contemporain - Page 5

  • La société punitive. Cours au collège de France. 1972-1973 par Michel Foucault

    Titre : La société punitive. Cours au collège de France. 1972-1973d036339b16.gif
    Auteur : Michel Foucault
    Éditeur : Seuil / Gallimard décembre 2013
    Pages : 349

    J'apprécie beaucoup ce qu'a écrit Michel Foucault. Non seulement ses recherches sont intéressantes et mettent en cause de nombreuses choses que l'on tient pour normales mais, en plus, il a travaillé en lien avec l'époque et des luttes dont il a été un acteur. Ce livre fait partie des cours qu'il a donné au Collège de France et qui sont édités. Ces cours permettent aux personnes intéressées de mieux comprendre la pensée de Foucault ainsi que sa construction. En effet, les cours au Collège de France sont des recherches inédites qui peuvent inaugurer l'idée d'un livre. Dans le cas présent le livre est Surveiller et Punir. Ce livre contient la troisième année de cours de la part de Michel Foucault, un résumé écrit par Foucault et une situation qui permet de contextualiser les propos aussi bien selon l'époque, la recherche que la pensée de Foucault.

    Ce cours s'intéresse à la société punitive. Derrière ce terme se cache une forme spécifique de société que Foucault présentera en 13 semaines. Je ne prétends pas avoir tous compris. Mais l'analyse de Foucault permet d'expliquer comment on est passé d'une forme spectacle de la punition à une forme d'exclusion avec la prison. Plus loin encore, Foucault nous montre en quoi cette forme prison a pris racine dans la société. En effet, derrière la prison, le pénitencier, on trouve la nécessité de protéger le capital de la bourgeoisie contre une population pauvre. Cette protection se forme contre deux problèmes : le vol, la déprédation donc ce qui est construit comme illégal et l'immoralité soit l'alcoolisme et la fainéantise. Dans le premier cas on s'attaque à ce qui est possédé tandis que dans le second cas on s'attaque à ce qui pourrait être possédé. Il y a donc un effort de moralisation et de contrôle de la population afin de permettre la mise en place du travail régulé et salarié. Ceci a pu aller jusqu'à la création d'usines-couvents qui permettaient de contrôler tous les aspects de la vie des travailleurs. Ce cours est donc particulièrement intéressant quand on essaie de comprendre le fonctionnement de la société libéral de travail et son pendant pénal.

    Image : Éditeur

  • Enfant 44

    Je dois commencer par dire une chose : je n'ai pas lu le livre. J'ai l'impression que de nombreux lecteurs ont été déçus de l'adaptation, ce que je comprends, mais je ne peux pas en parler. Le film commence durant les années de famines en Ukraine alors que le pouvoir soviétique ne fait rien pour aider les paysans et fait tout pour les détruire. Une jeune garçon s'ensuit d'un orphelinat et rencontre l'armée rouge. Un officier le prend en pitié. Plus tard, durant la guerre, il est présent lors de la prise de Berlin. Une photo en fait un héros soviétique. Durant les années 50 il vit à Moscou. Il est l'un des meilleurs agents des services secrets. Son travail, exemplaire, lui permet d'arrêter et d'exécuter de nombreuses personnes dénoncées comme traitres. Mais un dossier étrange lui tombe dessus. Celui d'un enfant assassiné mais victime, officiellement, d'un accident. Son enquête se fera contre les ordres de ses supérieurs tandis que les intrigues politiques se forment pour l'éloigner et éliminer la menace qu'il représente. Car le meurtre est un crime des sociétés capitalistes.

    Le film commence fort. Un fond noir avec les mots "il ne peut pas y avoir de meurtres au paradis". Cette phrase sera répétée à plusieurs reprises durant le film. Mais il continue de manière étrange. Plutôt que de laisser cela de côté la réalisation a décidé de montrer l'enfance et la guerre. Ces scènes permettent de situer le personnage principal mais n'offrent rien qui puisse être vraiment utile. Ce sont des scènes inutiles qui prennent du temps pour rien. En ce qui concerne l'intrigue le meurtrier lui-même n'en est pas au centre. Sa découverte est relativement rapide et ne crée pas de conséquences importantes. Le propos du film se trouve plutôt dans l'atmosphère. On nous dépeint une ville qui vit dans la peur. Les arrestations de traitres sont quotidiennes et il suffit que son nom se retrouve prononcé lors d'un interrogatoire pour être suspect et donc déjà coupable. Cet aspect se retrouve entièrement dans un dialogue du héros avec l'une de ses victimes. A la question, policière, "pourquoi fuyez-vous si vous êtes innocents" on lui répond "je fuis parce que vous me pourchassez". Le héros lui-même sera victime de cela et observera de visu ce qui arrive lorsqu'on devient un paria pour le système. Ainsi, on n'a pas vraiment un film policier mais plutôt un film qui crée un milieu. Sur ce point il est réussi.

    *
    **
    ***
    **** Un film difficile, très violent, avec des scènes peu utiles et une intrigue au second plan mais une atmosphère réussie.
    *****

    Image : Allociné

     

    574273.jpg


  • Taxi Teheran

    Il n'est jamais une mauvaise chose d'aller voir des productions qui ne soient pas américaines (ou françaises). On observe d'autres manières de raconter une histoire dans des contextes différents d'un cinéma américain pour lequel la réussite prime sur tout. Taxi Teheran est un docufiction du réalisateur Jafar Panahi que je regrette de n'avoir pas connu avant. Il vit en Iran et, après une participation à des manifestations, est interdit d'exercer son travail pendant 20 ans. Il fait donc semblant de se reconvertir dans les taxis. Il se déplace dans les rues de la ville en prenant à son bord de nombreuses personnes aux idées et aux vies différentes. Que ce soient des professeures, des bandits, des pirates ou des avocates chaque personne à son mot à dire sur la situation du pays. Les rencontres peuvent faire peur tout en étant légère car nous n'observons pas le danger que vit réellement le réalisateur en dehors de quelques scènes très précises. Ce que ne savent pas les autorités c'est que Jafar Panahi filme tout dans sa voiture tout en sachant que jamais il ne pourra vendre son film en Iran.

    Il y a de nombreux aspects dans ce film qui mêle le vrai au faux. Les acteurs sont-ils de vrais personnages ou sont-ils créés de toutes pièces ? Les discours sont-ils un reflet de ce que pensent les personnes ou des mots qu'on leur a écrit ? On ne sait rien. Sauf que les scènes sont trop parfaites pour être tout à fait des coïncidences. Lorsque la jeune nièce du réalisateur explique ce qu'on lui a appris à l'école sur le cinéma à son oncle réalisateur on s'étonne devant ce qui est demandé afin que le film puisse être distribué. Alors que les rencontres sont assez légères voir drôles on voit poindre des réalités bien plus sombres. Par exemple lorsque Panahi tente de reconnaitre la voix de son interrogateur et qu'on entre dans le fonctionnement de la justice iranienne ou la dernière scène du film. Bien que la réalisation semble laisser place au hasard tout est construit pour nous envoyer un message précis sur le fonctionnement d'une société qui croit tout contrôler mais dans laquelle les moyens de résistances sont nombreux.

    Image : Allociné

    546075.jpg

  • Histoire de la Suisse 5. Certitudes et incertitudes du temps présent (de 1930 à nos jours) par François Walter

    Titre : Histoire de la Suisse 5. Certitudes et incertitudes du temps présent (de 1930 à nos jours)
    Auteur : François Walter
    Éditeur : Alphil 2014
    Pages : 160

    Lorsqu'on s'intéresse à l'histoire on s'intéresse souvent à des sujets précis. Ce qui nous mène à lire des recherches très spécifiques. Cependant, il est nécessaire de connaitre le contexte général pour comprendre ce qui est en train d'être étudié. C'est pour cette raison que je me suis intéressé au tome 5 de cette histoire de la Suisse. Ce tome examine le XXème siècle depuis les années 30. Il est édité tout d'abord en 2010 avec une troisième édition, mise à jour, en 2014. Les 8 premiers chapitres sont plutôt chronologiques en se terminent en 1950 soit lors du début des trente glorieuses et des mutations que cela implique. Ces chapitres permettent d'examiner le pays depuis l'entre-deux-guerres jusqu'à la fin de la Deuxième guerre mondiale aussi bien du point de vue social, international qu'économique. On nous montre un pays qui tente de survivre aux problèmes du temps. Tout d'abord la crise puis la guerre et ses atrocités et les compromissions qui eurent lieu. L'auteur ne se pose pas en juge mais explique le contexte ainsi que les problèmes de l'époque tout en se basant sur les dernières recherches. Les 8 chapitres suivant sont des thématiques. L'auteur y étudie plusieurs sujets qui permettent de montrer comment la Suisse et son peuple ont changé et ce sont repensés. Que ce soit l'écologie, l'international ou les liens avec l'Europe tout est expliqué clairement et très succinctement jusqu'en 2014.

    Que penser de ce petit livre après l'avoir posé ? Il possède tous les problèmes des livres d'histoires généraux que sont les histoires suisses. Autrement dit, l'auteur doit présenter succinctement près de 100 ans d'histoire sans oublier de parties importantes. Ceci oblige à parler de certains thèmes obligatoires. On ne peut pas laisse de côté la manière dont s'est comporté le pays durant la deuxième guerre. Au prix de sujets parfois moins connus mais tout aussi intéressants. Par exemple, rien n'est dit sur l'internement administratif ou les placements d'enfants alors que ces deux thèmes sont actuellement importants dans les médias. Un autre problème est l'obligation de devoir passer très rapidement sur les sujets alors que l'on souhaiterait en savoir plus. L'auteur a, pour ce point, la bonne idée de nous offrir une courte bibliographique thématique à la fin de tous les chapitres. Au final, l'exercice est réussi malgré ses dangers.

    Image : Éditeur

    5_hist_suisse_t5.jpg

  • La politique vaudoise au 20ème siècle. De l'Etat radical à l'émiettement du pouvoir par Olivier Meuwly

    Titre : La politique vaudoise au 20ème siècle. De l'État radical à l'émiettement du pouvoir978-2-88074-576-9_medium.jpg?1346323941
    Auteur : Olivier Meuwly
    Éditeur : Presses polytechniques et universitaires romandes 2003
    Pages : 139

    Les livres d'histoires des cantons sont rares. On sait assez peu de choses sur ces histoires locales bien que de nombreux éléments se trouvent dans des recherches plus générales. Ce petit livre de la collection Savoir Suisse souhaite remplir un trou en ce qui concerne le canton de Vaud. Il est écrit par Olivier Meuwly, docteur en droit, collaborateur de plusieurs journaux. Le livre est divisé en 5 chapitres qui sont autant, selon l'auteur, de devisions politiques importantes. Nous avons donc l'avant XXème siècle, l'entre-deux-guerres, les années 1945 à 1962, 1962-1994 et le temps présent. Il est très rapidement évident que le découpage chronologique prend en compte des changements de nature politique dans le cadre du canton. Ce livre permet d'avoir une vision générale des luttes politiques qui se sont déroulées ainsi que des mutations impliquées. La lecture permet de se faire une idée générale de l'histoire vaudoise depuis le point de vue des partis et, en particulier, des deux partis qui furent le plus longtemps au pouvoir : Les radicaux et leurs alliés Libéraux. Olivier Meuwly nous montre comment les Radicaux tentèrent de garder le pouvoir, selon l'idée qu'ils représentent le mieux la société, malgré les changements qui se firent durant le XXème siècle et qui aboutirent à une pluralité de partis au pouvoir. En particulier, selon l'auteur, c'est la définition de l'État qui est au centre des luttes politiques vaudoises.

    Cet aspect est le principal point faible, à mon sens, du livre. En effet, nous avons une histoire de politique politicienne du pays de Vaud. On ne voit les choses que selon le point de vue des partis et de l'État sans jamais descendre dans le caniveau du peuple. Bien que cela ne soit de loin pas une décision critiquable, cet aspect du livre est annoncé dans le titre, on peut se demander si on possède vraiment une "synthèse de l'histoire politique" du canton. En effet, la politique, ici, est pensée comme celle des partis et des organes de l'État. Rien n'est dit du fonctionnement de l'administration et des luttes internes à l’État mais aussi des luttes politiques non partisanes, dans le sens de luttes de la part d'associations, qui prirent une importance de plus en plus importante dans les années 70. Ceci me donne l'impression d'une histoire partielle de l'histoire du canton de Vaud qui aurait mérité de plus amples recherches sur certains points. Cependant, l'exercice n'est de loin pas un échec. L'auteur, via le titre et la table des matières, annonçait son sujet et s'y est tenu en restant très synthétique, ce qui est obligatoire pour ce format, ce qui lui permet de nous offrir un livre général intéressant à défaut d'être passionnant.

    Image : Éditeur

  • Selma

    Jeudi passé je suis allé voir le film qui commémore l'un des événements mythiques de la lutte en faveurs des droits civils. Nous sommes aux USA. Bien que les américain-e-s noirs aient reçu le droit de vote de nombreuses villes refusent de le leur offrir. La lutte pour les droits civiques a gagné de nombreuses batailles mais il y a encore beaucoup à faire. Martin Luther King, l'un des leaders, décide de s'attaquer, pour continuer la lutte, au droit de vote. Mais où mettre en place la bataille ? Qu'elle ville serait la plus à même de permettre de forcer le gouvernement américain de protéger ses citoyen-ne-s et de leur donner un droit censé déjà exister ? Il existe une ville en Alabama. Elle refuse le droit de vote. Mais ce qui la rend particulière c'est que son shérif est particulièrement vicieux. C'est la ville parfaite pour en faire le symbole d'une lutte pacifique contre la barbarie légale.

    J'ai lu hier, je ne sais plus exactement qui l'a écrit, que l'injustice, la domination, a toujours été légale. Ce film le montre dès les premières minutes. Lorsqu'on observe une femme, noire, attendre patiemment dans le hall du palais de justice afin de donner sa demande d'entrée sur les listes électorales. Le fonctionnaire, blanc, lui hurle de vite venir et alors qu'il vérifie la fiche il pose des questions de plus en plus compliquées et ridicules afin de justifier son refus. La même idée revient plus tard alors que Martin Luther King explique au président pourquoi le droit de vote est important. Car sans droit de vote on ne peut pas entrer dans les jurys, devenir shérif, entrer en politique, ... bref on est impuissant en tant que non-citoyen et on doit accepter la domination légale des blancs sur tous les aspects de l'existence.

    Je ne l'ai pas encore dit mais je ne connais pas très bien l'histoire de la lutte en faveurs des droits civiques. J'ai eu une heure sur les freedom riders dans le cadre d'un séminaire sinon absolument rien. Le reste je l'ai appris un peu au hasard sans encore prendre le temps de m'y intéresser réellement. Ce qui ne m'empêche pas de connaitre certains faits. Cependant, ce film n'est pas un documentaire. Il essaie de montrer comment une lutte justifiée est combattue par tout un appareil légal. Comment un homme qualifié de leader tente de vaincre dans une lutte où il n'a pratiquement pas d'armes face à tous les services policiers du pays. Il montre aussi les doutes et la douleur lorsque des amis et des adversaires alliés meurent sous les balles de la police et d'autres sans que jamais il n'y ait de condamnations. Ce film, à mon avis, est réussi. Non seulement on observe les doutes de King mais, aussi, on observe comment une manifestation peut être organisée. Ce qui importe c'est le spectacle. Le film montre que lorsque la répression devient injustifiable on gagne de plus en plus de force. Ce film montre aussi la haine. Celle des simples citoyen-ne-s qui s'attaquent au noirs et alliés dans la rue, celle des petits fonctionnaires qui utilisent de manière mesquine des règlements injustes, celle des services de renseignement qui refusent la remise en cause d'un système et celle de la police qui massacre des personnes sans armes et pacifiques pour le bonheur de faire du mal.

    Image : Site officiel

    10.jpg

  • Red Army

    De temps en temps un documentaire ne fait pas de mal. Surtout quand il parle de quelque chose que je ne connais pas. Red Army fut, durant les années 70, la meilleure équipe de hockey du monde. Elle gagnait presque toujours trainant derrière elle une réputation d'invincibilité. Ce documentaire permet de retracer, via des interviews des anciens joueurs stars, l'histoire et la construction de cette équipe ainsi que sa fin. Cette histoire est mise en parallèle avec l'histoire du pays. Ceci permet de comprendre pourquoi l'équipe fut créée mais aussi pourquoi elle commença à se détruire alors que la fin de la Guerre Froide approchait. À travers les images d'archives on apprend qui étaient les joueurs mais aussi quel fut leur entrainement tandis que les interviews permettent d'illustrer avec les réflexions qu'ont les anciens joueurs. C'est un système construit pour représenter l'URSS et gagner en son nom. Un système dur avec un entrainement militaire. Un échec est presque une trahison. Et vouloir arrêter de jouer ou se rendre dans un autre club, occidental, est une trahison.

    Ceci est un documentaire américain. Cela implique de montrer des images en dehors des interviews même, de la musique d'ambiance, l'usage d'images non pour informer mais pour faire ressentir et des plans sur les visages afin de nous montrer les émotions des personnes. Ce qui ne veut pas dire qu'on en apprend beaucoup. Simplement, la réalisation se concentre sur les joueurs et leurs sentiments tout en laissant de côté les explications historiques. On apprend beaucoup tout en restant dans l'ombre. Ce qui implique que des questions inappropriées sont posées à des personnes qui ne peuvent pas y répondre car elles ne possèdent pas les connaissances pour cela. L'utilisation des images d'archives est plutôt bien pensée mais il n'y a aucun travail critique sur celles-ci. On ne sait pas de quand elles datent, qui les as prise ni pourquoi. Elles sont utilisées pour illustrer un propos en oubliant totalement qu'elles ont un but précis avant le documentaire. Mais c'est un problème classique des documentaires historiques. J'ai beaucoup appris, malgré mon inintérêt pour le sport, mais je souhaitais en recevoir plus.

    Image : Allociné

    534408.jpg

  • Birdman or the unexpected virtue of ignorance

    Birdman ou le succès inattendu d'un film dont tout le monde ignorait l'existence. Un film qui a gagné, si je me souviens bien, quatre oscars (je ne regarde ni ne m'informe réellement sur ces événements). Alexandro Gonzalez Inarritu nous dépeint la fin de carrière d'un acteur, Riggan Thomson, totalement oublié après avoir incarné, il y a longtemps, Birdman. Le succès fut très important mais ne dura que peu de temps. De nos jours Riggan Thomson tente de trouver à la fois le succès et une légitimité artistique en produisant, dirigeant et jouant dans l'adaptation d'un livre au théâtre. Cependant, rien ne semble fonctionner comme prévu et, surtout, Riggan Thomson est perdu dans son ancien rôle. Un rôle qui pourrait presque devenir réel.

    Le film est à la fois riche thématiquement et techniquement réussit. Techniquement, l'idée de suivre tous les personnages l'un après l'autre est à la fois intéressante et permet de donner l'impression de vivre l'histoire en même temps que les personnages. Les acteurs et actrices sont plus que convaincant-e-s et nous transportent dans leurs personnages. Les thèmes, par contre, sont plus difficiles à décrire car ils sont nombreux, entrelacés et leur message est à la fois juste et faux. Birdman pourrait être un film parlant de l'identité. De nombreuses critiques en parlent ainsi. Le personnage principal tente de retrouver son identité d'acteur face à l'identité d'un personnage qu'il a joué et qui parasite non seulement sa carrière mais aussi son esprit. Dans le même temps il tente de retrouver l'identité d'une personne réelle alors qu'il joue des personnages irréels. Comment est-il possible de retrouver ce que l'on est dans ces circonstances (coïncidence, je viens justement de lire un Batman de Vaughan qui s'intéresse au même thème). Ce thème se croise avec la propre vie de l'acteur principal qui a joué Batman au début des années 90.

    Birdman pourrait être aussi sur le monde de l'art, du cinéma et du théâtre surtout. On parle d'artistes qui ne semblent pas être vraiment sains d'esprits. Qui doutent, se détestent, font tout pour réussir même en détruisant les autres et se méprisent mutuellement. Dans le même temps, le film parle de l'état du cinéma actuel. Ou plutôt, du cinéma américain actuel. Celui-ci est, actuellement, dans une frénésie de super-héros pour la simple raison que ça fonctionne (en tout cas pour l'instant). L'avis d’Inarritu est très clair : il n'aime pas. Bien que je sois d'accord, en partie, sur sa critique du genre comics (des mecs en slips qui font respecter leur vision de la justice est plutôt politiquement contestable) je ne suis pas d'accord quand il considère que c'est une sorte de sous-genre pour enfants (il suffit de lire des indépendants pour trouver une richesse intéressante) qui crée un génocide culturel. D'aussi loin que je me souvienne la culture dites populaire a toujours été accusée de mettre à mal la "vraie culture". La "vraie culture" a toujours survécu et la "culture populaire" a toujours muté. Il y a de la place pour tout le monde et geindre sur le désintérêt d'un public pour la philosophie kantienne au cinéma n'est que de l'élitisme à peine déguisé.

    Cet élitisme se retrouve dans le traitement de la critique des médias et, en particulier, des médias sociaux. Les critiques et les journalistes sont dépeints d'une manière très virulente. Une critique majeure est insultée alors que le personnage principal explique en quoi elle ne comprend rien au monde. Les journalistes semblent divisés en deux groupes. Les potins qui ne font que créer du vide et les intellectuels qui s'amusent avec des concepts qu'ils ne comprennent pas afin de se rendre importants. Bien qu’Inarritu soit très clair sur sa préférence cela ne l'empêche pas de s'en moquer tout en prouvant son incompréhension totale du monde journalistique et de son fonctionnement. Suite à cela il critique les réseaux sociaux comme un monde sans intérêt rempli par des anonymes incapables de réflexions sauf pour filmer quelque chose afin de faire le buzz. Bref, dans ce film magistralement mis en scène avec des acteurs superbes et des thèmes qui valent la peine d'une réflexion mon impression, personnelle, est que Inarritu montre toutes les personnes qu'il n'aime pas et pleure sur le cinéma qu'il souhaiterait tout en lançant des messages élitistes sur la "vraie culture".

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.
    • Twilight. Malgré une prouesse technique et un magnifique jeu de la part des acteurs et actrices je trouve que ce film est surtout un moyen, pour Inarritu, de cracher sur tout le monde tout en se plaçant en juge de ce qu'il faudrait faire.
    • Film de vacances.
    • Bon scénario.
    • Joss Whedon.

    Image : Allociné

     

    birdman

     

  • Unbroken

    Nous sommes en pleine seconde guerre mondiale. Les USA bombardent régulièrement les territoires que le Japon possède. L'un de ces bombardiers a un passager différent des autres. Son nom est Louie Zamperini. Il fut médaille d'or aux jeux olympiques de Berlin avant que la guerre n'éclate et son rêve était de courir à Tokyo. Depuis il est soldat. Suite à une mission de recherche et de secours qui tourne mal il se retrouve, avec deux autres soldats, perdus sur la mer avec seulement deux canots de sauvetage et peu de nourriture. Cependant, il survit à près d'un mois de dérive. Malheureusement, il est retrouvé par un navire japonais qui envoie les deux survivants dans des camps militaires qui regroupent les prisonniers alliés sur le sol japonais. Il est mis en face d'un directeur qui aime utiliser les coups pour briser ses prisonniers. Il s'ensuivra de longues années de mauvais traitements durant lesquels Zamperini résistera.

    Ce biopic est produit par Angelina Jolie. Il est très bien mis en scène. Les images sont magnifiques et on sent une envie de reconstituer cette période de l'histoire. Le film, par contre, est un peu long. Certaines scènes auraient pu être raccourcies (par exemple la dérive sur l'océan). Cependant, ce film possède tous les problèmes des biopics soit se concentrer sur un seul point de vue au risque de perdre une vision d'ensemble. Ainsi, on suit pas à pas Louie Zamperini est c'est à peine si on connait le déroulement de la guerre ainsi que la vie de sa famille. Le film fait de cet homme une sorte de héros destiné dès son enfance à être fort et incapable d'abandonner. C'est ce que l'on appelle, dans la recherche, l'illusion biographique. Une erreur qui consiste à penser que les personnes qui ont réussi de grandes choses sont destinées dès leur enfance à ce destin. Le fait que l'on suive ce soldat durant la guerre a aussi un effet paradoxal. La guerre est quasiment effacée. On n'observe qu'une seule fois ce que fait un bombardement sur une population civile. Le reste du temps on observe de loin incapable de voir les dégâts humains et matériels. La fin de la guerre arrive d'un seul coup sans que l'on observe le coût de celle-ci. Un dernier problème concerne le traitement des geôliers. Ce sont des japonais montrés comme sadiques et incapables d'empathie. Le film échoue à montrer non seulement que nous nous trouvons dans un contexte précis mais ne permet pas, car il ne peut pas, de montrer que les alliés ont aussi mis en place des camps dans lesquels il y a eu des maltraitances. En résumé, plus le temps passe et moins je suis convaincu par les biopics.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.
    • Twilight.
    • Film de vacances.
    • Bon scénario. Un film qui est bien joué avec une superbe image mais qui possède de nombreux points faibles dû au style biopic.
    • Joss Whedon.

    Image : Site officiel

     

    Unbroken-Gallery-03.jpg


  • Difret

    Après la (très) grosse déception que fut Jupiter Ascending je suis allé me plonger dans le film Difret. Imaginez, vous avez eu une très bonne matinée à l'école. Vos notes sont hautes et les autorités scolaires souhaitent vous voir progresser. Vous courez chez vous afin de donner la bonne nouvelle à vos parents. Sur le chemin, 5 personnes à cheval vous suivent. Ils vous prennent et vous forcent à monter puis vous enferment dans une cabane. Le soir venu vous êtes frappée puis violée pour apprendre, le lendemain, que vous êtes mariées à votre voleur. Vous venez d'être victime de la tradition de l’enlèvement marital. Hirut décide de s'enfuir avec une arme laissée de côté. Mais, durant sa fuite, elle est poursuivie et, afin de se défendre, elle tue son ravisseur. Elle est immédiatement emmenée à la police. S'ensuit une longue bataille judiciaire qui confronte les droits des femmes à la tradition afin de sauver la vie d'Hirut.

    Ce film possède un certain nombre de problèmes techniques. Mais ce n'est rien d'important face au message qui est au cœur de l'histoire. En effet, la réalisation a pris l'histoire vraie d'une femme pour nous faire comprendre comment fonctionnait la tradition et comment il a été possible, pour un groupe d'avocates qui défendent les femmes, de briser celle-ci. Ainsi, l'intrigue montre deux traditions en conflit. La première est celle des hommes des communautés villageoise qui possède sa propre justice et qui considère les femmes comme un bien d'échange comme un autre. La seconde est la justice basée sur le droit qui considère les citoyen-ne-s à égalité. Ce conflit entre la tradition, considérée comme villageoise, et le droit, est au centre de l'intrigue. Car, alors que le procès n'a pas encore lieu la justice du village a déjà mis en place des mesures qui peuvent aboutir à la mort de la jeune femme. Ce que l'on observe aussi c'est le manque d'entrain de tout un système pour protéger les femmes en danger. Que ce soit l’État, la police ou le procureur tout le monde se fiche de la savoir en danger et blessée. Elle est déjà considérée coupable et une défense est inutile tout en étant difficile à monter. J'ai aussi été frappé par certains discours. En particulier celui d'un médecin qui est censé expertiser l'âge de la jeune femme et qui se base non sur la science mais sur ses impressions pour la considérer "bien formée" et donc adulte. C'est un point que l'on retrouve dans de nombreux cas en occident. Je dois dire que le film est positif bien que dur. On sent que la vie d'Hirut est en danger et que d'autres femmes risquent d'être dans le même cas. On sent la frustration de ses avocates face à un système qui fait tout pour les arrêter. Mais aussi le plaisir quand il y a une victoire même symbolique.

    Site officiel

    Image : Allociné

    123055.jpg

  • Asiles étude sur la condition sociale des malades mentaux par Erving Goffman

    Titre : Asiles étude sur la condition sociale des malades mentauxv_2707300837.jpg
    Auteur : Erving Goffman
    Éditeur : Minuit 1968
    Pages : 447

    Après un temps de lecture assez long (c'est le problème quand on bosse) j'ai enfin terminé les 447 pages de ce monstrueux pavé. Goffman, dans ce livre, relate son expérience de sociologue intégré dans un hôpital. Comme le résumé de l'éditeur l'explique, Erving Goffman a, pendant trois ans, récolté un grand nombre d'informations sur le fonctionnement des hôpitaux psychiatriques. Ces informations couvrent aussi bien les employé-e-s que les résident-e-s. Ce livre présenté par Robert Castel se divise en quatre chapitres qui sont autant de recherches inédites de Goffman publiées séparément.

    Alors que livre se nomme asile Goffman généralise immédiatement ses études en définissant le concept d'"institution totalitaire". Loin d'être politique ce concept s'attache à mettre en évidence un fonctionnement particulier de certaines institutions. Ainsi, aussi bien la prison, les hôpitaux, la caserne militaire que la vie monastique ont des points communs. Ceux-ci concernent la fermeture d'un lieu envers le reste de la société. Dans ce lieu on trouve ce que l'auteur nomme des reclus. Alors qu'ils vivent dans un environnement fermé qui prend en charge une grande partie de leurs besoins et qui régule leur vie ils tentent de s'y faire une place en jouant avec les règles et les autres individus.

    Goffman, dans son texte, explique l'utilité d'un grand nombre de pratiques qu'il généralise depuis son observation de l'hôpital. Il explique, par exemple, la nécessité de faire entrer la personne dans son rôle via un rituel de dépouillement puis de don. Ce rituel peut avoir des fonctions sécuritaires mais son premier effet est de créer une différence entre l'avant et l'après. Celui-ci s'accompagne d'autres formes de relations qui Goffman considère comme des moyens de briser la personne afin d'en faire un individu intégré dans un nouveau rôle quels que soient ses expériences antérieures.

    Ce livre est ancien. De nombreuses observations que Goffman avait faites à l'époque ne sont plus forcément d'actualité. Mais ceci n'enlève rien à l’intérêt de cette recherche pour comprendre la réalité de nombreuses institutions actuelles. De plus, sa lecture est intéressante et plutôt facile.

    Image : Éditeur

  • The imitation game

    La Grande-Bretagne vient d'entrer en guerre contre l'Allemagne Nazie. Mais cette guerre est couteuse aussi bien en êtres humains qu'en matériels et la nation manque cruellement de nourriture. Tout irait mieux si les Alliés pouvaient être capable de comprendre ce que disent les allemands. Mais les transmissions de ces derniers sont cryptées par la machine Enigma. Personne ne pense véritablement être capable de casser le code de cette machine d'autant plus que les réglages changent tous les jours à minuit. Le gouvernement décide de mettre en place une opération secrète occupant les meilleurs cryptographes, linguistes et mathématiciens du pays. Leur but est de casser Enigma. Et pour cela ils vont créer une machine encore plus puissante. Une machine qui sera la base de nos ordinateurs actuels. Une machine de Turing.

    The Imitation Game est un biopic sur Alan Turing. Un mathématicien génial qui a posé les bases de l'informatique et l'intelligence artificielle (ainsi que les moyens de prouver son intelligence). Un homme condamné par son pays à cause de son homosexualité et qui s'est suicidé (à moins que ce ne soit un accident. Contrairement à ce que prétendait la bande annonce je connaissais déjà Turing et de nombreuses personnes ont eu connaissance de son pardon posthume par la Reine (un pardon qui me fait me poser quelques questions... Et les autres hommes et femmes persécuté-e-s pour leur sexualité on en fait quoi ?). Le biopic est particulièrement bien dirigé et joué. Bien que la mise en scène puisse être confuse, on nous place face à de nombreux flashback, elle permet de voir l'enfance, la guerre et la fin de Turing. Il y a, bien entendu, des erreurs historiques que je ne suis pas forcément capable de trouver puisque je ne suis pas le biographe d'Alan Turing. Les acteurs et l'actrice sont très convaincants et offrent une magnifique prestation. On retrouve, d'ailleurs, quelques têtes connues comme Allen Leech venu de Downton Abbey et Charles Dance venu de Game of Thrones sans oublier la tête d'affiche Benedict Cumberbatch. J'ai donc, personnellement, beaucoup aimé.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.
    • Twilight.
    • Film de vacances.
    • Bon scénario. Un bon biopic avec de bons acteurs. Mais une question : À quand un biopic consacré à une femme pour ses réussites scientifiques ?
    • Joss Whedon.

    Image : Allociné

    Site officiel

    130464.jpg

  • Broken land

    Entre le Mexique et les USA il y a un mur. Deux genevois sont allés à sa rencontre. C'est une balafre au milieu du désert qui divise à la fois le territoire et les personnes. Pour mieux comprendre l'effet de ce mur sur les citoyens américains - la réalisation a fait exprès de ne pas rencontrer de migrants - 7 couples sont interrogés sur leur relation avec le mur et ce qu'il implique pour leur vie et leur vision de l'existence. Ce sont aussi bien des personnes qui luttent contre la division qu'il implique que des gens qui luttent contre l'immigration clandestine de manière officielle ou non. À l'aide de ces témoignages on comprend un peu mieux l'effet que peut avoir un mur sur les personnes qu'il est censé protégé.

    Il est difficile de parler de ce film sans perdre une partie de sa substance. Le mur est omniprésent. Bien qu'il soit constitué de poteaux plantés à égales distances il projette une ombre impressionnante sur le désert. Et ce n'est que la partie visible de ce dispositif. Car, outre le mur, il y a toute la panoplie électronique qui permet de surveiller non la frontière mais le côté américain de celle-ci. Comme le dit l'une des protagonistes : nous sommes toujours surveillés, jamais seuls et le moindre faux pas fait réagir les "protecteurs". Alors que de nombreuses personnes se sont habituées cette femme se demande si ceci est une bonne chose. Est-ce bien de s'habituer, dans une démocratie, à être constamment sous surveillance au nom de la sécurité ?

    Ce n'est, bien entendu, pas le seul choc que j'ai eu. Il serait fastidieux de les dénombrer. Le plus grand est probablement celui de ce couple qui, régulièrement, vérifie l'i9ntégrité du mur en face de chez eux et qui a peur que sa destruction implique l'importation d'armes nucléaires sur le territoire. Ce même couple vit dans une maison bardée de dispositifs de surveillance. Ils ont une dizaine de caméras qu'ils observent chaque nuit observant des ombres inquiétantes tandis que les humains, en infrarouge, deviennent des fantômes, presque des monstres aux yeux vifs. Ils ne sortent qu'armées en vérifiant ce qui les entoure. Selon eux ce n'est pas de la paranoïa mais une philosophie de vie. Dans cette même scène le mari explique de qu'elle manière il peut identifier les migrants par leur odeur. Un autre homme surveille le mur par avion. Il explique que, selon lui, les USA sont le meilleur pays du monde, le plus avancé. Accepter l'immigration c'est donc courir le risque de perdre tout ce qui fait le pays et, pour cet homme, un danger pour l'humanité dont il est le gardien car, sans le mur, des millions de personnes déferleraient sur le pays. Le film se termine sur une équipe qui tente d'identifier les restes de personnes qui sont mortes en tentant de traverser.

    Je n'ai donné que quelques chocs que j'ai eus. Ce ne sont pas les seuls. En tout cas ce documentaire est très bon. Il ne dénonce pas ni ne vérifie les discours sur la nécessité de protéger les frontières. Il montre comment un mur agit sur les populations qu'il est censé protéger. À l'ombre de ce dispositif l'autre n'est plus un voisin, un ami possible, mais un Alien. Quelqu'un qui fait peur, un envahisseur dont les raisons de venir ne sont pas claires et, probablement, criminels. Le mur ne s'impose pas seulement sur le paysage. Il s'imprime dans les esprits. Il faut être méfiant, il faut vérifier, il est nécessaire de perdre ses droits si la sécurité en ressort plus importante. Le mur crée une mentalité d'assiégés. À l’extérieur il y a des monstres, des barbares, l'inconnu. L'intérieur est en danger. Suite à ce film que penser du mur, virtuel en grande partie, que l'UE construit autour du continent ? Quels effets sur nous et sur les êtres humains qui tentent de trouver une meilleure vie ?

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario.

    • Joss Whedon. Un très bon documentaire que je conseille fortement.

    Image : Site officiel

    movie_image_5_52448.jpg

  • Les héritiers

    La classe de seconde du lycée Léon Blum est la pire de toutes. Un grand nombre d'incivilités et d'irrespect lié à un retard scolaire grandissant. Les élèves de cette classe n'ont pratiquement aucune chance de réussit leur scolarité. Mais c'est sans compter leur professeure principale qui décide de se battre pour eux et contre eux afin de leur prouver leurs capacités. Pour réussir elle leur propose de participer à un concours national : Le Concours National de la Résistance et de la Déportation. Pour le passer ils doivent répondre à un sujet. Celui-ci concerne les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi. Un sujet aussi difficile à traiter qu'à apprendre.

    Ce film est inspiré de l'histoire vraie d'une classe qui a gagné ce concours. Elle est adaptée par l'un des anciens élèves. Cette classe était perdue d'avance. De nombreuses scènes nous font ressentir ce désespoir et ce désintérêt. Quand ce n'est pas l'un des professeurs ce sont les élèves même qui se disent incapables de réussir. Et si personne ne peut réussir pourquoi faire l'effort d'être attentif et studieux ? Ce que montre ce film est non seulement la constitution d'un groupe uni dans un effort commun mais aussi, et surtout, la découverte de ses propres capacités à travers un sujet difficile pour de nombreuses raisons. Ceci est très bien mis en scène. En revanche, il est dommage de ne pas s'être attardé plus fortement sur la vie de chacun-e-s afin de comprendre pourquoi il peut être difficile de réussir l'école. Nous recevons, en allant voir ce spectacle, un message positif sur l'école et les capacités des individus. Un message positif qui n'a pas forcément été reçu par la presse.

    Image: allociné

    Site officiel

    425864.jpg

  • Queen and Country intégrale 1 par Greg Rucka

    Titre : Queen and Country intégrale 1
    Auteur : Greg Rucka
    Éditeur : Akileos 2012
    Pages : 432

    Ce tome reprend les numéros 1-12 de la série de Greg Rucka. Nous sommes en Angleterre. Il y existe une section spécialisée dans le renseignement qui porte le nom de S.I.S. En plus des analystes elle emploie des agent-e-s de terrain qui portent le nom de Vigies. Ces personnes sont entrainées et prêtes à tout pour réussir leur mission. Cependant, celle-ci n'est pas forcément aussi simple que l'on pourrait le croire. Entre les actes que l'on regrette, le temps limité et les problèmes de relations entre les différents services du pays et des autres il est parfois difficile de savoir comment servir son pays. Ceci le devient encore plus lorsque des rivalités existent dans le personnel.

    Greg Rucka est un bon scénariste. Il le prouve encore une fois dans cette intrigue d'espionnage. Moins que les événements il s'intéresse plus aux personnages qu'il dépeint. L'héroïne, en particulier, est montrée comme très compétente mais toujours triste. Le dessin, ici, renforce l'impression que l'on. Les deux premiers chapitres sont un moyen de mettre cette femme face à ses propres doutes et problèmes. Ces deux histoires sont aussi les mieux réussies. Tout tombe d'un seul coup très bas dans le troisième chapitre. On était habitué à une femme compétente et, d'un seul coup, on se trouve en face d'une amoureuse apeurée. Pire encore, le dessinateur en profite pour l'affuble d'une poitrine gigantesque qu'il n'hésite pas à mettre sous le nez de la personne qui lit. Ce comics est, donc, à la fois bon et particulièrement décevant.

    • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.
    • Papier toilette.
    • Roman de gare. Les deux premiers chapitres sont superbes. On ne peut que regretter un troisième chapitre mauvais aux dessins médiocres.
    • À lire.
    • Tolkien.
  • Ceci n'est pas une prison. La maison d'éducation de Vennes. Histoire d'une institution pour garçons délinquants en Suisse romande (1805-1846-1987) par Geneviève Heller

    Titre : Ceci n'est pas une prison. La maison d'éducation de Vennes. Histoire d'une institution pour garçons délinquants en Suisse romande (1805-1846-1987)
    Auteure : Geneviève Heller
    Éditeur : Antipodes 2012
    Pages : 438

    Le titre de ce livre, Ceci n'est pas une prison, est un moyen de parler d'une institution qui fut, durant sa longue histoire, vue très négativement et qui a dû lutter contre une réputation et une architecture pénitentiaire. Ce livre nous plonge dans la longue histoire de la Maison d'éducation de Vennes depuis sa conception jusqu'à sa mort suite à une crise à la fois interne et externe en passant par les profondes modifications législatives de 1942. La construction du livre forme trois parties qui s'intéressent aussi bien à son histoire, à des thèmes spécifiques et enfin aux élèves via les dossiers des archives.

    La première partie est un moyen pour l'auteure de nous présenter l'institution durant sa longue histoire. Pour cela, elle présente les différents directeurs qui se sont occupés de Vennes et ce dès les années 40. Les chapitres précédents permettent de placer la construction de l'institution dans un paysage plus vaste. Dès 1940 Geneviève Heller nous montre comment les volontés de réformes, aussi bien au niveau des lois que de la pratique et des bâtiments, se heurtent à différents problèmes : argent, formation du personnel, etc. Lorsque, enfin, la Maison d'Éducation de Vennes réussit, après de longues discussions avec l'architecte fédéral, à briser en partie son carcan carcéral les temps ont changé et elle perd des élèves alors que les institutions fermées sont de plus en plus critiquées. Dans le même temps Vennes connait une affaire qui précipitera sa déchéance pour devenir le COFOP d'aujourd'hui.

    La seconde partie est thématique. Elle permet à l'auteure de nous présenter différents points importants de Vennes. Ce sont aussi bien les catégories d’élèves qui sont admis que le personnel et les changements qui se mettent en place dans le temps. L'auteur a aussi étudié les bâtiments et les punitions dont les débats qui entourent les cachots. Ce sont aussi les loisirs et l'enseignement professionnel qui nous sont présentés. Alors que les loisirs sont très peu présents durant les débuts de l'institution ils deviennent, durant la seconde moitié du XXe siècle, une part importante de la rééducation. L'enseignement professionnel, lui, s'est longtemps contenté d'être lié au domaine agricole de Vennes pour, ensuite, ouvrir quelques ateliers puis permettre une formation à l'extérieur.

    Enfin, la dernière partie nous présente les dossiers des élèves. Ceux-ci nous sont présentés par périodes ce qui permet de mettre en valeur les changements dans la manière à la fois de créer ces dossiers et de parler des élèves. On passe de dossiers courts concernant principalement les notes et la conduite à la mise en place d'un appareil complexe d'observation du mineur. Cette observation récolte des informations aussi bien en ce qui concerne la famille, le physique de l'enfant et son comportement à Vennes que sur ses caractéristiques psychologiques.

    En conclusion, ce livre, épais, nous permet de comprendre comment fonctionnait une institution précise durant le temps de son existence. On nous montre ses mutations mais aussi les difficultés et, surtout, les raisons de ces dernières. Alors que les lois et les considérations éducatives changent des résistances fortes empêchent cette institution de se réformer et, parfois, mettent fortement en danger son existence. Ce livre est un examen passionnant de la seule maison d'éducation publique du canton de Vaud.

    Image: Éditeur

    29402100748030L.gif

  • Sous l'oeil de l'expert. Les dossiers judiciaires de personnalité sous la direction de Ludivine Bantigny et Jean-Claude Vimont

    Titre : Sous l’œil de l’expert. Les dossiers judiciaires de personnalitéarton609.jpg
    Direction : Ludivine Bantigny et Jean-Claude Vimont
    Éditeur : PURH 2010
    Pages : 192

    Les développements récents de la recherche en histoire ont permis de s’intéresser à des sources particulières : les dossiers personnels. Ceux-ci sont mis en place par de nombreuses institutions dont celles de type judiciaires. Ces sources sont précieuses pour comprendre de nombreux sujets. Mais ce sont aussi des écrits particuliers qui demandent éthique et questionnement. Ces deux points sont au centre de ce livre qui regroupe 14 contributions – dont l’introduction – en trois parties.

    la première partie se base sur les dossiers d’abandons. Dans ce cadre la première contribution questionne le rôle des historien-ne-s face à ce type de dossier et à la société. En effet, l’accès implique la connaissance de données intimes voir de mieux connaître la biographie d’une personne qu’elle-même. La seconde contribution montre comment on peut utiliser ce type de dossiers pour comprendre le fonctionnement de l’abandon à travers diverses périodes.

    La seconde partie, très riche, s’interroge sur les mineurs observés par la justice. On y trouve 8 contributions. Celles-ci s’intéressent à différents types de dossiers pour mettre en avant certaines pratiques des experts. Par exemple, Guillaume Périssol décrit la biographie d’un jeune garçon à travers son dossier. Celui-ci navigue dans les mensonges de l’enfant tout en tentant de découvrir la vérité. Le dossier montre à quel point l’examen est intime et dure dans le temps. Véronique Blanchard, elle, étudie la manière dont la déviance des jeunes filles est théorisée dans ces dossiers. Tandis que Ludivine Bantigny décortique les a priori des assistantes sociales.

    Enfin, la dernière partie examine les dossiers du milieu judiciaire. En trois contributions le livre permet de décrire leur fonctionnement et les limites. La dernière contribution, par exemple, étudie la « psychologie naïve » qu’on y trouve. Sous ce terme se cache un jugement des personnes selon des caractéristiques que l’on connaît déjà. Ce jugement est dangereux puisqu’il peut s’avérer trompeur et peser négativement sur la personne dont le dossier parle.

    Au final, nous avons ici un petit livre qui pose de nombreuses questions tout en donnant plusieurs pistes. Bien qu’il date de 4 ans il reste, à mon avis, utile pour questionner l’usage de ces sources. Celles-ci posent plusieurs problèmes auxquels les historien-ne-s se doivent de réfléchir dans le cadre d’un travail universitaire.

    Image : Éditeur

  • Der Kreis - Le Cercle - The Circle

    Hier soir j’ai eu la chance d’aller voir l’avant-première du film Der Kreis. Celle-ci se continuait avec une séance de questions réponses posées à l’équipe du film ainsi que deux personnes ayant vécu les événements. Le film, lui, s’est terminé par une standing ovation largement méritée. Durant les années 30 et surtout la deuxième guerre mondiale toutes les associations gays d’Europe sont mortes sous la répression. Toutes ? Non un village d’irréductibles résistait encore et toujours à l’envahisseur. Ce village c’était la Suisse qui, en 1942, adoptait le code pénal suisse et dépénalisait partiellement l’homosexualité. Dans ce contexte naît le Kreis dont l’origine est un groupe de lesbiennes (rapidement évacuées quand les hommes arrivent). Ce fut, pendant longtemps, la seule association du monde et son journal le seul du monde. Mais, après la guerre, le Kreis fit des petits un peu partout et devint célèbre pour son bal d’automne à Zürich.

    Le film commence dans les années 50. Un jeune enseignant d’une école de fille se décide à entrer dans le Club. La paranoïa est à son comble mais il fait tout de même bon vivre même si c’est en cachette. Dans le Kreis il rencontre la star du club : Röbi dont le numéro de drag queen est célèbre. Tout ira bien jusqu’à ce qu’un homosexuel soit tué par un jeune prostitué. Ce meurtre est rapidement suivi d’un autre et aussi bien la presse que la police s’intéressent de très près au milieu homosexuel accusé de pervertir les prostitués. Il s’ensuit une répression qui pourrait mettre à mal l’amour entre Ernst et Röbi.

    J’ai beaucoup aimé ce docu-fiction. Sa première réussite est de créer un fil rouge avec l’histoire d’Ernst et Röbi, toujours en vie et lié par un mariage actuellement, dans le cadre de leur activité au Kreis. On les suit durant les événements marquants de la vie du club jusqu’à sa fin. Ceci permet de ne pas se perdre tout en montrant comment un couple pouvait se constituer, dans le secret, à l’époque. Le film est entrecoupé par des interventions des témoins encore en vie qui expliquent ce qui s’est déroulé et leur sentiment. Ainsi, ce que l’on voit reconstitué est développé par ce que disent les personnes qui ont vécu.

    Je vois aussi deux points forts de ce film. Tout d’abord, bien que le Kreis ait permis une vie homosexuelle elle l’a fait dans un cadre strictement réglementé et secret. Les membres étaient anonymes, le journal envoyé en cachette, même en contrebande pour l’Allemagne, dans des enveloppes neutres. Cet aspect très paranoïaque est brisé par l’un des personnages clés, Felix, qui déclare d’un seul coup que, pour lui, le Club est une prison. Ceci montre à quel point la vie en cachette, dans le placard, est difficile. Il faut faire constamment attention à ce que l’on dit et fait. Il ne faut pas reconnaître les personnes dans la rue ni en parler. En cas de lumière faite sur la véritable identité toute une vie peut être détruite aussi bien professionnellement que dans le cadre de la famille. Le second point fort est l’attitude de la police. Pendant longtemps la Suisse fut une exception. Un pays qui ne pénalisait pas l’homosexualité entre adultes consentants dans le cadre civil (pour cette histoire je vous renvoie au livre de Delessert déjà présenté ici). Cependant, ceci n’empêche pas la police de faire des rafles, d’interroger et d’emprisonner pour constituer des fiches. La violence policière va très loin dans l’humiliation publique et la violence des coups. Cette violence policière se forme dans un contexte moralisateur fort avec une presse qui salue la libération de meurtriers qui ont tué des homosexuels.

    Cependant, il faut bien dire qu’il y a un problème fondamental avec ce film. Oui, nous sommes dans un club d’hommes. Mais l’origine du Kreis est une association de lesbiennes qui avaient, après un certain temps, acceptés des hommes pour, ensuite, quitter un Club qui ne leur correspondait plus du tout. Les lesbiennes sont presque complètement oubliées dans ce film. On ne parle pas de leur rôle dans la création du Kreis. C’est à peine si on le voit dans le fond d’une salle. Elles ne parlent jamais. Avec cet oubli c’est la moitié d’une histoire qui est laissée de côté. Pourquoi ?

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario.

    • Joss Whedon. Un très bon docu-fiction qui mérite une large diffusion avec les audiences qui suivent. Il permet de comprendre une époque et montre que la lutte n’est pas terminée.

    Image : Allociné

    Site officiel

    488533.jpg

  • "Les homosexuels sont un danger absolu" homosexualité masculine en Suisse durant la seconde guerre mondiale par Thierry Delessert

    Titre : « Les homosexuels sont un danger absolu » homosexualité masculine en Suisse durant la seconde guerre mondiale29402100553030M.gif
    Auteure : Thierry Delessert
    Éditeur : Antipodes 2012
    Pages : 397

    L’histoire des homosexualités – aussi bien féminines que masculines – est peu connue en Suisse. Pourtant, le pays a dépénalisé les actes consentants entre adultes alors que le reste de l’Europe les rendait plus dangereux pénalement parlant. C’est aussi ici, en Suisse, que la seule association, et son journal, du monde ont existé pendant de nombreuses années tout en se cachant derrière un respect scrupuleux de la loi. Il est donc clair que lorsque un livre sort sur le sujet il permet d’en savoir beaucoup plus. Celui-ci est la publication d’une thèse et l’auteur y examine son sujet en trois parties constitués de deux chapitres chacun.

    Dans la première partie – le milieu homosexuel des années 40 – l’auteur examine deux choses. Tout d’abord, il nous montre comment fonctionnait ce milieu et, plus précisément, le Kreis. Son étude permet non seulement de mettre en évidence une théorie du bon comportement mais aussi de retrouver les lieux de rencontres en particulier à Zurich. En effet, les Cercles qui existent dans d’autres villes sont parfois très éphémères. Le second chapitre permet d’examiner la manière dont l’homosexualité est qualifiée aussi bien par les principaux intéressés que par la justice au sens large. Dans ce chapitre nous trouvons une analyse de la prostitution masculine homosexuelle et de la manière dont elle est considérée par les autorités : un danger. En effet, cette forme de prostitution crée un risque de contagion des jeunes hommes vis un « argent facile » mais c’est aussi une source de scandales à cause des chantages qu’elle pourrait impliquer.

    La seconde partie – les lois sur l’homosexualité – examine les dispositifs légaux et les discussions autours de leur acceptation. Delessert commence par examiner les deux codes pénaux qui unifient le pays. Le premier est militaire tandis que le second, en vigueur en 42, est civile. Cependant, le premier est soumis au second puisque l’état de guerre est exceptionnel alors que les citoyens suisses sont tous soumis aux lois militaires durant une partie de leur vie. Leur examen permet à l’auteur de mettre en évidence les combats mais aussi les raisons d’une dépénalisation et de démontrer que l’Allemagne a un impact fort sur la législation du pays. En effet, alors que la majorité des cantons, en particulier alémaniques, pénalisaient l’homosexualité avec leur propre code ce code national dépénalise l’homosexualité entre adultes consentants tout en protégeant les mineurs de plus de 16 ans. La raison en est simple, les législateurs souhaitaient, avant tout, éviter des scandales tels ceux qui ont eu lieu en Allemagne autours du §175. Pire encore, à leurs yeux, le militantisme qui s’était développé pour l’abrogation de ce paragraphe devait être évité à tous prix. Un second chapitre permet à l’auteur d’examiner la pratique des tribunaux militaires qui doivent jongler entre un code civile qui dépénalise et un code militaire qui pénalise l’homosexualité. Ceci permet à l’auteur de mettre en évidence l’importance des expertises qui permettent de savoir exactement ce que furent les actes reprochés mais aussi de démontrer que le but des militaires est de protéger l’ordre et la virilité de l’armée et, par extension, du pays.

    Une dernière partie – psychiatrie et homosexualité – permet à l’auteur de s’intéresser de plus près aux experts appelés à s’occuper des homosexuels. Le premier chapitre montre comment les psychiatres catégorisent l’homosexualité masculine et la manière dont ils la comprenne. Ainsi, il y aurait diverses formes d’homosexualités qui n’ont pas les même conséquences sur la responsabilité de la personne. Le second chapitre s’intéresse de plus près à l’examen du corps qui peut être pratiqués. Celui-ci, dans une perspective française venue de Tardieu, permet de prouver, théoriquement, l’homosexualité de la personne vie l’examen de l’anatomie. L’auteur y décrit aussi les raisons qui ont poussé à la castration d’un homme. La castration, acceptée en Allemagne nazie, est beaucoup plus compliquée en Suisse puisqu’elle implique un consentement éclairé. Bien entendu, toute la question est de savoir à quel point ce consentement est contraint face à la prison et l’internement de longue durée. Le problème de son efficacité est aussi discutée par les médecins de l’époque.

    En conclusion je trouve ce livre très intéressant. Les propos sont très denses mais permettent de mettre en lumière la pratique ainsi que la théorie qui existent autours des homosexualités. Je parle aussi bien du milieu qui existait à l’époque que de la manière dont la justice, de la police aux psychiatres, s’occupaient des personnes dont ils avaient la surveillance. Dans un pays qui dépénalise il est très intéressant de voir qu’il existe une forte surveillance ainsi qu’une pratique psychiatrique développée et peu clémente. L’examen des militaires permet aussi de comprendre comment le pays, dans un contexte de défense de soi et de virilisation, traite ses marges en direction, aussi bien dans le civil que le militaire, d’une invisibilisation.

    Image : Éditeur

  • Pride

    Après de longues semaines je suis enfin allé voir Pride qui m’avait été conseillé par tout le monde. Pride se déroule en 1984. La grève des mineurs face à l’intransigeance de Thatcher est brutalement réprimée par la police anglaise. La Pride, elle, se déroule presque sans incidents. En tout cas moins que d’habitude. Pourquoi ? Mark pense que cette relative tranquillité est due à la répression à laquelle font faces les mineurs. Il décide donc de proposer la création d’un groupe de soutien chargé de récolter des fonds afin d’aider les mineurs pressurisés par le gouvernement anglais. Une telle initiative n’est pas facile à faire accepter que ce soit par les LGBT où par les mineurs. Cependant, après plusieurs problèmes, les deux groupes réussissent à plus où moins collaborer.

    Ce film est rempli de magnifiques acteurs et actrices. Je les connaissais pas tous et toutes mais il y a un grand nombre de visages qui ne m’étaient pas inconnu. Et ces personnes sont très talentueuses. Le film réussit aussi parfaitement bien à mêler des problèmes qui commencent à être connu à l’époque, le SIDA, avec de l’homophobie encore d’actualité, les luttes sociales et l’humour. Mais ce qui est, à mon avis, le plus important dans ce film tient en deux choses. Premièrement, et j’aurais aimé que ce soit montré de manière plus importante, la transmission du savoir militant entre les gays et lesbiennes et les grévistes. Ceci n’est visible que durant quelques scènes qui permettent de faire sortir de prisons deux grévistes. Le second point important est la convergence des luttes. A plusieurs reprises certains personnages expliquent qu’il ne sert à rien de lutter pour ses seuls problèmes sans prendre en compte ceux des autres et leur importance. C’est via l’union que l’on peut véritablement peser face à un gouvernement inégalitaire. Ce qui permet au film de terminer sur une Pride avec, en tête de cortège, une pancarte « screw you Thatcher » (je veux la même !). J’ai donc beaucoup aimé ce film.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario. Pas parfait mais un film que j’ai beaucoup apprécié !

    • Joss Whedon.

    Image : Allociné

    211182.jpg

  • Familles, institutions et déviances. Une histoire de l'enfance difficile. 1880-fin des années trente par Pascale Quincy-Lefebvre

    Titre : Familles, institutions et déviances. Une histoire de l’enfance difficile. 1880-fin des années trente410C1RXC5AL.jpg
    Auteure : Pascale Quincy-Lefebvre
    Éditeur : Economica 1997
    Pages : 437

    Ce gros livre est tiré d’une thèse de Pascale Quincy-Lefebvre. L’auteure y fait l’histoire de l’enfance difficile en 3 parties et 7 chapitres. La première partie, constituée de deux chapitres, permet d’examiner comment la famille prend en charge la déviance des enfants. Ceci commence par une analyse des termes utilisés qui permettent de comprendre ce qui pose problème chez les enfants. Dans un second temps, l’auteure utilise les même sources pour comprendre comment les familles comprennent cette déviance. Elle montre que celle-ci a plusieurs origines possibles dont lui-même, des causes externes comme la guerre où l’hérédité et l’âge. Dans le second chapitre de cette partie elle tente de nous montrer quels sont les moyens utilisés pour punir les enfants. Ces moyens passent d’abord par les coups qui sont largement acceptés dans les milieux populaires. Mais ce sont aussi des violences non physiques qui sont utilisées. Celles-ci sont de trois formes : humiliation, peur et privations.

    La seconde partie, qui forme le cœur du livre, met en lien les familles et les institutions jusque dans les années 1920. Le premier chapitre de cette partie permet de faire l’histoire du droit de correction paternel. L’auteure montre que ce procédé est de plus en plus critiqué et de moins en moins accepté par les magistrats. La justice tente de contrôler ce qui est vu comme un droit du père qui risque de donner lieu à des abus. Dans le second chapitre elle nous montre quels sont les institutions d’assistance qui peuvent aider les familles à traiter leurs enfants déviants. Elle analyse, en particulier, l’école Théophile Roussel ainsi que d’autres œuvres privées. Enfin, le dernier chapitre lui permet de nous montrer comment il est possible de garder un lien entre enfants placés et familles via la correspondance, les visites et les droits de sortie. Cependant, ces liens ne sont pas toujours voulus par la famille et, souvent, ils sont combattus par les œuvres qui se méfient de l’influence du milieu familial. Il peut devenir difficile de garder un lien entre les membres de la famille à cause de ces restrictions.

    La dernière partie part des années 1920 pour montrer les changements qui se sont déroulés jusqu’à la fin des années trente. Le premier chapitre analyse l’apport de plus en plus important à la fois des médecins et des assistantes sociales. Les premiers gagnent en légitimité alors qu’un savoir médical sur l’enfant se constitue. De plus en plus, un problème implique de consulter l’avis d’un médecine. Les assistantes sociales, elles, se constituent en profession de plus en plus acceptée. Leur but est de comprendre l’environnement de la famille ce qui implique un lourd travail d’enquête parfois mal accepté. De plus, leur travail devient utile pour les juges lorsqu’une décision doit être prise. Dans le dernier chapitre ce sont les institutions qui sont examinées. Tout d’abord, l’auteure montre la formation d’une nouvelle institution dont le but est d’observer la psychologie des enfants pour bien le placer. Ce sont aussi les anciennes maisons qui sont de plus en plus critiquées malgré les changements qui s’y font. Il est de moins en moins admis qu’une maison utilise ses pensionnaires comme ouvrier à bas prix sans prendre en compte leur futur. Un contrôle est exigé par les familles et par l’État.

    En conclusion, ce livre permet aux personnes intéressées de comprendre comment ont fonctionné les diverses institutions autours de l’enfance qualifiée de déviante. L’auteure, en utilisant un grand nombre de sources, montre une époque de changements qui se concrétisera après la deuxième guerre mondiale. Ces changements se déroulent petit à petit et ne sont pas identiques selon la classe sociale ni selon le lieu. L’auteure montre aussi une époque qui considère comme normale de traiter durement des enfants considérés comme pouvant être dangereux. Ce livre est très intéressant si l’histoire de l’enfance est un sujet qui vous fait envie.

    Image : Amazon

  • Stigmate les usages sociaux des handicaps par Erving Goffman

    Titre : Stigmate les usages sociaux des handicapsv_2707300799.jpg
    Auteur : Erving Goffman
    Éditeur : Les éditions de minuit 1975
    Pages : 175

     Goffman fait partie des mes sociologues fétiches avec mon préféré: Howard S. Becker. D'ailleurs, ces deux chercheurs sont de la même école. J'ai souvent utilisé les travaux de Goffman pour mes propres problèmes. Mais, comme souvent, je ne l'ai jamais lu pour moi (ou trop rarement). Après un petit livre dont je me souviens assez peu je me suis donc lancé dans un autre petit livre: Stigmate. Ce livre de moins de 200 pages se propose de comprendre comment on marque la différence dans les relations sociales.

    Pour cela Goffman utilise 5 chapitres dont le dernier peut être considéré comme une conclusion. Dans le premier chapitre Goffman tente de comprendre comment le stigmate, qui couvre autant les accidents, le physique que les stigmates sociaux, forme une identité pour la personne qui en est porteuse. Cette identité se forme aussi bien face aux autres qu'à sois-même. Goffman y montre aussi bien la manière dont on apprend à suivre son identité que la manière dont la société des "normaux", pour reprendre les termes de l'auteur, réagit. Le second chapitre, tout aussi dense, examine la manière dont une personne porteuse d'un stigmate peut contrôler l'information qu'elle donne. Ce contrôle peut aussi bien se faire en affichant qu'en cachant. Goffman, avec de nombreux exemples, montre que ce contrôle est nécessaire pour éviter certaines situations mais qu'il crée aussi un danger dans les relations avec d'autres personnes. Car on ne sait pas forcément qui sait quoi et si la personne va dévoiler le secret. Dans les deux autres chapitres l'auteur analyse comment les "stigmatisés" réagissent dans leurs relations avec des membres de leur groupe et avec des personnes extérieures "normales".

    Je connaissais déjà Goffman donc je savais que sa lecture me plairait. Bien qu'elle ne soit pas aisée c'est, en effet, un moyen d'apprendre beaucoup de chose sur les relations entre personnes. Bien entendu, ce livre de Goffman, qui date des années 60, est un peu ancien. On sent dans les propose des observations qui ne pourraient plus être faites aujourd'hui. Cependant, ce livre nous permet de comprendre un grand nombre de situations qui touchent des personnes hospitalisées aux personnes célèbres. Sa lecture est particulièrement stimulante quand on s'intéresse à ce sujet et à ses dérivés qui concernent, par exemple, la déviance.

    Image: Éditeur

  • Downton Abbey saison 4 et The London season

    J'avais quitté la famille Crawley choqué par la mort de Matthew. Cet événement ne pouvait pas être sans conséquences. C'est donc six mois plus tard que nous retrouvons la famille. Alors que tout le monde semble avoir pu s'en remettre Lady Mary, elle, est toujours cloîtrée dans sa chambre. C'est à peine si elle consent à voir son fils. Mais il faudra bien qu'elle se décide à revenir dans le monde. Car la mort de Matthew a changé les choses pour Downton. N'étant plus le partenaire du patriarche c'est Mary qui pourrait reprendre ce rôle. Mais alors qu'elle doit lutter pour son droit à la parole d'autres membres de la famille ont aussi leur lot de problèmes. C'est en particulier le cas pour Edith dont la quête du bonheur est loin de réussir. Chez les employé-e-s de la famille un changement important se met en place entre les triangles amoureux. Et un crime se déroule.

    J'aime beaucoup cette série. La reconstitution de l'aristocratie anglais du début du XXe siècle est intéressante pour comprendre comment cette partie de la société a ressenti les changements que connut le monde occidental durant cette période. De plus, la série est servie avec de magnifiques acteurs et actrices (dont la talentueuse Maggie Smith). Cependant, il me semble que la série commence à s’essouffler. Les scénaristes semblent perdus dans des intrigues déjà utilisées. De plus, on n'arrive pas à observer suffisamment bien comment les changements de l'époque impactent la vie de ces aristocrates. On reste sur notre faim. J'espère donc que la prochaine saison réussira à renouveler cette série.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances. Toujours aussi bien joué mais une intrigue qui tourne en rond au bout de quatre saisons

    • Bon scénario.

    • Joss Whedon.

    Site officiel

  • Herculine Barbin dite Alexina B. présenté par Michel Foucault

    Titre : Herculine Barbin dite Alexina B.product_9782070144075_195x320.jpg
    Auteur : Herculine Barbin
    Éditeur : Gallimard 2014
    Pages : 258

    Nous sommes à la fin des années 70. Alors que Foucault travaille sur son Histoire de la sexualité il tombe sur un texte édité par Tardieu. Après quelques recherches il décide de créer un livre autours de celui-ci. Longtemps il fut difficile de retrouver ce livre mais, cette année, Gallimard a décidé de rééditer. Dans cette nouvelle édition nous avons 5 "parties". La première est une préface écrite pour Foucault pour l'édition américaine. Foucault y explique en particulier que le XIXe siècle voit la réussite d'une nouvelle vision des sexes par la science médicale. Alors que pendant le Moyen Âge, selon Foucault, les hermaphrodites pouvaient choisir leur sexe, l'époque du XIXe impose un examen médical pour trouver le "vrai sexe" de la personne. Ainsi, l'histoire d'Herculine est celle d'une femme qui était, pour les médecins, véritablement un homme.

    La seconde partie est constituée des mémoires d'Herculine / Abel Barbin. Celles-ci sont malheureusement incomplètes et ne couvrent que les années de vie en tant que femme. Les mémoires sont écrites aussi bien au masculin qu'au féminin avec un changement selon l'époque. On y découvre comment une femme se rend compte d'une "bizarrerie" dans sa vie puis agit pour tenter de la comprendre. On y observe aussi le comportement des autorités aussi bien ecclésiastiques que médicales face à un cas qualifié d'exceptionnel. Ces mémoires sont complétées par la troisième partie qui ajoute des coupures de journaux ainsi que deux rapports de médecins. Ces rapports sont en grande partie constitués d'un examen de l'anatomie. Le premier a lieu pour justifier du changement de sexe tandis que le second se fait post-mortem après le suicide de celui qui fut Abel Barbin après avoir été Herculine. Ces documents sont suivis d'une histoire romancée et inspirée des mémoires. Elle est écrite par un certain Oscar Panizza. Cette histoire lui permet surtout de dépeindre un scandale dans un couvent.

    Enfin, la dernière partie est constituée d'une postface écrite par Eric Fassin. Le chercheur y explique l'intérêt des mémoires d'Herculine / Abel pour les études genre et, surtout, pour les études sur le lien entre le sexe et le genre. En effet, Herculine / Abel ne s'intéresse pas vraiment à ses organes génitaux pour décider de son genre. Elle prend en compte le rapport hétérosexuel. Les médecins qui l'on examiné-e, par contre, fondent leur avis sur l'examen précis des organes génitaux. Bien que l'on pourrait considérer que Herculine / Abel a subi une décision Eric Fassin nous met en garde. En effet, les mémoires permettent de comprendre que ce changement était voulu par Herculine / Abel. Elle a agit en sa direction alors que d'autres personnes conseillaient de se taire.

    Ce livre retrouvé permet donc d'illustrer la difficulté d'assigner un genre. En effet, entre les observations médicales et les volontés personnelles la différence est grande même si le but se rejoint. Ces mémoires et les annexes sont un moyen de montrer, par la marge, les effets de l'imposition d'un sexe naturel ou vrai. C'est parce qu'il fallait catégoriser Herculine /Abel que les ennuis qu'elle / il connut virent le jour.

    Image: Éditeur

  • Under the skin

    Il y a deux films avec Scarlett Johansson qui sortent cet été. Dans deux semaines sortira Lucy mais ce mercredi est sorti Under the skin. Le film se déroule en Écosse. Une femme parcoure les routes d'une ville au volant d'une camionnette blanche. Elle demande son chemin à un grand nombre d'hommes. Dans certains cas elle les fait entrer dans sa camionnette en direction d'une maison. Quand la porte s'ouvre tout est noir. Et alors que les deux personnages se déshabillent l'homme choisi s'enfonce lentement dans un liquide noir.

    Je suis très ennuyé de parler de ce film. Car je n'ai pratiquement rien compris. Heureusement une amie a eu la gentillesse de me parler de ce qu'elle en pense ce qui m'a permit de tenter d'avoir mon propre avis. Ce n'est en tout cas pas un film facile et il demande un effort important pour entrer dans le sujet. Selon ma conversation (qui était plus un monologue qu'autre chose) le propos du film serait l'étrangeté. Scarlett Johansson incarne une alien qui n'a pas d'émotions. Ses rencontres sans lendemains se font sans arrières pensées. Mais tout change quand elle découvre un homme qui, lui aussi, est un étranger. Il vit à l'écart des gens et de la ville, seul. C'est à ce moment que le film change de ton et que nous observons que le personnage incarné par Scarlett Johansson commence à ressentir une forme d'émotion. Voila, c'est ce qu'il me semble avoir compris.

    Site Officiel

    Image: Allociné

    187779.jpg

  • Les filles de noce. Misère sexuelle et prostitution au XIXe siècle par Alain Corbin

    Titre : Les filles de noce. Misère sexuelle et prostitution au XIXe siècle9782081238473_cm.jpg
    Auteur : Alain Corbin
    Éditeur : Flammarion 1982
    Pages : 494

    Il y a longtemps que je n'ai rien écrit. Mais il faut avouer que ce livre est un vrai pavé et que la lecture prend un certain temps. Je connaissais déjà cet ouvrage via mes études. Je n'avais vu que des extraits mais ceux-ci m'avaient beaucoup intéressé. Je me suis donc lancé dans l'ouvrage complet lorsque je l'ai remarqué en librairie. Corbin y étudie la manière dont la prostitution fut pensée, régulée et gérée au XIXe siècle en France. Ceci lui permet de décrire un modèle français de réglementarisme mais aussi ses mutations face aux différentes critiques dont celles des abolitionnistes. Pour cela l'auteur construit trois parties.

    La première partie étudie le projet réglementariste en deux chapitres. Le premier permet d'étudier les discours qui existent au XIXe siècle sur la nécessité d'une réglementation de la prostitution. Corbin s'attache, en particulier, à étudier les propos de Parent- Duchâtelet. Le second chapitre permet non seulement de comprendre qui sont les prostituées mais aussi leur répartition et les procédures administratives qu'elles subissent. On y trouve aussi une étude des trois lieux principaux de la prostitution: la maison de tolérance, l’hôpital et la prison. Ces trois lieux fonctionnent ensemble pour contrôler la santé et les mouvements des prostituées via un enfermement.

    La seconde partie est chargée de faire comprendre la mutation de l'enfermement en surveillance. Elle se constitue de 3 chapitres. Le premier permet à l'auteur de nous démontrer que malgré les discours et les dispositifs le projet réglementariste, tel qu'il le nomme, est un échec. En effet, non seulement les maisons de tolérances sont en déclin mais, en plus, les pratiques changent ou ne sont pas comptabilisées. Cet aspect est aussi développé dans le second chapitre. Le troisième, lui, permet d'analyser de la lutte contre le réglementarisme. Celle-ci se forme aussi bien dans les campagnes des abolitionnistes que dans les propos des socialistes. Plus important encore, les discours des anarchistes semblent particulièrement intéressants et l'auteur nous en offre une analyse frustrante car courte.

    Enfin, la dernière partie permet de relier les critiques à la constitution d'un néo-réglementarisme qui est victorieux au début de la Première guerre mondiale. L'auteur nous offre ici deux chapitres. Le premier lui permet de traiter trois points. Tout d'abord l'arrivée de la peur du péril vénérien qui abouti à la mise en place de nombreuses associations de prophylaxie. Mais aussi la rumeur et la peur de la traite des blanches qui fait croire à un vaste réseau international de rapt alors que les données policières, selon l'auteur, sont plus nuancées. Enfin, Corbin analyse les discours qui tentent de créer une prostituée née autours des thèses anthropologiques italiennes et des thèses de Lombroso et de Pauline Tarnowsky. Le dernier chapitre permet de comprendre la raison de l'absence de projet législatif sur la prostitution ainsi que l'essor, au tout début du XXe siècle, d'une large et puissante observation des prostituées via la police et les médecins.

    Au finale que penser de ce livre? Mis à part son aspect un peu ancien, la première édition est de 1978, je pense qu'il reste important pour comprendre la prostitution en France au XIXe siècle. De nombreux sujets sont pris en compte par l'auteur sans, pour autant, toujours tout nous offrir. On peut aussi utiliser ce livre comme base pour observer les pratiques durant la Première guerre mondiale. Mais, surtout, il permet de mettre en contradiction les pratiques réglementaristes du XIXe siècle, dans leurs points positifs aussi bien que négatifs, et les discours abolitionnistes de l'époque avec, quand c'était possible, les (ré)actions des principales intéressées.

    Image: Site officiel

  • Le miasme et la jonquille par Alain Corbin

    Titre : Le miasme et la jonquille9782081212978_cm.jpg
    Auteur : Alain Corbin
    Éditeur : Flammarion 2008
    Pages : 429

    Nous vivons dans une société qui fait la chasse aux odeurs naturelles. Il faut, pour être civilisé, sentir bien, être propre. L'endroit dans lequel nous vivons doit aussi suivre certaines règles d'hygiènes. Ainsi, qui osera avouer ne pas faire le ménage pendant plus de deux mois? Acte qui ne peut se justifier que par des circonstances exceptionnelles. Mais cette manière de considérer l'odeur comme un problème qui doit être combattu n'est pas sans histoire. Alain Corbin, dans ce livre, se propose d'étudier comment, entre le XVIIIe et le XIXe siècle, les pratiques, discours et attitudes face aux odeurs se sont modifiés.

    Pour ceci l'auteur construit son livre en 3 parties. La première, "révolution perceptive ou l'odeur suspecte", est formée de 5 chapitres. Ceux-ci permettent, tout d'abord, de comprendre que l'odeur de l'air impliquait un danger. Ainsi, de nombreux chercheurs de l'époque ont tenté d'analyser l'air pour comprendre son fonctionnement mais aussi ses caractéristiques plus ou moins mortelles. Mais le danger peut aussi venir de la terre. Alain Corbin nous montre un imaginaire de la terre comme d'un cloaque dans lequel les débris et restes se mêlent et risquent de se déverser sur nous. Ce mélange est si dangereux qu'il peut même impliquer la suppression de projets de constructions. En ce qui concerne les lieux sociaux ce sont les hôpitaux et les prisons qui semblent concentrer l'intérêt sur leurs odeurs. On apprend aussi que la médecine de l'époque considère l'odeur comme un signe de vitalité. Ainsi, l'hygiène risque de briser la santé. Alors qu'une odeur forte est un signe de vie saine. Corbin montre aussi une progressive perte de tolérance face aux odeurs. Celle-ci, selon l'auteur, passe des élites au peuple. Parallèlement, l'usage des parfums se répand pour cacher les odeurs naturelles.

    La seconde partie concerne la purification de l'espace public. Alain Corbin analyse ce sujet dans trois chapitres. Tout d'abord, ce sont les stratégies qui l'intéresse. Comment peut-on supprimer les odeurs dans l'espace public? Il trouve trois méthodes. En premier lieu il est nécessaire de créer une barrière entre le malsain et le reste du monde. C'est dans son but que les routes sont pavées et les murs crépis. Une seconde méthode est la ventilation. Celle-ci concerne aussi bien l'eau que l'air. Pour purifier il est nécessaire que ces fluides soient mouvants. Enfin, il faut créer de l'espace entre les humains. Ce qui aboutit à l'apparition des lits individuels dans les hôpitaux. Ensuite, Corbin nous montre que la nécessaire purification doit se mettre à fonctionner avec les nécessités économiques. Une mauvaise odeur implique une perte d'engrais pour les campagnes et, donc, une perte d'argent pour la ville qui aurait pu revendre cette matière première. L'auteur termine en analysant les codes de l'hygiène imposé par les lois et règlements. Il montre aussi leur lien avec un contexte précis.

    La troisième, et dernière, partie est constituée de 5 chapitres. Il est intitulé "odeurs, symboles et représentations sociales". Après une courte introduction Alain Corbin nous plonge dans le vif du sujet en analysant la représentation de la puanteur du pauvre. Alors que le XVIIIe considère que l'odeur dépend de plusieurs facteurs le début du XIXe crée une différence entre le riche, aéré, propre et à la bonne odeur et le pauvre, sale, puant, obscur. L'auteur continue en analysant les pratiques d'hygiènes dans les lieux d'habitations. Alors que la bourgeoisie accepte l'aération malgré le besoin d'intimité les classes plus modestes résistent fortement. Elles gardent des idées maintenant combattues sur la nécessité de garder les lieux fermés. Dans trois autres chapitres Alain Corbin nous montre comment les parfums sont utilisés voir même érotisés.

    J'ai beaucoup apprécié ce livre qui permet de comprendre une histoire difficile à atteindre. La centralité des odeurs, telles qu'elle est analysée par Corbin, est impressionnante. On s'étonne devant les techniques et les discours qui se sont formés autours et qui montrent que nos pratiques d'hygiènes actuelles sont loin d'être naturelles. Non seulement en raison de problèmes techniques et matériels mais aussi à cause des différentes conceptions du sain et du malsain. Le propos de ce livre est dense et le volume est volumineux. Il demande un certain effort de concentration mais il en vaut la peine. Je ne peux pas assez le recommander.

    Image: Éditeur

  • Histoire de la sexualité 1: La volonté de savoir par Michel Foucault

    Titre : Histoire de la sexualité 1: La volonté de savoirproduct_9782070295890_195x320.jpg
    Auteur : Michel Foucault
    Éditeur : Gallimard 1976
    Pages : 211

    J'aime beaucoup Foucault. Je l'ai souvent lu dans le cadre de mes études et j'ai trouvé ses thèses très stimulantes. Je n'avais jamais pris le temps de le lire pour mon propre intérêt. Il fallait bien que je m'y mette un jour et pour me lancer j'ai décidé de commencer par son Histoire de la sexualité. Je présente ici – ou plutôt je vais tenter de présenter – le premier tome de cette histoire intitulé La volonté de savoir.

    Ce tome est construit en 5 parties. La première et la seconde permettent à Foucault de mettre en question ce qu'il nomme l'hypothèse répressive. Autrement dit, l'idée que la sexualité à été réprimée et que ce n'est que récemment, lors des événements de 68, que celle-ci a pu commencer à s'exprimer. Foucault pense, au contraire, que ce qui s'est mis en place est une manière de parler de la sexualité. Ces discours sont non seulement nombreux mais aussi très divers dans leurs caractéristiques. Ils sont aussi bien légaux que médicaux ou encore psychiatriques et scolaires. La troisième partie permet à Foucault de présenter l'un de ces discours sur la sexualité. C'est le discours scientifique. Il montre que celui-ci veut montrer le réel du sexe. On y trouve un mécanisme que Foucault montre sous la forme du concept de l'aveu. Car ce discours vrai est basé sur la parole des individus qui doivent dire la vérité à des personnes qu, ensuite, interprètent et classe scientifiquement ce qui a été dit. La quatrième partie permet à l'auteur de programme ce qu'il compte faire. Il y discute méthode et chronologie tout en précisent ce qu'il entend sous certains termes. On y trouve donc à la fois une présentation de la pensée de Foucault mais aussi un programme de recherche. Enfin, la dernière partie permet à Foucault de discuter de ce qu'il nomme le pouvoir de vie et de mort. Il y démontre que, selon lui, le droit de mort a été supplanté par une gestion de la vie. Gestion de comment vivre mais aussi, et surtout, de comment procréer.

    Cette présentation est, bien entendu, très incomplète. Il faut prendre en compte la complexité de la pensée de Foucault et le lien important entre ses divers travaux mais aussi avec sa vie même. Foucault écrit pour expliquer ce qui est en train de se dérouler maintenant alors qu'il tente d'agir dans la société sur le sujet. Ainsi, son livre sur les prisons est contemporain de son action dans les prisons. Lire Foucault et le comprendre implique donc de relire ses textes mais aussi de lire entre les textes. C'est la raison pour laquelle je ne peux pas annoncer faire une présentation parfaite en si peu de lignes d'un livre stimulant, facile à lire, mais difficile à comprendre. Je ne peux qu’espérer avoir intrigué.

    Image: Éditeur

  • Transcendence

    Hier Will Caster n'était qu'un humain normal. C'est la phrase d'accroche que l'on retrouve sur les posters du film. C'est aussi cette phrase qui m'a le plus intrigué. Nous sommes dans un futur proche. La recherche est sur le point d'atteindre le rêve de l'intelligence artificielle. Et Will Caster est le scientifique le plus avancé sur le projet. Cependant, un groupe anti-technologique s'inquiète de ces recherches et attaque plusieurs laboratoires aux USA. Will Caster n'a plus que quelques semaines à vivre. Mais sa femme ne veut pas le laisser partir et décide de tenter le tout pour le tout et de transférer son esprit dans une machine. Hier Will Caster n'était qu'un humain. Aujourd'hui il est une machine. Mais que sera-t-il demain?

    Le sujet n'est pas du tout simple à mettre en scène dans un film. Comment montrer la manière dont un homme se transcende grâce à la technologie? Bien que les critiques soient globalement négatives dans la presse je considère que, au moins sur ce point, le film est réussit. On nous montre un homme qui devient un dieu. Par parce qu'il a des pouvoirs divins mais parce sa transcendance lui permet une vision totale du monde. Si vous ajoutez à cela les miracles de la technologie on se rend vite compte que Will Caster atteint un point où tout devient possible. La question principale du film, et son côté pessimiste, concerne ce qui peut arriver à un être purement rationnel doté d'une puissance sans égale? Bien que Will Caster souhaite aider le monde il commence à mettre en place des processus de contrôle de plus en plus important et à recevoir un pouvoir qui en fait un danger pour le libre arbitre des êtres humains. Où se trouve le problème? A mon avis celui-ci se trouve dans l'absence d'émotions. En effet, Will Caster semble ne plus comprendre les émotions car il est devenu trop rationnel. Sans cette compréhension il ne comprend plus quand il dépasse les limites de la décence et de l'éthique. Les points faibles du film concernent surtout la caractérisation des personnages qui sont tous et toutes un peu brouillon. On ne peut pas vraiment les comprendre car on ne les connaît pas. Cependant, j'ai tout de même passé un bon moment.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances. Un film qui ne réussit pas l'essai mais qui reste très intéressant.

    • Bon scénario.

    • Joss Whedon.

    Image: Site officiel

    tumblr_my4pe2Tp2s1t9kyozo1_1280.jpg

  • Moi Tarzan, toi Jane. Critique de la réhabilitation «scientifique» de la différence hommes/femmes Jonas Irène

    Titre : Moi Tarzan, toi Jane. Critique de la réhabilitation «scientifique» de la différence hommes/femmestarzan-siteb_prd.jpg
    Auteure : Jonas Irène
    Éditeur : syllepse octobre 2011
    Pages : 160

    Quand j'étais plus jeune j'avais lu Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus. J'avais trouvé le bouquin dans la bibliothèque familial et j'avais envie de comprendre. Depuis, je suis entré de manière bien plus sérieuse dans la littérature scientifique concernant les études genre. Ce petit livre me permet donc de revenir face à la littérature psychologique écrite pour les couples dont le livre que j'ai mentionné est l'un des succès.

    Irène Jonas, dans son petit livre, se propose d'analyser et de nous faire comprendre toute cette littérature pseudo-scientifique. Elle le fait en trois chapitres. Dans le premier elle analyse les fondements idéologiques de la psychologie évolutionniste. Elle démontre que ses défenseurs tentent de mettre de coté toute possibilité d'effet de l'environnement et de l'histoire pour ne se baser que sur l'évolution depuis le temps des cavernes. Nos fonctionnements sociaux et sexués seraient donc parfaitement naturel et non construit socialement. Pour cela, les auteur-e-s de ce courant se basent sur des résultats scientifiques caduques et généralisés abusivement. L'idée sous-jacente repose aussi sur les thèses les plus controversées du darwinisme social. Dans un second chapitre l'auteur nous explique quelles visions des différences hommes/femmes sont défendues dans ces productions. Alors que l'égalité des conditions serait atteinte les différences n'auraient donc qu'une origine naturelle ce qui implique qu'on ne peut plus rien faire de plus. Il devient nécessaire de comprendre et d'accepter ces différences pour vivre ensemble dans une complémentarité des sexes. Ainsi, les femmes doivent accepter une forme de domination masculine puisqu'elles sont, par nature, inférieures en bien des points. Enfin, un dernier chapitre permet d'analyser la vision du couple défendue dans les livres de psychologie évolutionniste. On y trouve, selon l'auteure, une vision "naturelle" du couple hétérosexuel dans lequel les femmes doivent atteindre leur capacité de mère de famille et abandonner leur carrière au risque de mettre à mal le développement de leurs enfants. L'homosexualité, bien qu'acceptée, est donc considérée comme une erreur de développement du fœtus qui a connu un déséquilibre hormonal dû au stress de la mère. On comprend en quoi cette thèse est dangereuse.

    Voici donc un petit livre particulièrement intéressant qui permet aux personnes intéressée de comprendre et de connaitre les thèses et problèmes de la psychologie évolutionniste. Mieux encore, la déconstruction de l'argumentation permet de comprendre que ces livres et émissions d'aide aux couples entrent dans une forme de retour à la domination masculine justifiée par arguments "scientifiques" difficiles à contester. En effet, la rhétorique rend cette contestation difficile puisque les auteur-e-s multiplient les arguments d'autorités tout en liant leurs thèses à une prétendue réalité de leur pratique (personnelle ou professionnelle). Un livre nécessaire pour contrer cette littérature de plus en plus présente.

    Image: Éditeur