21/01/2018

Wonder

TW : validisme, harcèlement scolaire

Wonder est l'histoire, adaptée d'un roman, de August Pullman. Cet enfant a une malformation physique qu'il cache derrière des masques. Il n'a jamais été à l'école, sa mère prenant en charge son éducation. Mais, à la rentrée, ses parents décident qu'il est temps de l’emmener dans une école privée avec un programme de science de haut niveau, ce malgré leurs craintes en ce qui concerne sa capacité à s'intégrer. August lui-même a peur de ce qui va lui arriver. Il ne sait rien de l'école ni des règles tacites qui font fonctionner les relations entre les élèves. Son entrée est très difficile. Personne ne lui parle et tout le monde le dévisage. Une rumeur se répand, il serait contagieux. Mais August persévère et, petit à petit, devient de plus en plus apprécié à la fois des élèves et des professeureuses.

SPOILERS

J'avais beaucoup de craintes en ce qui concerne ce film. Je craignais une nouvelle histoire sur une personne en situation de handicap, différente, qui reste forte malgré tout. Un film qui ne remet pas en cause le fonctionnement de la société mais permet à nous, personnes valides, de nous émerveiller devant "la force de ces personnes différentes." Une belle histoire faites pour pleurer mais qui ne critique rien. D'une certaine manière, mes craintes étaient fondées. La dernière scène est l'occasion de récompenser ce petit garçon et sa force intérieure, lançant le message éculé de la beauté intérieure bien plus importante que la beauté extérieure. Il y a tout de même de beaux moments. J'ai apprécié avoir le point de vue d'autres personnages ayant leurs propres problèmes. Mais cela pourrait donner l'impression que les difficultés rencontrées par Auguste ne sont pas différentes de celles d'une personne valide. Il y a aussi cette scène durant laquelle plusieurs garçons décident de fraterniser, d'accepter leurs émotions comme une composante de leur identité et non une source de honte (bien qu'il soit possible que je surinterprète cette scène). Mais le plus gros problème concerne à la fois l'histoire et le casting. Le film est une adaptation d'un roman écrit par une personne valide suite à une rencontre vécue dans un magasin de glace. Le casting est constitué d'Auguste est offert à un jeune garçon valide. Il n'y a donc aucune place aux personnes concernées. On parle à leur place, on leur explique comment se comporter et de quelle manière accepter que la société les considère toujours comme différentes. Même avec toute la bonne volonté du monde, les acteurs et actrices ne pourront jamais vraiment comprendre ce que vivent les personnes concernées. Et écrire un film sur elles pour ne pas les intégrer au processus créatif n'est pas qu’une erreur, c'est un acte d'invisibilisation qui ne devrait plus exister.

Ce film met aussi en avant des scènes de harcèlement contre Auguste. Selon moi, la réalisation échoue largement à comprendre la problématique du harcèlement scolaire. Le harcèlement contre Auguste est montré de temps en temps. Il consiste principalement en des regards, des refus d'amitiés, quelques paroles mais surtout un ou deux billets insultants. Ce n'est que tardivement que l'on montre la teneur de ces billets et leur nombre. Les propos sont très graves et le nombre très élevé. Mais le film échoue à montrer cela. On ne voit jamais que le harcèlement ce ne sont pas quelques billets et propos isolés, ou un comportement peu poli. C'est à la fois une forme de bannissement et des actes constants. Le film échoue à montrer que la fuite est impossible parce que la victime est enfermée dans un lieu précis pendant 8 heures avec les personnes qui harcèlent, sans aide et ce pendant une grande partie de l'année. Le harcèlement implique aussi l’aveuglement, voulu ou non, de la part des adultes (quand les professereuses ne sont pas elleux-même des personnes qui harcèlent). Là aussi, le film ne dit que peu de choses. Seule une scène montre un directeur et une famille ne pas se comprendre autours de la gravité des actes. Là où le directeur souhaite une expulsion de deux jours, plutôt léger, les parents défendent à tout prix leur fils et retournent l'accusation contre la victime. L'idée que le harcèlement scolaire est anodin, un jeu, est malheureusement encore prégnant dans la société et seuls les cas graves donne l'occasion d'une remise en question bien faible. Enfin, la réalisation échoue à prendre en compte le numérique. Auguste et ses camarades se trouvent sur l'Internet, y jouent, y parlent et y travaillent. Le numérique n'est donc pas absent du harcèlement scolaire et l'aggrave de manière significative puisque la maison et les vacances ne sont plus des temps et des lieux de tranquillité. Mais jamais Auguste ne vit cela. L'Internet n'est qu'un moyen de jouer à Minecraft.

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** Le film aurait pu réussir si la réalisation avait souhaité s'attaquer frontalement aux sujets difficiles. Au lieu de cela, un message classique et gentillet est préféré.
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Image : Allociné

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12:31 Écrit par Hassan dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : wonder | | | |  Facebook

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