06/01/2018

Batman and Robin Eternal 2 par Scott Snyder, James Tynion IV, Jackson Lanzing, Colin Kelly et Tim Seeley

Titre : Batman and Robin Eternal 2
Auteurs : Scott Snyder, James Tynion IV, Jackson Lanzing, Colin Kelly et Tim Seeley
Éditeur : Urban comics 14 novembre 2016
Pages : 336

Ce second tome contient Batman And Robin Eternal 13-26. Il y a 5 ans Batman et Robin, Dick Grayson, poursuivaient le docteur Crane en Europe afin de l'empêcher de répandre une toxine de terreur. Mais derrière cette affaire se cachait une autre, plus dangereuse. En effet, Batman avait mis au jours l'existence d'une organisation sous le contrôle d'une personne se faisant nommer Maman. Celle-ci a proposé à Batman de lui offrir un meilleur Robin, un enfant capable de le suivre et d'accepter ses ordres dans sa guerre contre le crime. Le tome 1 se terminait alors que Batman portait une arme dans une ruelle sombre. Dans le présent, les robins ainsi qu'Harper Row luttent contre Maman qui tue ses enfants et prépare la prise de contrôle de plusieurs villes. Elle a eu des années pour préparer ses plans et l'empêcher de vaincre pourrait bien s'avérer impossible.

SPOILERS

J'avais, il y a longtemps, expliqué que Batman Eternal m'avait déçu. En particulier, l'intrigue était trop brouillonne et les numéros trop nombreux. Batman et Robin Eternal, par contre, m'a beaucoup plu. Bien que l'intrigue s'attache à un plan de vilain de comics, prendre le contrôle des enfants afin de tuer les adultes, elle cache quelque chose d'autre. Ce que cette série propose est une définition de Robin et de sa relation avec Batman. Maman pense que les enfants, pour survivre dans un monde difficile, doivent devenir des soldats capables de tuer. Pour cela, il est nécessaire de créer un traumatisme. Maman est donc très proche de Batman puisque les deux ont subi un traumatisme et souhaitent éviter ce destin à d'autres enfants, mais de la même manière. En effet, Batman ne souhaite pas créer des soldats. Comme le disent les auteurs, le but de Robin n'est pas de suivre les ordres mais d'apprendre, faire des erreurs et devenir capable d'être meilleur que Batman. Que ce soit en ce qui concerne la stratégie, la capacité de prendre des choix difficiles ou encore la capacité à faire confiance à autrui. De plus, j'apprécie que l'un des personnages, Harper Row, prend une place plus importante encore dans la famille tout en gardant une possibilité de faire un choix différent. D'une certaine manière, ce titre permet de terminer son histoire tout en donnant la possibilité de lui donner une suite.

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**** Un second tome que je trouve réussit car il s'intéresse plus à une idée qu'à une intrigue trop abracadabrantesque.
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Image : Site officiel

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Le grand jeu / Molly's Game

TW: Violences

SPOILERS

Molly Bloom est membre d'une famille à l'intérieur de laquelle l'excellence académique et sportive est une règle. Elle est l'une des meilleures skieuses au monde. Mais une chute, qui réveille une ancienne blessure, l'empêche d'être qualifiée pour le JO. Suite à cela, elle décide de prendre une année sabbatique avant son entrée en école de droit. Lors de cette année elle vit de petits boulots de serveuse jusqu'à ce qu'un client la remarque et lui offre un travail d'assistante. Rapidement, elle est aussi chargée d'organiser des soirées poker aux enjeux importants. Petit à petit, elle prend une importance de plus en plus importante dans le monde du poker et organiser des soirées durant lesquelles des millions sont échangés en quelques heures. Mais son nom apparait dans les fichiers du FBI en lien avec des membres de la mafia russe.

Il faut le dire immédiatement, je ne connais rien au poker et je ne connaissais pas le cas Molly Bloom. Ce film est basé sur une autobiographie écrite après une arrestation par le FBI. Je ne sais pas à quel point le film est en accord avec la réalité et ce qui a été plus ou moins romancé. Je ne vais donc pas tenter d'examiner cela mais je vais essayer de mettre en avant quelques petites choses que l'on peut comprendre en regardant ce film. Quasiment immédiatement, la réalisation montre que Molly Bloom ne connait rien au poker. Mais elle apprend rapidement comme le jeu fonctionne et surtout la raison des soirées poker. En effet, le film ne semble pas défendre une forme de jeu de hasard mais un moment de relations sociales. Elles sont de plusieurs formes. Soit des joueurs, je ne crois pas avoir remarqué de joueuses, viennent pour rencontrer des légendes et des stars. Soit le but n'est pas de gagner mais de créer des relations. Ainsi, on observe des personnages qui parlent finances et politiques et donc s'échangent des informatisations qui peuvent permettre de choisir dans quel secteur investir. Mieux encore, certains personnages, je pense en particulier à Bad Brat, usent de ces soirées afin de créer des relations d'investissement. Comme le dit l'actrice, Bad Brat perd tout lors des soirées de jeux mais il en sort avec des millions d'investissement. Le poker n'y est donc pas un simple jeu mais un moyen de rencontres entre des personnes d'une certaine classe sociale.

Le personnage qui crève l'écran, grâce à la prestation de l'actrice Jessica Chastain, est Molly Bloom. Elle est au centre de tout, elle explicite l'intrigue par ses remarques. Elle est décrite comme une femme extrêmement talentueuse et intelligente, avec un entourage féminin du même acabit. Son envie de réussite est en partie expliqué par le film par son éducation, qui serait voué à l'excellence parfois au prix d'une santé physique et mentale (à plusieurs reprises l'actrice nous explique que son personnage est en dépression et dépendante aux drogues pour simplement continuer son travail). Molly Bloom, selon ce film, est la personne la plus intelligente dans un monde d'hommes médiocres ou cruels. Ce qui m'a frappé ce sont les scènes durant lesquelles certains hommes tentent de draguer Molly Bloom et sa réaction de pitié exaspérée. Comme elle l'explique, elle a créé un rêve pour ces hommes mais ce n'est qu'un rêve. Elle n'est pas disponible, ni ses employées. Ce qui est un passe-temps social pour les hommes qui jouent est un travail rémunérateur pour les femmes impliquées. Personnellement, j'aurais tendance à rapproche ce comportement masculin de celui que l'on peut observer dans le cadre de métier de service qui implique une forme de disponibilité féminine, souvent considéré à tort par ces mêmes hommes comme une disponibilité romantique voir sexuelle.

Ce point me permet de passer sur un dernier sujet qui me semble important en ce qui concerne ce film, et qui m'a beaucoup déçu : l'explication du comportement de Molly Bloom. Encore une fois, je ne prétends pas connaitre l'affaire et encore moins la personne. J'essaie de mettre en avant ce que dit le film. Molly Bloom se trouve dans un monde d'homme en tant que femme. Elle est dépeinte au contrôle de ce monde mais dépendant du bon vouloir des hommes, malgré de nombreuses alliées tout aussi talentueuses. Il est révélateur que ces femmes doivent jouer sur leur féminité corporelle pour attirer des hommes, là encore comme travail de "rabattage" et non comme disponibilité en vue d'une relation. À deux reprises, le film montre son personnage principal détruit par des hommes : l'un est une personne pratiquement en faillite et loin d'être sympathique tandis que le second avoue aimer détruire des vies. Ce dernier décide d'attaquer Molly Bloom lorsqu'elle refuse d'accepter son comportement de tricheur et parce qu'elle ne lui parle, selon lui il a droit aux mêmes attentions de la part de Molly Bloom que les autres hommes. Toute l'intrigue du film autours de cette femme se conclut en deux parties. Premièrement, à la fin du film Molly Bloom accepte le jugement et le pouvoir d'un homme sur elle en plaidant coupable. En second lieu, son père apparait et lui explique que son comportement est dû à sa relation conflictuelle avec lui et son besoin de contrôler les hommes. Bref, et malgré ce que souhaite le personnage dans le film, Molly Bloom passe d'une femme extrêmement intelligente à une femme esclave de son besoin de confrontation avec les hommes dû à une forme de relation dysfonctionnelle avec son père, une thèse probablement basée sur Freud. Au lieu d'être actrice Molly Bloom devient victime d'elle-même et en besoin de se réconcilier avec les hommes. Selon moi, le réalisateur montre ici une vision défavorable des femmes qui réussissent et des féministes. Comme une scène de conversation lors d'un repas le montre, la critique féministe de théories psychologiques devient, dans le film en tout cas, un irrespect envers les hommes et, en particulier, la figure du père. Je ne peux qu'être déçu de cette trahison du personnage et, par extension, de Molly Bloom.

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**** J'ai personnellement apprécié le film et sa mise en scène. J'ai aussi aimé la manière de penser Molly Bloom jusqu'à la fin du film lorsque le réalisateur décide d'expliquer son comportement, et sa réussite, par une relation dysfonctionnelle avec son père.
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Image : Site officiel

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11:34 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : le grand jeu, molly's game | | | |  Facebook