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  • Truth

    Nous sommes en 2004. George W. Bush est en pleine campagne pour sa réélection. Le thème de l'armée s'est imposé alors que les USA vivent une guerre difficile. C'est dans ce contexte que Mary Mapes décide de produire une enquête sur la carrière du président dans la garde aérienne nationale du Texas. Son enquête lui permet de mettre en plein jours des documents dévastateurs pour le président. En effet, il ne serait pas entré dans les bases. Pire, il aurait évité l'envoi au Vietnam grâce à ses relations. CBS diffuse extrêmement rapidement l'enquête avec des interviews menées par son présentateur star : Dan Rather. Cependant, le soir même de la diffusion les blogueurs se déchainent et mettent à jours de nombreux problèmes avec les documents. Ceux-ci pourraient être faux et Mary Mapes et son équipe doivent maintenant défendre leur travail ainsi que s'inquiéter de l’authenticité de leurs documents.

    Spotlight montrait comment une équipe de journalistes d'investigations travaillaient pendant plusieurs mois afin de mettre à jours des abus sexuels dans le cadre de l’église catholique. Truth montre comment une équipe de journaliste d'investigation de la TV travaillent dans l'urgence afin de monter un sujet. Le premier film montre une réussite celui-ci montre un échec. Le film prend clairement le parti de Mary Mapes car il se base sur son propre livre. Je commence donc par dire que j'aurais aimé en savoir plus sur les problèmes qu'a connu l'enquête. En effet, il me semble que cette affaire montre une investigation qui s'est très mal passée. En l'état, on sait surtout que les documents posaient de nombreux problèmes. En effet, ceux-ci sont des copies et non des originaux et leur provenance et très douteuse. L’authentification n'a donc pas pu avoir lieu dans les règles de la science.

    Ce film essaie aussi de montrer ce qui arrive quand une personne devient une cible. Il échoue un peu en cela mais le gamergate est passé par là. En effet, Mary Mapes est questionnée sur tous les aspects de sa vie aussi bien par ses employeurs que par ses collègues, des politiciens ou encore des militant-e-s politiques en ligne. On observe Mary Mapes devenir de plus en plus fatiguée face au combat constant qu'elle doit mener. Au lieu d'être soutenue elle est de plus en plus isolée ainsi que son équipe. Bien que le film tente de mettre en avant les possibles raisons politiques de cet isolement il échoue à moitié car il ne démontre rien (tout comme le film ne montre pas comment une enquête peut mal se passer). Au final, bien que le film ne soit de loin pas inintéressant car il permet d'entrer dans une enquête de journalistes d'investigations il passe à côté de sa cible et c'est dommage.

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    *** Pas un mauvais film mais il ne réussit pas à démontrer ce qu'il souhaite nous expliquer.
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  • Nos chers protégés par Pierrette Frochaux

    Titre : Nos chers protégés. Trois générations d'assistés à Genève de 1894 à 1947
    Auteure : Pierrette Frochaux
    Éditeur : Éditions d'En Bas 2015
    Pages : 264

    Depuis quelques années la recherche historique sur les enfants placés s'est fortement développée. Elle est encore embryonnaire mais on en sait de plus en plus. Celle-ci tente de répondre à des questions aussi bien de la part des politicien-ne-s, de la société civile que des anciennes personnes victimes de placements ou d'internements administratifs. Tout le monde souhaite comprendre pourquoi et comment tout une partie de la population du pays a été discriminée et mise en prison ou au travail forcé au nom d'une assistance envers elle.

    Pierrette Frochaux essaie, dans son livre, de faire deux choses. Tout d'abord, elle souhaite redonner une voix à son père et ses frères et sœurs. Ces trois personnes ont été abandonnées, ou enlevées à leur mère, très jeune. Elles sont mises sous tutelles et placées en institution puis chez des patrons capables de leur apprendre un métier en adéquation avec leurs capacités intellectuelles perçues ainsi que leur origine sociale très modeste. Ensuite, elle essaie de recréer l'histoire d'une famille brisée par l'administration du canton de Genève. Elle tente de retrouver ses grands-parents paternels puis de retrouver des documents concernant sa famille. Elle a fait une longue recherche dans les archives afin de trouver le moindre document et de l'interpréter à la lumière de ce que son père lui a expliqué.

    On ressort de ce livre en comprenant un point précis : un État a brisé des vies. Ce qui ressort de la lecture de ce livre est une forme de bienfaisance de la part des autorités. Mais celle-ci cache une forme de cruauté administrative. Les enfants sont séparés des membres de leur famille. Leur tuteur ne tente pas de les relier et ne mentionne même pas l'existence des frères et sœurs. On observe aussi un État qui tente de garder des enfants dans le milieu social qui doit leur convenir. Loin de leur permettre de s'épanouir selon leurs choix on leur impose un travail précis au nom de leurs facultés intellectuelles déficientes. Ce sont aussi des enfants qui doivent tout à l’État. Ces trois personnes vivent leur enfance sans ne rien posséder si ce n'est leurs vêtements. Leur liberté est contrainte par les institutions puis par les patrons. Bien que ce ne soit pas une recherche historique à proprement parler ce livre montre extrêmement bien ce qu'a couté ces placements et protections si bienfaisants.

    Image : Éditeur

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  • Spotlight

    Boston, la fin des années 2000, un nouveau directeur est envoyé à la tête du Boston Globe. Les journalistes ne sont pas rassurés sur les intentions de ce nouveau qui ne vient même de la ville. Celui-ci rencontre les chefs de l'équipe Spotlight. Ils et elle ne communiquent par leurs sujets d'enquêtes. Leur travail est de fouiller en profondeur un sujet précis avec des articles en bétons. Et on leur demande d'étudier s'il pourrait être intéressant de parler des abus sexuels commis par un prêtre de l’église catholique. Bien que sceptique l'équipe se rend rapidement compte que le problème est extrêmement vaste et connu de toutes les autorités. Pourtant, personne ne semble avoir rien fait. Pourquoi ce manque d’actions ? Qui sont les personnes qui savent ? Comment dénoncer ces abus sans se faire écraser par la machine de l’église ?

    Ce film sort en Suisse un mois après que le rapport historique sur l'institut Marini soit rendu public. C'est une coïncidence mais une coïncidence troublante pour les personnes qui ont touché le sujet que ce soit personnellement ou en tant que simple citoyen-ne. Le film tente de montrer comment une équipe de journalistes d'investigations a pu mettre en plein jour un problème systémique dans l’église catholique : les abus sexuels sur mineurs. Ces abus ont eu lieu partout mais sont longtemps restés cachés, tabous. Les acteurs et actrices ont, dans ce film, moins d'importance que le sujet. Ainsi, personne ne prend trop de place et chacun est placé face à l'enquête et à ses réactions. L'intrigue est bien menée. On observe le déroulement de l'enquête qui avance gentiment puis qui devient rapidement un problème qui dépasse toutes les prévisions. Au lieu d'une personne les journalistes découvrent que 90 prêtres sont impliqués et couverts par l’église qui fait tout pour ne pas communiquer. Il est tout de même dommage que le film n'explique pas mieux pourquoi ces abus sont possibles. L'enquête prend toute la place et empêche de démontrer en quoi l'institution en soi pose problème.

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    ***** Un film que j'ai beaucoup apprécié sur un sujet difficile à traiter. Le choix du traitement via des journalistes cache la voix des victimes mais n'est pas mauvais.

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  • Free Love / Freeheld

    Nous sommes aux États-Unis. Deux femmes se rencontrent lors d'un tournoi de volley ball. L'une est Laurel brillante inspectrice du New Jersey. La seconde est Stacie une mécano. Leur vie est difficile car Laurel n'a rien dit à ses collègues de peur de perdre toutes possibilités de carrière. Tandis que Lacie n'apprécie pas d'être une ombre dans la vie privée de sa partenaire. Malgré tout, elles réussissent à signer un contrat d'union civile ainsi que l'achat d'une maison. Tout semble aller pour le mieux. Mais Laurel apprend avoir un cancer. Alors qu'elle souhaite que sa femme reçoive sa pension à sa mort cela lui est refusé. Elles décident donc de se battre.

    Ce film tombe une petite semaine avant la votation concernant l'initiative du PDC qui aura comme effet d'interdire le mariage entre personnes de même sexe. C'est une coïncidence intéressante. Les actrices sont Julianne Moore et Ellen Page. Elles sont talentueuses et portent magnifiquement les personnes qu'elles incarnent. La réalisation ne s'intéresse pas vraiment à la relation. Celle-ci est mise à l'écart et même oubliée pendant un an entier. On ne sait pas du tout de quelle manière les deux femmes ont décidé de vivre ensemble malgré leurs différences. Dans le même ordre d'idée, l'homophobie et le sexisme dans la police, et la société, sont passés sous silence ou simplement mentionnés sans trop en parler. Le but principal du film est de parler de la lutte de Laurel en faveurs de son droit à recevoir une pension. Une grande partie du film est basée sur ce combat et le juge comme un pas en avant en direction de la justice et de l'égalité. Il manque donc beaucoup au film mais ça ne m'a pas empêché de l'apprécier.

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    **** Il aurait été possible d'aller plus au fond du sujet mais la réalisation réussit tout de même à intéresser et à faire apprécier le combat de ces deux femmes en couple.
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  • Hail, Ceasar!

    Ce sont les années 50. Le monde vit en pleine guerre froide alors que l'industrie du cinéma souffre de plusieurs problèmes dont l'arrivée de la télévision dans les ménages. Mais c'est aussi l'époque de l'âge d'or du cinéma ! Les productions sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus diversifiées. Un même studio peut aussi bien recréer des drames historiques massifs, des westerns ou encore l'adaptation distinguée d'une pièce de théâtre. Ce petit monde ne tourne pas tout seul. Bien entendu il y a les acteurs et actrices, les figurant-e-s, les scénaristes et les producteurs. Mais il y a aussi Eddie Manix. Son rôle est simple. Il doit identifier les problèmes et trouver un moyen de les résoudre. Et lorsqu'on travaille auprès de stars plus capricieuses les unes que les autres ces problèmes peuvent être particulièrement difficiles à résoudre. C'est le cas lorsque la plus grande star de l'époque est kidnappée.

    J'ai bien aimé ce film. Je n'irais pas jusqu'à dire que je l'ai adoré ou encore que je l'ai trouvé génial. C'est un film qui réussit à faire rire de temps en temps (la scène des religieux tentant de parler de dieu dans le dernier film en production du studio est magnifique). C'est surtout un énorme hommage à une époque. Mais attention, bien que l'âge d'or du cinéma reçoit, dans ce film, une place d'exception les réalisateurs ne considèrent pas que tout était parfait. Les situations absurdes ainsi que les caprices des stars de l'époque ne sont pas cachées. Ce qui permet de créer des personnages haut en couleur et parfois surprenant. J'ai, par exemple, beaucoup aimé Hobie Doyle censé être incapable de jouer mais qui comprend plus de choses qu'on ne le croit. Eddie Mannix est moins sympathique. Probablement à cause de sa violence physique. L'intrigue est tout aussi absurde avec une pointe de critique envers des personnes accusées de détruire une industrie du rêve. On peut se demander à quel point il y a une critique politique derrière mais c'est en tout cas en accord avec l'époque. Un film sympathique pour une soirée.

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    *** Parfois drôle, un énorme hommage avec un casting impressionnant et parfait.
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  • The danish girl

    Nous sommes au Danemark dans les années 30. Einar Wegener et Gerda Wegener sont un couple d'artistes reconnus par la société. Ils vivent de leurs peintures tout en navigant dans les sphères de la société des artistes. Tout semble bien aller. Mais Einar n'est pas réel. Sa vraie identité est Lili. Alors que cette femme commence à comprendre qu'elle est sa réelle identité elle est soumise à l'incompréhension des médecins de l'époque ainsi que de ses amis. Comment pourra-t-elle devenir ce qu'elle est vraiment et abandonner un corps qui ne lui correspond pas ? Que deviendra la relation entre elle et Gerda alors que cette dernière devient de plus en plus connue en peignant Lili ?

    Selon le film, Lili est l'une des premières femmes à subit une opération afin que son genre corresponde à son sexe. Retracer son histoire en se basant sur un roman historique de nature fictionnelle était donc risqué sur de nombreux points. D'un point de vue technique le film est réussi. La photographie, les costumes, le jeu d'acteur et les répliques sont très convaincants. Ce sont d'autres problèmes qui peuvent créer une impression trouble. Premièrement, et ce point a déjà été soulevé dans les réseaux militants, on se demande pour quelle raison on prend un acteur cis plutôt que de prendre une personne trans. Lorsqu'on s'intéresse à un tel sujet encore peu connu et peu mis en scène il me parait normal de faire l'effort de trouver une personne membre du groupe concerné. D'autres problèmes concernent l'historicité du film. Bien entendu, il y a des reconstitutions de détails qui ne sont pas réels mais pas si importants. Ensuite il y a ce qui est fictif et qui permet de créer de l'émotion de manière artificielle simplement pour créer de l'émotion. Est-il vraiment utile de broder sur une vie qui a existé au point d'inventer des événements ? J'en doute !

    Mais il y a surtout la représentation de la transsexualité. J'ai lu quelques articles critiques sur le sujet et je suis d'accord avec eux. La manière dont la transition est représentée pose de nombreux problèmes. Durant le début du film on a l'impression qu'Einar est un homme efféminé qui apprécie peu la masculinité virile et possède une fascination pour les habits et la gestuelle féminine. Une scène en particulier montre des hommes rires haut et fort tandis qu'Einar tente de suivre mais nous montre sa gêne devant cette manifestation de virilité. Lorsque Lili apparait on a l'impression que Gerda force Einar à s'habiller en femme. Puis cela devient un simple jeu de couple afin de rire un peu. Ce n'est que bien plus tard, après la moitié du film, qu'il est annoncé que Lili a toujours existé. J'ai donc eu l'impression qu'on me présentait la transsexualité comme un jeu de couple sexy et non une identité.

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    *** Bien que le jeu ainsi que la photographie soient magnifiques j'ai un certain nombre de problèmes avec certains choix qui ont été fait.
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  • El Clan

    La famille Puccio est une famille normale d'Argentine. Le père, la mère, trois frères et deux sœurs se partagent une grande maison. C'est une famille plutôt aisée. L'un des fils, Alejandro, est un très bon joueur de rugby tandis que le père partage la table des grands politiciens de l'Argentine. L'argent entre assez bien pour que Alejandro soit capable d'ouvrir son propre magasin de matériel de surf. De plus, le pays entre dans une réforme qui devrait lui permettre de passer de la dictature sanglante que le peuple a connu à une démocratie à l'occidentale. Les méfaits et les excès du passé ne sont pas oubliés mais ils ne sont plus défendus. Cette famille pourrait être normal. Mais le père, Arquímedes, est à la tête d'un réseau d’enlèvement. Il utilise Alejandro afin de donner confiance à ses victimes et ensuite demande une rançon en dollars américains. Ces activités sont censées punir les personnes qui profitent du pays. Mais il semble que la famille ne soit pas forcément à l'aise avec ce type d'activités.

    Ce film s'inspire de faits réels. Il y a réellement une famille Puccio qui a vraiment enlevé et assassiné des personnes. Bien entendu, le film doit broder et interpréter une histoire dont on ne sait pas tout. Ainsi, la scène de fin est construite afin que l'on pense une chose précise. Mais on ne sait pas si c'est réellement le but de la personne. En ce qui concerne les acteurs, actrices ainsi que la réalisation c'est film qui réussit. Les scènes d'enlèvement sont toujours mises en parallèle avec celles de la vie de tous les jours. Ce fonctionnement donne une impression surréaliste. Voir le père amener tranquillement à manger à son détenu en saluant la famille est impressionnant. Bien que le film ne conclue pas sur ce point il donne clairement le point de vue que personne, dans la famille, ne pouvait ignorer ce qui se déroulait. Bien que les activités de tous les membres ne soient pas toujours très claires. Cependant, ce film échoue sur un point important. Durant plusieurs scènes on sent une proximité entre Arquímedes et le pouvoir. Ces relations ne sont pas questionnées et je me suis souvent demandé comme celles-ci fonctionnaient. Est-on en face d'une personne connue par le pouvoir mais que l'on laisse agir où alors un homme qui agit pour l’État ?

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    ***** Un très bon film avec quelques points que j'aurais apprécié mieux comprendre

    Image : Éditeur

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  • De la justice aux archives. Conservation de données sensibles, recherche historique et mesures de coercition à des fins d'assistance avant 1981 édité par Hugo Casanova, Hubert Bugnon, Frédéric Oberson, Luc Vollery, Alexandre Dafflon et Charles-Edouard Thi

    Titre : De la justice aux archives. Conservation de données sensibles, recherche historique et mesures de coercition à des fins d'assistance avant 1981
    Éditeurs : Hugo Casanova, Hubert Bugnon, Frédéric Oberson, Luc Vollery, Alexandre Dafflon et Charles-Edouard Thiébaud
    Éditeur : Revue fribourgeoise de jurisprudence 2015
    Pages : 167

    Ce livre contient les actes de deux journées d'études ayant eu lieu à Fribourg en 2014. Depuis quelques années les questions concernant les anciens enfants placés ainsi que les personnes internées pour raison d'assistance sous les procédure d'internement administratif sont de plus en plus nombreuses. On se demande qui et pourquoi. Dans le même temps, l'accès aux archives est de plus en plus demandé aussi bien par des journalistes, d'anciennes victimes et des chercheurs et chercheuses. Tout ceci crée un problème pour l'accès à des archives sensibles mais dont l'analyse est nécessaire : les archives de type judiciaire.

    Ce livre est constitué en deux parties à l'image des journées d'études. La première concerne avant tout des problèmes archivistiques. On y apprend quels sont les normes d'accès aux archives judiciaires aussi bien en Suisse que dans certains cantons dont Fribourg. Les contributions permettent aussi d'expliquer de quelle manière les archives sont construites et classées afin de permettre un échantillon mais aussi un accès facilité et rationnel. La seconde partie concerne l'usage de ces archives. Bien que ces usages touchent à l'histoire économique généalogique une partie importante des contributions concerne les placements et internements administratifs. Les contributions font une synthèse des recherches et replacent le propos dans un cadre scientifique et politique suisse. Non seulement on apprend quelles sont les normes légales permettant de telles décisions mais on apprend aussi de quelle manière la communauté scientifique, politique et civile s'est emparée du problème avec des méthodes et des buts différents.

    Ce petit livre propose un acte de deux journées d'études. Bien qu'il y ait une construction et un thème commun on ne peut qu'avoir des informations synthétiques. On apprend beaucoup de choses mais on souhaite surtout en savoir plus. Ce qui ressort de ce livre c'est un état du problème aussi bien pour les archivistes que pour les historien-ne-s. Leur fonctionnement en commun est nécessaire afin d'une part d'expliquer scientifiquement le placement et redonner leur histoire de vie aux anciennes personnes placées et internées. On peut tout de même déplorer qu'une partie des contributions n'ont pas pu être publiées dans ce livre.

  • Carol

    Nous sommes dans les années 50. Une jeune femme, Therese, travaille dans un grand magasin de New York en pleine époque de noël. Elle vit avec ses collègues dont un jeune homme qui souhaite se marier avec elle et se rendre en Europe. Sa logeuse surveille ses rentrées et sorties. Elle aime faire de la photographie mais son appareil est d'entrée de gamme et elle ne pense pas être talentueuse. Une autre femme, Carol, entre dans le magasin afin d'acheter un cadeau à sa fille. Elle est en instance de divorce mais elle veut rendre sa fille heureuse pour noël. La rencontre entre ces deux femmes commence doucement puis se transforme en quelque chose d'autre qu'une amitié. Mais dans les années 50 ce genre de relation est loin d'être simple.

    Je suis un peu ennuyé avec ce film. Il parle d'un thème qui embête beaucoup de personnes (dont le PDC qui souhaite interdire le mariage entre personne de même sexe), qui peut être très difficile et créer d'énormes problèmes avec beaucoup de talents et de sensibilité. Techniquement, le film est tout simplement magnifique. Les costumes, les décors, l'ambiance,... tout hurle l'authenticité. Un énorme travail a dû être fait pour recréer les années 50. Les problèmes de moral dans le cadre d'un divorce difficile sont superbement joués et mis en scène sans drames ni scènes inutiles. Les actrices et les acteurs sont plus que convaincants. Les personnages sont très bien écrits et même les "méchants" peuvent être compris. On nous montre des gens humains donc capables tout simplement d'échouer. Malheureusement, le film n'a pas fonctionné avec moi. Ce n'est de la faute ni des actrices et acteurs ni des scénaristes. Je n'y ai tout simplement pas cru. Je ne crois pas au début de la relation entre ces deux femmes. Et si je ne peux pas croire au début d'une histoire d'amour comment croire à la suite ? Dommage pour moi.

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    ***** L'un des films les plus maitrisés que je connaisse. Dommage que je n'aie pas pu y croire.

    Image : Allociné

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  • The big short

    Que s'est-il passé durant la crise financière ? De nombreux pays sont tombés et vivent encore très mal les conséquences de la crise. Le chômage et la pauvreté se sont démultipliés à un niveau rarement atteint. Et tandis que les grandes banques étaient sauvées par l'argent des contribuables les politiques publiques furent mises en place afin de créer austérité et détruire les régulations de l'économie. Ces politiques ont eu un effet désastreux. Ce film propose de comprendre un peu mieux comment la crise des subprimes a pu se produire. Son but est d'expliquer ce que sont les subprimes et pourquoi les banques se sont jetées stupidement dans le piège sans même savoir ce qu'elles achetaient. Pour cela, le film nous fait suivre trois groupes de personnes qui ont compris avant tout le monde la chute qui allait se produire. Ces personnes ont toutes la caractéristique de ne pas être véritablement membre des traders. Ce sont des marginaux.

    Que penser du film ? C'est une tentative d'expliquer simplement et avec un peu d'humour comment l'économie américaine fonctionnait. Pour cela on nous fait comprendre des termes compliqués par des illustrations simples qui mêlent économie et célébrités. Car la crise a été difficile à comprendre. Nous avions de nombreux termes décrivant de nombreux biens ainsi que de nombreuses institutions. Tout était construit pour ne pas faillir mais c'était l'exemple même du château de carte construit sur une faille tectonique extrêmement active. Quand on regarde de près, et il fallait le faire, ça ne pouvait que mal se terminer. On le sait maintenant, les paquets de prêts hypothécaires étaient en grande partie constitués de subprimes soit de personnes incapables de payer leurs dettes. Le film nous explique tout cela par des scènes clés. Les deux qui m'ont le plus frappé se déroulent au siège d'un organisme de contrôle et en Floride. La première place deux protagonistes face à une femme qui porte des lunettes noires et se plaint de ne pas pouvoir lire. Dans la suite de la scène on nous explique que cet organisme ne peut pas se permettre de contrôler et de donner de mauvaises notes car cela impliquerait la fuite des clients, les banques, en direction d'un organisme de contrôle concurrent. La seconde scène se déroule dans un parc locatif fantôme. Il y a des centaines de maisons avec des journaux datant de plusieurs semaines et seulement quatre familles locataires. Tout le monde a fui par incapacité de payer leurs dettes hypothécaires. Ce ne sont que deux scènes et il y en a d'autres. Bien que le film réussisse à expliquer la crise elle le fait en suivant des personnes qui en ont profité. Ces personnes ont gagné énormément d'argent en pariant sur la destruction de la vie de nombreuses familles. De plus, je pense que le film échoue en partie à montrer en quoi le système est toxique. On ne nous montre pas assez non plus les liens entre les instances politiques et les instances financières qui ont pensés les solutions d'austérité à la crise (solutions qui créent une crise sociale sans précédent).

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    **** Plutôt réussit mais il ne va pas assez loin.
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    Image : Allociné

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  • De l'utilité du genre par Joan W. Scott

    Titre : De l'utilité du genre9782213661551-X_0.jpg?itok=vUHK_R54
    Auteure : Joan W. Scott
    Éditeur : Fayard 2012
    Pages : 219

    Joan W. Scott est connue pour son article théorique "Le genre : une catégorie utile d'analyse historique". Ce petit livre recueil plusieurs articles de l'historienne autours du genre comme concept et de la manière de l'utiliser en histoire. Le premier article est, bien entendu, celui que je viens de citer. Joan W Scott y définit le genre comme concept tout en critiquant d'autres formes de définitions. Ensuite, elle décortique le terme et explique comment on peut l'utiliser dans des travaux de recherche. Bien que l'article soit très théorique il n'en est pas moins passionnant pour les personnes intéressées malgré une difficulté de lecture plutôt importante. Dans l'article suivant l'auteure déconstruit le travail de E. P. Thompson. Elle démontre que ce dernier a totalement écarté les femmes dans son livre majeur sur la classe ouvrière anglaise.

    Les deux articles suivant sont ceux qui m'ont le plus intéressé. La raison en est le lien avec des débats et affaires récentes durant lesquelles les arguments déconstruits par Scott ont été utilisé par des politiciens, des journalistes et des experts. Le premier concerne le voile. Elle montre que ce dernier est pensé comme fondamentalement incompatible avec la laïcité alors que celle-ci n'a jamais été construite comme moyen de créer une égalité entre les hommes et les femmes. Plus important, elle déconstruit les arguments qui considèrent que les femmes qui se voilent sont opprimées ou aveugles. En effet, elle explique que ces femmes s'inscrivent dans une religion et une culture et que cette inscription identitaire, communautaire, permet une capacité d'agir et donc de choisir. Le dernier article concerne la séduction française. À plusieurs reprises, le terme a été utilité afin d'expliquer, ou d'innocenter, des actes sur des femmes. Au lieu d'une agression ce n'était qu'un élan séducteur bien français incompris. Joan W Scott commence par présenter les arguments. Elle montre que cette séduction est basée sur une société particulière et une vision spécifique. Cette dernière considère que les femmes sont ouvertes à la séduction de manière passive tandis que les hommes sont actifs (prédateurs). Les femmes, par l'amour, doivent contrôler et abaisser la prédation masculine en utilisant l'amour. Dans cette vision des relations entre les sexes il faut que tout le monde soit bien identifiable comme homme ou femme. Par conséquence, Scott montre en quoi cette forme de séduction se doit de lutter contre le féminisme et les luttes pour les droits des gays et lesbiennes. Non seulement les sexes sont brouillés mais, en plus, l'acte de séduction est dénaturé. La cible principale est le féminisme américain accusé d'être la cause des guerres des mâles impérialistes américain.

    Ce petit livre se termine sur une conclusion qui permet non seulement de faire le bilan du féminisme universitaire mais aussi de tenter de repousser les frontières. Joan W. Scott apprécie les remises en causes des acquis et pousse à passer outre les chemins débroussaillés même, et surtout, si cela rend certaines personnes et institutions inconfortables. Au final, la lecture est stimulante. Le propos n'est pas toujours très facile à comprendre. Les concepts sont nombreux et ne me sont pas toujours connus. Mais il est fascinant de voir la pensée de Scott se modifier et s'étendre vers d'autres horizons.

    Image : Éditeur

  • Histoire des femmes en occident 5. Le XXe siècle sous la direction de Françoise Thébaud

    Titre : Histoire des femmes en occident 5. Le XXᵉ siècle

    Direction : Françoise Thébaud

    Éditeur : Perrin 2002

    Pages : 891

    Il est difficile de présenter un tel monument. Et encore, je ne parle que du dernier tome, qui fait tout de même près de 900 pages, alors qu’il en existe quatre autres de l’antiquité à nos jours. Ce tome ne prend en compte “que” le XXᵉ siècle en occident soit l’Europe et les Amériques du Nord. C’est déjà beaucoup mais il est dommage de ne pas avoir pu avoir une perspective plus large. Encore une fois, l’Afrique, l’Asie et les Amériques du Sud sont totalement oubliés par un livre qui se prétendait universel mais qui reste très euro-centré quand il n’est pas franco-centré. Le livre est divisé en 19 chapitre et 4 parties. Le tout est précédé d’une introduction qui permet de remettre à jour les propos tenus dans le livre via un état de la recherche qui se veut complet et qui prend un tout petit moins que 60 pages.

    La première partie, constituée de 8 chapitres, est intitulée La nationalisation des femmes. Derrière ces termes nous avons un certain nombre de contributions classées de manière chronologique puis thématiquement. En effet, ou nous peint le fonctionnement de la condition féminine entre la Première Guerre Mondiale et les années trente. Ceci permet aussi bien de montrer les premières revendications féministes du XXᵉ siècle que de nous montrer les modifications et résistances que connurent les sociétés européennes. Dans un second temps, on nous explique comment les femmes et les féminités furent pensés par les autorités de régimes fascistes, dictatoriaux et le nazisme. Nous avons donc une peinture complète qui part de l’Italie et de l’Allemagne en passant par Vichy et l’Espagne de Franco. Ceci se termine sur un examen des femmes en URSS.

    La seconde partie, femmes, création et représentation, est constituée de 4 chapitres. Le premier est celui que j’ai le moins apprécié. L’autrice y décrit les manières dont les femmes sont pensées et représentées dans les productions philosophiques aussi bien féministes que non-féministes. J’ai trouvé la lecture difficile et peu intéressante. Par la suite, on trouve un chapitre sur la place des femmes dans la culture qui permet non seulement de créer un bilan sur l’entrée des femmes dans le milieu mais aussi d’expliquer pourquoi il est si difficile de réussir en tant que femme dans la culture. On continue sur un examen de la consommation de masse qui débute en s’adressant aux femmes en tant que maîtresses du foyer et, donc, premières concernées par les chats. La partie se termine sur un chapitre que j’ai beaucoup apprécié concernant l’image des femmes. Il est parsemé d’exemples que le noir et blanc et le format poche rendent moins facile à lire. Cependant, la lecture est très intéressante.

    La troisième partie contient trois chapitres et se nomme les grandes mutations du siècle. Le but est de faire l’histoire de la seconde partie du XXᵉ siècle jusque dans les années 80-90. Le propos se concentre sur l’état social et ses effets non seulement sur la pauvreté mais aussi sur la maternité. Le dernier chapitre permet de poser la question de l’histoire du travail féminin, qui a toujours existé, et de sa transformation en salariat mais aussi des milieux dans lesquels les femmes se trouvent. L’autrice montre que bien qu’il y ait mutation dans la condition féminine celle-ci est toujours subordonnée aux hommes qui gardent la main sur les travaux et études considérés comme supérieurs.

    Enfin, la dernière partie, en quatre chapitre, se nomme enjeux. Le premier chapitre pose la question de l’ascension à la majorité aussi bien civile que politique des femmes. L’autrice dépeint les premières tentatives d’accéder au droit de vote mais aussi d’être considérées comme civilement majeure. Elle montre des différences en Europe selon des lignes de fractures religieuses et géographiques. Un second chapitre montre l’histoire du féminisme dans les années 60 et 80. Ce chapitre permet de comprendre comment les mouvements féministes se sont reconstruits en abandonnant le droit de vote au profit d’autres luttes en faveurs du droit sur son propre corps. L’avant-dernier chapitre est une étude de cas sur le Québec qui permet de faire le lien entre différents mouvements féminins entre différentes époques et leurs impacts sur la société. Enfin, le livre se termine sur un chapitre qui examine les problèmes de la filiation posés par les nouvelles sciences de la procréation. L’autrice présente les arguments en faveurs ou contre ces droits ainsi que les problèmes qui peuvent exister. Dans une dernière partie, on nous offre des extraits d’écrits de deux femmes.

    Ce livre est un monument qui fait partie d’un monument. L’histoire des femmes en occident fut une tentative non seulement de justifier d’une recherche mais aussi de créer un livre qui pose les bases de la connaissance à un moment particulier. Son âge implique que de nombreuses recherches plus récentes existent actuellement. Je me pose aussi la question de la légitimité d’un livre qui ne prend en compte que l’occident et, surtout, la France et une partie de l’Europe (la Suisse, encore une fois, est pensée comme un tout lorsqu’elle est mentionnée). De plus, cette histoire des femmes, et c’est l’époque qui le veut, ne prend pas en compte les problèmes concernant les sexualités ni les racismes. C’est à peine si les tensions entre féministes blanches et noirs aux USA sont mentionnées. Il est difficile de passer outre ce livre lorsqu’on s’intéresse au sujet mais il est nécessaire d’aller plus loin.

    Image : Amazon

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  • Strictly Criminal / Black Mass

    1975, Boston vit dans la terreur de la mafia italienne. Un jeune agent du FBI, Connolly, revient dans sa ville de naissance afin de détruire cette organisation. Mais il est extrêmement difficile de prouver les activités illégales des membres de la mafia. Pendant des années le FBI tente de s'en occuper mais ne possède que des informations peu importantes. Connolly est ami d'enfance avec deux personnes qui pourraient l'aider. Le premier est le sénateur William Michael "Billy" Bulger. Le second est James Joseph "Whitey" Bulger. Ce dernier est à la tête d'un gang local sans grandes forces. Bien que le sénateur refuse toutes associations Connolly et James décident de faire alliance. En échange d'informations de la part de James le FBI le protégera de toutes investigations en tant qu'informateur. Bientôt, le FBI se retrouve à lutter pour la guerre de James qui, lui, prend les territoires perdus par la mafia italienne. Il n'était qu'un petit voyou mais en peu de temps il devient le roi du crime de Boston et n'a rien à craindre grâce à la protection du FBI.

    Le film adapte librement des événements ayant réellement eu lieu. Mais il ne peut pas tout expliquer ce qui permet probablement de comprendre certaines insuffisances. Le film n'est pas centré sur les gangsters. J'ai eu l'impression de voir un film qui me montrait comment une relation peur mal tourner pour un agent du FBI. Connolly est un jeune agent qui a connu James durant son enfance. Il a les mêmes valeurs que lui. Ce que le film montre ce sont deux personnes qui se comprennent et qui agissent afin de s'aider mutuellement. Alors que James crée un empire sous la protection du FBI Connolly crée sa carrière sur les informations de James. Ce qu'on nous montre c'est un agent du FBI dont la vie dépend de son informateur. Il lui est tellement lié qu'il ne peut rien faire pour stopper les crimes de son associé. Ce qu'on ne nous montre pas assez ce sont les informations offertes par James. Mis à part une fois on ne le revoit jamais donner quelque chose d'autre que des cadeaux. En fait, le film semble vouloir montrer que les informations sont en fait des faux trouvés par Connolly dans les rapports d'autres informateurs. Le film est donc lent avec peu d'action et des sauts temporels de plusieurs années. Son but n'est pas de divertir mais de montrer comment un système se met en place puis explose. D'une certaine manière le film a échoué car on ne comprend pas vraiment ce système. Mais il reste très bon.

    *
    **
    ***
    **** Moins qu'un film de gangster c'est plutôt un film qui tente de démonter un système et ne réussit pas tout à fait à le faire.
    *****

    Image : Allociné

    Site officiel

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  • Refuser d'être un homme. Pour en finir avec la virilité par John Stoltenberg

    Titre : Refuser d'être un homme. Pour en finir avec la virilité
    Auteur : John Stoltenberg
    Éditeur : Syllepse et M 2013
    Pages : 268

    L'auteur part d'un constat simple : nous vivons dans un monde patriarcal qui implique que les hommes possèdent des privilèges. Dans ce contexte, comment faire pour lutter contre le patriarcat en tant qu’homme ? John Stoltenberg répond dans son titre pour, ensuite, développer ce que cela implique : il est nécessaire de refuser d'être un homme. L'auteur considère la masculinité comme un construit de nature politique qui implique une histoire et des pratiques. Ainsi, il est nécessaire de déconstruire la virilité si on souhaite supprimer le patriarcat. Les explications de Stoltenberg se forment dans différentes contributions, articles ou conférences, qui sont regroupées en quatre parties.

    Ces quatre parties permettent à l'auteur d'expliquer son point de vue. Il commence par expliquer comment les hommes intègrent la masculinité comme un moyen de s'éloigner des femmes. Il explique que les garçons sont d'abord des propriétés des maris avant d'être des êtres humains et qu'il est nécessaire de les rendre identiques au père pour en faire des hommes citoyens. Stoltenberg passe aussi beaucoup de temps à analyser la sexualité. Il tente non seulement de la déconstruire en tant que forme politique de domination mais aussi de trouver où se trouve cette formation de la sexualité masculine. Cela le conduit à analyser la pornographie dans de nombreux chapitres. Il démontre que celle-ci, loin d'être une expression, est avant tout un moyen d'inférioriser la population féminine tout en formatant le plaisir masculin sur ce besoin d'inférioriser autrui. Il milite donc pour une sexualité qui ne soit pas celle d'un dominant mais de deux égaux consentants à tous les actes qui ont lieu entre eux en tant que couple.

    Que penser de ce livre ? Le titre a été écrit pour choquer et interpeller mais il ne ment pas. Les propos de Stoltenberg sont sans concessions et convaincants. Il montre en quoi la sexualité masculine, dans un contexte patriarcal, est toxique. En particulier, ce qu'il écrit sur la pornographie est particulièrement intéressant. J'ai lu avec grand intérêt la tentative de créer une loi anti-pornographie qui prenne en compte les victimes. On sort de ce livre avec l'idée que la masculinité doit être détruire afin de mettre à bas la bipolarisation de genre et les structures de pouvoirs qui y sont spécifiquement liées.

    Image : Éditeur

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  • Les Suffragettes

    J'attends ce film depuis un bon moment. Malgré les polémiques je voulais le voir. Le film prend place en 1912. Les femmes militent depuis de nombreuses années de manière pacifique afin de recevoir le droit de vote et donc d'être des citoyennes à part entière. Mais ce droit leur est encore et toujours refusé. Le mouvement se pense donc dans une nouvelle direction. Si le pacifisme ne fonctionne pas et ne donne lieu qu'aux moqueries il est temps de passer aux actes. Le mot d'ordre est lancé les femmes vont faire preuve de désobéissance civile. Le film suit une jeune ouvrière de 25 ans : Maud Watts. La journée elle travaille du matin au soir dans un intérieur suffoquant et bruyant sans être payée autant que les hommes. Le reste du temps elle s'occuper de son fils ainsi que de son mari. Après réflexions et prises de connaissances elle s'implique de plus en plus fortement dans le mouvement des Suffragettes malgré son mari et la violente répression policière.

    Qu'ai-je pensé de ce film ? Tout d'abord, je trouve que montrer le mouvement par les yeux d'une ouvrière est une très bonne idée. On se trouve face aux personnes les plus démunies par les conséquences du militantisme et du sexisme. En effet, Maud Watts est victime des avances de son patron tandis que ses collègues sont battues par leurs maris. Le film montre ce que coute ses idées à Maud. Elle est seule, elle perd son fils ainsi que sa communauté ce qui implique l'incapacité de trouver du travail ainsi que la pauvreté. Le film montre aussi la répression extrêmement forte de la police. On les suit, on les fiche et on les arrête afin d'éviter que le système soit remis en cause. Il faut surtout éviter la publicité autours des actions des Suffragettes afin d'éviter de nouvelles recrues. Le film nous montre aussi que demander gentiment est inutile. Les droits ne peuvent être reçus qu'après de longues luttes parfois physiques. Le jeu et la réalisation sont très froides. On suit Maud comme si elle portait la caméra. Les conditions de vie nous sont jetées aux visages tandis que tout tremble dans tous les sens lors des assauts de la police ou des fuites. Bien que ce ne soit pas un film parfait sur un sujet difficile je l'ai apprécié.

    *
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    ***
    **** Intéressant avec une bonne prise sur le contexte historique des ouvrières.
    *****

    Image : Allociné

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  • Le plus bel âge? Jeunes et jeunesse en France de l'aube des "Trente Glorieuses" à la guerre d'Algérie par Ludivine Bantigny

    Titre : Le plus bel âge ? Jeunes et jeunesse en France de l'aube des "Trente Glorieuses" à la guerre d'Algérie9782213628707-T_0.jpg?itok=XqTlXKUF
    Auteure : Ludivine Bantigny
    Éditeur : Fayard 2007
    Pages : 498

    Ce gros livre, en effet il est massif, est l'adaptation d'une thèse de la part de Ludivine Bantigny sur l'histoire de la jeunesse française depuis l'après-guerre jusqu'à la fin de la guerre d’Algérie. L'auteure s'y pose la question de ce qui constitue la jeunesse. Est-ce un simple mot ou est-ce plus compliqué. Pour cela elle tente de comprendre ce qui a constitué la jeunesse, comment on en a parlé et quelles sont les expériences communes qui permettent de former une génération. Elle construit son travail en quatre parties de trois chapitres chacune ce qui lui permet de passer sur tous les aspects de la jeunesse. Elle début tout de même avec une introduction et un prologue afin de poser les bases méthodologiques de sa recherche.

    La première partie, nommée "Les travaux et les jours", permet à Bantigny de placer la jeunesse sur le marché du travail et de l'éducation. Le premier chapitre permet de montrer comment les relations entre les générations et entre les jeunes se forment. Quels sont les moyens économiques que les jeunes possèdent ? Mais aussi comment font-ils pour avoir des loisirs ? Le chapitre suivant permet d'étudier le fonctionnement de l'école alors que de plus en plus de personnes s'y rendent. L'auteure dépeint une école encore ancienne, rigide, basée dans des locaux exigus et inadaptés à tels point que certaines personnes les considéraient comme insalubres. Elle montre aussi les nombreux débats qui se sont formés autours de l'école et de sa mission. En effet, l'école était pensée comme trop livresque et trop peu basée sur les besoins économiques. Enfin, Ludivine Bantigny se pose la question du marché du travail. Elle montre un oubli des agriculteurs dont le travail est presque gratuit. Cependant, les autres jeunes ne sont pas en reste. Les relations avec les collègues et les patrons sont souvent difficiles voir humiliantes. Les jeunes peuvent être soumis à un régime illégal sans être bien payé. Mais il n'y a pas de révoltes devant ces conditions considérées comme passagères.

    La seconde partie concerne le danger social des jeunes. En effet, il y a eu, et il y a encore, une peur de la jeunesse. Le premier chapitre examine à quoi ressemble le jeune dangereux. Bantigny y décortique la délinquance mais aussi la manière dont celle-ci est pensée par les acteurs de la société. Elle montre comment, presque du jour au lendemain, on voit apparaitre les blousons noirs et la peur des gangs de jeunes à la violence irrationnelle. Tandis que la majorité des jeunes garçons et jeunes filles ne portent le blouson que pour se détacher. Elle explique aussi, dans un second et troisième chapitre, de quelle manière les jeunes dangereux (ou en danger de le devenir) passent sous la loupe de nombreux observateurs. Ces derniers sont chargés de comprendre le jeune délinquant et de trouver un bon moyen de le "guérir". Malgré que les centre d'observations ne soient pas des prisons Bantigny montre que les jeunes qui y sont enfermés se pensent en prison. Ils sont derrière des murs et n'ont pas de libertés. Pire encore, ils ne savent pas quand ils sortiront.

    Une troisième partie permet d'examiner les politiques de la jeunesse mises en place par les différents gouvernements. Ludivine Bantigny montre la difficulté de créer ces politiques bien que la jeunesse soit pensée comme un avenir dont il faut prendre soin. Elle montre quels sont les politiciens les plus appréciés et comment les jeunes entrent en politique que ce soit à droite ou à gauche. Cette partie s'articule bien avec la suivante qui concerne la guerre d'Algérie. En effet, Bantigny commence par montrer comment la politique de la jeunesse fut mise à mal par la une guerre qui n'en portait pas le nom. Elle continue sur la critique de l'école formée par l'armée qui considère que les jeunes ne sont pas assez éduqués à la nation française. Elle montre aussi quel fut l'expérience de la guerre pour cette génération. Au début il y a revendications, craintes et peurs car on envoie pour 28 mois des personnes se battre au nom de la pacification. À la fin, il y a le silence et l'habitude de l'horreur. Alors que sont ces jeunes qui reviennent ? De nombreux journaux se posent la question et ne peuvent pas toujours y répondre.

    J'ai lu cette thèse avec un très grand intérêt. L'auteure y fait une peinture très complète de la jeunesse et, surtout, des différentes institutions qui s'occupent d'elle. Elle montre comment les jeunes sont pensés mais aussi ce qui forme une génération. Ainsi, quelques années suffisent pour tout changer entre les jeunes nés durant la guerre et ceux du baby-boom. De nombreux point développés par Ludivine Bantigny pourraient être utilisés pour mieux comprendre ce que l'on dit actuellement sur, en particulier, la mode, la moralité, l'école et la délinquance des jeunes.

    Image : Editeur

  • The Martian / Seul sur Mars

    Je suis fasciné par l'astronomie. Et, un jour, il faudra que je recommence des observations. Pour l'instant je me contente de rêver devant des films. The Martian se déroule durant un temps proche du notre. La NASA a réussi à envoyer une mission sur Mars chargée d'étudier le terrain. Elle est constituée de six personnes. L'un des astronautes est un botaniste nommé Mark. Un jour, une tempête arrive près de la base. Au vu de sa puissance la NASA et la cheffe de l'équipe décident d'annuler la mission et d'évacuer la base. Mais, durant la tempête, Mark est perdu et considéré comme mort. Les cinq astronautes restant repartent sur Terre tandis que la NASA annonce sa première mort en dehors de la Terre depuis sa fondation. Cependant, Mark est bel et bien vivant. Mais une mission de secours pourrait mettre quatre ans à venir. Comment survivre dans une base prévue pour un mois ?

    J'ai A.D.O.R.E ce film ! J'aime le personnage joué par Matt Damon. J'aime aussi les autres membres de la mission. Je trouve les membres de la NASA géniaux dans leur caractérisation. Et je trouve que Mars, la base et les équipements sont magnifiques. Le film est classique dans son idée. Une personne se retrouve seule sans espoir de secours et doit survivre. Mais le film réussit le tour de force à nous parler science tout en divertissant. J'ai ri, j'ai compris et j'ai eu peur. Le film, en fait, est une ode à l'ingéniosité humaine. Tout est fait pour trouver un moyen de sauver Mark avec les moyens du bord qu'ils soient des jeux vidéos ou des pierres. On observe des personnes se retrouver afin d'aider une seule personne. Ce film, contrairement à celui de ma note précèdent, est très optimiste envers ce qui forme l'humanité. Je ne regrette en rien de l'avoir vu.

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    ****
    *****Un très bon film sur l'exploration spatiale et l'ingéniosité humaine. Je le recommande fortement

    Image : Site officiel

     

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  • Sicario

    Les USA, aujourd'hui, la police et le FBI mènent une opération commune afin de retrouver des personnes enlevées. Une attaque est formée contre une maison. Mais, lorsque celle-ci est lancée, tout tourne mal. Les murs sont remplis de cadavres et une bombe explose tuant deux policiers. Kate était en charge de l'assaut avec son partenaire. Après cette dure journée elle est convoquée au siège du FBI. Elle y apprend qu'une opération conjointe entre plusieurs agences a été autorisée. Elle part dès le lendemain. Mais elle ne sait ni pourquoi ni où. Petit à petit elle se rendra compte de ce que peut couter une guerre alors qu'elle est impliquée dans une opération dont elle ne sait rien.

    Ce film fut difficile à voir. Il est rude, violent et extrêmement pessimiste. Il est aussi très bien écrit, parfaitement réalisé avec une BO sans accroc. Il y a un certain nombre de personnages. Le premier dont je parlerais est Matt Graver. C'est un agent dont le seul but est la victoire. Le reste n'a aucune important. Il combat dans la boue donc il utilise la boue. Il est suivi par Alejandro dont la politesse cache un esprit glacial. Et enfin, nous avons Kate jouée par Emily Blunt. Nous sommes censés nous incarner dans son personnage et vivre selon ce qu'elle ressent. Donc ses émotions sont les plus vives de tous les personnages. C'est une femme compétente qui se pose de nombreuses questions concernant l'éthique de ce qu'elle découvre. On voit ses peurs et ses doutes que l'on ressent à notre tour.

    L'histoire, elle, concerne la guerre contre la drogue. L'intrigue nous emmène d'un point de vue parfaitement légal à des actions illégales. On se pose la question de la possibilité de ce qui arrive et la guerre à tous prix, sans prendre en compte les victimes, est fortement critiquée via le personnage de Kate. On observe une forte militarisation d'une action policière sans prise en compte des lois. Tout est fait, dans le film, pour montrer en quoi la fin ne justifie pas les moyens. Pire, le film nous montre les conséquences quand on accepte tous les moyens. Alors que les policiers de Kate sont humain-e-s les membres de l'équipe conjointe sont froids et blaguent sur les meurtres quand ils ne complimentent pas leurs auteurs. Au final nous avons un très bon film avec une actrice parfaite dans son rôle mais difficile à regarder.

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    ***** Un film parfaitement maitrisé.

     

     

     

     

  • The Program

    Même moi qui ne regarde pas le sport et hurle d'horreur devant les retransmissions annuelles du tour de France je sais qui est Lance Armstrong. Un sportif qui fut considéré comme le meilleure de sa génération. Un homme capable de dévaler une montagne en montée comme si c'était une descente. Bref, il est l'élite de l'élite. Du moins jusqu'à ce qu'une sombre affaire de dopage le rattrape. Ce film commence alors que Lance tente son premier tout de France. Il est naïf et seul. Dès le premier départ on lui explique qu'il n'a aucune chance de gagner. Il se lance donc dans le dopage et fait une magnifique performance. Juste après il apprend qu'il a le cancer. S'ensuivent de longues journées pour s'en remettre puis un retour spectaculaire sur le Tour. Et là les questions se posent. Ses résultats sont-ils réels ?

    Ce biopic a l'ambition de décrire le programme mis en place par Armstrong pour que son équipe gagne à tous les coups. Il est rempli de bonnes idées et de pistes de réflexions mais échoue systématiquement. Il échoue car il tente de montrer une progression dans le système de dopage mais le fait d'une scène à l'autre qui se déroulent d'une année à l'autre. À la fois on a une continuité et, en même temps, une forte discontinuité temporelle. Il échoue aussi car il force la nécessité, cinématographique, d'avoir un méchant et un gentil. Armstrong est le méchant corrupteur qui crée quasiment le dopage tout en mentant à tout le monde. Le gentil est un journaliste irlandais qui lutte seul envers tous pour la vérité et la justice (non il n'est pas Batman mais ça pourrait). Or, ni l'un ni l'autre n'étaient seuls. Ils faisaient partie d'un système entier. De temps en temps, le film tente de montrer que le problème est bien plus important. Il lorgne sur les journalistes, sur les nécessités économiques, sur la célébrité qui rend une personne intouchable mais jamais ne tente de se lancer dans le sujet. On ne fait que l'effleurer et, donc, le film échoue.

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    **
    *** Le film n'est pas mauvais en soi. Mais il échoue sur tous les tableaux. Dommage.
    ****
    *****

    Image : Allociné

     

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  • Mustang

    Hier soir je suis allé voir le film qui sera présenté aux Oscars par la France. Spoiler alert : le film mérite largement de représenter la France et de recevoir un prix. L'histoire se déroule dans un petit village de Turquie à 1000km d'Istanbul. On nous parle de 5 sœurs de 11 à 18 ans orphelines et élevées par leur grand-mère. Celles-ci quittent l'école après le dernier jour. Ce sont les vacances d'été, il fait beau et, jeunesse oblige, les jeunes filles et leurs amis décident de rentrer en marchant et s'amusent dans l'eau. Mais ce comportement revient aux oreilles d'une matriarche du village. Qui prend sur elle de prévenir la grand-mère des filles et, donc, leur oncle. Il est décidé de reprendre leur éducation sous la supervision de la grand-mère, de l'oncle et des autres femmes du village. Les tentations sont évacuées tandis que la maison devient une prison. Mais, après un évènement, les choses deviennent encore plus sombres. Les 5 sœurs seront-elles capables de résister à la pression des hommes et des femmes du village ?

    Voilà un film comme je souhaiterais un voir plus (prend ça dans ta tronche Hollywood). Il est réussi de tous les points de vues. Les actrices qui jouent les sœurs réussissent parfaitement à incarner différentes facettes de compromis et de résistance. Que ce soit l'ainée qui réussit tout ou la plus jeune qui résiste avec une grande ingéniosité. Les acteurs hommes sont assez bons aussi mais effacés car ce n'est pas leur histoire. Ils sont présents mais rarement dans la pièce principale. On les fait entrer pour prendre des décisions et non pour discuter de la vie de tous les jours. Les autres femmes montrent à quel point la tradition est d'abord contrôlée et reproduites par elles. Ce sont les femmes qui instruisent les jeunes filles dans l'art d'être une bonne esclave / mère et femme d'un homme. L'atmosphère est tout aussi bonne. Le film commence dans l'insouciance et continue dans une attitude rebelle remplie de moments comiques. Ce n'est que durant la seconde moitié que le film devient un drame parfaitement maitrisé. En conclusion voilà un grand et bon film que je conseille sans hésiter.

    *
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    ***
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    ***** Un excellent film qui dépeint magnifiquement la domination exercée sur les femmes pour être pure, servante et de bonnes ménagères.

    Image : Allociné

     

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  • Une histoire des garçons et des filles Amour, genre et sexualité dans la France d’après guerre par Régis Revenin

    Titre : Une histoire des garçons et des filles Amour, genre et sexualité dans la France d’après-guerre
    Auteur : Régis Revenin
    Éditeur : Vendémiaire 2015
    Pages : 347

    Comment la sexualité et l'amour se sont-ils modifiés durant les trente glorieuses ? Ce livre utilise les archives judiciaires ainsi que celles du centre d'observation de Savigny agrémentées d'entretiens afin d'illustrer les modifications dans les attitudes des jeunes hommes français concernant la sexualité, l'amour et la masculinité (avec peu d'informations sur les filles).

    L'auteur de cette thèse remaniée forme cet examen sur 6 chapitres. Les deux premiers concernent l'éducation sexuelle. Bien que les jeunes puissent discuter entre eux la connaissance est d'abord peu avancée. Ce qui conduit les autorités à se poser la question de la nécessité d'une éducation sexuelle fournie par l'école. Les résistances sont importantes malgré la demande des jeunes eux-mêmes. L'auteur montre que cette éducation, contestée, reste très chaste et se contente de parler procréation et mariage. Il analyse aussi quelques affaires et les raisons derrière celles-ci. Ces affaires concernent aussi bien des enseignants que des tracts voir des publications de presse.

    Les trois chapitres suivants se concentrent sur la sexualité. Le premier concerne la manière dont la séduction comment à être pensée. Les jeunes filles doivent se faire attirantes tout en faisant attention à leur accoutrement. Pendant ce temps, les jeunes garçons commencent à ressentir de manière positive le besoin de se soigner. Mais ils doivent faire attention à leur virilité mise en doute en cas de soins trop importants. L'époque marque aussi un changement dans la mode. Celui-ci est vu négativement par les adultes qui ont peur d'une indifférenciation voir d'une inversion des sexes alors que les filles portent des pantalons et que les garçons ont les cheveux longs. Le chapitre qui suit s'intéresse plus spécifiquement à l'homosexualité masculine. Il analyse non seulement la manière dont les autorités parlent des jeunes gays mais aussi comment ces derniers se définissent eux-mêmes. De plus, on y trouve une peinture des codes de drague ainsi que de la vie parisienne. Le dernier parle plus spécifiquement du coït. Il explique sa signification pour un jeune garçon mais aussi les craintes concernant les enfants. La contraception est d'ailleurs laissée à l'entière responsabilité des filles qui, de plus, sont blâmées. L'auteur écrit aussi une partie sur les viols comme moyens de domination et de sociabilisassions des garçons sur des filles considérées comme faciles donc consentantes par défaut. On y comprend que la justice considère les viols comme peu importants tandis que les jeunes filles deviennent responsables de ce qui leur est arrivé malgré une pression qui peut devenir violente.

    Enfin, le dernier chapitre nous parle de la masculinité. À l'aide des écrits des jeunes il montre ce que doit être un homme dans les esprits de l'époque. La virilité y est largement considérée comme naturelle et les rôles ne sont pas remis en causes (les féministes étant très mal vues ainsi que les lesbiennes). Les filles sont considérées par les garçons comme chanceuses car leur vie serait plus facile puisque le travail en serait absent. Les écrits montrent des idées traditionnelles du mariage avec des rôles fortement genrés et une division stricte des femmes que l'on peut épouser de celles que l'on ne peut que "consommer" sexuellement.

    Au final, ce livre, tiré d'une thèse, est très intéressant. Il permet de montrer l'évolution des considérations sur l'amour et la sexualité à travers des écrits même des jeunes garçons. De ce point de vue on en apprend énormément ce qui permet de mettre en doute la singularité de la révolution sexuelle. Il est tout de même dommage que les filles ne soient présentes presque qu'à travers les discours des garçons. Cependant, l'auteur renvoie à la thèse de Véronique Blanchard.

    Image : Éditeur

     

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  • Mauvais genre par Chloé Cruchaudet

    Titre : Mauvais genre
    Auteure : Chloé Cruchaudet
    Éditeur : Delcourt 18 septembre 2013
    Pages : 160

    Deux jeunes personnes s'aiment. Après plusieurs rendez-vous illes décident de se marier juste avant le service militaire du mari. Ces personnes sont Louise et Paul. Le service de ce dernier se déroule bien. Il est même promu au rang de Caporal. Malheureusement, la première guerre mondiale est déclarée le même jour. Il est envoyé au front avec ses camarades. Là la réalité est différente. Il n'y a pas la beauté et la gloire de la guerre mais la merde, la peur et la mort. Sautant sur une occasion Paul se mutile mais cela ne suffit pas. Il déserte et, pour vivre caché, se déguise et prend l'identité de Suzanne. Louise est sa complice. Mais leur relation souffre de la proximité, du changement de genre et du manque d'argent ainsi que d'un Paul abusif et violent

    Le livre commence par la fin. Un procès a lieu et recense les vies de Louise et Paul. Mais, pour comprendre, il faut repartir au début. L'auteure utilise ceci afin de dessiner l'histoire de ce couple. Elle montre comment l'honneur de servir est devenu l'horreur de la guerre. Elle montre aussi la difficulté de déserter alors que les coupables risquent la mort. Elle nous montre aussi la difficulté de la vie de tous les jours avec un salaire féminin dans une nation en guerre. Mais on observe aussi les fêtes du bois de Boulogne et un Paul qui s'approprie peu à peu un genre qui implique un énorme savoir-faire. Nous avons aussi un couple dont l'homme est abuseur. Il frappe sa femme, est alcoolique et l'humilie régulièrement tout en s'excusant par la suite. C'est une belle peinture.

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    ***** Un beau roman graphique sur l'histoire d'un couple qui tente de survivre à la guerre

    Image : Éditeur

     

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  • La naissance du tribunal pour enfants. Une comparaison France-Québec (1912-1945) par David Niget

    Titre : La naissance du tribunal pour enfants. Une comparaison France-Québec (1912-1945) 1256740121.jpg
    Auteurs : David Niget
    Éditeur : Presses universitaires de Rennes 2009
    Pages : 417

    Comment l'enfance passe-t-elle de l'inconnu à la mise en place d'institutions de protections et de punitions ? Comme justifie-t-on la création de juridictions pénales spécialisées dans l’enfance ? Comment fonctionnent ces juridictions ? Ce sont quelques-unes des questions auxquelles le livre de David Niget permet de répondre. Au début du XXe et à la fin du XIXe un mouvement international de création de juridictions pénales séparées pour les enfants se met en place. Celui-ci aboutit à la création de la loi de 1912 en France, inchangée jusqu'en 1945, et celle de 1920 au Québec. Ces lois permettent la mise en place de cours spécialisées dans le jugement des enfants.

    David Niget construit son livre en 7 chapitres. Les deux premiers permettent de nous expliquer comment la justice des mineurs pu être mise en place dans deux villes : Montréal et Angers. On y observe aussi le fonctionnement, sur le temps complet du livre, de la justice des mineurs. Un fonctionnement qui dépend aussi bien du contexte historique, des personnalités, de l'état de la philanthropie que de l'argent disponible. Les trois chapitres suivant s'intéressent à la manière dont trois comportements précis sont perçus et pénalisés : la violence, le vol et la sexualité. On observe, dans les trois cas, l'existence d'une économie informelle qui permet des arrangements entre les personnes. Mais aussi l'entrée en force de l'État qui souhaite contrôler et moraliser le fonctionnement des classes populaires. Ainsi, à Angers les plaintes pour viol n'ont lieu que si un arrangement est impossible. La sexualité, d'ailleurs, implique que la victime peut rapidement devenir coupable par le danger qu'elle fait porter sur la société et ses proches aussi bien du point de vue sanitaire que moral. Les deux derniers chapitres permettent à l'auteur d'examiner la mise en place, d'une part, du terme de l'incorrigibilité et de l'observation des maltraitances et, d'autre part, de nous montrer comment fonctionnaient les différentes mesures de la justice des mineurs. Nous avons, en conclusion, un livre très complet qui permet de comprendre dans le détail le fonctionnement local de la justice des mineurs.

    Image : Éditeur

  • La isla minima

    Deux policiers, Pedro et Juan, sont envoyés de Madrid dans les marais de Guadalquivir dans les années 1980. Officiellement, leur mission est d'enquêter sur la disparition de deux sœurs. Mais, officieusement, la hiérarchie souhaite aussi se débarrasser de deux personnes encombrantes. En effet, l'un est un franquiste assumé tandis que l'autre critique ouvertement le pouvoir militaire. Ils ne sont donc plus acceptés à Madrid. Alors qu'ils commencent leur enquête dans les marais ils se rendent compte que de nombreux faits sont cachés. Les deux jeunes filles ne sont pas les premières à avoir disparu et de nombreuses rumeurs existent sur leur comportement. Durant l'enquête ils mettront en lumière l'étendue réelle des meurtres de Guadalquivir alors que le reste du pays tremble de la transition à la démocratie.

    Après la grosse déception que fut American Ultra c'est un soulagement de voir un bon film. La isla minima est bon à plus d'un titre. Tout d'abord, on y observe une enquête qui permet de passer au-delà des faux semblants. Derrière une petite communauté prospère nous avons les secrets et les trafics. Par exemple, les lieux sont la proie de trafic de drogue mais aussi de braconnage. Ensuite, nous avons la relation entre les deux policiers. L'un est un franquiste de la première heure. Les méthodes de brutalité policière qu'il utilisait couramment ne sont pas loin malgré le changement de régime. L'autre est un avocat de la démocratie mais né dans une période de dictature. Bien qu'ils ne se détestent pas et s'entraident on sent surtout une forme de relation de confiance entre deux personnes pourtant politiquement différents. Le film nous place aussi dans un lieu et une époque encore très traditionnelle. Bien que les jeunes, garçons comme filles, tentent de s'émanciper ces dernières sont encore sous la forte domination des hommes. Chaque jeune fille tente de quitter le village, de trouver un travail et ce en se heurtant à la désapprobation des parents. La sexualité y est cachée mais présente dans les photos et les rumeurs. Enfin, le film ne se termine pas tout à fait. Il laisse des questions en suspens et donne des informations qui permettent de douter de certains personnages. Ce qui implique de revoir toute l'intrigue d'un nouvel œil. Le final permet de mettre en valeur la réussite du démocrate face à l'abandon du franquiste qui accepte son oubli joyeusement. Bref, un film qu'il faudrait voir.

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    ***** Enfin un bon film!

    Image : Allociné

     

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  • Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma soeur et mon frère... par Michel Foucault, J.P. Peter, Jeanne Favret, Patricia Moulin, Blandine Barret-Kriegel, Ph. Riot, Robert castel et Alexandre Fontana

    Titre : Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma soeur et mon frère...product_9782070328284_195x320.jpg
    Auteurs : Michel Foucault, J.P. Peter, Jeanne Favret, Patricia Moulin, Blandine Barret-Kriegel, Ph. Riot, Robert castel et Alexandre Fontana
    Éditeur : Gallimard 1973
    Pages : 42

    Le 3 juin 1835 un crime qualifié d'abominable a lieu dans une petite commune française. Pierre Rivière, la vingtaine, a tué sa mère, sa sœur et son frère avant de quitter sans hâte la scène du crime et de vagabonder durant un mois dans les forêts et villages des alentours. Lorsqu'il est enfin pris on lui demande d'écrire un mémoire. Ce mémoire lui permet non seulement d'expliquer son crime mais aussi de montrer sa préparation, ses doutes, ses remords. Son texte sera inséré dans un appareil complet de discours médicaux et juridiques afin de comprendre si Pierre Rivière est, oui ou non, un fou et donc si la peine de mort est acceptable.

    La majeure partie du livre contient les pièces du dossier Rivière. Celui-ci est constitué des pièces du procès et de l'enquête mais aussi des expertises médicales (au nombre de trois). De plus, on trouve le mémoire dont on utilise une phrase pour le titre de cet ouvrage. La suite du livre est constituée de notes qui permettent à différent-e-s auteur-e-s d'essayer d'expliquer comment fonctionne ce dossier avec le mémoire mais aussi avec la période. On tente de nous montrer que les experts ne sont pas encore acceptés dans l’arène judiciaire. On nous montre en quoi le mémoire de Rivière sème le trouble ce qui explique qu'il puisse être utilisé aussi bien à charge qu'à décharge. En effet, on y trouve des faits qui corroborent des témoins qui parlent de l'étrangeté de Pierre Rivière. Mais l'existence même du texte met à mal l'idée que son rédacteur est un fou et un idiot étant donné sa construction logique. Ainsi, face à un acte monstrueux le texte qui l'explique est incompréhensible car il échoue à expliquer ce que les contemporains pensent inexplicable.

    On pourrait faire un parallèle, ici, aux manifestes qui suivent les meurtres de masses. Là aussi nous avons un texte qui n'est pas compréhensible mais qui tente d'expliquer, de justifier, un acte horrible par l'impression d'une injustice. Cette injustice, pour Rivière, c'était la force des femmes qui retournaient les lois naturelles et romaines en devenant dominantes. En particulier, c'était sa mère qui dominait son mari et refusait la relation. Un homme devait recréer l'équilibre et devenir un martyr de la cause. Ne semble-t-il pas que l'on retrouve certaines choses que l'on voit de nos jours ? Ainsi, ce dossier permet de comprendre deux époques. Celle du XIXe qui tentait de créer un arsenal pour s'occuper de la folie et la nôtre qui évacue les manifestes qui suivent des meurtres de masses comme de simples exemples de la folie du criminel sans essayer de comprendre en quoi le texte fonctionne dans une communauté et une vision commune du monde.

    Image : Éditeur

  • La belle saison

    Comme beaucoup de monde je suis allé voir, hier soir, le dernier film français sorti dans les salles : La belle saison. Nous sommes dans le début des années 70. La France connait un regain d'activisme féministe autours du MLF alors que la politique reste encore largement rétrograde. Delphine est une jeune femme qui a vécu toute sa vie à la campagne cachant ses amours. Lorsqu'elle part à Paris elle entre dans la puissance jouissive du MLF et de ses actions militantes ainsi que de la construction de sa pensée. Autours de plusieurs moments clés elle s'attachera de plus en plus avec une jeune professeure d'espagnol parisienne, Carole. Petit à petit, Delphine se rend compte qu'elle va devoir choisir entre vivre sa vie, aider sa famille et la ferme familiale et suivre son cœur.

    Que penser de ce nouveau film lesbien ? Contrairement à la vie d'Adèle il n'adapte pas un roman graphique au cinéma. La réalisatrice a eu la bonne idée de le placer dans une période d’effervescence alors qu'autant les femmes que les gays et lesbiennes tentaient de penser leur condition et de s'en défaire. Elle montre que les actions du MLF n'ont pas forcément de compréhension dans le petit monde paysan sans que, pour autant, elles ne soient vues plus négativement qu'ailleurs. C'est dans un second temps que l'histoire d'amour est dépeinte. Elle montre une Carole qui lutte entre ses désirs pour Delphine et sa relation avec un homme tout aussi militant qu'elle. Tandis que Delphine lutte pour garder son lien avec ses parents, sa ferme et la communauté tout en souhaitant rester avec Carole. Un grand écart de plus en plus difficile au fil du temps. Au final, un film plein d'émotions et un peu fleur bleu.

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    **** Un film sympathique, bien mis en scène avec des actrices très convaincantes.
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  • Intimités amoureuses. France 1920-1975 par Anne-Claire Rebreyend

    Titre : Intimités amoureuses. France 1920-197541BPsvDHV1L._SX304_BO1,204,203,200_.jpg
    Auteure : Anne-Claire Rebreyend
    Éditeur : Presses Universitaires du Mirail 2008
    Pages : 340

    Ce livre de 340 pages est l'adaptation d'une thèse de l'auteure. Dans sa thèse, et son livre, elle se propose d'étudier l'histoire de la sexualité des français-e-s durant 55 ans. Nous avons donc une peinture de la sexualité durant la presque totalité du XXe siècle. Pour étudier ce sujet intime l'auteure utilise, justement, des sources intimes. Celles-ci ne sont pas des sources judiciaires ou policières mais des journaux intimes, des autobiographies et des lettres le tout assorti de quelques entretiens. C'est donc une histoire "par le bas" qui prend en compte la parole même des personnes pour comprendre leur lien à la sexualité. Le livre est divisé en trois chapitres qui commencent par l'interdiction de la publicité des moyens de contraception, 1920, et se termine par la loi Veil sur l'IVG en 1975.

    La première partie s'occupe des années 1920 à 1939 et se nomme L'intime feutré. L'auteur y écrit deux chapitres. Le premier lui permet de mettre en lumière la norme sexuelle. Elle montre l'importance de la conjugalité pour les couples. La rencontre et la sexualité se forment dans le cadre du mariage. Cependant, il existe de personnes qui ne suivent pas les normes. L'auteure y étudie une femme bisexuelle qui explique, dans son journal, son attrait pour les femmes et les hommes. Un second chapitre se concentre sur l'éducation sexuelle. On y découvre que la sexualité et le fonctionnement du corps humain n'est que peu connu. Bien qu'il existe des ouvrages d'éducation sexuelle ceux-ci sont moralisateurs et construit selon le genre de la personne qui le lira. Les informations ne sont donc pas les même pour un homme ou pour une femme.

    Une seconde partie parle des années 1939-1965 sous le titre de L'intime questionné. On y trouve trois chapitres. Le premier se concentre exclusivement sur la période de Vichy. Il montre les difficultés de l'amour et de la sexualité alors qu'une partie des soldats sont au front puis prisonniers. Les rôles sont clairement marqués puisque les femmes doivent rester chastes et attendre le mari tandis que ce dernier peut profiter d'une sexualité avec des allemandes ou des camarades. Le flirt, tel qu'il était possible auparavant, devient contrôlé alors que le gouvernement impose son idée du couple parfait. Le second chapitre parle de l'après-guerre. On y trouve deux points particuliers. Tout d'abord, le retour important du flirt qui est tout de même pensé différemment selon le genre. Alors que pour les femmes le flirt doit s'arrêter avant la sexualité les garçons considèrent que le flirt doit se terminer par la sexualité. Dans tous les cas, les filles flirtent mais ce sont les garçons qui créent la possibilité et qui lancent les actes. Le second point concerne la possibilité pour les filles d'avoir une sexualité avant le mariage. Alors que les garçons ont cette possibilité depuis longtemps les filles la découvrent tandis qu'une nouvelle catégorie se forme. La fille sérieuse, qui décrit celle qui résiste, et la fille facile, celle qui ne résiste pas, sont accompagnées de la fille amoureuse qui peut accepter une sexualité s'il y a amour. Mais les divisions entre les catégories sont floues et il est facile de passer de l'une à l'autre. Enfin, l'auteure termine cette partie en montrant la perte de force de l'amour conjugal. Celui-ci est remis en question alors que des femmes expriment leur mal-être. Dans le même temps, le contrôle des naissances est un problème de plus en plus important pour les femmes qui peuvent se sentir fatiguées et envahies.

    La dernière partie prend en compte les années 1965-1975 sous le titre L'intime exhibé. On y trouve deux chapitres. Le premier pose la question de la libération sexuelle. Elle montre non seulement les changements qui ont cours pour les personnes adultes qui voient leurs possibilités étendues mais aussi pour les jeunes qui, malgré tout, restent dans le cadre d'une conjugalité. Bien que le flirt soit bien plus poussé et que les corps soient plus montrés. Un second chapitre nous parle de l'aspect médical. Celui-ci prend tout d'abord la forme de la sexologie qui, sous couvert de bonne sexualité, recrée une norme qui doit être suivie et que les individus tentent de suivre tout en se posant des questions sur leurs propres pratiques. Tandis qu'un second point nous parle de la réception de la contraception et de l'IVG. Celles-ci sont maintenant bien plus accessibles mais combattues (et le sont toujours) avec des termes que l'on retrouve encore maintenant

    Au final, nous avons un livre très intéressant. L'usage de sources écrites par les personnes même permet de passer outre un discours médical, théorique ou judiciaire pour observer ce que font et pensent les français. Bien entendu, ces sources ne sont pas sans problèmes puisque les personnes se censurent, recréent leur passé ou tentent de se montre sous un beau jour. Mais cela n'enlève rien à l'intérêt de leur usage et de leur analyse et permet à l'auteure de montrer des changements qui se préparent avant même le temps de la révolution sexuelle.

    Image : Amazon

  • La bataille de l'enfance. Délinquance juvénile et justice des mineurs en France pendant la Seconde Guerre mondiale par Sarah Fishman

    Titre : La bataille de l'enfance. Délinquance juvénile et justice des mineurs en France pendant la Seconde Guerre mondiale
    Auteure : Sarah Fishman
    Éditeur : Presses universitaires de Rennes 2008
    Pages : 323

    Vichy est considéré comme une parenthèse dans l'histoire commune judiciaire et politique française. C'est un état qui n'avait qu'une existence volée aux personnes qui représentaient véritablement les intérêts et les vœux de la population française. Cette vision a été largement remise en question aussi bien par des travaux sur l'opinion publique que sur la continuité entre des politiques répressives mises en place par Vichy et celle de la quatrième puis de la cinquième République. Ce livre, tiré d'une thèse, souhaite montrer les continuités entre la troisième République, Vichy et l'après-guerre. En effet, bien que les analyses qui se formèrent immédiatement après la guerre considèrent que Vichy n'a rien fait et que l'ordonnance concernant la justice des mineurs de 1945 est un nouveau départ cette idée laisse de côté le travail important que Vichy réalisa en faveurs de l'enfance. Pour cette présentation l'auteure met en place 6 chapitres.

    Le premier chapitre permet de comprendre comment fonctionnaire la France avant Vichy. Il s'intéresse, en grande partie, à la loi de 1912 ainsi qu'aux développements médicaux concernant les enfants délinquants. Le second chapitre continue une forme d'introduction en présentant l'histoire de l'enfance durant la guerre. Cette présentation permet de se faire une idée de l'effet de la guerre ainsi que de l'économie de guerre sur les enfants mais aussi des résistances qui ont existé. Ainsi, l'auteure parle rapidement des Zazous qui ont été vu comme l'exemple parfait de la décadence américaine et de l'immoralité de certain-e-s jeunes français-e-s. Le troisième chapitre présente les chiffres concernant la hausse de la délinquance des mineurs. L'auteure se base sur des rapports officiels tout ne n'oubliant pas de nous prévenir de la nécessité d'en user avec prudence.

    Le chapitre suivant permet de faire deux choses. Tout d'abord, il présente les diverses personnalités ayant une certaine importance dans la protection des mineurs. Ensuite, il permet de présenter les explications qui ont été formées pour expliquer la hausse de la délinquance des jeunes. Celles-ci se basent à la fois sur une vision héréditaire et du milieu pathogène. Les familles dites dissociées y sont vues de manière particulièrement négatives. Cette vision est justifiée par des chiffres qui sont encore utilisés aujourd'hui (malgré la méthodologie biaisée utilisée). Lors de la guerre cette idée est réutilisée en se basant sur l'absence des pères qui force les mères au travail et donc détruit l'équilibre de la famille selon une vision patriarcale de celle-ci. Mais ces propos sont mis en doute par l'auteure qui montre que, d'une part, les enfants de pères prisonniers ne sont pas nombreux dans les dossiers et que, d'autre part, la hausse de la délinquance des jeunes et parallèle à celle des adultes et s'explique par des besoins économiques.

    Le chapitre suivant présente les efforts de réformes mis en place par Vichy. Des réformes qui permettent la mise en place d'institutions et d'idées thérapeutiques. Le dernier chapitre montre que ces idées se retrouvent dans le projet du gouvernement de libération et ont un impact encore important aujourd'hui malgré une hausse de la demande de répression face à des jeunes vus comme de plus en plus violents et vicieux. Ceci permet à l'auteure de comparer la situation française avec la situation américaine. En effet, les USA ont permis d'utiliser une justice des majeurs pour les mineurs. Ce qui a eu d'énormes conséquences négatives. Bien que l'auteure ne considère pas l'approche thérapeutique comme parfaite l'exposé concernant les USA lui permet de mettre en garde contre toute tentation ultra répressive. Au final nous avons une thèse qui permet à la fois de mieux comprendre Vichy et son lien avec les jeunes et d'observer à quel point certaines idées se sont concrétisées jusqu'à aujourd'hui malgré des remises en causes récentes.

    Éditeur

  • Les anormaux. Cours au Collège de France, 1974-1975 par Michel Foucault

    Titre : Les anormaux. Cours au Collège de France, 1974-1975
    Auteur : Michel Foucault
    Éditeur : EHESS, Gallimard et Seuil mars 1999
    Pages : 351

    Michel Foucault, malgré les problèmes évidents que son travail pose, est l'un de mes auteurs préférés. Bien que je considère avant tout comme un boute à outil bien utile pour comprendre certains faits sociaux cela ne m'empêche pas de le lire avec plaisir (à défaut de tout comprendre). Ses livres peuvent être ardus mais ses cours au collège de France le sont un peu moins. C'est aussi un bon moyen de voir la pensée de Foucault en construction avant la rédaction d'un ouvrage (ou pas, parfois il annonce des livres qui ne sortiront jamais). Cette édition, comme d'habitude, reprend le cours proprement dit et ajoute son résumé ainsi qu'une situation écrite par Valerio Marchetti et Antonella Salomoni. Cette situation permet de placer le cours dans la pensée de Foucault, l'époque ainsi que la recherche de l'époque et la méthode de travail de Foucault.

    Dans ce cours Foucault se pose la question de la construction des anormaux. En particulier, il essaie de comprendre comment la psychiatrie est devenue un moyen de tester l'anormalité dans le cadre judiciaire. Foucault définit trois types d'anormaux. Il y a le monstre qui montre une violation des lois naturelles et sociales. Ce dernier est un mélange d'attributs qu'ils soient humains et animaux ou de des sexes. Ce qui permet à Foucault d'analyser quelques procès d’hermaphrodites. Cette catégorie deviendra celle des personnes dangereuses dont la psychiatrie doit analyser le degré de dangerosité en vue d'une décision judiciaire qui prenne en compte le danger, la possible rééducation et la possibilité de libérer l'individu. La seconde catégorie est celle des onanistes. Foucault considère que cette catégorie a deux origines. Tout d'abord, il y a la mise en place de questionnements de plus en plus précis afin de permettre la repentance ecclésiastique sous la forme de la technique de l'aveu. Ensuite, il y a une croisade contre la masturbation qui se forme sous le fonds d'un changement de relations entre les familles et l'état. L'état prend en charge l'éducation mais laisse la sexualité aux mains des familles. Un grand nombre de livres et de techniques existent afin d'éviter la pratique de la masturbation chez les enfants. Que ce soit la surveillance, les liens ou des actes chirurgicaux. Enfin, il y a l'individu à corriger que Foucault ne développe que dans le dernier cours. Ce dernier est principalement un élève que l'on doit dresser aussi bien moralement que physiquement afin qu'il accepte les règles sociales (et scolaires)

    Que penser de ces 11 cours donnés par Foucault ? Bien qu'ils soient moins denses et moins compliqués à lire que ses livres ils restent tout de même d'un certain niveau. On retrouve aussi plusieurs thèmes qu'il développera dans son Histoire de la sexualité. C'est, par exemple, le cas du discours sur la sexualité ainsi que la mécanique de l'aveu. Ce cours est aussi un moyen de comprendre comment se sont formés les discours psychiatriques dans le milieu judiciaire. Ceux-ci ont la tâche de devoir évaluer la dangerosité d'une personne présumée innocente (mais qu'on considère dangereuse...). Les discours que Foucault analyse sont basés sur des termes anciens et/ou peu précis qui permettent surtout de donner l'avis du psychiatre sur une personne plutôt que de créer un discours scientifique. Ces cours sont donc un bon moyen de remettre en question la manière dont on parle des personnes dites dangereuses et dont on analyse leur dangerosité. Ce travail reste, aujourd'hui encore, d'actualité.

    Image : Éditeur

     

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  • Enfants à louer. Orphelins et pauvres aux enchères par Rebecca Crettaz et Francis Python

    Titre : Enfants à louer. Orphelins et pauvres aux enchères6e13ca992c79f5ab66b47ca9e2da4e60.jpg
    Auteur-e-s : Rebecca Crettaz et Francis Python
    Éditeur : Société d'histoire du canton de Fribourg 2015
    Pages : 176

    Il y a quelques années que les personnes placées durant leur enfance ou internées pour des raisons d'assistance (selon le terme officiel) ont commencé à parler et à revendiquer excuses, réparations et recherches historiques. Ce livre permet de commencer à comprendre l'histoire du placement au rabais dans un canton spécifique : Fribourg. Les auteur-e-s prennent en compte la période du début du XIXe siècle à 1928 lorsqu'une nouvelle loi sur l'assistance interdit les mises au rabais. Mais que sont ces mises au rabais ? C'est une procédure par laquelle une commune place un ou des enfants, voire d’adultes, dans les familles qui demandent les pensions les moins élevées à L'État

    Les auteur-e-s mettent en place 6 chapitres. Les 5 premiers permettent de dépeindre l'histoire de l'assistance et du placement des enfants à Fribourg en s'intéressant à quelques communes en tant que cas particuliers illustrant la pratique locale. L'auteure montre la difficulté de mettre en place des lois qui fonctionnent alors que la pauvreté est vue comme un problème durant toute la période. Celle-ci est considérée comme provenant à la fois d'un manque de volonté de la part des personnes au travail et d'une mauvaise pratique des communes. Ces dernières offriraient trop et ne s'intéresseraient pas à l'éducation morale et au travail des enfants et pauvres tant que le placement est économiquement favorable. C'est une longue lutte pour mettre en place des lois successives sur l'assistance qui prennent en compte les sensibilités politiques de l'époque ainsi que le manque de moyens de l'État. Le dernier chapitre, qui fait office de conclusion, permet à son auteur de montrer à quel point il fut difficile de travailler sur la pauvreté en histoire alors que les victimes n'étaient pas entendues. Il termine sur les derniers évènements politiques de mars 2014 sur le sujet

    Au final, nous avons un livre court qui s'attache à la fois à expliquer comment les lois furent pensées et mises en place et à la pratique de communes spécifiques. Ceci permet de montrer les discours successifs qui existèrent et dont les arguments sont souvent semblables. Malheureusement, les sources n'ont, semble-t-il, pas permis de montrer comment les enfants placés vivaient leurs conditions. On a ce que pensent les autorités et les personnes chez qui les personnes sont placées mais jamais le point de vue de ces dernières. Leur parole est perdue dans les papiers de l'administration. Ce qui n'enlève rien à l'intérêt de ce livre pour lever le voile sur une histoire encore trop peu connue

    Image : Éditeur