08/08/2017

The Shepherd's crown (Discworld 41, Tiffany Aching 5) par Terry Pratchett

Titre : The Shepherd's crown (Discworld 41, Tiffany Aching 5)
Auteur : Terry Pratchett
Éditeur : Corgi 2 juin 2016
Pages : 336

Le Disque est en ébullition. Les personnes les plus puissantes ressentent un changement majeur qui touche aux fondations de l'équilibre du pouvoir. En effet, Granny Weatherwax est morte. Cet évènement permet aux sorcières de se réunir et toutes acceptent l'idée de Granny : Tiffany Aching devrait prendre la place ouverte, même si elle possède déjà une maison, et les devoirs qui vont avec, chez elle. Posséder deux lieux dans lesquels il faut prendre soin de la population demande beaucoup d'efforts. Tiffany commence donc à se chercher des apprenties, voir même un apprenti. Après tout, l'époque de Granny Weatherwax est terminée et elle doit suivre son identité et non celle de sa prédécesseur. Bien qu'elle arrive, plus ou moins, à jongler entre Lancre et the Chalk une menace pourrait bien être trop pour elle. En effet, la mort de Granny a rendu les barrières entre les mondes moins fortes. Et les elfes ont bien envie de revenir sur le Disque-Monde.

Après 40 tomes - certains moyens, d'autres mauvais et du génie - celui-ci, le numéro 41, est le dernier livre qui se déroule dans le Disque-Monde. En effet, Sir Terry Pratchett l'a écrit lors de sa dernière année de vie, avec de l'aide. Sa famille est très claire, et je suis d'accord, il n'y aura pas d'édition de textes inédits ni de contrats avec d'autres auteur-e-s afin de continuer la série. Le Disque-Monde est une création de Sir Terry Pratchett et le restera. La lecture de ce dernier tome est donc un peu particulière puisque nous avons là les derniers mots, écrits, de Terry Pratchett à ses lecteurs. La dernière histoire qu'il conta au monde. Les deux textes placés à la fin du livre sont particulièrement émouvants à lire et montrent que l’œuvre de Pratchett restera pendant un bon moment dans les cœurs de ses fans.

Pour terminer cette aventure Pratchett a décidé de donner le premier rôle à Tiffany Aching. Depuis le début, ce personnage est celui d'une jeune fille, puis d'une jeune femme, loin d'être parfaite mais qui apprend de ses erreurs et de ses observations. Entre le premier tome de ses aventures et celui-ci elle a beaucoup changé en âge et en statut. D'une débutante elle est passée à la successeur de l'une des sorcières les plus puissantes de l'histoire du Disque. Et Pratchett a la bonne idée de nous montrer une Tiffany Aching qui doute de ses capacités mais qui décide de faire son travail malgré cela, jours après jours. Bien que le livre ne sont pas exempt de problèmes, j'ai un peu de mal avec la bataille mise en place par Pratchett, il conclut avec brio l'histoire d'une petite fille brillante devenue une sorcière reconnue et respectée, grâce à ses actes et à son sens de sa propre identité.

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***** Moins que ce tome c'est toute une œuvre qui se conclut ici que, malgré certains échecs en ce qui me concerne, j'ai énormément apprécié lire et découvrir.

Image : Site officiel

Flat-Shepherds-Crown-Cover.jpg

Commentaires

*Passe un mouchoir à Hassan. Il est des nôoooooootres, il a fini Discworld comme les auuuuuuuuuuutres! Hein, quoi? Oh, oui, The Shepherd's crown. Qu'en dire?

Soyons clair, il n'échappe pas aux défauts post Alzeimer des précédents tomes. L'action est quasi inexistante : les elfes attaquent, l'un d'eux change au contact des humains et se range à leurs cotés mais meurt, les elfes sont refoulés et puis c'est tout. C'est bien trop léger et de plus parfaitement calqué sur Thief of time (remplacez elfes par auditeurs^^). Les autres actions sont souvent parfaitement dispensables (le fait que Tiffany aille à Ankh Morpok est sans le moindre intérêt) et les personnages n'évoluent pas, à l'exception de Mrs Earwig qui n'a cela dit pas non plus droit à un changement très original (sa disciple Annagramma avait eu droit au même dans Wintersmith). De même, Nightshade passe vraiment sans transition de méchante sans scrupule à héroïne: c'est d'autant plus douloureux que, vu les similitudes de l'histoire, je n'ai pu m'empêcher de comparer cela à l'évolution subtile de l'Auditrice dans Thief of time.

Une différence est flagrante néanmoins : ce tome a un but précis... et fortement émotionnel. Il est évident dès les premières pages que Pratchett savait que ce serait son dernier livre et il l'utilise avec habileté pour faire ses adieux à son public. Ainsi, pour accompagner sa propre mort, il tue pour la première fois de la saga un personnage principal récurrent, probablement un des plus récurrents d'ailleurs: Granny Weatherwax.

Ce choix n'est pas anodin : outre le fait que sa mort ne soit pas la plus choquante et épargne donc les sentiments du fandom (Granny n'a pas de famille et a bien vécu), ce personnage est probablement avec Vimes un des avatars les plus évidents de l'auteur lui-même. Vimes représentait la colère de ce dernier contre les injustices sociales (comme Pratchett d'ailleurs, il naît d'une famille modeste mais finit anobli), Granny est la personnification de son travail d'auteur.

Très consciente de l'aspect narratif du monde dans lequel elle vit, elle est capable d'influer sur la fin de l'histoire parce qu'elle en connait les ficelles: c'est particulièrement visible dans Witches abroad, où elle utilise sa connaissance du schéma narratif des contes de fées, dans Masquerade où elle joue sur les tropes des opéras et dans Carpe Jugulum où elle utilise les clichés des histoires de vampires. Bref, Granny est LE personnage qui n'a cessé d'éclater le 4eme mur durant toute sa longue vie grâce à sa connaissance du style de l'auteur lui permettant de manipuler la fin de l'histoire.

Granny meurt dès les premières pages. il n'y a rien à faire, elle ne cherche pas à l'éviter. Elle s'est fait une raison, admet qu'elle aurait aimé resté plus longtemps et n'a pas l'impression d'avoir fait tout ce qu'elle voulait faire mais part sans regrets, sereine, avec la satisfaction du devoir accompli : la Mort lui-même applaudit son travail. les fans ayant lu les nombreuses interviews de l'auteur après la découverte de sa maladie et ayant suivi son combat pour que son pays reconnaisse le droit à l'euthanasie pour les malades incurables ne peuvent je pense pas douter que cette fin était ce que Pratchett espérait pour lui-même (et que, j'espère, il a eue).

Je ne le cacherais pas, j'étais en larmes les 50 premières pages. C'es clairement le but de l'auteur, qui envoie d'ailleurs à son public un message à travers les paroles de Nanny Ogg et le reste de l'histoire : pleurez, portez le deuil mais passez vite à autre chose et que cela ne vous empêche pas de mener une vie productive. Ainsi, il offre même à ses lecteurs l'espoir qu'un autre auteur prendra vite sa place dans nos cœurs en proposant immédiatement un "remplacement" à Granny ; Geoffrey.

Personnage fort intéressant, il est l'exact opposé de l'héroïne de Equal rites, la petite fille voulant devenir mage (que l'on retrouve d'ailleurs dans un court caméo). Jeune homme noble voulant devenir sorcière, il montre ce dédain des stéréotypes du genre que j'ai toujours apprécié dans l'oeuvre de Pratchett. Comme il le dit lui-même, il ne s'est jamais senti particulièrement "homme", seulement "humain" et ne comprend pas vraiment ce qui pose problème dans son envie de devenir sorcière.

J' adore et je trouve un peu dommage que Pratchett se soit lui-même un peu freiné sur ce thème qu'il maîtrise si bien et qui lui tient clairement à cœur (voir par exemple Monstruous regiment ou le personnage de Littlebottom dans les romans du Guet). Tiffany elle même essaie de lui trouver un autre titre que "witch" alors qu'il a clairement les capacités de ces dernières et Geoffrey cherche à offrir aux hommes des villages dépendants de leurs femmes des activités typiquement "masculines" (la pèche, le bricolage...) : le Pratchett pré-Alzeimer, j'en suis sûre, serait allé bien plus loin dans son mépris des stéréotypes : je suis néanmoins ravie que, pour son chant du cygne, Pratchett reprenne ce thème.

Ce personnage est clairement le successeur de Granny. Il partage ainsi son pouvoir de "headology" : Granny pouvait manipuler les émotions, Geoffrey peut faire en sorte que tout le monde -sauf son père- l'apprécie et, surtout, s'apprécie mutuellement. Mais, surtout, il possède une chèvre savante capable de faire des tours. Quel rapport avec Granny? Cette dernière a pour véritable nom Esmeralda : or, le personnage du même nom dans Notre dame de Paris a également une chèvre apprivoisée capable de tours incroyables. La prof de français que je suis apprécie cette référence littéraire, d'autant plus que Pratchett n'en avait pas fait une aussi belle depuis sa maladie.

Bref, Granny "Esmée" Weatherwax disparait mais trouve bien vite un successeur qui reprendra son travail : différent certes mais pas moins méritant. Si ce n'est pas un bel appel de Pratchett à aller vite fait découvrir d'autres auteurs, je ne sais pas ce que c'est.^^

Pour conclure: est-ce un bon Pratchett? Probablement pas, il est en tout cas loin d'égaler ses chefs d’œuvres. En revanche il s'agit pour moi du meilleur de ses romans post Alzheimer. En effet, si Pratchett n'a pas pu gommer les défauts narratifs causés par sa maladie, il a clairement tout joué sur l'émotionnel... et ça a beaucoup marché sur moi. On ne peut pas rester indifférent quand son auteur favori met en scène sa propre mort, son enterrement et son remplacement en 150 pages.

Malgré une maladie débilitante qui aurait dû le stopper très vite, Pratchett a réussi à écrire cinq romans discworld, deux hors saga et deux tomes en collaboration : c'est impressionnant et parfaitement représentatif de la ténacité de cet auteur, qui s'est jusqu'au bout accroché à son identité malgré les circonstances (si on doutait encore que Granny était son avatar...^^). Est-ce un hasard ou est-ce le "mieux" souvent ressenti par les personnes en toute fin de vie, en tout cas ce tome m'a fait pleurer (beaucoup) et rire plusieurs fois, parfois à quelques pages d'écart: c'est ce que j'avais toujours aimé chez Pratchett et je suis ravie de le retrouver, bien qu'un peu dilué, pour son chant du cygne. Puissions nous trouver très vite le Geoffrey qui prendra la relève de cet auteur sans tenter de prendre sa place.

Écrit par : Tyr | 15/08/2017

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