13/06/2015

Jeunesses malheureuses, jeunesses dangereuses. L'éducation spécialisée en Seine-Maritime depuis 1945 par Sophie Victorien

Titre : Jeunesses malheureuses, jeunesses dangereuses. L'éducation spécialisée en Seine-Maritime depuis 19451296483772.jpg
Auteure : Sophie Victorien
Éditeur : Presses universitaires de Rennes 2011
Pages : 317

Que faire des jeunes délinquants ? Devrait-on considérer leurs actes comme des appels à l'aide qui impliquent compréhension et main-tendue ? Devrait-on leur rendre une chance en leur offrant un lieu neutre adapté et une éducation professionnelle ? Ou faudrait-il être le plus répressif possible ? Depuis que les jeunes dérangent les adultes et violent la loi ces questions se sont posées. Sophie Victorien, elle, décide de s'intéresser aux réponses offertes dans un département français juste après la guerre dans un contexte matériellement difficile. Bien que les réponses apportées s'inscrivent dans un mouvement global en occident l'inscription de cette recherche dans un contexte précis permet de montrer comment un idéal s'inscrit dans un lieu et ses particularités.

Le livre est construit en trois parties de trois chapitres. La première partie, se donner les moyens de « sauver » la jeunesse en péril, permet de nous montrer quels sont les manques en institutions et en lieux du département. Dans un contexte de destructions importantes durant la guerre de nombreux lieux ne peuvent pas recevoir des jeunes. De plus, il manque un grand nombre de structures d’accueil. Sophie Victorien montre de quelle manière ces manques sont surmontés par un réseau de personnes intéressées au statut de la jeunesse en danger (ou dangereuse). Un réseau qui s'incarne dans des structures privées qui s'occupent d'un problème public avec l'aide de l'État et sous sa supervision. Il y a donc un mélange important entre les secteurs privés et publics dans le fonctionnement des institutions de placement.

La seconde partie, rencontre avec les pensionnaires des établissements spécialisés, s'intéresse, comme le titre le dit très bien, aux jeunes qui se trouvent dans les institutions. Sophie Victorien explique, tout d'abord, ce qu'est l'inadaptation ainsi que les théories sur la délinquance juvénile de l'époque. Elle montre que ces théories, défendues par de nombreux experts, ont à la fois une part héréditaire, l'alcool par exemple, et acquise par le milieu. Il y a donc deux catégories de jeunes : ceux qui peuvent être sauvés et ceux qui sont constitutionnellement pervers. Dans un second chapitre elle s'intéresse à ce que sont ces jeunes. D'où ils viennent mais aussi ce qu'ils sont fait pour être soumis aux dispositifs de protections de la jeunesse. Enfin, elle termine avec l'examen du rapport des jeunes avec les lieux de placement. Un rapport difficile mais qui peut aussi se forme positivement en particulier durant le service militaire.

La dernière partie, les caractéristiques et l’évolution des structures associatives en faveur des jeunes en difficulté, s'attache aux changements que les institutions de placement subissent durant les années 1945 à 1980. Dans un premier temps on nous montre comment celles-ci sont gérées. Bien qu'elles soient privées elles sont soumises au contrôle de l'État qui paie le service rendu par un prix à la journée. Elles sont aussi soumises au contrôle d'une assemblée générale puisque les institutions fonctionnent sous la forme d'associations. Cela implique une certaine tension avec la direction qui peut devoir lutter pour certaines prérogatives. Un second chapitre permet à Sophie Victorien de nous présenter le personnel des institutions en commençant par la direction qu'elle divise en deux types : les catholiques influencés par le mouvement scout et les laïcs. Ensuite, elle nous présente les éducateurs dont la profession se met progressivement en place au niveau national. Ce qui implique de nouveaux diplômes mais aussi des missions précises. Enfin, elle termine avec la remise en cause datant des années 70 qui a couté cher à de nombreuses institutions incapables de s'adapter à une nouvelle vision de la prise en charge qui ne se forme plus autant en milieu fermé mais en milieu ouvert dans la famille.

Toutes les personnes qui s'intéressent au fonctionnement historique de la protection des mineurs ainsi qu'au traitement de la jeunesse dangereuse (ou en danger) trouveront de nombreuses informations intéressantes dans ce livre. Celui-ci permet d'illustrer localement un changement national en France après Vichy et les réformes qui furent lancées dans la période. Il est particulièrement intéressant de nous présenter les acteurs clés tout en s'intéressant aux jeunes et aux familles malgré les difficultés que cela implique. Il seulement dommage que les femmes soient moins étudiées mais cela est dû au manque d'archives.

Image : Éditeur

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