01/08/2015

La bataille de l'enfance. Délinquance juvénile et justice des mineurs en France pendant la Seconde Guerre mondiale par Sarah Fishman

Titre : La bataille de l'enfance. Délinquance juvénile et justice des mineurs en France pendant la Seconde Guerre mondiale
Auteure : Sarah Fishman
Éditeur : Presses universitaires de Rennes 2008
Pages : 323

Vichy est considéré comme une parenthèse dans l'histoire commune judiciaire et politique française. C'est un état qui n'avait qu'une existence volée aux personnes qui représentaient véritablement les intérêts et les vœux de la population française. Cette vision a été largement remise en question aussi bien par des travaux sur l'opinion publique que sur la continuité entre des politiques répressives mises en place par Vichy et celle de la quatrième puis de la cinquième République. Ce livre, tiré d'une thèse, souhaite montrer les continuités entre la troisième République, Vichy et l'après-guerre. En effet, bien que les analyses qui se formèrent immédiatement après la guerre considèrent que Vichy n'a rien fait et que l'ordonnance concernant la justice des mineurs de 1945 est un nouveau départ cette idée laisse de côté le travail important que Vichy réalisa en faveurs de l'enfance. Pour cette présentation l'auteure met en place 6 chapitres.

Le premier chapitre permet de comprendre comment fonctionnaire la France avant Vichy. Il s'intéresse, en grande partie, à la loi de 1912 ainsi qu'aux développements médicaux concernant les enfants délinquants. Le second chapitre continue une forme d'introduction en présentant l'histoire de l'enfance durant la guerre. Cette présentation permet de se faire une idée de l'effet de la guerre ainsi que de l'économie de guerre sur les enfants mais aussi des résistances qui ont existé. Ainsi, l'auteure parle rapidement des Zazous qui ont été vu comme l'exemple parfait de la décadence américaine et de l'immoralité de certain-e-s jeunes français-e-s. Le troisième chapitre présente les chiffres concernant la hausse de la délinquance des mineurs. L'auteure se base sur des rapports officiels tout ne n'oubliant pas de nous prévenir de la nécessité d'en user avec prudence.

Le chapitre suivant permet de faire deux choses. Tout d'abord, il présente les diverses personnalités ayant une certaine importance dans la protection des mineurs. Ensuite, il permet de présenter les explications qui ont été formées pour expliquer la hausse de la délinquance des jeunes. Celles-ci se basent à la fois sur une vision héréditaire et du milieu pathogène. Les familles dites dissociées y sont vues de manière particulièrement négatives. Cette vision est justifiée par des chiffres qui sont encore utilisés aujourd'hui (malgré la méthodologie biaisée utilisée). Lors de la guerre cette idée est réutilisée en se basant sur l'absence des pères qui force les mères au travail et donc détruit l'équilibre de la famille selon une vision patriarcale de celle-ci. Mais ces propos sont mis en doute par l'auteure qui montre que, d'une part, les enfants de pères prisonniers ne sont pas nombreux dans les dossiers et que, d'autre part, la hausse de la délinquance des jeunes et parallèle à celle des adultes et s'explique par des besoins économiques.

Le chapitre suivant présente les efforts de réformes mis en place par Vichy. Des réformes qui permettent la mise en place d'institutions et d'idées thérapeutiques. Le dernier chapitre montre que ces idées se retrouvent dans le projet du gouvernement de libération et ont un impact encore important aujourd'hui malgré une hausse de la demande de répression face à des jeunes vus comme de plus en plus violents et vicieux. Ceci permet à l'auteure de comparer la situation française avec la situation américaine. En effet, les USA ont permis d'utiliser une justice des majeurs pour les mineurs. Ce qui a eu d'énormes conséquences négatives. Bien que l'auteure ne considère pas l'approche thérapeutique comme parfaite l'exposé concernant les USA lui permet de mettre en garde contre toute tentation ultra répressive. Au final nous avons une thèse qui permet à la fois de mieux comprendre Vichy et son lien avec les jeunes et d'observer à quel point certaines idées se sont concrétisées jusqu'à aujourd'hui malgré des remises en causes récentes.

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