09/11/2018

Batman White Knight par Sean Murphy et Matt Hollingsworth

Titre : Batman White Knight
Auteurs : Sean Murphy et Matt Hollingsworth
Éditeur : DC 9 octobre 2018
Pages : 232
CW : Violences policières, violences médicales

Ce tome contient Batman: White knight 1-8. Après l'échec, annoncé, de DC You et la destruction de la branche Vertigo DC a créé un nouveau label : Black Label. Encore jeune, cette branche doit se spécialiser dans des récits en dehors de la continuité dans une direction qualifiée de plus adulte. White Knight débute comme dans toute bonne histoire entre le Joker et le Batman. La batmobile se gare près d'Arkham. Mais la personne qui en sort n'est pas Batman. C'est Jack Napier, alias le Joker. Il y a un an, le Joker a été guéri après une dernière course-poursuite entre lui et Batman. Enfin débarrassé de l'identité du Joker, Napier décider de s'attaquer au plus grand vilain de Gotham. Un être qui sème la terreur sans jamais être mis en cause : Batman.

SPOILERS

Je n'aime pas le Joker. C'est un personnage qui m'insupporte et je déteste que l'on écrive encore sur sa relation avec Harley Quinn. Cependant, je comprends que les scénaristes aiment placer le Joker avec Batman. Ce sont deux faces d'une même pièce et l'idée qu'ils se soient créés mutuellement et qu'ils se comprennent mieux que personne n’a été récemment mise en avant par Scott Snyder. White Knight suit exactement la même logique. Jack Napier est décrit comme une personne qui essaie simplement de créer un spectacle. Le Batman est la meilleure personne pour l'aider. Mais Napier, sous son identité de Joker, est aussi fasciné par le Batman.

Ce qui change est la manière d'écrire cette histoire. Au lieu de se placer du côté de Batman, un mal nécessaire dans une ville en danger permanent. Les scénaristes posent la question des méthodes et du message que l'existence même du Batman implique. Selon les scénaristes, l'existence du Batman est l'incarnation de la corruption d'une ville. D'une part, les dégâts créés par ses activités sont payés par le contribuable. Mais surtout, Batman ne répond devant personne. Il n'écoute pas la police, il n'agit pas en accord avec elle. Cela permet de mettre en scène des pages qui montrent Batman attaquant une manifestation pacifique, mettant en danger des civils et détruisant des bâtiments de la ville.

Cette histoire est aussi fortement contemporaine. Les scénaristes essaient d'éviter de trop donner leur point de vue. Des positions opposées, mais en dialogue, sont donc mises en scène par deux journalistes : un homme conservateur qui utilise des termes très connotés comme SJW et une femme qui semble être de gauche. Je me demande si cette manière de faire est adéquate dans le contexte actuel. Le terme Social Justice Warrior est utilisé comme un moyen d'attaquer la pertinence de réflexions de gauche et donc de les étouffer dans l’œuf. Heureusement, ces dialogues sont coupés par des scènes qui montrent les obligations de la police et des politiques face aux actions dangereuses du Batman. L'œuvre s'inscrit aussi dans un contexte racial très particulier : les émeutes et les tueries d'hommes noirs par une police raciste. Pour mettre cela en avant les auteurs expliquent que Gotham a connu des émeutes avant le nettoyage de la police par Gordon. Mais on nous montre aussi que les quartiers pauvres, habités par des personnes racisées, sont abandonnés par les pouvoirs publics. Poussant ces quartiers à se gérer seuls et, dans ce comics, à pousser à l'élection de Jack Napier à un poste politique. Les auteurs vont jusqu'à redessiner des scènes prises en photos par des journalistes contemporains !

J'apprécie aussi que la relation entre le Joker et Harley Quinn soit enfin décrite pour ce qu'elle est : une relation toxique avec un homme abusif. Les auteurs expliquent qu'une première Harley Quinn s'est enfuie, alors que le Joker menaçait de tuer un Robin, et qu'elle fut remplacée par une seconde Harley Quinn. Une partie importante de ce livre s'intéresse à la relation du Joker avec Harley. L'une est l'incarnation d'une relation mutuellement consentie qui rend les deux membres meilleurs. Tandis que la seconde incarne une relation toxique basée sur les abus physiques et psychiques. Bien que cela arrive tardivement, il est intéressant de décrire Harley Quinn comme une force positive dans la vie du Joker, ce qui permet de donner la grande révélation sur l'identité d'Harley et ses actes dans Gotham.

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***** Non cette histoire n'est pas parfaite et j'aurais aimé plus de numéros pour les auteurs. Mais c'est probablement le meilleur comics autours de Batman, de la batfamily et du Joker que je connaisse.

Image : Éditeur

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