Joker

CW : Violences, mentions de violences sur enfants, harcèlement, le film me semble douteux en ce qui concerne son propos sur les malades psychiatriques

Arthur Fleck est un habitant de Gotham. Il vit alors que la ville subit une crise économique importante. Les changements imposés par les coupures de fonds ont eu comme conséquences colères, oubliés et grèves. L'avenir est donc morose. Arthur Fleck réussit tout de même à survivre en tant que clown publicitaire. Mais cela implique de vivre dans un immeuble mal famé avec sa mère. Les deux passent leurs soirées devant une émission humoristique qui se moque de l'actualité. Arthur Fleck souhaite faire la même chose mais réussir en tant qu'humoriste est difficile et la vie ne semble pas lui offrir d'espoir. Petit à petit, il pourrait bien sombrer dans une violence gratuite.

SPOILERS

Comme beaucoup, ma curiosité me poussa rapidement à me demande ce que serait ce film. Ma curiosité fut aussi tempérée par une certaine inquiétude. On pouvait se demander si le film ne risquait pas de rendre acceptable un comportement comme celui des Incels. En effet, le Joker est un personnage malfaisant. Le rendre sympathique ou compréhensible pourrait créer un message dangereux. Ce qui n'implique pas qu'il est impossible d'expliquer ce personnage. Mais il faut suivre un équilibre difficile à atteindre. Du point de vue technique, le film est très maitrisé. On sent que tous les détails ont été pensés pour avoir une signification dans un cadre plus large. Les acteurs, et en particulier Joaquin Phoenix, sont impressionnants.

Le film nous parle fortement car il s'inscrit dans un contexte de crise économique. Une crise qui implique non seulement moins de travail, dans des conditions plus difficiles, mais aussi des fonds moins importants pour le social. En parallèle, les médias et les élites économiques défendent l'arrivée au pouvoir d'un homme riche qui semble avoir peu d'empathies pour les besoins du peuple : Thomas Wayne. On peut penser à certains propos d'Emmanuel Macron par exemple. Ce que montre ce film, c'est un homme qui a des besoins. Un besoin d'être entendu. Un besoin d'être aidé. Un besoin d'être soutenu. Et un besoin d'amour. Sur ce dernier point, le film nous donne des informations sur le passé du Joker qui montrent à quel point il fut abandonné par tout le monde. Arthur Fleck est donc seul et perd absolument tous ses liens avec la société et avec d'autres personnes. De ce point de vue, on peut se demander si la présentation des problèmes, psychiatriques, d'Arthur Fleck est adéquate. Il est rapidement montré comme dangereux semblant créer un lien immédiat entre "folie" et dangerosité, un lien fréquemment dénoncé par les personnes concernées.

Le film crée aussi un lien avec les luttes anticapitalistes. Celui-ci débute alors qu'Arthur Fleck tue trois personnes liées au monde de la finance. Immédiatement, se pose la question des raisons de ces meurtres et les médias imaginent une haine contre les riches. Ce qui est rapidement repris par une partie de la population qui décide de protester en se déguisant en clowns. Arthur Fleck devient donc un symbole de la lutte anticapitaliste alors qu'il refuse de se considérer comme lié à une idée politique. En son nom, et autours de lui, se met en place un mouvement. L'une des dernières scènes est particulièrement forte puisqu'elle marque le Joker comme symbole, vénéré par une masse anonyme en pleine émeute. Je me demande si utiliser d'un tel personnage de cette manière est adéquat. Le Joker use de la violence non pas pour des raisons politiques ou économiques mais pour créer de la peur en jouant de son imprévisibilité. Or, ce film le marque comme symbole d'un mouvement qui détruit et tue sans jamais construire, une vision pour le moins réductrice de l'anticapitalisme...

Image : IMDB

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