raison, une biologie nouvelle, ou un monde nouveau, ou une société détachée de la biologie, c'est une illusion grossière, de mon point de vue.

Si les sociétés sont différentes d'un lieu à un autre, Teilhard de Chardin l'a dit, c'est parce que la biologie humaine est différente aussi d'un lieu à un autre, quoique pas suffisamment pour créer des espèces nouvelles et empêcher d'éventuels croisements, à la fois biologiques et culturels: c'est un début, une ébauche de spéciation. Mais cela n'a justement rien à voir avec la raison, avec des raisonnements, ça émane d'impulsions obscures, inconscientes, qu'on constate, mais qu'on ne crée pas par l'intelligence. Les animaux non plus n'ont pas les mêmes moeurs d'une espèce à l'autre, et les espèces non plus ne vivent pas les mêmes lieux, ou le même type de lieux! Ce sont les moeurs qui ont créé les espèces, pour Teilhard de Chardin: c'est la férocité qui a créé le tigre, et non le tigre qui a décidé d'être féroce!

Écrit par : Rémi Mogenet | 29/06/2014

@ Rémi Mogenet


Ne sommes-nous pas créatures psychophysiques: matière avec supplément d'âme, esprit ou conscience?

Histoire évangélique de l'homme qui marche sans voir portant l'homme qui voit sans être en mesure de pouvoir marcher: l'homme marchant portant l'autre qui le guide?

Les femmes comme les hommes doivent-ils être libres de faire comme ils entendent?

En ont-ils toutes et tous les moyens, les ressources?

Sans responsabilités ou "devoirs" leur incombant?!

Est-il faux de penser qu'en cette forme d'existence, "étape"! nous ne faisons que "passer"?!

En "passant" en environnement/s, nos cellules y compris, où tout (qualités de vie ou pas, ou insuffisantes ou non gratifiantes voire "insensées")! en environnement/s, donc, où tout fluctue, change sans cesse... sans occulter la notion d'"imprévisibilité" jungienne ?

Mais... que nous le voulions ou non nous dépendons étroitement les uns des autres?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 29/06/2014

Myriam, les animaux aussi sont des êtres psychophysiques, et pour Teilhard de Chardin même les pierres ont une forme de psychisme.

Les femmes et les hommes doivent être égaux en droits, ils doivent être libres de faire les métiers légaux qu'ils veulent, c'est ce que j'ai voulu dire.

Nos choix ne dépendent que de nous, il est vain de reporter sur les autres la responsabilité du choix qu'on fait.

Tout fluctue, mais la conscience morale est là pour que le changement soit l'occasion d'aller vers le bien, car l'homme intervient précisément au moment où, tout fluctuant, les choses passent d'elles-mêmes d'une forme à une autre: il intervient pour que cela soit dans le bon sens.

Écrit par : Rémi Mogenet | 29/06/2014

@ Hassan

De la mère absente du foyer du matin au soir...

Certaines mamans qui ont des enfants "posant problème"/s disent qu'il vaudrait mieux qu'elles soient à la maison... qu'elles le voudraient bien mais qu'un seul salaire, hélas! ne suffit pas, plus!

Que dire des cantines désormais incessibles, certaines d'entre elles, aux enfants des familles moins fortunées de la société? Quel regard des enfants biens lotis, à l'aise, sur les enfants de ces familles plus modestes et quel regard de ces enfants de familles modestes sur leurs camarades mieux nantis sinon, fossé se creusant: tristesse, désolation, consternation: scandale social! Par ailleurs, la Suisse connue pour être douée, championne pour les maths dit le devoir à l'état, la situation "stable" des mathématiciens... ce qui se note... dès l'école, dès l'enfance.

Les parents qui ont d'excellents revenus n'ont aucunement besoin d'être vingt-quatre heures sur vingt-quatre sur le dos de leurs enfants mais, à la maison, il y a du personnel. Les enfants ne sont pas seuls, laissés à eux-mêmes ce qui ne signifie pas, loin s'en faut, qu'il n'y a jamais problèmes ou conflits chez les parents et enfants des familles à hauts revenus!

N'y a-t-il pas problème de société en laquelle au mot "évoluer" on a substitué le mot, sempiternel, "évaluer"?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 29/06/2014

Voyons, Hassan, je ne comprends pas votre logique. Puisque, justement, les Français sont en général français non parce qu'ils l'ont voulu, mais parce que leurs parents étaient déjà français, cela prouve bien que la nation ne se construit pas et ne s'est pas construite, puisque les Français nés d'autres Français sans l'avoir voulu constituent une nation!

Il est un peu absurde de prétendre que le roi de France a construit intellectuellement la nation française. C'est justement de cela que parle Joseph de Maistre dans ses "Considérations sur la France". Il n'y a pas eu de projet concerté de l'ensemble des rois de France pour construire la France. Ils ont eu leurs désirs privés, et bien sûr une certaine idée de leur fonction, qui en général les flattait et devait s'accorder avec leur vanité. C'est en cela que la nation touche à l'intellect, si on veut: les princes et puis le peuple agissaient en fonction de représentations qu'ils avaient, et qui étaient illusoires ou pas, comme chacun pensera à sa guise. Mais ces représentations ne motivaient l'action que si elles s'enracinaient assez dans l'instinct. C'est bien la même chose que chez les animaux: chaque espèce dit-on a un rôle à jouer au sein de la nature; mais elle n'en est pas consciente, elle agit en fonction de son instinct. L'homme en est conscient, mais cela ne change rien, il n'adoptera pas un projet qui lui semble juste si son instinct ne pousse pas à agir conformément à ce projet. Ce qui est purement intellectuel et abstrait, par conséquent, ne fonctionne pas. La nation moderne tend précisément à adopter des lois qui ne sont pas appliquées, ou qui posent plus de problèmes qu'elles n'en résolvent; pourquoi? C'est justement parce que quelques personnes très intelligentes s'imaginent qu'on peut depuis le haut de la pyramide modeler à volonté l'instinct national, alors que ce n'est pas le cas! Une loi qui ne se module pas avec cet instinct n'a aucune chance de s'imposer dans les faits, sur le long terme. C'est un gouffre financier, car il faudra payer des policiers, des juges, pour qu'ils l'appliquent, des professeurs et des publicitaires pour qu'ils en fassent la propagande, c'est bien l'affreuse situation dans laquelle se trouve la France!

Écrit par : Rémi Mogenet | 29/06/2014

Et jusqu'à où remonter pour retrouver des français d'origines? La renaissance? L'antiquité? La préhistoire? La France n'existe pas en tant que nation depuis la nuit des temps. Elle a été construite en tant que nations par des individus et des institutions jusqu'à atteindre ce qu'on mentionne comme la France aujourd'hui. A un moment donné des individus ont pensé que le territoire considéré comme la France était une nation. Mais ça n'a pas été naturel. Il y a eu une histoire, la construction d'une culture, l'unification de la langue et, au début du XIXe fin du XVIIIe la mise en place de l'armée républicaine qui a énormément fait pour unifier le pays. Je vous envoie, par exemple, aux cours de Bourdieu au collège de France "Sur l'Etat" qui dit ça de manière particulièrement claire. Et, justement, je n'ai pas dit que le roi a créé la France. J'ai dit que les décisions des rois ont mené à la constitution de la France. En effet, ce n'était pas voulu, ce n'était pas conscient et ça aurait pu différer. Historiquement, on aurait parfaitement pu avoir une nation formée autours du royaume de Bourgogne. C'était une possibilité. Ce n'est pas arrivé.

En ce qui concerne les lois n'oublions pas que ce sont des textes qui tendent à normaliser la société. Comme les sociologues de l'école du labeling le disent, de manière très résumée, ce sont les lois qui créent les crimes. Ca ne veut pas dire que ces actes n'existaient pas mais ce n'était pas poursuivi par la loi. Mais la loi peut aussi s'attaquer à des comportements qui existent mais qui sont considérés comme immoraux ou anormaux par une élite. C'est le cas, par exemple, de la longue pénalisation de l'avortement. Que ce soit interdit n'a pas empêché la pratique.

Écrit par : Hassan | 29/06/2014

Voyons, ce n'est pas la Révolution et la Convention qui ont créé la nation française, ce n'est pas vrai, c'est un mythe. Et il y a quelqu'un qui en a fait la démonstration éclatante: c'est Charles de Gaulle. Tous les beaux discours républicains n'ont pas pu empêcher le retour quasi nécessaire du schéma monarchique qui justement s'était imposé de lui-même, sans qu'on y pense jamais. On peut bien rester dans l'idéologie sans regarder aux faits, ça ne tient pas debout. Les discours ne sont pas constitutifs des faits, c'est évident. En se réclamant de la France d'une façon organique, en relation avec les symboles primitifs et ethniques, la "fée des contes" et la "madone des églises" dont il parle au début de ses mémoires, De Gaulle a bien montré que la France s'était créée dans l'obscurité des âmes, antérieurement à la pensée rationnelle. Il s'appuyait en cela sur Maurice Barrès, mais qui peut dire que l'histoire lui a donné tort? C'est bien à Bourdieu et à ses pareils que l'histoire a donné tort. D'avoir imposé la langue a créé l'ombre d'une nation, la singerie d'une nation; en réalité, l'unité forte autour du monarque existait déjà sous Louis XIV, et la France n'est pas ce qu'on raconte, mais un pays tenu par une ethnie issue de la France médiévale, qui constitue comme une majorité relative, et qui laisse ceux qui ont appris la langue de façon récente et artificielle à la périphérie. Il ne faut pas rester dans les discours officiels qui idéalisent le réel, mais regarder le réel.

Depuis quand elle existe, la France? Je n'en sais rien, mais ce dont je suis sûr, c'est qu'elle existe depuis bien plus longtemps que depuis la Convention: sur ce point je suis d'accord avec De Gaulle. Le discours n'est qu'ornemental.

Bien sûr que les élites essayent d'imposer des lois contre le sentiment profond de la population; mais c'est la source d'un désastre, d'une maladie sociale qui ne cesse de s'étendre. C'est la source du fondamental divorce entre le classe politique et le peuple qu'on observe en France, cela relève de l'évidence. C'est la même chose à peu près que les engrais chimiques dans un champ. Dire que c'est constitutif de l'agriculture serait un peu absurde.

C'est aussi la source d'un gouffre financier effroyable, pour l'Etat. Hugo disait qu'il y avait des impôts qui coûtaient extrêmement chers à prélever: ce sont ceux dont le peuple ne veut vraiment pas. C'est un fait dont on ne parle jamais, évidemment, c'est l'omerta sur le problème! C'est le cycle infernal, à partir de ce moment.

Écrit par : Rémi Mogenet | 29/06/2014

Je n'ai pas dit que la Révolution avait créé la France. Elle s'est créé sur le long terme. Mais ce que nous observons au XIXe siècle c'est une construction de l'unité de la nation. Autours d'un language commun, d'une culture commune et d'institutions. Les manuels d'histoire, par exemple, sont un exemple parfait de pensée de la nation en direction des enfants. L'école en soi est un moyen de créer la nation française. De plus, Louis XIV se trouve dans un état précis de la monarchie français. Un état qui n'est pas éternel non plus et qui connait une histoire. Avant Louis XIV il y a toute une évolution. N'oubliez pas non plus la IIIème République.

Enfin, Bourdieu n'a pas créé la France il a, dans le cour que j'ai cité, démontré un processus. Un processus historique donc qu'il est possible de déconstruire. Il a, justement, observé le réel. Et il n'est pas le seul.

Écrit par : Hassan | 29/06/2014

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