12/02/2014

12 years a slave

J'ai décidé d'aller voir ce film après une longue réflexion. Pas parce que je ne voulais pas le voir mais parce que je ne voulais pas le regarder sans être prêt. J'ai aussi mis un peu de temps avant de me décider à écrire cette présentation. Je vais donc tenter une présentation la moins critiquable possible mais qui reste très différente d'une analyse. Cependant, il est certain que je vais oublier des aspects importants je m'en excuse par avance. 12 years a slave est adapté d'une autobiographie écrite par Solomon Northup suite à son enlèvement et sa mise en esclavage. Le film reprend les éléments du livre. L'histoire commence alors que Northup est engagé par deux personnes pour les suivre dans leur tournée de magie. Alors qu'il est mis en confiance les deux traîtres décident de le vendre à un marchand d'esclave. Après peu de temps il est envoyé au sud des USA pour être vendu. C'est le début d'un exil de 12 ans durant lequel il n'aura plus aucun droits.

Cette courte présentation de l'histoire de Solomon Northup ne permet pas de se rendre compte de la puissance dégagée par ce film. Celui-ci est très dérangeant. La plupart des personnes blanches que nous avons à l'écran sont de parfaits salauds. Oui, je place Ford dans cette même catégorie. Ce dernier n'est pas mauvais. Il ne frappe pas et il prend soin de ses esclaves. Cependant, il sait parfaitement que ses employés sont des tyrans et il ne fait rien. Lorsque Solomon essaie de lui expliquer d'où il vient non seulement Ford ne fait rien mais il refuse même d'écouter. Pire encore, il revend Northup à quelqu'un qu'il sait être très brutal plutôt que de s'occuper de la manière dont agissent ses employés voir d'enquêter sur les origines de Northup. C'est l'exemple de l'homme qui se pense gentil et progressiste mais qui refuse d'imaginer l'idée de mettre en cause le système établi. Mais ce qui m'a le plus frappé c'est l'importance du corps dans la manière dont l'esclavage est montré dans ce film. Dès le début on voit que le corps n'appartient plus aux personnes soumises à l'esclavage. Les blanc-he-s peuvent agir comme ils le souhaitent. Que ce soit en imposant une toilette publique nue ou en touchant régulièrement les personnes pour montrer leurs qualités corporelles à un futur acheteur. Les sévices - ceux-ci sont très durs à regarder et je ne sais quel est le pire moment le fouet vers la fin du film ou lorsque madame Epps lance sans férir une bouteille contre Patsey - s'attaquent aussi directement au corps. Ceci est possible car dans ce système, pour ce que je connais et comprends, le corps de l'esclave n'existe pas dans l'humanité. C'est du bétail sans droits et les propriétaires peuvent faire ce qu'ils veulent de ce qui leur appartient. Ce ne sont que quelques aspects qui m'ont profondément touchés. Je sais que ce ne sont que quelques points d'un film et d'une histoire plus importante mais je souhaite éviter de dire des bêtises sur quelque chose que je connais peu. C'est pourquoi je souhaite terminer sur le mal que j'ai eu à sortir de ce film très dur.

Image: Allociné

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11:16 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : racisme, esclavage | | | |  Facebook

10/02/2014

RoboCop

RoboCop un film que date de pas mal d'années est revenu sous les écrans sous la forme d'un remake. Alors oui les remakes sont un moyen pour les industries du cinéma de se faire de l'argent quand elles n'ont pas d'idées. Heureusement, ça peut aussi permettre de remettre au goût du jour certains films cultes voir de leur donner une nouvelle gloire face à la  génération qui n'a pas connu ces films à l'époque. Nous sommes donc dans quelques dizaines d'années. Alors que la politique étrangère des USA se base sur l'usage de drones à la fois terrestre et aérien loués à une compagnie privée l'usage de ces robots est toujours interdit sur le sol national. Mais le lobby est intense et l'insécurité des villes américaines permet au plus grand constructeur du pays, Omnicorp, de vendre l'idée d'un homme transformé en robot. Le choix se porte sur un policier victime d'un attentat à la bombe. Mais ou se trouve la limite entre robot et humain?

Que penser de ce film? Selon ce que je sais la plupart des aspects de l'original sont présents. Mais on ajoute un côté moderne à l'aide de polémiques récentes sur l'usage de drones ainsi que sur les mercenaires. Ainsi, sous couvert de liberté les drones américains font régner un climat de terreur à l'étranger. Climat nié et caché par une émission de TV qui fait penser à la fox (ou il ne faut pas le dire). Dans ce cadre l'usage du robocop est de plus intéressants dans les perspectives actuelles. On se trouve en face d'un homme dans un corps robotique. L'humain est censé prendre les décisions mais l'entreprise décide de prendre le contrôle de son corps et de choisir ce qu'il peut faire ou non. L'humain devient la propriété de l'entreprise. C'est aussi un humain qui a accès à toutes les caméras de surveillance ainsi qu'aux dossiers personnels de tout le monde. Le film montre parfaitement qu'une telle puissance d'information fait de la justice non un choix mais un acte inhumain mécanique. Personne ne peut s'échapper ni choisir. Le robocop est toujours là à surveiller sans prendre en compte ni contexte ni justifications. Cependant, il est dommage que le film ne montre qu'une large acceptation plutôt qu'un débat enflammé tel qu'il est sous-entendu. De plus, les femmes n'ont encore une fois que le rôle de tapisserie.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario. Bien réadapté à mon avis, des thèmes intéressants un peu manichéen mais bien mis en scène. Très sympa.

  • Joss Whedon.

Image: Site officiel

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09/02/2014

Beauté fatale. Les nouveaux visages d'une aliénation féminine par Mona Chollet

Titre : Beauté fatale. Les nouveaux visages d'une aliénation féminine9782355220395.gif
Auteure : Mona Chollet
Éditeur : La Découverte 2012
Pages : 237

Je sais, je sais. Honte à moi de n'avoir jamais lu Mona Chollet avant aujourd'hui. J'avais entendu parler d'elle, et en bien, mais je n'avais pas pris le temps de m'y intéresser. Cette erreur est maintenant réparée avec un livre qui m'intéressait particulièrement (et qui peut fâcher certaines personnes). Celui-ci permet à l'auteure d'analyser la manière dont l'industrie de la mode agit sur la perception de la beauté autant sur soi que sur les autres. Cet essai polémique, plus qu'une étude, place de nombreux points sur les I et on se demande comment une industrie aussi déviante peut encore exister.

Pour cette étude Mona Chollet écrit 7 chapitres qui s'intéressent chacun à certains points de la mode et de la beauté. Alors que les deux premier permettent à l'auteure de noter un certain retour en arrière, backlash, elle note aussi que ces retours se forment souvent lors de certains contextes particuliers. Pour analyser celui-ci elle décide de s'intéresser au milieu de la mode. Les chapitres suivant seront l'occasion d'expliquer pourquoi analyser ce milieu particulier. Il faut bien avouer que la prose de l'auteure et à la fois jouissive et inquiétante. Je ne vous dis pas les rires qui m'ont soudainement pris lors de pique sarcastique. Par exemple, les passages sur Gossip Girl sont magnifiques. Mais elle montre aussi un milieu qui s'observe lui-même tout en se considérant comme supérieur. Un milieu qui impose aux femmes un certain standard et qui, en cas de dérives, rejette toute responsabilité. Ainsi, le fait que les modèles soient majoritairement des femmes blondes et blanches extrêmement mince est considéré comme une demande de consommateur et naturalisé comme la forme de beauté parfaite. On oublie totalement les aspects structurels du racisme et l'historicité de la beauté. J'ai aussi trouvé très intéressant de considérer les maladies que sont la boulimie et l'anorexie non comme de simples désordres psychologiques individuels mais de les placer dans un fonctionnement social qui pousse les femmes à suivre un idéal dangereux et à se priver continuellement. Ce ne sont que quelques exemples d'un livre très intéressant qui frappe là ou ça fait mal et que je considère comme une lecture nécessaire pour tout le monde, femmes comme hommes.

Image: Éditeur

08/02/2014

La voleuse de livre

Nous sommes dans une petit ville d'Allemagne. Une jeune fille, Liesel, sort d'une voiture de la croix-rouge pour rencontrer les personnes qui seront ses nouveaux parents. Elle fait rapidement la connaissance d'un garçon, Rudy, qui l’emmène à l'école. On y apprend que Liesel est incapable de lire. Pourtant, elle souhaite apprendre. Ainsi, son nouveau père lui construit un dictionnaire dans la cave alors qu'ils apprennent tous les deux à lire avec un ouvrage volé par Liesel. C'est ainsi que commence pour cette dernière un nouvel amour: celui des mots et des livres qui racontent les histoires. Mais nous sommes en 1938. La guerre menace puis commence. Les livres ne sont pas forcément bien vu. Ce qui n'empêchera pas Liesel de continuer à lire en "empruntant" dans la bibliothèque du maire et de sa femme.

J'ai adoré ce film. Il m'a énormément touché. Il faut dire que je me sentais très proche d'un personnage qui possède un amour des livres. Cette femme fait tout pour apprendre et lire. Elle découvre, dans les livres, la puissance des mots sur les personnes qui l'entourent. Elle est aidée par deux nouveaux parents qui malgré leurs désaccords apprécient la fille dont ils doivent prendre soin. Mais aussi d'un garçon sympathique mais un peu bête. La puissance de cette histoire tient aussi dans le contexte. Comme je l'ai déjà dit nous sommes au début de la guerre. La peur est partout. Alors que des voisins partent à l'armée certains jeunes garçons sont mobilisés pour un entraînement. La rue se vide peu à peu alors que les uniformes inquiétants sont parfois visibles. On voit la destruction organisée contre tout un peuple selon le point de vue d'une famille peu fortunée. Je n'en dirais pas plus. Je ne peux que conseiller d'aller au cinéma et d'acheter un ticket.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario.

  • Joss Whedon. Une magnifique histoire bien jouée avec des acteurs qu'on apprécie et une intrigue à la fois drôle et triste

Site officiel

Image: Allociné

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10:59 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : livre, allemagne | | | |  Facebook

06/02/2014

Les années 68. Une rupture politique et culturelle par Damir Skenderovic et Christina Späti

Titre : Les années 68. Une rupture politique et culturelle29402100053230L.gif
Auteur-e-s : Damir Skenderovic et Christina Späti
Éditeur : Antipodes 2012
Pages : 191

En Suisse aussi il y a eu un mai 68. Mais, selon ce livre, les études concernant ces événements ne permettent pas encore de savoir exactement ce qui s'est déroulé et qu'elles furent les conséquences. Le but de ce livre est de créer un lien entre les différentes parties de la Suisse et de voir ce qui s'est passé, comment et les conséquences. Sans prétendre à terminer l'histoire du mai 68 Suisse le livre doit permettre d'avoir une première vision globale. Pour cela 4 chapitres sont écrits.

Dans le premier les auteur-e-s dépeignent le contexte de la Suisse de l'après-guerre. Alors que la nouvelle génération n'a pas connu la guerre ni ses privations le pays, ainsi que l'occident, entre dans une période de prospérité économique extrêmement importante. Dans un contexte de confiance envers l'avenir et le progrès qui permet une nouvelle liberté les carcans sociaux inhibent fortement les envies de la jeunesse. Vers cette époque apparaissent le rock et les bandes qui scandalisent la presse de l'époque. Ce qui permet aux auteur-e-s de parler de période de précurseurs à mai 68.

Le second chapitre fait deux choses. Premièrement il permet de placer les événements au niveau mondial. Que se passe-t-il dans les différents pays? En effet, ce qui se déroule ailleurs a forcément un effet sur les événements suisses dont les militant-e-s se tournent vers leurs voisins de même langues. Dans un second temps les auteur-e-s examinent ce qui s'est déroulé en Suisse. Alors que les universités menacent d'exploser les autorités académiques réussissent à désamorcer la bombe en réagissant différemment que dans les pays voisins. En effet, plutôt qu'une répression les universités acceptent le dialogue ce qui permet de calmer une grande partie des militant-e-s. Cependant, dans la rue la répression est très forte et la violence, des deux cotés, est importante. Le troisième chapitre illustre le second en nous expliquant les stratégies, moyen d'actions et revendications des divers mouvements. Ainsi, ceux-ci souhaitent plus de démocratisation dans les études mais s’attaquent aussi à l'impérialisme américain et le racisme que connaît la Suisse face aux travailleurs immigrés venus d'Italie. On observe aussi de nouveaux moyens d'action à l'instar des sit-in.

Le dernier chapitre permet aux auteur-e-s de montrer comment les différents mouvements tentent de survivre à mai 68. Alors que tout se semble se diviser en buts et caractéristiques différentes on observe un regain d’activités dans certaines villes autours de partis ou de groupes précis. Ainsi, Lausanne connaît des manifestations autours de l'augmentation du billet de cinéma pour ne prendre qu'un exemple. Les universités connaissent aussi une radicalisation mais, cette fois, les autorités académiques réagissent à l'aide d'une répression forte. Cependant ces mouvements s’essoufflent et une grande partie disparaît vers la fin des années 70 alors que la nouvelle droite prépare sa stratégie face à cette nouvelle gauche qui, même affaiblie, reste importante et est accusée d'avoir détruit les institutions ancestrales de la Suisse.

Pour conclure je vais, comme d'habitude, dire ce que j'ai pensé de ce livre. Comme beaucoup je suis fasciné par mai 68. Que ce soit contre ou pour de nombreuses personnes ont une opinion sur une année qui est devenu un enjeu important dans les mémoires militantes de gauche comme de droite. Que ce soit pour déplorer une année ratée qui aurait pu permettre des changements culturels, politiques et économiques de nature révolutionnaires ou pour accuser la génération 68 d'avoir détruit l'autorité et, par extension, le fonctionnement de la justice, de l'école et de l'économie les opinions sont fortes. Mais qui connaît les événements historiques et leurs conséquences réelles? Ce livre, qui ne conclut pas de manière définitive sur l'histoire du mai 68 Suisse, permet de connaître les avant, pendant et après de ces événements. Bien que de nombreuses choses soient dites sur lesquelles j'aurais apprécié avoir plus de détails je trouve que l'exercice est, ici, réussit. Il ne manque plus qu'à étudier de manière plus approfondies l'histoire.

Image: Éditeur

04/02/2014

L'an V de la révolution algérienne par Frantz Fanon

Titre : L'an V de la révolution algérienne9782707167637.gif
Auteurs : Frantz Fanon
Éditeur : La Découverte et Syros 2001
Pages : 174

Je ne connais pas grand-chose sur la guerre d'Algérie. Bien entendu je sais quelques petites choses que tout le monde connaît. Mais ce n'est pas vraiment important. Donc quand j'ai pu lier mon désir d'en savoir plus à la fois sur la pensée de Frantz Fanon et sur la guerre d'Algérie j'ai sauté sur l'occasion. Ce livre est publié pour la première fois en 1959. Frantz Fanon est en plein militantisme et il utilise ses connaissances pour aider les Algériens à se libérer de la tyrannie du colonialisme français. Outre cela il écrit. Ici il tente d'analyser les changements que la guerre de libération a créé dans la société algérienne aussi bien d'un point de vue social que dans l'usage des techniques.

Fanon décrit les changements sur 5 chapitres. Le premier concerne principalement les femmes ainsi que leur rapport au voile dans le cadre du colonialisme. Alors que la condamnation française du voile comme un reste de l'ancien temps sexiste ne fit rien pour dévoiler les femmes c'est, paradoxalement, selon Fanon, la guerre qui permit aux femmes de se dévoiler. Ceci se fit non pas pour se libérer d'un carcan patriarcal qui n'est qu'une tradition acceptée mais pour aider à la Révolution. Ainsi, une femme dévoilée peut plus facilement parcourir les rues pour aider les hommes à éviter la police. Inversement, l'intérêt envers les femmes dévoilées par la police a impliqué le retour du voile qui permet de cacher armes et bombes. Dans le second chapitre l'auteur analyse l'arrivée massive et l'usage de la radio. Celle-ci, malgré le brouillage, permet de donner les informations sur les réussites de la Révolution aux citoyen-ne-s alors que les médias français cachent les victoires. Plus encore, les médias de la Révolution utilisent plusieurs langues dont le français. Dans le troisième chapitre Fanon tente de montrer en quoi la guerre change la manière dont la famille fonctionne. Que ce soit le fils qui ne suit plus les conseils de son père ou la fille qui doit nécessairement s'occuper de la famille en l'absence de l'homme voir vivre avec des hommes sans être mariées. Mais c'est aussi le mariage qui change. Alors que, selon Fanon, le mariage était d'abord une alliance entre clans durant la guerre ce sont des personnes qui apprennent à se connaître qui souhaitent se marier sans avoir à demander le droit aux parents (surtout au père). Fanon analyse, dans le chapitre 4, la manière dont la médecine est utilisée par les forces colonialistes. En effet, selon Fanon, la France a tenté d'interdire la vente de médicaments ainsi que de forcer les médecins à dénoncer les blessures suspectes. Enfin, l'auteur termine sur la minorité européenne en montrant comment certains de ses membres décident de soutenir la Révolution que ce soit à l'aide d'informations ou en cachant biens et personnes dans leur propriété.

Je suis à la fois très favorable et un peu déçu par ce livre. Favorable car il donne la pensée de Fanon sur une Révolution en cours et les mutations que cela implique nécessairement dans une société. On apprend donc un certain nombre de choses sur le fonctionnement de la guerre ainsi que sur les raisons qui peuvent pousser certaines personnes à se révolter. Cependant, cette analyse pèche, et c'est normal, par le contexte durant lequel elle a été écrite. Comment peut-on créer un livre avec une méthodologie impeccable alors que l'auteur se trouve en pleine guerre et risque la prison, voir la mort, chaques jours? Il est donc parfaitement compréhensible que les exemples soient des généralités et que Fanon n'entre pas dans le détail. Mais ce qui m'a le plus déçu est la manière dont Fanon analyse le rôle des femmes. L’œil exercé se rend facilement compte qu'elles sont gardées en réserve pour des activités subalternes. Cela ne veut pas dire que ces activités ne sont pas importantes mais elles ne sont pas des luttes. Mais Fanon ne voit pas ça. Alors que son analyse du racisme et du colonialisme est très stimulante il est singulièrement aveugle envers le système patriarcal. Je souhaiterais donc en savoir un peu plus sur ce sujet mais il faudra, pour cela, m'intéresser à d'autres auteur-e-s.

Image: Éditeur

11/01/2014

Philomena

Nous avons tous entendu parler du scandale des adoptions forcées en Irlande. Certaines personnes savent même que ces pratiques ne sont pas seulement irlandaises. Ce film parle de l'un de ces scandales. Philomena est une femme qui pleure la perte de son premier enfant qui aurait dû avoir 50 ans. Sa fille n'était au courant de rien ni personne d'autre d'ailleurs. Mais cette fois elle souhaite vraiment savoir ou se trouve son fils. Elle prend donc contact avec un ancien journaliste récemment expulsé de son travail à Downing Street, Sixsmith. Bien que les pistes irlandaises ne donnent rien il et elle continuent leur quête aux USA. Ce voyage leur permettra d'apprendre plusieurs choses sur le fils de Philomena et sur les raisons de l'adoption.

On le sait, le début du XXe siècle ne fut pas le plus facile pour les personnes un peu marginales. De nombreuses institutions s'occupaient d'elles et pouvaient les enfermer plusieurs années sans se justifier. Mais ce film n'explore pas vraiment ce coté de l'histoire. Il préfère se concentrer sur la relation entre deux personnes: un journaliste et politicien désabusé et choqué par ce qu'il découvre et une femme qui tente seulement de retrouver son fils et non de trouver des coupables. Ainsi, les deux personnages interagissent selon des buts différents et des moyens différents. Alors que Sixsmith observe le récit comme un journaliste qui souhaite pointer du doigt des personnes Philomena cherche des informations. Les deux personnages sont magnifiquement joués par les deux personnes qui ont été choisies pour cela. Leur duo fonctionne parfaitement bien et c'est toujours un plaisir d'observer Judi Dench à l'écran.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario.

  • Joss Whedon. Un film magnifiquement joué sur un thème qu'il aurait été facile de tourner vers le pathos. Le choix de ne pas expliquer le contexte mais d'observer deux personnes est, à mon avis, une magnifique idée.

Image: Site officiel

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31/12/2013

Les ombres de l'histoire. Crime et châtiment au XIXe siècle par Michelle Perrot

Titre : Les ombres de l'histoire. Crime et châtiment au XIXe siècle9782080679147_cm.jpg
Auteur : Michelle Perrot
Éditeur : Flammarion 2001
Pages : 427

2014 est l'anniversaire de la mort de Michel Foucault. Je trouve donc qu'il est intéressant de terminer 2013 avec un livre sur l'histoire de la prison. Celui-ci est composé de plusieurs articles écrit par l'historienne Michelle Perrot. Cette dernière s'est intéressée aux prisons alors que Michel Foucault avait lancé le sujet dans la discipline historique. L'usage des concepts foucaldiens lui permet de mieux comprendre les sources qu'elle analyse dans les différents articles de cet ouvrage.

Celui-ci est découpé en 5 parties qui regroupent différentes contributions selon certains thèmes. La première partie permet de resituer le travail de Foucault et la manière dont il a été reçu et critiqué par les historien-ne-s. Cette partie nous permet de comprendre un peu mieux l'intérêt de Foucault pour l'histoire des prisons et des organisations totales. Mais aussi les raisons qui se cachent derrière les critiques (souvent justifiées). La seconde partie permet à Michelle Perrot de donner des informations sur certains des grands penseurs de la prison au XIXe siècle. Entre Bentham et la construction intellectuelle de la prison panoptique et Tocqueville et ses considérations sur la prison via les archives de son voyage aux USA elle nous parle d'un traité sur la pauvreté. Ces textes permettent de comprendre l'importance du débat qui a entouré la prison au XIXe. Comment la construire? Comment la gérer et comment surveiller? Les écrits de Bentham sont particulièrement glaçants puisque ses idées mènent à la destruction de la vie humaine au profit de l'utilité.

Les parties suivantes permettent d'entrer dans l'analyse du crime et de la marginalité. La troisième est donc constituée de textes concernant la "vie carcérale". Comment vit-on en prison au XIXe siècle? Les révolutions ont-elles un impact sur celles-ci? Que faire de l'écriture? Autant de questions auxquelles répond Michelle Perrot. Ainsi, elle montre que les révolutions s'attaquent aux prisons selon certaines modalités. Les prisonniers politiques sont célébrés alors que les voleurs sont conspués. Et même si des réformes sont promises les demandes en ce sens sont rapidement écartées. Mais Michelle Perrot examine aussi l'expérience de la prison de Genève grâce à un travail d'un autre historien, Malgré une constitution à la pointe des sciences de l'époque ce fut un échec.

La quatrième partie examine la signification des crimes. Celle-ci commence par un examen des décomptes statistiques qui permet de mettre en question son fonctionnement ainsi que les significations qui sont données aux chiffres. Perrot continue sur deux contributions qui nous parlent de l'importance des faits divers pour comprendre les craintes de l'époque. L'une des deux nous parle d'un cas particulièrement important: l'affaire Troppmann. Celle-ci reçut une énorme attention médiatique et fut accusée d'être orchestrée par le gouvernement pour éviter de porter les réflexions sur d'autres problèmes plus importants.

La dernière partie parle de thèmes qui ont prit une actualité importante ces derniers temps. En effet, les contributions qui y sont réunies parlent de la mendicité, des vagabonds et des jeunes. Alors que les vagabonds mendiants sont de plus en plus contrôlés et accusés de créer le crime en volant et en violant – voir même en créant les épidémies par leurs migrations – l'époque s'inquiète des enfants. Ces derniers sont décrits comme des voyous qui prennent le contrôle de la rue au lieu de travailler à l'usine. Les médias de l'époque s’inquiètent de ces bandes de jeunes qui, pourtant, ne sont pas si importants selon les sources.

Que dire, au finale, de ce livre? L'ennui avec les recueils de contributions c'est qu'ils créent le danger d'une impression de flou dans les sujets analysés. Bien que les contributions soient classées selon des thèmes définis on peut se demander, parfois, pourquoi tel sujet apparaît après tel autre. De plus, on cherche à en savoir plus sans pouvoir le faire. Cependant, le sujet de ce livre est de plus intéressants. Ce constat est d'autant plus important dans le contexte sécuritaire actuel. Alors que les promesses de sécurité et le contrôle se multiplient dans des proportions de plus en plus fortes ce livre permet d'historiciser certains points tout en offrant des comparaisons intellectuelles. C'est donc une lecture qui peut guider un avis critique sur certaines politiques publiques en cours de construction ou déjà décidées. Je pense, en particulier, à la surveillance mais aussi à la mendicité et à la peur de la jeunesse.

Image: Éditeur

18:23 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : prison, michelle perrot, xix | | | |  Facebook

29/12/2013

Le loup de Wall Street

Jordan Belfort est un jeune homme d'une vingtaine d'année quand il est engagé dans une agence de courtage. C'est aussi un homme marié dont le rêve est de devenir riche. Mais alors qu'il obtient sa licence il est viré le jour même lors de l'un des plus grands krachs boursier de l'histoire. Cependant, rien ne saurait l'arrêter et il se retrouve bien vite dans une petite agence qui vend des actions sans valeurs d'entreprises naissantes. Il s'y fera vite remarquer par sa capacité à vendre de manière agressive. C'est alors qu'il décide de créer sa propre entreprise qui doit lui permettre de devenir riche! Mais cela est-il légal et, si oui, moral? Peu importe, car il n'y a que l'argent qui compte et nul ne saurait se mettre en travers de son chemin.

Qui est Jordan Belfort? Cet homme dont la vie est au centre de deux livres et maintenant de ce film est un courtier qui a réussit. Mais il a réussi d'une certaine manière. En effet, on observe un homme dont la seule obsession est l'argent et le meilleur moyen de le recevoir grâce à un système capitaliste en roue libre. Comme le dit l'un des personnages au début du film: Tout n'est que virtuel. Le client croit devenir riche alors qu'il ne reçoit rien tandis que le courtier se prend une commission importante. Le but du jeu n'est donc pas de bien conseiller son client mais de lui vendre et de garder son argent sur le marché tout en empochant la commission. Prendre l'argent dans la poche d'autrui pour le mettre dans la sienne. Cette philosophie reste au centre de tout le film. Les courtiers sont dépeints comme des rapaces qui vendent des produits sans les connaître ni même tenter de comprendre. Leur seul but est de gagner et si certains perdent de l'argent autant que ce soit leurs clients.

Dans ce contexte l'argent est devenu une drogue dont la dose quotidienne est nécessaire. Mais ce n'est pas la seule addiction de Jordan. Celles-ci sont expliquées par un besoin de détente et d'acuité durant toute une journée. Ainsi, l'usage des drogues permet de survivre à des journées éprouvantes durant lesquelles tout est basé sur la performance. Cette excitation s'évacue aussi par la sexualité affichée. Les bureaux de l'entreprise sont donc les lieux d'un spectacle continuel de débauche et de fête ou la drogue, la sexualité et la performance sont au centre de tout. Rien ne compte si ce n'est de pouvoir faire ce que l'on veut avec l'argent de sa réussite.

La sexualité me mène à parler d'un autre aspect central dans le film: les femmes. Elles sont centrales non pas grâce à leur rôle. Les rares femmes nommées sont soit des épouses, des mères ou des courtières. Et encore elles ont rarement beaucoup de choses à dire à l'écran. Car Jordan ne voit pas les femmes comme des partenaires mais comme des biens permettant de prouver sa réussite matérielle. A plusieurs reprises il explique que la richesse permet de vivre avec une belle femme tandis que le marqueur de pauvreté serait de posséder (j'utilise ce terme exprès) des femmes moches. Ainsi, non seulement Jordan a une femme mannequin mais il achète aussi de nombreuses prostituées et offre même une augmentation mammaire à une employée. Moins que des êtres humains les femmes sont des biens dont il est possible de faire cadeau à ses employés. La nudité fait partie de ce cadeau et elle est souvent affichée et imposée aux femmes. Nous nous trouvons clairement dans un usage d'un bien pour prouver sa réussite sociale.

Au final, ce film éprouvant possède-t-il une morale? Je ne crois pas. Même quand Jordan est puni (que ce soit par la justice ou les circonstances) il réussit à s'en sortir. Il n'y a pas non plus de véritables explications d'un système vicié. Le film manque donc singulièrement de point de vue. En effet, tout est mis selon le regard de Jordan qui se fiche de savoir véritablement comment le système fonctionne ou est régulé (mal) tant qu'il gagne de l'argent. Mais ce que ce film nous offre est une ambiance. Celle d'un groupe d'individus mis au centre d'une machine qui brasse des millions et dont on demande une performance à toute épreuve. Un système qui broie les employé-e-s même qui y gagnent puisqu'ils et elles perdent tout sens de la réalité. Une ambiance de toute puissance et de stress intense qui permet de comprendre comment certaines affaires et crises récentes ont pu avoir lieu.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario.

  • Joss Whedon. Superbement joué, extrêmement bien réalisé, ce film est éprouvant et épuisant. Malgré sa longueur on ne sent pas le temps passé. Est-ce une véritable explication du fonctionnement de la bourse? Non, pour cela il vaut mieux s'intéresser à Margin Call qui y réussit beaucoup mieux (et qui montre aussi un dédain des clients).

Image: Allociné

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11:38 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : wall street, finance, argent, bourse | | | |  Facebook

24/12/2013

Mandela: Long walk to freedom

C'est un peu le film qui tombe exactement au bon moment. Basé sur l'autobiographie de Nelson Mandela il retrace sa vie, son histoire et ses luttes depuis ses débuts en tant qu'avocat jusqu'à sa prise de pouvoir en tant que président d'un pays déchiré. Le film commence donc dans les rues des townships alors que Mandela défend ses compatriotes devant la justice et séduit des femmes dans les bars. Bien qu'il soit conscient des inégalités il n'agit pas politiquement. Mais, un jour, un ami est battu à mort dans un commissariat et personne ne veut agir. C'est à ce moment, selon le film, que Nelson Mandela se lance dans l'activisme et entre dans l'ANC dont il devient rapidement l'un des leaders. Mais la répression est de plus en plus forte et, bientôt, l'ANC décide d'utiliser la violence contre le terrorisme d'état. Arrêté et condamné c'est sa femme qui deviendra le symbole de la résistance alors que lui reste derrière les barreaux tout en essayant d'agir du mieux qu'il peut. Jusqu'à ce que le gouvernement n'ait plus d'autres choix que de déposer les armes du terrorisme et d'accepter un processus de paix.

Que dire de ce film que je n'ai pas dit pour les autres biopics que j'ai vu au cinéma? Car je l'ai souvent écrit: tous les biopics souffrent d'un problème majeur qui se retrouve dans la mise en place des biographies (et aussi des autobiographies) qui est de créer un sens de l'histoire, une forme de destin inné dont l'on pourrait retrouver les traces dès l'enfance. Basé sur une autobiographie ce film n'est absolument pas exempt de ce problème. Il est même démultiplié. Car une autobiographie n'est pas autre chose qu'un retour sur ce que l'on se souvient à un moment donné. Donc une construction d'un passé. Ce caractère se voit très fortement dans ce film qui revient à plusieurs reprises sur l'enfance de Mandela pour expliquer l'importance des organisations et du devoir envers la communauté. Comme si tout venait de son enfance et rien de sa vie adulte. C'est aussi un film qui porte sur un piédestal un personnage historique. Oui, Mandela a énormément fait pour son pays et son peuple. Mais ses problèmes familiaux sont laissés au second plan (ainsi sa première femme disparait d'un seul coup) tandis que son entrée dans la violence n'est ni expliquée politiquement ni vraiment explorée. Comme si c'était une parenthèse d'une vie de pacifisme. Mais cette violence doit bien avoir une raison précise et ne pas la questionner est, à mon avis, indigne envers un tel personnage. Comme souvent, on oublie aussi les autres acteurs et actrices de l'époque qui sont laissés derrière l'ombre de Mandela. Après tout, c'est un biopic. Cependant, on peut tout de même en comprendre un peu plus sur une époque, sur une atmosphère mais aussi sur les raisons d'un divorce politique avec sa seconde femme. Le film se construisant selon le point de vue de Mandela on a peu d'informations sur les contestations internes te externes à l'ANC. Mais on peut en observer. Un film parfait? Certainement pas. Mais un bon film tout de même.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario. Un homme d'exception dont la lutte est devenue un symbole de la renaissance d'un pays entier dans un film bien réalisé avec des acteurs et des actrices convaincant-e-s. Malgré les problèmes inhérents au style du biopic j'ai beaucoup aimé ce film.

  • Joss Whedon.

Image: Site officiel

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16/12/2013

Les manuels à l'usage des gardiens de camps nazis

Titre : Les manuels à l'usage des gardiens de camps nazis
Éditeur : Berg International 2013
Pages : 64

Je n'ai rien lu sur la période nazie en Allemagne depuis un certain temps. Bien que cette période intéresse un grand nombre de personnes, dont moi, j'ai aussi un sentiment mitigé face à mon propre intérêt. J'hésite donc souvent à lire et présenter de tels livres. Je n'hésite pas parce que j'ai peur de la période mais parce que je crains de ne pas être capable de présenter de manière adéquate ce que je lis. Récemment, j'ai donc emprunté ce petit ouvrage. Celui-ci, entre une présentation et une postface, nous offre trois textes non-commentés. Ces textes sont des manuels édités pour les gardien-ne-s des camps nazis. Il y a un règlement disciplinaire, des instructions et des consignes de service.

Pour quelles raisons lire ces trois textes? Parce qu'ils permettent de comprendre un peu mieux l'idéologie qui se place derrière les gardiens. Bien qu'on ne puisse comprendre les camps de concentration seulement par ces textes ils permettent d'illustrer comment l’Allemagne nazie considérait ses prisonniers/ères et les gardien-ne-s. Car ce qu'on trouve ce sont des phrases courtes mais qui illustrent une idéologie. Le manuel d'instruction est particulièrement intéressant ici. Il est constitué de séances de questions-réponses. Celles-ci montrent que le/la gardien-ne est à la fois placé-e en position supérieure et éloigné-e des prisonniers/ères. Ce qui permet à la personne qui garde les camps de se considérer comme un exemple parfait face à des ennemis intérieurs déshumanisés.

Je suis un peu plus sceptique face aux textes d'introduction et de postface. Le choix, revendiqué, est de ne pas commenter les sources éditées. Ce choix se comprend mais j'aurais tout de même apprécié un commentaire, même court, de ce que je lisais. Par exemple, quelles furent les détournements des règlements? Comment furent-ils rédigés? Sont-ils appliqués rigoureusement? Des questions qui restent sans réponses dans ce livre. J'ai aussi eu quelques réactions de surprises face à certaines formules et considérations des personnes qui ont écrit l'introduction et la postface. Sans être choquantes je me demande si elles étaient nécessaires. Ce qui n'enlève rien à l'intérêt du travail de ces deux personnes ainsi que du traducteur.

Image: Éditeur

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11/12/2013

Black feminism. Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000

Titre : Black feminism. Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-20009782296051041j.jpg
Auteures : Multiples
Éditeur : L'Harmattan 2008
Pages : 260

Bon, il ne va pas être facile de parler de ce livre mais je vais essayer le présenter sans trop d'erreurs. Il est constitué de nombreux textes (11 en comptant l'introduction) qui datent de différentes époques. Leurs points communs est de tenter de faire le lien entre la lutte féministe et la lutte contre le racisme. Cette position est résumé sous le sigle, si je l'ai bien compris, de black feminism. Soit un féminisme qui parle aussi des problèmes de dominations raciales. Ces textes sont écrits par des femmes africaines-américaines aux USA. Ce pays a une tradition importante de lutte antiraciste basée, en particulier, sur les africain-e-s américain-e-s. Ce type de mouvements est peu connu en France et encore moins en Suisse d'où l'intérêt de comprendre le black feminism pour se rendre compte des manques de nos propres pays face au sujet.

Le livre commence, heureusement, par une introduction rédigée par Elsa Dorlin. Ce texte permet non seulement d'expliquer quelques choix de traductions mais surtout de place le contexte du black feminism. Ce qui permet au lecteur ou à la lectrice de mieux comprendre les textes choisis. Ceux-ci, nombreux, permettent de montrer à la fois une envie et un manque. En effet, les femmes qui écrivent ces textes se déclarent féministes mais ne peuvent pas entrer dans les groupes militants féministes. Pourtant l'envie ne manque pas de se retrouver dans le féminisme. En effet, le féminisme américain (pour ne parler que de lui) oublie de mettre en place une réflexion sur la racisme interne des femmes blanches féministes. De plus, rares sont les femmes noires à être mises au panthéon féministe. Il est donc nécessaire de mettre en place une réflexion à la fois sur le racisme et sur le sexisme.

La question qui se pose est comment intégrer ces textes au féminisme européen. Nous n'avons pas la même histoire que les États-Unis. En Suisse nous n'avons pas, de plus, d'expérience coloniale alors que la France en possède une. Cela implique-t-il que le black feminism ne peut rien nous apporter? J'en doute fortement. Non seulement celui-ci permet d'apporter une réflexion sur les liens entre racisme et sexisme. Plusieurs textes montrent que la manière dont on considère la femme et l'homme noir comme naturellement forte et dévirilisé créent des problèmes à la fois de sexisme et de militantisme. Mais ils permettent surtout de mettre en question des pratiques et pensées dans le féminisme actuel. Étant donné que nous n'avons pas la même expérience historique de lutte en faveurs des droits des personnes noires nous n'avons pas non plus connu de remises en questions frontales d'un fonctionnement raciste de la société et du militantisme. Ce n'est pas qu'il n'y en a pas eu mais nous n'avons pas connu de nationalisme noir ou de black panther party. Pour se remettre en question il est donc nécessaire de lire ces textes et de réfléchir sur nos propres fonctionnements.

Image: Éditeur

03/12/2013

Black-out par Connie Willis

Titre : Black-out1208-blitz1_3.jpg
Auteure : Connie Willis
Éditeur : Bragelonne 2012
Pages : 665

Nous sommes en 2060. Dans ce futur proche la recherche historique a connu une révolution. En effet, les historiens ne se cachent plus derrière des cartons d'archives poussiéreux (bien dommage pour eux) ils voyagent dans le temps. Cette technologie permet aux historiens et aux historiennes d'Oxford d'observer de visu les événements les plus spectaculaires de notre histoire. Mais aussi de corriger les erreurs de nos archives. Nous suivons une poignée de personnes qui ont décidé d'étudier l'Angleterre selon différents aspects durant le Blitz. L'une observe l'évacuation des enfants, une autre les londoniens dans les abris, une les volontaires féminines alors que les V1 tombent et un dernier observe les héros de Dunkerque. Rien de dangereux n'est censé se dérouler mais que faire quand un petit quelque chose semble ne plus cadrer?

Le Docteur rit des historiens et des archéologues car, lui, vit l'histoire en direct. Je me demande ce qu'il ferait avec ces personnages. Bien que je sois le premier a me jeter dans une machine à voyager dans le temps si elle existait je ne serais en tout cas pas le premier à aller visiter les guerres et autres catastrophes (même si le Docteur serait déçu de mon attitude). Mais qu'ai-je aimé dans ce livre? Premièrement je trouve que la mise en place de l'époque me semble particulièrement réussie. On retrouve un contexte particulier dans une période dangereuse. Des relations entre personnes que l'on ne connaît plus mais aussi un fonctionnement des machines différent. J'ai aussi aimé les personnages qui semblent tous et toutes très enthousiastes de leur voyage (normal je le serais aussi). Je n'ai cependant pas beaucoup aimé la manière dont l'intrigue est décrite. Elle me semble être une course absurde entre les différents personnages pour se retrouver. J'ai, en fait, du mal à croire qu'il n'y ait pas de procédures prévues en cas de problèmes. Le nombre de personnages se trouvant à différents endroits et époques rend aussi difficile de trouver une continuité dans l'intrigue. On peut passer d'un mois à l'autre selon le chapitre. Mais ces points n'ont pas baissé le plaisir de ma lecture.

  • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

  • Papier toilette.

  • Roman de gare. Un livre très sympa avec une atmosphère réussie. Je rêverais presque d'être historien à Oxford en 2060.

  • À lire.

  • Tolkien.

Image: Éditeur

26/11/2013

Les origines républicaines de Vichy par Gérard Noiriel

Titre : Les origines républicaines de Vichy9782213678399-X.jpg?itok=TJ42ChQQ
Auteur : Gérard Noiriel
Éditeur : Hachette Littératures 1999
Pages : 335

Cette fois c'est Vichy qui m'intéresse. Je ne suis de loin pas le seul. L'histoire de Vichy est un problème encore largement discuté en France. Est-ce que Pétain peut être considéré comme un dirigeant français ou est-il un usurpateur du pouvoir? Qui a collaboré et qui a résisté? Mais, surtout, quels sont les liens entre Vichy et la République. Dans ce livre Noiriel tente d'examiner la manière dont on peut relier la IIIème République et le gouvernement de Vichy. Pour cela il examine le "compromis républicain", les discriminations envers les étrangers, l'identification et enfin la science.

Cependant, avant d'entrer dans le vif du sujet l'auteur a décidé d'écrire un chapitre introductif qui examine le fonctionnement de l'histoire du temps présent. Sans condamner la vision d'expertise de l'historien Noiriel souhaite que celle-ci ne soit pas soumise à la construction des problématiques par d'autres que les historiens. Car l'historien ne doit pas juger il doit comprendre comment et pourquoi telle ou telle chose a fonctionné. C'est la raison pour laquelle Noiriel tente ici de comprendre comment les décisions de Vichy ont été si facilement accepté en essayant de trouver un lien précèdent avec des décisions de la Troisième République.

Cette recherche lui permet de démontrer que la Troisième République a mis en place un certain nombre de lois et de processus qui ont permis à Vichy d'aller plus loin. Ainsi, la gestion des personnes de nationalité étrangère a permis non seulement de créer un discours sur le danger de certains peuples (en se basant sur un discours de darwinisme social) mais aussi de mettre en place une surveillance de certains groupes grâce aux cartes d'identités. Noiriel nous permet donc de comprendre comment des décisions discutées démocratiquement peuvent préfigurer ou annoncer un fonctionnement contraire à la démocratie. Ainsi, la mise en place des fiches permet, ensuite, d'identifier les juifs pour mieux les expulser. Les livres de médecins sur le danger des races "inférieures" permet de justifier une politique eugéniste de choix d'une immigration. Bref, le gouvernement de Vichy se place dans un contexte historique républicain.

Image: Éditeur

06/11/2013

Bavures policières? La force publique et ses usages par Fabien Jobard

Titre : Bavures policières? La force publique et ses usages9782707135025.gif
Auteur : Fabien Jobard
Éditeur : la découverte 2002
Pages : 295

Nous entendons tous, de temps en temps, parler de bavures. Des policiers qui ont agit en dehors du cadre de leur fonction. Une violence d’État qui est suivie immédiatement par la colère des associations de défense des droits de l'homme et des victimes. Mais aussi par la défense de l'usage de la force policière face à des individus qui peuvent être dangereux. Mais personne ne tente de comprendre comment et pourquoi la violence policière a lieu. C'est ce que se propose de faire l'auteur dans ce livre.

Cette analyse est divisée en trois parties de deux chapitres chacun. La première partie permet à Fabin Jobard d'examiner les récits qu'il a récolté. Il y trouve de nombreux exemples de violences policières. Avant de considérer leur réalité il essaie de comprendre dans quelles circonstances cette violence se crée. Il apparaît que celles-ci sont relativement restreintes. En effet, les policiers établissent un calcul concernant les personnes, les lieux et l'utilité de la violence. Le contexte a donc une grande importance et se comprend aussi bien comme contexte social que comme contexte territorial. Ainsi ce sont surtout des personnes en état d'anomie qui sont visées par une violence qui a lieu dans un environnement particulier en dehors du regard public. La seconde partie permet à l'auteur d'examiner ce qui se déroule quand des faits allégués sont dénoncés à la presse. Il y montre une confrontation de deux histoires entre la victime qui se crée une virginité et la police qui noircit la personne ainsi que les circonstances. Ainsi, la confrontation permet soit à la police de montrer que son usage de la violence était légitime soit à la victime de démontrer une violence illégitime. La troisième partie permet d'examiner comment les policiers sont jugés et sanctionnés en cas de violence. L'auteur montre que la justice française crée une forme de protection du fonctionnaire dont les décisions sont légitimes a priori. Mais il y existe aussi la possibilité de parler de la victime pour la disqualifier par exemple en parlant de rébellion. L'auteur y montrer que les victimes les plus probables sont justement celles qui pourront le moins dénoncer la violence dont ils peuvent être les sujets.

Pour conclure sur cette courte présentation je ne peux que dire que j'ai trouvé le livre intéressant mais difficile à lire. Le propos est parfois ardu et utilise des références juridiques qui me sont souvent inconnues. Cependant il permet de comprendre les logiques d'apparition de la violence policière et créant des moyens de savoir quels sont ses possibilités. Malheureusement il est aussi basé sur l'exemple français et une grande partie de l'ouvrage ne peut donc pas être utilisé pour d'autres pays sans travail en amont.

Image: Éditeur

16:45 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : police, violence, démocratie | | | |  Facebook

04/11/2013

Le capital tome 2 par Karl Marx

Titre : Le capital 2580_big.jpg
Auteur : Karl Marx
Éditeur : Soleil manga 2011
Pages : 192

L'histoire de Robin et son entreprise de fromage continue dans ce second tome qui sera l'occasion d'expliquer les effets pervers du capitalisme. Car Robin est maintenant un patron qui a réussit. Son usine s'est agrandie et fonctionne à une cadence de plus en plus forte. Mieux encore, Robin est capable de créer ses propres produits et d'engloutir d'autres usines. Mais il se rendra compte que ses agissements en tant que patron ont des conséquences importantes sur la vie de ses employés. Pire encore, ce qu'il fait va se retourner contre lui avec une puissance dévastatrice.

Ce livre est à la fois plus et moins intéressant que le tome précédent. Plus intéressant car Engels vient directement nous expliquer le fonctionnement du monde capitaliste ce qui permet de résumer, en simplifiant, les apports théoriques du marxisme. Mais moins intéressant car ces points théoriques sont mauvais pour l'intérêt de l'histoire de base. En effet, celle-ci est souvent mise de côté pour de petites excursions théoriques. Pire encore, l'histoire ne devient qu'un support d'exemples pour la théorie au lieu de laisser celle-ci se révéler durant les intrigues. Ceci est, à mon avis, vraiment dommage.

  • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

  • Papier toilette.

  • Roman de gare. Simpliste mais intéressant. C'est une introduction utile pour les personnes qui ne connaissent rien au marxisme mais du déjà-vu pour les autres. Il reste à saluer l'effort qui a été mis pour traduire en images un livre dense et compliqué.

  • À lire.

  • Tolkien.

Image: Éditeur

Le capital par Karl Marx

Titre : Le capital579_big.jpg
Auteur : Karl Marx
Éditeur : Soleil manga 2011
Pages : 192

Le capital de Karl Marx fait partie de ces livres que l'on est censé connaître mais que l'on n'ose pas ouvrir. Donc quand j'ai appris qu'il existait une version manga je me suis lancé dedans ce qui me permettra de connaître un peu mieux l’œuvre majeure de Karl Marx. Cependant je n'y connais absolument rien en manga et ce sera probablement mon dernier. L'histoire est basée sur les thèses de Karl Marx mais elles apparaissent en suivant un jeune homme prit en pleine révolution industrielle. Le jeune Robin travaille avec son père dans la petite fabrique de fromage artisanale familiale. Il souhaite épouser la fille du banquier local mais n'est pas assez riche pour cela. Alors quand un investisseur lui propose d'ouvrir une usine il ne réfléchit pas deux fois. C'est ainsi qu'il apprendra à devenir un capitaliste et à considérer ses semblables comme des marchandises qu'il utilise pour leur propre bien.

Ce petit manga, le premier pour moi, est intéressant. Ce qui me semble le plus réussit est d'avoir montré comment fonctionne le capitalisme sans utiliser textuellement les théories marxistes. Bien entendu on nous explique comment l'économie fonctionne mais ce sont les personnes qui se révoltent qui expliquent en quoi le système est à la fois injuste et non-fonctionnel. Ainsi, à force de considérer ses employés comme des marchandises Robin se prend à les brutaliser de plus en plus sans état d'âme pour réussir à atteindre un chiffre d'affaires élevé. Il commence aussi à se rendre compte du problème que pose sa manière de réfléchir quand il apprend ce que signifient les investissements dans son usine. En bref c'est une introduction intéressante sans être complète.

  • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

  • Papier toilette.

  • Roman de gare. On apprend beaucoup de choses mais rien de bien compliqués. Le propos est un peu simpliste mais permet tout de même de comprendre le marxisme dans ses bases. Quelqu'un d'intéressé voudra aller plus loin.

  • À lire.

  • Tolkien.

Image: Éditeur

26/10/2013

Xénophobie business. A quoi servent les contrôles migratoires? par Claire Rodier

Titre : Xénophobie business. A quoi servent les contrôles migratoires?widget.png
Auteur : Claire Rodier
Éditeur : la découverte 2012
Pages : 192

Nous avons tous entendu parler du drame qui a eu lieu a Lampedusa il y a quelques semaines. Nous avons aussi entendu parler certaines élites autoproclamées parler de ces immigrants comme des envahisseurs. Certaines personnes ont vu une réalité de la migration tandis que les ONG et les militant-e-s n'ont fait que soupirer face à des morts évitables. Les gouvernements, eux, ont promis que ça n'arriverait plus en prévoyant la mise en place d'une fermeture des frontières pour dissuader les voyages dangereux. Mais qu'en est-il de la face cachée? Du moins de celle que l'on ne connaît pas. Des explications aux morts qui sont de plus en plus nombreuses. Claire Rodier, dans ce petit livre, examine les diverses explications qu'elle pense être utile à la compréhension du tournant anti-immigration de l'Europe et du de l'Occident en général.

Pour cela elle construit quatre chapitres. Le premier lui permet de montrer comment fonctionne le marché de la sécurité. En effet, la lutte contre l'immigration se fait à l'aide d'entreprises privées qui fonctionnent aussi bien comme des mercenaires de la sécurité que comme des pourvoyeurs de technologies. L'argent, dans les deux cas, coule à flot. Ainsi les états peuvent déléguer leur gestion des lieux de détention à des entreprises. Dans ce cadre la criminalisation des migrations dites illégales ne peut qu'apporter plus de "clients" et donc demander la construction de nouvelles prisons. Mais la sécurité anti-immigrants mise aussi sur l'usage de technologies de plus en plus coûteuses et pointues qui se forment aussi bien sur le plan physique que virtuel à l'instar de la biométrie.

Dans un second temps l'auteure examine le côté rhétorique du problème. En effet, la fermeture des frontières s'est faites aussi en lien avec la mise en place d'un discours de la peur de l'étranger censé amener insécurité, terrorisme et délinquance. Ce discours se constitue aussi bien sur la nécessité de la construction de murs de séparation pour bloquer une population. On pense, bien entendu, au mur entre les USA et le Mexique mais aussi celui d'Israël. Il est intéressant de voir que ces murs ne fonctionnent pas forcément et enrichissent des milieux criminels qui en profitent pour faire monter la facture. Mais c'est aussi un discours qui fonctionne sur la désignation d'un ennemi bouc émissaire coupable de toutes les atrocités et dysfonctionnements de la société. Enfin, n'oublions pas le terrorisme dont l'usage a permis la destruction de nombreux droits et garanties aussi bien pour les étrangers que les citoyens et dont la menace justifie ces changements.

Un troisième chapitre lui permet de mettre en évidence les liens entre l'Europe et ses voisins immédiats. En effet, non seulement l'Europe ouvre ses frontières intérieures mais elle ferme ses frontières extérieures. Cela se fait par des dispositifs de surveillance mais aussi par des accords avec des pays voisins. Ceux-ci permettent de justifier un renvoi en contrepartie d’investissements. C'est aussi un moyen de faire pression sur des candidats à une future adhésion.

Enfin, l'auteure examine l'intérêt de l'enfermement. En effet, selon une étude citée, la prison est inutile après 14 jours car le renvoi devient impossible. Donc pourquoi mettre en place ces emprisonnements administratifs de longue durée pour des populations entières? Mis à part l'argument financier c'est aussi un moyen de rassurer les citoyens et de prévenir les immigrés qu'ils ne sont pas les bienvenus. Il est intéressant de noter que cet internement commence à se faire en dehors de l'Europe soit en dehors d'une législation gouvernée par les droits de l'homme dans un certain nombre de cas. Mais aussi en dehors des yeux de la population. L'auteur y examine aussi l'agence Frontex responsable de la coordination de la lutte contre l'immigration qui, depuis peu, est capable d'acheter ses propres flottes de véhicules et ce qui permet de lancer une industrie de la sécurité en particulier celle des drones.

Au final nous avons un petit livre très intéressant qui démonte les mécanismes de l'anti-immigration. C'est une Europe inquiétante qui se dessine dans ces pages. Un continent qui se ferme sur lui-même sans vouloir mettre en question les raisons de l'immigration. Ainsi, on ne peut que penser que les drames seront de plus en plus nombreux mais aussi de moins en moins connus car en dehors de l'Europe. Pour les rares personnes qui atteignent le continent c'est la prison, l'idée que ce sont des criminels et le renvoi si possible qui les attendront. Ceci sans examiner si leur demande d'aide de la part de l'Europe est légitime ou non. Mais c'est aussi un monde dans lequel le trafic d'êtres humains pour passer la frontière sera de plus en plus lucratif pour les réseaux criminels qui deviendront encore plus puissant. Et personne ne fera plus attention au coût humain de l'immigration.

Image: Éditeur

16:59 Écrit par Hassan dans contemporain | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : migration, xénophobie, mur, immigration, sécurité | | | |  Facebook

22/10/2013

La nudité. Pratiques et significations par Christophe Colera

Titre : La nudité. Pratiques et significations1couv_nudite.jpg
Auteur : Christophe Colera
Éditeur : Cygne 2008
Pages : 187

La nudité fait partie de ces objets que l'on n'ose pas trop étudier ni trop mentionner. C'est une forme d'être vue comme fondamentalement privée et l'observer avec un regard scientifique peut être difficile aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de la discipline. Mais c'est aussi un sujet qui intéresse et qui fait parler de lui. C'est, en tout cas, un sujet qui m'intéresse. C'est la raison du choix de ce petit livre. Christophe Colera y étudie les pratiques et les significations de la nudité dans diverses cultures et civilisations selon un angle d'attaque qui porte sur la construction d'idéaux-types. Mais, avant de s'y lancer, il examine les aspects anatomiques et psychologiques. Ce qui lui permet de remonter à la préhistoire pour expliquer comment la nudité s'est probablement modifiée suite à la marche debout et à la perte des poils. Malheureusement ce chapitre pose aussi quelques problèmes puisque l'auteur y naturalise des comportements masculins et féminins. Ainsi, l'homme nu est vu comme dangereux alors que la femme nu est vue comme une invite qui ressent du plaisir suite à la passivité de sa dénudation par le mâle. Inutile de dire que je pense dangereux de naturaliser un comportement en ne prenant pas en compte l'histoire humaine depuis la préhistoire. De nombreuses cultures sont passées par là.

Dès le chapitre suivant l'auteur examine ses idéaux-types. Il commence par ce qu'il nomme la nudité fonctionnelle. Celle-ci, selon l'auteur, serait une nudité qui aurait lieu dans des endroits précis pour des buts précis. C'est le cas, par exemple, du bain ou du lit dans lesquels la nudité à une fonction d'aide à l'hygiène et à la sexualité. Mais il examine aussi la nudité qui a lieu lors de la mort qui peut avoir un aspect rituel en sortant du monde comme l'on est rentré. Ainsi que la nudité médicale qui est entourée de codes permettant de supprimer la composante érotique du nu. L'auteur y place aussi une nudité de classe qui aurait une fonction d'unification du groupe autours de valeurs communes.

Le second idéal-type est celui de la nudité comme affirmation. Que ce soit de manière politique ou artistique l'auteur y examine des pratiques qui permettent de créer une rupture dans l'ordre. Ces ruptures sont autant créées qu'aidées par la nudité. Par exemple, les manifestations nues des étudiant-e-s du Québec il y a quelque temps permettaient de valoriser le corps faible des étudiant-e-s face à un État fortement répressif. Ce côté politique peut se faire à côté comme être rattrapé par l'art. C'est le cas de certaines œuvres de Spencer Tunick qui peuvent fonctionner selon un idéal politique.

Le troisième idéal-type est celui de la nudité comme humiliation. Nous y trouvons une analyse de la dénudation pour reconstruire un ordre social. En effet, dénuder quelqu'un permet de punir un acte précèdent ou d'empêcher une destruction de l'ordre social (par exemple patriarcal). Ainsi, l'auteur montre le nombre important de dénudations de femmes en Inde dans un contexte de plus en plus revendicatif envers l'égalité. Il est dommage que l'aspect genré de la dénudation ne soit pas vraiment observée par Christophe Colera mais on observe que les femmes sont beaucoup plus humiliées que les hommes par la nudité. En effet, c'est un moyen de briser leur pudeur qui devrait, selon les hommes, être gardées par les femmes. Mais on y trouve aussi la nudité par la justice, que ce soit comme punition ou comme examen de la personne, et de la guerre. Est-il nécessaire de rappeler que le viol est une arme de guerre? La aussi les femmes sont les principales concernées.

Enfin, l'auteur termine sur l'idée de la nudité comme don. Que ce soit un don envers une personne connue ou un don envers un inconnu à l'instar de la pornographie le nu est vu ici comme un don des femmes envers les hommes. En effet, jamais l'auteur ne parle du nu masculin comme don. Mais les exemples cités montrent des femmes qui offrent leur nudité à dieu, aux hommes ou pour l’État.

Que peut-on dire de ce petit livre au final? J'ai apprécié l'effort important de synthèse général des cultures. Synthèse possible car l'auteur crée des idéaux-types qui, bien entendu, ne sont pas réels mais permettent de mieux comprendre le fonctionnement de la nudité. Mais je trouve que Christophe Colera mélange parfois les typologies. Ainsi, je pense que le nudisme des classes moyennes et supérieurs pourrait être considéré non comme une nudité fonctionnelle mais une nudité affirmative d'une capacité de passer outre l'animalité du sexe pour accepter le nu comme normal. L'auteur manque aussi les explications en terme de genre. Nombreux sont les exemples qui auraient mérité un examen sous cet angle qui aurait pu montrer une différenciation de la nudité masculine et de la nudité féminine. Au contraire l'auteur préfère naturaliser le nu féminin comme don et le nu masculin comme guerrier. À mon avis c'est une erreur importante. Cependant ceci n'empêche pas le reste du propos d'être intéressant si on est attentif à ces naturalisations.

Image: Éditeur

21/10/2013

Ma vie avec Liberace (Behind the Candelabra) de Steven Soderbergh

Voici le film que personne n'a vu au cinéma aux USA. Et qu'aucuns producteurs d’Hollywood n'a voulu supporter car trop "gay" (mais un film ne pourra jamais être trop hétéro apparemment). Heureusement pour nous nous ne sommes pas aux USA et le film est donc au cinéma en ce moment même (bien que uniquement en VO dans ma ville). De plus HBO, coutumière des réussites et des prises de risques, a accepté de supporter le projet. Alors comme beaucoup je ne connaissais pas Liberace. Cet homme était un pianiste de talent mais surtout un showman. Je m'explique, Liberace créait des shows autant qu'il jouait grâce à ses costumes, à sa manière d'être et à sa réputation. Nous ne suivons pas vraiment sa vie mais celle de son amant: Scott Thorson. Ce dernier est ébloui par la vie fastueuse de Liberace et se fait rapidement prendre dans sa toile.

J'ai beaucoup aimé ce film mais je ne suis pas certain de savoir pourquoi. Alors passons déjà en revue les classiques. Tout d'abord les deux acteurs principaux que sont Matt Damon et Michael Douglas incarnent parfaitement bien leurs personnages respectifs. Le premier est Scott et il joue un homme pris dans une toile sans la voir mais qui, progressivement, sent les choses lui échapper. Le second est Liberace dont il incarne la figure kitsch mais aussi profondément narcissique. Les autres acteurs sont moins visibles mais tout aussi bon. Du côté de l'intrigue il est intéressant de s'intéresser au point de vue d'un personnage, Scott, ce qui permet de choisir certains épisodes particuliers important selon le point de vue de celui-ci. Je suis aussi ébahi par le travail qui a été fait sur les décors qui sont tout simplement époustouflants. Mais HBO nous avait habitué à une grande qualité de ce côté (pensez à Game of Thrones ou Rome par exemple). L'intrigue nous plonge dans la dynamique mise en place autours du couple Liberace-Scott. Une dynamique étrange et souvent un peu malsaine entre un homme qui donne tout mais demande tout et un homme qui reçoit tout et accepte tout. En effet, bien que Liberace soit très généreux il est aussi très demandeur non seulement en temps mais aussi en sacrifice. Ce qui permet de montrer une relation psychologiquement difficile. Mais on découvre aussi l'autre face. Car Liberace n'est pas qu'une star c'est aussi un vieil homme qui commence à perdre sa beauté et qui possède de nombreux besoins inassouvis.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario.

  • Joss Whedon. Il m'est franchement difficile de trouver des points négatifs à ce film. Je me suis amusé, j'ai été dérangé, les décors sont magnifiques et les acteurs au pinacle de leur art.

Image: Allociné

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10:42 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : biopic, liberace, hbo | | | |  Facebook

20/10/2013

Omar de Hany Abu-Assad

Bon après avoir vu Turbo je me suis dis que j'allais passer à un autre style en allant voir Omar. Ce film dont le titre est le nom du principal personnage est décrit comme un thriller palestinien par la presse. Omar est donc un jeune homme palestinien qui vit à l'ombre du mur qu'il traverse parfois en risquant de se faire tuer. Mais comme beaucoup de jeunes il souhaite résister à l'occupation israélienne en accomplissant ce que l'ennemi nomme du terrorisme. C'est avec deux amis d'enfance qu'il prépare une attaque contre l'armée qui réussira. Mais il y a un traître dans les rangs et la police rattrape vite Omar qui se voit offrir un choix: coopérer ou passer sa vie en prison sachant que tous ses amis et la femme de sa vie seront détruits.

Il est rafraîchissant de ne pas toujours voir de thriller américain. Ce n'est pas que je ne les apprécie pas mais Omar fonctionne différemment. On ne se trouve pas dans une grande ville sombre dont l'on parcourt les bas-fonds à la recherche de la vérité. Au contraire on se trouve au soleil de la Palestine et les seuls moments sombres sont ceux de l'attentat et des emprisonnements. Ce film regroupe à la fois une histoire d'amis, une histoire d'amour et une histoire politique. Car tout le monde est impliqué dans l'occupation qu'ils luttent activement, passivement, aient renoncés ou qu'ils aident les occupants quand ils ne sont pas ces derniers. Ce film est donc assez dense.

Ce que l'on observe dans l'histoire qui nous est contée est la difficulté de résister avec des armes considérées comme terroriste. En effet, la seule résistance armée possible (car je suis convaincu qu'une résistance pacifique est possible) est cachée, une forme de guérilla. Mais l'opportunité de cette résistance n'est jamais questionnée. Est-ce la seule voie? Est-ce vraiment une bonne idée? Le film nous montre aussi le danger de la paranoïa et de la méfiance entre amis et amants. En effet, dès que quelqu'un est soupçonné tout commence à tomber par terre. Que ce soit l'envie de se marier ou l'amitié. Ceci est mis en place par les forces de sécurité d'Israël qui comprennent bien ce qu'elles peuvent en tirer. Mais on observe aussi l'humiliation quotidienne des Palestiniens. Que ce soit le mur, les forces armées israéliennes qui s'amusent à humilier ou la prison dans laquelle la torture psychologique et physique est utilisée. On trouve aussi quelques informations intéressantes sur la place des femmes qui se doivent d'être chastes, silencieuses et d'accepter l'échange qui se fait lors d'un mariage décidé par les hommes vu comme pourvoyeurs de l'argent. Au final ce film dépeint la perte d'une amitié et de l'amour face à un occupant tout puissant qui prend le contrôle des personnes.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario. Une histoire qui nous permet de visiter les deux cotés du mur et de comprendre ce que ressent un peuple sous occupation constamment humilié. Mais aussi un thriller qui permet de lier divers histoires entre elles dans une intrigue de méfiance.

  • Joss Whedon.

Image: Allociné

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15/10/2013

L'antifascisme en France de Mussolini à Le Pen par Gilles Vergnon

Titre : L'antifascisme en France de Mussolini à Le Pen1259075133.jpg
Auteur : Gilles Vergnon
Éditeur : Presses Universitaires de Rennes 2009
Pages : 234

L'antifascisme a pris une actualité ces derniers mois lors de la mort d'un militant. Après une courte période de sympathie une avalanche de critiques s'est abattue sur le mort sans jamais que l'antifascisme ne soit défini ou considéré comme un moyen de défendre la démocratie. La période française qui vient de se dérouler est aussi celle d'une résurgence dans le public de mouvements (néo)fascistes qui utilisent le thème du mariage pour tous et toutes comme moyen de militer. C'est la raison de mon intérêt pour le sujet car bien que je sois capable de comprendre les grandes lignes de l'antifascisme et du fascisme cela ne veut pas dire que je comprends son histoire. Ce livre, qui porte sur la France, devait m'aider.

L'auteur, historien, divise son livre en 6 chapitres. Chacun de ces chapitres dépeint une période particulière de l'antifascisme et de sa lutte contre un ennemi parfois imaginaire parfois très concret. Ainsi, c'est dès les années 20 que le terme apparaît dans les discours français de l'époque. Celui-ci décrit tout d'abord la situation italienne et les personnes et institutions qui souhaitent un système politique autoritaire. Mais le militantisme est encore faible et n'atteint pas son niveau de février 1934. Cette année qui forme tout un chapitre est le moment d'une forte peur du fascisme qui débouche sur de nombreuses manifestations monstres au nom de la défense des valeurs républicaines. Cette journée est aussi un moment d'unité, parfois construite a posteriori, entre les gauches. L'antifascisme sera important pour la culture politique des années 30 qui permettront la mise en place d'une demande d'unité contre un ennemi mais surtout de travail en faveurs de la paix alors que la guerre est vue comme un moyen de fonctionnement pour le fascisme. Cette période se termine sur l'occupation de la France par l'Allemagne. On pourrait croire que la Résistance française utiliserait un registre discursif fortement imprégné des thèmes de l'antifascisme mais il n'en est rien. Ce sont plutôt le patriotisme et les thèmes républicains qui sont utilisés face à un gouvernement autoritaire considéré comme étant de droite.

Mais comment le militantisme a-t-il pu muter après la Deuxième Guerre Mondiale? Selon l'auteur c'est la Guerre d'Algérie qui renouvelle le militantisme. Autant le danger d'un gouvernement de Gaulle tenté par l'autoritarisme que les combats coloniaux en Algérie et les mouvances terroristes qui en sortent sont vu comme de possibles fascismes. Mais il est difficile de placer de Gaulle comme fasciste alors que son nom est un symbole de la Résistance française. Tandis qu'il est facile de s'attaquer aux Généraux et à l'OAS qui s'attaquent aux symboles de la République. Après les années 60 le militantisme perdra de son attrait face à des mouvements ennemis peu structurés et presque morts. Mais l'arrivée sur la scène publique du Front National via ses résultats électoraux surprendra tout le monde et réactivera les discours d'unité contre le fascisme qui ont empêché toute alliance entre la droite institutionnelle et le FN. L'auteur explique que la dénomination fasciste du FN ne fait l'unanimité et même que certaines personnes la considèrent comme dangereuse pour lutter contre ce parti. En tout cas, le FN continuera son ascension jusqu'en 2002 date de fin de l'ouvrage.

En conclusion voila un livre intéressant pour quelqu'un, comme moi, qui ne connaît rien au sujet. Le livre est dense dans sa synthèse d'un siècle entier sur tout un pays. Il permet de mieux comprendre le fonctionnement de l'antifascisme et ses liens avec la gauche et l'antiracisme. Il permet aussi de comprendre pourquoi le thème de l'antifascisme n'est pas forcément le plus adéquat pour des luttes politiques actuelles. en effet, qui croit se trouver dans une période précédent la mise en place de dictatures? Au pire nous nous trouverons dans une société autoritaire mais non dans une dictature ouverte et assumée.

Image: Site de l'éditeur

12:11 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : antifascisme, france | | | |  Facebook

15/09/2013

The Butler /Le Majordome de Lee Daniel

Le Majordome est ce film qui aurait fait pleurer Obama. Il est donc logique que tout le monde décide d'aller le voir pour savoir si on pleure vraiment devant l'écran. C'est aussi une histoire particulièrement importante pour les USA qui n'ont pas encore réussi à créer une égalité de fait entre les communautés. Nous n'avons pas le même type de mouvements en Europe. Ce film est l'histoire d'un homme, Cecil Gaines qui quitte le Sud des USA pour éviter les risques qui entourent les personnes noires. Son voyage lui permettra de devenir un très bon majordome et d'être observé par les services de la Maison Blanche. Il sera dans cette Maison au service de 7 présidents ce qui lui permettra de voir de l'intérieure des bribes de décisions concernant les questions importantes de la seconde moitié du XXe siècle tout en restant le plus discret possible.

Je pense qu'il est nécessaire de le dire immédiatement. J'ai lu de temps en temps que ce film permet de voir la petite histoire d'un homme face à la grande histoire. A mon avis il n'y a pas de grande ni de petite histoire. Il y a des individus qui sont mêlés à des événements qu'ils ne contrôlent pas. Et ce film réussit bien à montrer cet emmêlement. Alors que Cecil Gaines tente de garder son travail et de rester discret sa famille est nécessairement engloutie par l'arrivée de Martin Luther King puis du Black Panther Party. Perdu dans des mouvements de masse qu'il ne comprend pas et dont il a peur alors que l'un de ses fils s'y engage fortement pour ensuite entrer en politique. On observe, en fait, un changement de génération. L'une souhaitait la discrétion pour survivre et la nouvelle fait tout pour démontrer son droit à l'existence.

Mais ce beau film est loin d'être parfait. En fait c'est un film très simple. On peut difficilement échouer quand on place toutes les idées connues sur le mouvement des droits civiques et l'histoire des populations noires des USA. Ainsi, le réalisateur nous montre les champs de cotons, la brutalité policière et des simples personnes et porte sur un piédestal les combattants du mouvement freedom puis du Black Panther Party en mettant face à face des mouvements qui se veulent pacifistes et une réaction violente encadrée et légitimée par la justice. Il n'y a aucune vision de ces événements dans toute leur complexité. Le personnage de Cecil Gaines est lui-même simplifié à l'extrême. C'est un père de famille travailleur consciencieux qui a des problèmes avec sa famille entre sa femme délaissée, son aîné engagé et son cadet qui accepte tout sans critiques. Il ne manque plus que le chien et nous avons la bonne famille américaine. Les femmes, elles, apparaissent à peine. Et tandis que le réalisateur nous montre les mouvements de luttes contre la ségrégation rien n'est fait pour y montrer l'importance des femmes ainsi que leur vision critique du patriarcat. Ou est passée la critique des blacks feminists? C'est à peine si on nous montre quelques scènes durant lesquels les hommes sont dominants et les femmes dominées et mises à l'arrière plan. Ceci étant fait sans visions critiques.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances. Ce n'est pas un mauvais film malgré quelques scènes peu maitrisées mais surtout un film facile. Dans l'Amérique d'Obama il n'était que logique que ce type d'histoire soit mis en scène. Mais il n'y a pas de profondeurs et j'en suis sorti avec une impression de manque.

  • Bon scénario.

  • Joss Whedon.

Image: Allociné

Site Officiel

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13/09/2013

La distinction entre sexe et genre. Une histoire entre biologie et culture coordonné par Ilana Löwy et Hélène Rouch

Titre : La distinction entre sexe et genre. Une histoire entre biologie et culture2747546012j.jpg
Coordinatrices : Ilana Löwy et Hélène Rouch
Éditeur : L'Harmattan 2003
Pages : 258

Le genre est de plus en plus décrié dans certains milieux. Des personnes pensent que le genre est une théorie qui détruit ce qui serait la nature. Or, la théorie du genre n'existe pas. Le genre est un concept qui décrit la construction culturelle de la signification des sexes et non les sexes biologiques eux-mêmes. Cependant, il est utile de se demander si le sexe précède ou non le genre. Ou, pour mieux le dire, si la manière de considérer le sexe biologique est influencé par la culture.

C'est ce dernier point qui est le thème rassembleur de cette édition des Cahiers du Genre. On y trouve 9 contributions (dont l'introduction) qui concernent aussi bien la sexologie que l'intersexualité. Les différentes contributions montrent de quelle manière le sexe a été défini que ce soit dans son acceptation biologique et culturelle. Par exemple, la recherche sur les hormones a impliqué la mise en place de divisions sexuelles entre elles alors que les différences sont moins importantes qu'on ne le croit. Le cahier permet donc de mettre en place une réflexion importante sur la relation entre sexe et genre que ce soit philosophiquement où dans le cadre de l'histoire des sciences.

Image: Éditeur

05/09/2013

L'arrangement des sexes par Erving Goffman

Titre : L'arrangement des sexes41GW99Z3Q7L._.jpg
Auteur : Erving Goffman
Éditeur : La Dispute et Cahier du Cedref 2002
Pages : 115

Erving Goffman est l'un de mes sociologues fétiches. J'apprécie sa méthode ainsi que ses terrains d'observations. J'aime aussi les concepts qu'il développe que je trouve très stimulant. Quand j'ai appris qu'il avait écrit un article, traduit en français, sur le genre j'ai tout de suite voulu le lire. Goffman y utilise le concept de genre pour décrire la société qui l'entoure soit bourgeoise et blanche. Il utilise sa méthode de microsociologie pour montrer comment les relations entre personnes permettent de (re)créer des relations différenciées entre les personnes des deux sexes. Ainsi il décrit plusieurs moments de la vie de tout le monde comme les actes de galanterie qu'il décrit comme un moyen pour l'homme de renouveler son caractère de genre mâle face à une femme qui renouvelle son genre féminin. Il montre aussi comment fonctionne la relation de séduction qui permet à une femme d'accepter ou de refuser un homme qui se sent avoir le droit à l'attention des femmes dès qu'elles se trouvent en dehors du foyer.

Bref, cet article est daté. La plupart des relations que Goffman analyse sont maintenant largement connues et décrites dans une littérature abondante. Celle-ci est allée plus loin que le sociologue depuis de nombreuses années et s'est intéressées aux relations entre les phénomènes de dominations. Cependant, faut-il pour autant jeter aux oubliettes les analyses de Goffman? Je ne le pense pas. En effet, l'auteur applique une méthode extrêmement intéressante pour trouver une forme de domination entre des personnes. Plutôt que des enquêtes statistiques l'observation d'un groupe particulier permet de décrire des mécanismes subtils et, parfois, inconnus. Cette méthode est, à mon avis, toujours utile et peut donner des résultats très intéressants.

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02/09/2013

Si je veux, quand je veux Contraception et avortement dans la société française (1956-1979) par Bibia Pavard

Titre : Si je veux, quand je veux  Contraception et avortement dans la société française (1956-1979)1346231416.jpg
Auteure : Bibia Pavard
Éditeur : Presses Universitaires de Rennes 2012
Pages : 358

Le droit à l'avortement et à la contraception est régulièrement remis en question dans les pays occidentaux. Que ce soit de manière violente ou non le contrôle du corps des femmes est encore un enjeu de luttes pour différents groupes. En Suisse même il existe, à ce jour, deux initiatives qui visent frontalement le droit à l'avortement. Il est donc important de regarder comment se sont déroulées les luttes dans le passé pour comprendre comment et pourquoi ces luttes continuent aujourd'hui. Ce livre s'intéresse à la France mais cela n'enlève rien à sa pertinence. En effet, les arguments restent souvent les même malgré le passage de la frontière. Il est construit en trois parties chronologiques qui partent des premières luttes pour la contraception dans les années 50 jusqu'à l'élaboration finale du droit à l'avortement en 1979.

C'est dans le milieu des années 50 que sort du tabou la question de la contraception. Alors que cette dernière est attaquée par le dispositif légal français un certain nombre de médecins décident de mettre en place une discussion autours de la gestion de la maternité. Ces personnes décident de porter le problème sur la place publique en s'aidant de dispositifs militants internationaux pour arrêter une politique considérée comme hypocrite. Le but est de reconstruire la contraception comme un moyen de contrôle des naissances dans le cadre d'une politique familiale rationnelle qui permette d'éviter les avortements clandestins. Moins qu'une attaque contre le contrôle des corps féminins c'est plus une redéfinition de la contraception dans des catégories modernes de rationalité économique qui réussira lors du vote de la loi Neuwirth à la fin des années 60.

Mais la loi est à peine votée que de nouveaux enjeux féministes s'imposent dans la société. Alors que le droit à la contraception est difficilement mis en place un certain nombre de groupes décident de s'organiser autours d'une lutte en faveurs de l'avortement. Que ce soit le MLF, Choisir ou le Planning Familial chacun décide de militer à sa manière et selon ses propres conceptions. L'un des points les plus importants du droit à l'avortement est la prise de contrôle du corps féminins par les femmes elles-même. Dans ce cadre l'usage de la méthode d'avortement par aspiration permet de pratiquer sur sois-même entouré par des personnes qui travaillent en commun avec celle qui souhaite avorter. Tout aussi important est le caractère public des avortements - que ce soit le manifeste des 343 où la mise en place d'avortement non-clandestins chez des militantes - ce qui permet d'attaquer frontalement la vieille loi de 1920 qui pénalise cette pratique. Celle-ci n'est plus appliquée que dans de rares cas qui montrent à la fois sa non-applicabilité mais aussi son caractère de justice masculine sur des femmes de classes populaires. Il devient rapidement apparent que la loi est injuste voire qualifiée de scélérate.

C'est dans ce cadre qu'une tentative de légaliser l'avortement est mise en place autours de Simone Veil. Mais la majorité est loin d'être acquise que ce soit du coté des personnes favorables au droit à l'avortement où du coté des personnes défavorables. La lutte s'annonce difficile et de nombreuses concessions doivent être faites pour rendre la loi acceptable dont la mise en place d'une période d'essai de 5 ans. Malgré cela les débats utilisent des arguments forts que ce soit en 1974 ou 1979 qui restent semblables. Les mouvements féministes tentent aussi d'influer sur la loi et son application en dénonçant les mauvaises pratiques où les médecins réfractaires. Parfois jusqu'à, encore une fois, violer ouvertement la loi. Cette histoire se termine, provisoirement, en 1979 lorsque la majorité accepte enfin un droit à l'avortement.

En conclusion je suis très heureux d'avoir choisi ce livre extrêmement intéressant. Je n'ai pas montré, dans ce billet, toute la richesse de cette recherche qui permet de comprendre pourquoi et comment des personnes, ordinaires, se sont intéressées au sujet de la contraception et de l'avortement pour en faire une lutte politique. Le livre de Bibia Pavard permet de passer outre les grands personnages de cette histoire et de comprendre le militantisme de femmes et d'hommes dans le cadre d'organisations nombreuses et, parfois, contradictoires. Ce livre permet de mieux comprendre comment une lutte à pu réussir malgré son illégalité et son illégitimité au départ.

Image: Éditeur

20/08/2013

Liberté Egalité Propreté. La morale de l'hygiène au XIXe siècle par Julia Csergo

Titre : Liberté Égalité Propreté. La morale de l'hygiène au XIXe siècle
Auteure : Julia Csergo
Éditeur : Albin Michel 1988
Pages : 361

De nos jours tout le monde s'accorde sur la nécessité de se laver au moins une fois par jours et de changer souvent de vêtements. Mais cette hygiène n'a pas toujours existé sous cette forme que ce soit pour des raisons médicales ou simplement par manques d'infrastructures permettant le nettoyage. Julia Csergo, dans ce livre, tente de retracer l'histoire de l'hygiène dans l'histoire de Paris du XIXe siècle en s'intéressant aussi bien aux discours médicaux et moraux qu'aux capacités matérielles. Pour réussir cet examen elle développe des analyses sur quatre parties.

La première partie lui permet de retracer les discours qui ont existé sur la nécessité de l'hygiène. Le premier chapitre lui permet de montrer que la propreté du corps implique aussi une propreté de l'âme. On y trouve donc la mise en place d'une pacification des classes dangereux (et laborieuses) par la propreté du corps. Celle-ci serait un moyen de vérifier la moralité des personnes mais aussi d'éviter le danger des miasmes et des odeurs. Un second chapitre permet aussi à l'auteure d'examiner les gestes de propreté. Que ceux-ci concernent les ablutions partielles ou totales il faut apprendre.

La seconde partie examine la manière dont les institutions ont été utilisées pour proposer des bains et éduquer à l'hygiène. Julia Csergo examine trois institutions: l'enfermement, l'école et le corps militaire. Dans ces trois cas l’État français de l'époque tente de réguler la propreté en éduquant les masses. Pour cela il est nécessaire de trouver quelles infrastructures sont les plus économiques mais aussi les mieux adaptées. Le but est de laver un grand nombre de personnes dans un minimum de temps avec un usage minimum d'eau. Il s'ensuit de nombreuses décisions qui ont de la peine à être mises en place par manque d'espace, d'argent ou de volonté.

Dans la troisième partie l'auteure examine deux formes d'hygiène publique. Tout d'abord elle montre comment les classes populaires se virent offrir un accès à la propreté par la mise en place de structures spécifiques dans les rues. Mais ces bâtiments furent surtout utilisés par les hommes et rarement par les femmes ou les écoliers. En ce qui concerne la bourgeoisie ce sont les bains publics et les écoles de natations qui permettent le bain. Mais ces entreprises sont rapidement accusées d'être dangereuses soit par la malpropreté de l'eau de la Seine soit par la promiscuité des corps et l'impudeur des bains. Rapidement ces bains publics disparaîtront.

C'est dans la dernière partie que l'auteure examine l'arrivée du soin à domicile. Elle montre comment la mise en place de l'eau courante implique une transformation de l'intérieure. On passe du cabinet de toilettes caché à la salle de bain fastueuse. Mais le faste sera contesté par la bourgeoisie qui préfère des lieux aseptisés, blancs et carrelés qui préfigurent nos propres salles de bains. Cette partie est aussi l'occasion de vérifier l'usage du bain en tentant la mise en place qu'une histoire quantitative de l'usage de l'eau. Ce qui permet de vérifier dans où se trouvent les objets permettant l’hygiène et leur véritable usage selon des normes de classes.

En conclusion voici un livre dont j'ai apprécié les analyses et les propos. J'ai appris énormément sur l'histoire de l'hygiène et j'ai particulièrement apprécié l'impression de retrouver des gestes perdus et des normes que nous ne connaissons plus. Bien que ce travail ait près de 20 ans je ne connais pas d'autres ouvrages et je ne peux donc pas considérer son intérêt au vu de l’historiographie. Ce qui n'influence pas la lecture ou l'intérêt du lecteur.

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11:47 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hygiène, propreté, bains, piscines | | | |  Facebook

12/08/2013

Défaire le genre par Judith Butler

Titre : Défaire le genre
Auteure : Judith Butler
Éditeur : Amsterdam 2012
Pages : 331

Depuis que je connais les études genre j'ai voulu lire du Butler. Après tout son livre Trouble dans le genre est l'une des références de ce champ d'étude. Mais j'ai aussi toujours eu peur d'elle. Ses propos ont la réputation d'être particulièrement obscure et difficile à lire. C'est aussi une auteure particulièrement décriée dans les mouvements masculinistes et antiféministes. Il fallait tout de même que je me lance un jour où l'autre et j'ai décidé de commencer à rebours. En effet, ce livre est, à ma connaissance, l'un des derniers qu'elle ait écrit à ce jour. Selon la quatrième de couverture, ce livre permet d'aller plus loin que Trouble dans le genre dans la pensée de Butler. En effet, depuis que Butler a publié ce dernier un certain nombre d'années ont passé. Défaire le genre permet donc de connaitre les dernières recherches de Butler. Il permet aussi de penser l'altérité du genre en particulier quand on parle de la transsexualité. Qu'est-ce que le genre et comment peut-on le déconstruire pour le recréer et permettre de nouvelles possibilités de vies humaines? C'est, je crois, le principal propos de ce livre.

Qu'est-ce qu'un être humain et qu'est-ce qu'une vie vivable? Ces questions reviennent souvent dans le livre de Butler. Selon elle, le genre permet de catégoriser les personnes entre humains et non-humains. Le non-humain est une personne qui n'est pas incluse dans la catégorie humaine car son genre n'est pas compréhensible. Cette catégorie n'a pas inclut que des lesbiennes, des gays ou des personnes transsexuelles mais, dans l'histoire et actuellement, des migrants, des noirs, des musulmans. L'humain serait inclut dans un certain nombre de droits universels qui dépendent du lieu historique et culturel. Mais les marges existent et mettent en danger ces valeurs universelles en montrant que, justement, l'universel n'inclut pas tout le monde. Selon cette constatation on peut commencer une lutte politique pour être inclut dans la définition d'humain. Mais cette lutte, qui actuellement concerne le mariage pour les gays et lesbiennes en occident, implique une normalisation. Dans le cas de la France, par exemple, le droit au mariage dit pour tous implique que les autres formes de partenariats sont encore plus marginalisées. Butler fait donc le constat qu'une lutte légitime peut très bien marginaliser des individus. Elle fait le même constat en ce qui concerne la transsexualité. Bien que la lutte contre la psychiatrisation de la transsexualité soit légitime elle implique, comme backlash, un non-remboursement des opérations et, donc, une marginalisation des personnes pauvres.

Comme on peut le voir il est difficile pour moi de parler de ce livre et de présenter sa richesse théorique. En effet, celui inclut de nombreux chapitres qui concernent aussi bien la philosophie du féminisme que l'intersexualité. De plus, l'auteure écrit d'une manière particulièrement compliquée et je suis loin d'être certain d'avoir compris tous les propos. S'ajoute à ce constat ma méconnaissance des écrits antérieurs de Butler qui auraient pu me permettre de faire des liens entre ses différents travaux. Quoi qu'il en soit, ce livre m'a beaucoup stimulé et m'a permit de comprendre un grand nombre de choses auxquelles je n'avais pas forcément réfléchit auparavant. Malgré la difficulté la lecture vaut largement la peine.

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04/08/2013

Gay Paris. Une histoire du Paris interlope entre 1900 et 1940 par François Buot

Titre : Gay Paris. Une histoire du Paris interlope entre 1900 et 19409782213654188-X_0.jpg?itok=uIxGEYS6
Auteur : François Buot
Éditeur : Fayard 2013
Pages : 290

Cette fois je me suis intéressé à une histoire qui prend place avant la Deuxième Guerre Mondiale. On le sait peu mais le début du XXe siècle est celui d'une relative tolérance de l'homosexualité. Celle-ci s'accompagne d'un discours médical qui permet de décriminaliser les pratiques pour mieux les considérer comme anormale. Mais certains hommes luttèrent comme, par exemple, Magnus Hirschfeld qui créa le premier centre de sexologie à Berlin. Ce dernier a été brûlé par les nazis. Mais l'histoire qui m'intéresse ici est celle de Paris. L'auteur nous emmène dans un monde à la fois sombre et illuminé. Il est sombre car on s'y adonne à la prostitution, au fétichisme et à tous les vices vu peu favorablement par les forces de l'ordre. Mais illuminé car, selon l'auteur, ces actes se font dans une chaude ambiance de fête dans des établissements connus et fréquentés par toutes les classes sociales. Son livre nous permet de redécouvrir ces lieux à l'aide de romanciers et de rapports de la police de mœurs.

Si ma présentation est aussi courte c'est parce que je suis loin d'être convaincu sur de nombreux points. Ma principale critique concerne la structure même du livre. En effet, je n'ai pas l'impression de m'être trouvé face à un livre d'histoire. J'ai plutôt eu l'impression de me trouver face à un livre d'anecdotes mises les unes à côté des autres sans problématiques ni récits historiques. Ceci contribue à un effet de flou qui m'a empêché de véritablement entrer dans les propos de l'auteur. Je suis aussi peu convaincu par le titre qui promet un examen large du monde déviant de Paris du début du siècle mais qui se contente de parler des homosexuels voir, de temps en temps, des lesbiennes et de leurs liens avec les élites artistiques. Là aussi j'ai un problème. L'introduction nous promet de retrouver les "gens d'en bas". Pourtant, la majeure partie du livre repose sur des élites du monde de l'art qui parlent de leur propre expérience. On ne peut pas condamner leur usage par l'auteur en tant que sources. Mais peut-on vraiment les considérer comme des "gens d'en bas"? Je ressors donc de ce livre avec un fort sentiment d'inachevé et de frustration. L'impression d'un auteur qui aime son travail et cette époque mais qui n'a pas réussit à communiquer au lecteur cet amour et ses découvertes.

Image: Éditeur

25/07/2013

Vichy et l'ordre moral par Marc Boninchi

Titre : Vichy et l'ordre moral9782130553397.jpg
Auteur : Marc Boninchi
Éditeur : Presses Universitaires de France 2005
Pages : 318

Quand on parle du gouvernement de Vichy on a tout de suite en tête l'image d'une France gouvernée par des hommes réactionnaires qui n'eurent aucun état d'âme à collaborer avec l'occupant allemand. Une période marquée par une répression importante et un retour vers l'ordre moral incarné par l'importance de la famille, du travail et de la patrie devenus nouvel hymne du pays. Sans mettre en doute un grand nombre de faits avérés cette image oublie une partie importante du régime de Vichy: la continuité avec la IIIème République et l'héritage important des normes juridiques léguées à la IVème puis à la Vème République. L'auteur, Marc Boninchi, docteur en droit nous offre ici une thèse qui tente de comprendre l'histoire des normes juridiques vichyste ainsi que leur continuité dans l'histoire française.

Il accomplit ce lourd travail en analysant la création et l’usage des lois dans six chapitres qui vont de la définition de l'ordre moral à la lutte contre l'avortement. L'auteur utilise des archives inédites qui lui permettent d'entrer dans la mise en place intime des lois. Ce qui lui permet, non seulement, de comprendre à quel point les lois morales de Vichy sont originaires de la IIIème République et de certains cercles mais aussi de voir de quelle manière elles ont été reçues et appliquées par les magistrats. Il observe aussi, et surtout, une hausse importante du pouvoir des bureaux de fonctionnaires tandis que le pouvoir politique des chambres est mis en sommeil. Ce pouvoir est si fort que de simples fonctionnaires peuvent refuser un projet de loi sans en déférer à leur ministre. Mais ce travail est aussi un moyen d'examiner le pouvoir de la répression. Marc Boninchi montre de nombreuses lois répressives qui ont échoué. Quel en est la raison? Selon l'auteur, ces lois sont souvent trop répressives pour être applicables et ne réussissent pas à atteindre leur cible. C'est le cas, par exemple, de la lutte contre l'alcoolisme qui est menée en 1940 par une loi qui impose la fermeture des débits de boissons même pour les crimes les plus mineurs comme une simple pancarte.

Le texte de l'auteur est très riche. Il examine un grand nombre d'aspects légaux qui sont encore importants dans les lois de la Vème République même si un certain nombre de crimes ont été dépénalisé dans les années 70 (comme l'avortement et l'homosexualité). Son livre permet non seulement à l'historien de posséder des informations sur la manière dont les lois sont créées et appliquées durant l'occupation mais aussi aux juristes de réfléchir sur l'usage de la répression grâce à un exemple historique de cette pratique.

Image: Éditeur