11/10/2010

La politique internationale: Théories et enjeux contemporains par Pierre de Senarclens et Yohan Ariffin

Titre: La politique internationale: Théories et enjeux contemporains41o3qqjUtBL._SL500_AA300_.jpg
Auteurs: Pierre de Senarclens et Yohan Ariffin
Éditeur: Armand Colin 2010 (sixième édition) collection Cursus
Pages: 287

Les relations internationales sont une branche importante des sciences politiques. En effet, cette branche est toujours d'actualité puisque les relations internationales se font tous les jours. Mais ce n'est pas qu'une analyse des cas de relations. C'est aussi un moyen d'expliquer comment fonctionnent ces relations. J'ai donc voulu, dans le cadre d'un cours, m'intéresser de plus près à ces théories. C'est dans ce cadre que j'ai pris ce livre de Pierre de Senarclens et Yohan Ariffin. Celui-ci se propose d'analyser la politique internationale selon trois directions pour autant de parties: les interactions entre états, les interactions politico-économiques et les relations institutionnelles.

La première partie concerne donc les relations entre états. Dans ce cadre les auteurs nous proposent d'analyser le paradigme dit des réalistes. Celui-ci voit les relations internationales comme étant fondamentalement anarchique. En effet, puisqu'il n'y a pas de supérieurs communs ayant le monopole de la violence légitime chacun des états peut intervenir à sa guise pour protéger ses intérêts, y compris par la force. Dans un second temps, les auteurs nous montrent les aspects concernant plus spécifiquement les causes de la paix et de la guerre avec un long développement concernant les armes nucléaires.

La seconde partie, comme dit plus haut, concerne l'économie. Comment la sphère économique agit ou réagit dans le cadre des relations internationales? Certains rendent cette sphère inférieure à la politique tendis que d'autre la rendent supérieurs. Il faut donc analyser les diverses doctrines économiques que celles-ci soient libérales, mercantilistes ou nationalistes (dans le sens économique du terme) ou encore marxistes. C'est plus tard que les auteurs nous montreront comment l'économie et les relations inter-étatiques se lient.

Enfin, la dernière partie concerne les institutions internationales. C'est dans celle-ci que nous trouvons les développement concernant les différentes normes acceptées par tous les états. C'est aussi dans cette longue partie que nous trouvons le chapitre le plus développé du livre. Il faut dire qu'il y a énormément de matière puisqu'il concerne les activités des organisations internationales. Les auteurs y analysent longuement le rôle du FMI, de l'ONU et de la Banque Mondiale dans le monde. Mais aussi les doctrines qui sous-tendent leurs fonctionnement. Bien que les auteurs aient l'air d'être très peu optimiste sur l'efficacité et la neutralité de ces organisations ils ne considèrent pas qu'elles soient inutiles.

Bien que la matière soit intéressante et largement développée dans ce livre je n'ai pas réussi à me passionner. Ce n'est pas de la faute des auteurs. Je pense, tout simplement, que les relations internationales ne font pas parties de mes intérêts. Ce qui ne veut pas dire que ce livre ne soit pas de bonne qualité. Au contraire, la matière est très bien structurée dans les différents chapitres et dans les parties. La manière d'écrire est claire et on comprend facilement de quoi parlent les auteurs. Bien que le dernier chapitre puisse paraître difficile à lire à cause de son caractère précis il nous donne de nombreuses informations sur des événements récents ainsi que sur le fonctionnement d'organisations que l'on ne peut critiquer sans cela. Bref, c'est un livre d'introduction, oui, mais un livre récent qui nous offre des interprétations scientifiques d'événements très récents avec les outils pour que nous puissions les comprendre.

Image: Amazon

05/10/2010

L'anatomie politique. Catégorisations et idéologies du sexe par Nicole-Claude Mathieu

Titre: L'anatomie politique. Catégorisations et idéologies du sexebook_185.jpg
Auteur: Nicole-Claude Mathieu
Éditeur: côté-femmes 1991
Pages: 291

Encore une fois, je me suis lancé dans une recherche sur le genre. Cette fois j'ai lu le livre de Nicole-Claude Mathieu: L'anatomie politique. L'auteure est, entre autre, maître de conférence à l'EHSS, membre du laboratoire d'anthropologie sociale de Paris et cofondatrice de la revue Questions féministes. Ce livre est un recueil de différents articles et rapports que Nicole-Claude Mathieu a rendu dans des revues ou pour des institutions. Néanmoins, les articles qui se trouvent liés dans ce livres sont semblables. En effet, ils ont tous une fonction critique face à une certains vision de l'ethnologie.

La première partie du livre nous offre des articles plutôt anciens. Ceux-ci sont écrits alors que le féminisme vient de renaître mais qu'il n'a pas encore touché les méthodes de travail des ethnologues. L'auteure essaie, donc, de démontrer que ces même méthodes occultent une grande partie de la réalité. Non seulement les femmes sont sous-évaluées, par exemple dans le travail fourni, mais elles ne semblent pas être acceptées comme objet digne de recherche alors que l'on croit, presque sans discussions, le discours des hommes sur elles. Ces articles essaient de revenir sur des recherches pour montrer leur biais masculins mais aussi les manques de recherches envers les femmes. Manque de recherches qui conduit à ne pas comprendre réellement le fonctionnement des sociétés étudiées.

Dans une seconde partie l'auteure, tout d'abord, au consentement supposé des dominés pour, ensuite, analyser des modes d’identités sexuées. Le premier article discute cette thèse, souvent utilisée, du consentement des dominés à la domination. L'auteure essaie de savoir si ce consentement existe mais surtout si il est possible. Sa thèse est que la domination peut être si forte sur les dominés que ces dernier/dernières ne sont pas capables d'être conscient de cette même domination. Pour cela, elle utilise de nombreux exemples de la recherche ethnologique mais aussi de la vie de tout le jours. Dans le second article, l'auteure nous montre les trois modes du rapport entre le sexe et le genre. Le premier mode lie la biologie au sexe, le second mode lie le groupe à la conceptualisation du sexe et le dernier mode montre comment une conscience de classe peut construire le sexe. Ces trois modes ne sont pas équivalents et peuvent mener à des conclusions très différentes.

Bien que la plupart des articles de ce recueil soient datés j'ai trouvé leur lecture très intéressante. L'auteure nous fournit une critique intéressante des recherches ethnologiques pré-féministes qui nous permettent de mieux discuter les résultats de ces recherches. Néanmoins, cette longue partie critique peut être ressentie comme peu passionnante par les non-intéressés. Alors que la seconde partie, plus prospective, nous offre un développement plus intéressant. Je pense particulièrement au premier article de la seconde partie dans lequel l'auteur nous offre de multiples exemples, sous formes de citations, pour expliciter ses propose. Ces exemples nous permettent de nous projeter plus facilement dans les thèses et de mieux les comprendre. J'ai, donc, surtout apprécié la seconde partie de ce livre.

Image: Indigo

24/09/2010

Le référendum en Europe bilan et perspective sous la direction de Francis Hamon et Olivier Passelecq

Titre: Le référendum en Europe bilan et perspective2747502147r.jpg
Direction: Francis Hamon et Olivier Passelecq
Éditeur: l'Harmattan 2001 collection Logiques Juridiques
Pages: 266

Je vais être direct. Le thème de ce livre ne me passionnait pas au premier abord. Je souhaitais emprunter une recherche sur l'altermondialisme mais les aléas des bibliothèques m'ont conduit à emprunter celui-ci. Ce livre est un acte d'un colloque ayant eu lieu à la Maison de L’Europe à Paris les 28 et 29 janvier 2000. Ce qui implique des articles courts, écrits d'une manière à être présentés oralement et qui n'ont pas la profondeur de recherches et de références d'un article de revue ou d'un livre. Ce qui ne veut pas dire que les présentations ne soient pas scientifiques. Les actes d'un colloque ont, tout de même, l'avantage de réunir des spécialistes durant deux journées de débats et de présentations ce qui permet de connaître les états de la recherche et des débats à un moment donné.

En l’occurrence, ce livre est divisé en quatre parties qui ne sont pas toutes équivalentes. Les deux plus gros thèmes dans ces actes sont les deux premier. Un thème analyse la place du référendum en Europe occidentale ce qui inclut des pays aussi différents que la Suisse, l'Italie, la France et l'Angleterre. Le second thème analyse les référendums en Europe de l'est surtout après la chute du Communisme. Lors de la lecture de ces deux thèmes on découvre qu'il n'existe pas un référendum mais de multiples sortes de référendums avec des possibilités et des conséquences très diverses.

Le troisième thème, peut être le plus intéressant bien qu'il ne soit que peu développé, concerne l'apport des nouvelles technologies. Comment Internet peut-il être utilisé pour créer un lien entre le peuple et les autorités? Comment faire en sorte que le vote par Internet soit démocratique et sur? Bien qu'il y ait eu, déjà à l'époque, des tests ces deux communications sont très prospectives.

Enfin, un dernier thème pose la question de l'impact juridique et politique des référendums. La mise en place d'une large démocratie directe mène-t-elle à la mise en place d'une industrie de la communication? Au risque de confisquer la démocratie. Comment peut-on contrôler la légitimité de ces même référendums. Et, surtout, comment l'Europe peut-elle utiliser cet outil? De manière nationale ou transnationale?

Bien qu'étant intéressant la lecture de ce livre n'est de loin pas passionnante. Une grande partie des articles utilisent un vocabulaire juridique technique. Alors que je n'ai que peu d'intérêt pour le droit. Mais ce livre nous permet de nous faire une idée intéressante de l'utilisation du référendum en Europe et des différentes manières de l'utiliser. Le thème le plus intéressant, à mon avis, est celui qui concerne l'apport des nouvelles technologies bien que je trouve les communications sur ce point trop prospectives ou trop enthousiastes. Pour terminer, bien que le livre soit de nature neutre, j'ai eu l'impression que l'expérience française était sur-représentée et que les communications directeurs du colloques semblaient, à mon avis, peu enthousiastes voir contre le référendum. Néanmoins, c'est une impression personnelle qui peut tout a fait se révéler fausse.

Image: Harmattan

10:12 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : référendum, europe | | | |  Facebook

20/09/2010

Cleveland VS Wall-Street

Je n'avais pas pu voir la soirée avant-première de ce film. Après une bonne semaine j'ai tout de même pu assister à une séance de ce nouveau film suisse de Jean-Stéphane Bron. Pour ceux qui ne le savent pas, Mr Bron est aussi le réalisateur de Maïs im Bundehuss qui avait même été projeté dans la salle du parlement. Ce film, bien que Mr Bron n'aime pas trop ce style selon ce que je sais, est un docu-fiction. Ce n'est pas que les événements ont été recréés mais créé. On nous y montre un procès qui n'a pas eu lieu et qui n'aura, probablement, jamais lieu avec des avocats, témoins juges et jurés qui ne sont pas des acteurs. Ce procès se déroule à Cleveland après la crise financière. La ville ne s'en est pas remise et les expulsions, dans les quartiers défavorisés, se multiplient. Cette dévastation demande un coupable. La ville décide donc de porter plainte contre 21 banques de Wall-Street. Mais le procès n'a pas encore eu lieu. Jean-Stéphane Bron a donc préparé un faux procès dans lequel les avocats amènent des témoins devant un juge et des jurés pour trouver qui est le responsable et qui doit payer.

Il faut le dire tout de suite. Le film ne nous donne pas un coupable immédiatement bien que le titre puisse faire croire à un a priori. Le film ne nous explique pas vraiment, non plus, comment la crise a pu prendre une telle ampleur. Le film, par contre, nous montre les victimes de cette crise et quelque protagonistes de celle-ci. Durant tout le procès la question se pose: qui est responsable? Est-ce que sont les individus qui souhaitaient payer leur maison en multipliant les crédits? Les créditeurs qui pouvaient pousser les individus à prendre des crédits voir, même, faire de la fraude pour gagner plus d'argent (en effet les créditeurs recevaient une commission relative au montant du taux d'intérêt)? Où alors les banques qui acceptèrent l'existence de ces crédits à risque envers des personnes non-solvables sans même vérifier les donnés fournies par les agences de crédits? Tout le film nous montre cette bataille des responsabilité. Entre l'avocat de l'accusation qui essaie de montrer les conséquences et l'avocat de la défense qui essaie de rejeter la responsabilité sur d'autres personnes et institutions la bataille est rude. Durant ce film nous assistons à un véritable spectacle d'arguments opposés et de tentatives d'attaquer les dépositions des divers témoins. Je retiendrais, par exemple, la magnifique prestation de l'une des avocates de l'accusation face à un tenant pur et dur du libéralisme Peter Wallison.

Comme je l'ai déjà dit, et malgré une forme d’à-priori que le titre peut créer, ce film ne donne pas vraiment de coupables ni d'explications. Néanmoins cela n'implique pas que l'on en sorte sans en avoir rien tiré. Au contraire, les témoignages des différentes personnes appelées à la barre est précieuse pour comprendre un système voué à s’autodétruire. On y découvre des particuliers obligés de prendre des crédits pour vivre à cause du chômage ou de remboursements trop haut (les subprimes avaient des taux d'intérêts double de la normale). Côtoyé par des agences de crédits dont les profits dépendent du taux d'intérêt des crédits concédés et qui, donc, ont nécessairement intérêt à vendre le plus de subprimes possibles. Suivi par des banques et des courtiers aveuglés par les profits tirés de ces subprimes et oubliant que tout ceci est bâti sur des personnes qui n'ont, en définitive, pas les moyens de payer. Au final, il m'est venu l'impression que la culpabilité est multiple. Tous ont suivi leurs intérêts sans réfléchir aux conséquences. Attendant des profits rapides sans observer que la structure était plus que fragiles. Au final il m'est venu l'impression, probablement partagée, que le système était pourri à la base et qu'il ne pouvait qu'aboutir à la catastrophe. Ce système étant un capitalisme dé-régulé.

Image: filmsdulosange

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15:36 Écrit par Hassan dans contemporain, Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : clevaland, waal-street, subprimes | | | |  Facebook

11/09/2010

Les jeunes et l'identité masculine par Pascal Duret

Titre: Les jeunes et l'identité masculine41F85TMR67L._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Pascal Duret
Éditeur: Presses universitaires de France 1999
Pages: 176

Pascal Duret a souhaité combler un manquer de la recherche française: la question de la masculinité. Pour ceci, il a décidé de se poser la question de la vision de la virilité chez les jeunes des deux sexes. Comment pense-t-on la virilité que ce soit chez les filles ou que ce soit chez les garçons. Pour cette recherche l'auteur a utilisé deux méthodes. L'une est statistique et correspond à une enquête par questionnaire distribué à 1500 jeunes des deux sexes. Cet échantillon a été mis en place en essayant de représenter les points de vue de différentes populations françaises (comme ceux d'origines méditerranéennes). Dans un second temps l'auteur s'est aussi appuyé sur des entretiens avec différents couples ou célibataires ce qui lui a permis d'aller plus loin dans sa recherche mais en sacrifiant la rigueur statistique. Ces deux points, pour les intéressés, sont précisés en annexe.

Cette méthode a conduit l'auteur à identifier deux modèles extrêmes de la virilité. La premier concerne, statistiquement, les jeunes de classes ouvrières et/ou de cultures méditerranéennes. Leur modèle de virilité, selon Pascal Duret, se base sur la puissance physique associée à un sens de l'honneur qui interdit l'humiliation, comme celle d'être trompé, ainsi que les railleries. Les filles de ce groupe entretiennent une pensée de protection physique fournie par les hommes. Un second modèle extrême concerne les jeunes de milieux bourgeois. Le modèle privilégie l'esthétique du corps à la puissance et le force de caractère à la force physique. Les filles associent aussi une protection à la virilité mais, cette fois, émotionnelle plus que physique. Néanmoins, ces modèles extrêmes cachent un foisonnement de possibilités médianes qui sont adoptées par les individus dans la réalité.

L'auteur nous donne aussi une présentation des critiques de la virilité. Que ce soit à cause de son caractère borné et fier ou alors de son entêtement imbécile voir de son corps animal les critiques envers l'homme viril sont nombreuses. Elles peuvent mener à une dévaluation de l'homme viril et de ses valeurs. Mais elles peuvent aussi mener les garçons à changer de registre d'épreuve pour, comme l'exemple développé, passer de la bagarre de rue à la bagarre virtuelle ou musicale. Dans les deux cas les preuves se font sur le registre de la compétition mais au lieu de la force brute la ténacité et l'intelligence sont privilégiés.

Le livre de Pascal Duret est riche. Non seulement en exemple mais aussi en statistiques. Il permet de se rendre compte que la crise de la masculinité cache une pluralité de modèles différents. Du retour à l'homme viril que les filles investissent aussi à l'homme acceptant d'incarner des valeurs féminines en passant par l'homme et la femme androgyne cachant ou estompant le plus possible les différences. Les modèles sont nombreux et le choix de l'un ou l'autre dépend grandement du groupe social. Les exemples utilisés par l'auteur sont intéressant mais aussi plaisant à parcourir. Personnellement, je n'aurais jamais pensé à chercher des exemples de modèles masculins dans Hélène et les Garçons ou dans Friend et pourtant l'auteur le fait en nous montrant l'utilité de cette recherche. Pour ne rien enlever au livre il faut préciser que sa lecture, même entrecoupée de statistiques, est plaisante et facile. Donc, non seulement on apprend beaucoup mais on l'apprend en s'amusant!

Image: Amazon

16:38 Écrit par Hassan dans contemporain, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jeunes, identité masculine | | | |  Facebook

05/09/2010

L'espoir est le dernier à mourir. Une jeune adolescence sous la terreur des nazis par Halina Birenbaum

Titre: L'espoir est le dernier à mourir. Une jeune adolescence sous la terreur des nazis
Auteur: Halina Birenbaum
Traducteur: Corinne Rouach
Éditeur: Musle d'état d'Auschwitz-Birkenau 2008
Pages: 287

Encore une fois je me plonge dans une mémoire de la seconde guerre mondiale. Celle-ci est l’œuvre d'une femme, Halina Birenbaum, qui a connut le régime nazi alors qu'elle était encore une enfant et qui devint une adulte en le subissant. L'auteure a écrit ce livre pour que personne n'oublie cette période et ce qu'il s'y est déroulé. Le récit commence dans sa ville natale alors que la guerre menace. Elle nous décrit aussi comment sa ville fut prise et le ghetto juif créé. On découvre les conditions de vie mais aussi comment les nazis sélectionnaient les juifs qui devaient être déportés. L'auteure nous décrit aussi sa mère qui gardât l'espoir de survivre jusqu'au bout. Même après avoir été prise et envoyée en camps d'extermination. Alors que Halina Birenbaum perd ses amis et sa famille de vue, dont beaucoup furent assassinés, elle apprend à vivre dans les règles du camps. Nous découvrons comment elle a réussit à se battre jours après jours malgré les privations et coups. Mais, tout du long, l'auteure nous affirme avoir gardé l'espoir de la Libération qui, finalement, arrivera.

Encore une fois, c'est un livre de mémoire. La mémoire a une grande importance pour l'histoire mais le style littéraire ne saurait être confondu avec un véritable travail scientifique. C'est néanmoins un travail nécessaire que d'entendre et de lire les paroles des survivants. Non seulement parce qu'ils sont les seuls à connaître la réalité des évènements mais aussi parce que chacune de leur histoire est une part importante des faits. De plus, la parole des survivants nous permet de ressentir les camps. Alors que les travaux scientifiques peuvent souvent sembler arides et sans consciences dans leur recherche des faits et des statistiques. L'écriture d'Haline Birenbaum m'a semblé particulièrement honnête et franche, une volonté de dire ce qu'elle a ressenti sans se camoufler. Il est donc dommage que l'édition de ce livre soit parsemé de coquilles. Néanmoins, ce témoignage m'a fortement ému.

Image: site du musée d'Auschwitz-Birkenau

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30/08/2010

Vichy et l'éternel féminin par Francine Muel-Dreyfus

Titre: Vichy et l'éternel féminin41EQDDAZTGL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Francine Muel-Dreyfus
Éditeur: Seuil 1996
Pages: 384

Vichy a été un gouvernement souvent et longuement attaqué et dénoncé pour sa collaboration avec le régime criminel nazi. Mais cette condamnation a souvent laissé dans l'ombre les aspects réactionnaire de ce régime. Je parle de réaction dans le sens où le régime de Vichy a été une incroyable tentative de retourner au passé alors que la société de l'entre-deux guerre était très proche de la notre. L'auteure a décidé de se poser la question spécifique de la relation du régime de Vichy avec les femmes. Alors que les années suivant la première guerre mondiale furent celles du travail féminin, des études féminines et même d'une ouverture de la possibilité d'une citoyenneté féminine le régime de Vichy a remis en question tout cela au nom de ce que l'auteure nomme l'éternel féminin.

Pour comprendre cette relation et la manière dont est organisée cette réaction l'auteure a décidé d'analyser les discours des élites du régime. Tout d'abord, une première partie nous parle de la manière dont la défaite a été ressenti est surtout de la manière dont elle a été expliquée. Les élites du régime, reprenant les discours de Pétain, tentent de ramener la France dans une supposée culture éternelle. En découlent deux condamnations: la première est celle des femmes qui ont perdus de vue leur rôle éternel de mère au foyer, la seconde est celle du manque d'enfants à cause de l'égocentrisme de ces même femmes. S'ensuit une seconde partie parlant, justement, de la manière dont Vichy met en place un retour à cette culture éternelle de la femme. La manière dont des lois sont mises en place pour ramener la femme à la maison et recréer la "famille" comme cellule de base de la société. Enfin, l'auteure nous montre comment les élites ont pensé la hiérarchie entre les sexes mais aussi entre les groupes sociaux pour terminer avec une analyse de l'utilisation de la médecine pour contrôler et créer des femmes et un peuple sain et "prospère".

Je pense que tout le monde acceptera l'idée que la doctrine vichyste de la femme est indigeste. ce lire nous permet de découvrir une vision très peu moderne de la femme et même, comme le dit l'auteure, mythique alors que la société contemporaine du régime était très proche de la notre. Les femmes avaient de plus en plus le droit de divorcer, d'avorter, de travailler, d'étudier et même, c'était en discussion, de voter et élire. Mais la défaite a remis en question toutes ces avancées au nom d'un retour aux anciennes valeurs après une, supposée, ère d'individualisme meurtrier dû aux droits de l'homme et à la démocratie. L'auteure analyse très finement ces différentes sources et, d'ailleurs, privilégie les sources à la littérature secondaire. Ce qui, je l'ai déjà dit, me plaît plus que le contraire. Néanmoins, l'écriture proche du style sociologique peut facilement décourager certaines personnes qui peuvent être peu habituées à cette manière d'écrire. Le langage sociologique peut, en effet, être passablement obscure quand on ne connaît pas les termes et concepts utilisés. Bien que le livre m'ait semblé très intéressant et bien écrit il me reste tout de même deux critiques. En effet, l'auteure s'engage à analyser la production idéologique des élites du régime. Cette manière de faire laisse dans l'ombre non seulement les résistance à cette production mais aussi la manière dont la population a reçu et ressenti cette production. Il faudra lire d'autres travaux pour connaître ces points.

Image: Amazon.fr

10:04 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : féminisme, vichy | | | |  Facebook

21/08/2010

Auschwitz camp de concentration et d'extermination

Titre: Auschwitz camp de concentration et d'extermination
Auteur: Collectif
Traducteur: Oskar Hedemann et Alexandre Dayet
Éditeur: Musée d'Auschwitz-Birkenau 2007
Pages: 366

Je ne crois pas qu'il soit possible pour un étudiant en histoire de passer outre la deuxième guerre mondiale et les événements d'horreurs qui s'y déroulèrent. Je ne sais pas si c'est à cause d'une curiosité morbide ou à cause d'un besoin, à défaut de comprendre, d'expliquer comment cela a pu se produire. Comme je ne suis pas différent j'ai, et certaines de mes dernières lectures le prouvent, été pris dans ce besoin de connaître une explication. cependant, ce livre est le premier livre scientifique que j'aie eu entre les mains concernant les camps de la mort et, en particulier, le tristement célèbre Auschwitz. Ce livre parcours tous les aspects du camps dans ses différentes parties.

Les deux premières parties nous expliquent comme Auschwitz fut décidé ainsi que l'organisation précise du camps. La seconde partie va plus loin en montrant comment la vie des détenus est réglée. Elle montre aussi des aspects plus spécifiques de l'organisation du camps en s'intéressant aux adolescents, au travail et aux expérimentations dites médicales. Bien que ces points soient déjà difficile à la lecture la troisième partie va plus loin dans l'horreur puisqu'elle décrit le fonctionnement de l'extermination. Non seulement les méthodes indirectes par le travail mais aussi, et surtout, les meurtres de masses perpétrés jours après jours dans le camps. Un dernier chapitre tente de donner un décompte des morts. Néanmoins, ce livre collectif ne nous laisse pas avec l'impression que les détenus étaient passifs. La quatrième partie, au contraire, nous montre les nombreux moyens de résistances que les détenus ont utilisés et la manières dont ils pouvaient s'entraider. Cette partie est très intéressante puisqu'elle montre aussi comment les résistants ont pu dévoiler les crimes nazis alors que les autorités allemandes auraient voulu les garder secrets. Enfin, les deux dernière parties nous montre comment les camps furent libérés mais aussi les suites des crimes. on y trouve comment les alliés ont réfléchi les suites, comment les jugements furent mis en place mais aussi une critique de ces derniers dans le but de savoir si la justice a rempli son devoir.

Comme on s'en doute, c'est un livre dur à parcourir. Il est difficile de se rendre compte de l'inhumanité qui eut lieu dans ces camps même au travers des écrits de mémoire ou d'historiens. Il y a aussi beaucoup de chiffres dans ce livre. Aucun de ces chiffres n'est anodin car derrière chacun il y a un être humain qui a été spolié, meurtri et souvent assassiné. Les auteurs ont aussi pensé bon d'inclure différents cahiers de photos. Certaines d'entre elles peuvent être difficile à regarder puisqu'on y voit des déportés tandis que d'autres sont des témoins plus administratifs des crimes nazis. Néanmoins, j'ai deux critiques à faire envers ce travail. Le premier concerne la manière de traiter la problématique. Je ne veux pas inciter à penser qu'il est facile de traiter un tel sujet néanmoins je trouve les auteurs trop manichéens sur un certain point. En effet, je trouve que les auteurs oublient, parfois, l'importance que les kapos ont eu pour sauver des personnes en ne parlant que des crimes qui ont été commis par certains d'entre eux. Ces crimes ont existé, mais des kapos humains ont aussi existé. Le deuxième point concerne plus spécifiquement l'édition. En effet, la lecture m'a montré de nombreuses erreurs comme des paragraphes que l'on retrouve deux fois à la suite ou des notes de bas de pages inexistantes voir incomplètes.

Image: Site du musée d'Auschwitz-Birkenau

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19:08 Écrit par Hassan dans contemporain | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : auschwitz | | | |  Facebook

12/08/2010

Les hommes au triangle rose par Heinz Heger

Titre: Les hommes au triangle rose51G349WWDXL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: Die manner mit dem rosa winkel
Auteur: Heinz Heger
Traducteur: Alain Chouchan
Éditeur: H&O 2006 pour cette édition (Merlin Verlag 1972 édition originale)
Pages: 175

C'est en mars 1939 que Heinz Heger fut déporté au camp de Sachsenhausen après un emprisonnement et un procès rapide. Son crime n'était pas d'être juif, tsigane, opposant politique ou d'autres délits plus légitimes parmi tous ceux que l'Allemagne nazie punissait de déportation. Son crime était punis par l'article 175. Son crime était d'être un homme qui aimait les hommes. C'est par la surprise que commence ce dur récit. La surprise du narrateur, protégé par un pseudonyme non par lâcheté mais parce qu'il pensait que son présent ne devait pas être écrasé par son passé. Une surprise qui continue sur une grande partie du récit. La surprise d'être condamné d'"anormalité" par des gens "normaux" qui ne crachaient pas sur les relations homosexuelles ou/et qui furent coupables de tortures atroces.

Le récit de Heinz Heger est dur. Non seulement parce que l'on y lit comment étaient traités les prisonniers des camps de manière générale mais aussi parce qu'on y lit comment le camps vivait vraiment. L'auteur ne nous épargne que peu de choses et sa lecture est dure. Il nous montre les bordels construit pour les déportés, il nous parle des sévices, des tortures, des amitiés que l'on devait absolument avoir pour survivre. Car il était hors de question de survivre sans accepter des compromissions. Et Heinz Heger en a fait des compromissions. Il fut Kapo, avant cela il se lia à d'autres Kapos et, finalement, il survécu en essayant d'aider quelque peu certaines personnes. Au-delà des conditions des homosexuels ce livre nous montre donc aussi l'atmosphère des camps de concentrations. Un monde ou les survivants ne réussissaient à se sauver qu'en écrasant d'autres personnes. Et Heinz Heger ne nous cache pas cela. Le récit ne donne pas l'impression de vouloir être jugé ou de juger les Kapos qui purent prospérer dans les camps. Non, il nous montre comment il a fait en sorte, au jours le jours, de survivre pour pouvoir, à la libération, retrouver sa famille.

Les historiens se méfient souvent, et à raison, des récits de mémoires. En effet, la mémoire peut se tromper, oublier ou recréer alors que l’historien cherche des faits. Mais ces points ne doivent pas empêcher d'accepter les récits tels que ceux de Heinz Heger. D'autant que les témoignages des déportés homosexuels sont rares et furent longtemps considérés comme inacceptables. On condamne facilement la manière dont le régime nazy a traité certains de ses citoyens sous des critères iniques. On a oublié de se rappeler comment les homosexuels ont été traités. On a refusé de voir en eux des victimes et on a même refusé de commémorer leurs morts. Ce récit est donc important pour connaître un autre aspect, souvent inconnu, de cette période cruelle. Et même si l'homosexualité dérange encore beaucoup on doit passer outre ce sentiment et accepter cette histoire. Nous ne devons pas oublier que des hommes et des femmes (même si les lesbiennes étaient déportées comme asociales et non comme homosexuelles) ont été maltraités pour leurs préférences sexuelles par des gens qui se disaient "normaux". Mais qui est vraiment normal? Celui qui est capable d'amour ou celui qui est capable de torturer un autre être humain?

Image: Amazon.fr

10/08/2010

Le système de genre Introduction aux concepts et théories par Lorena Parini

Titre: Le système de genre Introduction aux concepts et théories9782883510340.jpg
Auteur: Lorena Parini
Éditeur: Seismo 2006
Pages: 129

J'ai déjà parlé de plusieurs livres féministes sur ce blog le dernier parlant du problème des lesbiennes pour la société patriarcale. Mais je n'avais jamais parcouru d'ouvrages de théorie du féminisme. Ce livre en est un. Mais il va plus loin puisqu'il pose aussi la questions des différents concepts utilisés dans la recherche. La première chose que fait l'auteur est de nous donner un bref historique des luttes féministes. Mais non dans l'optique factuelle mais dans l'optique académique. L'auteure nous montre comment les différentes analyses de l'inégalité sexuelle dans la société se sont faites et comment elles se sont influencées. C'est aussi l'occasion d'introduire le concept de genre. Ce concept décrit un pan de la recherche qui n'est pas basé que sur les femmes et qui ne possède pas les présupposés politiques du féminisme. Néanmoins le but reste d'observer les différences de rapports sociaux selon le sexe.

Le livre, ensuite, nous fait observer comment le système sociale fonctionne selon une division genrée. Pour cela l'auteure prend plusieurs exemples qu'elle sait ne pas forcément être les seuls existant. Elle nous montre donc comment les femmes ont été dépossédées de leurs corps à cause de leur capacité reproductive et pourquoi la reprise du pouvoir sur ce point fut si difficile. Mais elle nous montre aussi comment le travail et le savoir continuent d'être différent selon son sexe ainsi que le manque de femmes dans les sphères de décisions politiques. on y voit que les femmes n'ont pas accès aux plus hautes sphères du pouvoir et n'ont pas les même métiers que les hommes. D'ailleurs, les femmes ont moins de sécurité dans le travail que les hommes puisqu'elles sont privilégiées dans les formes de travail précaires.

Dans un quatrième chapitre l'auteure nous montre trois formes différentes de féminismes. Le premier est libéral et se divise en deux visions. L'une, libertaire, laisse l'état simplement créer les garanties de l'égalité. La seconde, égalitarienne, pense que l'état doit aussi agir pour rendre l'égalité réelle dans les faits. Une autre voie est le féministe marxiste qui considère que l'inégalité des femmes avec les hommes est principalement dû à la propriété. Cette théorie a ensuite évolué en dénonçant les méfaits du capitalisme sur les femmes en particulier. Enfin, une dernière voie, la radicale, critique directement la société. Cette vision souhaite changer la société et non appliquer des recettes particulières à chaque problèmes. C'est aussi dans le féminisme radicale que la vision des femmes comme fondamentalement différentes des hommes est nées. Dans cette optique on souhaite l'égalité entre les sexes mais on ne pense pas que les femmes sont équivalentes aux hommes. Ce problème est, d'ailleurs, discuté dans le chapitre cinq.

Ce livre est une introduction aux concepts et théories comme le titre nous l'apprend. Bien qu'il soit intéressant à lire il n'est pas passionnant à parcourir et possède le défaut principal des livres théoriques: une certaine aridité du propos. Heureusement il est court et on peut donc le finir avant d'être découragé. Mais ceux qui souhaiteraient faire l'effort de le terminer gagneront une meilleure compréhension des recherches en genre ce qui est toujours valable.

Image: Seismo

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05/08/2010

Les relations amoureuses entre les femmes par Marie-Jo Bonnet

Titre: Les relations amoureuses entre les femmes41N48RGM7RL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Marie-Jo Bonnet
Éditeur: odile jacob 2001 (1995)
Pages: 413

Il y a longtemps que je n'ai pas lu de livres sur le féminisme ou féministes en voici donc un nouveau que je viens de terminer. Mais ce livre féministe et sur le féminisme voit les choses différemment des autres que j'ai lu. Celui-ci souhaite montrer l'importance des lesbiennes (anciennement dites tribades) dans le mouvement de libération de la femme. Un sujet sensible mais ce sont toujours les sujets sensibles qui impliquent les contestations les plus fortes. L'auteure souhaite donc y faire non seulement l'histoire des lesbiennes et de la vision qu'on en eut les hommes et femmes mais aussi l'histoire des apports des lesbiennes à la libération des femmes. Il faut bien l'avouer, c'est ambitieux.

Pour cela l'auteure nous convie à traverser plusieurs siècles de l'histoire des lesbiennes. En commençant au XVIe siècle lorsque les intellectuels de la Renaissance redécouvrent les écrits grecs dont les poèmes de Sappho. C'est à ce moment que l'on commence nommer les femmes qui aiment les femmes. Ces femmes qui cassent la vision patriarcale du monde en prenant habits d'hommes et en refusant le corps de l'homme. C'est aussi le siècle ou la répression fut la plus forte puisque la mort était un épilogue souvent invoqué.

Cependant le XVIIe siècle changea tout cela. En effet, les libertins étaient des hommes mais aussi des femmes dont certaines aimaient d'autres femmes. Bien que cette relation soit toujours pensée comme une dépravation morale la plupart de ses adeptes ne furent pas inquiétées. Le "saphisme" semblait si répandu que certains auteurs parlaient même de l'existence d'une secte de femmes qui s'y adonnaient. Mais rien ne prouve qu'elle ait existé bien au contraire. Cependant, sous cet apparente acceptation on découvre un voile d'incompréhension mais surtout les fantasmes des hommes libertins qui jouent à faire revenir les femmes saphiques dans le "droit chemin". La Révolution mettra un terme à cette expérience en enfermant les femmes dans un rôle d'éternels mineures.

Les XIXe et XXe siècles découvrent une répression sociale forte sur les lesbiennes. Mais surtout, ces siècles mettent en place un discours médical sur l'amour des femmes qui devient une maladie. Lorsque les médecins perdent leur crédibilité la psychiatrie intervient avec un discours qui a encore cours aujourd’hui. Les lesbiennes sont non seulement malade mais aussi infantiles dans leur désir d'avoir un pénis. Encore une fois, on rabaisse la femme et on lui impose le désir de l'homme et des hommes même lorsqu'elle désire une autre femme. Cependant le XXe siècle est aussi celui de la lutte féministe et de ses victoires. L'auteure essaie donc de nous montrer les liens que les groupes féministes font avec les lesbiennes et ce que ces dernières doivent et ont offert au féminisme.

En tant que lecteur je dois bien avouer avoir été conquis par ce livre. Le propos est parfaitement clair, très structuré et logique. De plus, l'auteure utilise un grand nombre de sources différentes ce qui est très appréciables dans un livre d'histoire. Certains historiens se contentent de la littérature secondaire. Néanmoins, il y a quelques imperfections. Outre l'aspect revendicatif du propos qui peut être vu négativement ou positivement selon le point de vue idéologique (les lesbiennes y sont dépeintes comme les avants-gardistes de la lutte féministe) on peut déplorer un certains franco-centrisme. En effet, la livre parle surtout des lesbiennes en France ainsi que des luttes féministes et des contre-attaques patriarcales françaises. Le reste du monde est quasiment oublié. Un second point de critique est que l'auteure nous offre les discours des élites qu'elles soient intellectuelles ou artistiques. En tant qu'étudiant en histoire je ne peux que me poser la question de la vision et de la vie du reste de la population. Enfin, je trouve que la dernière partie sur le XXe siècle n'est pas assez développée ce qui donne une impression frustrante d'inachevé. Mis à part ces quelques points je ne puis que recommander chaudement la lecture de ce livre aux intéressés et intéressées.

Image: Amazon.fr

Le livre sur le site de l'éditeur

When you're strange

When you're strange est un film de musiques. Mais de la musique d'un groupe particulier qui, aujourd'hui encore, est connu et reconnu et vend des millions des disques: Les Doors. Le film nous emmène du début du groupe, sa création et la provenance de ses membres, à son succès gigantesque. Succès qui, d'ailleurs, dut extrêmement rapide. Alors que les chansons et les concerts se multiplient et se succèdent nous découvrons un groupe qui devient, petit à petit, une idole et dont le chanteur a une réputation particulière. Non seulement il se drogue et bois mais, en plus, son comportement devient imprévisible. C'est ainsi que l'on découvre un Jim Morisson tantôt parfaitement maître de la situation tantôt complètement perdu. Dans le même mouvement le groupe commence à connaître une réputation sulfureuse à cause des propose de Morisson ce qui lui vaut les foudres des conservateurs. Mais ce n'est pas la seule chose que ce film nous montre. Nous y trouvons aussi une peinture des années soixante. Des années de luttes émancipatrices, de guerres, de contestations. Que ce soit en suivant le mouvement pour les droits civiques ou en entrant dans la mouvance hippie ou encore la contestation de la guerre nous y voyons une génération entière tournée vers la contestation de l'ordre établi. Et tout ceci sur fond de rock and roll.

Le film en lui-même nous montre des images d'archives avec un commentaire de Johnny Deep. J'ai trouvé que les années soixante et l'histoire des Doors, dont particulièrement Jim Morisson, sont bien dépeintes. Même si une grande partie de l'histoire est mise sur le coté. Mais le véritable point fort de ce film est la bande son. Celle-ci pourrait se suffire à elle-même. Dans ce film elle nous donne vraiment l'impression de suivre le groupe dans son histoire. De plus on peut se dire, en sortant du film, que les années soixante étaient vraiment une période d'exceptions et que nous aurions peut être besoin de la retrouver en partie.

Image: Allociné

Site officiel

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31/07/2010

Qu'est-ce que le nazisme ? Problèmes et perspectives d'interprétation par Ian Kershaw

Titre: Qu'est-ce que le nazisme ? Problèmes et perspectives d'interprétation412WC8X1ZWL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: The nazi dictatorship. Problems and perspectives of interpretation
Auteur: Ian Kershaw
Traducteur: Jacqueline Carnaud
Éditeur: Gallimard 1992 (1985 première édition originale)
Pages: 414

Il y a longtemps que je souhaitais lire une étude de Ian Kershaw. En effet, depuis que j'étudie l'histoire j’entends souvent parler de lui ce qui m'a poussé à penser que la lecture de ses livres me permettrait de mieux comprendre l'Allemagne nazie. Mais le livre que j'ai choisi n'est pas réellement un livre sur ce sujet. C'est un livre qui traite des différentes manières qu'ont les historiens de traiter le problème nazi. Kershaw y parle des différents problèmes d’interprétations qui existent sur certains sujets. Ceux-ci couvrent autant la définition du nazisme que la personnalité d'hitler en finissant sur des problèmes de philosophie de l'histoire. En observant les mouvements de pensées qui ont pris et prennent encore corps autour de ces différents sujets Kersahw nous permet, non seulement, de mieux comprendre le fonctionnement de l'Allemagne nazie mais aussi de comprendre les débats qui existent dans le milieu des historiens. Ce livre est donc un bon moyen de naviguer dans l'immense littérature qui existe sur le nazisme et sur la période en générale.

Bien que la construction des chapitres soit des plus clairs - introduction du problème, résumé des positions et analyses et position de Kershaw - et que le livre soit plutôt facile à lire il reste un point qui me l'a rendu plus difficile. En effet, le nombre même de production existant sur le sujet crée, nécessairement, une certaine densité. Nous pourrions donc facilement nous perdre dans le nombre élevé de concepts et d'auteurs dont Kershaw nous parle si nous ne sommes pas assez attentifs. Malgré ce point, le propos reste très clair et m'a permis d'apprendre de nombreuses choses sur le régime nazi et d'oublier ce que j'avais moins bien compris. De plus, Ian Kershaw, bien que son point de vue soit souvent limpide, accepte de donner honnêtement les points forts et les points faibles de chaque conceptions existantes. En conclusion, même ancien, ce livre reste intéressant à parcourir ne serais-ce que pour l'historiographie précise qui y est dessinée.

Image: Amazon.fr

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29/07/2010

Quand les nations refont l'histoire. L'invention des origines médiévales de l'Europe par Patrick J. Geary

Titre: Quand les nations refont l'histoire. L'invention des origines médiévales de l'Europe51G9C0CkZRL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: The myth of nations. The medieval origins of europe
Auteur: Patrick J. Geary
Traducteur: Jean-Pierre Ricard
Éditeur: Flammarion 2004 (2002 édition originale)
Pages: 242

Tout observateur du monde politique et international verra facilement que la question nationale est un sujet récurrent et émotif. Fréquemment, des politiciens utilisent l'histoire nationale pour justifier une différence culturelle et historique. Et encore, l'histoire peut même servir à justifier la création d'un nouvel état-nation. L'auteur de ce livre a donc souhaité mettre à plat les mythes nationalistes et montrer comment l'histoire a été utilisée pour les justifier. Ainsi, l'auteur nous montre comment le XIXe siècle crée l'idée actuelle de peuple. Une idée qui n'avait rien d'historique mais qui a été construite par des contextes et par des personnes précises. Plus encore, l'auteur nous montre que notre façon d'imaginer les peuples et les divisions entre eux n'ont pas été toujours utilisé. C'est pourquoi il nous envoie dans l'antiquité et le moyen âge. Nous y observons que les identités pouvaient coexister mais, surtout, qu'une personne pouvait "posséder" plusieurs identités. Ainsi, un romain pouvait aussi garder son identité culturelle "barbare".

Ce livre a le grand mérite de nous montrer à quel point le nationalisme est une construction récente. Mais il a surtout le mérite de ne pas oublier la force actuelle du nationalisme. Même récente cette idéologie explique et fonctionne pour notre époque. De plus, la manière de développer les façons différentes de se penser nous permettent de comprendre que nous notre identité n'est pas an-historique. Il est probable, un jours, que cette manière change radicalement. J'ai aussi beaucoup apprécié l'exemple des zoulous qui nous offre une illustration pertinente de la création d'un imaginaire nationaliste. Néanmoins, l'auteur semble vouloir s'ériger et porteur de leçon. En effet, l'auteur, américain, n'envoie ce livre que pour les Européens et leur lance un avertissement. Malgré les mérites du livre cette attitude pourrait être mal ressentie.

Image: Amazon.fr

21/07/2010

Quelle démocratie voulons-nous ? Pièces pour un débat sous la direction d'Alain Caillé

Titre: Quelle démocratie voulons-nous ? Pièces pour un débat9782707148001R1.jpg
Auteur: sous la direction d'Alain Caillé
Éditeur: La Découverte 2006
Pages: 142

La démocratie est un but qui semble atteint. L'occident, du moins, semble fonctionner parfaitement bien dans le système démocratique et souhaite montrer la voie au reste du monde. Il semble que nous connaissions un fonctionnement parfaitement stable de la démocratie. On élit des représentants qui prennent des décisions. Dans certains cas on conteste. Mais la démocratie est-elle vraiment atteinte? Ne serait-elle pas une quête qu'il est impossible de réussir? Ce petit livre essaie de créer une réflexion sur les institutions démocratiques: Comment les améliorer? Comment les rendre plus sûre? Et, surtout, comment passer outre le danger de l'économie?

En effet, les auteurs voient tous en l'économie un danger pour la démocratie. En détruisant le citoyen pour en faire un consommateur on détruit la possibilité même de démocratie. Car comment créer une démocratie dans un monde de consommation dirigé par des entreprises? Ce livre essaie, donc, de montrer plusieurs voies possibles pour améliorer, voir recréer, une forme de démocratie plus proche du citoyen. Que ce soit par la mise en place de vrais débats ou d'assemblée de citoyens ayant pour mission de créer un avis raisonné et impartial sur des sujets de sociétés.

Même pour ceux qui ne partagent pas les croyances politiques d'ATTAC je pense qu'il peut être utile de parcourir cet ouvrage. Vous n'y trouverez pas de longs développements théoriques, la plupart des articles font une dizaine de pages, mais des pistes de réflexions. Néanmoins, on sent clairement que les auteurs possèdent des avis politiques précis. D'ailleurs, bien que tous les textes soient soumis aux critères de scientificités, le livre n'est pas assez développé pour créer de vrais modèles. J'en retire, principalement, une réflexion sur le fonctionnement de la démocratie et ce qui peut l'affaiblir. Ainsi, il semble que les liens entre les politiques et les entreprises devraient être soumis à un contrôle plus strict alors que les citoyens, la véritable société civile, devraient retrouver des pouvoirs d'interventions plus forts dans le processus institutionnel. C'est, en tout cas, mon point de vue.

Image: La Découverte

La Chute

J'ai trouvé hier le DVD du films La Chute de Oliver Hirschbiegel. Je pense que tout le monde se souvient que ce film fut largement discuté dans la presse. Malheureusement, je n'avais pas eu le temps d'aller le voir pour me faire ma propre idée à l'époque. J'ai tout de même voulu le regarder et savoir comment était traité ce sujet plus que difficile. Nous sommes donc à Berlin vers la fin de la guerre. La ville est entourée par les soldats soviétiques et les Alliés se rapprochent. Mais hitler est encore sûr de pouvoir gagner avec l'aide d'unités dispersée et refuse de quitter la ville et son bunker. Le film nous montrera donc ce qui se déroule autour d'hitler dans ce bunker ou l'élite de l'armée nazie est réunie jusqu'à la capitulation sans conditions de l'Allemagne nazie.

Je l'ai déjà dit je suis toujours réticent à traiter d'une œuvre parlant de cette période de l'histoire humaine. Ce n'est pas que je veuille laisser ces événements horribles - dramatiques n'est pas assez fort - dans l'oublie mais j'ai toujours peur de me tromper à cause de mon propre manque de connaissance. Bien entendu, comme tout le monde, je connais les grandes lignes et j'ai même été un peu plus loin. Mais se tromper dans les faits lors de cette période peut avoir des conséquences dangereuses.

Hirschbiegel nous montre, dans ce film, un hitler fou. Un homme qui n'a aucun sens de la réalité et devenant de plus en plus paranoïaque. Croyant jusqu'à la dernière minute à la possibilité de gagner mais, entre temps, pouvant entrer dans le désespoir. Le film nous montre donc un personnage paradoxal qui se trouve sûrement loin de la réalité historique. Un hitler faible, fou, sans prise avec la réalité mais dont le pouvoir est sans contexte puissant et empêche ses généraux d'agir. On a l'impression d'un homme incapable de gouverner mais que la peur laisse au pouvoir. Est-ce vrai? je ne saurais donner que mes doutes. Pour le reste je renvoie les lecteurs aux écrits historiques sur hitler et le système nazy. Mais cette folie se retrouve dans le fanatisme des troupes ss d'hitler, des plus jeunes aux plus vieux. refusant de se rendre et combattant jusqu'à la dernière balle.

Le rythme du film est aussi très éprouvant. Il n'y a presque pas de musique. Mais on pourrait dire que le son des canonnade en fait office. A coté de ce rythme de la guerre se trouve un autre rythme, plus tardif dans le film, celui des suicides. Dans une seconde partie du film, proche de la fin, les suicides se multiplient et commencent à prendre le relais des canonnades. En effet, le film nous montre un désespoir grandissant dans le bunker. Petit à petit, il devient clair que la fin est proche pour le régime et son armée.

En tant que spectateur j'ai aimé ce film. Mais, bien qu'il possède de nombreux points positifs, les manques et exagérations risquent fortement de mettre à mal sa crédibilité. Mais un autre danger se profile après la vision de La Chute: celui de montrer un hitler vivant la vie de tous les jours. Pouvant, parfois, paraître sympathique alors que ses discours extrêmes sont très peu montré par la réalisateur. J'ai l'impression que la réalisateur a essayé de passer outre ce danger en montrant un hitler fou mais je ne pense pas qu'il y ait réussi. D'autant que les crimes des personnalités entourant hitler dans le bunker sont totalement absent du film. On a l'impression qu'ils subissent hitler en essayant de protéger le peuple allemand. La réalité historique semble en être loin d'après mes connaissances.

Image: allociné.fr

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11:45 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |  Facebook

19/07/2010

La CIA et la fabrique du terrorisme islamiste par Mahmood Mamdani

Titre: La CIA et la fabrique du terrorisme islamiste513XpfN%2BEBL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: Good Muslim, Bad Muslim
Auteur: Mahmood Mamdani
Traducteur: Ousmane Kane
Éditeur: Demopolis 2007 (2004 édition originale)
Pages: 330

Le terrorisme est devenu le danger que nous connaissons tous, le danger qui ne cesse d'être condamné. Bien plus, le terrorisme est devenu constitutif d'un "peuple" entier: les musulmans. Alors que l'on peut légitimement se demander si on peut mettre tous les musulmans dans le même sac. Les Algériens sont-ils vraiment pareils que les Iraniens ou les Irakiens? Et je ne parle même pas des musulmans vivant dans différents pays occidentaux, voir en étant originaire. Le livre de Mamdani essaie de comprendre d'où vient le terrorisme politique musulman. Comment est-il né et pourquoi. L'auteur observe que les principaux créateurs de ce terrorisme sont loin d'être des théologiens fondamentalistes. Au contraire le principal coupable est la CIA. En effet, l'auteur nous montre que la CIA a créé les mouvements terroristes pour lutte contre les Soviétiques. Le but était d'éviter une guerre directe en utilisant des forces armées locales que l'on instrumentalise. Cette tactique fut longtemps utilisée depuis la fin de la guerre du Vietnam jusqu'au 11 septembre.

L'auteur nous montre aussi les conséquences de cette tactique. Non seulement les USA sont coupables d'avoir aidé si ce n'est créé des groupes qui pratiques des attaques contre des civils mais ils sont aussi coupables du mode de financement de ces groupes. En effet, l'auteur nous montre que la CIA collabora activement avec des barons de la drogue. Il faut savoir que le congrès américain a tenté de restreindre les possibilités de la CIA en contrôlant le budget. Il fallait donc trouver une autre source de financement et la drogue en était une. L'auteur nous montre aussi l'irrespect total que montre les USA envers les lois internationales. Cet irrespect étant la source de nombreuses injustices voir de massacres et de famines.

Néanmoins, le véritable aspect important de ce livre ne sont pas ces points. A mon avis, le point le plus important du livre concerne la critique faites à la vision culturelle du monde. En effet, le monde est divisé par de nombreuses personnes entre l'occident moderne te laïque et le monde musulman incapable de modernité et engoncé dans ses traditions archaïques. Mamdani critique cette idée en montrant que la "résistance" à la modernité dans les pays musulmans n'est pas du à un caractère culturelle. Au contraire, on observe une réaction en parallèle aux changements. Loin d'être spécifiquement musulmane on retrouve cette réaction aux USA et dans d'autres pays (l'auteur cite les fondamentalistes chrétiens au début du XXe siècle mais qui existent encore sous le nom des évangéliques). L'actuel terrorisme politique est donc une création récente dans un contexte de guerre froide.

En tant que lecteur j'ai trouvé le livre de Mamdani très intéressant. Les différentes critiques de l'auteur sont plus que pertinentes et m'ont permis de mieux comprendre les discours actuels que nous lisons et retrouvons dans les médias. La manière dont l'auteur dépeint les activités de la CIA et ses conséquences sont tout aussi bonnes. Grâce à ça nous connaissons mieux l'origine du terrorisme islamique mais, surtout, nous savons pourquoi les USA acceptèrent, voir créèrent, ces structures. Mais il ne faudrait pas croire que l'auteur ait décidé de s'en prendre exclusivement aux États-Unis. Le but de ce livre est de comprendre l'origine véritable de ces mouvements terroristes. Il se trouve que la CIA est très impliquée tout simplement. Mais il y a d'autres acteurs importants comme, par exemple, Angleterre. Ce n'est donc pas un livre ayant un but de propagande mais un livre qui a un but de compréhension. Ce but est, à mon avis, atteint.

Image: Amazon.fr

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08/07/2010

Géographie de la nudité. Être nu quelque part par Francine Barthe-Deloizy

Titre: Géographie de la nudité. Être nu quelque part51KFMAJCJML._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Francine Barthe-Deloizy
Éditeur: Bréal 2003 collectiond'autre part
Pages: 239

La nudité est fréquemment évoquée dans les médias. Que ce soit par des nouvelles intrigantes et drôles, par la publicité ou par des débats. Il est, en tout cas, clair que nous ne pouvons pas passer à coté de la nudité dans nos société occidentales. C'est pourquoi de nombreux travaux ce sont portés sur son histoire et sur sa signification dans différentes sociétés en plus de la notre. Ce livre reprend ces questions mais essaie d'en parler d'un point de vue géographique. Autrement dit, l'auteure se pose la question de la nudité selon les lieux où elle se pratique. Ce qui l'a mène tout d'abord à définir ce qu'est la nudité. Elle découvre que de nombreux peuples ont eu des visions différentes de celles-ci. Ces corps nus tatoués ne sont, justement, pas nus. Mais l'homme occidental, lui, connaît une vision de la nudité comme un moyen de circoncire les civilisés des sauvages. Les nus sont encore à l'état de nature, naïf ou animal, alors que l'homme civilisé est vêtu convenablement.

Dans un second temps l'auteure va poser, dans deux parties, la question du nu dans l'espace privé et dans l'espace public. L'espace privé est, actuellement, le lieu privilégié de la nudité solitaire. Mais cela ne fut pas toujours le cas et, au moyen âge, la chambre se vivait en commun alors que tout le monde allaient aux bains publics dans le plus simple appareil. Ce n'est que progressivement que le "rhabillage" se fit suivi d'un retour à l’hygiène des bains mais dans un cadre fermé et privé. Par contre, l'espace public est fondamentalement fermé à la nudité et celle-ci est fondamentalement transgressive. Que ce soit sous forme de fêtes avec les processions ou les streakers ou sous forme de manifestations. Ces dernières se multiplient et les campagnes de PETA en sont un exemple connus. La raison en est simple, les médias sont friands de ce genre d'actions et ne manquent pas d'en parler.

Une quatrième partie pose la question du naturisme et du nudisme. D'où ces doctrines sont originaires et quels sont les idéologies qui les sous-tendent. Mais, surtout, l'auteure analyse les endroits dans lesquels ces pratiques se font. On observe que ces lieux sont fermés au public, difficile d’accès et protégés. La spatialité forme, elle-même, un collectif qui rend le contrôle encore plus fort alors que les grands centres de tourismes naturismes montrent une individualisation croissante de la pratique.

Enfin, l'auteure se pose la question de la publicité. Elle observe que la forme du message peut avoir plusieurs composantes et se modifie selon le public visé et selon le but de la communication. Mais surtout, la publicité rend le nu visible dans la sphère publique alors que le nu est réprimé dans ce même espace public. Plus important encore, lorsqu'on observe ces publicités on y trouve une vision de la société. Loin d'être innocente la nudité publicitaire offre une idéologie du corps et des pratiques corporelles ainsi qu'une différence de genre. Les hommes sont "virils" et combatifs alors que les femmes sont apprêtées à la séduction.

Il reste à savoir si ce livre est intéressant. Indéniablement il l'est. Il est aussi très facile à lire et le propos est souvent plaisant. Durant sa lecture on se pose des questions sur les normes qui entourent la nudité et que nous avons incorporées. De plus, l'analyse sur le plan du territoire permet de développer un discours différent du discours historique ou sociologique. Néanmoins, j'ai souvent eu l'impression frustrante que l'auteure aurait pu aller plus loin sur de nombreux points. L'histoire est souvent tracée à grands traits généraux et la signification sociale des pratiques est très peu développées. Mis à part ces critiques l'ouvrage reste stimulant.

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15:31 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, moderne, moyen âge, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nudité | | | |  Facebook

03/07/2010

La Bulle Universitaire: Faut-Il Poursuivre Le Rêve Américain? par Libero Zuppiroli

Titre: La Bulle Universitaire: Faut-Il Poursuivre Le Rêve Américain?27000100033860L.gif
Directeur: Libero Zuppiroli
Éditeur: Editions d'en bas 2010
Pages: 156

L'université se retrouve de plus en plus fréquemment dans les médias. Que ce soit pour la critiquer à cause de son manque d'adéquation avec la réalité économique où pour nous offrir des comptes-rendus de découvertes stupéfiantes. Tout le monde, en tout cas, semblent s'accorder sur une vision proche de l'économie pour l'université. Une université dont les recherches peuvent créer de l'argent ici et maintenant. C'est dans ce contexte que l'EPFL, dont Zuppiroli est professeur, est pris comme exemple. Un campus dans un cadre magnifique, lui même très impressionnant et qui met en place des recherches de pointes tout en s'alliant aux entreprises (après tout le dernier bâtiment est bien le Rolex Learning Center). La réussite semble parfaite mais l'auteur souhaite nuancer ceci...

Pour ceci il a écrit un livre en trois actes. Tout d'abord, l'EPFL est pris comme exemple pour montrer comment une certaine vision de la recherche peut mener à cette réussite médiatique. Dès cette partie l'ironie mordante de l'auteur commence déjà à s'accrocher aux quelques manques qu'il observe. Par exemple, l'impossibilité pour les professeurs de faire de la recherche et de l'enseignement alors qu'ils doivent chercher du financement. Plutôt étrange non? Imaginer des professeurs qui n'enseignent pas et qui ne cherchent pas. Dans un second temps, l'auteur nous brosse un tableau général de l'université européenne. Dans cette partie il s'attaque à l'uniformisation des savoirs tout en déplorant une perte de sens critique. Selon lui, la mise en place du processus de Bologne a créé des savoirs spécialisés mais qui existent tous dans toutes les universités selon la mode du moment. Il observe aussi des étudiants et des recherches de plus en plus médiocres. Pour ces dernières, tout simplement parce que le professeur doit publier pour être côté et rendre son université cotée dans les Rankings internationaux. Le nombre d'étudiants jouant aussi dans ces classements. D'ailleurs, l'auteur n'oublie pas de souligner l'aspect subjectif de ces classements qui ne parlent que la langue de Shakespeare et le modèle universitaire américain. Ainsi, le seul moyen d'y être bien vu est de parler anglais et d'agir comme un universitaire américain. Enfin, l'auteur décide de nous montrer un autre modèle d'université. Un modèle ou la pensée est plus importante que la communication et l'argent. Une forme d'université qui s'essaie à l'excellence et non à la surveillance de la productivités des chercheurs (d'ailleurs, peut-on vraiment quantifier le savoir?). Un contre-modèle américain en somme.

Ce livre devrait être lu par les étudiants et les chercheurs, bien entendu, mais aussi par les journalistes, les politiciens et les citoyens. Car il nous montre une vision de l'intérieur de ce qui se passe. Une vision qui peut être étonnante et angoissante puisqu'elle nous montre une recherche en perte de vitesse et de plus en plus médiocre. Nous y voyons aussi qu'une grande partie de l'argent public alloué à la recherche part dans les caisses de bureaucraties de la communication et n'atteint pas le but qui est celui de tels fonds. Suite à une telle décadence de la recherche et des universités ne serait-il pas mieux d'aller vers une autre voie? Une voie moins clinquante et moins médiatique mais de meilleurs qualité et qui accomplit la véritable mission des universités plutôt que de feindre l'accomplir.

Image: lcdpu.fr

29/06/2010

La zone grise entre accommodement et collaboration sous la direction de Philippe Mesnard et Yannis Thanassekos

Titre: La zone grise entre accommodement et collaboration9782841745166.jpg
Directeur: Philippe Mesnard et Yannis Thanassekos
Éditeur: Kimé 2010
Pages: 255

Il y a quelque mois j'ai connu, par hasard, la notion de zone grise. Celle-ci fut développée par Primo Levi pour expliciter, dans les camps, les relations et séparations entre les bourreaux et les victimes. Ce concept m'avait, à l'époque, frappé par son idée. Le gris, en effet, inclut l'idée que la différenciation entre le bien et le mal peuvent être brouillé. Lorsque j'ai ris connaissance de l'existence de ce livre je me suis dis qu'il était temps d'en apprendre un peu plus sur ce concept. Nous y trouvons plusieurs communications ayant traits à ce concept. Tout d'abord les auteurs définissent et contextualisent le concept dans l’œuvre et les influences de Primo Levi ainsi que dans l'historiographie et les recherches actuelles. Primo Levi l'avait pensée spécifiquement pour l'appliquer aux camps mais il acceptait la possibilité de généraliser son concept envers les sociétés totalitaires et le monde normal. Néanmoins, il fait faire attention à la manière d'utiliser la Zone Grise. En effet, son utilisation implique une suspension du jugement moral envers les acteurs impliqués qui, justement, ont perdu leur capacité de choix.

Dans un second temps, les différents auteurs de ce livre nous donnent des analyses plus détaillées de cas spécifiques. En effet, ces communications posent la question de l'applicabilité du concept de Zone Grise. Ainsi, on peut lire des analyses sur les Judenräte, l'administration des camps et de souvenirs de survivants. Mais ce ne sont pas les seuls sujets sur lesquels on peut trouver des questionnements puisque d'autres auteurs se sont appliqués à observer la pertinence de la notion de Primo Levi dans le cas de l'Italie d'après la seconde guerre mondiale, de la Russie Soviétique et, en particulier, des Goulags ainsi que dans certaines actions militaires commises dans les tranchées de la première guerre mondiale: le nettoyage.

Au travers de ces différentes analyses nous pouvons mieux comprendre comment fonctionne la Zone Grise. Ce n'est, en effet, pas tant une accommodation ou une collaboration criminelle qu'une zone ou n'importe quel choix peut mener à la souffrance voir à la mort. Le système des camps était tel que survivre impliquait de marcher sur le corps d'un autre, qu'aider quelqu'un ou un groupe quelconque impliquait d'accepter la destruction d'autres. Nous nous trouvons donc face à une notion qui se place au-delà du jugement moral et de l'éthique puisqu'elle décrit une zone qui ne connaît pas de moral.

Ce livre fut très stimulant et je l'ai trouvé extrêmement intéressant. Néanmoins, je me dois d'être honnête. Je n'ai pas encore compris parfaitement les tenants et aboutissants de ce concept et il faudra, un jours, que je me plonge directement dans l’œuvre de Primo Levi pour pouvoir comprendre véritablement ce que pensait l'homme et non ce que pensent d'autres. Mais ceci ne m'empêchera pas de recommander ce livre à tous les intéressés.

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15:42 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : zone grise, primo levi | | | |  Facebook

25/06/2010

11/9. Autopsie des terrorismes entretiens avec Noam Chomsky

Titre: 11/9. Autopsie des terrorismes41BJK3V9TQL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: 9-11
Auteur: Noam Chomsky
Traducteur: Hélène Morita et Isabelle genet
Éditeur: Le serpent à plume 2001 (Seven Stories 2001 édition originale)
Pages: 153

Ce livre est le second que j'aie lu de Noam Chomsky bien que, d'un point de vue purement technique, ce livre ne soit pas de Chomsky mais sur des entretiens auxquels Chomsky a participé. Ces entretiens ont tous été fait peu après les attentats tristement célèbre du 11 septembre 2001. Lors de ce jeu de questions réponses nous découvrons ce que pense Chomky de ces attentats. Selon lui, ces attentats sont une réponse à la politique américaine, et occidentale, qui aurait mené à des destructions de grande ampleur au Moyen Orient et en Afrique. Plus encore, et on ne sera pas surpris si on se rappelle ce que j'ai dis du livre précédent que j'avais lu, Noam Chomsky définit les USA et les pays occidentaux comme coupables de terrorisme selon la définition strictement juridique du terme. Pour cela il utilise plusieurs exemples dont celui du Nicaragua qui aurait eu comme impudence extrême, lors des attaques des USA, l'envie de se défendre. Mais Chomsky essaie aussi de communiquer ses idées sur la manière dont les USA devraient réagir. Loin d'une attaque aveugle il pense que nous devrions tenter de comprendre les raisons et d'agir sur elles tout en, bien entendu, cherchant les coupables pour les traduire en justice.

Comme je l'ai dit ce livre est composé d'une série d'entretiens retravaillés. Ceux-ci nous permettent d'avoir le point de vue d'un penseur connu pour ses prises de positions mais il comporte de nombreux défauts dont la plupart sont du à la forme. Tout d'abord, il arrive fréquemment que Chomsky n'aie pas jusqu'au bout de son développement, préférant en appeler à des travaux précédents, en tant que lecteur cette manière de faire m'a frustré car j'aurais souhaité connaître ces développements. Ensuite, les réponses sont nécessairement courtes et dépendent de la qualité de la question. Ce qui n'est, on s'en doute, pas adéquat pour développer un discours cohérent. Enfin, comme je l'avais dit pour son livre précédent, nous ne trouvons ici aucune références sauf quelques rares livres. Mais comment critiquer et vérifier des propos si nous ne possédons pas, a priori, les moyens de les vérifier? Donc, nous nous trouvons en face d'un livre qui se voulait, probablement, comme un moyen de communiquer les idées de Chomsky. Personnellement, j'aurais préféré lire un livre qui m'explique vraiment ces idées plutôt que de passer rapidement dessus.

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20/06/2010

Quand les banlieues brûlent... Retour sur les émeutes de novembre 2005 sous la direction de Véronique le Goaziou et de Laurent Mucchielli

Titre: Quand les banlieues brûlent... Retour  sur les émeutes de novembre 20059782707152176R1.gif
Directeurs: Véronique le Goaziou et de Laurent Mucchielli
Éditeur: La Découverte 2006
Pages: 155

Je me souviens encore de ces émeutes de 2005. Le monde occidental entier observait la France avec inquiétude. Nous voyions tous le pays tomber dans le chaos et la folie. Certains médias ne parlaient plus d'émeutes mais de guerre civile et personne ne doutait que rien ne serait plus comme avant après ces émeutes. Je me rappelle aussi que personne ne comprenait. Qu'est ce qui a bien pu pousser ces jeunes de toute la France à se révolter de cette manière? Étaient-ils manipulés par des islamistes ou des gangas armés? En tout cas, la réponse était claire: il fallait réprimer, reprendre le contrôle!

Ce petit livre essaie de comprendre ce qui a pu pousser les jeunes de banlieues à passer aux émeutes. Qu'est ce qui a permis à cette explosion de violence d'exister? La première chose que je noterais de ce livre est que les habitants, les parents et les "Grands frères", comprennent tous cette explosion de violence. Ils la justifient. Pourquoi? Parce qu'ils observent que dans la société française actuelle les jeunes de banlieues (défavorisés, souvent en échec scolaire, vivant dans un environnement dégradé et connaissant un chômage deux fois plus haut que dans le reste de la société à capacité égale) n'ont pas d'espoir d'avenir. Même dans la réussite ils auront du mal à se construire une carrière. Et cet état se double d'une attaque permanente de la politique contre ces jeunes, les parents et les professionnel du social.

Justement, ces attaques de la politique sont incarnées, dans le livre, par un personnage majeur: Nicholas Sarkozy. Les auteurs pointent du doigt sa rhétorique insultante contre les jeunes. Ils montrent que, même si Sarkozy n'est pas une cause première, il n'a de loin pas aidé à calmer le jeux par son comportement agressif. Mais, les auteurs montrent aussi qu'aucun parti, de droite ou de gauche, n'a su prévoir ou comprendre la violence qui éclata ses nuits. L'ouvrage est dont extrêmement critique envers les politiciens qu'elle que soit leur bord.

Les deux dernier phénomènes qui sont mis en avant sont, tout d'abord, l'échec d'école française qui ne réussit pas à aider ces jeunes à vivre. Pire encore, l'école française devient un instrument d'échec et d'humiliation envers les jeunes des banlieues qui semblent n'avoir aucun espoir de ce coté là. Parallèlement, les auteurs observent que la police n'est plus une force de paix mais une force d'humiliation envers les banlieues. Non seulement la mission devient impossible car les deux cotés s'observent mutuellement comme ennemis. Mais, en plus, l'humiliation et la violence policière sont quotidiennes dans les banlieues. Les auteurs ont observé plusieurs contrôles d'identités inutiles ainsi qu'une expédition policière punitive sur des personnes innocentes (en effet, cette expédition a eu lieu deux heures après les faits reprochés). Dans le même temps personne ne peut raisonnablement espérer porter plainte contre des violences policières ce qui, bien entendu, les justifient. La police française, dans les banlieues, n'est plus une force de maintient de l'ordre mais une force de coercition.

Néanmoins, le vrai problème n'est pas la. Bien entendu ces différents facteurs ont joué sur la violence qui explosa en 2005. Mais ce qui est le plus important c'est que les habitants des banlieues ont l'impression de n'exister qu'en dehors de la société. Ils ont l'impression d'être des "citoyens de seconde zones" sans avenir et seulement bon à être utilisé comme bouc émissaire. Il ne faut, par contre, pas croire que ces explications sont des excuses. Ce livre a le but d'expliquer et de comprendre les émeutes de 2005. Ceux qui voudront bien accepter d'écouter les résultats seront plus à même d'agir pour éviter que ce genre d'événements se (re)produisent.

Pour terminer, j'ai lu ce livre très rapidement. Il est, en effet, court et facile à lire. Cependant, bien qu'il soit très intéressant, je me dois de critiquer un point précis. Ce livre a été écrit rapidement après les événements et on peut se demander à quel point ses résultats sont réels. Les auteurs même annoncent, à plusieurs reprises, ne pas avoir pu faire d'enquête sociologique digne de ce nom en si peu de temps. De plus, les auteurs utilisent principalement des sources de l'AFP. On peut se demander si ils n'auraient pas du, aussi, chercher des sources judiciaires et policières qui sont, on le sait, beaucoup plus systématique.

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10:06 Écrit par Hassan dans contemporain, sociologie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : émeutes, banlieues | | | |  Facebook

18/06/2010

La civilisation des moeurs par Norbert Elias

Titre: La civilisation des mœurs41Z8GQVH8SL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: Über den prozess der zivilisation
Auteur: Norbert Elias
Éditeur: Calman-Lévy 1973 collection Pocket (1969 seconde édition originale)
Pages: 509

Difficile pour un simple étudiant de s'attaquer à l'une des œuvres de sociologie les plus connues et les plus appréciées. Difficile de parler d'un sociologue parmi les plus apprécié. En effet, bien que la reconnaissance fut tardive, l'apport de la pensée d'Elias à la sociologie a été plus d'une fois souligné. Et l'objet principal de cet apport fut le livre La civilisation des mœurs. Dans ce livre Norbert Elias essaie de comprendre comment l'occident fut pris dans un processus continu de civilisation. Comment l'occident put se considérer comme civilisé au terme d'un processus séculaire qui mena les hommes et femmes occidentaux à considérer être le summum de la civilisation à cause d'objets et de formes particulières. Tout d'abord le sociologue va définir le concept de civilisation et le confronter au concept de culture. Ceci en posant l'a priori que la culture est plus importante pour les allemands que la civilisation. Cette dernière étant plus importante pour les français et les anglais.

Ceci fait nous entrons dans la partie la plus intéressante du livre. Une partie surprenante car Elias prend de petits objets de la vie quotidienne, des rituels connus, et essaie de comprendre comment leur utilisation et leur forme a évolué durant le temps ainsi que pourquoi. Donc, Elias s'interroge tout autant sur l'usage du mouchoir et de la fourchette que sur la manière de se baigner, de manger, dormir et sur la sexualité. Au fil du texte Elias nous démontre que la renaissance et la période moderne sont une période charnière entre une civilisation "naïve" médiévale très ouverte et peu formelle et une civilisation beaucoup plus taboue et formelle. Par exemple, alors que l'on pouvait dormir à plusieurs dans le même lit au moyen âge la chambre devient un lieux privé et fermé aux étrangers.

Ce livre n'est pas seulement surprenant à cause des objets analysés par Elias mais aussi plutôt plaisant à lire surtout lorsqu'on a passé la première partie qui est beaucoup plus théorique. Elias nous donne de nombreux exemples de textes de bienséances ce qui nous permet de nous rendre compte par nous-même des changements temporels. C'est après ces textes que nous pouvons trouver les analyses d'Elias. Les conclusions de ce dernier semblent logiques et très éclairantes. Grâce à lui nous comprenons mieux comment notre civilisation occidentale a évolué et s'est développée. Néanmoins, il serait intéressant de connaître les critiques qui ont été faites contre Elias. Je pense, par exemple, que le livre Norbert Elias et la théorie de la civilisation. Lectures et critiques dirigé par Yves Bonny pourrait nous y aider.

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13/06/2010

Ni Dieu ni Maître. Anthologie de l'anarchisme tome 2 par Daniel Guérin

Titre: Ni Dieu ni Maître. Anthologie de l’anarchisme tome 2419TJEVB69L._BO2,204,203,200_PIsitb-sticker-arrow-click,TopRight,35,-76_AA300_SH20_OU08_.jpg
Auteur: Daniel Guérin
Éditeur: La Découverte 1999
Pages: 361

le second tome de cette anthologie de l'anarchisme nous permet de nous replonger dans la philosophie anarchiste. Ce second tome s'occupe surtout de la première partie du XXe siècle. Nous y trouvons donc des noms comme Malatesta, Voline et Durruti. Cependant, ce qui est le plus intéressant ne sont pas forcément les textes mais la manière dont l'anarchisme réagit face aux évènements de l'époque que sont la Révolution d'Octobre et la montée du fascisme.

Tout d'abord nous pouvons observer comment la Russie Bolchévique a réagit face aux anarchistes et comment ces dernier réagirent face à la "dictature du prolétariat". Les premier essaient de discréditer les anarchistes et de trouver un moyen de s'en débarrasser alors que les second se demandent si il faut soutenir la Révolution ou lutter contre la dictature? Lors de la montée du fascisme les différents auteurs nous montrent comment les bolchéviques auraient tenté de prendre le contrôle de la lutte parfois au détriment de cette dernière.

Mais ce qui m'a le plus intéressé dans ces différents textes sont ceux qui parlent de l'application concrète de la philosophie anarchiste. Comment les Communes se mettent en place et s'organisent en fédérations libres. Comment l'économie réagit face à ce contrôle par les travailleurs. Lors de la lecture de ces textes nous avons l'impression de découvrir une philosophie qui fonctionne particulièrement bien. Une philosophie qui semble convaincre lors de son application et qui semble n'avoir des défauts qu'à cause de la guerre. En bref tout ceci semble trop beau pour être vrai. Car, même si j'apprécie les théorie anarchiste, j'ai du mal à croire que l'application concrète ait vraiment fonctionné aussi bien. Il faudrait se tourner vers des sources annexes si elles existent.

Néanmoins, ce tome garde les défauts du premier tome. Des défauts dû principalement à ce que nous nous trouvons face à une anthologie. Comme je l'ai dit précédemment, il aurait été intéressant de pouvoir lire plus que ce qui est donné. De plus, malheureusement, les textes anarchistes s'arrêtent à l'entre-deux guerres. Nous ne pouvons donc pas savoir comment la philosophie s'est développée ensuite. Pour cela, il faudra se tourner vers d'autres livres.

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18:28 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : anarchisme, daniel guérin | | | |  Facebook

05/06/2010

Ni Dieu ni Maître. Anthologie de l'anarchisme tome 1 par Daniel Guérin

Titre: Ni Dieu ni Maître. Anthologie de l’anarchisme tome 1412JMJ1TAVL._BO2,204,203,200_PIsitb-sticker-arrow-click,TopRight,35,-76_AA300_SH20_OU08_.jpg
Auteur: Daniel Guérin
Éditeur: La Découverte 1999
Pages: 413

Depuis quelque temps je me considère très proche des idées anarchistes même si je ne crois pas en leur applicabilité pratique. Néanmoins, je ne connais que très peu les écrits des penseurs anarchistes. C'est pourquoi j'ai décidé de lire cette anthologie. Ce premier tome nous fait voyager parmi les intellectuels anarchistes les plus connu du XIXe siècle. C'est ainsi que Guérin nous offre un choix de textes parmi les plus célèbres ou les moins connu nous permettant de nous faire une idée plus précise des idées anarchistes. Par la même occasion Guérin nous offre quelques informations biographiques et factuels. Ces dernières étant souvent donnée par l'intermédiaire d'auteurs eux-même anarchistes parfois même de l'époque des événements. Nous avons donc quelque textes de Stirner, suivi par Proudhon et Bakounine et se terminant par Kropotkine.

J'apprécie de livre tout simplement parce qu'il m'a permis de me plonger plus avant dans les thèses anarchistes. J'y ai découvert une richesse de pensée que j'attendais et que j'apprécie. De plus, les informations bibliographiques nous permettent de mieux comprendre le contexte dans lequel s'inscrivent les auteurs. C'est ainsi que nous découvrons l'importance de la Suisse pour les révolutionnaires. Néanmoins, j'ai quelque critiques à faire. Premièrement, Guérin a tendance à couper les passages. Je comprends que l'on puisse vouloir aller à l'essentiel mais j'apprécie de pouvoir lire un passage en entier. En second lieu les informations contextuelles et bibliographiques, intéressantes, peuvent être contestées. Pourquoi? Parce que les auteurs de ces passages sont eux-même anarchistes avec leurs idées et préjugés. Par exemple, Marx est souvent attaqué. Mais ce qui est dit est-il vrai? Enfin, j'aurais apprécié avoir d'autres œuvres. Mais, dans une anthologie, il est nécessaire de faire un choix.

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23/05/2010

Un nouveau paradigme par Alain Touraine

Titre: Un nouveau paradigme41PdUUJk9nL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Alain Touraine
Éditeur: Fayard 2005
Pages: 412

Alain Touraine, dans ce livre, souhaite nous montrer que notre monde est en train de changer. Après avoir passé d'un monde politique à un monde social nous serions en train d'entrer dans un monde culturel. La société serait donc en train de disparaître au profit de ce qu'il nomme le sujet. Pour expliquer ce passage il divise son livre en deux grandes parties. La première relate les causes de la fin de la société. Pour cela il se base sur la rupture, supposée, du 11 septembre 2001 qui mènerait à une société de guerre. Il prend aussi en compte la mondialisation économique. Sa thèse est que les catégories sociales sont en train de se détruire et que de moins en moins de personnes se reconnaissent dans celles-ci.

Dans la seconde partie le sociologue tente de comprendre comment le monde est en train de se modifier. Pour cela il décrit ce qu'est, pour lui, le sujet. Non seulement un individu mais surtout quelqu'un qui met au dessus de tout le respect de principes moraux universels qui sont lisibles dans les Droits de l'Homme. Il mène aussi son analyse vers le problème des droits culturels qui sont, pour lui, le droit d'être autre. Pour terminer il dépeint la société future comme une société féminine dans laquelle les visions féminines du monde seraient prégnantes.

Normalement je devrais être enthousiaste. Cependant, et ce dès l'introduction, il m'est apparu beaucoup de problèmes dans les thèses de Touraine. Premièrement, je doute sur la réalité de la fin de la société. Je suis d'accord que les formes du social changent et se modifient au cours du temps mais peut-on vraiment parler d'une fin du social? Ne voit-on pas plutôt une mutation vers des liens sociaux moins globaux que les identités de classes ou de religions? Ensuite, j'avoue avoir du mal à concevoir les Droits de l'Homme, malgré mon accord avec les principes professés, comme une expression d'une morale universelle et anhistorique. En tant qu'étudiant historien je ne peux qu'observer que ce texte, important, est fortement contextualisé dans une période historique précise. Néanmoins, je suis d'accord avec Touraine quand il pose le problème des droits culturels. Même si il le fait d'une manière très française. Oui, il faut réfléchir aux droits des cultures à être reconnues dans leurs spécificités.

En fait, le problème principal de ce livre est que ce n'est pas un livre de sociologie. On pourrait même se demander si c'est un travail scientifique. On y trouve plus des réflexions philosophiques qui utilisent des termes sociologiques. Mais on ne trouve aucune références, ou presque, à des travaux antérieurs. Les seuls ouvertures que nous pouvons trouver sont dans la bibliographie. Mais, mis à part celle-ci, l'auteur semble ne s'appuyer sur rien pour développer ses thèses.

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22/05/2010

Frost/Nixon

Ce film est sorti en 2008 mais je n'avais pas pris le temps de le voir. Néanmoins, je m'en suis toujours souvenu d'autant que la critique était largement bonne à son sujet. J'ai donc pris le temps de le visionner en DVD. Le film dépeint l'histoire de la confrontation entre le présentateur de Talk Show David Frost et l'ancien président Nixon. Cette confrontation s'est faites après la démission du président qu'il décida en plein cœur du scandale, bien connu, du water-gate. L'interview en lui-même prend peu de place dans le film. La préparation mutuelle et les ennuis d'argents de Frost sont plus mis en avant. Mais ça ne veut pas dire que l'on ne retrouve pas la guerre que se livrèrent les deux protagonistes. Nixon souhaitant se réhabiliter et tentant de manipuler un David Frost qui devra essayer d'éviter de paraître laisser l'ancien président se disculper. Mais comment un simple présentateur de Talk Show, même célèbre, fera-t-il pour déjouer les intrigues de Nixon?

Ce film n'est pas intéressant que pour la période dépeinte. L'affaire du watergate, bien entendu, restera emblématique des scandales d'état. Mais ce que nous observons dans ce film c'est comment un politicien discrédité essaie de retrouver du respect à travers une interview. Nous voyons aussi comment le présentateur essaie de se préparer contre la manipulation qu'il ne manquera pas de subir. L'intrigue elle-même est entrecoupée de plusieurs moments lors desquels les personnages prennent directement la parole pour commenter les événements. On pourrait être agacé par ces interruptions mais je ne les ai pas trouvées particulièrement gênantes. On l'aura deviné, il n'y a pas d'action dans ce film. Il y a une lutte entre deux volontés: l'une qui souhaite trouver le respect et l'autre qui souhaite découvrir l'homme derrière le président et le soumettre à l'interrogatoire qu'il n'a pas eu à subir. C'est, à mon avis, un bon film qui dépeint assez bien cette lutte de volontés.

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18:29 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : frostnixon | | | |  Facebook

16/05/2010

Les black blocs: la liberté et l'égalité se manifestent par Francis Dupuis-Déri

Titre: Les black blocs: la liberté et l'égalité se manifestent416g0BVxB0L._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Francis Dupuis-Déri
Éditeur: Lux 2007
Pages: 247

Voila un livre qui pourrait être contesté en ne prenant en compte que l'auteur. En effet, Francis Dupuis-Déri, professeur de science politique à Montréal, est aussi un (ex?) militant anarchiste. Il serait donc facile de critiquer son livre sur les blacks blocs en l'accusant de partialité. Néanmoins, bien que l'on sente quelques positions en faveurs de ce mouvement, je pense que l'on peut, dans la limite du raisonnable, accepter cette recherche. Mais qu'y trouve-t-on?

La première chose que fait l'auteur dans son livre est un petit historique du mouvement black bloc. Ce qui nous permet de connaître son origine, les mouvements squats de Berlin Ouest, et ce qu'est un black bloc. Loin de l'idée simpliste de jeunes dont la violence ne rivalise qu'avec le manque de consciences politiques on trouve, selon l'auteur, des jeunes très politisés qui ne sont pas toujours violents. La violence ne fait partie que de l'une des nombreuses stratégies possibles qui peuvent aller du simple défilé à la destruction de biens privés symboliques en passant par la défense des manifestants pacifiques ou encore un rôle d'infirmiers volontaires. Ce qui caractérise vraiment les blacks blocs, selon ce que j'ai compris c'est le refus d'une autorité dans le groupe et le fonctionnement par affinité. Pour les connaisseurs on retrouve l'une des idées de l'anarchisme.

Ensuite, l'auteur essaie de nous montre ce qui rend les membres des blacks blocs furieux contre le système politico-économique et quel est leur discours. On découvre que ces groupes considèrent l'état, et donc la police par extension, comme illégitimes et anti-démocratiques. Il en découle logiquement que le simple citoyen est en droit de se défendre contre les actions de la police et des états. En effet, l'auteur écrit que les blacks blocs considèrent que la démocratie de représentation n'est pas véritablement démocratique. Le citoyen est privé de la décision et le seul moyen pour lui de reprendre ce droit est d'agir. Cette action peut se faire pacifiquement ou non.

Une dernière analyse de l'auteur concerne les critiques faites aux blacks blocs. Selon Francis Dupuis-Déri ces critiques sont simplistes et stratégiques. Simplistes car les auteurs qui critiquent ces groupes ne tentent pas vraiment de comprendre les motivations et les messages. Stratégiques car elles permettent aux auteurs de ces critiques de suivre l'orthodoxie des dominants pour être accepté comme interlocuteurs légitimes et comme représentants d'une partie des citoyens. Dans sa conclusion l'auteur fait aussi une comparaison entre les actions des policiers et des blacks blocs. Non pas parce que les blacks blocs agissent légalement puisque la plupart des actions sont en contradictions directes avec la loi. Mais pour montrer que la police, lors d'une répression, est bien plus violente qu'un black bloc et que, en comparaison, elle a fait plus de morts et blessés.

Donc, on peut critiquer la position politique de l'auteur. On peut aussi critiquer l'action directe même après la lecture de ce livre. C'est mon cas. Mais ce livre nous apporte tout de même un éclairage précis sur les blacks blocs. Au lieu de se contenter de définitions simplistes que l'on peut lire dans les médias et écouter chez les politiques on découvre que la réalité est plus compliquée. On observe que les membres de ces groupes radicaux sont très politisés et connaissent parfaitement les risques de leurs actes. C'est pourquoi il arrive que les blacks blocs s'abstiennent d'agir pour éviter que les manifestants pacifiques ne pâtissent d'une répression policière. De plus l'auteur utilise non seulement des entretiens avec des membres et des communiqués des blacks blocs mais aussi des sources de presse et de la police. Ce qui lui permet de nous montrer la pensée des blacks blocs mais aussi la vision que la société civile possède sur eux.

Image: Amazon.fr

13/05/2010

Propagande, médias et démocratie par Noam Chomsky et Robert W. McChesney

Titre: Propagande, médias et démocratiet048.jpg
Auteur: Noam Chomsky et Robert W. McChesney
Éditeur: Ecosociété 2004
Pages: 209

Ce livre contient, en fait, trois contributions différentes. La première est un essai de Chomsky sur la propagande et le journalisme. L'auteur y développe la thèse que les médias, non seulement ne sont pas critiques, mais sont utilisés par les élites dirigeantes pour manipuler l'opinion du citoyen. Chomsky, durant ces quelques pages, essaie de nous convaincre que tout est fait pour éviter que la population développe un esprit critique et un esprit de classe pour pouvoir mieux le manipuler et lui dire ce qui lui convient. En effet, selon l'auteur, les dirigeants et les élites intellectuelles pensent que la démocratie n'est possible que si la population laisse des personnes choisies chercher le bien commun.

La seconde contribution est toujours de Chomsky. C'est une conférence orale sur le thème du journalisme. On pourrait dire que nous y trouvons une mise à jours des propos précédents. Mais on y trouve aussi une analyse du terrorisme qui conduit Chomsky à accuser les USA. En effet, pour Chomsky les USA sont aussi des terroristes car ils forcent la main à d'autres pays en les menaçant pour que leurs politiques restent celles qui étaient voulue par les dirigeants et les entreprises.

La troisième contribution est celle de Robert McChesney. Il analyse plus spécifiquement la manière dont le journalisme et les médias de masse se sont développés aux USA. Sa thèse est que le marché médiatique est contrôlés par un petit groupe oligopolistique qui n'a aucun intérêt à mettre en place une logique de concurence. Le marché, dans son acceptation classique, a donc échoué. L'auteur milite pour la mise en place d'un véritable service public dans les médias sur le modèle de la BBC. Il souhaite aussi un débat de société sur l'avenir des médias de masses pour éviter à Internet d'être contrôlé par les logiques de profits aux dépends de nouvelles idées et manières de faire.

Ces trois contributions sont très intéressantes à lire et stimulantes. Elles m'ont permis de réfléchir sur la manière dont la société actuelle fonctionne sous l'égide des USA et des entreprises. Néanmoins, bien que je retrouve des concepts et théories politiques, il y a très peu d'explication sur le fonctionnement des faits dénoncés. Comment les élites en viennent-elles à croire être qualifiées à guider le peuple? Comment le peuple est-il manipulé? Nous n'en savons rien dans ce livre. Je trouve, donc, que ce livre manque cruellement de méthode et d'explication. Ce qui est, à mon avis, dommage. Car il est tout aussi important de voir ce qui ne fonctionne pas que de comprendre pourquoi.

Image: Éditions Ecosociété

08/05/2010

Manifester: vos droits par Jean-Michel Dolivo et Christophe Tafelmacher

Titre: Manifester: vos droitsmanifester.jpg
Auteur: Jean-Michel Dolivo et Christophe Tafelmacher
Editeur: Editions d'en vas 2003
Pages: 80

J'ai participé aux manifestations contre la guerre en Irak et, si j'en avais eu les moyens, j'aurais participé aux manifestations altermondialistes contre le G8. Mais à l'époque, et encore aujourd'hui, je n'avais aucune idée des droits que je possédais lors d'une manifestation. J'ai, bien entendus, des connaissances sur certains droits fondamentaux et des valeurs personnelles qui, je le crois, font de moi un citoyen respectable. Néanmoins, il est toujours possible de se faire dépasser par les évènements et, dans ces cas, il est utile de savoir comment on peut réagir.

Le livre dont je parle aujourd'hui permet de comprendre quels sont les droits et devoirs de la police et des manifestants dans le cadre d'un mouvement. Les auteurs ne font aucun jugement de valeurs, bien qu'ils déplorent certains points, et donnent simplement les textes de lois sur lesquels sont fondés les comportements des juges et policiers. Grâce à cela nous pouvons avoir, en tant que citoyen, une vision plus claire de nos obligations et de nos droits. De ce coté strictement juridique il est donc très intéressant de lire ce petit livre bien que certains points pourraient être légèrement caducs à cause de l'évolution de la législation.

Ce n'est pas ce point juridique qui m'a le plus intéressé. A la lecture du texte j'ai été pris de surprise. N'étant pas juriste je ne prétendrais pas mieux comprendre la loi que les experts. Mais il m'a semblé que la législation ne permet une défense du citoyen que postérieurement aux actes de la police. Non pas que la police soit toujours dans l'illégalité, loin de la, mais la police agit, le citoyen obéit et, après, il peut contester. J'ai eu l'impression, un peu effrayante, que la police avait une capacité d'action qu'aucun contrôle préalable n'encadrait. Le citoyen se retrouve comme soumis à des ordres qui peuvent être illégaux ou disproportionnés, heureusement cela n'arrive que rarement, sans possibilités de se défendre sur le moment. J'ai été surpris de cette impression qui, d'ailleurs, me dérange.

Image: enbas.ch

15:03 Écrit par Hassan dans contemporain | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : manifester | | | |  Facebook