21/08/2015

La culture du pauvre par Richard Hoggart

Titre : La culture du pauvrev_2707301175.jpg
Auteur : Richard Hoggart
Éditeur : Les éditions de Minuit 1970
Pages : 420

Après plusieurs années je me suis finalement décidé à lire ce grand classique de la littérature sociologique (bien que son auteur ne soit pas sociologue) présenté par Jean-Claude Passeron. J'ai souvent rencontré Hoggart durant mes études mais jamais je n'avais lu ce livre en entier. Hoggart y étudie ce que la traduction nomme la culture du pauvre. Il serait plus juste de parler, comme l'explique la préface, de l'usage de la culture par les classes populaires. Hoggart forme cette analyse à l'aide de deux parties principales.

La première partie est un moyen pour Richard Hoggart de contextualiser ce qu'il entend par classes populaires. Il se base en partie sur sa propre biographie qui lui permet de reprendre ses souvenirs avec ses outils intellectuels présents. Hoggart y fait une peinture vivante et pleine d'exemple de la vie des classes populaires vers les années 50 et durant son enfance. Il y montre l'importance de la communauté ainsi que des petits plaisirs. Tout en montrant en quoi la vie est vue avant tout comme des moments difficiles qu'il faut bien passer avant la mort. Il explique pourquoi les enfants sont gâtés et comment fonctionne l'économie informelle populaire. Dans une seconde partie il fait une analyse de la culture telle qu'elle est offerte et reçue par les classes populaires. Il commence par montrer que les différentes cultures sont de moins en moins intéressantes et de plus en plus médiocre. Il déplore en grande partie le fonctionnement des journaux mais aussi la musique et les romans (en particulier les romans policiers. Il faut aussi noter sa lecture du The seduction of the innocent qui a longtemps conduit à condamner les comics pour leurs prétendus effets négatifs et criminogènes sur les jeunes). Il considère que la culture qui se met en place est informe. Elle pousse aux émotions mais sans tenter une création de l'art pour l'art. Il explique ensuite que, malgré les craintes intellectuelles, cette culture est reçue de manière très cynique par les membres des classes populaires. Les hommes et les femmes savent que ces romans ou journaux ne sont pas bons mais acceptent de les lire. Il n'y a donc pas autant de problèmes qu'il pourrait y en avoir.

Que penser de ce classique ? Bien qu'il reste intéressant à lire il est indéniable que les analyses ainsi que les craintes sont à contextualiser. Bien entendu, on sait que la culture de masse a pris une importance sans précèdent. Mais, comme le dit Hoggart, on voit aussi que cette culture, qui se lançait dans les années 50, n'a pas créé les désordres sociaux et psychologiques qu'on craignait malgré des retours périodiques (voir, par exemple, les craintes autours des goths, du rock, des jeux de rôle ainsi que des jeux vidéo). On sent, dans la prose d'Hoggart, une incompréhension de la culture qui est en train de se former sous ses yeux. Il ne comprend plus la jeunesse et cette incompréhension, matinée de peurs et de désirs, sera éclatante durant les évènements de mai 68 pour la classe d'âge et sociale que représente Hoggart.

Image : Éditeur

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