29/06/2015

Enfants à louer. Orphelins et pauvres aux enchères par Rebecca Crettaz et Francis Python

Titre : Enfants à louer. Orphelins et pauvres aux enchères6e13ca992c79f5ab66b47ca9e2da4e60.jpg
Auteur-e-s : Rebecca Crettaz et Francis Python
Éditeur : Société d'histoire du canton de Fribourg 2015
Pages : 176

Il y a quelques années que les personnes placées durant leur enfance ou internées pour des raisons d'assistance (selon le terme officiel) ont commencé à parler et à revendiquer excuses, réparations et recherches historiques. Ce livre permet de commencer à comprendre l'histoire du placement au rabais dans un canton spécifique : Fribourg. Les auteur-e-s prennent en compte la période du début du XIXe siècle à 1928 lorsqu'une nouvelle loi sur l'assistance interdit les mises au rabais. Mais que sont ces mises au rabais ? C'est une procédure par laquelle une commune place un ou des enfants, voire d’adultes, dans les familles qui demandent les pensions les moins élevées à L'État

Les auteur-e-s mettent en place 6 chapitres. Les 5 premiers permettent de dépeindre l'histoire de l'assistance et du placement des enfants à Fribourg en s'intéressant à quelques communes en tant que cas particuliers illustrant la pratique locale. L'auteure montre la difficulté de mettre en place des lois qui fonctionnent alors que la pauvreté est vue comme un problème durant toute la période. Celle-ci est considérée comme provenant à la fois d'un manque de volonté de la part des personnes au travail et d'une mauvaise pratique des communes. Ces dernières offriraient trop et ne s'intéresseraient pas à l'éducation morale et au travail des enfants et pauvres tant que le placement est économiquement favorable. C'est une longue lutte pour mettre en place des lois successives sur l'assistance qui prennent en compte les sensibilités politiques de l'époque ainsi que le manque de moyens de l'État. Le dernier chapitre, qui fait office de conclusion, permet à son auteur de montrer à quel point il fut difficile de travailler sur la pauvreté en histoire alors que les victimes n'étaient pas entendues. Il termine sur les derniers évènements politiques de mars 2014 sur le sujet

Au final, nous avons un livre court qui s'attache à la fois à expliquer comment les lois furent pensées et mises en place et à la pratique de communes spécifiques. Ceci permet de montrer les discours successifs qui existèrent et dont les arguments sont souvent semblables. Malheureusement, les sources n'ont, semble-t-il, pas permis de montrer comment les enfants placés vivaient leurs conditions. On a ce que pensent les autorités et les personnes chez qui les personnes sont placées mais jamais le point de vue de ces dernières. Leur parole est perdue dans les papiers de l'administration. Ce qui n'enlève rien à l'intérêt de ce livre pour lever le voile sur une histoire encore trop peu connue

Image : Éditeur

13/06/2015

Jeunesses malheureuses, jeunesses dangereuses. L'éducation spécialisée en Seine-Maritime depuis 1945 par Sophie Victorien

Titre : Jeunesses malheureuses, jeunesses dangereuses. L'éducation spécialisée en Seine-Maritime depuis 19451296483772.jpg
Auteure : Sophie Victorien
Éditeur : Presses universitaires de Rennes 2011
Pages : 317

Que faire des jeunes délinquants ? Devrait-on considérer leurs actes comme des appels à l'aide qui impliquent compréhension et main-tendue ? Devrait-on leur rendre une chance en leur offrant un lieu neutre adapté et une éducation professionnelle ? Ou faudrait-il être le plus répressif possible ? Depuis que les jeunes dérangent les adultes et violent la loi ces questions se sont posées. Sophie Victorien, elle, décide de s'intéresser aux réponses offertes dans un département français juste après la guerre dans un contexte matériellement difficile. Bien que les réponses apportées s'inscrivent dans un mouvement global en occident l'inscription de cette recherche dans un contexte précis permet de montrer comment un idéal s'inscrit dans un lieu et ses particularités.

Le livre est construit en trois parties de trois chapitres. La première partie, se donner les moyens de « sauver » la jeunesse en péril, permet de nous montrer quels sont les manques en institutions et en lieux du département. Dans un contexte de destructions importantes durant la guerre de nombreux lieux ne peuvent pas recevoir des jeunes. De plus, il manque un grand nombre de structures d’accueil. Sophie Victorien montre de quelle manière ces manques sont surmontés par un réseau de personnes intéressées au statut de la jeunesse en danger (ou dangereuse). Un réseau qui s'incarne dans des structures privées qui s'occupent d'un problème public avec l'aide de l'État et sous sa supervision. Il y a donc un mélange important entre les secteurs privés et publics dans le fonctionnement des institutions de placement.

La seconde partie, rencontre avec les pensionnaires des établissements spécialisés, s'intéresse, comme le titre le dit très bien, aux jeunes qui se trouvent dans les institutions. Sophie Victorien explique, tout d'abord, ce qu'est l'inadaptation ainsi que les théories sur la délinquance juvénile de l'époque. Elle montre que ces théories, défendues par de nombreux experts, ont à la fois une part héréditaire, l'alcool par exemple, et acquise par le milieu. Il y a donc deux catégories de jeunes : ceux qui peuvent être sauvés et ceux qui sont constitutionnellement pervers. Dans un second chapitre elle s'intéresse à ce que sont ces jeunes. D'où ils viennent mais aussi ce qu'ils sont fait pour être soumis aux dispositifs de protections de la jeunesse. Enfin, elle termine avec l'examen du rapport des jeunes avec les lieux de placement. Un rapport difficile mais qui peut aussi se forme positivement en particulier durant le service militaire.

La dernière partie, les caractéristiques et l’évolution des structures associatives en faveur des jeunes en difficulté, s'attache aux changements que les institutions de placement subissent durant les années 1945 à 1980. Dans un premier temps on nous montre comment celles-ci sont gérées. Bien qu'elles soient privées elles sont soumises au contrôle de l'État qui paie le service rendu par un prix à la journée. Elles sont aussi soumises au contrôle d'une assemblée générale puisque les institutions fonctionnent sous la forme d'associations. Cela implique une certaine tension avec la direction qui peut devoir lutter pour certaines prérogatives. Un second chapitre permet à Sophie Victorien de nous présenter le personnel des institutions en commençant par la direction qu'elle divise en deux types : les catholiques influencés par le mouvement scout et les laïcs. Ensuite, elle nous présente les éducateurs dont la profession se met progressivement en place au niveau national. Ce qui implique de nouveaux diplômes mais aussi des missions précises. Enfin, elle termine avec la remise en cause datant des années 70 qui a couté cher à de nombreuses institutions incapables de s'adapter à une nouvelle vision de la prise en charge qui ne se forme plus autant en milieu fermé mais en milieu ouvert dans la famille.

Toutes les personnes qui s'intéressent au fonctionnement historique de la protection des mineurs ainsi qu'au traitement de la jeunesse dangereuse (ou en danger) trouveront de nombreuses informations intéressantes dans ce livre. Celui-ci permet d'illustrer localement un changement national en France après Vichy et les réformes qui furent lancées dans la période. Il est particulièrement intéressant de nous présenter les acteurs clés tout en s'intéressant aux jeunes et aux familles malgré les difficultés que cela implique. Il seulement dommage que les femmes soient moins étudiées mais cela est dû au manque d'archives.

Image : Éditeur

05/06/2015

Dirty Gold War

Dirty Gold War est le nouveau documentaire de Daniel Schweizer qui a déjà travaillé sur la droite radicale dans une trilogie. Le documentaire nous mène sur la trace d'un métal qui n'est pas contrôlé : l'or. Car il est presque impossible de savoir d'où provient l'or que nous achetons dans nos bijoux et si celui-ci a été produit d'une manière respectueuse, écologique et responsable. Dès que l'or passe dans les raffineries, suisses par exemple, il perd toutes traces d'impuretés aussi bien matérielles que sociales. Pourtant, le commerce de l'or est l'un des plus inégalitaires au monde. Pour le récolter on vole et on détruit des populations locales ainsi que leur environnement de vie sans que les états ne fassent grand-chose. Que ce soient de gigantesques mines à ciel ouvert sur le territoire communal où des mineurs privés qui déversent des produits toxiques dans les eaux c'est une énorme catastrophe écologique. Daniel Schweizer essaie de nous montrer comment fonctionne ce marché et comment certaines personnes tentent de le modifier par la marge sans, pour autant, remettre en cause le système.

Que penser de ce documentaire qui vient de sortir ? Il s'inscrit dans un nombre de plus en plus importants de films qui s'interrogent sur l'éthique de production des sociétés occidentales dans les pays en développement. Plutôt que de ne donner la parole qu’aux blancs européens ils essaient de fournir une parole aux populations locales, vivant en Amazonie dans le cadre de ce film. On peut dire, de ce point de vue, que c'est plutôt réussit. Les discours des entreprises européennes sont bien faibles face aux discours des souffrances locales. Les images même sont plus que parlantes. Dans une scène très précise la recherche de l'or peut s'apparenter à un cancer destructeur. Alors qu'en Suisse, par exemple, le commerce de l'or se fait dans le luxe sans aucunes interrogations quant aux problèmes impliqués. Le film nous montre que ces problèmes sont nombreux : ils sont sociaux, territoriaux, écologiques mais aussi humain car les résistant-e-s peuvent être tués aussi bien par la police, des mineurs privés que par les milices des mines. C'est en ce qui concerne la résistance qu'une image très forte m'est restée. Celle d'un membre du gouvernement du Pérou qui explique quelles sont les réformes nécessaires. Suite à cela il passe sur les résistant-e-s qu'il qualifie d’écologistes fondamentalistes. Nous ne sommes pas loin du terme terroriste et, dans le cadre d'un monde de plus en plus conscient de l'écologie et des luttes nécessaires contre les grandes entreprises, c'est un terme qui commence à faire surface. Malheureusement, le film ne nous offre pas d'informations sur les coordonnées des ONG qui tentent une réforme ni sur les moyens d'aider où de lutter ici même. Par exemple, une initiative est en cours en Suisse et peut être un moyen de lutter dans notre pays.

Image : Site officiel

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31/05/2015

Bad girls in Britain. Gender, justice and welfare, 1900-1950 par Pamela Cox

Titre : Bad girls in Britain. Gender, justice and welfare, 1900-1950
Auteure : Pamela Cox
Éditeur : palgrave macmilan septembre 2012
Pages : 228

Enfin ! Enfin après plusieurs semaines de lectures plus ou moins interrompues j'ai terminé ce petit livre anglais de Pamela Cox. L'auteure nous pose une question simple : qu'est-ce que la délinquance juvénile et, plus spécifiquement, qu'est-ce que la délinquance des jeunes filles ? Durant la première période du XXe siècle le monde occidental a connu de nombreuses réformes autours de la mise en place de tribunaux spécifiques aux enfants. Avec cela il fut mis en place des institutions d'étude des enfants délinquants afin de comprendre pourquoi on entre dans ce type de vie. Mais il y avait aussi de nombreuses institutions gérées par des privés que ce soient les églises ou des associations plus ou moins laïques. Ce livre permet de tracer le fonctionnement de la protection des jeunes filles durant le premier XXe siècle.

Le livre de Pamela Cox est divisé en 8 chapitres. Chacun de ces chapitres permet d'analyser un aspect particulier. Que ce soient les problèmes de définitions, de comptabilités, de politiques publiques, de diagnostics mais aussi de réformes et d'écritures chacun de ces thèmes permet de comprendre un peu mieux comment fonctionnait la protection des jeunes filles. Car ce livre s'attache non pas aux garçons mais aux filles. Ces dernières sont vues comme particulières car les filles, selon les commentateurs de l'époque, sont moins sujettes à la délinquance que les garçons (et encore moins aux gangs). Les jeunes filles, par contre, sont en risques d'entrer dans une délinquance sexuelle plutôt que violente. Les femmes qui sont à la fois violentes et en groupe sont donc des raretés qui posent de nombreux problèmes pour les institutions. Mais ce que Pamela Cox nous montre n'est pas seulement l'opinion envers les filles. Elle nous montre que la protection de l'enfance, bien que définie comme un moyen d'aider, est avant tout un moyen de punition. Cette punition fonctionnement par un contrôle particulièrement étroit de familles entières considérées comme dangereuses par leur constitution même. Pamela Cox nous montre aussi que les filles sont formées à un rôle spécifique qui s'accroche à une division genrée de la société. En effet, le travail fourni implique de faire des jeunes filles de futures mères de famille via un travail de servante. Ce livre est donc un bon moyen à la fois de comprendre le fonctionnement de la protection des mineurs, de la division genrée de celle-ci et de la manière dont on parle de la délinquance.

Image : Éditeur

 

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21/05/2015

Tomorrowland (A la poursuite de demain)

C'est l'histoire d'une jeune fille qui rêve d'aller à Disney World. Mais son père n'est jamais d'accord alors elle y va seule avec un vieux monsieur un peu bizarre... Mmm non ce n'est pas exactement le film mais presque. Nous sommes au XXIe siècle. Le monde est de pire en pire. Les rêves ont disparus et les découvertes sont abandonnées pour des problèmes plus terres à terres. Dans ce monde de moins en moins optimiste vit une jeune fille particulièrement intelligente, débrouillarde et qui aime détruire les propriétés de l’État : Casey Newton. Son père est un ingénieur de la Nasa au chômage puisque l'institution est démantelée. Ce qui ennuie Casey dont le rêve est de partir dans l'espace. Un soir, après un petit tour dans une cellule, elle entre en possession d'un pin dont le contact permet d'être projeté aux alentours d'une ville magnifique, futuriste et qui continue de rêve ! C'est Disney World ! Euh non, c'est Tomorrowland ! Il n'en faut pas plus pour qu'elle se mette en tête l'idée fixe de s'y rendre. Cependant, d'autres individus refusent on entrée. Ce refus est lié à une ancienne invention qui a tout changé.

Ce film est un gros gâchis. Donc oui, j'ai bien aimé le petit message naïf et optimiste. Alors que le monde va de plus en plus mal le film propose de croire aux rêves, en l'optimisme et d'offrir aux enfants le futur. Les enfants, pour ce film, sont l'avenir aussi bien via leurs rêves que via leurs capacités intellectuelles. Mais le film est aussi rempli de mauvaises scènes et d'idées que j'apprécie peu. Par exemple, Tomorrowland est un lieu dans lequel se trouvent les plus grands esprits de la Terre. Il n'y a ni état ni fonctionnaire pour les empêcher de rêve et de créer voir de dénaturer leurs projets. Nous avons donc une vision extrêmement élitiste d'une partie de la population qui se croit meilleure que tout le monde et qui décide d'abandonner la Terre à son destin pendant qu'ils cherchent sans prendre en compte les problèmes qui peuvent découler de leurs inventions. Mais il y a pire ! Il y a Casey. La jeune fille nous est présentée comme optimiste, extrêmement intelligente, débrouillarde et têtue. Elle est capable de prendre soin d'elle toute seule sans aucuns problèmes. Un personnage que personne ne pourrait critique non ? Eh bien ce serait le cas si l'intrigue n'était pas un moyen de lui enlever toute possibilité d'action afin de l'offrir au personnage principal mâle et à la petite fille robot qui l'accompagne. Ça c'est vraiment du gâchis !

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** À votre place je n'irais pas le voir.
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Image : Site officiel

 

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16/05/2015

La tête haute

Suite au film précédent je passe dans du totalement différent puisque je me suis intéressé au film La tête haute. Celui-ci se déroule en France, à Dunkerque. Dès la première scène nous sommes dans le cabinet d'une juge. Une femme de 25 ans et ses deux enfants, dont l'un de 6 ans, sont interrogés. Car le petit Malony pose de nombreux problèmes à l'Éducation Nationale. C'est la vie de Malony que l'on suit jusqu'à ses 17 ans. On l'observe alors qu'il se trouve sur une pente de plus en plus difficile et qu'il a déjà multiplié les placements tout en ayant perdu une grande partie de sa scolarité. Sa mère accepte difficilement les jugements sur ses capacités, le père est absent et Malony en veut à tout le monde. Comment le système de protection des mineurs va-t-il pouvoir s'occuper de ce jeune adulte afin de le sauver ?

Je suis très partagé envers ce film. Il est à la fois réussit et particulièrement conservateur. Il est réussi car les personnages sont plus que convaincants et très bien joués. Que ce soient la juge, l'éducateur / figure paternelle, la mère perdue / indigne / aimante où encore tous les acteurs et actrices du système de protection de l'enfance. L'acteur qui joue Malony réussit parfaitement bien à créer cet adolescent en colère et incapable de se réguler. En ce qui concerne le système il est parfaitement mis en scène aussi bien dans son fonctionnement que dans les idéologies qui se trouvent derrière. Que ce soit les juges où les maisons de placement on sent fortement la puissance de la psychologie pour comprendre et gérer un mineur. On observe aussi les parents et les enfants qui refusent ou ne comprennent pas l'action ainsi que les enquêtes qui leur sont imposées. De ce point de vue le film me semble réussit et fidèle à la réalité.

Donc, pourquoi suis-je partagé ? Comme je l'ai dit plus haut ce film est très conservateur. En effet, la réalisation ne pose jamais de questions critiques au système. Celui-ci est posé et les échecs sont systématiquement portés sur Malony sans que jamais on ne réfléchisse à la dimension sociologique. Seul l’individu pose problème et son intégration à la société normale est une obligation si ce dernier souhaite prouver la réussite des mesures. Celles-ci sont particulièrement violentes et peuvent être mal reçues. Une scène me vient en tête. Après une fugue, pour une raison valable, Malony est réintégré dans son placement malgré la menace d'un emprisonnement. Les autres jeunes ne comprennent pas cela et les membres du personnel tentent d'expliquer que la justice des mineurs est individuelle. C'est en effet le cas, mais pourquoi ne pose-t-on pas la question de ce que l'on peut ressentir face à une justice qui traite tout le monde de manière différente ? Ne pourrait-il pas y avoir un sentiment d’injustice ? Plus important encore, toutes les mesures sont montrées comme obligatoires. Pour s'en sortir Malony doit prouver son envie d'accepter les mesures et de créer un plan de vie qui implique relations amoureuses et travail salarié. Autrement dit le but est de normaliser un jeune déviant sans réellement se questionner sur ce que l'on demande. D'ailleurs, le film se termine sur un jeune homme qui réussit dans un travail, a fait son permis et a commencé une relation amoureuse avec un enfant (la jeune femme qui accouche passe de garçon manqué un peu rebelle à la jupe à fleur du jour au lendemain). On nous présente donc la famille hétérosexuelle bourgeoise presque parfaite comme preuve ultime de la réussite de la justice des mineurs et de l'intégration dans la société.

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**** Très bien joué le film nous montre plutôt bien comment fonctionne le système de protection des mineurs. Mais il est aussi porté par une idéologie conservatrice qui implique de ne pas oublier son esprit critique au placard.
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Image : Site officiel

 

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09/05/2015

The farewell party (Fin de partie)

L'aventure prend place dans une petite maison de retraite à Jérusalem. Une femme prend son téléphone qui sonne. Dieu lui parle. Il lui conseille de continuer son traitement car, bien qu'il sera très heureux de la rencontrer au paradis, il n'y pas encore de place pour elle. C'est ainsi que le film débute : par un appel à la confiance envers la médecine. Dans cette même maison vit une femme, Yana, dont le mais souffre toute la journée. Il est en fin de vie et les médecins refusent de lui donner un traitement antidouleur plus fort. Ils ne peuvent pas non plus, juridiquement, le laisser mourir. Sa vie n'est donc plus que souffrances. C'est à ce moment qu'il demande à sa femme ainsi qu'à ses amis de l'aider à mourir. Après de nombreuses tergiversations un petit groupe se réunit afin de construire une machine à suicide. Alors que seule une personne devait en bénéficier la rumeur enfle et les demandes affluent tout en restant discrètes. En effet, la prison attend les personnes qui pourraient être accusées de meurtre.

C'est un thème difficile et douloureux auquel s'attaque ce film. La question de l'aide au suicide est très controversée. Peu de pays l'acceptent véritablement. En Suisse on refuse de légiférer pour contrôler tout en ne l'interdisant pas (à l'exception du canton de Vaud qui force tous les établissements médicaux, maisons de retraites comprises, à suivre la volonté des patient-e-s). Le film ne laisse pas de côté les problèmes moraux et personnels impliqués. Il place, de manière rigoureuse, la décision dans les mains des personnes demandeuses. Mais même ainsi le personnage de Levana considère l'aide au suicide comme un meurtre. Face à ce point de vue nous avons celui des proches et de la personne considérée qui se voient dans une vie de souffrance où dans un état d'épuisement. Ces personnes ne demandent que la possibilité de choisir leur fin.

Face à cela nous avons la question de la relation de Yehezkel avec sa femme Levana. Cette dernière à Alzheimer. Son identité, comme elle le dit elle-même, lui échappe de plus en plus. Et plus celle-ci disparait plus son mari s'attache à elle et refuse de la laisser partir. Le thème du film n'est donc pas seulement l'aide au suicide mais aussi la manière dont un proche gère le départ d'une personne aimée. En effet, alors même que Yehezkel aide des personnes à mourir accompagnées des personnes qu'elles aiment il commence à se rendre compte qu'il ne peut pas forcer sa femme à rester près de lui sans lui faire du mal. Il doit la laisser partir. Inversement, Levana qui était rigoureusement contre l'aide au suicide en vient, au fur et à mesure du développement de sa maladie, à accepter la possibilité de faire ce même choix pour elle-même.

Ces deux aspects sont entourés par quelques bouts de comédies qui permettent de faire passer la pilule d'un film joyeux mais aussi très triste. Que ce soient les relations avec un pauvre policier, une scène dans une serre (et la convocation devant une directrice qui fait peur) ou encore ce couple gay qui se trouve dans me placard voir les petites blagues sur leur propre vie. Voici donc un très bon film, particulièrement bien joué et qui prend un thème difficile dans tous les sens du terme. On aimerait voir plus d’œuvres de ce style.

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***** Très bien joué, des personnages que l'on apprécie, des moments comiques qui fonctionnent pour un film qui traite d'un thème difficile avec brio et sans manichéisme mais de manière humaine.

Image : Allociné

 

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09:58 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fin de vie, euthanasie, suicide, comédie | | | |  Facebook

25/04/2015

La société punitive. Cours au collège de France. 1972-1973 par Michel Foucault

Titre : La société punitive. Cours au collège de France. 1972-1973d036339b16.gif
Auteur : Michel Foucault
Éditeur : Seuil / Gallimard décembre 2013
Pages : 349

J'apprécie beaucoup ce qu'a écrit Michel Foucault. Non seulement ses recherches sont intéressantes et mettent en cause de nombreuses choses que l'on tient pour normales mais, en plus, il a travaillé en lien avec l'époque et des luttes dont il a été un acteur. Ce livre fait partie des cours qu'il a donné au Collège de France et qui sont édités. Ces cours permettent aux personnes intéressées de mieux comprendre la pensée de Foucault ainsi que sa construction. En effet, les cours au Collège de France sont des recherches inédites qui peuvent inaugurer l'idée d'un livre. Dans le cas présent le livre est Surveiller et Punir. Ce livre contient la troisième année de cours de la part de Michel Foucault, un résumé écrit par Foucault et une situation qui permet de contextualiser les propos aussi bien selon l'époque, la recherche que la pensée de Foucault.

Ce cours s'intéresse à la société punitive. Derrière ce terme se cache une forme spécifique de société que Foucault présentera en 13 semaines. Je ne prétends pas avoir tous compris. Mais l'analyse de Foucault permet d'expliquer comment on est passé d'une forme spectacle de la punition à une forme d'exclusion avec la prison. Plus loin encore, Foucault nous montre en quoi cette forme prison a pris racine dans la société. En effet, derrière la prison, le pénitencier, on trouve la nécessité de protéger le capital de la bourgeoisie contre une population pauvre. Cette protection se forme contre deux problèmes : le vol, la déprédation donc ce qui est construit comme illégal et l'immoralité soit l'alcoolisme et la fainéantise. Dans le premier cas on s'attaque à ce qui est possédé tandis que dans le second cas on s'attaque à ce qui pourrait être possédé. Il y a donc un effort de moralisation et de contrôle de la population afin de permettre la mise en place du travail régulé et salarié. Ceci a pu aller jusqu'à la création d'usines-couvents qui permettaient de contrôler tous les aspects de la vie des travailleurs. Ce cours est donc particulièrement intéressant quand on essaie de comprendre le fonctionnement de la société libéral de travail et son pendant pénal.

Image : Éditeur

19/04/2015

Enfant 44

Je dois commencer par dire une chose : je n'ai pas lu le livre. J'ai l'impression que de nombreux lecteurs ont été déçus de l'adaptation, ce que je comprends, mais je ne peux pas en parler. Le film commence durant les années de famines en Ukraine alors que le pouvoir soviétique ne fait rien pour aider les paysans et fait tout pour les détruire. Une jeune garçon s'ensuit d'un orphelinat et rencontre l'armée rouge. Un officier le prend en pitié. Plus tard, durant la guerre, il est présent lors de la prise de Berlin. Une photo en fait un héros soviétique. Durant les années 50 il vit à Moscou. Il est l'un des meilleurs agents des services secrets. Son travail, exemplaire, lui permet d'arrêter et d'exécuter de nombreuses personnes dénoncées comme traitres. Mais un dossier étrange lui tombe dessus. Celui d'un enfant assassiné mais victime, officiellement, d'un accident. Son enquête se fera contre les ordres de ses supérieurs tandis que les intrigues politiques se forment pour l'éloigner et éliminer la menace qu'il représente. Car le meurtre est un crime des sociétés capitalistes.

Le film commence fort. Un fond noir avec les mots "il ne peut pas y avoir de meurtres au paradis". Cette phrase sera répétée à plusieurs reprises durant le film. Mais il continue de manière étrange. Plutôt que de laisser cela de côté la réalisation a décidé de montrer l'enfance et la guerre. Ces scènes permettent de situer le personnage principal mais n'offrent rien qui puisse être vraiment utile. Ce sont des scènes inutiles qui prennent du temps pour rien. En ce qui concerne l'intrigue le meurtrier lui-même n'en est pas au centre. Sa découverte est relativement rapide et ne crée pas de conséquences importantes. Le propos du film se trouve plutôt dans l'atmosphère. On nous dépeint une ville qui vit dans la peur. Les arrestations de traitres sont quotidiennes et il suffit que son nom se retrouve prononcé lors d'un interrogatoire pour être suspect et donc déjà coupable. Cet aspect se retrouve entièrement dans un dialogue du héros avec l'une de ses victimes. A la question, policière, "pourquoi fuyez-vous si vous êtes innocents" on lui répond "je fuis parce que vous me pourchassez". Le héros lui-même sera victime de cela et observera de visu ce qui arrive lorsqu'on devient un paria pour le système. Ainsi, on n'a pas vraiment un film policier mais plutôt un film qui crée un milieu. Sur ce point il est réussi.

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**** Un film difficile, très violent, avec des scènes peu utiles et une intrigue au second plan mais une atmosphère réussie.
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Image : Allociné

 

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09:51 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : enfant 44, russie, urss | | | |  Facebook

16/04/2015

Taxi Teheran

Il n'est jamais une mauvaise chose d'aller voir des productions qui ne soient pas américaines (ou françaises). On observe d'autres manières de raconter une histoire dans des contextes différents d'un cinéma américain pour lequel la réussite prime sur tout. Taxi Teheran est un docufiction du réalisateur Jafar Panahi que je regrette de n'avoir pas connu avant. Il vit en Iran et, après une participation à des manifestations, est interdit d'exercer son travail pendant 20 ans. Il fait donc semblant de se reconvertir dans les taxis. Il se déplace dans les rues de la ville en prenant à son bord de nombreuses personnes aux idées et aux vies différentes. Que ce soient des professeures, des bandits, des pirates ou des avocates chaque personne à son mot à dire sur la situation du pays. Les rencontres peuvent faire peur tout en étant légère car nous n'observons pas le danger que vit réellement le réalisateur en dehors de quelques scènes très précises. Ce que ne savent pas les autorités c'est que Jafar Panahi filme tout dans sa voiture tout en sachant que jamais il ne pourra vendre son film en Iran.

Il y a de nombreux aspects dans ce film qui mêle le vrai au faux. Les acteurs sont-ils de vrais personnages ou sont-ils créés de toutes pièces ? Les discours sont-ils un reflet de ce que pensent les personnes ou des mots qu'on leur a écrit ? On ne sait rien. Sauf que les scènes sont trop parfaites pour être tout à fait des coïncidences. Lorsque la jeune nièce du réalisateur explique ce qu'on lui a appris à l'école sur le cinéma à son oncle réalisateur on s'étonne devant ce qui est demandé afin que le film puisse être distribué. Alors que les rencontres sont assez légères voir drôles on voit poindre des réalités bien plus sombres. Par exemple lorsque Panahi tente de reconnaitre la voix de son interrogateur et qu'on entre dans le fonctionnement de la justice iranienne ou la dernière scène du film. Bien que la réalisation semble laisser place au hasard tout est construit pour nous envoyer un message précis sur le fonctionnement d'une société qui croit tout contrôler mais dans laquelle les moyens de résistances sont nombreux.

Image : Allociné

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07/04/2015

Histoire de la Suisse 5. Certitudes et incertitudes du temps présent (de 1930 à nos jours) par François Walter

Titre : Histoire de la Suisse 5. Certitudes et incertitudes du temps présent (de 1930 à nos jours)
Auteur : François Walter
Éditeur : Alphil 2014
Pages : 160

Lorsqu'on s'intéresse à l'histoire on s'intéresse souvent à des sujets précis. Ce qui nous mène à lire des recherches très spécifiques. Cependant, il est nécessaire de connaitre le contexte général pour comprendre ce qui est en train d'être étudié. C'est pour cette raison que je me suis intéressé au tome 5 de cette histoire de la Suisse. Ce tome examine le XXème siècle depuis les années 30. Il est édité tout d'abord en 2010 avec une troisième édition, mise à jour, en 2014. Les 8 premiers chapitres sont plutôt chronologiques en se terminent en 1950 soit lors du début des trente glorieuses et des mutations que cela implique. Ces chapitres permettent d'examiner le pays depuis l'entre-deux-guerres jusqu'à la fin de la Deuxième guerre mondiale aussi bien du point de vue social, international qu'économique. On nous montre un pays qui tente de survivre aux problèmes du temps. Tout d'abord la crise puis la guerre et ses atrocités et les compromissions qui eurent lieu. L'auteur ne se pose pas en juge mais explique le contexte ainsi que les problèmes de l'époque tout en se basant sur les dernières recherches. Les 8 chapitres suivant sont des thématiques. L'auteur y étudie plusieurs sujets qui permettent de montrer comment la Suisse et son peuple ont changé et ce sont repensés. Que ce soit l'écologie, l'international ou les liens avec l'Europe tout est expliqué clairement et très succinctement jusqu'en 2014.

Que penser de ce petit livre après l'avoir posé ? Il possède tous les problèmes des livres d'histoires généraux que sont les histoires suisses. Autrement dit, l'auteur doit présenter succinctement près de 100 ans d'histoire sans oublier de parties importantes. Ceci oblige à parler de certains thèmes obligatoires. On ne peut pas laisse de côté la manière dont s'est comporté le pays durant la deuxième guerre. Au prix de sujets parfois moins connus mais tout aussi intéressants. Par exemple, rien n'est dit sur l'internement administratif ou les placements d'enfants alors que ces deux thèmes sont actuellement importants dans les médias. Un autre problème est l'obligation de devoir passer très rapidement sur les sujets alors que l'on souhaiterait en savoir plus. L'auteur a, pour ce point, la bonne idée de nous offrir une courte bibliographique thématique à la fin de tous les chapitres. Au final, l'exercice est réussi malgré ses dangers.

Image : Éditeur

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27/03/2015

La politique vaudoise au 20ème siècle. De l'Etat radical à l'émiettement du pouvoir par Olivier Meuwly

Titre : La politique vaudoise au 20ème siècle. De l'État radical à l'émiettement du pouvoir978-2-88074-576-9_medium.jpg?1346323941
Auteur : Olivier Meuwly
Éditeur : Presses polytechniques et universitaires romandes 2003
Pages : 139

Les livres d'histoires des cantons sont rares. On sait assez peu de choses sur ces histoires locales bien que de nombreux éléments se trouvent dans des recherches plus générales. Ce petit livre de la collection Savoir Suisse souhaite remplir un trou en ce qui concerne le canton de Vaud. Il est écrit par Olivier Meuwly, docteur en droit, collaborateur de plusieurs journaux. Le livre est divisé en 5 chapitres qui sont autant, selon l'auteur, de devisions politiques importantes. Nous avons donc l'avant XXème siècle, l'entre-deux-guerres, les années 1945 à 1962, 1962-1994 et le temps présent. Il est très rapidement évident que le découpage chronologique prend en compte des changements de nature politique dans le cadre du canton. Ce livre permet d'avoir une vision générale des luttes politiques qui se sont déroulées ainsi que des mutations impliquées. La lecture permet de se faire une idée générale de l'histoire vaudoise depuis le point de vue des partis et, en particulier, des deux partis qui furent le plus longtemps au pouvoir : Les radicaux et leurs alliés Libéraux. Olivier Meuwly nous montre comment les Radicaux tentèrent de garder le pouvoir, selon l'idée qu'ils représentent le mieux la société, malgré les changements qui se firent durant le XXème siècle et qui aboutirent à une pluralité de partis au pouvoir. En particulier, selon l'auteur, c'est la définition de l'État qui est au centre des luttes politiques vaudoises.

Cet aspect est le principal point faible, à mon sens, du livre. En effet, nous avons une histoire de politique politicienne du pays de Vaud. On ne voit les choses que selon le point de vue des partis et de l'État sans jamais descendre dans le caniveau du peuple. Bien que cela ne soit de loin pas une décision critiquable, cet aspect du livre est annoncé dans le titre, on peut se demander si on possède vraiment une "synthèse de l'histoire politique" du canton. En effet, la politique, ici, est pensée comme celle des partis et des organes de l'État. Rien n'est dit du fonctionnement de l'administration et des luttes internes à l’État mais aussi des luttes politiques non partisanes, dans le sens de luttes de la part d'associations, qui prirent une importance de plus en plus importante dans les années 70. Ceci me donne l'impression d'une histoire partielle de l'histoire du canton de Vaud qui aurait mérité de plus amples recherches sur certains points. Cependant, l'exercice n'est de loin pas un échec. L'auteur, via le titre et la table des matières, annonçait son sujet et s'y est tenu en restant très synthétique, ce qui est obligatoire pour ce format, ce qui lui permet de nous offrir un livre général intéressant à défaut d'être passionnant.

Image : Éditeur

07:41 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vaud, partis, olivier meuwly | | | |  Facebook

15/03/2015

Selma

Jeudi passé je suis allé voir le film qui commémore l'un des événements mythiques de la lutte en faveurs des droits civils. Nous sommes aux USA. Bien que les américain-e-s noirs aient reçu le droit de vote de nombreuses villes refusent de le leur offrir. La lutte pour les droits civiques a gagné de nombreuses batailles mais il y a encore beaucoup à faire. Martin Luther King, l'un des leaders, décide de s'attaquer, pour continuer la lutte, au droit de vote. Mais où mettre en place la bataille ? Qu'elle ville serait la plus à même de permettre de forcer le gouvernement américain de protéger ses citoyen-ne-s et de leur donner un droit censé déjà exister ? Il existe une ville en Alabama. Elle refuse le droit de vote. Mais ce qui la rend particulière c'est que son shérif est particulièrement vicieux. C'est la ville parfaite pour en faire le symbole d'une lutte pacifique contre la barbarie légale.

J'ai lu hier, je ne sais plus exactement qui l'a écrit, que l'injustice, la domination, a toujours été légale. Ce film le montre dès les premières minutes. Lorsqu'on observe une femme, noire, attendre patiemment dans le hall du palais de justice afin de donner sa demande d'entrée sur les listes électorales. Le fonctionnaire, blanc, lui hurle de vite venir et alors qu'il vérifie la fiche il pose des questions de plus en plus compliquées et ridicules afin de justifier son refus. La même idée revient plus tard alors que Martin Luther King explique au président pourquoi le droit de vote est important. Car sans droit de vote on ne peut pas entrer dans les jurys, devenir shérif, entrer en politique, ... bref on est impuissant en tant que non-citoyen et on doit accepter la domination légale des blancs sur tous les aspects de l'existence.

Je ne l'ai pas encore dit mais je ne connais pas très bien l'histoire de la lutte en faveurs des droits civiques. J'ai eu une heure sur les freedom riders dans le cadre d'un séminaire sinon absolument rien. Le reste je l'ai appris un peu au hasard sans encore prendre le temps de m'y intéresser réellement. Ce qui ne m'empêche pas de connaitre certains faits. Cependant, ce film n'est pas un documentaire. Il essaie de montrer comment une lutte justifiée est combattue par tout un appareil légal. Comment un homme qualifié de leader tente de vaincre dans une lutte où il n'a pratiquement pas d'armes face à tous les services policiers du pays. Il montre aussi les doutes et la douleur lorsque des amis et des adversaires alliés meurent sous les balles de la police et d'autres sans que jamais il n'y ait de condamnations. Ce film, à mon avis, est réussi. Non seulement on observe les doutes de King mais, aussi, on observe comment une manifestation peut être organisée. Ce qui importe c'est le spectacle. Le film montre que lorsque la répression devient injustifiable on gagne de plus en plus de force. Ce film montre aussi la haine. Celle des simples citoyen-ne-s qui s'attaquent au noirs et alliés dans la rue, celle des petits fonctionnaires qui utilisent de manière mesquine des règlements injustes, celle des services de renseignement qui refusent la remise en cause d'un système et celle de la police qui massacre des personnes sans armes et pacifiques pour le bonheur de faire du mal.

Image : Site officiel

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09/03/2015

Red Army

De temps en temps un documentaire ne fait pas de mal. Surtout quand il parle de quelque chose que je ne connais pas. Red Army fut, durant les années 70, la meilleure équipe de hockey du monde. Elle gagnait presque toujours trainant derrière elle une réputation d'invincibilité. Ce documentaire permet de retracer, via des interviews des anciens joueurs stars, l'histoire et la construction de cette équipe ainsi que sa fin. Cette histoire est mise en parallèle avec l'histoire du pays. Ceci permet de comprendre pourquoi l'équipe fut créée mais aussi pourquoi elle commença à se détruire alors que la fin de la Guerre Froide approchait. À travers les images d'archives on apprend qui étaient les joueurs mais aussi quel fut leur entrainement tandis que les interviews permettent d'illustrer avec les réflexions qu'ont les anciens joueurs. C'est un système construit pour représenter l'URSS et gagner en son nom. Un système dur avec un entrainement militaire. Un échec est presque une trahison. Et vouloir arrêter de jouer ou se rendre dans un autre club, occidental, est une trahison.

Ceci est un documentaire américain. Cela implique de montrer des images en dehors des interviews même, de la musique d'ambiance, l'usage d'images non pour informer mais pour faire ressentir et des plans sur les visages afin de nous montrer les émotions des personnes. Ce qui ne veut pas dire qu'on en apprend beaucoup. Simplement, la réalisation se concentre sur les joueurs et leurs sentiments tout en laissant de côté les explications historiques. On apprend beaucoup tout en restant dans l'ombre. Ce qui implique que des questions inappropriées sont posées à des personnes qui ne peuvent pas y répondre car elles ne possèdent pas les connaissances pour cela. L'utilisation des images d'archives est plutôt bien pensée mais il n'y a aucun travail critique sur celles-ci. On ne sait pas de quand elles datent, qui les as prise ni pourquoi. Elles sont utilisées pour illustrer un propos en oubliant totalement qu'elles ont un but précis avant le documentaire. Mais c'est un problème classique des documentaires historiques. J'ai beaucoup appris, malgré mon inintérêt pour le sport, mais je souhaitais en recevoir plus.

Image : Allociné

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08:25 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : red army, urss, cccp, sport | | | |  Facebook

02/03/2015

Birdman or the unexpected virtue of ignorance

Birdman ou le succès inattendu d'un film dont tout le monde ignorait l'existence. Un film qui a gagné, si je me souviens bien, quatre oscars (je ne regarde ni ne m'informe réellement sur ces événements). Alexandro Gonzalez Inarritu nous dépeint la fin de carrière d'un acteur, Riggan Thomson, totalement oublié après avoir incarné, il y a longtemps, Birdman. Le succès fut très important mais ne dura que peu de temps. De nos jours Riggan Thomson tente de trouver à la fois le succès et une légitimité artistique en produisant, dirigeant et jouant dans l'adaptation d'un livre au théâtre. Cependant, rien ne semble fonctionner comme prévu et, surtout, Riggan Thomson est perdu dans son ancien rôle. Un rôle qui pourrait presque devenir réel.

Le film est à la fois riche thématiquement et techniquement réussit. Techniquement, l'idée de suivre tous les personnages l'un après l'autre est à la fois intéressante et permet de donner l'impression de vivre l'histoire en même temps que les personnages. Les acteurs et actrices sont plus que convaincant-e-s et nous transportent dans leurs personnages. Les thèmes, par contre, sont plus difficiles à décrire car ils sont nombreux, entrelacés et leur message est à la fois juste et faux. Birdman pourrait être un film parlant de l'identité. De nombreuses critiques en parlent ainsi. Le personnage principal tente de retrouver son identité d'acteur face à l'identité d'un personnage qu'il a joué et qui parasite non seulement sa carrière mais aussi son esprit. Dans le même temps il tente de retrouver l'identité d'une personne réelle alors qu'il joue des personnages irréels. Comment est-il possible de retrouver ce que l'on est dans ces circonstances (coïncidence, je viens justement de lire un Batman de Vaughan qui s'intéresse au même thème). Ce thème se croise avec la propre vie de l'acteur principal qui a joué Batman au début des années 90.

Birdman pourrait être aussi sur le monde de l'art, du cinéma et du théâtre surtout. On parle d'artistes qui ne semblent pas être vraiment sains d'esprits. Qui doutent, se détestent, font tout pour réussir même en détruisant les autres et se méprisent mutuellement. Dans le même temps, le film parle de l'état du cinéma actuel. Ou plutôt, du cinéma américain actuel. Celui-ci est, actuellement, dans une frénésie de super-héros pour la simple raison que ça fonctionne (en tout cas pour l'instant). L'avis d’Inarritu est très clair : il n'aime pas. Bien que je sois d'accord, en partie, sur sa critique du genre comics (des mecs en slips qui font respecter leur vision de la justice est plutôt politiquement contestable) je ne suis pas d'accord quand il considère que c'est une sorte de sous-genre pour enfants (il suffit de lire des indépendants pour trouver une richesse intéressante) qui crée un génocide culturel. D'aussi loin que je me souvienne la culture dites populaire a toujours été accusée de mettre à mal la "vraie culture". La "vraie culture" a toujours survécu et la "culture populaire" a toujours muté. Il y a de la place pour tout le monde et geindre sur le désintérêt d'un public pour la philosophie kantienne au cinéma n'est que de l'élitisme à peine déguisé.

Cet élitisme se retrouve dans le traitement de la critique des médias et, en particulier, des médias sociaux. Les critiques et les journalistes sont dépeints d'une manière très virulente. Une critique majeure est insultée alors que le personnage principal explique en quoi elle ne comprend rien au monde. Les journalistes semblent divisés en deux groupes. Les potins qui ne font que créer du vide et les intellectuels qui s'amusent avec des concepts qu'ils ne comprennent pas afin de se rendre importants. Bien qu’Inarritu soit très clair sur sa préférence cela ne l'empêche pas de s'en moquer tout en prouvant son incompréhension totale du monde journalistique et de son fonctionnement. Suite à cela il critique les réseaux sociaux comme un monde sans intérêt rempli par des anonymes incapables de réflexions sauf pour filmer quelque chose afin de faire le buzz. Bref, dans ce film magistralement mis en scène avec des acteurs superbes et des thèmes qui valent la peine d'une réflexion mon impression, personnelle, est que Inarritu montre toutes les personnes qu'il n'aime pas et pleure sur le cinéma qu'il souhaiterait tout en lançant des messages élitistes sur la "vraie culture".

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.
  • Twilight. Malgré une prouesse technique et un magnifique jeu de la part des acteurs et actrices je trouve que ce film est surtout un moyen, pour Inarritu, de cracher sur tout le monde tout en se plaçant en juge de ce qu'il faudrait faire.
  • Film de vacances.
  • Bon scénario.
  • Joss Whedon.

Image : Allociné

 

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13:56 Écrit par Hassan dans BD/Comics, Comics, contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : birdman | | | |  Facebook

16/02/2015

Unbroken

Nous sommes en pleine seconde guerre mondiale. Les USA bombardent régulièrement les territoires que le Japon possède. L'un de ces bombardiers a un passager différent des autres. Son nom est Louie Zamperini. Il fut médaille d'or aux jeux olympiques de Berlin avant que la guerre n'éclate et son rêve était de courir à Tokyo. Depuis il est soldat. Suite à une mission de recherche et de secours qui tourne mal il se retrouve, avec deux autres soldats, perdus sur la mer avec seulement deux canots de sauvetage et peu de nourriture. Cependant, il survit à près d'un mois de dérive. Malheureusement, il est retrouvé par un navire japonais qui envoie les deux survivants dans des camps militaires qui regroupent les prisonniers alliés sur le sol japonais. Il est mis en face d'un directeur qui aime utiliser les coups pour briser ses prisonniers. Il s'ensuivra de longues années de mauvais traitements durant lesquels Zamperini résistera.

Ce biopic est produit par Angelina Jolie. Il est très bien mis en scène. Les images sont magnifiques et on sent une envie de reconstituer cette période de l'histoire. Le film, par contre, est un peu long. Certaines scènes auraient pu être raccourcies (par exemple la dérive sur l'océan). Cependant, ce film possède tous les problèmes des biopics soit se concentrer sur un seul point de vue au risque de perdre une vision d'ensemble. Ainsi, on suit pas à pas Louie Zamperini est c'est à peine si on connait le déroulement de la guerre ainsi que la vie de sa famille. Le film fait de cet homme une sorte de héros destiné dès son enfance à être fort et incapable d'abandonner. C'est ce que l'on appelle, dans la recherche, l'illusion biographique. Une erreur qui consiste à penser que les personnes qui ont réussi de grandes choses sont destinées dès leur enfance à ce destin. Le fait que l'on suive ce soldat durant la guerre a aussi un effet paradoxal. La guerre est quasiment effacée. On n'observe qu'une seule fois ce que fait un bombardement sur une population civile. Le reste du temps on observe de loin incapable de voir les dégâts humains et matériels. La fin de la guerre arrive d'un seul coup sans que l'on observe le coût de celle-ci. Un dernier problème concerne le traitement des geôliers. Ce sont des japonais montrés comme sadiques et incapables d'empathie. Le film échoue à montrer non seulement que nous nous trouvons dans un contexte précis mais ne permet pas, car il ne peut pas, de montrer que les alliés ont aussi mis en place des camps dans lesquels il y a eu des maltraitances. En résumé, plus le temps passe et moins je suis convaincu par les biopics.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.
  • Twilight.
  • Film de vacances.
  • Bon scénario. Un film qui est bien joué avec une superbe image mais qui possède de nombreux points faibles dû au style biopic.
  • Joss Whedon.

Image : Site officiel

 

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09/02/2015

Difret

Après la (très) grosse déception que fut Jupiter Ascending je suis allé me plonger dans le film Difret. Imaginez, vous avez eu une très bonne matinée à l'école. Vos notes sont hautes et les autorités scolaires souhaitent vous voir progresser. Vous courez chez vous afin de donner la bonne nouvelle à vos parents. Sur le chemin, 5 personnes à cheval vous suivent. Ils vous prennent et vous forcent à monter puis vous enferment dans une cabane. Le soir venu vous êtes frappée puis violée pour apprendre, le lendemain, que vous êtes mariées à votre voleur. Vous venez d'être victime de la tradition de l’enlèvement marital. Hirut décide de s'enfuir avec une arme laissée de côté. Mais, durant sa fuite, elle est poursuivie et, afin de se défendre, elle tue son ravisseur. Elle est immédiatement emmenée à la police. S'ensuit une longue bataille judiciaire qui confronte les droits des femmes à la tradition afin de sauver la vie d'Hirut.

Ce film possède un certain nombre de problèmes techniques. Mais ce n'est rien d'important face au message qui est au cœur de l'histoire. En effet, la réalisation a pris l'histoire vraie d'une femme pour nous faire comprendre comment fonctionnait la tradition et comment il a été possible, pour un groupe d'avocates qui défendent les femmes, de briser celle-ci. Ainsi, l'intrigue montre deux traditions en conflit. La première est celle des hommes des communautés villageoise qui possède sa propre justice et qui considère les femmes comme un bien d'échange comme un autre. La seconde est la justice basée sur le droit qui considère les citoyen-ne-s à égalité. Ce conflit entre la tradition, considérée comme villageoise, et le droit, est au centre de l'intrigue. Car, alors que le procès n'a pas encore lieu la justice du village a déjà mis en place des mesures qui peuvent aboutir à la mort de la jeune femme. Ce que l'on observe aussi c'est le manque d'entrain de tout un système pour protéger les femmes en danger. Que ce soit l’État, la police ou le procureur tout le monde se fiche de la savoir en danger et blessée. Elle est déjà considérée coupable et une défense est inutile tout en étant difficile à monter. J'ai aussi été frappé par certains discours. En particulier celui d'un médecin qui est censé expertiser l'âge de la jeune femme et qui se base non sur la science mais sur ses impressions pour la considérer "bien formée" et donc adulte. C'est un point que l'on retrouve dans de nombreux cas en occident. Je dois dire que le film est positif bien que dur. On sent que la vie d'Hirut est en danger et que d'autres femmes risquent d'être dans le même cas. On sent la frustration de ses avocates face à un système qui fait tout pour les arrêter. Mais aussi le plaisir quand il y a une victoire même symbolique.

Site officiel

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07/02/2015

Asiles étude sur la condition sociale des malades mentaux par Erving Goffman

Titre : Asiles étude sur la condition sociale des malades mentauxv_2707300837.jpg
Auteur : Erving Goffman
Éditeur : Minuit 1968
Pages : 447

Après un temps de lecture assez long (c'est le problème quand on bosse) j'ai enfin terminé les 447 pages de ce monstrueux pavé. Goffman, dans ce livre, relate son expérience de sociologue intégré dans un hôpital. Comme le résumé de l'éditeur l'explique, Erving Goffman a, pendant trois ans, récolté un grand nombre d'informations sur le fonctionnement des hôpitaux psychiatriques. Ces informations couvrent aussi bien les employé-e-s que les résident-e-s. Ce livre présenté par Robert Castel se divise en quatre chapitres qui sont autant de recherches inédites de Goffman publiées séparément.

Alors que livre se nomme asile Goffman généralise immédiatement ses études en définissant le concept d'"institution totalitaire". Loin d'être politique ce concept s'attache à mettre en évidence un fonctionnement particulier de certaines institutions. Ainsi, aussi bien la prison, les hôpitaux, la caserne militaire que la vie monastique ont des points communs. Ceux-ci concernent la fermeture d'un lieu envers le reste de la société. Dans ce lieu on trouve ce que l'auteur nomme des reclus. Alors qu'ils vivent dans un environnement fermé qui prend en charge une grande partie de leurs besoins et qui régule leur vie ils tentent de s'y faire une place en jouant avec les règles et les autres individus.

Goffman, dans son texte, explique l'utilité d'un grand nombre de pratiques qu'il généralise depuis son observation de l'hôpital. Il explique, par exemple, la nécessité de faire entrer la personne dans son rôle via un rituel de dépouillement puis de don. Ce rituel peut avoir des fonctions sécuritaires mais son premier effet est de créer une différence entre l'avant et l'après. Celui-ci s'accompagne d'autres formes de relations qui Goffman considère comme des moyens de briser la personne afin d'en faire un individu intégré dans un nouveau rôle quels que soient ses expériences antérieures.

Ce livre est ancien. De nombreuses observations que Goffman avait faites à l'époque ne sont plus forcément d'actualité. Mais ceci n'enlève rien à l’intérêt de cette recherche pour comprendre la réalité de nombreuses institutions actuelles. De plus, sa lecture est intéressante et plutôt facile.

Image : Éditeur

14:36 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : goffman, asile | | | |  Facebook

31/01/2015

The imitation game

La Grande-Bretagne vient d'entrer en guerre contre l'Allemagne Nazie. Mais cette guerre est couteuse aussi bien en êtres humains qu'en matériels et la nation manque cruellement de nourriture. Tout irait mieux si les Alliés pouvaient être capable de comprendre ce que disent les allemands. Mais les transmissions de ces derniers sont cryptées par la machine Enigma. Personne ne pense véritablement être capable de casser le code de cette machine d'autant plus que les réglages changent tous les jours à minuit. Le gouvernement décide de mettre en place une opération secrète occupant les meilleurs cryptographes, linguistes et mathématiciens du pays. Leur but est de casser Enigma. Et pour cela ils vont créer une machine encore plus puissante. Une machine qui sera la base de nos ordinateurs actuels. Une machine de Turing.

The Imitation Game est un biopic sur Alan Turing. Un mathématicien génial qui a posé les bases de l'informatique et l'intelligence artificielle (ainsi que les moyens de prouver son intelligence). Un homme condamné par son pays à cause de son homosexualité et qui s'est suicidé (à moins que ce ne soit un accident. Contrairement à ce que prétendait la bande annonce je connaissais déjà Turing et de nombreuses personnes ont eu connaissance de son pardon posthume par la Reine (un pardon qui me fait me poser quelques questions... Et les autres hommes et femmes persécuté-e-s pour leur sexualité on en fait quoi ?). Le biopic est particulièrement bien dirigé et joué. Bien que la mise en scène puisse être confuse, on nous place face à de nombreux flashback, elle permet de voir l'enfance, la guerre et la fin de Turing. Il y a, bien entendu, des erreurs historiques que je ne suis pas forcément capable de trouver puisque je ne suis pas le biographe d'Alan Turing. Les acteurs et l'actrice sont très convaincants et offrent une magnifique prestation. On retrouve, d'ailleurs, quelques têtes connues comme Allen Leech venu de Downton Abbey et Charles Dance venu de Game of Thrones sans oublier la tête d'affiche Benedict Cumberbatch. J'ai donc, personnellement, beaucoup aimé.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.
  • Twilight.
  • Film de vacances.
  • Bon scénario. Un bon biopic avec de bons acteurs. Mais une question : À quand un biopic consacré à une femme pour ses réussites scientifiques ?
  • Joss Whedon.

Image : Allociné

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10:33 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : biopic, alan turing, cumberbatch | | | |  Facebook

27/01/2015

Broken land

Entre le Mexique et les USA il y a un mur. Deux genevois sont allés à sa rencontre. C'est une balafre au milieu du désert qui divise à la fois le territoire et les personnes. Pour mieux comprendre l'effet de ce mur sur les citoyens américains - la réalisation a fait exprès de ne pas rencontrer de migrants - 7 couples sont interrogés sur leur relation avec le mur et ce qu'il implique pour leur vie et leur vision de l'existence. Ce sont aussi bien des personnes qui luttent contre la division qu'il implique que des gens qui luttent contre l'immigration clandestine de manière officielle ou non. À l'aide de ces témoignages on comprend un peu mieux l'effet que peut avoir un mur sur les personnes qu'il est censé protégé.

Il est difficile de parler de ce film sans perdre une partie de sa substance. Le mur est omniprésent. Bien qu'il soit constitué de poteaux plantés à égales distances il projette une ombre impressionnante sur le désert. Et ce n'est que la partie visible de ce dispositif. Car, outre le mur, il y a toute la panoplie électronique qui permet de surveiller non la frontière mais le côté américain de celle-ci. Comme le dit l'une des protagonistes : nous sommes toujours surveillés, jamais seuls et le moindre faux pas fait réagir les "protecteurs". Alors que de nombreuses personnes se sont habituées cette femme se demande si ceci est une bonne chose. Est-ce bien de s'habituer, dans une démocratie, à être constamment sous surveillance au nom de la sécurité ?

Ce n'est, bien entendu, pas le seul choc que j'ai eu. Il serait fastidieux de les dénombrer. Le plus grand est probablement celui de ce couple qui, régulièrement, vérifie l'i9ntégrité du mur en face de chez eux et qui a peur que sa destruction implique l'importation d'armes nucléaires sur le territoire. Ce même couple vit dans une maison bardée de dispositifs de surveillance. Ils ont une dizaine de caméras qu'ils observent chaque nuit observant des ombres inquiétantes tandis que les humains, en infrarouge, deviennent des fantômes, presque des monstres aux yeux vifs. Ils ne sortent qu'armées en vérifiant ce qui les entoure. Selon eux ce n'est pas de la paranoïa mais une philosophie de vie. Dans cette même scène le mari explique de qu'elle manière il peut identifier les migrants par leur odeur. Un autre homme surveille le mur par avion. Il explique que, selon lui, les USA sont le meilleur pays du monde, le plus avancé. Accepter l'immigration c'est donc courir le risque de perdre tout ce qui fait le pays et, pour cet homme, un danger pour l'humanité dont il est le gardien car, sans le mur, des millions de personnes déferleraient sur le pays. Le film se termine sur une équipe qui tente d'identifier les restes de personnes qui sont mortes en tentant de traverser.

Je n'ai donné que quelques chocs que j'ai eus. Ce ne sont pas les seuls. En tout cas ce documentaire est très bon. Il ne dénonce pas ni ne vérifie les discours sur la nécessité de protéger les frontières. Il montre comment un mur agit sur les populations qu'il est censé protéger. À l'ombre de ce dispositif l'autre n'est plus un voisin, un ami possible, mais un Alien. Quelqu'un qui fait peur, un envahisseur dont les raisons de venir ne sont pas claires et, probablement, criminels. Le mur ne s'impose pas seulement sur le paysage. Il s'imprime dans les esprits. Il faut être méfiant, il faut vérifier, il est nécessaire de perdre ses droits si la sécurité en ressort plus importante. Le mur crée une mentalité d'assiégés. À l’extérieur il y a des monstres, des barbares, l'inconnu. L'intérieur est en danger. Suite à ce film que penser du mur, virtuel en grande partie, que l'UE construit autour du continent ? Quels effets sur nous et sur les êtres humains qui tentent de trouver une meilleure vie ?

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario.

  • Joss Whedon. Un très bon documentaire que je conseille fortement.

Image : Site officiel

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26/01/2015

Les héritiers

La classe de seconde du lycée Léon Blum est la pire de toutes. Un grand nombre d'incivilités et d'irrespect lié à un retard scolaire grandissant. Les élèves de cette classe n'ont pratiquement aucune chance de réussit leur scolarité. Mais c'est sans compter leur professeure principale qui décide de se battre pour eux et contre eux afin de leur prouver leurs capacités. Pour réussir elle leur propose de participer à un concours national : Le Concours National de la Résistance et de la Déportation. Pour le passer ils doivent répondre à un sujet. Celui-ci concerne les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi. Un sujet aussi difficile à traiter qu'à apprendre.

Ce film est inspiré de l'histoire vraie d'une classe qui a gagné ce concours. Elle est adaptée par l'un des anciens élèves. Cette classe était perdue d'avance. De nombreuses scènes nous font ressentir ce désespoir et ce désintérêt. Quand ce n'est pas l'un des professeurs ce sont les élèves même qui se disent incapables de réussir. Et si personne ne peut réussir pourquoi faire l'effort d'être attentif et studieux ? Ce que montre ce film est non seulement la constitution d'un groupe uni dans un effort commun mais aussi, et surtout, la découverte de ses propres capacités à travers un sujet difficile pour de nombreuses raisons. Ceci est très bien mis en scène. En revanche, il est dommage de ne pas s'être attardé plus fortement sur la vie de chacun-e-s afin de comprendre pourquoi il peut être difficile de réussir l'école. Nous recevons, en allant voir ce spectacle, un message positif sur l'école et les capacités des individus. Un message positif qui n'a pas forcément été reçu par la presse.

Image: allociné

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14:27 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : héritiers | | | |  Facebook

09/01/2015

Queen and Country intégrale 1 par Greg Rucka

Titre : Queen and Country intégrale 1
Auteur : Greg Rucka
Éditeur : Akileos 2012
Pages : 432

Ce tome reprend les numéros 1-12 de la série de Greg Rucka. Nous sommes en Angleterre. Il y existe une section spécialisée dans le renseignement qui porte le nom de S.I.S. En plus des analystes elle emploie des agent-e-s de terrain qui portent le nom de Vigies. Ces personnes sont entrainées et prêtes à tout pour réussir leur mission. Cependant, celle-ci n'est pas forcément aussi simple que l'on pourrait le croire. Entre les actes que l'on regrette, le temps limité et les problèmes de relations entre les différents services du pays et des autres il est parfois difficile de savoir comment servir son pays. Ceci le devient encore plus lorsque des rivalités existent dans le personnel.

Greg Rucka est un bon scénariste. Il le prouve encore une fois dans cette intrigue d'espionnage. Moins que les événements il s'intéresse plus aux personnages qu'il dépeint. L'héroïne, en particulier, est montrée comme très compétente mais toujours triste. Le dessin, ici, renforce l'impression que l'on. Les deux premiers chapitres sont un moyen de mettre cette femme face à ses propres doutes et problèmes. Ces deux histoires sont aussi les mieux réussies. Tout tombe d'un seul coup très bas dans le troisième chapitre. On était habitué à une femme compétente et, d'un seul coup, on se trouve en face d'une amoureuse apeurée. Pire encore, le dessinateur en profite pour l'affuble d'une poitrine gigantesque qu'il n'hésite pas à mettre sous le nez de la personne qui lit. Ce comics est, donc, à la fois bon et particulièrement décevant.

  • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.
  • Papier toilette.
  • Roman de gare. Les deux premiers chapitres sont superbes. On ne peut que regretter un troisième chapitre mauvais aux dessins médiocres.
  • À lire.
  • Tolkien.

30/12/2014

Ceci n'est pas une prison. La maison d'éducation de Vennes. Histoire d'une institution pour garçons délinquants en Suisse romande (1805-1846-1987) par Geneviève Heller

Titre : Ceci n'est pas une prison. La maison d'éducation de Vennes. Histoire d'une institution pour garçons délinquants en Suisse romande (1805-1846-1987)
Auteure : Geneviève Heller
Éditeur : Antipodes 2012
Pages : 438

Le titre de ce livre, Ceci n'est pas une prison, est un moyen de parler d'une institution qui fut, durant sa longue histoire, vue très négativement et qui a dû lutter contre une réputation et une architecture pénitentiaire. Ce livre nous plonge dans la longue histoire de la Maison d'éducation de Vennes depuis sa conception jusqu'à sa mort suite à une crise à la fois interne et externe en passant par les profondes modifications législatives de 1942. La construction du livre forme trois parties qui s'intéressent aussi bien à son histoire, à des thèmes spécifiques et enfin aux élèves via les dossiers des archives.

La première partie est un moyen pour l'auteure de nous présenter l'institution durant sa longue histoire. Pour cela, elle présente les différents directeurs qui se sont occupés de Vennes et ce dès les années 40. Les chapitres précédents permettent de placer la construction de l'institution dans un paysage plus vaste. Dès 1940 Geneviève Heller nous montre comment les volontés de réformes, aussi bien au niveau des lois que de la pratique et des bâtiments, se heurtent à différents problèmes : argent, formation du personnel, etc. Lorsque, enfin, la Maison d'Éducation de Vennes réussit, après de longues discussions avec l'architecte fédéral, à briser en partie son carcan carcéral les temps ont changé et elle perd des élèves alors que les institutions fermées sont de plus en plus critiquées. Dans le même temps Vennes connait une affaire qui précipitera sa déchéance pour devenir le COFOP d'aujourd'hui.

La seconde partie est thématique. Elle permet à l'auteure de nous présenter différents points importants de Vennes. Ce sont aussi bien les catégories d’élèves qui sont admis que le personnel et les changements qui se mettent en place dans le temps. L'auteur a aussi étudié les bâtiments et les punitions dont les débats qui entourent les cachots. Ce sont aussi les loisirs et l'enseignement professionnel qui nous sont présentés. Alors que les loisirs sont très peu présents durant les débuts de l'institution ils deviennent, durant la seconde moitié du XXe siècle, une part importante de la rééducation. L'enseignement professionnel, lui, s'est longtemps contenté d'être lié au domaine agricole de Vennes pour, ensuite, ouvrir quelques ateliers puis permettre une formation à l'extérieur.

Enfin, la dernière partie nous présente les dossiers des élèves. Ceux-ci nous sont présentés par périodes ce qui permet de mettre en valeur les changements dans la manière à la fois de créer ces dossiers et de parler des élèves. On passe de dossiers courts concernant principalement les notes et la conduite à la mise en place d'un appareil complexe d'observation du mineur. Cette observation récolte des informations aussi bien en ce qui concerne la famille, le physique de l'enfant et son comportement à Vennes que sur ses caractéristiques psychologiques.

En conclusion, ce livre, épais, nous permet de comprendre comment fonctionnait une institution précise durant le temps de son existence. On nous montre ses mutations mais aussi les difficultés et, surtout, les raisons de ces dernières. Alors que les lois et les considérations éducatives changent des résistances fortes empêchent cette institution de se réformer et, parfois, mettent fortement en danger son existence. Ce livre est un examen passionnant de la seule maison d'éducation publique du canton de Vaud.

Image: Éditeur

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