12/03/2017

The fifth elephant (Discworld 24, city watch 5) par Terry Pratchett

Titre : The fifth elephant (Discworld 24, city watch 5) par Terry Pratchett
Auteur : Terry Pratchett
Éditeur : Corgi 10 octobre 2013
Pages : 464

Les nains ont une vie politique un peu étrange. Les rois sont des ingénieurs un peu plus élevés que les autres et on n'en sait pas beaucoup plus. C'est donc une surprise pour Sam Vimes d'apprendre qu'il est envoyé au couronnement du nouveau roi des nains. Son rôle semble être moins de gouverner que de prendre des décisions juridiques. Mais il est essentiel pour définir ce qu'est un nain. Ainsi, le patricien envoie Sam Vimes, en tant que Duc d'Ankh-Morpork, dans le pays d'Überwald. Uberwald est une contrée forestière, sans véritables lois et avec plusieurs facteurs adverses qui tentent de prendre plus ou moins de contrôle dans le cadre d'une entente séculaire. Malheureusement, l'entente est contestée par une faction particulière: la famille d'Angua. Et Sam Vimes, comme à son habitude, se trouve embourbé dans une histoire qu'il ne comprend pas. Mais il soupçonne quelque chose. Un crime a probablement eu lieu et il est de son devoir de le résoudre avec diplomatie et un Troll armé d'une arbalète de siège.

Avec les Sorcières, la garde est mon cycle préféré. Les personnages sont très réussis, les situations à la fois drôle et intéressante à comprendre et Pratchett ne se prive pas d’asticoter le fonctionnement de notre société, ses lois et ses juges. Dans ce tome, Pratchett s'attaque à beaucoup de choses. On retrouve une ambiance faussement gothique, de vastes complots et des personnes ordinaires victimes des personnes qui se croient importantes. L'une des idées qui traverse le tome est celui de la modernité face à la tradition. Ankh-Morpork est qualifié de phare de la civilisation. Les idées nouvelles y fleurissent et ce tome 24 introduit les Clack qui permettent une communication rapide entre des villes éloignées. Ankh-Morpork est aussi une ville multiculturelle qui accepte les différences des individus et des groupes. Il n'est donc pas étonnant que de nombreux peuples y viennent tout en gardant des liens avec leurs origines. Face à cela, Pratchett décrit Überwald, une contrée qui ne connait pas encore de lois mais la tradition. Toutes les factions que rencontre Sam Vimes essaient de garder un lien avec le passé. C'est particulièrement vrai en ce qui concerne les loups-garous dont le souhait de garder la tradition permet de justifier un nouvel ordre plaçant des races supérieurs au-dessus de races inférieurs (franchement, l'analogie est transparente...).

Mais Pratchett pose aussi la question du changement. Celui-ci existe-t-il vraiment? L'intrigue du livre se résout à l'aide de cette question. Bien que la fin ouvre vers un changement elle le fait en défendant une forme de permanence symbolique. Oui, tout change, mais cela implique-t-il que la modernité est différente du passé? Et j'ai l'impression que Pratchett s'est bien amusé à donner la réponse à l'énigme qui ouvre le livre à l'aide d'un groupe particulier: les Igors. Igor est un être qui est en constant changement, mais il se modifie à l'aide des objets du passé qu'il réutilise et réarrange selon son bon plaisir. Je crois que Pratchett s'est bien amusé à placer la réponse sous notre nez.

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***** La garde est un cycle que j'apprécie encore et toujours avec des personnages toujours aussi attachant! Malheureusement, cette journée est aussi l'anniversaire de la mort de Terry Pratchett. Deux ans ont déjà passé.

Image: Site officiel

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Commentaires

Ah, tout de même, tu as fini par arriver à mon chouchou. Ce tome est je trouve un des plus "complets du disque monde, tout le monde y trouve son compte. La course poursuite entre Vimes et les loup-garous et la storyline Carotte/Angua pour les amateurs d'aventure, le couple en question et celui de Vimes et Sybil pour les plus romantiques et une excellente intrigue sur les relations internationales et la diplomatie pour les amateurs de politique.Sans compter bien sûr l'enquête policière obligatoire dans chaque tome du Guet.

Cela dit, ce que j'ai préféré est la découverte de la société des nains, que j'ai trouvée absolument passionnante. On en avait bien sûr eu quelques aperçus dans les tomes précédents avec la jeunesse de Carot et l'émancipation progressive de Littlebottom mais quel plaisir d'en découvrir autant d'un coup : nous avons même droit à de l'opéra nain, c'est dire! :)

Comme tu l'as fait remarquer, ce tome traite aussi beaucoup la question du changement, de la lutte entre progrès et tradition. C'est d'ailleurs un thème qu'on retrouve assez souvent dans la saga du disque monde, en majorité dans le cycle Révolution industrielle mais aussi pas mal dans celui du Guet, qui ne cesse d'évoluer et de se moderniser de tome en tome.

J'ai trouvé d'ailleurs le traitement de ce thème par Pratchett particulièrement fin : Vimes, ici représentant non seulement d'Ankh Morpok mais de la modernité, semble clairement dans le vrai une bonne partie du tome. Avec la diplomatie qu'on lui connait, il s'insurge régulièrement contre les dysfonctionnements de cette société : la Garde aussi corrompue que ne l'était le Guet il y a quelques tomes, les trolls traités comme des animaux, les nobles libres de faire ce qu'ils veulent de la population...

Mais, à la fin du tome, il est plusieurs fois gentiment rabroué par ceux qu'il a aidés et qui lui font remarquer que son interventionnisme n'est pas toujours souhaitable ni souhaité : le capitaine de la Garde décide de procéder lui-même à l'arrestation de Wolfgang et rejette l'aide de Vimes et, surtout, le low king le confronte à ses préjugés dont il ne soupçonnait pas vraiment l'existence. Ce n'est pas parce que le prétendant traditionaliste au trône est un vieux réac qui déteste Ankh Morpok qu'il est une mauvaise personne ou, même, qu'il a foncièrement tort et les bonnes intentions évidentes de Vimes ont un petit relent de colonialisme que le low king n'hésite pas à dénoncer. Si changement il y a, il doit venir du peuple d'Uberwald : l'aide de Vimes est appréciée mais son départ le sera tout autant.

Le low king clôt enfin le débat modernité/tradition par une élégante métaphore : il a plusieurs fois dû changer le manche et la lame de la hache de ses ancêtres mais cela reste néanmoins la hache de ses ancêtres. Tradition et modernité ne sont pas obligatoirement destinées à s'opposer et il compte bien mettre tout en oeuvre pour unir les différentes factions de son peuple. Comme tu l'as fait remarquer, les Igors sont une métaphore sur le même sujet.

Bref, un tome que je prends toujours autant de plaisir à relire et je suis ravie qu'il t'ait plu. :)

Écrit par : Tyr | 15/03/2017

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