03/07/2010

La Bulle Universitaire: Faut-Il Poursuivre Le Rêve Américain? par Libero Zuppiroli

Titre: La Bulle Universitaire: Faut-Il Poursuivre Le Rêve Américain?27000100033860L.gif
Directeur: Libero Zuppiroli
Éditeur: Editions d'en bas 2010
Pages: 156

L'université se retrouve de plus en plus fréquemment dans les médias. Que ce soit pour la critiquer à cause de son manque d'adéquation avec la réalité économique où pour nous offrir des comptes-rendus de découvertes stupéfiantes. Tout le monde, en tout cas, semblent s'accorder sur une vision proche de l'économie pour l'université. Une université dont les recherches peuvent créer de l'argent ici et maintenant. C'est dans ce contexte que l'EPFL, dont Zuppiroli est professeur, est pris comme exemple. Un campus dans un cadre magnifique, lui même très impressionnant et qui met en place des recherches de pointes tout en s'alliant aux entreprises (après tout le dernier bâtiment est bien le Rolex Learning Center). La réussite semble parfaite mais l'auteur souhaite nuancer ceci...

Pour ceci il a écrit un livre en trois actes. Tout d'abord, l'EPFL est pris comme exemple pour montrer comment une certaine vision de la recherche peut mener à cette réussite médiatique. Dès cette partie l'ironie mordante de l'auteur commence déjà à s'accrocher aux quelques manques qu'il observe. Par exemple, l'impossibilité pour les professeurs de faire de la recherche et de l'enseignement alors qu'ils doivent chercher du financement. Plutôt étrange non? Imaginer des professeurs qui n'enseignent pas et qui ne cherchent pas. Dans un second temps, l'auteur nous brosse un tableau général de l'université européenne. Dans cette partie il s'attaque à l'uniformisation des savoirs tout en déplorant une perte de sens critique. Selon lui, la mise en place du processus de Bologne a créé des savoirs spécialisés mais qui existent tous dans toutes les universités selon la mode du moment. Il observe aussi des étudiants et des recherches de plus en plus médiocres. Pour ces dernières, tout simplement parce que le professeur doit publier pour être côté et rendre son université cotée dans les Rankings internationaux. Le nombre d'étudiants jouant aussi dans ces classements. D'ailleurs, l'auteur n'oublie pas de souligner l'aspect subjectif de ces classements qui ne parlent que la langue de Shakespeare et le modèle universitaire américain. Ainsi, le seul moyen d'y être bien vu est de parler anglais et d'agir comme un universitaire américain. Enfin, l'auteur décide de nous montrer un autre modèle d'université. Un modèle ou la pensée est plus importante que la communication et l'argent. Une forme d'université qui s'essaie à l'excellence et non à la surveillance de la productivités des chercheurs (d'ailleurs, peut-on vraiment quantifier le savoir?). Un contre-modèle américain en somme.

Ce livre devrait être lu par les étudiants et les chercheurs, bien entendu, mais aussi par les journalistes, les politiciens et les citoyens. Car il nous montre une vision de l'intérieur de ce qui se passe. Une vision qui peut être étonnante et angoissante puisqu'elle nous montre une recherche en perte de vitesse et de plus en plus médiocre. Nous y voyons aussi qu'une grande partie de l'argent public alloué à la recherche part dans les caisses de bureaucraties de la communication et n'atteint pas le but qui est celui de tels fonds. Suite à une telle décadence de la recherche et des universités ne serait-il pas mieux d'aller vers une autre voie? Une voie moins clinquante et moins médiatique mais de meilleurs qualité et qui accomplit la véritable mission des universités plutôt que de feindre l'accomplir.

Image: lcdpu.fr

29/06/2010

La zone grise entre accommodement et collaboration sous la direction de Philippe Mesnard et Yannis Thanassekos

Titre: La zone grise entre accommodement et collaboration9782841745166.jpg
Directeur: Philippe Mesnard et Yannis Thanassekos
Éditeur: Kimé 2010
Pages: 255

Il y a quelque mois j'ai connu, par hasard, la notion de zone grise. Celle-ci fut développée par Primo Levi pour expliciter, dans les camps, les relations et séparations entre les bourreaux et les victimes. Ce concept m'avait, à l'époque, frappé par son idée. Le gris, en effet, inclut l'idée que la différenciation entre le bien et le mal peuvent être brouillé. Lorsque j'ai ris connaissance de l'existence de ce livre je me suis dis qu'il était temps d'en apprendre un peu plus sur ce concept. Nous y trouvons plusieurs communications ayant traits à ce concept. Tout d'abord les auteurs définissent et contextualisent le concept dans l’œuvre et les influences de Primo Levi ainsi que dans l'historiographie et les recherches actuelles. Primo Levi l'avait pensée spécifiquement pour l'appliquer aux camps mais il acceptait la possibilité de généraliser son concept envers les sociétés totalitaires et le monde normal. Néanmoins, il fait faire attention à la manière d'utiliser la Zone Grise. En effet, son utilisation implique une suspension du jugement moral envers les acteurs impliqués qui, justement, ont perdu leur capacité de choix.

Dans un second temps, les différents auteurs de ce livre nous donnent des analyses plus détaillées de cas spécifiques. En effet, ces communications posent la question de l'applicabilité du concept de Zone Grise. Ainsi, on peut lire des analyses sur les Judenräte, l'administration des camps et de souvenirs de survivants. Mais ce ne sont pas les seuls sujets sur lesquels on peut trouver des questionnements puisque d'autres auteurs se sont appliqués à observer la pertinence de la notion de Primo Levi dans le cas de l'Italie d'après la seconde guerre mondiale, de la Russie Soviétique et, en particulier, des Goulags ainsi que dans certaines actions militaires commises dans les tranchées de la première guerre mondiale: le nettoyage.

Au travers de ces différentes analyses nous pouvons mieux comprendre comment fonctionne la Zone Grise. Ce n'est, en effet, pas tant une accommodation ou une collaboration criminelle qu'une zone ou n'importe quel choix peut mener à la souffrance voir à la mort. Le système des camps était tel que survivre impliquait de marcher sur le corps d'un autre, qu'aider quelqu'un ou un groupe quelconque impliquait d'accepter la destruction d'autres. Nous nous trouvons donc face à une notion qui se place au-delà du jugement moral et de l'éthique puisqu'elle décrit une zone qui ne connaît pas de moral.

Ce livre fut très stimulant et je l'ai trouvé extrêmement intéressant. Néanmoins, je me dois d'être honnête. Je n'ai pas encore compris parfaitement les tenants et aboutissants de ce concept et il faudra, un jours, que je me plonge directement dans l’œuvre de Primo Levi pour pouvoir comprendre véritablement ce que pensait l'homme et non ce que pensent d'autres. Mais ceci ne m'empêchera pas de recommander ce livre à tous les intéressés.

Image: laprocure.com

15:42 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : zone grise, primo levi | | | |  Facebook

25/06/2010

11/9. Autopsie des terrorismes entretiens avec Noam Chomsky

Titre: 11/9. Autopsie des terrorismes41BJK3V9TQL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: 9-11
Auteur: Noam Chomsky
Traducteur: Hélène Morita et Isabelle genet
Éditeur: Le serpent à plume 2001 (Seven Stories 2001 édition originale)
Pages: 153

Ce livre est le second que j'aie lu de Noam Chomsky bien que, d'un point de vue purement technique, ce livre ne soit pas de Chomsky mais sur des entretiens auxquels Chomsky a participé. Ces entretiens ont tous été fait peu après les attentats tristement célèbre du 11 septembre 2001. Lors de ce jeu de questions réponses nous découvrons ce que pense Chomky de ces attentats. Selon lui, ces attentats sont une réponse à la politique américaine, et occidentale, qui aurait mené à des destructions de grande ampleur au Moyen Orient et en Afrique. Plus encore, et on ne sera pas surpris si on se rappelle ce que j'ai dis du livre précédent que j'avais lu, Noam Chomsky définit les USA et les pays occidentaux comme coupables de terrorisme selon la définition strictement juridique du terme. Pour cela il utilise plusieurs exemples dont celui du Nicaragua qui aurait eu comme impudence extrême, lors des attaques des USA, l'envie de se défendre. Mais Chomsky essaie aussi de communiquer ses idées sur la manière dont les USA devraient réagir. Loin d'une attaque aveugle il pense que nous devrions tenter de comprendre les raisons et d'agir sur elles tout en, bien entendu, cherchant les coupables pour les traduire en justice.

Comme je l'ai dit ce livre est composé d'une série d'entretiens retravaillés. Ceux-ci nous permettent d'avoir le point de vue d'un penseur connu pour ses prises de positions mais il comporte de nombreux défauts dont la plupart sont du à la forme. Tout d'abord, il arrive fréquemment que Chomsky n'aie pas jusqu'au bout de son développement, préférant en appeler à des travaux précédents, en tant que lecteur cette manière de faire m'a frustré car j'aurais souhaité connaître ces développements. Ensuite, les réponses sont nécessairement courtes et dépendent de la qualité de la question. Ce qui n'est, on s'en doute, pas adéquat pour développer un discours cohérent. Enfin, comme je l'avais dit pour son livre précédent, nous ne trouvons ici aucune références sauf quelques rares livres. Mais comment critiquer et vérifier des propos si nous ne possédons pas, a priori, les moyens de les vérifier? Donc, nous nous trouvons en face d'un livre qui se voulait, probablement, comme un moyen de communiquer les idées de Chomsky. Personnellement, j'aurais préféré lire un livre qui m'explique vraiment ces idées plutôt que de passer rapidement dessus.

Image: Amazon.fr

20/06/2010

Quand les banlieues brûlent... Retour sur les émeutes de novembre 2005 sous la direction de Véronique le Goaziou et de Laurent Mucchielli

Titre: Quand les banlieues brûlent... Retour  sur les émeutes de novembre 20059782707152176R1.gif
Directeurs: Véronique le Goaziou et de Laurent Mucchielli
Éditeur: La Découverte 2006
Pages: 155

Je me souviens encore de ces émeutes de 2005. Le monde occidental entier observait la France avec inquiétude. Nous voyions tous le pays tomber dans le chaos et la folie. Certains médias ne parlaient plus d'émeutes mais de guerre civile et personne ne doutait que rien ne serait plus comme avant après ces émeutes. Je me rappelle aussi que personne ne comprenait. Qu'est ce qui a bien pu pousser ces jeunes de toute la France à se révolter de cette manière? Étaient-ils manipulés par des islamistes ou des gangas armés? En tout cas, la réponse était claire: il fallait réprimer, reprendre le contrôle!

Ce petit livre essaie de comprendre ce qui a pu pousser les jeunes de banlieues à passer aux émeutes. Qu'est ce qui a permis à cette explosion de violence d'exister? La première chose que je noterais de ce livre est que les habitants, les parents et les "Grands frères", comprennent tous cette explosion de violence. Ils la justifient. Pourquoi? Parce qu'ils observent que dans la société française actuelle les jeunes de banlieues (défavorisés, souvent en échec scolaire, vivant dans un environnement dégradé et connaissant un chômage deux fois plus haut que dans le reste de la société à capacité égale) n'ont pas d'espoir d'avenir. Même dans la réussite ils auront du mal à se construire une carrière. Et cet état se double d'une attaque permanente de la politique contre ces jeunes, les parents et les professionnel du social.

Justement, ces attaques de la politique sont incarnées, dans le livre, par un personnage majeur: Nicholas Sarkozy. Les auteurs pointent du doigt sa rhétorique insultante contre les jeunes. Ils montrent que, même si Sarkozy n'est pas une cause première, il n'a de loin pas aidé à calmer le jeux par son comportement agressif. Mais, les auteurs montrent aussi qu'aucun parti, de droite ou de gauche, n'a su prévoir ou comprendre la violence qui éclata ses nuits. L'ouvrage est dont extrêmement critique envers les politiciens qu'elle que soit leur bord.

Les deux dernier phénomènes qui sont mis en avant sont, tout d'abord, l'échec d'école française qui ne réussit pas à aider ces jeunes à vivre. Pire encore, l'école française devient un instrument d'échec et d'humiliation envers les jeunes des banlieues qui semblent n'avoir aucun espoir de ce coté là. Parallèlement, les auteurs observent que la police n'est plus une force de paix mais une force d'humiliation envers les banlieues. Non seulement la mission devient impossible car les deux cotés s'observent mutuellement comme ennemis. Mais, en plus, l'humiliation et la violence policière sont quotidiennes dans les banlieues. Les auteurs ont observé plusieurs contrôles d'identités inutiles ainsi qu'une expédition policière punitive sur des personnes innocentes (en effet, cette expédition a eu lieu deux heures après les faits reprochés). Dans le même temps personne ne peut raisonnablement espérer porter plainte contre des violences policières ce qui, bien entendu, les justifient. La police française, dans les banlieues, n'est plus une force de maintient de l'ordre mais une force de coercition.

Néanmoins, le vrai problème n'est pas la. Bien entendu ces différents facteurs ont joué sur la violence qui explosa en 2005. Mais ce qui est le plus important c'est que les habitants des banlieues ont l'impression de n'exister qu'en dehors de la société. Ils ont l'impression d'être des "citoyens de seconde zones" sans avenir et seulement bon à être utilisé comme bouc émissaire. Il ne faut, par contre, pas croire que ces explications sont des excuses. Ce livre a le but d'expliquer et de comprendre les émeutes de 2005. Ceux qui voudront bien accepter d'écouter les résultats seront plus à même d'agir pour éviter que ce genre d'événements se (re)produisent.

Pour terminer, j'ai lu ce livre très rapidement. Il est, en effet, court et facile à lire. Cependant, bien qu'il soit très intéressant, je me dois de critiquer un point précis. Ce livre a été écrit rapidement après les événements et on peut se demander à quel point ses résultats sont réels. Les auteurs même annoncent, à plusieurs reprises, ne pas avoir pu faire d'enquête sociologique digne de ce nom en si peu de temps. De plus, les auteurs utilisent principalement des sources de l'AFP. On peut se demander si ils n'auraient pas du, aussi, chercher des sources judiciaires et policières qui sont, on le sait, beaucoup plus systématique.

Image: editionladecouverte.fr

10:06 Écrit par Hassan dans contemporain, sociologie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : émeutes, banlieues | | | |  Facebook

18/06/2010

La civilisation des moeurs par Norbert Elias

Titre: La civilisation des mœurs41Z8GQVH8SL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: Über den prozess der zivilisation
Auteur: Norbert Elias
Éditeur: Calman-Lévy 1973 collection Pocket (1969 seconde édition originale)
Pages: 509

Difficile pour un simple étudiant de s'attaquer à l'une des œuvres de sociologie les plus connues et les plus appréciées. Difficile de parler d'un sociologue parmi les plus apprécié. En effet, bien que la reconnaissance fut tardive, l'apport de la pensée d'Elias à la sociologie a été plus d'une fois souligné. Et l'objet principal de cet apport fut le livre La civilisation des mœurs. Dans ce livre Norbert Elias essaie de comprendre comment l'occident fut pris dans un processus continu de civilisation. Comment l'occident put se considérer comme civilisé au terme d'un processus séculaire qui mena les hommes et femmes occidentaux à considérer être le summum de la civilisation à cause d'objets et de formes particulières. Tout d'abord le sociologue va définir le concept de civilisation et le confronter au concept de culture. Ceci en posant l'a priori que la culture est plus importante pour les allemands que la civilisation. Cette dernière étant plus importante pour les français et les anglais.

Ceci fait nous entrons dans la partie la plus intéressante du livre. Une partie surprenante car Elias prend de petits objets de la vie quotidienne, des rituels connus, et essaie de comprendre comment leur utilisation et leur forme a évolué durant le temps ainsi que pourquoi. Donc, Elias s'interroge tout autant sur l'usage du mouchoir et de la fourchette que sur la manière de se baigner, de manger, dormir et sur la sexualité. Au fil du texte Elias nous démontre que la renaissance et la période moderne sont une période charnière entre une civilisation "naïve" médiévale très ouverte et peu formelle et une civilisation beaucoup plus taboue et formelle. Par exemple, alors que l'on pouvait dormir à plusieurs dans le même lit au moyen âge la chambre devient un lieux privé et fermé aux étrangers.

Ce livre n'est pas seulement surprenant à cause des objets analysés par Elias mais aussi plutôt plaisant à lire surtout lorsqu'on a passé la première partie qui est beaucoup plus théorique. Elias nous donne de nombreux exemples de textes de bienséances ce qui nous permet de nous rendre compte par nous-même des changements temporels. C'est après ces textes que nous pouvons trouver les analyses d'Elias. Les conclusions de ce dernier semblent logiques et très éclairantes. Grâce à lui nous comprenons mieux comment notre civilisation occidentale a évolué et s'est développée. Néanmoins, il serait intéressant de connaître les critiques qui ont été faites contre Elias. Je pense, par exemple, que le livre Norbert Elias et la théorie de la civilisation. Lectures et critiques dirigé par Yves Bonny pourrait nous y aider.

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13/06/2010

Ni Dieu ni Maître. Anthologie de l'anarchisme tome 2 par Daniel Guérin

Titre: Ni Dieu ni Maître. Anthologie de l’anarchisme tome 2419TJEVB69L._BO2,204,203,200_PIsitb-sticker-arrow-click,TopRight,35,-76_AA300_SH20_OU08_.jpg
Auteur: Daniel Guérin
Éditeur: La Découverte 1999
Pages: 361

le second tome de cette anthologie de l'anarchisme nous permet de nous replonger dans la philosophie anarchiste. Ce second tome s'occupe surtout de la première partie du XXe siècle. Nous y trouvons donc des noms comme Malatesta, Voline et Durruti. Cependant, ce qui est le plus intéressant ne sont pas forcément les textes mais la manière dont l'anarchisme réagit face aux évènements de l'époque que sont la Révolution d'Octobre et la montée du fascisme.

Tout d'abord nous pouvons observer comment la Russie Bolchévique a réagit face aux anarchistes et comment ces dernier réagirent face à la "dictature du prolétariat". Les premier essaient de discréditer les anarchistes et de trouver un moyen de s'en débarrasser alors que les second se demandent si il faut soutenir la Révolution ou lutter contre la dictature? Lors de la montée du fascisme les différents auteurs nous montrent comment les bolchéviques auraient tenté de prendre le contrôle de la lutte parfois au détriment de cette dernière.

Mais ce qui m'a le plus intéressé dans ces différents textes sont ceux qui parlent de l'application concrète de la philosophie anarchiste. Comment les Communes se mettent en place et s'organisent en fédérations libres. Comment l'économie réagit face à ce contrôle par les travailleurs. Lors de la lecture de ces textes nous avons l'impression de découvrir une philosophie qui fonctionne particulièrement bien. Une philosophie qui semble convaincre lors de son application et qui semble n'avoir des défauts qu'à cause de la guerre. En bref tout ceci semble trop beau pour être vrai. Car, même si j'apprécie les théorie anarchiste, j'ai du mal à croire que l'application concrète ait vraiment fonctionné aussi bien. Il faudrait se tourner vers des sources annexes si elles existent.

Néanmoins, ce tome garde les défauts du premier tome. Des défauts dû principalement à ce que nous nous trouvons face à une anthologie. Comme je l'ai dit précédemment, il aurait été intéressant de pouvoir lire plus que ce qui est donné. De plus, malheureusement, les textes anarchistes s'arrêtent à l'entre-deux guerres. Nous ne pouvons donc pas savoir comment la philosophie s'est développée ensuite. Pour cela, il faudra se tourner vers d'autres livres.

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18:28 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : anarchisme, daniel guérin | | | |  Facebook

05/06/2010

Ni Dieu ni Maître. Anthologie de l'anarchisme tome 1 par Daniel Guérin

Titre: Ni Dieu ni Maître. Anthologie de l’anarchisme tome 1412JMJ1TAVL._BO2,204,203,200_PIsitb-sticker-arrow-click,TopRight,35,-76_AA300_SH20_OU08_.jpg
Auteur: Daniel Guérin
Éditeur: La Découverte 1999
Pages: 413

Depuis quelque temps je me considère très proche des idées anarchistes même si je ne crois pas en leur applicabilité pratique. Néanmoins, je ne connais que très peu les écrits des penseurs anarchistes. C'est pourquoi j'ai décidé de lire cette anthologie. Ce premier tome nous fait voyager parmi les intellectuels anarchistes les plus connu du XIXe siècle. C'est ainsi que Guérin nous offre un choix de textes parmi les plus célèbres ou les moins connu nous permettant de nous faire une idée plus précise des idées anarchistes. Par la même occasion Guérin nous offre quelques informations biographiques et factuels. Ces dernières étant souvent donnée par l'intermédiaire d'auteurs eux-même anarchistes parfois même de l'époque des événements. Nous avons donc quelque textes de Stirner, suivi par Proudhon et Bakounine et se terminant par Kropotkine.

J'apprécie de livre tout simplement parce qu'il m'a permis de me plonger plus avant dans les thèses anarchistes. J'y ai découvert une richesse de pensée que j'attendais et que j'apprécie. De plus, les informations bibliographiques nous permettent de mieux comprendre le contexte dans lequel s'inscrivent les auteurs. C'est ainsi que nous découvrons l'importance de la Suisse pour les révolutionnaires. Néanmoins, j'ai quelque critiques à faire. Premièrement, Guérin a tendance à couper les passages. Je comprends que l'on puisse vouloir aller à l'essentiel mais j'apprécie de pouvoir lire un passage en entier. En second lieu les informations contextuelles et bibliographiques, intéressantes, peuvent être contestées. Pourquoi? Parce que les auteurs de ces passages sont eux-même anarchistes avec leurs idées et préjugés. Par exemple, Marx est souvent attaqué. Mais ce qui est dit est-il vrai? Enfin, j'aurais apprécié avoir d'autres œuvres. Mais, dans une anthologie, il est nécessaire de faire un choix.

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23/05/2010

Un nouveau paradigme par Alain Touraine

Titre: Un nouveau paradigme41PdUUJk9nL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Alain Touraine
Éditeur: Fayard 2005
Pages: 412

Alain Touraine, dans ce livre, souhaite nous montrer que notre monde est en train de changer. Après avoir passé d'un monde politique à un monde social nous serions en train d'entrer dans un monde culturel. La société serait donc en train de disparaître au profit de ce qu'il nomme le sujet. Pour expliquer ce passage il divise son livre en deux grandes parties. La première relate les causes de la fin de la société. Pour cela il se base sur la rupture, supposée, du 11 septembre 2001 qui mènerait à une société de guerre. Il prend aussi en compte la mondialisation économique. Sa thèse est que les catégories sociales sont en train de se détruire et que de moins en moins de personnes se reconnaissent dans celles-ci.

Dans la seconde partie le sociologue tente de comprendre comment le monde est en train de se modifier. Pour cela il décrit ce qu'est, pour lui, le sujet. Non seulement un individu mais surtout quelqu'un qui met au dessus de tout le respect de principes moraux universels qui sont lisibles dans les Droits de l'Homme. Il mène aussi son analyse vers le problème des droits culturels qui sont, pour lui, le droit d'être autre. Pour terminer il dépeint la société future comme une société féminine dans laquelle les visions féminines du monde seraient prégnantes.

Normalement je devrais être enthousiaste. Cependant, et ce dès l'introduction, il m'est apparu beaucoup de problèmes dans les thèses de Touraine. Premièrement, je doute sur la réalité de la fin de la société. Je suis d'accord que les formes du social changent et se modifient au cours du temps mais peut-on vraiment parler d'une fin du social? Ne voit-on pas plutôt une mutation vers des liens sociaux moins globaux que les identités de classes ou de religions? Ensuite, j'avoue avoir du mal à concevoir les Droits de l'Homme, malgré mon accord avec les principes professés, comme une expression d'une morale universelle et anhistorique. En tant qu'étudiant historien je ne peux qu'observer que ce texte, important, est fortement contextualisé dans une période historique précise. Néanmoins, je suis d'accord avec Touraine quand il pose le problème des droits culturels. Même si il le fait d'une manière très française. Oui, il faut réfléchir aux droits des cultures à être reconnues dans leurs spécificités.

En fait, le problème principal de ce livre est que ce n'est pas un livre de sociologie. On pourrait même se demander si c'est un travail scientifique. On y trouve plus des réflexions philosophiques qui utilisent des termes sociologiques. Mais on ne trouve aucune références, ou presque, à des travaux antérieurs. Les seuls ouvertures que nous pouvons trouver sont dans la bibliographie. Mais, mis à part celle-ci, l'auteur semble ne s'appuyer sur rien pour développer ses thèses.

Image: Amazon.fr

22/05/2010

Frost/Nixon

Ce film est sorti en 2008 mais je n'avais pas pris le temps de le voir. Néanmoins, je m'en suis toujours souvenu d'autant que la critique était largement bonne à son sujet. J'ai donc pris le temps de le visionner en DVD. Le film dépeint l'histoire de la confrontation entre le présentateur de Talk Show David Frost et l'ancien président Nixon. Cette confrontation s'est faites après la démission du président qu'il décida en plein cœur du scandale, bien connu, du water-gate. L'interview en lui-même prend peu de place dans le film. La préparation mutuelle et les ennuis d'argents de Frost sont plus mis en avant. Mais ça ne veut pas dire que l'on ne retrouve pas la guerre que se livrèrent les deux protagonistes. Nixon souhaitant se réhabiliter et tentant de manipuler un David Frost qui devra essayer d'éviter de paraître laisser l'ancien président se disculper. Mais comment un simple présentateur de Talk Show, même célèbre, fera-t-il pour déjouer les intrigues de Nixon?

Ce film n'est pas intéressant que pour la période dépeinte. L'affaire du watergate, bien entendu, restera emblématique des scandales d'état. Mais ce que nous observons dans ce film c'est comment un politicien discrédité essaie de retrouver du respect à travers une interview. Nous voyons aussi comment le présentateur essaie de se préparer contre la manipulation qu'il ne manquera pas de subir. L'intrigue elle-même est entrecoupée de plusieurs moments lors desquels les personnages prennent directement la parole pour commenter les événements. On pourrait être agacé par ces interruptions mais je ne les ai pas trouvées particulièrement gênantes. On l'aura deviné, il n'y a pas d'action dans ce film. Il y a une lutte entre deux volontés: l'une qui souhaite trouver le respect et l'autre qui souhaite découvrir l'homme derrière le président et le soumettre à l'interrogatoire qu'il n'a pas eu à subir. C'est, à mon avis, un bon film qui dépeint assez bien cette lutte de volontés.

Image: Amazon.fr

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18:29 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : frostnixon | | | |  Facebook

16/05/2010

Les black blocs: la liberté et l'égalité se manifestent par Francis Dupuis-Déri

Titre: Les black blocs: la liberté et l'égalité se manifestent416g0BVxB0L._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Francis Dupuis-Déri
Éditeur: Lux 2007
Pages: 247

Voila un livre qui pourrait être contesté en ne prenant en compte que l'auteur. En effet, Francis Dupuis-Déri, professeur de science politique à Montréal, est aussi un (ex?) militant anarchiste. Il serait donc facile de critiquer son livre sur les blacks blocs en l'accusant de partialité. Néanmoins, bien que l'on sente quelques positions en faveurs de ce mouvement, je pense que l'on peut, dans la limite du raisonnable, accepter cette recherche. Mais qu'y trouve-t-on?

La première chose que fait l'auteur dans son livre est un petit historique du mouvement black bloc. Ce qui nous permet de connaître son origine, les mouvements squats de Berlin Ouest, et ce qu'est un black bloc. Loin de l'idée simpliste de jeunes dont la violence ne rivalise qu'avec le manque de consciences politiques on trouve, selon l'auteur, des jeunes très politisés qui ne sont pas toujours violents. La violence ne fait partie que de l'une des nombreuses stratégies possibles qui peuvent aller du simple défilé à la destruction de biens privés symboliques en passant par la défense des manifestants pacifiques ou encore un rôle d'infirmiers volontaires. Ce qui caractérise vraiment les blacks blocs, selon ce que j'ai compris c'est le refus d'une autorité dans le groupe et le fonctionnement par affinité. Pour les connaisseurs on retrouve l'une des idées de l'anarchisme.

Ensuite, l'auteur essaie de nous montre ce qui rend les membres des blacks blocs furieux contre le système politico-économique et quel est leur discours. On découvre que ces groupes considèrent l'état, et donc la police par extension, comme illégitimes et anti-démocratiques. Il en découle logiquement que le simple citoyen est en droit de se défendre contre les actions de la police et des états. En effet, l'auteur écrit que les blacks blocs considèrent que la démocratie de représentation n'est pas véritablement démocratique. Le citoyen est privé de la décision et le seul moyen pour lui de reprendre ce droit est d'agir. Cette action peut se faire pacifiquement ou non.

Une dernière analyse de l'auteur concerne les critiques faites aux blacks blocs. Selon Francis Dupuis-Déri ces critiques sont simplistes et stratégiques. Simplistes car les auteurs qui critiquent ces groupes ne tentent pas vraiment de comprendre les motivations et les messages. Stratégiques car elles permettent aux auteurs de ces critiques de suivre l'orthodoxie des dominants pour être accepté comme interlocuteurs légitimes et comme représentants d'une partie des citoyens. Dans sa conclusion l'auteur fait aussi une comparaison entre les actions des policiers et des blacks blocs. Non pas parce que les blacks blocs agissent légalement puisque la plupart des actions sont en contradictions directes avec la loi. Mais pour montrer que la police, lors d'une répression, est bien plus violente qu'un black bloc et que, en comparaison, elle a fait plus de morts et blessés.

Donc, on peut critiquer la position politique de l'auteur. On peut aussi critiquer l'action directe même après la lecture de ce livre. C'est mon cas. Mais ce livre nous apporte tout de même un éclairage précis sur les blacks blocs. Au lieu de se contenter de définitions simplistes que l'on peut lire dans les médias et écouter chez les politiques on découvre que la réalité est plus compliquée. On observe que les membres de ces groupes radicaux sont très politisés et connaissent parfaitement les risques de leurs actes. C'est pourquoi il arrive que les blacks blocs s'abstiennent d'agir pour éviter que les manifestants pacifiques ne pâtissent d'une répression policière. De plus l'auteur utilise non seulement des entretiens avec des membres et des communiqués des blacks blocs mais aussi des sources de presse et de la police. Ce qui lui permet de nous montrer la pensée des blacks blocs mais aussi la vision que la société civile possède sur eux.

Image: Amazon.fr

13/05/2010

Propagande, médias et démocratie par Noam Chomsky et Robert W. McChesney

Titre: Propagande, médias et démocratiet048.jpg
Auteur: Noam Chomsky et Robert W. McChesney
Éditeur: Ecosociété 2004
Pages: 209

Ce livre contient, en fait, trois contributions différentes. La première est un essai de Chomsky sur la propagande et le journalisme. L'auteur y développe la thèse que les médias, non seulement ne sont pas critiques, mais sont utilisés par les élites dirigeantes pour manipuler l'opinion du citoyen. Chomsky, durant ces quelques pages, essaie de nous convaincre que tout est fait pour éviter que la population développe un esprit critique et un esprit de classe pour pouvoir mieux le manipuler et lui dire ce qui lui convient. En effet, selon l'auteur, les dirigeants et les élites intellectuelles pensent que la démocratie n'est possible que si la population laisse des personnes choisies chercher le bien commun.

La seconde contribution est toujours de Chomsky. C'est une conférence orale sur le thème du journalisme. On pourrait dire que nous y trouvons une mise à jours des propos précédents. Mais on y trouve aussi une analyse du terrorisme qui conduit Chomsky à accuser les USA. En effet, pour Chomsky les USA sont aussi des terroristes car ils forcent la main à d'autres pays en les menaçant pour que leurs politiques restent celles qui étaient voulue par les dirigeants et les entreprises.

La troisième contribution est celle de Robert McChesney. Il analyse plus spécifiquement la manière dont le journalisme et les médias de masse se sont développés aux USA. Sa thèse est que le marché médiatique est contrôlés par un petit groupe oligopolistique qui n'a aucun intérêt à mettre en place une logique de concurence. Le marché, dans son acceptation classique, a donc échoué. L'auteur milite pour la mise en place d'un véritable service public dans les médias sur le modèle de la BBC. Il souhaite aussi un débat de société sur l'avenir des médias de masses pour éviter à Internet d'être contrôlé par les logiques de profits aux dépends de nouvelles idées et manières de faire.

Ces trois contributions sont très intéressantes à lire et stimulantes. Elles m'ont permis de réfléchir sur la manière dont la société actuelle fonctionne sous l'égide des USA et des entreprises. Néanmoins, bien que je retrouve des concepts et théories politiques, il y a très peu d'explication sur le fonctionnement des faits dénoncés. Comment les élites en viennent-elles à croire être qualifiées à guider le peuple? Comment le peuple est-il manipulé? Nous n'en savons rien dans ce livre. Je trouve, donc, que ce livre manque cruellement de méthode et d'explication. Ce qui est, à mon avis, dommage. Car il est tout aussi important de voir ce qui ne fonctionne pas que de comprendre pourquoi.

Image: Éditions Ecosociété

08/05/2010

Manifester: vos droits par Jean-Michel Dolivo et Christophe Tafelmacher

Titre: Manifester: vos droitsmanifester.jpg
Auteur: Jean-Michel Dolivo et Christophe Tafelmacher
Editeur: Editions d'en vas 2003
Pages: 80

J'ai participé aux manifestations contre la guerre en Irak et, si j'en avais eu les moyens, j'aurais participé aux manifestations altermondialistes contre le G8. Mais à l'époque, et encore aujourd'hui, je n'avais aucune idée des droits que je possédais lors d'une manifestation. J'ai, bien entendus, des connaissances sur certains droits fondamentaux et des valeurs personnelles qui, je le crois, font de moi un citoyen respectable. Néanmoins, il est toujours possible de se faire dépasser par les évènements et, dans ces cas, il est utile de savoir comment on peut réagir.

Le livre dont je parle aujourd'hui permet de comprendre quels sont les droits et devoirs de la police et des manifestants dans le cadre d'un mouvement. Les auteurs ne font aucun jugement de valeurs, bien qu'ils déplorent certains points, et donnent simplement les textes de lois sur lesquels sont fondés les comportements des juges et policiers. Grâce à cela nous pouvons avoir, en tant que citoyen, une vision plus claire de nos obligations et de nos droits. De ce coté strictement juridique il est donc très intéressant de lire ce petit livre bien que certains points pourraient être légèrement caducs à cause de l'évolution de la législation.

Ce n'est pas ce point juridique qui m'a le plus intéressé. A la lecture du texte j'ai été pris de surprise. N'étant pas juriste je ne prétendrais pas mieux comprendre la loi que les experts. Mais il m'a semblé que la législation ne permet une défense du citoyen que postérieurement aux actes de la police. Non pas que la police soit toujours dans l'illégalité, loin de la, mais la police agit, le citoyen obéit et, après, il peut contester. J'ai eu l'impression, un peu effrayante, que la police avait une capacité d'action qu'aucun contrôle préalable n'encadrait. Le citoyen se retrouve comme soumis à des ordres qui peuvent être illégaux ou disproportionnés, heureusement cela n'arrive que rarement, sans possibilités de se défendre sur le moment. J'ai été surpris de cette impression qui, d'ailleurs, me dérange.

Image: enbas.ch

15:03 Écrit par Hassan dans contemporain | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : manifester | | | |  Facebook

07/05/2010

Combats pour la sociologie par Giovanni Busino

Titre: Combats pour la sociologie
Auteur: Giovanni Busino
Editeur: Université de Lausanne. Institut d'anthropologie et de sociologie 1998
Pages: 177

Dans ce livre nous pouvons lire plusieurs articles. Ceux-ci ont été réunis par leur auteur pour donner un nouvel élan à la sociologie. Mais comment offrir cet élan à cette science si difficile à définir? Selon Giovanni Busino on peut le faire de deux manières. Premièrement, il faut redonner du temps aux chercheurs pour créer des théories de la société. En effet, selon l'auteur, l'utilisation de la sociologie et des sociologues dans un but exclusivement d'expertise a eu deux conséquences: leur donner une identité d'experts sociaux qui sont mandatés pour régler un problème et empêcher la réflexion des sociologues sur des théories novatrices. L'auteur déplore cet état et souhaite que les sociologues retrouvent des possibilités de chercher à comprendre la société dans son ensemble et non dans des particularités trop précises.

Le second point qui est développé par l'auteur concerne l'interdisciplinarité entre les sciences sociales. Dans ce livre nous découvrons l'envie de relier les méthodes et concepts des différentes sciences de l'homme comme l'anthropologie et l'ethnologie. Mais celle sur laquelle se concentre l'auteur est l'histoire. Dans plusieurs des articles nous découvrons les idées que Busino entretient face à l'histoire et à la sociologie dans leurs différences mais, surtout, ce qui peut les relier. L'histoire offrant des  comparaisons le temps longs et des exemples dynamiques alors que la sociologie offre le quantitatif, les théories et des matériaux pour l'histoire futur. En reliant les deux sciences nous serions capable de mieux comprendre la société.

Alors que penser des idées de Busino? En tant qu'étudiant en histoire et en sciences politiques j'avoue que ses thèses sur l'interdisciplinarité entraient aussi dans mes idées et souhaits. Moi aussi je souhaite que les sciences de l'homme dialoguent plus facilement entre elles. Je suis aussi parfaitement d'accord quand Busino milite pour une science qui n'a pas forcément un impact économique direct. En effet, de plus en plus, c'est l'économie qui régit les recherches. On observe un phénomène social non parce qu'il est intéressant ou révélateur mais parce qu'une entreprise ou l'état a mandaté une expertise sur ce sujet particulier. Non seulement le scientifique n'est plus libre dans ses conclusions mais en plus des recherches plus stimulantes sont empêchées.

Enfin, ce livre de Busino n'inclut que peu de termes techniques. L'auteur, en effet, pense que la clarté de l'argumentation est préférable au jargon. Ce dernier pouvant cacher une incompréhension qui serait trop flagrante autrement. Ce qui permet à n'importe qui de facilement lire ce livre sans risquer de buter sur des mots techniques de la sociologie. De plus, nous y trouvons des articles synthétiques qui permettent de connaitre une histoire rapide de la sociologie. C'est. donc, un livre que j'ai apprécié.

27/04/2010

"Elles sont 300 000 chaque année" par Simone Veil suivi de "Accéder à la maternité volontaire" par Lucien Neuwirth

Titre: "Elles sont 300 000 chaque année" par Simone Veil suivi de "Accéder à la maternité volontaire" par Lucien Neuwirth51DC6oH9GJL._SL500_AA300_.jpg
Éditeur: Points 2009
Collection: Les grands discours
Pages: 61

Dans l'histoire nous connaissons, de temps en temps, de grands discours dont quelques mots restent compréhensible par une large part de la population. C'est le cas pour le "I have a dream" et, plus récemment, le "Yes we can" mais aucun français n'a oublié non plus le discours du générale de Gaule à la libération ("Paris meurtri, Paris outragé, Paris brisé... Mais Paris libéré"). Les éditions points ont, donc, donné au public quelques uns de ces discours historiques en les liant selon le thême.

Les deux discours que je viens de lire concerne le droit des femmes à prendre en charge leur fertilité. Le premier est le discours de Simone Veil en 1974 qui marque la dépénalisation de l'avortement. Alors que, encore récemment pour l'époque, les femmes pouvaient être arrêtée pour s'être faites avorter Simone Veil, difficilement, réussit à obtenir une loi légalisant l'avortement mais mettant aussi en place une aide sociale envers les femmes. Le second discours concerne le sujet de la contraception. Dans un contexte de peur démographique Lucien Neuwirth réussit à faire accepter une loi légalisant la contraception tout en militant pour une politique familiale volontariste.

On pourrait penser que ces discours ne sont pas très utiles à la lecture aujourd'hui. Mais au moment ou, en Suisse, certains milieux politiques tentent de remettre en question le droit à l'avortement il peut être intéressant de revenir aux textes des combats fondateurs. En effet, ce n'est pas seulement l'acceptation de deux pratiques que l'on peut retrouver à la suite de ces discours. C'est une progressive autonomisation du corps de la femme. Oui la femme peut enfin décider d'avoir ou non un enfant, la femme peut se dégager des risques qu'elle était seule à prendre. C'était une avancée majeure pour la société.

Image: Amazon.fr

24/04/2010

Matériaux Pour Servir À L'histoire Du Doctorat H.C. Décerné À Benito Mussolini En 1937 par Olivier Robert

Titre: Matériaux Pour Servir À L'histoire Du Doctorat H.C. Décerné À Benito Mussolini En 1937
Auteur: Olivier Robert
Éditeur: Université de Lausanne 1987
Pages: 247

Le doctorat Honoris Causa en sciences sociales que reçu Mussolini de la part de l'université de Lausanne m'a toujours surpris. Comment et pourquoi une université libre décida d'offrir cet honneur à un dictateur qui venait d'envahir un pays en usant de méthodes criminels? Ce livre, que je viens de terminer, a pour but non d'expliquer cet honneur ni de trancher le débat. Il a pour but d'offrir aux chercheurs et aux intéressés des sources utiles pour comprendre cette événement particulier d'une histoire plus large. Une fois ce fait en tête on comprend bien mieux les choix fait par Olivier Robert et les manques que nous pourrions tous observer dans ce livre.

Premièrement, l'auteur nous donner un bref rappel des événements. Il nous montre comment l'université de Lausanne peut offrir ses doctorats honoris Causa et qui fut l'auteur de la proposition. Sans oublier, bien entendu, le contexte dans lequel ce cadeau s'inscrit: les 400 ans de l'université et les quelque dons offert par le dictateur. L'auteur nous dépeint rapidement, ensuite, le déroulement des événements. Ce qui nous permet de voir comment l'université accepta ce doctorat et comment le public, principalement journalistique et intellectuel, réagit. Néanmoins, nous ne savons toujours pas vraiment pourquoi Mussolini reçut ce doctorat. Est-ce à cause de ce professeur Boninsegni qui semble avoir été proche du dictateur et qui se considérait lui-même comme étant une "sentinelle avancée du fascisme" (lettre du 30.10.1930 à Mussolini aux pages 38-39)? Les autorités universitaires de l'époque ont-elles réellement cru pouvoir découper Mussolini en un ancien étudiant et en un chef d'état pour justifier ce doctorat? Nous ne le saurons pas via ce livre.

Ce que ce livre nous donne, par contre, c'est un certains nombre de sources. C'est, d'ailleurs, l'intérêt principal de l'ouvrage. La lecture de ces sources nous permettent de voir les liens qui existaient entre Boninsegni et le dictateur. D'observer comment l'université réagit au scandale qui s'ensuivit. Et de suivre ce même scandale par les lettres de protestations et les articles de la presse. Ces protestations pouvant être tout aussi argumentées que sarcastique. Il reste, tout de même, dommage que l'auteur n'ait pas fait un travail d'historien ici.

Image: Unil.ch

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10/04/2010

L'urbistique. La ville assistée par ordinateur par Claudia Dubuis

Titre: L'urbistique. La ville assistée par ordinateur
Auteur: Claudia Dubuis
Éditeur: Université de Lausanne. Institut d'anthropologie et de sociologie 1994
Pages: 96

C'est intéressant de voir sur quoi on tombe quand on marche tranquillement sans se soucier de chercher quelque chose en particulier. Je ne cherchais donc rien quand je suis tombé sur de petits ouvrages qui semblaient intéressant. J'en ai choisis un et je l'ai lu. Cet ouvrage est une reprise d'un mémoire de licence qui a été amélioré. Vu la date d'édition on se rendra facilement compte, et l'auteure le dit en préface, que la littérature de l'époque était plus que lacunaire. Après tout, nous étions au début de l'informatique populaire. Personne ne pouvait prévoir sa gigantesque extension des dernières années liées à l'extension massive d'internet.

L'auteure, dans ce livre, essaie d'analyser la manière dont un institut, le CREM, tente de contrôler le réseau électrique de la ville de Martigny a l'aide de l'informatique. En lisant son analyse on ne découvre pas seulement des actes techniques mis en place par les membres du CREM mais une thèorie du social. En effet, non seulement l'électricité est vue comme un droit fondamental dont l'absence peut mener à des désordres sociaux. Mais les techniciens qui mettent au point la gestion par ordinateur ont aussi une pensée de ce qu'est le social. Alors qu'ils voient le politique comme un danger pour l'individualité ils essaient de créer un auto-contrôle des usagers qui soit visible au niveau commun en créant une sur-visibilité de l'énergie utilisée par les usagers. L'auteure, pour expliciter, utilise le concept de panoptique. Car les usagers sont susceptibles d'être surveillés en permanence mais ils ne savent pas quand. Ce panoptique virtuel créant une norme désindividualisée qui mène à un processus d'auto-contrôle extrêmement fort chez les individus.

A la fin de ce livre il m'est apparu que les réflexions développées étaient très stimulantes. Bien entendu, l'auteure écrivait un travail dans un contexte ou personne, ou presque personne, ne réfléchissait sur ces points. Donc nous observons beaucoup de manquements dans le texte. Néanmoins ces manquements sont explicables par l'époque. Néanmoins la réflexion reste stimulante et le concept de panoptique m'a particulièrement marqué. Dans le contexte actuel je pense que ce concept pourrait être utilisable pour expliquer des comportements pouvant émerger à cause d'une nouvelle forme, voir d'une destruction, de la vie privée. L'avenir nous le dira.

10:32 Écrit par Hassan dans contemporain, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : urbistique, anthropologie, martigny | | | |  Facebook

04/04/2010

A qui appartient la culture?

Tous les médiévistes vous le diront: la culture n'appartient pas à l'être humain. En effet, durant la période médiévale, la culture n'était pas un bien que l'homme possédait. Les arts faisaient partie du monde de Dieu et, Dieu en étant le créateur, ne pouvaient pas être revendiqué par une seule personne. Bien sur, cela n'empêcha pas une production prolifique et le patronage de ce que nous nommons aujourd'hui des artistes. Bien au contraire, le moyen âge nous a offert de grandes œuvres qui restent encore aujourd'hui dans notre imaginaire collectif. En ne citant que les plus connus il est facile de parler de l'histoire de Tristan et Iseult et des légendes du roi Arthur. Mais le moyen âge ne nous pas légué que des écrits. Nous gardons aussi une philosophie et des monuments.

Tout ceci ne répond pas à la question que j'ai posé et, surtout, n'explique pas pourquoi j'ai décidé d'écrire cette note. Qu'on le sache ou non plusieurs pays occidentaux sont en train de négocier le cadre d'un accord secret, nommé ACTA, restreignant fortement le droit des consommateurs. Je passe sur le caractère non-démocratique de cet accord: le secret lui-même dans un cadre institutionnel (et je souligne) n'est pas démocratique. Pourquoi donc les consommateurs sont ils toujours attaqués?

On pourrait me rétorquer qu'on ne l'est pas: c'est faux. Depuis plusieurs années le consommateur de culture a été considéré, de plus en plus, non comme un citoyen mais comme un voleur en puissance. A tel point que, maintenant, n'importe quel acheteur de matériel d'écoute doit payer, en plus du prix, une taxe reversée ensuite comme droits d'auteur. En tant que consommateur nous sommes donc des pirates a priori. En plus, chaque achats de matériels d'écoute implique le paiement de cette taxe même si la majorité des personnes acquièrent leurs biens culturels de manière légale. Les consommateurs sont non seulement considéré comme voleurs a priori mais, en plus, surtaxés. Et je ne parle pas ici des autres dangers qui peuvent concerner le prêt de biens culturels. En effet, de plus en plus, il devient difficile de vouloir prêter à un ami des CD ou DVD. Les bibliothèques ont bien compris le danger puisque leur fonctionnement se base sur le prêt. C'est à tel point que je me demande si je ne suis pas hors du cadre légal lorsque je regarde un DVD avec une amie! Un ami n'est, en effet, pas inclus dans le cadre privé de la famille.

Bref, à qui appartient la culture? Tout artiste devrait le savoir et tous les scientifiques aussi. La culture est, par définition, un bien de l'humanité. Le seul moyen pour un homme de garder le contrôle d'un bien culturel qu'il a créé est de ne pas le communiquer. Car, dès que vous communiquez vos œuvres, vous l'offrez à des personnes qui vont l'observer et le considérer avec leurs propres yeux. Ils vont le ressentir d'une façon ou d'une autre que vous n'aurez, peut être, pas attendus. Votre bien peut même devenir constitutif d'une identité collective comme la tour Eiffel l'est pour la France. Un bien culturel, par définition, ne peut pas être restreint par les droits de la propriété sans détruire, en grande partie, la force symbolique de ce même bien. Les voleurs ne sont donc pas ceux que l'on croit.

10:02 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : culture, contrôle, acta | | | |  Facebook

03/04/2010

Nations et nationalisme depuis 1780. Programme, mythe, réalité par Eric Hobsbawm

Titre: Nations et nationalisme depuis 1780. Programme, mythe, réalité41MJ6GQBDYL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: Nations and nationalism since 1780. Programme, mythe, reality
Auteur: Eric Hobsbawm
Éditeur: Gallimard 1992 collection folio histoire (Cambridge university press 1990 édition originale)
Pages: 371

Hobsbawm attaque, dans ce livre, un problème ardu qui a déjà fait culer des litres d'encre sur des papiers d'historiens, de sociologues, de politologues, d'essayistes, de philosophes, de juristes et j'en passe. Pourquoi tant de personnes sur un sujet que nous semblons tous connaitre? Pourquoi autant de scientifiques ont essayé de réfléchir sur ce qu'est et d'où viennent les nations? Parce que ce n'est pas aussi simple que cela en a l'air. Dans une histoire récente ou les nationalismes semblent s'être réveillé et se protéger nous avons l'impression de tous connaitre la définition du mot nation et nous sommes sur de tous savoir de laquelle nous faisons partie et son histoire. Mais ce n'est pas si simple.

Hobsbawm, dans ce livre, nous offre une analyse "par le bas" des nations. Il ne faut pas entendre par le terme bas une dépréciation. Hobsawm essaie de comprendre comment le peuple, monsieur et madame tout le monde, ont intégré et compris le concept de nation au fil de l'histoire. Mais cette analyse suppose une dé-construction du mythe des nations. En retournant aux origines on découvre que les états-nations que l'on semble observer aujourd'hui ne sont pas un produit naturel de l'histoire. Ils ont été pensé et construit au fil d'une histoire qui commence au XIXe siècle. Non, nos états-nations ne sont pas le produit naturel et éternel d'une culture commune partagée et ancestrale. Ce sont des constructions identitaires qui ont suivis différentes formes.

Dans ce court livre nous avons donc un retour vers les processus de création des identités nationales dans leur dynamique. Alors que certains pensaient que seuls les états-nations économiquement viable étaient légitime il fut ensuite imaginé, au XXe siècle, que toutes les nations avaient droit à l'autodétermination. Hobsbawm nous montre aussi les différentes manières de créer son identité: la langue, l'ethnie, la religion ou la race. Mais en nous montrant cette création Hobsbawm démontre aussi leur fragilité et leur artificialité allant jusqu'à, parfois, recréer une langue oubliée depuis des siècles!

Pour finir, Hobsbawm essaie de comprendre comment les états-nations vont évoluer. A contre courant de thèses pro-nationalistes qui ont suivi la chute des régimes dit communistes il pense que les états-nations sont dans leur crépuscule. Non seulement les instances inter-étatiques se multiplient mais les migrations détruisent les homogénéités ethniques des nations qui n'ont, de toute manière, jamais existé. Alors comment expliquer l'essor du nationalisme? Hobsbawm considère que la raison en est la peur. Un sursaut pour essayer de garder ce que l'on était. Reste à savoir si les états-nations vont vraiment disparaitre?

Image: Amazon.fr

12:20 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nations, hobsbawm, nationalisme | | | |  Facebook

22/03/2010

Des hommes ordinaires. Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la Solution finale en Pologne par Christopher R. Browning

Titre: Des hommes ordinaires. Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la Solution finale en Pologne51rGLWO8FsL._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Christopher R. Browning
Éditeur: Tallandier 2007 (1992 première édition originale)
Pages: 367

Hasard du calendrier je termines ce livre, devenu un classique de la littérature sur la Solution finale, alors que l'émission "reproduisant" l'expérience de Milgram est encore dans les débats. Car Browning a le même but que Milgram dans ce livre: comment des personnes ordinaires à tout égards ont-ils pu se muer en tueurs acharnés et sans états d'âmes? Comment devient-on complice du plus grand génocide que l'histoire ait connu? Browning a donc décidé de ne pas s'intéresser aux SS, ni aux Kapos, ni aux camps de concentrations. Non, l'auteur a décidé de ne s'intéresser qu'a des hommes véritablement ordinaires. Il a donc analysé les événements et les motivations d'un bataillon de police précis sur lequel on posséde de nombreuses sources judiciaires: le 101e bataillon de l'Ordnungspolizei.

Au fil du livre Browning nous livre, donc, les événements tels qu'ils peuvent être reconstitué par les souvenirs des membres de ce bataillon. Les tueries, les pogroms, les déportations mais aussi les policiers refusant de tirer, ceux qui ne refusent pas mais ratent intentionnellement sans oublier les états d'âmes de Trapp lors de la première tuerie. A la lecture de ce livre on découvre une palette large de comportements qui vont du refus pur et dur à l'acceptation totale des ordres avec plaisir en passant par des gammes variées de résistances épisodiques lorsque les contrôle par la hiérarchie sont manquant.

Puis, Browning essaie d'expliquer ce qu'il s'est passé. Il ne veut pas excuser mais essayer de comprendre comment ces événements ont été possibles. Qu'est ce qui a mené à de tels horreurs? Pour cela il mobilise de multiples points: pression des pairs, légitimité du pouvoir, distanciation envers les victimes, propagande,... Il semble qu'aucune de ces explications ne puisse, seule, expliquer parfaitement ce qu'il s'est passé.

Ce livre est, donc, un livre vivant. Vivant car on retrouve le déroulement des événements dans leur dynamisme. Comment les choses ont changés pour le bataillon depuis la première tuerie à Jozefow et comment elles évoluent vers une absence de sentiments. Mais c'est aussi un livre explicatif qui essaie de montrer comment la guerre et le régime nazi ont pu déshumaniser une partie de la population et pousser à tuer. Cependant ce sont des événements terribles et, même avec les moments de pitié que Browning nous montre, on ne peut pas excuser les auteurs de ces massacres.

Image: Amazon.fr

13/03/2010

Le sexe du militantisme dirigé par Olivier Fillieule et Patricia Roux

Titre: Le sexe du militantisme27246100394470M.gif
Auteur: Sous la direction de Olivier Fillieule et Patricia Roux
Éditeur: Presses de la fondation nationale des sciences politiques 2009
Pages: 361

Il est sûrement facile de voir pour ceux qui suivent régulièrement mes présentations (plutôt irrégulières ces temps retour aux cours obligent) que je me suis, récemment, intéressé aux problèmes de genre et aux problèmes liés à la sociologie des mobilisations. Le livre dont je parle ce matin, justement, essaie de lier la vision sociologique des dominations de genre dans le champs de la sociologie des mobilisations. Selon Olivier Fillieule et Patricia Roux les explications du militantisme oublient souvent d'observer et d'expliquer comment les femmes se mobilisent. Au lieu de se poser des questions et de trouver des réponses les auteurs auraient tendance à expliquer le statut particulier des femmes dans les mobilisations avec des points comme la maternité, le temps, le ménage,... Si on observer les explications que la sociologie du genre offre de la domination des femmes on se rend compte que ce n'est pas suffisant.

Le but de ce livre commun est donc d'observer le militantisme pour trouver des explications aux manières spécifiques des femmes de militer dans des organisations ou leur absence de militantisme. Pour trouver ces explications il a été décidé de diviser le livre en trois parties distinctes mais complémentaires. La première analyse précisément les femmes militantes, comment elles sont entrées dans le milieu du militantisme, comment elles agissent et comment leurs conjoints réagissent. On y découvre que l'homme impose souvent son agenda aux femmes mais que le contraire est très rare. L'action féminine serait donc tributaire de l'accord masculin et de la souplesse de l'organisation dans laquelle on milite.

La seconde partie prends en compte les tensions entre des organisations de militantismes et les femmes. Comment ces dernières réussissent-elles à militer en tant que femmes dans des organisations qui n'acceptent pas cette possibilité. que ce soit par l'héroïsation de la virilisation (la ligue Padane par exemple) ou par la pensée que l'organisation, étant au fait des structures de dominations, refuse qu'elle puisse recréer une forme de domination à l'intérieur même de ses rangs (les exemples surprenant des anarchistes par exemple). Sans oublier la transgression du genre qu'utilisèrent les mouvements homosexuels pour se rendre visible sur la scène publique, ce qui est analysé dans le dernier article de cette partie.

La dernière partie est probablement l'une des plus intéressante mais aussi l'une des plus compliquée. Car, cette fois, les auteurs ne se contentent pas d'observer les rapports de domination genrées mais essaient de voir comment la prise de conscience de cette domination s'articule avec des formes de domination différentes (classe et race par exemple).

Au final ce livre, très dense, est intéressant. Il permet d'ouvrir le regard vers des actions de dominations envers les femmes qui passent, souvent , inaperçues car elles ne sont pas forcément conscientes (c'est naturel, ça va de sois...). En incluant le genre dans la sociologie des mobilisations il permet de mieux comprendre pourquoi les femmes sont invisibilisées lors des mouvements et pourquoi certaines tentent de créer d'autres mouvements non-mixte. On découvre, lorsque les hommes sont absents, que les suppositions d'incompétence politique naturelle que l'on supposait celle des femmes est totalement fausse. Néanmoins, c'est un livre difficile à aborder et qui demande un certain effort de lecture pour réussir à comprendre les thèses qui y sont développées.

Image: pressesdesciencespo.fr

21/02/2010

Pourquoi travaillons-nous? Une approche sociologique de la subjectivité au travail sous la direction de Danièle Linhart

Titre: Pourquoi travaillons-nous? Une approche sociologique de la subjectivité au travail41hhB%2BsVBAL._SL500_AA300_.jpg

Auteur: Sous la direction de Danièle Linhart
Éditeur: Erès 2008
Pages: 334

Pourquoi travaillons-nous? Une question plus compliquée qu'elle ne le semble. On peut répondre rapidement pour vivre. Mais on peut très bien quitter la société et vivre seul avec son jardin potager. Bien sur on abandonnerait beaucoup de choses mais c'est possible non? D'ailleurs pourquoi travailler est-il maintenant pensé nécessaire à la vie. Comment une activité si gourmande en temps et en énergie a-t-elle pu s'imposer ainsi dans la société? Il semble que la réponse soit parce que le travail donne un statut. Un statut valorisé et intégrateur dans la société. Mais ce livre dirigé par Danièle Linhart ne se pose pas cette question, compliquée, de front. Elle demande comment la subjectivité, le vécu de la personne, s'intègre dans le travail et comment le travail en est modifié en enquêtant sur le terrain pour découvrir quelques réponses.

Dans la première partie les auteurs se demandent comment le travail peut agir pour valider la personne. L'article qui m'a le plus intéressé dans cette partie est celui concernant les prisons. L'auteur a été enquêté dans plusieurs centres de détentions pour y voir comment les prisonnier intègrent le travail dans l'univers carcéral. Il a découvert que le travail non seulement pacifie les détenus et aide les surveillants à mieux faire leur travail mais qu'il brouille, temporairement, la hiérarchie sociale de la prison. Il permet de rendre aux détenus un statut qu'ils ont perdus quand ils sont entrés en prison. On y lit aussi quelques témoignages de personnes affirmant qu'elles se seraient déjà suicidée si elles ne pouvaient pas travailler. Nous y trouvons aussi un article sur la vision de leur propre travail par les aides à domicile qui sont coincée entre une demande forte de soins et un refus de considérer leur travail d'accompagnement, qui peut passer simplement par la conversation, comme étant un vrai travail. Et un article sur la vision qu'ont des travailleurs sociaux français des bénéficiaires de ces allocations (nommé la Couverture Maladie Universel).

La seconde partie monte comment le travail agit sur les personnes. En prenant l'exemple d'employés d'EDF, de travailleurs sociaux et de membres du ministère de l'équipement. Dans les deux premier cas c'est la relation avec le client qui est problématique. Dans le cas d'EDF c'est l'ordre de couper l'énergie aux familles ne payant pas les factures qui se heurte à la morale personnelle alors que les travailleurs sociaux ont l'impression de ne plus pouvoir faire bien leur travail à cause du manque de temps, de moyens et de personnes. Le troisième cas montre comment un changement heurte une morale acquise précédemment par les travailleurs. Le point commun est donc bien la morale et comment l'entreprise, ou l'état qui peut être l'employeur, tente de court-circuiter cette morale pour permettre à l'employé de faire son boulot et comment les employés réagissent à cette tentative (parfois inconsciente).

La dernière partie est plus surprenante. On y trouve, par exemple, un article sur le travail de nuit. Je m'attendais, comme l'auteur au début semble-t-il, a des plaintes de fatigue, de liens sociaux coupés, de difficultés avec la famille. L'enquêteur a trouvé des personnes équilibrées, dont la vie est bien mieux remplie qu'auparavant avec de meilleurs liens d'amitiés et familiaux et qui dorment bien mieux! Pire encore, des personnes qui ont l'impression d'être privilégiée de pouvoir travailler la nuit.  Cette partie montre, j'ai l'impression, comment le travailleur mêle sa vie privée à sa vie professionnelle.

C'est un livre très intéressant et très surprenant. En le lisant j'ai appris beaucoup de choses et j'ai envie de les connaitre un peu mieux. Les enquêtes sont même souvent surprenantes et, par exemple, on pourrait en conclure que la politique largement utilisée maintenant de prendre des travailleurs pour une durée fixe pourrait être contre productif. En effet, ces travailleurs ne possèdent pas la motivation ou la connaissance des ouvriers et employés véritablement engagés et font à peine leur travail sans aucune envie de qualité. Loin de toutes perspectives partisane je pense que n'importe quel patron pourrait en apprendre beaucoup sur la vraie productivité qui, parfois, demande qu'on laisse les employés faire les choses comme ils le sentent et, surtout, en confiance.

Image: Amazon.fr

10:10 Écrit par Hassan dans contemporain, Livre, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : travail, sociologie | | | |  Facebook

20/02/2010

La vie privée face à l'imposition de transparence

Monsieur Mabut a, hier, donné son point de vue sur l'anonymat dans un billet écrit en réponse à une question d'un internaute. Monsieur Mabut, avec bonne fois j'en suis convaincu, pense que l'anonymat devra disparaitre des blogs hébergés par la tribune de Genève sauf exceptions. Je ne suis pas en charge de décider des conditions relatives à l'hébergement mais je souhaite tout de même faire quelques remarques. Des remarques qui dépasseront le cadre de la réponse de monsieur Mabut.

Depuis quelques mois nous entendons des sigles étonnants et obscurs: hadopi, Lopssi, Acta,... Derrière ces sigles se cache une nouvelle appréhension de l'internaute. Derrière ces sigles se cache une guerre qui est en train de se déclarer entre les tenant du contrôle de l'état, aidé en cela par les réseaux sociaux qui souhaitent détruire la vie privée à leur propre profit, et des citoyens refusant d'être espionné. Les tentatives de contrôle de l'internet par l'état viennent, tout d'abord, d'une idée louable. Il fallait protéger le citoyen de dérives, racisme, arnaques diverses et variées et autres vols d'identités. Il y avait aussi la volonté, tout aussi louable, de lutte contre les pédocriminels qui peuvent très facilement agir par et grâce à internet.

Mais ces derniers temps il semble que les décideurs aient compris à quel point internet est difficilement contrôlable. Ils ont donc décidé de mettre en place des procédures de plus en plus puissantes pour surveiller Internet. Du moins ils essaient. Alors que, dans le même temps, la réussite rapide et inattendue des réseaux sociaux a durement attaqué la vie privée. Nous savons tous qu'il est maintenant très facile de trouver des informations sur n'importe qui via les réseaux sociaux. Informations qui deviennent immédiatement incontrôlables une fois qu'elles sont mises sur Internet. Ces même réseaux sociaux commençant à se croire détenteur légitime de ces informations. En d'autres termes, un vol massif des identités se met en place alors que certaines états essaient laborieusement de mettre en place un véritable espionnage massif des citoyens allant jusqu'à imaginer la création de spyware!

Mais tout acte de ce genre, profondément destructeur, est forcément accompagné par une réplique plus ou moins forte. C'est ainsi que, le même jours quasiment que le début de cette guerre, j'ai vu arriver des logiciels de défenses du citoyen. On cherche a espionner? Et bien on crypte les données de l'ordinateur, on cache son IP, on l'intègre dans un réseau d'ordinateurs permettant l'anonymat de la navigation sur internet, on rend les anti-spyware de plus en plus performants. Oui, c'est une véritable guerre qui se dessine et dont le vainqueur pourra créer l'avenir d'internet. Ceux qui répliquent ne sont pas des anarchistes, des voleurs ou des criminels. Ce sont des citoyens qui ont compris une chose. Ils ont compris que la transparence pure exigée est la plus forte et la plus insidieuse des dictatures. Arrivez vous à imaginer sereinement un monde ou un état, même démocratique, est capable de contrôler toutes vos activités? Ou une entreprise peut savoir tout ce que vous faites à n'importe quel moment? Déjà aujourd'hui les prémices de ce monde effrayant peuvent être reconnus. Par exemple cette école qui a utilisé l'ordinateur portable offert aux élèves pour les espionner a leur domicile! N'est ce pas profondément immoral?

Oui c'est une guerre qui commence. Mais cette guerre peut mener a d'autres dangers. Malheureusement les répliques organisées par les citoyens internautes pourront parfaitement être utilisées par les vrais criminels qui y verront une opportunité pour se cacher de l'espionnage. Alors comment vont réagir les états? Vont ils interdire le cryptage? Exiger aux internautes que les spyware officiels soient acceptés par l'ordinateur? Il y a donc deux risques: d'abord permettre aux criminels, particulièrement les pédocriminels, de pouvoir mieux se protéger et ensuite fragiliser les citoyens innocents qui risquent de ne pas pouvoir se protéger suffisamment face aux dangers existant sur la toile.

Je me range donc résolument dans le camps de l'utopie à laquelle ne croit pas Monsieur Mabut car l'autre alternative est trop effrayante.

13:22 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vie privée, anonymat | | | |  Facebook

10/02/2010

Paroles de déportés : Témoignages et rapports officiels

Titre: Paroles de déportés : Témoignages et rapports officiels51pnD7smAQL._SL500_AA240_.jpg
Éditeur: Bartillat 2009
Collection: Omnia
Pages: 306

J'ai hésité avant de parler de ce livre. Pour plusieurs raisons dont la plupart sont parfaitement compréhensibles et transparentes. Après réflexion j'ai tout de même accepté d'essayer d'en parler. Mais il reste de savoir comment. Car c'est un sujet vaste, difficile et surtout profondément émotionnel. Ce que nous lisons dans ce livre est horrible. Est inhumain. Le livre contient les témoignages de déportés et des rapports concernant la vie quotidienne - peux-t-on la nommer ainsi sans hypocrisie? - dans les camps de la mort découpé selon le "thême" concerné, arrivée, sévices, libération...

Lors de la lecture on découvre un système profondément et fondamentalement inhumain. Dont les deux seuls buts sont la déshumanisation et la destruction des vies humaines. Ce que l'on découvre à travers les paroles de ces survivants ce n'est pas qu'un cynisme sans faille mais aussi, et surtout, une cruauté inconcevable. On ne peut que ressentir une profonde tristesse face aux sévices relatés, avec courage, par ces personnes dont on déniait l'humanité. C'est un livre dur à lire.

En lisant ce livre il m'est venu plusieurs questions sur la façon dont, en tant qu'étudiant en histoire, je pouvais partager ces connaissances des horreurs qui ont eu lieux. Je peux critiquer la manière dont le livre a été découpé: lier des fragments de témoignages selon des thèmes globaux est-il une bonne manière de faire? je peux aussi critiquer l'absence d'explication et d'accompagnement des témoignages mais est-ce vraiment pertinent?

A un certain moment c'est moi-même que je me mis à critiquer. En effet, je connaissais ces événements et sévices. J'en avais une connaissance intellectuel par la lecture de livres d'histoire. Mais un livre scientifique n'a pas la même force qu'un témoignage brute et nu. De la même manière un livre n'a pas la même force que la parole. Réfléchissant sur la manière dont je ressentais ces événements horribles j'en suis arrivé à une conclusion. Même si, intellectuellement, je connaissais la réalité des sévices et pouvais comprendre le système inhumain qui se trouve derrière j'étais incapable. émotionnellement, de concevoir une telle haine à l'égard d'êtres humains. Comment pouvoir concevoir qu'un être humain soit capable de tels tortures et méfaits contre un autre être humain? Comment imaginer qu'un être humain puisse ne voir en d'autres êtres humains que des animaux, voir même pas des animaux? Je ne crois pas en être capable.

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09:50 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |  Facebook

04/02/2010

Classer, dominer : Qui sont les autres ? par Christine Delphy

Titre: Classer, dominer : Qui sont les autres ?41sG%2BorkkmL._SL500_AA240_.jpg
Auteurs: Christine Delphy
Éditeur: La Fabrique 2008
Pages: 227

Christine Delphy, féministe française, n'a pas vraiment écrit un livre mais mis ensemble plusieurs articles, prises de positions et conférence qu'elle a donnée. Leurs points communs est de parler des rapports de domination. Pour l'auteure ce rapport de domination est structurel de la société et se voit surtout dans le travail de définition. Selon elle, les dominants ont un droit de définir ce que sont les dominés ce qui mène à les indiquer comme différents de ce qui est normal (sous entendu: blanc, bourgeois et hétérosexuel). L'un des moyens de supprimer cette définition est de l'utiliser ou de se définir sois-même. Ce qui est un acte profondément déviant pour le point de vue des dominants. Le second moyen serait de définir ce que sont les dominants. Il faut, en fait, supprimer l'altérité ou démontrer celle des dominants.

Mais l'auteure ne se contente pas de parler de la domination des hommes sur les femmes. Elle tente de mettre en rapport les dominations de classe, de race et de préférences sexuelles. Ainsi, selon l'auteure, il est possible d'être à la fois dominées et dominantes (ou dominants et dominés). C'est une relation plurielle de multiples réseaux de dominations qui se met au jours. Christine Delphy, actualité oblige, parle aussi beaucoup de l'affaire du voile. Elle considère que son interdiction et la façon dont on l'a interdit cache une relation de racisme face à ceux que l'on nomme "immigrés de seconde génération". Car les blancs qui ont rédigés la loi n'ont jamais voulu écouter une de ces femmes ayant choisis le voile. Les définissant d'emblée comme manipulées et incapables de décider pour elles-même. C'est, donc, une relation paternaliste qui se forme.

Je ne connais pas assez bien les théories féministes pour me prononcer sur ce livre. Mais les articles de Christine Delphy sont intéressant et très stimulants intellectuellement. Car, elle ne se contente pas d'analyser. Elle souhaite agir et revendique une certaine vision de la société. Même quand elle se heurte à des intellectuels connus.

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09:53 Écrit par Hassan dans contemporain, Livre, Politique, sociologie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : classe, race, genre, domination | | | |  Facebook

02/02/2010

L'Union démocratique du centre : un parti, son action, ses soutiens sous la direction d'Oscar Mazzoleni, Philippe Gottraux et Cécile Péchu

Titre: L'Union démocratique du centre : un parti, son action, ses soutiens51aC9AXos2L._SL500_AA240_.jpg
Auteurs: Oscar Mazzoleni, Philippe Gottraux et Cécile Péchu
Éditeur: Antipode 2007
Pages: 215

Le but de ce livre sur un parti bien particulier est affiché dans l'introduction et la première partie. Non pas stigmatiser un parti qui est bien connu du paysage politique Suisse mais essayer de comprendre son véritable fonctionnement et les raisons de son succès. Non pas ressortir tous les préjugés et présupposés mais s'attacher aux faits, chiffres et militants pour comprendre la réalité de l'UDC. C'est, donc, un livre qui se place résolument dans la neutralité scientifique. Néanmoins, les auteurs, en affichant leurs méthodes dans une longue introduction, acceptent et expliquent comment ils ont essayé de réduire leur propres a priori. C'est, je pense, louable d'être honnête sur ce point. Louable d'expliquer comment les auteurs ont fait un travail sur eux-même pour réussir à ne pas se faire parasiter par leurs propres présupposés.

La seconde partie du livre est une analyse des actions du parti lui-même. Le premier article de cette partie montre comment l'UDC a réussit à rester un parti uni, contestataire et pourtant membre du gouvernement alors que, a priori, ce genre de partis ne peuvent survire longtemps aux pressions contradictoires de e genre de positions multiples. Selon l'auteur l'UDC a réussit par plusieurs facteurs: il est uni et centralisé avec un accès facile aux principales arènes législatives et référendaires. Mais aussi, les partis concurrents ne sont pas aussi fort, dans le sens d'union, que l'UDC ce qui lui a permis d'attaquer sans être remis à l'ordre. Le second article analyse la production imagière pour tenter de voir quels sont les principaux fronts du partis et la façon dont ces fronts sont définis.

La troisième partie analyse les militants même. En effet, un parti n'est pas qu'un appareil c'est aussi un agrégat de militants qui peuvent ne pas être en accord avec toutes les revendications du parti. Cette analyse se fait d'abord en essayant de dégager des caractéristiques socio-professionels puis d'essayé de voir un changement dans les militants de l'UDC entre 1995 et 2003. Ce sont donc deux articles basés sur les statistiques et pas toujours facile à lire. Le dernier, que j'ai trouvé le plus intéressant, analyse les acteurs en observant leur parcours de vie via des entretiens. On y découvre que la défense contre les étrangers y est largement revendiquée, que ce soit pour des causes économiques ou culturelles voir les deux. Mais que le versant libéral du parti fait beaucoup moins consensus chez les militants.

C'est, donc, un livre honnête et qui a le mérite de tenter de comprendre la réalité de ce parti tant décrié. Il aurait été facile de le classer directement dans l'extrême droite, de le condamner sans possibilités de rédemptions ou de rendre ses militants incapables et irrationnels. Non, les auteurs de ce livre ont travaillés, ils ont analysés et acceptés les faits même quand ils étaient surprenant. C'est, à mon avis, un bon livre.

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29/01/2010

Les Suisses et les nazis: le rapport Bergier pour tous par Pietro Boschetti

Titre: Les Suisses et les nazis: le rapport Bergier pour tous41G60MJM6SL._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Pietro Boschetti
Éditeur: Zoé 2004
Pages: 189

Voila un livre dont il est difficile de parler. Bien entendu ce n'est pas le rapport Bergier, c'en est un compte rendu synthétique, mais on sait tous les passions que déclenché et a déclenché ce rapport. Il a été accusé de partialité, de salir la Suisse, pour peu Bergier serait un traitre à la nation. Cependant le rapport Bergier est la marque d'un effort hors du commun de la part de notre pays. Un effort énorme pour reconstruire son passé, pour le connaitre et le comprendre et non le juger. Monsieur Bergier l'a dit et répété et je le dis après lui. L'historien n'a pas pour fin de juger. Sa fin est de donner les savoirs et clés de compréhensions du passé sans juger des actes. Seulement en donner le pourquoi et les conséquences. Dans cette optique le rapport Bergier avait une mission très précise qui l'obligeait à ne prendre en compte que les victimes avec des données, le plus souvent, statistiques ou économiques. Oui, ce n'est pas une histoire de la Suisse lors de la Seconde Guerre Mondiale. Oui, il manque d'énormes pans de l'histoire de la Suisse lors de la Seconde Guerre Mondiale.

Ce livre, intitulé pour tous, est donc principalement un compte-rendu synthétique. Ceci implique qu'on ne peut se baser sur Pietro Boscheti pour critiquer, de manière historique, le rapport de la commission Bergier. Ca implique aussi que les choix éditoriaux sont personnels et n'impliquent pas le même développement, relatif, dans le rapport original. Néanmoins, ce livre s'appuie quand même sur les écrits originaux. Et nous y découvrons comment la Suisse a agit, de manière économique et politique, vis à vis de l'Allemagne nazie. On y voit que l'attitude envers les réfugiés est la conséquences de la peur de l'étranger et des juifs qui se fit après la Première Guerre Mondiale. On y lit aussi que l'attitude, incompréhensible, des élites économiques se comprend si on accepte que ces personnes ne croyaient pas en la défaite de l'Allemagne et souhaitaient rester forts économiquement après sa victoire et que, lorsque la perte de l'Allemagne fut certaine, ces personnes pensaient qu'elle resterait un acteur économique fort. Ces agissements n'excusent rien et beaucoup de vies auraient pu être sauvées avec d'autres décisions qui n'ont pas été prises ou qui furent refusées par l'économie ou le politique. Comme l'attitude des banques et des assurances, après la guerre, n'est guère excusable.

Mais comment critiquer ce livre? Difficile car le débat n'est pas encore serein, les recherches pas terminées, les sources de l'auteur ne sont même pas notées en bas de page. C'est un choix que, personnelement, je regrette. Comment peut on critiquer un travail sans savoir d'où les données proviennent? Bref, il faudra se tourner vers le rapport original pour les connaitre. Mais il se pose un problème. La commission Bergier avait d'énormes privilèges. Elle a pu passer outre le secret bancaire, lire les archives privées et les analyser. Un historien peut il espérer avoir les même accès maintenant? Il y a de grandes chances que non. Mais comment critiquer un travail historique si les sources sur lesquels ce travail se fonde sont hors de portée? En l'état, je pense qu'il est impossible de savoir si la commission s'est trompée ou a oublié des données. Néanmoins, il reste beaucoup à faire sur l'histoire Suisse lors de cette Seconde Guerre Mondiale.

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25/01/2010

La domination masculine par Pierre Bourdieu

Titre: La domination masculine41DCBX80D4L._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Pierre Bourdieu
Éditeur: Seuil 1998
Pages: 177

D'après ce que je sais ce livre est l'un des plus connu que Pierre Bourdieu ait écrit. Son but est, ici, de démontrer les mécanismes sociaux et structurels de la domination des hommes sur les femmes. Il postule que ces mécanismes fonctionnent par un travail de déshistoricisation ce qui permet de les penser comme éternels et naturels. Bourdieu essaie, donc, de faire un travail de déshistoricisation pour déconstruire ce travail et montrer que ce que les femmes sont naturellement est, en fait, socialement construit. Si l'on suit l'analyse de Bourdieu, on découvre des mécanismes puissants qui touchent les femmes et les hommes. Qui les enferment dans des rôles qu'ils ne peuvent que difficilement abandonner. Ces mécanismes étant, selon Bourdieu, intériorisés par les individus à cause de la famille et de l'école.

C'est un livre de Bourdieu: dense, difficile à lire et riche. Je ne peux pas affirmer avoir compris dans sa totalité les thèses de Bourdieu mais, après être sorti de ce livre, j'ai eu l'impression d'être un peu plus riche. De comprendre un peu mieux comme le genre féminin est dominé quotidiennement. Je vois d'un œil nouveau des choses aussi triviales que les conversations avec une femme, les jupes ou les talons. Surtout, je pense comprendre un tout petit mieux - est ce possible en tant qu'homme? - ce que veut dire être une femme. Un "objet" de capital symbolique qui se définit principalement par la perception qu'en ont les hommes. J'ai aussi longuement réfléchi sur un exemple que donne, rapidement, Bourdieu aux pages 38-39. Il y explique que certains prisonniers, en Amérique du sud, ont été féminisé par humiliations, moqueries et attitudes féminines. Ceci considéré comme une torture. Bourdieu ne développe pas cet exemple mais je trouve révélateur que traiter un homme comme on traite une femme soit nommé torture...

Image: Amazon.fr

24/01/2010

Invictus

Invictus parle d'un sujet qu'il n'est pas facile d'aborder: L'Afrique du Sud. Un sujet difficile à interpréter et qui n'est toujours pas résolu pour certains pays. Le film commence le jours même de la libération de Mandela. Rapidement, Clint Eastwood passe sur les quelques événements qui ont jalonné cette période jusqu'à l'élection de Nelson Mandela au poste de Président. A partir de ce point on suit le mandat de Mandela sur un an dans un pays rongé par la désunion et la peur. On devine une partie de sa pensée, on ressent son projet mais surtout, surtout, on voit ce qu'il a tenté de faire avec la coupe du monde de rugby qui avait lieu en Afrique du Sud. Un tournoi qui pourrait unir une nation divisée depuis trop longtemps...

Non, je n'aime pas le rugby. Mais un film sur Mandela, incarné par Morgan Freeman et dirigé par Clint Eastwood, se refuse difficilement. Même si l'aspect sportif me laissait dubitatif j'ai voulu le voir et me faire une idée après. La première chose que je me sente obligé de dire est que Morgan Freeman est tout simplement parfait. J'ai beaucoup de mal à voir Nelson Mandela incarné par un autre acteur. J'ai l'impression que Freeman a véritablement incarné cet homme exceptionnel qu'est Mandela. La seconde chose c'est que, finalement, le rugby n'a pas nuit à ma vision du film. Je n'y connais et ne suis donc pas capable de juger ce point. Mais plus que du rugby Eastwood nous montre un symbole. Le symbole de l'unification d'une nation derrière une équipe. Le symbole d'un renouveau. Invictus est moins beau qu'Avatar et sa technologie cependant il est définitivement bien meilleur!

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18:38 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique du sud, mandela, invictus | | | |  Facebook

16/01/2010

Contre-Feux: propos pour servir à la résistance contre l'invasion néo-libérale de Pierre Bourdieu

Titre: Contre-Feux: propos pour servir à la résistance contre l'invasion néo-libérale41RZWVT5THL._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Pierre Bourdieu
Éditeur: Raisons d'agir 1998
Pages: 125

Voici le second livre de Bourdieu que je lis. Du moins, que je lis vraiment en n'en prenant pas des extraits. Contre-Feux est un livre en peu de pages divisé en deux tomes consacré à la lutte contre le néo-libéralisme. Bourdieu y a inclut des textes qu'il a écrit ou déclamé durant sa carrière et qui ont tous en commun cette préoccupation: comment arrêter la néo-libéralisme? Ce n'est pas que Bourdieu soit contre le progrés. Il souhaite démontrer, travaux à l'appui, pourquoi cette doctrine est irréaliste, tautologique et dangereuse. Au fil de la lecture on découvre sa thèse qui est que le néo-libéralisme, sous couvert de baisser les couts et les contraintes, crée des contraintes et des couts sociaux dont le prix est encore inconnu. Il souhaite montrer que la fin des protections sociales et la volonté de flexibiliser le travail crée des situations de précarité. Non seulement pour le chômeur qui doit vite trouver de quoi subsister. Mais aussi pour le travailleur qui est constamment sous la menace et le stress de la perte d'emploi. C'est pourquoi il souhaite une lutte européenne, voir mondiale, contre cette doctrine.

Le propos est convainquant. Mais j'avoue que j'étais un lecteur déjà gagné au combat. Bien que Bourdieu se base sur son travail et les recherches d'autres savants ce livre, qui regroupe des discours et articles de journaux, perd nécessairement les références scientifiques qui ne sont que sous-entendue. Ce livre est donc aussi un appel à faire des recherches sur les couts sociaux, qui sont aussi économiques, de la libéralisation. Bien qu'aucune preuve n'existe encore on voit que Bourdieu pense que ces couts sont supérieurs aux bénéfices. Si cela est vrai il faudra repenser la libéralisation. Bref, ce n'est pas un texte scientifique. ce qui implique une bonne lisibilité, alors que Bourdieu peut souvent être très opaque, bien qu'il faille un petit effort du lecteur. Ce n'est pas non plus une excuse pour le dédaigner. Alors que la crise est passée par la avec son cortège de précarisés et alors que nous avons vu des salariés de plus en plus nombreux se suicider on devrait légitimement se poser la question des couts de la libéralisation et de la flexibilisation des travailleurs.

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14/01/2010

L'histoire contre l'extrême droite: les grands textes d'un combat français (Vincent Duclert directeur)

Titre: L'histoire contre l'extrême droite: les grands textes d'un combat français51V7KJ6ZFVL._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Vincent Duclert directeur
Éditeur: Mille et une nuits 2002
Pages: 121

Encore une fois je vais parler d'une collection de texte. Mais cette fois cette anthologie est, je trouve, mieux construite que celle sur le Communisme. Car la nous avons un livre construit d'une manière plus rationnel. L'histoire contre l'extrême droite a un but facile à trouver: montrer que l'extrême droite est hors de toutes traditions démocratiques ceci e utilisant de grands textes liés à des contextes historiques connus. Nous avons donc la lutte contre le Poujadisme, l'affaire Dreyfuss, tous les textes concernant l'avant et l'après seconde guerre mondiale sans oublier l'Algérie et ce qui est nommé "le retour des extrêmes". En tout ce sont 80 textes écrits par des noms encore connus, d'autres moins, mais tous concernant un minimum l'extrême droite.

Néanmoins on peut se demander si ce livre est vraiment bien construit. Premièrement, et les évènements que j'ai cité le prouvent largement ainsi que l'introduction qui l'avoue, il oublie totalement les autres pays. Seule la France est concernée et utilisée. Pas d'Allemagne, pas d'Italie, d'Angleterre ou que sais-je encore? A mon avis, c'est un oubli difficile à justifier car l'extrême droite n'est pas que française et la lutte contre non plus. En second lieu, j'ai beaucoup aimé lire ces différents textes mais j'ai été frustré. Déjà je trouve souvent que les extraits sont trop courts. Ceci pourrait être oublié si Duclert avait écrit une introduction plus grande aux différents textes. En effet, ma seconde critique sur ce point est que je trouve la contextualisation trop sommaire. On ne comprend pas toujours le pourquoi du comment des propos des différents auteurs. Bref, un livre intéressant mais il sera encore plus intéressant de lire directement les textes cités.

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