• Parasite / Gisaengchung

    La famille de Ki-taek est au chômage. Les quatre membres, deux parents avec un fils et une fille, vivent dans un appartement en sous-sol. Illes ont à peine une vue sur la rue et les passants. Sans travail, la famille fait tout ce qu'elle peut pour survivre et recevoir un peu d'argent de temps en temps. Mais cela ne fonctionne pas très bien. Cependant, tout le monde a des plans pour le futur. Ki-woo, par exemple, souhaite entrer à l'université. L'un de ses amis étudiants lui propose justement un travail lié à son envie d'étudier. Après avoir falsifié un diplôme, Ki-woo est envoyé dans une famille riche afin d'enseigner à leur fille l'anglais. Tout se passe plutôt bien et Ki-woo comprend qu'il pourrait placer toute sa famille et récolter encore plus d'argent. Mais un tel plan pourrait s'effondrer plus vite que prévu.

    Spoiler

    Ce film est particulièrement bien construit. Tous les éléments du plan qui permettent d'arnaquer la famille sont mis en place petit à petit. On observe, inquiet, chaque membre de la famille Ki-taek s'insérer dans la vie de personnes inconnues afin d'avoir du travail mais aussi de l'argent. Petit à petit, illes deviennent indispensables sans jamais avoir été questionné-e-s. Mais leur chute est aussi inévitable. Celle-ci, bien entendu, se déroule lors d'une soirée d'orage qui détruit leur appartement et implique une confrontation avec l'ancienne gouvernante, des secrets et le danger d'être découvert. Il serait trop simple de terminer le film là-dessus et ce n'est que lorsque le calme semble être revenu que tout est véritablement perdu.

    Le film parle aussi des liens de classes entre différentes personnes. Les Ki-taek sont des personnes pauvres qui se déplacent en métro, utilisent des produits d'hygiène bon marché et donc possèdent une odeur particulière. Cette odeur est mise en avant lors de plusieurs parties clés du film qui montrent les différentes entre personnes riches et pauvres. Alors que la pauvreté implique de chercher sa place et la voir être déniée la richesse implique de toujours se trouver à sa place. Les personnes pauvres sont donc toujours identifiables malgré leurs tentatives de l'éviter. De plus, le film montre que la richesse est souvent mêlée à l'impression, inconsciente normalement, de toujours être secondés dans ses journées. Bien que les victimes de la famille Ki-taek se pensent et sont montrés comme des personnes généreuses et respectueuses illes agissent d'une manière qui marque une différence et qui agresse, à petite dose, les personnes qui les servent. Avec la mise en place de ces agressions il est facile de comprendre pourquoi le père Ki-taek attaque son patron.

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  • Tolkien

    John Ronald Reul Tolkien est connu pour être le créateur du Hobbit et du Seigneur des anneaux. Deux romans adaptés en films. Mais il est aussi le créateur d'un univers bien plus vaste et surtout des langues qui vivent à l'intérieur de ces légendes. Tolkien est un film biographique qui se concentre sur la première partie de la vie de l'auteur. Le film débute lors de la bataille de la Somme. Tolkien et un soldat suivent les tranchées lors de la bataille afin de retrouver un ami. Ce parcours, au milieu de séquence d'hallucination basée sur les légendes de Tolkien, sont mêlées au passé qu'a connu l'auteur. On l'observe lors de son enfance en Angleterre, après l'Afrique du Sud, lorsqu'il perd son père puis sa mère et qu'il doit accepter le soutien de l’église. Le film le montre aussi tenter de réussir ses études avant de découvrir son véritable amour : les langues.

    Parlons d'un point qui m'a ennuyé dès le début. La vie de Tolkien est rendue largement plus sympathique. C'est à peine si l'on annonce ses problèmes de pauvreté. Jamais le film n'explicite sa religion, différente de celle de ses amis et d'Edith, sa future femme. Jamais le film ne montre la véritable relation entre Tolkien et Edith, une relation amoureuse mais basée sur un Tolkien qui n'hésite pas à forcer sa femme à faire des choix douloureux. Jamais sa relation avec l'église n'est montrée dans ce que cela implique de contrôle et d'autorité aux choix de son tuteur. Bref, sa vie est rendue plus lisse. Elle est plus facile comme si, dès le début, Tolkien était un génie qui n'attendait que le bon moment pour être reconnu.

    Bien entendu, le film ne peut pas passer outre la relation de Tolkien avec les histoires et les langues. Malheureusement, il me semble que sa relation avec les langues n'est pas assez bien mise en scène. Je doute que cela soit facile mais j'aurais aimé plus d'attention aux langues plutôt qu'aux histoires. Celles-ci sont créées, comme le film le dit, pour donner de la substance aux langues et porter leur signification. En revanche, le film considère que Tolkien a été fortement influencé par la guerre et son expérience de jeunesse. À plusieurs reprises, les références envers ses romans sont montrées comme provenant de sa vie. On peut considérer qu'une expérience telle que la guerre ne peut qu'avoir une influence sur ses créations. Mais il ne faut pas oublier, bien que je ne sois pas d'accord, que ni Tolkien ni ses héritiers n'acceptent cette thèse. Peut-être aurait-il fallu un peu plus de complexité ?

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    *** pas très intéressant

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    Image : IMDB

    Site officiel

  • «… je vous fais une lettre» Retrouver dans les archives la parole et le vécu des personnes internées. Commission indépendante d'expert-e-s internement administratif4 par Anne-Françoise Praz, Lorraine Odier, Thomas Huonker, Laura Schneider et Marco Nardone

    Titre : « … je vous fais une lettre » Retrouver dans les archives la parole et le vécu des personnes internées. Commission indépendante d'expert-e-s internement administratif 4
    Auteur-e-s : Anne-Françoise Praz, Lorraine Odier, Thomas Huonker, Laura Schneider et Marco Nardone
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 448

    Sur les 6 tomes actuellement disponibles (3 autres devraient être rendus publics en juillet puis le dernier tome en septembre) celui-ci est le quatrième. Son but est d'analyser les égo-documents, en particuliers les lettres, afin de comprendre la pratique et les effets de l'internement administratif sur la population visée. Pour cela, les auteur-e-s se sont intéressé-e-s aux archives de l'établissement fribourgeois de Bellechasse. En effet, de nombreux confédérés furent envoyés d'autres cantons dans cette grande prison agricole, aussi bien des prostituées que des alcooliques ou encore des jeunes enfants placés. Bien que cela ne soit pas au centre de ce volume, il est nécessaire de prendre en compte le but de l'établissement de Bellechasse : l'apprentissage par le travail agricole. Ce travail est aussi un moyen de baisser les coûts de fonctionnement par l'usage d'une main d’œuvre bon-marché : les prisonniers et internés. Enfin, les auteur-e-s expliquent que les lettres sont particulièrement nombreuses dans les archives de Bellechasse tout simplement à cause de la censure importante appliquée par les différents directeurs. Le volume est divisé en trois parties qui portent sur différentes époques de l'internement. De plus, les chapitres sont parfois suivis d'encarts sur des sujets précis.

    La première partie s'intéresse à l'enquête et à la décision d'internement prononcée par différentes autorités cantonales. Le premier chapitre compare deux cantons romands : Vaud et Valais. Le premier interne pour une période précise à la suite d’une procédure stricte qui permet une défense. Les auteur-e-s notent dans ce volume que la connaissance du temps d'internement et de ses capacités de défenses jouent fortement dans les capacités d'adaptation et de survie des personnes en prison. Le Valais, en revanche, permet l'internement sur demande des communes. Celles-ci n'ont pas besoin d'entendre la personne ni de lui donner sa décision. Quelqu'un peut simplement se retrouver embarqué par la police et envoyé en prison. Le temps d'internement n'est pas non plus défini et il est parfois nécessaire d'attendre plusieurs mois pour qu'une décision légale soit transmise à la direction de Bellechasse, créant de la colère chez les personnes internées.

    Les auteur-e-s démontrent dans cette partie que les personnes qui tentent de se défendre face à un internement essaient d'éviter les catégorisation négatives mises en place par les autorités, quand elles y ont accès. Ces personnes sont aussi parfois surprises de leur envoi en prison, en particulier lorsqu'elles n'ont pas été entendues ni prévenues en avance. Selon les auteur-e-s, le fonctionnement particulier de l'internement administratif en fait une cause de mal être. Les interné-e-s sont enfermé-e-s avec des personnes emprisonnées selon le système pénal. Ce qui implique procédure de défense et connaissance du jours de sortie. Les interné-e-s n'ont pas forcément accès à ces deux points précis mais sont soumis au même régime et le subissent de manière exacerbée puisque leur destin leur est inconnu.

    La seconde partie s'intéresse à l'expérience de l'internement, encore une fois en commun avec les personnes emprisonnées selon le droit pénal. Les auteur-e-s s'intéressent à plusieurs aspects particuliers. La santé est l'un des points importants. En effet, l'expérience d'internement implique une santé défaillante pour plusieurs raisons. Premièrement, le travail difficile peut impliquer des risques. Les auteur-e-s intègrent ce risque pour la santé dans l'idée que la prison doit être plus dure que la vie des personnes les plus pauvres. Donc le travail doit être particulièrement difficile voire dangereux. De plus, la santé n'est pas la préoccupation principale des autorités. Vérifier l'état corporel des personnes internées et les soigner implique un coût que ni les communes, ni les états et encore moins Bellechasse ne souhaite. Régulièrement, le directeur de Bellechasse nie les ennuis de santé, les transformant en des simulations afin de se rendre dans un lieu plus facile à vivre

    Le second point concerne le travail. Celui accompli en prison est souvent difficile et rarement utile à l'extérieur, encore moins professionnalisant. Ce sont des travaux d'agriculture pour les hommes et des soins de ménage pour les femmes (défendant ici un ordre genré du travail). Les hommes craignent de perdre leur savoir-faire professionnel tandis que les femmes se plaignent d'un travail difficile et peu ragoutant. Dans les deux cas, il est possible de changer d'affectation mais cela dépend de la direction, qui possède ici un pouvoir important sur les interné-e-s.

    Enfin, un dernier point concerne les liens familiaux et amoureux des personnes interné-e-s. Les recherches de la Commission ont permis de comprendre que la direction de Bellechasse, et les autorités des communes et cantons, s'arrogent le droit de juger des relations connues par les personnes interné-e-s. Ces jugements concernent aussi bien la famille que de possibles mariages. Par exemple, il est possible que la direction de Bellechasse fasse pression sur les femmes afin d'accepter un abandon volontaire de leurs enfants, permettant une adoption légale. Ces pressions, bien entendu, remettent en question à la fois le caractère volontaire et le caractère légal de ces adoptions. De plus, les demandes en mariage et les liens affectifs avec des personnes extérieures peuvent être détruites par une censure des lettres, acte souvent mis en place pour attaquer une relation considérée comme dangereuse. Ainsi, les autorités essaient de défendre leur vision de ce qu'est une famille. Les femmes internées sont censées se marier afin d'éviter des enfants en dehors du mariage mais aussi de vivre comme femmes d'intérieurs. Cela implique un mariage avec un homme capable de subvenir à ses besoins et à ceux d'une famille, donc qui possède un travail salarié et n'est pas alcoolique. Bien entendu, les femmes internées jouent avec cela, acceptant des demandes en mariage qui permettent leur libération puis refusant le mariage. Ce qui pousse les communes à demander un mariage en prison avant toute libération.

    La dernière partie s'attache à comprendre la fin des internements et la vie qui suit, là aussi à partir des lettres conservées dans les archives (les interviews de personnes anciennement internées sont utilisées dans un autre volume). L'expérience de la sortie de prison dépend beaucoup de la procédure cantonale impliquée. Vaud, par exemple, offre une date précise avec une procédure de sortie anticipée en cas de bon comportement. D'autres cantons internent pour un temps indéterminé. La sortie dépend donc de la direction de la prison, des autorités cantonales et des autorités communales. Ce qui pousse la personne internée à chercher des aides internes et externes. Les lettres sont un moyen de prouver leur conformité avec les demandes des autorités. Cependant, dans les cas d'internements pour des temps indéterminés. Ces mêmes lettres peuvent être utilisées afin de contester l'internement et sa légalité. Celles-ci permettent aussi d'appeler à la pitié, souvent par l'usage des liens familiaux. De plus, les auteur-e-s démontrent que l'expérience d'internement a un impact sur la vie ultérieur des personnes qui l'ont connue. Avoir vécu un internement implique la constitution d'un dossier administratif qui peut être réutilisé par justifier un nouvel internement. Ne pas suivre les normes et les ordres, donnés dans le cadre d'un patronage, peuvent aussi implique un nouvel internement, parfois plus long. Les anciennes personnes internées en conscience de ce danger et essaient d'éviter les autorités, par les refus des aides sociales ou en déménageant (certaines vont jusqu'à s'inscrire à la légion étrangère). Loin de permettre une réinsertion l'internement crée un danger pour les personnes qui le subissent de ne pas pouvoir s'échapper d'une logique étatique de contrôle et d'enfermement des personnes considérées comme marginales pour des raisons économiques (chômage) ou morales (l'alcoolisme n'étant pas traité de manière médicale pendant longtemps mais selon son danger pour la vie familiale).

    Après un volume trois qui s'intéresse spécifiquement à l'aspect légal ce quatrième volume permet de mieux comprendre l'internement selon les personnes impliquées. Comme le disent les expert-e-s, les lettres analysées ne sont pas forcément représentatives de toutes les personnes interné-e-s. En particulier, les expert-e-s ont en accès aux lettres censurées et ne savent pas toujours ce qui a conduit à garder ces lettres. Seule l'accès à des lettres délivrées pourrait permettre de mieux comprendre les raisons d'en censurer certaines. Mais cela n'implique pas que leur lecture permet de mieux comprendre la vie à l'intérieur de la prison de Bellechasse et les effets d'un internement administratif aussi bien du point de vue professionnel que sur la santé ou encore les liens sociaux et familiaux.

    Image : Éditeur

  • The good place 2

    Eleanor a compris ! Ce qui lui a été vendu comme le paradis, après sa mort, n'est pas le paradis. C'est un concept forgé par Michael. Son but est de créer un moyen pour que des humain-e-s, choisis spécifiquement, se torturent mutuellement pendant plusieurs milliers d'années. Mais Michael a échoué, non seulement Eleanor a compris ce qui se déroule mais le petit groupe d'humain-e-s choisis pour cette expérimentation a réussi à travailler ensemble afin de se rendre meilleurs. Ceci n'est pas censé être possible et les autorités des enfers ne sont pas heureuses. Il est donc décidé de relancer l'expérimentation en effaçant les souvenirs des 4 humain-e-s impliqué-e-s. Mais cela suffira-t-il à les empêcher de comprendre et de s'entre-aider ?

    SPOILERS

    Depuis le début, la série se pose sur des questions philosophiques. L'une des questions principales est comment devenir une meilleure personne. Dans le monde de The Good Place les bonnes actions donnent des points positifs et les mauvaises actions des points négatifs. Il est donc logique de souhaiter faire de bonnes actions et entre dans un paradis. Cependant, il faut se demander comment le faire. Les actions ont des conséquences, parfois inattendues. La série montre très bien cette complexité des processus de décisions. Un acte pensé bénéfique peut impliquer du négatif tandis qu'un acte négatif peut être commis dans un but positif. Ainsi, il est clair dès le début que le système montré dans la série ne peut pas fonctionner car on ne peut pas quantifier facilement des processus de décisions complexes.

    Bien entendu, la seconde décision concerne la raison des bonnes actions. Dans le cadre de la série, une bonne action réalisée afin de recevoir quelque chose en retour est immédiatement annulée. En effet, agir simplement en vue d'une récompense n'est pas une action positive mais une action à but égoïste. Cette saison répond à la question lors du tout dernier épisode. Celui-ci nous montre Eleanor essayer d'être meilleure sur Terre. Mais ce qu'elle reçoit n'est pas positif. Elle perd des ami-e-s, son travail, son appartement et elle est attaquée en justice. On peut sérieusement se demander si être une personne qui agit positivement est utile si cela implique non seulement une absence de récompense mais une punition. La série répond grâce à un autre personnage, Chibbi, et sans donner celle-ci je la trouve plutôt intéressante. En conclusion, une seconde saison tout aussi bien écrite que la première. La réalisation n'hésite pas à poser des questions difficiles sans donner de réponses précises, nous laissant réfléchir.

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    ***** Impossible de trouver des points négatifs.

    Image : Site officiel

  • The Expanse 2

    L'équipage du Rocinante a assisté, horrifié, à l'attaque contre la colonie d'Éros. Illes comprennent enfin quels sont les enjeux liés à la protomolécule. Une colonie entière, tout une population, détruite simplement pour comprendre le fonctionnement d'une forme de vie qui pourrait ne pas provenir du système solaire. Que ce soit son capitaine, Holden, ou les autres membres de l'équipage, tout le monde est d’accord : les responsables doivent être châtiés. Vu que Éros est un astéroïde, l'OPA souhaite aussi trouver les responsables et les empêcher définitivement de nuire. Cependant, il faut aussi prendre en compte Mars et la Terre. Les relations entre les deux planètes sont de plus en plus tendues et il se pourrait bien que l'humanité assiste aux débuts de sa première guerre interplanétaire. Que fera l'OPA dans ce contexte ? Personne ne le sait vraiment...

    SPOILERS

    La découverte de The Expanse fut une révélation pour moi. Je ne crois pas avoir vu une série de SF prise aussi au sérieux depuis Battlestar Galactica. The Expanse, adapté d'un roman, met en place un monde politique compliqué en nous donnant seulement quelques bribes d'informations. La série comprend aussi l'importance des détails pour la création d'un monde. On peut ne pas les voir mais leur existence permet d'accepter que cet univers fonctionne selon des règles logiques et compréhensibles.

    Tout comme la saison 1, la saison 2 réorganise le système politique en prenant en compte les tensions de la guerre et l'arrivée d'une nouvelle technologie potentiellement illimitée. La série n'hésite pas à montrer que la guerre ne dépend pas uniquement de complots ou de la volonté des dirigeant-e-s. Elle peut aussi éclater simplement par une incompréhension mutuelle ou une envie de contrôler de prêt ce que l'adversaire est en train de faire. Ainsi, les quelques batailles de la série, spectaculaires et dévastatrices, ont rarement lieu auprès de Mars ou de la Terre. Seule la destruction de l'une des lunes de Mars pourrait être considérée différemment. Mieux encore, la série fait la différence entre éthique, droit et realpolitik. On nous apprend que plusieurs accords existent pour réglementer les guerres. Mais cela n'empêche pas de les briser. La protomolécule est utilisée et testée contre des personnes pauvres, isolées, qui meurent. Malgré ces expériences sur des humain-e-s tous gouvernements veulent cette molécule et acceptent les tests, parfois au prix de leurs propres citoyen-ne-s. Bref, la série nous explique que l'éthique existe mais que la realpolitik pend rapidement devenir plus importante et rendre les relations entre états et personnes plus difficiles et dangereuses.

    Pour rendre la série intéressante il faut aussi s'intéresser aux personnages. The Expanse a de nombreux personnages intéressants et cette nouvelle saison ajout une martienne patriote et va-t-en-guerre. Son existence permet de mettre en question certains actes du gouvernement martien. Mais ce qui me semble le plus intéressant est l'équipage du Rocinante, constitué de personnes provenant de différents lieux. Amos et Alex sont surtout présent comme suiveurs. Naomi est la boussole morale du groupe. Holden, en revanche, est quelqu'un qui essaie toujours de choisir la meilleure voie, pour être quelqu'un de bien. Cette saison le montre devant des décisions de plus en plus compliquées. Afin de suivre son but, détruire toutes traces de la protomolécule, il doit accepter de commettre des actes de guerre et de piratage qui placent le bien de l'humanité avant le bien des individus. Cela n'est pas spécifiquement immoral mais peut impliquer de faire du mal ou de refuser d'aider des personnes. La question de savoir quelle est la limite se pose donc de plus en plus pour ce personnage et ses actions. D'une certaine manière, Holden incarne la capacité pour une personne morale de perdre sa capacité à différencier le bien du mal à partir du moment où les problèmes des individus sont oubliés face aux problèmes de l'humanité. Ce qui permet de (se) justifier des actes que l'on refuserait d'accomplir dans d'autres contextes.

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    ***** Une saison 2 à la hauteur de la saison 1. La série est lente, certes, mais elle fait surtout attention aux détails et à la logique interne.

    Image : Site officiel

  • East of West 9 par Jonathan Hickman et Nick Dragotta

    Titre :  East of West 9
    Auteurs : Jonathan Hickman et Nick Dragotta
    Éditeur : Image Comics 22 mai 2019
    Pages : 136

    Ce volume contient East of West 39-42. Ce volume 9 est, si j'ai bien compris, l'avant-dernier. La fin des temps approche rapidement et tous les personnages sont progressivement placés à leur place par les auteurs. Ce neuvième volume est avant tout un moyen de comprendre le passé de ces personnages et de montrer quelques surprises. Bien que ce passé soit intéressant, il n'y a ici rien qui ne soit pas connu ou inattendu.

    Ce tome permet donc surtout de mettre en avant les raisons qui se cachent derrière la colère qui existe entre les 4 cavaliers de l'apocalypse. Enfin, on nous montre la bataille durant laquelle Mort s'est attaqué aux autres cavaliers. Et on sait que Mort et Guerre vont probablement se combattre à nouveau. On en sait aussi plus sur le fonctionnement de Chamberlain et du père du Prince John. Malheureusement, les auteurs ne nous donnent aucune information sur le fonctionnement et la raison de la fin des temps. Est-ce une véritable fin ou un recommencement ?

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    **** Bien que ce volume permette surtout de remplir les vides avant la fin de la série, et que les informations offertes sont connues, j'ai apprécié ma lecture ainsi que les dessins de Dragotta, toujours aussi réussis.

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    Image : Éditeur

  • Doctor Who: The good Doctor par Juno Dawson

    Titre :  L'opération Walkyrie juillet 1944. La chance du diable
    Autrice : Juno Dawson
    Éditeur : BBC Books 25 octobre 2018
    Pages : 240

    La Doctor arrive tout juste sur une planète. Celle-ci est contrôlée par une espèce canine, descendante de Laïka, et une petite colonie humaine. Mais les relations entre les deux espèces sont difficiles. Une guerre civile a lieu tuant de nombreuses personnes dans les deux camps. La Doctor arrive alors que cette guerre se termine, par la victoire de l'espèce canine locale. Mais elle n'accepte pas cela et en à peine quelques minutes elles réussit à créer un traité de paix égal devant permettre un nouvel âge de prospérité. Cette réussite est quelque peu amoindrie par Ryan qui perd son natel sur la planète. Le recherchant, l'équipe TARDIS se retrouve sur la même planète mais 600 ans plus tard. Et les choses sont bien différentes mais dans le mauvais sens du terme.

    SPOILERS

    À mon avis ce roman est l'un des meilleurs actuellement écrit. Tout simplement parce que, pour une fois, l'autrice examine les conséquences inattendues d'une action de la Doctor. Dans le cas précis, son arrivée devient un mythe qui fonde une religion. Celle-ci est basée sur un livre qui décrit les actes et paroles de la Doctor afin de justifier le fonctionnement de la société. Cependant, c'est Graham qui est pris pour le Doctor tandis que ses paroles sont modifiées afin de mettre en place une société à la fois raciste et misogyne. Les hommes sont en haut de l'échelle. Les femmes et les Lobas sont respectivement soumis et mis en esclavage. Il faut noter que l'autrice explicite cette organisation par les liens amoureux et sexuels entre femmes et Lobas. Ces liens auraient créé une épidémie considérée comme un châtiment divin. Bien entendu, on ne peut que penser au fonctionnement des églises actuelles qui ont justifié des infériorités en se basant à la fois sur des écrits et sur des interprétations.

    Mais ce qui j'apprécie le plus dans ce roman est la raison de l'existence de cette société. Celle-ci se base sur les propos de Graham et, en particulier, une blague qu'il a faites en partant de la planète la première fois. Bien qu'il ne souhaitât pas faire de mal cette blague a permis de justifier une vision spécifique des Lobas comme inférieurs et soumis à l'humanité. On ne peut que faire le parallèle avec l'humour raciste et/ou misogyne régulièrement défendu au nom de la liberté d'expression. Le roman montre parfaitement que ces blagues, même faites sans arrière-pensées, ont un effet délétère. À travers de simples mots se voulant drôle on peut défendre et justifier un ordre social inégalitaire. Il est tout aussi intéressant que Graham ait été mis en avant sur ce point. Graham, dans la série, est montré comme bienveillant. Cela ne l'empêche pas de ne pas forcément avoir conscience de sa place dans la société. L'épisode autours de Rosa Parks le montre en train de comprendre ce qu'il doit faire et donc ce qu'il doit être pour que l'histoire continue comme elle devrait. À mon avis, le choix de ce personnage comme fondateur de la société décrite dans ce livre n'est pas un hasard. Je pense que l'autrice a parfaitement compris son utilité et son rôle de la série et l'utilise de la même manière.

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    **** Les romans Doctor Who sont souvent médiocres au mieux. Mais celui-ci est clairement au-dessus du lot.

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    Image : Éditeur

  • Greta

    TW : harcèlement, mauvais traitements

    Frances est une jeune femme de Boston. Elle a récemment déménagé à New York chez une amie étudiante. Elle travaille en tant que serveuse dans un restaurant luxueux de la ville. Sa vie est loin d'être parfaite. Elle est brouillée avec son père après avoir perdu sa mère. Mais elle continue de vivre et de faire la fête. Un jour, elle découvre un sac oublié dans le métro. Les objets trouvés étant fermés elle décide de se rendre directement chez la personne pour le lui rendre. Cette personne se nomme Greta. Elle a perdu un grand nombre de personne dans sa vie et se sent seule. Alors que Frances tente de l'aider elle se rend compte, ainsi que sa colocataire, que quelque chose est bizarre dans le comportement de Greta.

    SPOILERS

    Ce film est particulièrement bon. J'ai été stressé du début à la fin alors que la réalisation nous donne des indices d'abord subtils puis de plus en plus inquiétant. Ce que le film nous montre est le fonctionnement d'une personne manipulatrice qui fait tout pour contrôler la vie de quelqu'un. Cela commence simplement par un rapprochement émotionnel. Le partage de son passé et du besoin de retrouver une mère ou une fille. Puis, Greta commence à agir comme une mère utilisant des mots et des gestes. Petit à petit, se met en place une prise de contrôle de la vie de Frances qui ne peut plus échapper à Greta, celle-ci la suivant partout. Le film montre particulièrement bien que tenter d'échapper à de telles personnes implique de risquer des réactions violentes de plus en plus importantes. Malheureusement, le film ne donne pas de recettes pour éviter ces situations, étant un thriller ce n'est pas son but.

    Le film nous parle aussi des personnes d'autorités, police comme patrons. À plusieurs reprises, Frances tente d'alerter la police. Celle-ci se contente d'enregistrer le problème mais ne le résout pas. Le seul conseil que le personnage reçoit est d'ignorer Greta, un conseil particulièrement dangereux et inutile. Pire encore, Frances n'est pas prévenue lorsque Greta est libérée par la police, la plaçant en danger. La justice aussi échoue puisqu'elle ne peut pas offrir une protection officielle à Frances. Son patron aussi échoue. Il s'intéresse plus au calme de son restaurant qu'aux risques que doit prendre son employée face à une personne dangereuse. Bref, on observe là quelque chose que beaucoup de personnes décrivent dans les cas de harcèlement : l'incapacité des autorités et des entreprises à gérer ces actes et à protéger les victimes qui doivent, souvent, enquêter seules et agir seules tout en risquant de perdre ami-e-s, famille, habitation et travail.

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    ***** Un thriller qui me stress encore plusieurs heures après l'avoir vu. Toutes les actrices sont magistrales.

    Image : Site officiel

  • Men in Black International

    Il y a plusieurs années, deux agents des Men in Black ont sauvé le monde d'une espèce nommée la Ruche. Dans le même temps, une enfant nommée Molly voyait des Men in Blacks et un alien. Elle n'a jamais oublié et depuis 20 ans elle recherche le lieu où se trouve cette agence. Après toutes ces années de recherche elle a enfin un indice qui lui permettrait de trouver les MIB et surtout d'entrer en tant qu'agente. Mais la vie de ces personnes est loin d'être facile. Ce sont des inconnu-e-s qui n'auront jamais de vie sociale. Pire encore, illes risquent leur vie pour gérer le monde alien caché sur Terre. Le danger est démultiplié alors que l'agence de Londres semble être compromise. Mais qui croire, à qui faire confiance et comment lutter contre une agence entièrement secrète ?

    SPOILERS

    Ce film est sorte de reboot sans le dire. Le fonctionnement des MIB, tel qu'il a été mis en place dans les 3 films de la licence, n'est pas remis en cause. Les mêmes véhicules, les mêmes armes, les mêmes aliens parfois. Cependant, il remet en question l'histoire du MIB pour l'étendre quelque peu. Au lieu d'une unique agence à New York on apprend que le MIB possède plusieurs agences avec une hiérarchie précise. Plus encore, son histoire est plus ancienne. Au lieu d'un lancement dans les années 60 les MIB existent depuis le XIXème siècle par la création de la tour Eiffel par l'ingénieur du même nom. Cela pourrait être intéressant, si vous appréciez de connaitre l'histoire global d'un univers.

    Tout comme les opus précèdent, ce film est censé être humoristique. Bien que certaines scènes et blagues aient eu la capacité de me faire légèrement sourire, je suis resté majoritairement de marbre. Bien entendu, il est possible que la traduction n'ait pas permis de transmettre certaines subtilités. Mais j'ai eu l'impression que le film échoue à faire vraiment rire. Il semble surtout se reposer sur Hemsworth et les (in)capacités de son personnage, H. D'ailleurs, le film semble jouer sur l'aspect très esthétiquement appréciable de Chris Hemsworth à plusieurs reprises (et personne ne s'en plaint). Mais le plus problématique est la facilité à comprendre l'intrigue. Les surprises n'en sont pas et il suffit de réfléchir deux secondes pour comprendre dans quelle direction on va nous emmener.

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    ** Sans être affreusement mauvais je conseillerais d'attendre la sortie à la TV

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    Image : Site officiel

  • Jessica Jones: Purple Daugter par Kelly Thompson, Mattia de Iulis, Filipe Andrade et Stephane Paitreau

    Titre :  Jessica Jones : Purple Daugter
    Auteur-e-s : Kelly Thompson, Mattia de Iulis, Filipe Andrade et Stephane Paitreau
    Éditeur : Marvel 7 mai 2019
    Pages : 136

    Le pire cauchemar de Jessica Jones a eu lieu. Un jour, sa fille est devenue violette. Ni elle ni son mari ne sont capables de comprendre ce qui est en train de leur arriver. Mais les deux savent que leur vie prend un tournant difficile. Danielle est-elle vraiment leur fille ? L'homme pourpre est-il réellement mort ? que va-t-il arriver à leur couple si les réponses ne sont pas celles espérées ? Et surtout : qui a fait ceci à Danielle ? Jessica Jones fait donc ce qu'elle est le mieux capable de faire : elle décide de mener l'enquête. Si elle trouve la personne responsable celle-ci pourrait bien ne pas s'en remettre.

    SPOILERS

    Kelly Thompson continue à écrire de bonnes histoires autours de Jessica Jones. Tout comme le précédent, ce volume permet aussi bien de lier Jessica Jones à l'univers Marvel que de s'intéresser aux effets précis sur elle et son couple d'un événement traumatique. Dès le début, Thompson ne sous-estime pas l'effet que peut avoir la perte d'un enfant sur un couple. Certes, Danielle n'est pas morte mais elle risque de changer définitivement. Mais l'autrice ne sous-estime pas non plus la force du couple qu'elle écrit. Illes ont peurs mais n'abandonnent pas.

    De plus, ce volume permet d'étendre un peu l'univers de Jessica Jones. Alors que nous connaissions surtout un ennemi, Purple Man, ce volume permet de mettre en avant les enfants de cet ennemi. Outre une jeune femme, Kara, l'autrice nous montre un groupe d'enfants dont le but semble être de contrôler leur père ou de réparer ses actes. Mieux encore, l'autrice joue sur le fonctionnement de Killgrave pour montrer l'impact que ses actes peuvent avoir sur un fils qui sait être une déception. En bref, un second volume que j'apprécie autant que le premier.

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    ***** Encore une réussite pour les comics Jessica Jones

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  • Des lois d’exception ? Légitimation et délégitimation de l’internement administratif. CIE Internement administratif volume 3 par Christel Gumy, Sybille Knecht, Ludovic Maugué, Noemi Dissler et Nicole Gönitzer

    Titre : Des lois d’exception ? Légitimation et délégitimation de l’internement administratif. CIE Internement administratif volume 3

    Auteur-e-s : Christel Gumy, Sybille Knecht, Ludovic Maugué, Noemi Dissler et Nicole Gönitzer

    Éditeur : Alphil 2019

    Pages : 448

    Ce livre est le troisième volume, sur 10, des rapports de la Commission Indépendante d'Expert-e-s chargé-e-s d'examiner l'histoire des placements à fin d'assistances avant 1981 en Suisse. Le premier volume se concentrait sur des histoires de vie. Le second résumait la recherche. Ce troisième volume entre dans le vif du sujet en s'intéressant, spécifiquement, à l'histoire du droit de l'internement administratif. Cette histoire implique de remonter au XIXème afin de bien comprendre la mise en place des différentes lois cantonales, la manière dont les oppositions argumentent et la progressive délégitimation de l'internement administratif comme forme de prophylaxie sociale. Le livre est divisé en 5 parties.

    La première partie ainsi que la dernière forment l'introduction et la conclusion des réflexions du livre. Le premier chapitre est une longue explication de l'histoire juridique de l'internement administratif à Fribourg. Il permet d'exemplifier la conceptualisation de l'internement comme moyen de prophylaxie sociale. En effet, loin d'être un moyen d'assistance, l'internement administratif fribourgeois est pensé comme un moyen d'éviter les coûts importants de l'aide sociale pour les communes. De plus, un internement permet la mise au travail dans la prison de Bellechasse de catégories sociales qui remettent en cause le fonctionnement de la société chrétienne fribourgeoise (l'importante du travail et de la famille mais aussi d'une division des rôles selon le genre). La fin du livre permet d'ouvrir les réflexions sur le présent. En particulier, le dernier court chapitre nous parle de l'internement des populations dites requérantes d'asiles ou sans-papiers en vue de leur expulsion. L'autrice nous demande si nous ne nous trouvons pas dans un fonctionnement comparable aux lois examinées dans le livre et dans le cadre de la CIE.

    La seconde se concentre sur la question de l'alcoolisme. Entre le XIXème et le XXème siècle l'alcoolisme, en particulier la consommation des classes populaires, est problématisées par différentes associations laïques comme religieuses. La consommation abusive d'alcool est vue comme un danger pour la famille, les hommes buvant leur salaire au lieu de prendre soin de leur ménage. À Fribourg, et dans d'autres cantons, les législateurs ont donc décidé de prévoir des formes d'internement administratif en cas d'alcoolisme. Bien que, durant le XXème siècle, l'internement soit de plus en plus pensé comme moyen de cure les personnes impliquées étaient envoyées en prison, mis au travail. Le chapitre qui s'intéresse au canton de Fribourg démontre d'ailleurs les tensions entre logique médicale et logique policière, les préfets refusant de perdre le droit d'interner des personnes considérées comme socialement dangereuses et les médecins exigeant des certificats médicaux pour un internement.

    La troisième partie examine l'internement administratif comme moyen de contrôle social de comportements jugés déviants, en particulier les vagabonds et les femmes qui se prostituent (bien qu'il existe des hommes qui se prostituent ils ne sont que peu examinés par les instances d'internement, je ne serais pas étonné que l'usage du Code pénal soit prégnant ici). Les vagabonds sont considérés dangereux car ils mettent en question l'ordre social basé sur le travail salarié et l'habitat stable. Selon les autorités de l'époque, ces personnes coutent chers et sont dangereuses. Il est donc nécessaire de les interner afin de leurs apprendre à travailler. En ce qui concerne la prostitution, il faut insérer la Suisse dans les tentatives internationales de supprimer la prostitution. En Suisse les codes pénaux cantonaux ne s'intéressent pas toujours aux actes de prostitution, sauf dans les cas de racolages. Le Code pénal Suisse de 1942 ne pénalise que le racolage. Face à ce changement légal, et un contexte de prise de pouvoir socialiste, le canton de Vaud examine l'opportunité, durant les années trente, de créer une procédure d'internement administratif dédié aux femmes qui se prostituent. Celle-ci sera mise en place sous les pleins pouvoirs en 1939, sous la forme d'un arrêté, puis légalisé en 1942 et 1945 avant sa suppression dans les années 60. La recherche montre que cet internement s'intéresse spécifiquement aux femmes de Lausanne. Plutôt qu'une aide à la sortie de la prostitution, un travail qui peut être lié à une forme de précarité salariale, l'internement administratif est un moyen d'éviter les scandales publics. La police communale même avoue que la prostitution n'a pas disparu mais qu'elle est bien plus discrète. La fin de la guerre implique, d'ailleurs, une baisse spectaculaire des internements. Ainsi, dans les deux cas, le but officiel est l'éducation au travail mais le but tacite est de protéger un ordre sociale basé sur la division sexuelle du travail et l'ordre public.

    La quatrième partie se concentre sur l'internement en maison d'éducation des enfants et la justice des mineur-e-s. Celle-ci est progressivement mise en place à la fin du XIXème siècle en occident en se basant sur une pratique de Chicago. Le but est de s'intéresser à l'individu et non à l'acte. La justice ne pratique plus des peines mais donne des décisions en vue d'une modification du comportement de l'enfant, à l'aide d'expert-e-s en psychologie et en travail social. L'un des exemples examinés est celui du tribunal du canton de Vaud, déjà bien connu grâce à la thèse de Numa Graa. Le premier juge, connu dans toute l’Europe, est Maurice Veillard. L'examen de ses décisions et de ses idées permet de comprendre que l'internement des enfants répond à une logique de défense de l'ordre social. En particulier, l'action du juge dépend du sexe biologique des enfants. Les garçons sont en danger d'être violents et voleurs. Les filles sont examinées selon le danger de la prostitution et d'une sexualité considérée comme dangereuse et illégitime. Les actions sont différentes selon cette division duale. Alors que les garçons doivent devenir des hommes travailleurs capable de gagner assez d'argent pour s'occuper d'un ménage les filles sont entrainées à la maternité et à la tenue du ménage. Comme le démontre le chapitre, ce n'est que tardivement que cela est mis en question ainsi que la logique d'un internement fermé.

    Ce troisième tome permet de comprendre non seulement l'histoire du droit de l'internement administratif via quelques exemples mais aussi les raisons derrière les lois et leurs suppressions. Bien que l'internement administratif soit défendu comme moyen d'assistance et d'éducation la CIE a démontré que le but est de défendre un ordre social précis. En résumé : les hommes travaillent régulièrement et reçoivent un salaire tandis que les femmes vivent dans le cadre de la maternité. Les personnes qui ne s'inscrivent pas dans cet ordre sont emprisonnées afin d'être normalisées.

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  • Dark Phoenix (X-Men)

    Dark Phoenix commence durant les années 90, quelques temps après les événements d'Apocalypse. Les mutant-e-s et les X-Men sont enfin appréciés et aimés du monde entier. Malgré les attaques destructrices du dernier épisode, les individus qui constituent l'équipe de X-Men sont célèbres. La présidence des Etats-Unis a lien direct avec le Professeur Xavier et n'hésite pas à l'utiliser afin de demander de l'aide. Cet équilibre est, malgré tout, instable. Il suffit de peu pour que la guerre entre l'humanité et les mutant-e-s recommence, menant à un retour des combats de rue contre les autorités et entre les groupes de mutant-e-s. Ces conflits latents risquent d'être mis en plein jour lorsque Jean Grey absorbe une énergie alien, devenant la cible d'une ancienne civilisation.

    SPOILER

    Dark Phoenix est, probablement, le dernier film X-Men de la fox. On peut mentionner le prochain New Mutants mais personne ne sait si et quand il va sortir. Ce dernier film, qui termine une trilogie débutée avec First Class, n'est pas mauvais tout en n'étant pas une réussite. Qu'on le dise immédiatement, le film est meilleur qu'Apocalypse. L'intérêt plus important envers la psychologie des personnages plutôt qu'une menace de fin du monde joue probablement sur une intrigue qui devient plus intimiste, portée par la musique d'Hans Zimmer qui préfère les basses au spectaculaire. Mais il me semble que le film ne sait pas dans quelle direction se diriger. J'ai l'impression que l'intrigue a dû être réécrite afin de terminer une histoire au lieu d'en ouvrir une autre. En effet, des pistes existent pour de prochains films. Mais celles-ci sont inutiles vu que Disney a racheté les droits. Bref, le film semble être en équilibre entre l'ouverture de nouvelles intrigues et la nécessité de terminer l'histoire de ses personnages, parfois d'une manière un peu artificielle.

    En effet, un personnage particulier meurt dans ce film : Raven. Sa mort me semble difficile à accepter au vu de ses pouvoirs mais surtout elle ne sert qu'à lancer les intrigues de deux personnages : McCoy et Magneto. Sans la mort de Raven aucun de ces deux personnages n'auraient choisis la direction que le film leur donne. Encore une fois, une femme meurt pour que des hommes voient leurs intrigues se développer. Heureusement, ce qui manque à Raven est offert à Jean Grey. Outre son passé, on en apprend plus sur ses relations avec ses parents et Xavier. Jean, depuis son plus jeune âge, est considérée comme dangereuse. On lui a inculqué la nécessité de contrôler ses émotions afin d'éviter que ses pouvoirs ne se développent trop. Pire encore, Xavier lui ment régulièrement, même si ces mensonges sont créés par amour. Durant ce film, Jean commence à apprendre à accepter ses émotions, le manque de contrôle et donc la possibilité d'user de ses pouvoirs au plus fort de ses capacités.

    En revanche je dois avouer que ce film pose enfin la question de Xavier, et que j'ai fortement apprécié cela. Charles Xavier est un médium. Depuis le début des X-Men on le montre en train de manipuler les gens, de lire leurs pensées, d'empêcher des personnes de bouger pour fuir lors d'actions illégales et d'utiliser des enfants pour se battre dans une guerre. Jamais ces actions ne sont questionnées. Cependant, ce film questionne le fonctionnement de Xavier dès les premières minutes lors des magnifiques scènes de sauvetage d'Endeavour. Au lieu de laisser sa sœur, Raven, prendre les décisions il oblige l'équipe à prendre des risques et à mettre en danger tout le monde. Immédiatement, Raven l'accuse de plus apprécier la célébrité que la sécurité des mutant-e-s et elle se demande si elle ne devrait pas partir remarquant que la majorité des mutant-e-s pris en charge par Xavier dans les X-Men sont mort-e-s. Plus tard, la remise en cause des actes de Xavier est encore plus importante alors que la perte de contrôle de Jean menace. Il avoue avoir manipulé l'esprit de Jean afin de l'empêcher de se souvenirs de certains événements, oubliant la nécessité de comprendre et d'accepter colère et tristesse. Bien que cela soit tardif, Xavier accepte et reconnait ses erreurs. La fin du film permet de voir l'école être tenue, enfin, par une personne qui a réellement à cœur le bien-être des enfants.

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    *** Un film moyen que j'ai tout de même bien apprécié. Je ne me suis pas ennuyé.

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    Image : Site officiel

  • Les questions sur le passé sont des questions du présent. Aperçus de l’internement administratif. Volume 2 sous la direction de Joséphine Métraux, Sofia Bischofberger et Luzian Meier

    Titre :  Les questions sur le passé sont des questions du présent. Aperçus de l’internement administratif. Volume 2
    Direction : Joséphine Métraux, Sofia Bischofberger et Luzian Meier
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 272

    Les travaux de la Commission Indépendante d'Expert-e-s Internement Administratif sont en cours de publication. Le premier volume était destiné à présenter des parcours de vie, parfois reconstitué via les sources parfois reconstitué par des entretiens. Ce second volume, 2b pour préciser la version française, se concentre sur l'explication des travaux de la Commission. Pour cela, les auteur-e-s se concentrent sur plusieurs aspects.

    Premièrement, les auteur-e-s nous présentent quelques sources concernant le sujet de recherche. Ceci permet non seulement de comprendre de quelle manière les sources sont utilisées mais aussi de lire, dans le texte, les propos de l'époque. Plusieurs de ces sources sont d'ailleurs déjà analysée sur le site de la Commission. En fin d'ouvrage, une autrice est mobilisée afin d'analyser les romans qui ont été écrit par des victimes d'internement. L'autrice explicite le fonctionnement de différentes œuvres et leur importance pour comprendre le thème.

    En second lieu, le livre se concentre sur plusieurs thèmes. Ceux-ci sont des questions clés pour comprendre l'internement administratif. Ces chapitres permettent de recevoir les informations principales concernant les travaux de la Commission. Mieux encore, chaque explication renvoie en direction du chapitre et du livre dédiés à son analyse. Ces questions sont ensuite mobilisées pour permettre une réflexion sur leur pertinence pour le temps présent, justifiant le titre du volume. Ces réflexions sont celles des membres de la Commission. Celleux-ci utilisent leur expertise pour permettre de comprendre de quelle manière on pense et on a pensé la pauvreté, la famille, la prison mais aussi la sexualité et donc, en somme, ce qui est normal de ce qui est marginal.

    Ce second tome utilise aussi l'art pour mieux expliciter la signification d'un internement administratif sur une personne. Plusieurs auteur-e-s ont été mobilisé-e-s pour écrire de courts textes autours des thématiques présentées. Ces auteur-e-s utilisent les sources, les récits et les documentaires comme outils pour écrire chacun des textes. Certains sont particulièrement réussis. Ce processus, que je trouve intéressant, permet de donner une substance plus humaine à un processus administratif destructeur face aux individus.

    Image : Éditeur