30/08/2015

Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma soeur et mon frère... par Michel Foucault, J.P. Peter, Jeanne Favret, Patricia Moulin, Blandine Barret-Kriegel, Ph. Riot, Robert castel et Alexandre Fontana

Titre : Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma soeur et mon frère...product_9782070328284_195x320.jpg
Auteurs : Michel Foucault, J.P. Peter, Jeanne Favret, Patricia Moulin, Blandine Barret-Kriegel, Ph. Riot, Robert castel et Alexandre Fontana
Éditeur : Gallimard 1973
Pages : 42

Le 3 juin 1835 un crime qualifié d'abominable a lieu dans une petite commune française. Pierre Rivière, la vingtaine, a tué sa mère, sa sœur et son frère avant de quitter sans hâte la scène du crime et de vagabonder durant un mois dans les forêts et villages des alentours. Lorsqu'il est enfin pris on lui demande d'écrire un mémoire. Ce mémoire lui permet non seulement d'expliquer son crime mais aussi de montrer sa préparation, ses doutes, ses remords. Son texte sera inséré dans un appareil complet de discours médicaux et juridiques afin de comprendre si Pierre Rivière est, oui ou non, un fou et donc si la peine de mort est acceptable.

La majeure partie du livre contient les pièces du dossier Rivière. Celui-ci est constitué des pièces du procès et de l'enquête mais aussi des expertises médicales (au nombre de trois). De plus, on trouve le mémoire dont on utilise une phrase pour le titre de cet ouvrage. La suite du livre est constituée de notes qui permettent à différent-e-s auteur-e-s d'essayer d'expliquer comment fonctionne ce dossier avec le mémoire mais aussi avec la période. On tente de nous montrer que les experts ne sont pas encore acceptés dans l’arène judiciaire. On nous montre en quoi le mémoire de Rivière sème le trouble ce qui explique qu'il puisse être utilisé aussi bien à charge qu'à décharge. En effet, on y trouve des faits qui corroborent des témoins qui parlent de l'étrangeté de Pierre Rivière. Mais l'existence même du texte met à mal l'idée que son rédacteur est un fou et un idiot étant donné sa construction logique. Ainsi, face à un acte monstrueux le texte qui l'explique est incompréhensible car il échoue à expliquer ce que les contemporains pensent inexplicable.

On pourrait faire un parallèle, ici, aux manifestes qui suivent les meurtres de masses. Là aussi nous avons un texte qui n'est pas compréhensible mais qui tente d'expliquer, de justifier, un acte horrible par l'impression d'une injustice. Cette injustice, pour Rivière, c'était la force des femmes qui retournaient les lois naturelles et romaines en devenant dominantes. En particulier, c'était sa mère qui dominait son mari et refusait la relation. Un homme devait recréer l'équilibre et devenir un martyr de la cause. Ne semble-t-il pas que l'on retrouve certaines choses que l'on voit de nos jours ? Ainsi, ce dossier permet de comprendre deux époques. Celle du XIXe qui tentait de créer un arsenal pour s'occuper de la folie et la nôtre qui évacue les manifestes qui suivent des meurtres de masses comme de simples exemples de la folie du criminel sans essayer de comprendre en quoi le texte fonctionne dans une communauté et une vision commune du monde.

Image : Éditeur

23/08/2015

Ecrire les sciences sociales. Commencer et terminer son article, sa thèse ou son livre par Howard S. Becker

Titre : Écrire les sciences sociales. Commencer et terminer son article, sa thèse ou son livre
Auteur: Howard S. Becker
Éditeur: Economica 2004 (university of Chicago 1986)
Pages: 179

Howard S. Becker est l'un de mes sociologues préférés non seulement pour ses sujets d'intérêts mais aussi pour son écriture particulièrement claire et sans fioriture. Durant les années 80 il avait mis en place un cours sur l'écriture en sociologie qui lui avait permis de réfléchir sur l'activité d'écriture ainsi que les raisons de sa difficulté dans le cadre académique. En effet, de nombreuses personnes dont l'activité principale est la recherche se trouve désarmées lors de l'écriture alors que le métier implique de produire de nombreux textes qu'ils soient publiés ou comme support à une présentation orale. Il faut se poser la question non seulement du pourquoi de cette difficulté mais aussi du comment passer outre.

Dans ce petit livre de 10 chapitres Howard S Becker utilise sa propre expérience en tant que chercheur et professeur afin de donner des conseils. Il explique comment lui-même écrit et tente d'apprécier cette activité tout en expliquant comment il évite les écueils de la page blanche et du moment où l'on cale sur une phrase voir un simple mot. C'est une situation que je connais moi-même malheureusement. Ses conseils, je l'espère, ont comme but de passer outre ces problèmes. Il illustre ceci à l'aide d'exemples aussi bien de moments de réécriture de ses propres productions que de l'effet que ses idées ont eu sur des étudiant-e-s.

Becker, dans ce petit livre, tente aussi d'expliquer pourquoi l'activité d'écriture peut devenir si difficile. Il forme cette explication en tentant de comprendre comment l'univers académique, en particulier l'univers universitaire américain, fonctionne et forme des étudiant-e-s à des formes particulières d'écritures. Par exemple, il y a l'usage d'un vocabulaire particulier qui permet aux jeunes chercheurs et chercheuses de se revendiquer du métier en se rendant incompréhensible. Cet aspect est particulièrement important dans le chapitre 2 dans lequel Becker cite longuement l'une de ses anciennes étudiantes. En second lieu, la pratique de l'écriture est cachée. On ne voit pas, en tant qu'étudiant-e-s, comment écrivent les professeur-e-s. On ne sait donc pas que tout le monde a les même problèmes et que la première version n'est jamais définitive car un brouillon. Une réécriture n'est donc pas un échec mais une partie intégrale du processus de production d'un texte. Enfin, il se concentre aussi sur les jugements qu'implique l'entrée dans le monde académique. C'est un milieu extrêmement compétitif ou tout le monde peut facilement se connaitre et parler de chacun. Un échec devient donc rapidement très dangereux d'un point de vue professionnel. Cet aspect est illustré, de manière très vivante, dans le chapitre 6 écrit par une professeure titularisée qui, pourtant, fait des cauchemars lorsqu'elle écrit.

Au final, que penser de ce livre ? Il est surtout utile aux personnes du milieu académique cherchant un moyen de passer outre leurs problèmes lors de l'écriture. Becker ne tente pas de faire mieux que des manuels professionnels mais tente de donner de petits conseils. Ceux-ci sont particulièrement utiles pour relativiser ses ennuis et se relancer.

Image : Amazon

 

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21/08/2015

La culture du pauvre par Richard Hoggart

Titre : La culture du pauvrev_2707301175.jpg
Auteur : Richard Hoggart
Éditeur : Les éditions de Minuit 1970
Pages : 420

Après plusieurs années je me suis finalement décidé à lire ce grand classique de la littérature sociologique (bien que son auteur ne soit pas sociologue) présenté par Jean-Claude Passeron. J'ai souvent rencontré Hoggart durant mes études mais jamais je n'avais lu ce livre en entier. Hoggart y étudie ce que la traduction nomme la culture du pauvre. Il serait plus juste de parler, comme l'explique la préface, de l'usage de la culture par les classes populaires. Hoggart forme cette analyse à l'aide de deux parties principales.

La première partie est un moyen pour Richard Hoggart de contextualiser ce qu'il entend par classes populaires. Il se base en partie sur sa propre biographie qui lui permet de reprendre ses souvenirs avec ses outils intellectuels présents. Hoggart y fait une peinture vivante et pleine d'exemple de la vie des classes populaires vers les années 50 et durant son enfance. Il y montre l'importance de la communauté ainsi que des petits plaisirs. Tout en montrant en quoi la vie est vue avant tout comme des moments difficiles qu'il faut bien passer avant la mort. Il explique pourquoi les enfants sont gâtés et comment fonctionne l'économie informelle populaire. Dans une seconde partie il fait une analyse de la culture telle qu'elle est offerte et reçue par les classes populaires. Il commence par montrer que les différentes cultures sont de moins en moins intéressantes et de plus en plus médiocre. Il déplore en grande partie le fonctionnement des journaux mais aussi la musique et les romans (en particulier les romans policiers. Il faut aussi noter sa lecture du The seduction of the innocent qui a longtemps conduit à condamner les comics pour leurs prétendus effets négatifs et criminogènes sur les jeunes). Il considère que la culture qui se met en place est informe. Elle pousse aux émotions mais sans tenter une création de l'art pour l'art. Il explique ensuite que, malgré les craintes intellectuelles, cette culture est reçue de manière très cynique par les membres des classes populaires. Les hommes et les femmes savent que ces romans ou journaux ne sont pas bons mais acceptent de les lire. Il n'y a donc pas autant de problèmes qu'il pourrait y en avoir.

Que penser de ce classique ? Bien qu'il reste intéressant à lire il est indéniable que les analyses ainsi que les craintes sont à contextualiser. Bien entendu, on sait que la culture de masse a pris une importance sans précèdent. Mais, comme le dit Hoggart, on voit aussi que cette culture, qui se lançait dans les années 50, n'a pas créé les désordres sociaux et psychologiques qu'on craignait malgré des retours périodiques (voir, par exemple, les craintes autours des goths, du rock, des jeux de rôle ainsi que des jeux vidéo). On sent, dans la prose d'Hoggart, une incompréhension de la culture qui est en train de se former sous ses yeux. Il ne comprend plus la jeunesse et cette incompréhension, matinée de peurs et de désirs, sera éclatante durant les évènements de mai 68 pour la classe d'âge et sociale que représente Hoggart.

Image : Éditeur

La belle saison

Comme beaucoup de monde je suis allé voir, hier soir, le dernier film français sorti dans les salles : La belle saison. Nous sommes dans le début des années 70. La France connait un regain d'activisme féministe autours du MLF alors que la politique reste encore largement rétrograde. Delphine est une jeune femme qui a vécu toute sa vie à la campagne cachant ses amours. Lorsqu'elle part à Paris elle entre dans la puissance jouissive du MLF et de ses actions militantes ainsi que de la construction de sa pensée. Autours de plusieurs moments clés elle s'attachera de plus en plus avec une jeune professeure d'espagnol parisienne, Carole. Petit à petit, Delphine se rend compte qu'elle va devoir choisir entre vivre sa vie, aider sa famille et la ferme familiale et suivre son cœur.

Que penser de ce nouveau film lesbien ? Contrairement à la vie d'Adèle il n'adapte pas un roman graphique au cinéma. La réalisatrice a eu la bonne idée de le placer dans une période d’effervescence alors qu'autant les femmes que les gays et lesbiennes tentaient de penser leur condition et de s'en défaire. Elle montre que les actions du MLF n'ont pas forcément de compréhension dans le petit monde paysan sans que, pour autant, elles ne soient vues plus négativement qu'ailleurs. C'est dans un second temps que l'histoire d'amour est dépeinte. Elle montre une Carole qui lutte entre ses désirs pour Delphine et sa relation avec un homme tout aussi militant qu'elle. Tandis que Delphine lutte pour garder son lien avec ses parents, sa ferme et la communauté tout en souhaitant rester avec Carole. Un grand écart de plus en plus difficile au fil du temps. Au final, un film plein d'émotions et un peu fleur bleu.

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**** Un film sympathique, bien mis en scène avec des actrices très convaincantes.
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14:49 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, LGBTIQ, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la belle saison | | | |  Facebook

15/08/2015

Mission Impossible: Rogue Nation

Comme de nombreuses personnes je suis allé voir le dernier Mission impossible avec la pub vivante en faveur de la scientologie. Le film se déroule après le précèdent. Le IMF se trouve pris dans un scandale international après la destruction du Kremlin. Le directeur de la CIA et William Brandt passent devant une commission d'enquête afin de dissoudre l'agence et de la déclarer illégitime. Cependant, alors même que l'IMF est détruit et absorbé par la CIA, l'agent Ethan Hunt tombe sur des indices pouvant le mener face à une organisation secrète et discrète : les communistes ! Euh, je veux dire le Syndicat. Son existence est un mythe. Ses agents sont des transfuges d'autres pays et ses capacités et méthodes sont sans communes mesures. Il faudra tout le talent d'Ethan pour détruire ce syndicat terroriste alors même qu'il est traqué par la CIA.

Que penser de ce cinquième Mission Impossible ? Il faut bien avouer que, depuis, la recette est connue et appliquée sans problèmes. Nous avons une mission extrêmement difficile avec des traitres de tous les côtés. Nous avons une équipe soudée aux nombreuses compétences. Nous avons aussi Ethan Hunt qui permet au film de mettre en place des cascades extrêmement impressionnantes. En gros, tout fonctionne parfaitement pour un bon film d'action qui permet de bien s'amuser. Il ne faut tout de même pas regarder l'intrigue de trop près puisque nous n'avons quasiment aucune informations. On sait que les communistes... je veux dire le Syndicat... est un groupe caché dans l'ombre qui attend son heure de cinquième colonne. Mais on ne connait ni ses buts ni son idéologie. C'est à peine si on apprend quelles sont ses actions précédentes qui pourraient très bien être des catastrophes "naturelles". On ne sait rien non plus de ce qui arrive au groupe à la fin du film. On se lasse aussi un peu des multiples trahisons mutuelles dont certaines sont réelles tandis que d'autres ne sont qu'un moyen en vue de la mission. À la fin on ne sait plus trop qui a trahi qui et pourquoi. Enfin, je ne peux pas m'arrêter sans parler des trois personnages féminins. En fait, seule une est nommée les autres étant des "femmes de" ne parlant que peu. La dernière est une agente du MI6 censée être aussi compétente qu'Ethan Hunt. Selon ce que j'ai lu son arrivée dans le film devait éviter d'avoir des personnages féminins en tant que faire valoir. C'est dommage car c'est raté. Bien que l'on montre ses compétences elle est très souvent sexualisée dans les scènes où elle apparait que ce soit à cause d'une robe ou d'un maillot de bain.

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**** Un bon film d'action mais rien de plus.
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Site officiel

Image : Allociné

 

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09:04 Écrit par Hassan dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mission impossible, rogue nation | | | |  Facebook

08/08/2015

Intimités amoureuses. France 1920-1975 par Anne-Claire Rebreyend

Titre : Intimités amoureuses. France 1920-197541BPsvDHV1L._SX304_BO1,204,203,200_.jpg
Auteure : Anne-Claire Rebreyend
Éditeur : Presses Universitaires du Mirail 2008
Pages : 340

Ce livre de 340 pages est l'adaptation d'une thèse de l'auteure. Dans sa thèse, et son livre, elle se propose d'étudier l'histoire de la sexualité des français-e-s durant 55 ans. Nous avons donc une peinture de la sexualité durant la presque totalité du XXe siècle. Pour étudier ce sujet intime l'auteure utilise, justement, des sources intimes. Celles-ci ne sont pas des sources judiciaires ou policières mais des journaux intimes, des autobiographies et des lettres le tout assorti de quelques entretiens. C'est donc une histoire "par le bas" qui prend en compte la parole même des personnes pour comprendre leur lien à la sexualité. Le livre est divisé en trois chapitres qui commencent par l'interdiction de la publicité des moyens de contraception, 1920, et se termine par la loi Veil sur l'IVG en 1975.

La première partie s'occupe des années 1920 à 1939 et se nomme L'intime feutré. L'auteur y écrit deux chapitres. Le premier lui permet de mettre en lumière la norme sexuelle. Elle montre l'importance de la conjugalité pour les couples. La rencontre et la sexualité se forment dans le cadre du mariage. Cependant, il existe de personnes qui ne suivent pas les normes. L'auteure y étudie une femme bisexuelle qui explique, dans son journal, son attrait pour les femmes et les hommes. Un second chapitre se concentre sur l'éducation sexuelle. On y découvre que la sexualité et le fonctionnement du corps humain n'est que peu connu. Bien qu'il existe des ouvrages d'éducation sexuelle ceux-ci sont moralisateurs et construit selon le genre de la personne qui le lira. Les informations ne sont donc pas les même pour un homme ou pour une femme.

Une seconde partie parle des années 1939-1965 sous le titre de L'intime questionné. On y trouve trois chapitres. Le premier se concentre exclusivement sur la période de Vichy. Il montre les difficultés de l'amour et de la sexualité alors qu'une partie des soldats sont au front puis prisonniers. Les rôles sont clairement marqués puisque les femmes doivent rester chastes et attendre le mari tandis que ce dernier peut profiter d'une sexualité avec des allemandes ou des camarades. Le flirt, tel qu'il était possible auparavant, devient contrôlé alors que le gouvernement impose son idée du couple parfait. Le second chapitre parle de l'après-guerre. On y trouve deux points particuliers. Tout d'abord, le retour important du flirt qui est tout de même pensé différemment selon le genre. Alors que pour les femmes le flirt doit s'arrêter avant la sexualité les garçons considèrent que le flirt doit se terminer par la sexualité. Dans tous les cas, les filles flirtent mais ce sont les garçons qui créent la possibilité et qui lancent les actes. Le second point concerne la possibilité pour les filles d'avoir une sexualité avant le mariage. Alors que les garçons ont cette possibilité depuis longtemps les filles la découvrent tandis qu'une nouvelle catégorie se forme. La fille sérieuse, qui décrit celle qui résiste, et la fille facile, celle qui ne résiste pas, sont accompagnées de la fille amoureuse qui peut accepter une sexualité s'il y a amour. Mais les divisions entre les catégories sont floues et il est facile de passer de l'une à l'autre. Enfin, l'auteure termine cette partie en montrant la perte de force de l'amour conjugal. Celui-ci est remis en question alors que des femmes expriment leur mal-être. Dans le même temps, le contrôle des naissances est un problème de plus en plus important pour les femmes qui peuvent se sentir fatiguées et envahies.

La dernière partie prend en compte les années 1965-1975 sous le titre L'intime exhibé. On y trouve deux chapitres. Le premier pose la question de la libération sexuelle. Elle montre non seulement les changements qui ont cours pour les personnes adultes qui voient leurs possibilités étendues mais aussi pour les jeunes qui, malgré tout, restent dans le cadre d'une conjugalité. Bien que le flirt soit bien plus poussé et que les corps soient plus montrés. Un second chapitre nous parle de l'aspect médical. Celui-ci prend tout d'abord la forme de la sexologie qui, sous couvert de bonne sexualité, recrée une norme qui doit être suivie et que les individus tentent de suivre tout en se posant des questions sur leurs propres pratiques. Tandis qu'un second point nous parle de la réception de la contraception et de l'IVG. Celles-ci sont maintenant bien plus accessibles mais combattues (et le sont toujours) avec des termes que l'on retrouve encore maintenant

Au final, nous avons un livre très intéressant. L'usage de sources écrites par les personnes même permet de passer outre un discours médical, théorique ou judiciaire pour observer ce que font et pensent les français. Bien entendu, ces sources ne sont pas sans problèmes puisque les personnes se censurent, recréent leur passé ou tentent de se montre sous un beau jour. Mais cela n'enlève rien à l'intérêt de leur usage et de leur analyse et permet à l'auteure de montrer des changements qui se préparent avant même le temps de la révolution sexuelle.

Image : Amazon

07/08/2015

Fantastic Four

Il est l'heure pour moi de faire quelque chose que je ne pensais pas devoir accomplir un jour. Après les deux grosses daubes que furent Fantastic Four et Fantastic Four : Rise of the Silver Surfer voici un nouveau Fantastic Four ! Je l'avoue, malgré les très mauvaises discussions qui ont existé sur le film avant même sa sortie et une quelconque information je m'étais dit que, peut-être, il pourrait être bien. J'avais tort. Ce film est l'un des plus mauvais que je connaisse et il entre directement au panthéon aux côtés de Green Lantern.

Bref, quelle est l'histoire. Nous sommes sur Terre. Un jeune garçon présente son dernier projet devant sa classe. Vu que le garçon et le projet sont bizarres la classe entière se moque de lui tandis que son professeur se fait l'avatar du manque de pédagogie envers un jeune homme étrange, certes, mais clairement intelligent. Seul un autre enfant s'intéresse au projet. 7 ans plus tard ils sont disqualifiés du concours de science pour un projet qui fonctionnait (mais l'école publique ce n'est plus ce que c'était). Heureusement les privés vont secourir Reed qui se retrouve étudiant dans une institution à la pointe de la recherche. Il continue donc son petit projet avec l'aide des deux enfants du directeur, Sue et Johnny, et d'un certain Victor. Et ils réussissent ! Ils ouvrent la porte des voyages entre dimensions ! Mais un accident arrive et tous les voyageurs (ainsi que Sue Storm laissée en dehors du voyage par tous les mecs malgré son génie apparent) sont exposés à une étrange énergie qui fait muter leur pouvoir. Lorsque les militaires s'intéressent à ce nouveau monde ils libèrent un être surpuissant au nom de Victor Von Doom. Les Fantastc Four naissent à ce moment.

Bon, dans un film normal ce résumé devrait durer un tiers du film afin de laisser le reste du temps pour créer la transformation des personnages et leur lutte contre le grand méchant. Dans ce film ça prend 9/10 du film. Mais ne vous inquiétez pas. Si vous vous sentez spoiler vous n'avez, en fait, rien perdu car ce film ne vaut pas la peine d'aller le voir. Absolument rien ne fonctionne et on a la douloureuse impression que la production ne sait absolument rien à la manière de créer un film et un script. Toutes les scènes hurlent pour se terminer et montrer la suite tandis que les dialogues donnent l'impression d'avoir été copié de livres de développement personnel achetés à la FNAC dans le rayon ésotérisme. Bien que les personnages semblaient avoir été bien écrit absolument tout est jeté par la fenêtre en 30 secondes pour absolument aucune bonnes raisons. On ne peut même pas s'amuser devant des scènes d'action car celles-ci sont inexistantes. Je ne parle même pas des effets spéciaux atroces qui sont même pires que ceux de Green Lantern. Pour terminer en trois mots : Aussi mauvais qu'atroce.

* Bon, j'espère que la 20th Century Fox va arrêter les frais avec les Fantastic Four. Ils sont clairement incapables d'en faire un bon film.
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Image : Site officiel

 

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02/08/2015

Infinit crisis 2. Unis pour le pire par Gail Simone, Dave Gibbons, John Byrne, Dale Eaglesham et Ivan Reis

Titre : Infinite crisis 2. Unis pour le pireinfinite-crisis-tome-2-270x448.jpg
Auteur-e-s : Gail Simone, Dave Gibbons, John Byrne, Dale Eaglesham et Ivan Reis
Éditeur : Urban comics 27 février 2015
Pages : 35

Ce second tome contient Rann-Thanagar war 1-6, Action comics 830-831 et Villains united 1-6. Les histoires qui préparent à l'évènement principal continuent dans ce second tome. Mis à part deux petits numéros centrés sur les problèmes de Superman le tome se divise en deux histoires qui n'ont aucuns liens entre elles. La première nous parle d'une guerre que le tome 1 n'avait qu'annoncée. En effet, deux planètes se combattent et il est nécessaire pour certains héros de se rendre dans l'espace. Leur enquête mettra au jour un culte à la mort qui pourrait bien menacer l'univers entier. La seconde histoire se déroule sur Terre. On n'observe aucun héros. Au contraire, on entre dans la mise en place d'une société de vilains qui se constitue afin de lutter contre les lobotomies mises en place par la Ligue de Justice. Mais tous les vilains ne sont pas d'accord d'y entrer.

Que penser de ce second tome ? Je le trouve plutôt confus. Les deux intrigues n'ont aucuns liens et il n'est pas forcément facile de comprendre pourquoi elles se trouvent dans les recueils concernant cet infinite crisis (qui n'a toujours pas eu lieu). Bien que la première intrigue semble donner des indices elle est surtout un moyen de créer de grosses batailles pas très utiles. La seconde, au moins, nous place face à une nouvelle conséquence de Crise d'identité. Il reste à voir comment cette société qui se trouve sous la direction de Luthor va fonctionner avec le reste de la crise. Un tome qui n'est pas indispensable

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*** Pas indispensable mais distrayant
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Image : Éditeur

01/08/2015

La bataille de l'enfance. Délinquance juvénile et justice des mineurs en France pendant la Seconde Guerre mondiale par Sarah Fishman

Titre : La bataille de l'enfance. Délinquance juvénile et justice des mineurs en France pendant la Seconde Guerre mondiale
Auteure : Sarah Fishman
Éditeur : Presses universitaires de Rennes 2008
Pages : 323

Vichy est considéré comme une parenthèse dans l'histoire commune judiciaire et politique française. C'est un état qui n'avait qu'une existence volée aux personnes qui représentaient véritablement les intérêts et les vœux de la population française. Cette vision a été largement remise en question aussi bien par des travaux sur l'opinion publique que sur la continuité entre des politiques répressives mises en place par Vichy et celle de la quatrième puis de la cinquième République. Ce livre, tiré d'une thèse, souhaite montrer les continuités entre la troisième République, Vichy et l'après-guerre. En effet, bien que les analyses qui se formèrent immédiatement après la guerre considèrent que Vichy n'a rien fait et que l'ordonnance concernant la justice des mineurs de 1945 est un nouveau départ cette idée laisse de côté le travail important que Vichy réalisa en faveurs de l'enfance. Pour cette présentation l'auteure met en place 6 chapitres.

Le premier chapitre permet de comprendre comment fonctionnaire la France avant Vichy. Il s'intéresse, en grande partie, à la loi de 1912 ainsi qu'aux développements médicaux concernant les enfants délinquants. Le second chapitre continue une forme d'introduction en présentant l'histoire de l'enfance durant la guerre. Cette présentation permet de se faire une idée de l'effet de la guerre ainsi que de l'économie de guerre sur les enfants mais aussi des résistances qui ont existé. Ainsi, l'auteure parle rapidement des Zazous qui ont été vu comme l'exemple parfait de la décadence américaine et de l'immoralité de certain-e-s jeunes français-e-s. Le troisième chapitre présente les chiffres concernant la hausse de la délinquance des mineurs. L'auteure se base sur des rapports officiels tout ne n'oubliant pas de nous prévenir de la nécessité d'en user avec prudence.

Le chapitre suivant permet de faire deux choses. Tout d'abord, il présente les diverses personnalités ayant une certaine importance dans la protection des mineurs. Ensuite, il permet de présenter les explications qui ont été formées pour expliquer la hausse de la délinquance des jeunes. Celles-ci se basent à la fois sur une vision héréditaire et du milieu pathogène. Les familles dites dissociées y sont vues de manière particulièrement négatives. Cette vision est justifiée par des chiffres qui sont encore utilisés aujourd'hui (malgré la méthodologie biaisée utilisée). Lors de la guerre cette idée est réutilisée en se basant sur l'absence des pères qui force les mères au travail et donc détruit l'équilibre de la famille selon une vision patriarcale de celle-ci. Mais ces propos sont mis en doute par l'auteure qui montre que, d'une part, les enfants de pères prisonniers ne sont pas nombreux dans les dossiers et que, d'autre part, la hausse de la délinquance des jeunes et parallèle à celle des adultes et s'explique par des besoins économiques.

Le chapitre suivant présente les efforts de réformes mis en place par Vichy. Des réformes qui permettent la mise en place d'institutions et d'idées thérapeutiques. Le dernier chapitre montre que ces idées se retrouvent dans le projet du gouvernement de libération et ont un impact encore important aujourd'hui malgré une hausse de la demande de répression face à des jeunes vus comme de plus en plus violents et vicieux. Ceci permet à l'auteure de comparer la situation française avec la situation américaine. En effet, les USA ont permis d'utiliser une justice des majeurs pour les mineurs. Ce qui a eu d'énormes conséquences négatives. Bien que l'auteure ne considère pas l'approche thérapeutique comme parfaite l'exposé concernant les USA lui permet de mettre en garde contre toute tentation ultra répressive. Au final nous avons une thèse qui permet à la fois de mieux comprendre Vichy et son lien avec les jeunes et d'observer à quel point certaines idées se sont concrétisées jusqu'à aujourd'hui malgré des remises en causes récentes.

Éditeur