08/07/2017

Snuff (Discworld 39, City Watch 8) par Terry Pratchett

Titre : Snuff (Discworld 39, City Watch 8)
Auteur : Terry Pratchett
Éditeur : Corgi 7 juin 2012
Pages : 512

Une page se tourne après ce tome. En effet, celui-ci est le dernier livre qui prend place dans le cycle de la garde. Ankh-Morpork est en pleine agitation. Une situation inédite, et potentiellement dangereuse, est sur le point d'être commise malgré toute logique. Vetinari se prépare à un ouragan. Vimes, lui, refuse tout compromis et menace toutes personnes qui se trouvent à sa portée. Mais il n'y a pas le choix. Sous la pression de Sybil, sa femme, le commandant Vimes est forcé de prendre deux semaines de vacances à la campagne ! Un lieu étrange et lointain dont le commandant ne sait rien. La loi y est différente. Les personnes sont différentes et, surtout, il y a assez de matériel pour permettre à son fils d'étudier sa dernière obsession. Mais un crime est commis. Et celui-ci ouvre la porte de nombreux secrets et d'actions qui ne peuvent qu'être décrite comme proche du mal absolu. Vimes ne compte pas laisser les choses en état. Après tout, en vacances on organise sa journée selon ses envies.

Ce tome est le dernier du cycle. Durant celui-ci, Pratchett a décrit un changement majeur dans le fonctionnement de la garde qui passe d'une institution inutile, au profil d'une justice privée, à une organisation qui fait trembler les puissants et qui est un exemple pour le reste du monde. Pratchett a utilisé la garde, et Ankh-Morpork, comme une toile de fond pour parle de crimes, mais des crimes de personnes hauts placées, et pour parler d'ethnies. Grâce à ce cycle, le Disque-Monde est devenu beaucoup plus vivant et détaillé. L'auteur nous a offert des intrigues drôles mais aussi très sombres qui touchent fortement des questions que l'on se pose encore aujourd'hui. Clairement, ce cycle est au centre de l’œuvre et je le conseille fortement.

Encore une fois, Pratchett nous parle d'ethnies. On est habitué aux trolls et aux nains, que l'on connait bien, sans oublier les humanoïdes tels que les loups-garous ou les vampires. Mais, jusqu'à maintenant, les gnomes étaient à peine touchés. Pratchett décrit une espèce considérée comme à peine supérieure aux rats. Ils sont considérés comme sales, voleurs et barbares. Bien que Pratchett n'atteigne pas ses réussites des autres tomes, il prend cette espèce comme toile de fond pour un thème extrêmement sombre : l'esclavage. Une personne en esclavage ne fait pas partie de l'humanité. Cette exclusion permet de justifier l'absence de droits sur leurs personnes. Les gnomes et leurs relations avec le reste du monde fonctionne de la même manière. Personne ne les apprécie, aucunes lois ne les protègent et illes ne sont pas considérés comme membres des espèces sentientes malgré leur langage et leur art. Alors pourquoi ne pas les utiliser pour du travail forcé ? Outre cela, Pratchett décide de pointer du doigt des coupables. Comme souvent dans le cycle de la garde, les coupables sont des personnes si hautes placées qu'elles ne peuvent pas voir autrement le monde et les personnes y vivant comme des propriétés privées, dont elles jouissent. Il est dommage que Pratchett n'ait pas eu plus de temps pour développer ses idées. En l'état, le tome est plaisant. Mais il manque du petit plus qui a fait ses grandes réussites.

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*** Bien qu'en dessous du reste du cycle, avec un Vimes qui me semble en partie écrit de manière différente, j'ai aimé cette conclusion à un cycle que j'apprécie beaucoup.
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Image : Site officiel

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Commentaires

Ah, Snuff... Je suis bien embêtée avec celui là. J'adore le cycle de la Garde et je vois en filigrane dans les thèmes traités l'excellent livre que ça aurait dû être mais c'est aussi, avec le suivant, le tome qui montre le plus l'avancée de la maladie de son auteur.

Comme tu le dis, l'idée d'utiliser les gnomes comme prétexte pour traiter de l'esclavage est très intéressant, d'autant plus que cette race est présente depuis longtemps dans la saga du disque monde et en effet toujours traitée comme une sorte de peste, un peu comme les gnomes de jardin de Harry Potter (je me demande d'ailleurs si l'un ne s'est pas inspiré de l'autre). Comme cela n'est toujours fait qu'en arrière plan, le lecteur ne s'interroge pas... et a tout loisir de se sentir, comme les personnages, un peu coupable de ne pas l'avoir fait.

Beaucoup de très bons points dans ce tome.L'idée qu'une partie de la vision que le reste du disque monde a des gnomes vient d'un problème de langage aux nuances intraduisibles (thème que Pratchettt frôle en fait relativement souvent mais sur lequel il n'a que rarement autant insisté). La découverte de cette nouvelle race. Le fait que Vimes peut désormais voir parfaitement dans le noir, ce qui est un élégant moyen de rappeler les événements de l'excellent tome Thud et de symboliser le fait que Vimes est un personnage qui a un pied bien fermement planté dans le coté obscur (même si je trouve que son pouvoir de communiquer avec le summoning dark est un peu trop proche d'un cheat code pour un enquêteur^^). La vision de cette haute société totalement déconnectée du reste du monde et se cachant derrière le "it's all legal!" (toute ressemblance avec des politiciens de notre ère actuelle serait sûrement fortuite^^). Le fait que Nobb, tellement hors norme qu'il doit porter un certificat prouvant qu'il est humain, trouve enfin l'amour auprès d'un membre de cette race elle aussi constamment rejetée...

Hélas, comme dans les tomes précédents (et un peu moins que le prochain), celui-ci souffre du syndrome "tell and don't show". Pratchett est bavard, se répète et a tendance à faire dire et redire à ses personnages ce qu'auparavant il montrait par leurs actions. Je pense en particulier à Wilikins qui répète plusieurs fois à Vimes (ce dernier le répétant aussi d'ailleurs) qu'ils ont un gros coté obscur. Non, juste...non! Jusqu'à présent Wilikins gardait ses parfaites manières de "gentleman's gentleman", ce qu'un "butler" ce doit d'être, mais montrait son coté obscur par ses actes et quelques souvenirs toujours raconté avec un langage très soutenu (Thud en est un parfait exemple).Il montrait de la même manière sa compréhension intuitive du coté obscur de son patron en ne cachant pas le sien et en se faisant son complice pour cacher le tout à Sybill. Ici, il... radote. Tout comme Vimes parfois d'ailleurs.

Je me souviens également vaguement (je n'ai pas relu ce tome depuis sa sortie) que la "méchante" qui se cache derrière le fait que tout cela soit légal a aussi une forte tendance à répéter le même discours, problème qu'on rencontrait aussi dans le tome précédent avec la duchesse. Bref, tout ça manque de subtilité et c'est d'autant plus douloureux que Pratchett savait parfaitement comment doser le "show" et "tell" avant sa maladie.

Bref, je n'ai pas encore pu me résoudre à relire ce livre. Un jour peut-être...

Écrit par : Tyr | 08/07/2017

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