Histoire mondiale des féminismes par Florence Rochefort

Titre : Histoire mondiale des féminismes
Autrice : Florence Rochefort
Éditeur : PUF mars 2019
Pages : 128

Bien que j'aie suivi quelques cours et lu quelques livres je n'ai pas une connaissance importante de l'histoire du féminisme, en particulier dans une perspective internationale. Pour cette raison, je me suis procuré ce petit livre avec beaucoup de curiosité. L'autrice se défie de réussir une histoire globale des féminismes depuis 1789 jusqu'à aujourd'hui. Bien entendu, la collection dans laquelle cette histoire est oubliée implique de rester synthétique. Des informations plus importantes sont disponibles dans la bibliographie. Pour réussir son paris l'autrice met en place 3 chapitres.

Le premier s'intéresse à la période de 1789-1860. Florence Rochefort débute par les révolutions françaises et américaines. Elle explicite les demandes d'égalité que ces révolutions, et l'idée de droits humains, implique. Mais elle démontre aussi la difficulté d'atteindre cette égalité puisque les différents parlements refusent celles-ci et interdisent certaines formes de militantismes féminins. La seconde période implique aussi les débuts du socialisme et son lien avec le féminisme, du moins au début. Ces liens sont d'abord importants avant de devenir plus distendus, en particulier sous l'influence de Proudhon.

La seconde période est celle de 1860 à 1945. L'autrice commence son chapitre en parlant du passage d'organisations nationales à l'internationale. En lien, et contre, les internationales socialistes certaines féministes essaient de créer des organisations internationales chargées de fédérer des mouvements nationaux. Ce sont en particulier les droits politiques qui y sont défendus, parfois avec une position colonialiste qui est aujourd'hui critiquée. Bien entendu, la Société des Nations et l'ONU donnent un nouvel élan à cette forme d'internationalisation des féminismes. La période permet aussi un renouveau de la lutte en faveurs du suffrage féminin, parfois de manière violente comme en Angleterre. Cette lutte se termine plus ou moins après la Deuxième Guerre Mondiale en occident. En effet, certains pays n'ont toujours pas l'égalité politique tandis que les colonies sont laissées de côté.

Enfin, le troisième chapitre s'intéresse à la période 1945-2000. C'est une période de continuité et de renouveau. Les féminismes réformistes sont toujours existants et commencent à s'intéresser au droit à la contraception. Mais les années 60 impliquent une nouvelle génération et de nouvelles demandes, même si certaines existaient déjà au XVIIIème siècle. Le féminisme des années 60 est radical mais entre en déclin dans les années 80. Ensuite, les mouvements s’institutionnalisent afin de défendre certaines idées précises tandis que les féminismes sont critiqués et développés dans une direction antiraciste et de compréhension des sexualités. Le livre se termine sur les apports de ces féminismes sur les sociétés actuelles.

Ce petit livre est très dense. L'autrice, à mon avis, réussit parfaitement à résumer 200 ans d'histoire. Elle montre de quelle manière les idées sont développées et défendues au fil du temps mais aussi les changements importants. Mieux encore, elle réussit à mettre en avant une perspective internationale en mentionnant les mouvements de pays africains ou asiatiques et leurs créatrices. Cependant, la taille du livre implique de ne pas pouvoir les examiner de manière précise même si l'autrice fait attention à démontrer les tensions avec les féminismes occidentaux.

Image : Éditeur

Commentaires

  • C'est, de tout temps, l'esprit de la femme qui a guidé le monde. Quand la femme pense et agit, le monde marche ; quand elle tombe dans l'apathie intellectuelle, quand elle se laisse réduire en esclavage et abdique son pouvoir, le monde tombe dans l'obscurité.
    Tous les grands mouvements de l'esprit sont dus à l'initiative féminine. La femme donne l'impulsion, l'homme la suit.
    Le grand mouvement philosophique qui au XVIIIème siècle a remis tous les problèmes de la Nature en discussion a été, tout entier, fait par des femmes.
    La marquise de Lambert, Mme de Tencin, Mme Geoffrin, inspirent Fontenelle et son école. La marquise du Deffand, la baronne de Staal, surtout la marquise du Châtelet, influencent l'esprit de Voltaire. Mlle de Lespinasse fait d'Alembert. Mme d'Épinay, la comtesse d'Houdetot font Rousseau. Mme d'Épinay, cette petite femme que Voltaire appelait « un aigle dans une cage de gaze », fait aussi Grimm.
    C'est ce grand réveil de la pensée féminine, se dégageant subitement des entraves du Christianisme, qui prépare la Révolution.
    C'est par les Femmes que l'œuvre de rénovation sociale s'accomplit au XVIIIème siècle ; cette œuvre prit un élan extraordinaire et se manifesta dans tous les pays à la fois.
    En Angleterre, Mary Hartelle, qui mourut en 1731, fut le véritable pionnier du mouvement féministe anglais.
    En Suède, Mme Anna-Charlotte Leffler fut un des écrivains les plus en vue de l'école réaliste suédoise.
    En France, une femme extraordinaire, Marie-Pauline de Lezardière, publia un livre qui ouvrit une voie nouvelle aux études historiques.
    En Italie nous trouvons Marie Agnesi, jeune fille qui reprend le rôle de la Femme primitive, le rôle divin, et dont la parole vivifiante étonne et charme les hommes comme le Logos antique, cette parole de la Femme primitive, que rien alors n'entravait dans sa libre expression.
    En Espagne, la Reine Isabelle, qui protégea Christophe Colomb.
    En Autriche, Marie-Thérèse, qui savait entraîner les Margraves de Hongrie.
    L'empire de Russie doit sa civilisation à quatre femmes qui y règnent avec éclat.
    La France ne voulut pas de Reine. Elle paya cette impiété par la Révolution qui, elle, ne voulut plus de rois.
    Descendant des trônes, le mouvement se propagea dans la haute société, et c'est dans les salons que vont naître les idées d'indépendance et de progrès.
    C'est dans ces salons philosophiques que commença, le mouvement, qui ne fut, en somme, que l'écho des idées émises par les Femmes. Elles jettent le grand cri de liberté, voulant la libération de leur sexe, asservi depuis le Christianisme ; les hommes répètent leurs mots, leurs phrases, leurs formules, sans en comprendre le sens profond ; elles réclament leurs droits, les hommes alors les réclament aussi, et, chose étrange, dans cette société où l’homme est tout et la Femme rien, nous voyons des révolutionnaires, appliquant à leur sexe les aspirations féminines, demander « les Droits de l'homme », parce qu'ils ont entendu dans les salons des dames demander les droits de la Femme !
    Les hommes demandent leurs droits alors qu'ils les ont tous, alors que, pendant tout le Moyen Age et même la Renaissance, ils ont vécu en despotes, dépassant de beaucoup leurs « droits ».
    Les Femmes initiatrices de l'idée furent : la princesse d'Hénin, la maréchale de Luxembourg, Mme de Bouillon, Mme Geoffrin, Mme Helvetius, la marquise de Condorcet, Mme Necker, Mme Roland, Mme Tallien, Mme Simon, Mme Candeilh, Mme de Tencin, Mme d'Houdetot, Mme d'Épinay, Mme du Châtelet, Melle de Lespinasse, Théroigne de Méricourt, et tant d'autres qui furent les amies des philosophes, véritables hétaïres modernes, qui continuèrent l'œuvre des « sorcières » et jetèrent dans le cerveau des hommes toutes les idées qui firent éclore la Révolution.
    Les unes étaient érudites et lisaient le grec à livre ouvert, d'autres furent des savantes qui élargissaient le champ des connaissances humaines, il y eut des philosophes, et des psychologues, des physiciennes et des naturalistes, toutes étaient charmantes et, par le charme de leur conversation, stimulaient l'esprit masculin.
    Suite : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/la-revolution-francaise-cest-la.html
    Cordialement.

  • Bien dit l Histoire de @ M. Hassan et le commentaire de @ Anwen.

    Il y a 36 ans Françoise Giroud avait dit dans une interview au journal Le Monde daté du 11 mars 1983, non sans intention provocatrice "La femme serait vraiment l'égale de l'homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente."

    Comme quoi!

    Bien à Vous.
    Charles 05

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