17/05/2017

Making Money (Discworld 36, Moist Von Lipwig 2) par Terry Pratchett

Titre : Making Money (Discworld 36, Moist Von Lipwig 2)
Auteur : Terry Pratchett
Éditeur : Corgi 13 février 2014
Pages : 480

Pour la première fois depuis des années la poste d'Ankh-Morpork fonctionne à la perfection. Non seulement elle est rapide et efficiente mais elle a à cœur les besoins des client-e-s ainsi que la sécurité des colis et des lettres. Même le bâtiment a retrouvé sa gloire d'antan alors que les employé-e-s sont en nombre de plus en plus important. Moist Von Lipwig peut être fier de son œuvre. Mais il s'ennuie. Et il trompe son ennui en revenant à de vieilles habitudes dangereuses. Mais la poste crée un problème. Elle fonctionne tellement bien que les banques ont perdu la confiance que les citoyen-ne-s avaient en elles au profit des timbres, devenus la monnaie non-officielle de la ville. Vetinari a donc une idée. Pourquoi ne pas faire nommer Moist Von Lipwig à la tête de l'une des plus grandes banques privées de la ville ? Piégé, Moist n'a pas le choix. Et, rapidement, il comprend que devenir banquier peut être mortel... mais pas à cause des chiffres... à cause de la possibilité d'une mort rapide.

Ce tome 36 pose une question importante : qu'est-ce que l’argent ? Comment peut-on croire en l’argent ? L'argent, pour Pratchett et beaucoup de personnes, est un mensonge. Un mensonge auquel tout le monde croit ce qui lui permet de fonctionner. Ainsi, dans ce livre Moist essaie d'écrire une nouvelle histoire. Au lieu de la valeur d'un "simple accident géologique" Moist Von Lipwig essaie de placer la valeur de l'argent sur la ville même. Dit comme cela on pourrait croire que l'histoire est un peu naïve. Après tout, il y a une raison derrière l'usage de l'or comme référence (même si on l'a abandonné). Mais l'histoire est un peu plus subtile. En effet, derrière ce changement de paradigme Pratchett essaie de penser l'économie. Selon lui, si je l'ai bien compris, ce qui compte pour donner de la valeur à de l'argent est la force de travail que le montant garanti. Ainsi, derrière l'idée de garantir la monnaie par la ville se cache l'idée de garantir la monnaie derrière la capacité de travail de la ville entière. D'une certaine manière, on pourrait parler d'une économie réelle, basée sur les industries et services ainsi que les personnes qui travaillent.

De manière obligatoire, ce livre nous parle aussi de capitalisme. En effet, derrière la création de monnaie il y a tout un système économique qui fonctionne plus ou moins bien (durant l'un des chapitres un économiste un peu fou explique pourquoi un événement particulier peut avoir des conséquences catastrophiques pour la ville). Il y a une logique, en effet, depuis le début de la série, Ankh-Mopork s'est beaucoup développée. Elle a un nombre de plus en plus important de citoyen-ne-s et de services. Les organismes de l’État sont eux-mêmes de plus en plus importants (comme la poste ou la garde). De plus, Vetinari a des projets ambitieux. Il y a un besoin d'argent. Il y a donc besoin d'une économie qui fonctionne et de banques en pleine santé. La réforme mise en place par Lipwig s'inscrit donc dans le développement de la série qui, elle-même, montre une ville en développement dans le cadre d'une économie libre. Pratchett nous montre donc de quelle manière fonctionne une société de capitalisme à la fois libre et fermée, par l'existence de guildes qui contrôlent fortement les activités des professions. Sans aller dans les détails, Pratchett décrit aussi les conséquences de l'argent sur une famille. Celle-ci possède une origine de piraterie et de vols mais s'est convertie dans la banque (une autre forme de piraterie). Mais les membres de la famille ne sont plus capables de gérer leur banque ni de prendre des risques. Ils sont décrits comme arrogants, prétentieux et surtout intéressés uniquement par leur propre richesse. Ce n'est pas un hasard si, à quelques reprises, les membres de cette famille regrettent les anciens temps de la garde lorsqu'elle était corrompue. Pratchett nous montre une famille qui est toujours aussi riche mais qui a perdu en pouvoir au fur et à mesure du développement de la puissance de l’État. Pour cette famille, la loi leur appartient et il est exclu que l’État s'intéresse à la gestion des banques au prix d'une perte plus importante encore de leur pouvoir.

Encore une fois, Pratchett est ambitieux. En un seul livre il essaie d'analyser le fonctionnement de l'économie et de la monnaie tout en nous faisant rire. Il est dommage que ce livre démarre un peu laborieusement. Le début du livre n'est pas très bon mais, heureusement, cela s'améliore au fil des pages. Cependant, Pratchett réutilise un bon nombre de ficelles utilisées auparavant. Ainsi, Moist Von Lipwig est mis en danger de mort après une nomination volontaire qu'il ne peut refuser, il doit réformer une institution qui ne fonctionne plus et, pour cela, se heurte à des personnes riches qui ne souhaitent pas le voir réussir pour éviter que leur corruption ne soit connue de tout le monde. Heureusement, l'intrigue fonctionne assez bien et les personnages sont toujours aussi savoureux. J'aime beaucoup Moist Von Lipwig ainsi qu'Adora Belle Dearheart. Mr. Bent, à l'histoire tragique, donne une atmosphère étrangement légère.  C'est aussi un livre très sombre. En particulier pour un personnage qui perd de plus en plus au fur et à mesure du développement de l'intrigue. Son histoire et le dénouement sont tragiques.

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**** Un peu laborieux mais, au final, ça fonctionne très bien.
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Image : Site officiel

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