16/12/2017

12 jours

TW : hospitalisations psychiatriques, suicides

Ce documentaire s'intéresse au fonctionnement d'une loi française sur l'hospitalisation psychiatrique sous contrainte. Selon la loi, la justice doit vérifier la procédure dans les 12 jours, avec un avocat pour la personne concernée, puis tous les 6 mois. La loi est une chose est l'application en est une autre. Ce documentaire suit de très près les moments lors desquels individus et juges se rencontrent dans un cadre très formel qui permet uniquement de vérifier la procédure et donc de donner le droit aux médecins de continuer l'hospitalisation sous contrainte. La caméra filme plusieurs de ces moments avec des personnes différentes qui essaient d'expliquer, de contester et de demander la parole face au pouvoir médical et judiciaire.

Le documentaire est très sobre et essaie non pas de nous imposer un point de vue mais de présenter des personnes dans leurs rapports avec la justice, et le pouvoir médical par extension. On peut se demander si cette absence du commentaire implique une neutralité face à une procédure qui met en question les droits des personnes, qui doit donc impliquer une surveillance judiciaire étendue. L'image est rarement mouvante. On reste souvent dans une pièce qu'il est difficile de situer, constituée d'un mobilier minimaliste. On sent que tout est mis en place pour créer une atmosphère de formalité. Les cas passent rapidement devant les juges qui donnent leurs décisions immédiatement sauf une fois. Entre deux personnes, la caméra film l'hôpital là aussi sans faire de commentaires. Il est rare que des personnes apparaissent et l'on a l'impression d'un lieu vide, presque mort. Il faut noter une citation de Michel Foucault au début du commentaire, seul commentaire de la réalisation.

Bien qu'il n'y ait pas de commentaires, il me semble que ce documentaire met en évidence la compréhension entre les individus, la justice et le médical. On nous montre plusieurs personnages qui connaissent le système. Leurs propos sont clairs et s’intègrent parfaitement dans le fonctionnement de la procédure, donnant l'impression d'observer un rituel qui débouche toujours sur le même résultat (l'une des juges dit, une fois, qu'elle ne sert à rien en riant. Moment aussi fugace qu'éclairé sur son rôle qui consiste presque uniquement à enregistrer une décision médicale ?). Face à ces personnes qui se disent agir pour le bien des individus entendu-e-s, on a des femmes, des hommes, des jeunes, deux vieux, ... Le point commun est leur incompréhension du fonctionnement de la procédure. Même en acceptant la nécessité d'un traitement ces personnes remettent souvent en cause ce qui leur arrive, voir la contention. Au lieu d'utiliser la procédure, illes peuvent menacer de faire appel au niveau ministériel ou jurer de bien se conduire et de travailler. Comme si ce n'est pas la santé mentale qui importait réellement mais plutôt l'intégration dans un système capitaliste. Ces personnes ont-elles vraiment mal compris la procédure ou savent-elles que ce qui compte est leur normalisation par l'entrée dans un système de production ? J'ai l'impression que les juges ne sont pas dupes, les questions se concentrent aussi bien sur l'état médical que sur les souhaits émotionnels et professionnels.

Je tiens aussi à noter un petit malaise personnel. De nombreuses personnes nous sont montrées dans ce film et, si l'on en croit la réalisation, les lieux et les noms ont été anonymisés. Cependant, ces personnes nous permettent tout de même d'en savoir beaucoup sur elles. On connait une partie de leur passé, de leurs problèmes et leurs espoirs. On les observe tenter de s'exprimer et de se faire entendre dans un cadre qui ne leur est pas destiné, d'où l'accompagnant-e avocat-e. De temps en temps, face aux tentatives d'expressions et de justifications, une partie de la salle s'est mise à rire. Je me demande ce que cela indique de nous lorsque nous rions d'une personne neuro-atypique qui se trouve dans un cadre qu'elle ne maitrise pas, tentant de retrouver une partie de ses capacités de décider librement de ses mouvements.

Image : Allociné

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15:54 Écrit par Hassan dans Film, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 12 jours | | | |  Facebook

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