03/12/2017

La politique fribourgeoise au 20e siècle par Jean-Pierre Dorand

Titre : La politique fribourgeoise au 20e siècle
Auteur : Jean-Pierre Dorand
Éditeur : Presses polytechniques et universitaires romandes 18 octobre 2017
Pages : 128

Fribourg est un canton un peu particulier. Entouré par des cantons protestants, échec lors du Sonderbund, industrialisation tardive, ... Le canton se pense comme une citadelle du catholicisme durant une bonne partie du vingtième siècle. Pour le défendre, un parti, un journal et l'Église se lient et combattent les personnes et organismes qui mettent en cause le fonctionnement du canton. Car les conservateurs se pensent comme les représentants de tous les fribourgeois. Et un fribourgeois est principalement un paysan catholique près à défendre la patrie. Pourtant, les dissensions et les mises en causes se multiplient et, progressivement, le parti conservateur perd de son importance et du contrôle sur l’État ainsi que sur les médias.

Afin de comprendre le fonctionnement politique du parti l'auteur construit 9 chapitres qui débutent en 1881 et se terminent en 2000. Cependant, le plus gros du livre s'intéresse au vingtième siècle et non à la période 1881-1914. Bien que l'intérêt soit d'abord politique, les forces des divers partis et le fonctionnement de la machine conservatrice sont décrites, on apprend beaucoup sur les changements socio-économiques parfois subits par les élites politiques fribourgeoises.

Ce que montre l'auteur est la force du catholicisme dans un canton fortement rural tardivement, l'industrialisation n'est acceptée qu'après la Deuxième guerre mondiale. Le lien entre ruralité et religion n'est pas anodin. Il permet de défendre une vision "naturelle" du fonctionnement politique. Vision qui s'attaque directement à la philosophie des Lumières et aux droits humains, considérés comme des dangers. Ainsi, le canton est fortement anti-communiste alors que celleux-ci n'existent pas au niveau local. Plus dangereux encore, certaines élites du canton n'hésitent pas à soutenir des personnalités fascistes voir nazie. Ces soutiens justifieront une surveillance policière alors que des criminels de guerre en profiteront pour s'échapper. Les personnalités impliquées pourront regretter de s'être allié à des personnalités nazies lorsque le grand public s'en émouvra, créant des scandales politiques importants.

Ce que le livre montre est aussi une perte de pouvoir. D'une certaine manière, on pourrait comparer le canton de Fribourg au canton de Vaud qui voit une perte d'influence des radicaux au fil du temps (voir Oliver Meuwly). Cependant, le canton de Fribourg se porte d'abord contre l'état fédéral, considéré comme un danger pour le fédéralisme. Ce qui implique des refus importants de la part de la population face à des objets fondamentaux pour la Suisse, tel que le code pénal fédéral de 1942. L'auteur montre que, au fil du temps, la politique du canton devient de moins en moins une exception et se rapproche de la moyenne fédérale. Ce qui n'empêche pas une défense d'intérêts spécifiques, comme l'agriculture. Ce livre est intéressant et permet de se faire une idée en peu de pages, tout en ouvrant sur de nombreux thèmes que je souhaiterais mieux connaitre.

Image : Éditeur

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The Handmaid's Tale par Margaret Atwood

Titre : The Handmaid's Tale
Autrice : Margaret Atwood
Éditeur : Penguin 18 avril 2017
Pages : 336
TW : viol, meurtre, esclavage

Les États-Unis sont un pays de grande liberté, combattant pour la démocratie dans le monde entier. Mais alors que la relation entre l'URSS et les États-Unis devient moins tendues un petit groupe de révolutionnaire agit dans l'ombre. Soudainement, le parlement est massacré tandis que le président est assassiné après une attaque contre la maison blanche. Après un moment sous état d'urgence et la suspension de la constitution une nouvelle république se forme : la République de Gilead. Mais celle-ci n'est pas basée sur la démocratie ou la liberté. Elle est basée sur la Bible et tout ce qui est contraire au texte doit être supprimé et oublié. La société est reconstituée afin de suivre les préceptes du livre et les femmes sont organisées en trois ordres : les femmes mariées, les servantes sous le nom de Martha et les servantes écarlate. Celles-ci sont chargée de porter les enfants des hommes les plus hauts placés, leur corps n'est plus le leur mais une ressource nationale et même leurs noms sont effacés, elles ne sont plus que des propriétés. Ce livre est l'histoire de l'une d'entre-elles.

SPOILERS

Ce livre est récemment adapté à la TV mais avant de terminer la série je voulais lire le roman, ce qui me permet de comprendre de quelle manière l'adaptation fonctionne. En effet, le livre parle souvent de souvenirs de "la vie d'avant". Du point de vue de l'écriture, ceux-ci sont intéressants non pas seulement par les indices qu'ils nous donnent sur la vie de l'héroïne, Offred, mais surtout de la manière dont ils sont écrits. En effet, Offred est interdite de manger et boire certaines substances accusées de mettre à mal la production de bébés. Mais elle peut toujours sentir, voir, entendre. Les sens, dans ce livre, ont une importance majeure car ils lancent les souvenirs, souvenirs de repas, de sensations. Mais ils permettent aussi de mettre en avant un manque. L'un des plus importants, répété pendant une bonne partie du livre, est le toucher. Offred est interdite, elle ne peut ni toucher ni être touchée en dehors d'un rituel précis. L'autrice décrit l'effet que cela a sur une personne de ne pas ressentir la présence d'une autre quand elle est souhaitée. Ainsi, les sens sont au centre de ce livre et de l'expérience de l'héroïne.

Mais ce livre est aussi une dystopie. Il décrit un régime autoritaire qui fonctionne sur un ordre hiérarchique précis et la force militaire. La surveillance est omniprésente, à la fois discrète et visible. Selon sa position hiérarchique seules certaines activités sont permises ou interdites, les femmes ayant l'interdiction de lire et écrire. Mais peu d'indices nous sont montrés sur la raison de la mise en place de ce régime. On apprend de quelle manière tout a commencé et les premières attaques sur la liberté, basées sur la nécessité de sécurité après une attaque terroriste. On comprend que, idéologiquement, le régime défend son existence par la nécessité de recréer une population caucasienne, les juifs et autres religions étant expulsées tandis qu'une politique raciste basée sur l'ethnicité est sous-entendue. Mais, rapidement, on ne possède que quelques indices. Ceci est, selon moi, une réussite. En effet, le coup d'état a été formé en secret et Offred ne pouvait pas comprendre ce qui se déroulait dans le passé. Dans le présent, elle est interdite de lecture et d'informations. Elle ne peut donc connaitre que des rumeurs ou ce qu'on lui dit. L'absence d'informations sur le fonctionnement et la mise en place du régime est logique quand on prend en compte le fonctionnement du roman. Ce qui n'empêche pas de deviner certaines choses et de faire des liens avec notre monde, la mise en place de Gilead semble avoir été à la fois rapide et facile en se basant sur des procédés légaux en place dans le cadre d'une démocratie.

Je souhaite prendre un peu de temps pour parler de la dernière partie du livre. Celle-ci suit directement la fin du roman, qui prend la forme d'un cliffhanger. Cette dernière partie change le fonctionnement du roman puisqu'il est qualifié de source historique récemment retrouvée et éditée par des experts, masculins, de la période décrite dans ce qui est un journal rédigé après les faits. Cette partie prend la forme d'un procès-verbal d'une conférence d'historien-ne-s spécialisé-e-s de la période. Ce qui est maintenant un document est discuté. Est-ce que celui-ci est réel ou est-ce une contrefaçon ? De quelle manière prouver sa réalité et retrouver les personnes impliquées. Cette partie est intéressante parce qu'en imitant la forme scientifique elle permet de remettre en question la construction de l'histoire. En histoire, il est nécessaire d'user de sources imprécises qui ne donnent pas toujours les informations que l'on souhaite, quand ces sources existent. Il faut aussi se poser la question de ce qui est décrit, de la raison de l'écriture et de l'identité de la personne derrière les mots. Mais ces informations ne sont pas toujours faciles à retrouver. De plus, et cela me semble particulièrement important ici, il faut rester en partie détaché lors de la lecture. Selon moi, il n'est pas anodin que l'historien qui analyse le roman soit un homme. Offred s'était vu dépouiller de son identité et tente de décrire sa vie dans un récrit qu'elle construit elle-même. Un homme se l'approprie et le critique selon des critères qu'il pense scientifiques. L'effet en est d'effacer à nouveau l'expérience d'Offred.

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**** Une écriture mélancolique, un roman dans lequel il ne se passe que peu de choses, une intrigue politique importante dans le contexte actuel. Cependant, la lecture n'est pas facile et il est nécessaire de s'accrocher.
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Image : Éditeur

9780525435006