15/03/2015

Selma

Jeudi passé je suis allé voir le film qui commémore l'un des événements mythiques de la lutte en faveurs des droits civils. Nous sommes aux USA. Bien que les américain-e-s noirs aient reçu le droit de vote de nombreuses villes refusent de le leur offrir. La lutte pour les droits civiques a gagné de nombreuses batailles mais il y a encore beaucoup à faire. Martin Luther King, l'un des leaders, décide de s'attaquer, pour continuer la lutte, au droit de vote. Mais où mettre en place la bataille ? Qu'elle ville serait la plus à même de permettre de forcer le gouvernement américain de protéger ses citoyen-ne-s et de leur donner un droit censé déjà exister ? Il existe une ville en Alabama. Elle refuse le droit de vote. Mais ce qui la rend particulière c'est que son shérif est particulièrement vicieux. C'est la ville parfaite pour en faire le symbole d'une lutte pacifique contre la barbarie légale.

J'ai lu hier, je ne sais plus exactement qui l'a écrit, que l'injustice, la domination, a toujours été légale. Ce film le montre dès les premières minutes. Lorsqu'on observe une femme, noire, attendre patiemment dans le hall du palais de justice afin de donner sa demande d'entrée sur les listes électorales. Le fonctionnaire, blanc, lui hurle de vite venir et alors qu'il vérifie la fiche il pose des questions de plus en plus compliquées et ridicules afin de justifier son refus. La même idée revient plus tard alors que Martin Luther King explique au président pourquoi le droit de vote est important. Car sans droit de vote on ne peut pas entrer dans les jurys, devenir shérif, entrer en politique, ... bref on est impuissant en tant que non-citoyen et on doit accepter la domination légale des blancs sur tous les aspects de l'existence.

Je ne l'ai pas encore dit mais je ne connais pas très bien l'histoire de la lutte en faveurs des droits civiques. J'ai eu une heure sur les freedom riders dans le cadre d'un séminaire sinon absolument rien. Le reste je l'ai appris un peu au hasard sans encore prendre le temps de m'y intéresser réellement. Ce qui ne m'empêche pas de connaitre certains faits. Cependant, ce film n'est pas un documentaire. Il essaie de montrer comment une lutte justifiée est combattue par tout un appareil légal. Comment un homme qualifié de leader tente de vaincre dans une lutte où il n'a pratiquement pas d'armes face à tous les services policiers du pays. Il montre aussi les doutes et la douleur lorsque des amis et des adversaires alliés meurent sous les balles de la police et d'autres sans que jamais il n'y ait de condamnations. Ce film, à mon avis, est réussi. Non seulement on observe les doutes de King mais, aussi, on observe comment une manifestation peut être organisée. Ce qui importe c'est le spectacle. Le film montre que lorsque la répression devient injustifiable on gagne de plus en plus de force. Ce film montre aussi la haine. Celle des simples citoyen-ne-s qui s'attaquent au noirs et alliés dans la rue, celle des petits fonctionnaires qui utilisent de manière mesquine des règlements injustes, celle des services de renseignement qui refusent la remise en cause d'un système et celle de la police qui massacre des personnes sans armes et pacifiques pour le bonheur de faire du mal.

Image : Site officiel

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