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  • An adventure in time and space

    Le 23 novembre passé a eu lieu l'anniversaire de la série plus emblématique de la BBC. En effet, Doctor Who avait 50 ans. Cette célébration s'est faites avec un épisode spécial mais aussi avec un biopic sur les premières années de la série. Nous sommes dans les années 60. La BBC cherche à remplir un créneau vide. Une idée de série de science-fiction se forme dans la tête Sidney Newman. Pour celle-ci il souhaite avoir des idées neuves. C'est la raison pour laquelle il propose le poste de productrice à Verity Lambert, première femme de la BBC à ce poste, et de réalisateur à Warris Hussein premier Indien à ce poste. Mais la construction de cette série ne sera pas facile. Entre les personnes qui ne prennent pas au sérieux cette simple production pour enfants et les personnes qui créent des délais ainsi que les bâtiments délabrés rien ne fonctionne. Heureusement, Verity Lambert a réussit à s'adjoindre l'acteur William Hartnell qui devient le tout premier Docteur. Et le succès est immédiat.

    Nous connaissons la fin. Doctor Who fonctionne toujours aussi bien malgré les années. Et, prochainement, la série reprendra pour une nouvelle saison. Mais cela n'enlève rien à l'intérêt de ce biopic. En particulier pour les personnes qui, comme moi, suivent les aventures du Docteur. Retrouver les premiers moments, la construction de la série, est particulièrement émotionnel. De nombreuses scènes sont magnifiquement écrites. Je pense, en particulier, à Hartnell et les enfants dans le parc ou encore aux conversations de ce dernier avec sa petite fille. Mais ce bipic montre aussi à quel point cette série fut difficile pour le premier Docteur. On l'observe perdre ses moyens et le jeu devenir, malheureusement, de plus en plus difficile. Un très bon moyen de retourner aux sources de la série pour les personnes qui ne connaissent pas l'originale. Le Docteur vivra toujours.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario. Quelques raccourcis dans l'histoire mais un biopic émotionnellement fort pour rendre hommage à une série entière et à toutes les personnes qui ont permis sa naissance et sa continuation.

    • Joss Whedon.

    Site officiel

  • Les camps de la honte. Les internés juifs des camps français 1939-1944 par Anne Grynberg

    Titre : Les camps de la honte. Les internés juifs des camps français 1939-19449782707176189.gif
    Auteure : Anne Grynberg
    Éditeur : La Découverte 1999
    Pages : 409

    Avant les années 90 une personne qui souhaitait s'informer sur l'histoire des camps d'internement français avait très peu de chance de trouver quelque chose. L'importance de la littérature, aussi bien scientifique que de mémoire, actuelle est récente. Mais tout ceci a dû commencer par des recherches d'historien-ne-s. Ce livre, adapté d'une thèse, fut l'un des premier ouvrages consacrés à ces camps d'internement. Elle y examine leur genèse, leur fin mais aussi leur fonctionnement et la manière dont la vie quotidienne s'y développa.

    Pour accomplir ce difficile travail l'auteure construit 16 chapitres en 4 parties. La première permet d'insérer les camps dans leur genèse républicaine. En effet, la France mit en place, comme de nombreux autres pays, une procédure d'internement dans les camps de populations jugées dangereuses. Dans ce contexte les camps existèrent avant la Deuxième Guerre Mondiale. Ils furent construits à la hâte pour accueillir les réfugiés suite à la guerre d'Espagne. Dans un second temps ils permirent de s'occuper des réfugiés antifascistes alors que la Guerre commençait. La seconde partie s'intéresse à la gestion mise en place par le régime de Vichy dans un cadre antisémite et suite à la surprise de la défaite. La vie dans les camps, inadaptés et en ruine, devient de plus en plus dure alors que la société civile commence à réagir en préparant un secours pour les personnes internées. L'auteure y décrit très précisément les problèmes rencontrés dans les camps et les réactions des français-e-s. La troisième partie lui permet de décrire les dangers de la faim ainsi que l'aide apportée pour l'éviter. Plus important, elle démontre que les efforts des sociétés de secours les mènent dans un piège. Celui-ci est autant de prendre la place des devoirs de l’État que d'accepter par défaut l'existence des camps. Enfin, une dernière partie concerne la déportation, son fonctionnement et les résistances. Alors que les sociétés de secours étaient restées dans la légalité elles se rendent compte du piège et commencent à créer des structures de sauvetage clandestines. Ces résistances permettent de sauver certains juifs mais au prix de la mort d'autres. Ce que les responsables associatifs de l'époque ne savaient pas. Se pose ici la question difficile des missions des associations de charités.

    Voici donc une thèse difficile à lire. Elle est dense et décrit très précisément la vie des personnes internées, leurs espoirs et leurs désespoirs. L'auteure réussit non seulement à nous faire comprendre le fonctionnement des camps mais aussi à nous faire entrer dans l'intime des interné-e-s grâce à l'utilisation de lettres et de témoignages. Le résultat est un livre à la fois scientifique et profondément émotionnel au fil des pages et des événements.

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  • La fabrication des mâles par Georges Falconnet et Nadine Lefaucheur

    Titre : La fabrication des mâles
    Auteur-e-s : Georges Falconnet et Nadine Lefaucheur
    Éditeur : Seuil 1975
    Pages : 186

    Depuis plusieurs années j'ai lu un certain nombre de travaux féministes et universitaires utilisant le concept de genre. Parallèlement, j'ai tenté de réfléchir au fonctionnement de la société selon ce que l'on peut en comprendre via ces travaux. Mais je n'avais pas vraiment tenté de comprendre la masculinité sauf à une occasion. Peut-être parce que je trouve le concept vide et inutile? Mais que je pense - peut-être - cela n'implique pas que le concept soit vide d'effets ou de revendications. Je me suis donc lancé dans ce petit livre écrit par, à moins que je ne me trompe, deux psychologues. Les auteur-e-s essaient de décrire ce qu'est la masculinité à l'aide de nombreux exemples et d'entretiens avec des hommes.

    Cette tentative se forme en trois parties. La première - puissance, pouvoir, possession - permet aux auteurs d'expliquer que, dans notre société, être un homme implique d'avoir le pouvoir. Ne pas rechercher le pouvoir c'est renoncer à être un homme car la société, je parle de manière très large, apprend aux hommes à se battre et à considérer que le pouvoir leur est dû. Celui-ci s'exerce, en particulier, sur les femmes qui sont à la fois une conquête et un exemple de réussite face aux autres hommes. La seconde partie s'intéresse à la vie privée. Les auteur-e-s se demandent, en particulier, comment fonctionne l'apprentissage sexuel des hommes. Comment est-ce qu'un mâle apprend ce que sont les femmes. Comment la sexualité s'exerce-t-elle? Mais les auteur-e-s tentent aussi de comprendre de quelle manière la famille, dans son modèle bourgeois, s'impose sur les hommes et les femmes. Enfin, une dernière partie se pose la question de l'apprentissage de la masculinité. Celle-ci se forme aussi bien à l'école que dans le cadre familial et extérieur via les jeux et les droits que reçoivent les petits garçons. Bien que ce programme soit alléchant il est nécessaire d'expliquer que ce livre est avant tout descriptif. Ainsi, les explications se basent surtout sur des exemples sans conceptualisation de ces derniers. C'est, au moins, un moyen de montrer à quel point la masculinité est imposée à tous et toutes. C'est aussi un livre très militant, d'une époque militante, et les propos sont loin d'être neutres. Est-ce un mal? Je ne pense pas que ce soit nécessairement le cas. Ce n'est donc pas un mauvais livre il est simplement un peu daté et frustrant.

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  • La zone du dehors par Alain Damasio

    Titre : La zone du dehorsproduct_9782070458264_195x320.jpg
    Auteur : Alain Damasio
    Éditeur : Gallimard  2014
    Pages : 650

    Bon, il est l'heure d'entrer dans quelque chose de beaucoup plus intéressant que la note précédente. J'entends parler de cet auteur depuis pas mal de temps et en bien. Mais, comme souvent, je n'avais pas pris le temps de me plonger dans un livre. Le prêt, par une amie, de La zone du dehors m'a donc permis d'entrer tout tremblant dans l'univers mental d'Alain Damasio.

    Nous sommes en 2084. Après des attentats terroristes et une guerre mondiale l'humanité se cache dans les continents terriens encore habitables où part dans l'espace pour vivre dans les magnifiques cerclons réussites technologiques et démocratiques par excellence. Tout y est contrôlé et régulé pour que l'humanité ne se déchire plus jamais et que chaque individu accepte sa place calculée selon ses réussites personnelles et professionnelles. Mais une partie des habitant-e-s n'acceptent pas cette forme de gouvernement. Ils se dénomment la Volte et, en son centre, 5 personnes se dégagent par leur charisme. Le combat qu'ils mènent se trouve à un tournant qui pourrait signifier la réussite ou la mort du mouvement. La liberté où l'enfermement dans la gestion par le pouvoir des vies humaines. Bref, nous nous trouvons à un pivot historique.

    Le premier constat que l'on peut faire c'est que ce livre est difficile à lire. Pourquoi? Déjà parce que les noms ne sont pas des noms. Ce sont des lettres placées les unes à côté des autres. Ensuite parce que le roman est rempli de concepts philosophiques et sociologiques compliqués (heureusement que j'ai lu Bourdieu et Foucault). Ce qui n'enlève rien, à mon avis, au génie de Damasio. En effet, il décrit une société de contrôle et de gestion qui prend ce qui existe chez nous et qui l'étend le plus loin possible. Ainsi, les caméras sont partout, les lieux ne peuvent être accédés que par certaines personnes, les comportements anormaux sont identifiés et permettent de créer un profil pour contrôler les personnes et expliquer leur déviance. Mais tout ceci va encore plus loin. En effet, tout le monde est soumis à un examen tous les deux ans qui permet de le placer sur l'échelle sociale et son nom. Ainsi, comme Damasio l'écrit, la fonction crée l'individu. Le néolibéralisme dans sa forme la plus pur. Il n'y a que le fonction qui compte le reste est accessoire. Mais Damasio nous montre aussi une société de contrôle très subtile. En effet, rien ne vaut l’autocontrôle et aussi le contrôle des autres inconnus ou amis. Ainsi, il est possible d'influer sur la vie des autres, sur la consommation, sur la culture mais cette influence commune et globale impose surtout un autocontrôle vaste, implacable et intégré. Pourquoi créer une police secrète et une justice brutale alors qu'il est plus simple de gérer les normes et les déviances? Je vous laisse tester.

    • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

    • Papier toilette.

    • Roman de gare.

    • À lire.

    • Tolkien. On a rarement montré aussi clairement ce qui peut advenir des technologies actuelles si elles sont utilisées dans une logique de contrôle, de gestion et de surveillance totale. Mais Damasio nous donne aussi une petite idée des résistances possibles et, surtout, des moyens de quitter le système.

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  • Le vice ou la vertu. Vichy et les politiques de la sexualité par Cyril Olivier

    Titre : Le vice ou la vertu. Vichy et les politiques de la sexualité
    Auteur : Cyril Olivier
    Éditeur : Presses Universitaires du Mirail
    Pages : 311

    Dans l'histoire de la France plusieurs périodes sont examinées de manière soutenues. L'une d'elle est celle de Vichy. L'auteur public ici sa thèse de doctorat sur ce qu'il nomme les politiques de la sexualité. L'auteur y examine le retour à une forme de répression des sexualités dites anormales et à l'arsenal judiciaire qui l'accompagne. Mais il propose d'aller au-delà des discours et des textes pour montrer comment ceux-ci ont été utilisé par la société. Il montre aussi, de temps en temps, le lien qui existe entre textes de Vichy et les IIIe et IVe Républiques.

    Cet examen se fait en 4 parties. La première nous permet de comprendre comment Vichy parle des sexualités et de la nécessité d'une rénovation nationale. On y trouve un examen des discours qui permet de mettre en valeurs l'analyse des pratiques qui est faite dans les parties suivantes. La seconde partie s'intéresse aux infidélités conjugales. L'auteur y montre, en 4 chapitres, comment l'époque tente d'imposer la conjugalité hétérosexuelle dans le cadre du couple marié. Il s'intéresse à la fois au délit d'adultère, qui est utilisé principalement contre les femmes, et au délit de concubinage, qui se forme contre les hommes qui "profitent" de la guerre en détournant des femmes de leurs maris prisonniers. Bien qu'il y ait une tentative d'augmenter la pénalisation de l'infidélité en s'attaquant à d'autres personnes et en surveillant fortement les femmes l'auteur montre un résultat partiel. En effet, une plainte du mari est nécessaire et celle-ci, parfois, manque. L'auteur montre aussi la différence entre la pratique de la IIIe République, durant laquelle l'adultère est un moyen de demander le divorce, et de Vichy, qui considère l'adultère comme une faute pénale.

    La troisième partie permet à l'auteur de s'intéresser à l'avortement et, dans un dernier chapitre, à l'infanticide. Il montre la progressive pensée de l'avortement comme d'un fléau qui a mis en danger la France. Il est donc nécessaire de réprimer les usages. Celle-ci va s'intéresser aux femmes qui tentent d'avorter. Mais leur détresse face à une situation qui est parfois difficile n'est pas gardée en mémoire au profit d'une vision d'anormalité. Ce sont aussi les personnes qui font métier de l'avortement qui sont visées. Aussi bien les membres des professions médicales que les faiseuses d'anges. Enfin, les complices sont aussi mis en danger. Ces complices peuvent aussi bien être les maris que des femmes qui accompagnent leur amie.  La dernière partie s'intéresse aux sexualités qui sortent du cadre marital hétérosexuel. L'auteur s'intéresse à la prostitution pour montrer un contrôle des femmes dont les activités sont considérées dangereuses. L'auteur montre aussi que les maisons de prostitution deviennent réglementées par l’État français. Ce qui permet à leur propriétaire d'échapper aux poursuites. Les proxénètes, par contre, sont considérés comme l'une des causes de la défaite. Enfin, c'est l'homosexualité féminine qui intéresse Olivier Cyril dans le dernier chapitre. Bien que ce dernier soit court il permet tout de même de montrer une origine républicaine de la répression ainsi que la vision des lesbiennes qui existait à l'époque.

    Nous nous trouvons donc face un livre dense qui permet de comprendre comment un gouvernement tente de contrôler la sexualité, celle des femmes surtout, et ses réussites ou ses échecs dans la pratique. La lecture permet aussi de mettre en relief certaines positions de la IVe et de la Ve République. En effet, bien que Vichy soit considéré comme une période d'exception qui ne fait pas partie de l'histoire de l’État français on trouve un certain nombre de liens dans les positions des acteurs dominants sur les sexualités. C'est aussi un bon moyen de comprendre comment le contrôle des femmes s'inscrit dans une surveillance sociale globale. Ainsi, ce sont les voisin-e-s, les ami-e-s, les maris qui dénoncent. Au-delà des discours les sources utilisées montrent aussi une partie des pratiques de l'époque.

  • Femmes publiques. Les féminismes à l'épreuve de la prostitution par Catherine Deschamps et Anne Souryis

    Titre : Femmes publiques. Les féminismes à l'épreuve de la prostitution

    Auteures : Catherine Deschamps et Anne Souryis

    Éditeur : Amsterdam 2008

    Pages : 187

    La dernière fois que je me suis inscrit sur une mailing list féministe française j'ai reçu des centaines de messages concernant la prostitution. Les débats étaient vifs et même violents dans certains cas. Ne connaissant pas vraiment l'état de ce dernier en France je me suis lancé dans ce petit livre qui, bien que daté de quelques années, semblait promettre un bilan et des solutions. Je voulais aussi voir s'il m'était possible de faire des liens avec la situation suisse au débat beaucoup plus endormi actuellement. Les auteures font ce bilan en trois chapitres.

    Le premier chapitre, écrit par Catherine Deschamps, permet de poser les termes du débat. L'auteure commence par définir ce que veulent dire le réglementarisme, l'abolitionnisme et le prohibitionnisme. Elle montre que ces positions peuvent aussi bien permettre de mettre en place des politiques publiques en faveurs ou contre les prostitué-e-s. Cependant, elle se porte résolument contre toute pénalisation de la prostitution. Elle explique aussi que l'abolitionnisme a été dévoyé, selon elle, puisque les personnes qui s'en réclament l'utilise pour créer un droit spécifique alors que ce dernier est, historiquement, un refus des droits spécifiques aux prostitué-e-s et de l'action policière. Elle continue en observant l'état des lois à l'époque ainsi que le danger d'un projet de loi pour la sécurité intérieure qui menace fortement les prostitué-e-s. Ces chapitres sont datés puisqu'ils se portent sur une époque politique spécifique et que, depuis, le parti socialiste a décidé de pénaliser les clients.

    Un second chapitre s'occupe de présenter les forces en présence. Après une unification durant la lutte en faveurs de la contraception et de l'avortement qui se base sur l'idée de créer un moindre risque il y a eu une division, surtout aux USA, entre féministes pro-sexe et anti-sexe. Les unes considèrent que les choix doivent être étendus aux femmes et aux membres des communautés LGBTs tandis que les secondes considèrent la sexualité comme socialement en faveurs des dominants masculins et donc suspecte. Les auteures observent cette division et les personnes qui font partie d'un camp ou de l'autre. Dans le dernier chapitre c'est le discours sur des points problématiques qui est analysé. Ainsi, les auteures observent des problèmes dans la manière de considérer l'argent mais aussi la sexualité et le consentement. Les prostitué-e-s sont vues comme des personnes qui ne peuvent jamais donner un consentement et leur expérience est effacée.

    En conclusion les auteures nous offrent une possibilité pour recréer une alliance entre les féminismes et les prostitué-e-s. Au lieu de se baser sur de grandes doctrines elles proposent de se baser sur un besoin concret des personnes concernées en vue du moindre danger. Le but est de permettre aux concerné-e-s de choisir par elles-mêmes et non de décider de leurs possibilités à leur place. Ainsi, la parole des prostitué-e-s est ici centrale pour comprendre les besoins. Bien que la Suisse n'ait pas un débat important sur le sujet il me semble nécessaire de garder en tête les réflexions de ce livre. Car les décisions qui sont prises en Suisse, et dans les cantons, ont des effets qui ne sont pas forcément en faveurs personnes qui se prostituent. Une révision des législations actuelles devrait pouvoir être envisagée dans le sens des propos des auteures autrement dit pour donner des droits et non des devoirs.

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  • Cartographie de l'anarchisme révolutionnaire par Michael Schmidt

    Titre : Cartographie de l'anarchisme révolutionnairecouv-cartographie-site.jpg
    Auteur : Michael Schmidt
    Éditeur : Lux 2012
    Pages : 186

    Après un gros livre sur la première guerre mondiale je me suis dit qu'il me faudrait un petit livre. Après avoir hésité je me suis lancé dans un ouvrage que j'avais vu à de nombreuses reprises et qui m'intéressant depuis longtemps. L'auteur y dépeint l'histoire de l'anarchisme en 5 vagues. Cette construction en vagues, qu'il critique, lui permet de comprendre comment l'anarchisme s'est pensé et constitué dans l'histoire plutôt que d'en faire une force politique immatérielle et éternelle de lutte contre le pouvoir. Chacune de ces vagues s'est accompagné d'auteur-e-s, de réussites et d'échecs. Mais l'auteur ne se contente pas de montrer ce que tout le monde connait. L'histoire mythique de l'anarchisme qui commence avec la première internationale pour se briser face au bolchevisme et au fascisme en Espagne. La guerre civile espagnole marquant la pierre tombale de l'anarchisme dans le réel. Au contraire, l'auteur tente de replacer l'histoire aussi bien dans le contexte mondial qu'après les années trente. Ainsi, plutôt qu'une perte de consistance l'auteur montre une force de l'anarchisme encore aujourd'hui dans le monde.

    Bien que ce livre soit très intéressant et qu'il permet de connaitre un grand nombre d'auteur-e-s différents des pères et mères de l'anarchisme il pose quelques problèmes. Le premier est sa taille. En 150 pages l'auteur essaie de montrer 150 histoires dans le monde entier. Bien qu'il réussisse à montrer la grande diversité des associations anarchistes dans le temps et l'espace un résumé aussi important créer une sensation de densité du texte. Les sigles de groupes se multiplient sans qu'il soit toujours facile de savoir de quoi on parle et dans quelle partie du monde. Un second problème, d'un point de vue académique, est le ton de l'ouvrage. Celui-ci est très militant. Je n'ai rien contre le militantisme anarchiste mais l'auteur pourrait voir son livre disqualifié par certaines personnes qui refusent ses idées. Ainsi, l'auteur se place fortement contre le bolchevisme qu'il considère comme un capitalisme d’État. Certain-e-s militant-e-s pourraient se sentir attaqués dans leurs idées et croyances. Mais il serait dommage de s'empêcher de lire cet ouvrage qui permet de voir l'étendue de l'anarchisme dans le monde et ce jusqu'à nos jours.

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  • Misères et tourments de la chair durant la Grande Guerre. Les moeurs sexuelles des Français 1914-1918 par Jean-Yves le Naour

    Titre : Misères et tourments de la chair durant la Grande Guerre. Les moeurs sexuelles des Français 1914-19189782700723298_cm.jpg
    Auteur : Jean-Yves le Naour
    Éditeur : Aubier 2002
    Pages : 411

    L'histoire militaire de la première guerre mondiale ne m'intéresse pas. Mais l'histoire de la vie quotidienne et des significations est beaucoup plus à mon goût. Ce livre, tiré d'une thèse de doctorat, s'intéresse à la vision de la sexualité et des mœurs durant la Première guerre mondiale. L'auteur forme son analyse en quatre parties de deux à trois chapitres chacun. Il commence par un examen de ce qu'il nomme "la guerre moralisatrice". Il y montre que la guerre fut d'abord considérée comme un moyen de remoraliser le pays. Le feu purificateur devait recréer des hommes et des femmes aux bonnes mœurs. La séparation ne devait pas briser les ménages mais, au contraire, leur permettre de trouver une nouvelle vie. La guerre est aussi vue comme un moyen d'épuration des mœurs licencieuses. Aussi bien à l'aide de la censure que de la production d'une culture particulière. Dans ce contexte les femmes étaient particulièrement surveillées et leur proximité avec les hommes, même dans un cadre légitime, était suspecte. Mais la guerre n'est pas qu'une bataille entre soldats. C'est aussi une bataille de populations. Face à une Allemagne forte d'un grand nombre de naissance et à la mort il est nécessaire de repeupler le pays. Pour cela il faut lutter contre l'avortement et le contrôle des naissances ainsi que conseiller aux soldats de pratiquer leur "devoir conjugal" qui se mue en "devoir national".

    Une seconde partie permet de dépeindre les peurs médicales. L'auteur commence par montrer le danger, tel que vu à l'époque, des maladies vénériennes. Ces maladies sont dangereuses car elles agissent dans l'hérédité même. Ainsi, l'immoralité d'un individu met en danger la race française entière. La réponse de l'armée oscille entre autoritarisme et libéralisme. Mais c'est cette dernière solution qui sera choisie vers la fin de la guerre par la mise en place d'un contrôle individuel. Ce péril se joint de celui de la prostitution. En effet, celle-ci se développe de plus en plus et les soldats sont des clients demandeurs. Alors qu'il est tenté d'empêcher leur trop grande attention envers les soldats par l'internement et le contrôle l'armée commence à changer d'avis. C'est ainsi qu'elle met en place ses propres maisons closes. Ce choix se heurtera à l'incompréhension des armées anglaises et américaines qui interdiront à leurs soldats de se rendre dans ces établissements. Ce choix est une lourde défaite pour le courant abolitionniste qui est fortement critique.

    Une troisième partie analyse les transgressions. Celles-ci sont tout d'abord les infidélités. Mais ce n'est pas celle du soldat qui est condamnée (du moins pas autant). C'est celle de la femme qui attend. Cette attente est une posture normale face au héros qui se sacrifie. Le contrôle par les proches est très important sur ce point et les plaintes suite à des dénonciations sont importantes. Les amants sont punis de manière plus importante que durant la paix car outre la trahison du maris c'est la trahison du soldat qui est condamnée. Les critiques et leurs peurs venues du front sont très importantes et les meurtres existent. Ces derniers sont peu punis par la justice. Une seconde transgression est celle de l'amour de l'ennemi et/ou de l'autre. Cet autre est aussi bien le soldat colonial qui risque, par l'affection des femmes françaises, de perdre son respect envers les colons que l'américain qui, bien qu'un sauveteur, est vu comme un concurrent injuste sur le marché matrimonial face aux poilus français au sacrifice plus long. Parfois cette transgression continue après la guerre par un mariage et une tentative de vie commune qui est incomprise par les autorités. Mais c'est aussi le lien avec des soldats ennemis, en zone occupée, qui fait peur. Les femmes qui en sont coupables, que ce soit volontairement ou non car les viols furent nombreux, mettent en danger la race par des enfants allemands et se mettent en danger face à leurs proches qui peuvent réagi vivement. Cependant, cette relation peut aussi être un moyen de survie dans une période difficile. Les femmes sont suspectes d'avoir apprécié et voulu la relation avec l'allemand même en cas de viol.

    La dernière partie s'intéresse à la démoralisation. Alors que le début de la guerre voyait les intellectuels parler de renouveau moral c'est une perte importante que subit toute la société française. Non seulement la fin de la guerre voit revenir des hommes mutilés qui ont peur de la réaction des femmes, ces dernières devant se sacrifier à la beauté intérieure, mais il y a la peur du changement dans l'ordre social. En effet, les femmes ont appris à se débrouiller seule. De plus, il y a eu oubli et tabou sur la misère sexuelle des hommes. Celle-ci s'observe aussi bien face aux fantasmes de viols sur les femmes allemandes que dans une tentative de retrouver le couple sur le front malgré l'interdiction qui est faite. Au final c'est un bilan de démoralisation qui est fait après la guerre. Les femmes ne sont plus à leur place et les mœurs ont changé. La sexualité est plus libre qu'auparavant ce que les élites médicales n'arrivent pas à comprendre. La Deuxième guerre mondiale sera donc vue avec pessimisme en ce qui concerne la morale.

    Au final ce livre est très intéressant. Il permet d'entrer dans la vie quotidienne des soldats en analysant leurs choix et leurs correspondances. Mais c'est aussi un moyen d'observer comment une armée tente de réagir face à des problèmes de mœurs inattendus. Malgré les volontés prohibitionnistes c'est une forme de libéralisme qui peut se mette en place. On observe aussi un tabou très important sur les souffrances des hommes qui sont envoyés au front. Face à l'idéal de virilité et de chasteté les peurs, souffrances et besoins sont niées jusqu'au bout et ce bien après la fin de la guerre. J'ai lu ce livre avec beaucoup d'intérêt.

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  • The Monuments Men

    C'est un peu le film à ne pas rater cette semaine. Grosse production, acteurs plus que célèbres, des affiches partout, un thème toujours rassembleur, ... Bref la personne qui ne sait pas que ce film est sorti mercredi est probablement enfermée dans une grotte. The Monuments Men est un groupe de soldats mis en place dans le cadre d'un programme militaire de sauvegarde des monuments et œuvres d'art d'Europe. Alors que les bombardements détruisent l'Europe et que Hitler vole toutes les œuvres possibles et détruit ce qu'il n'aime pas ces hommes tenteront de retrouver ce qui a été volé. Mais ils devront passer outre l'incompréhension de leurs supérieurs et des découvertes glaçantes.

    Un film sur le plus grand vol d’œuvre d'art du siècle présenté comme quelque chose de léger et sympathique. Les acteurs qui nous sont offerts suivent cette idée puisque les rôles sont construits pour créer une atmosphère plus ou moins drôle. Cependant, dans le même temps, on nous offre des éléments d'une histoire tragique. Alors qu'on nous offre des scènes d'humour entre passionnés d'arts on nous montre aussi ce que l'Allemagne nazie a fait a des familles entières. Que ce soit cet appartement entièrement visé ou alors ces barils de plombs en or le film montre, un tout petit peu, que des vies ont été détruites. Et c'est probablement l'un des principaux problèmes de la réalisation. On oscille entre le léger et le difficile. Mais jamais on n'entre vraiment dans l'un ou l'autre registre. Ainsi, les moments tragiques sont rapidement effacés derrière une blague. Celle-ci sonnant souvent creux. Et, malgré la qualité du jeu, on ne s'attache pas vraiment aux personnages. Tout oscille entre le plus ou moins bon et le plus ou moins mauvais.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances. Drôle et pas drôle, tragique et pas tragique, ... Tout est moyen jusqu'au bout des détails.

    • Bon scénario.

    • Joss Whedon.

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  • L'antisémitisme de bureau. Enquête au coeur de la préfecture de Police de Paris et du commissariat général aux Questions juives (1940-1944) par Laurent Joly

    Titre : L'antisémitisme de bureau. Enquête au coeur de la préfecture de Police de Paris et du commissariat général aux Questions juives (1940-1944)9782246736912-G.jpg
    Auteur : Laurent Joly
    Éditeur : Grasset 2011
    Pages : 444

    Vichy fait régulièrement parler. Le problème se pose entre responsabilité dû au travail de mémoire et analyse historique de l'époque. En quoi le régime de Vichy est responsable, et sous quelle forme, d'une partie de la politique antisémites et exterminatrice de l'Allemagne nazie? Dans ce livre Laurent Joly décide de répondre en examinant un point particulier: le fichier juif. Ce qui le mène à s'intéresse à la bureaucratie antisémite de Vichy et aux agent-e-s qui s'y trouvaient. Comment a fonctionné cette bureaucratie et pour quels résultats? Les agent-e-s étaient-ils et elles des antisémites convaincus ou seulement loyaux à un État quels que soient sa politique? Autant de questions difficiles et même délicates pour un période qui déchaine facilement les passions.

    L'auteur développe l'histoire sur 5 chapitres. Le premier permet de comprendre les problèmes qui se sont posés au niveau des institutions. Ainsi, comment fut mis en place la bureaucratie antisémite? Quels furent les effets des autorités d'occupation? L'auteur montre que la nouvelle administration tente de se faire une place dans un paysage déjà constitué. Les différents organes peuvent se marcher sur les pieds ou tenter de prendre le contrôle les uns sur les autres. De plus, les autorités allemandes tentent de faire pression ce qui peut se traduire aussi bien par des demandes que par des arrestations. Le second chapitre permet de comprendre comment fonctionne la réception des Juifs à la préfecture de Police. Car c'est tout un personnel qui doit s'occuper d'une nouvelle population rendue illégitime. Malgré une loyauté aux normes administratives l'auteur observe l'usage d'un antisémitisme oral et l'incompréhension des effets du travail des bureaucrates sur les personnes juives. Les chapitres 3 et 4 permettent de comprendre ce qu'implique de travailler dans cette bureaucratie ainsi que de comprendre qui sont les personnes qui s'y trouvent. L'auteur observe à la fois des employé-e-s qui viennent par besoin et d'autres qui viennent par conviction. Il trouve aussi que les possibilités d'avancement sont bien plus importantes que dans le reste de l'administration. Ainsi, on peut passer en deux ans une échelle qui prendrait 20 ans normalement. Le dernier chapitre permet d'observer les luttes de mémoire qui se sont faites autours du fichier juif et qui a mis dans l’arène les historien-ne-s et les militant-e-s

    Ce gros livre offre une analyse minutieuse d'une administration d'exception qui fonctionna durant la majeure partie de la deuxième guerre mondiale. On y voit autant le fonctionnement institutionnel que les choix des personnes ainsi que leurs sentiments. L'usage des sources orales et des mémoires permet, d'ailleurs, d'illustrer certains moments tout en gardant un esprit critique face à une reconstruction de la mémoire personnelle (ce que l'auteur fait d'ailleurs). Au final on découvre une institution servie aussi bien par des antisémites, des collaborateurs mais aussi, et surtout, des employé-e-s qui restent parfaitement loyaux et loyales à l’État quelle que soit la politique de celui-ci. Ces personnes intériorisent la nouvelle norme antisémite qui s'accroche à une pratique xénophobe institutionnelle que la IIIème République connaissant déjà. C'est un livre qui permet de comprendre comment une institution peu déraper sans que personne ne se sente responsable de ses actes propres reportés sur une Autorité supérieure.

    Image: Éditeur

  • Saving Mr. Banks

    Ne voulant pas aller voir 300 (j'avais détesté le premier film) et n'ayant pas beaucoup d'intérêts pour les autres films sortis cette semaine je me suis décidé pour Saving Mr. Banks. Ce dernier se déroule dans les années 60. L'auteure P.L. Travers est courtisée, depuis 20 ans, par Walt Disney pour les droits de Mary Poppins. Mais Travers n'accepte jamais. Cependant, son agent la convainc d'aller à Los Angeles rencontrer tout le monde. L'entreprise Disney a beaucoup de mal à contenter cette femme très exigeante qui défend son œuvre à tous prix contre les dangers qu'elle sent venir de la part d'une entreprise d'amusement.

    Ce qui m'a permit de m'intégrer dans cette histoire tient en plusieurs choses. Tout d'abord le jeu magnifique d'Emma Thompson qui incarne véritablement Travers. Cette femme exigeante et franche dont les répliques cachent, selon le film, un besoin de protéger une œuvre qu'elle considère comme sa famille. Face à des personnes très frivoles elle crée un sentiment de malaise par sa capacité à dire non de manières très créatives. De plus, je trouve très intéressant de mettre en parallèle la création de Mary Poppins avec l'histoire personnelle de Travers. Bien qu'il me semble que le film prend quelques raccourcis cette façon de faire permet de mieux comprendre le besoin de protection que ressent Travers. Ainsi, les fréquents flash-back éclairent les années 60 comme ces derniers permettent de comprendre le passé. Ce qui est dommage, par contre, c'est que le réalisateur ait décidé de falsifier la fin de l'histoire. Plutôt que de montrer la réelle pensée de Travers il a été décidé de terminer sur une réconciliation. Vraiment dommage.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances. Drôle, bien joué et intéressant. Quand j'étais petit j'avais beaucoup aimé Mary Poppins et j'ai beaucoup apprécié d'entendre à nouveau certaines chansons et de voir comment le film fut créé.

    • Bon scénario.

    • Joss Whedon.

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  • Violences et insécurité. Fantasmes et réalités dans le débat français par Laurent Mucchielli

    Titre : Violences et insécurité. Fantasmes et réalités dans le débat françaisInsecurite.jpg
    Auteur : Laurent Mucchielli
    Éditeur : La découverte et Syros 2001
    Pages : 141

    J'aime bien lire Laurent Mucchielli. Ses livres ont une posture critique indispensable dans le contexte actuel. Celui-ci s'intéresse au débat français sur la violence et le sentiment d'insécurité mais la plupart des arguments de l'auteur peuvent être mis en parallèle avec le débat suisse sur le sujet. En effet, depuis plusieurs années le sentiment d'insécurité est au centre des politiques publiques et des médias. Dans le même temps le coupable est identifié sous la forme des jeunes de plus en plus violents et de plus en plus incapables de s'insérer dans les règles sociales. Mais est-ce vrai? N'y a-t-il pas quelque chose d'un peu plus compliqué? L'immigration est-elle la source de la délinquance? L'auteur tente de répondre en 5 chapitres.

    Les trois premiers chapitres permettent à Mucchielli d'analyser les discours de trois institutions. Tout d'abord, l'auteur observe comment fonctionne la presse. Il observe que celle-ci ne prend pas en compte l'aspect politique des violences et qu'elle se contente, souvent, de montrer les événements sans les expliques. De plus, de nombreux chiffres sont utilisés sans vérifications ni critiques. Ensuite, l'auteur observe les experts de la sécurité. Ceux-ci sont de plus en plus importants sur le sujet et tente de se faire voir comme des universitaires. Mucchielli montre qu'il n'en est rien et que ces experts ont des intérêts importants dans l'industrie de la sécurité. Enfin, il observe le discours politique et, plus spécifiquement, celui d'une part bureaucratique et particulière de la police. Celle-ci analyse la délinquance en termes d'échelles du moins important au plus dangereux sur laquelle se grefferait la carrière délinquante. De plus, c'est l'idée d'une fin de la civilisation face à un ennemi intérieur puissante et numériquement important qui est utilisé dans la rhétorique.

    Dans le quatrième chapitre l'auteur examine les statistiques de la délinquance. Il montre comment celles-ci sont formées et l'utilité qu'elles peuvent avoir ainsi que leurs biais et limites. L'auteur y fait un autre constat que ceux publiés par la presse. Ainsi, la plupart des actes de délinquances sont en baisses. Seuls les violences augmentent mais peu et pour des actes qui ne sont pas graves. L'apparition des violences sexuelles de manière de plus en plus importante s'explique à la fois par la fin d'un tabou et par l'entrée de ces catégories dans les plaintes acceptées. Enfin, l'immigration n'est pas criminelle. Les seuls étrangers surnuméraires le sont à cause de la violation des lois sur l'immigration ou par un ciblage spécifique par les polices. Enfin, dans un dernier chapitre, l'auteur tente de montrer comment a changé la délinquance juvénile depuis les années 50. Il montre que celle-ci existe depuis de nombreuses années sous des formes proches. Ainsi, il montre l'importance que prit le danger des "blousons noirs". Nous ne sommes donc pas dans une époque particulière.

    En conclusion ce livre, salutaire, permet de contester voir de simplement relativiser un grand nombres de discours politiques et médiatiques. Plutôt que de ne vouloir qu'une simple répression il faut comprendre la raison de l'entrée en délinquance. Ici, l'auteur est en faveurs de supprimer certaines choses comme la prohibition du cannabis. Ce livre est donc utile à la fois aux journalistes, aux politiciens et aux policiers qui peuvent l'utiliser pour guider leur action mais aussi pour comprendre, un peu, le contexte. Celui-ci se veut aussi un moyen de débat pour lancer de nouvelles solutions inventives.

    Image: Site de l'auteur

  • Pauvreté, charité et morale à Londres au XIXe siècle une sainte violence par Françoise Barret-Ducrocq

    Titre : Pauvreté, charité et morale à Londres au XIXe siècle une sainte violence9780345408006?&height=281&maxwidth=190
    Auteur : Françoise Barret-Ducrocq
    Éditeur : PUF 1991
    Pages : 245

    Lors du XIXe siècle, en pleine ère victorienne, Londres a connu une croisade morale d'ampleur. C'est celle-ci qui est analysée par l'auteure. En effet, alors que la ville s’agrandit comme jamais de nombreuses personnes inquiètent du danger des masses ouvrières pauvres. Ces hommes et femmes qui ne suivent pas les prescriptions de la bible ou les lois. Les crimes sexuels sont nombreux et la vie existe dans le cadre de taudis dont la crasse et la puanteur crée l'effroi chez les bourgeois-es de l'époque. C'est dans ce contexte que de nombreuses associations philanthropiques se créent. Mais, derrière leur volonté d'aider les nécessiteux/euses se cache une entreprise de normalisation extrêmement forte.

    L'auteure décrit l'époque en trois parties. Les deux premières sont assez courtes et permettent surtout de placer le contexte. Ainsi, Françoise Barret-Ducrocq commence par analyser les discours qui sont écrits sur la pauvreté des habitant-e-s de Londres. On y trouve une peur horrifiée face à une population qui vit trop nombreux dans un espace restreint et crasseux. La pauvreté s'accompagne de signes physiques qui sont autant de moyens de comprendre la moralité déficiente des masses. Ainsi, Londres est remplie de personnes qui ne suivent pas les lois de dieu et qui vivent dans la fornication et la proximité. La bigamie, la prostitution, l'athéisme et le socialisme sont des maux à combattre. Ces problèmes sont analysés dans la seconde partie. La troisième partie, la plus importante, permet à l'auteure d'analyser comment on agit sur la population. On y observe une action officielle à l'aide de lois qui permettent de réguler la manière de vivre et d'interdire ce qui est illégitime. Parallèlement, la société civile s'organise en associations philanthropiques aux buts différents bien que proches. On note avec intérêt l'existence de la London Bible Women and Nurses Mission composée de femmes qui mettent en doute leur prétendue incapacité face à la dureté de la vie. L'auteure montre aussi quels sont les personnes qui paient ces actions. Enfin, on observe de quelle manière les philanthropes agissent. Qui sont les personnes visées et comment les aider. On y trouve des actions parfois musclées qui n'hésitent pas à s'attaquer physiquement sur le long terme. La conclusion permet de faire le bilan de ces actions et de créer un parallèle avec notre époque. En effet, que ce soit au XIXe ou aujourd'hui on n'écoute pas ce que veut la personne que l'on souhaite aider. On agit pour elle pour son bien sans l'écouter au nom de valeurs prétendument universelles. C'est donc un livre très intéressant qui permet de mettre en perspective les actions sociales.

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  • Le héros était une femme... le genre de l'aventure par Loïse Bilat et Gianni Haver

    Titre : Le héros était une femme... le genre de l'aventure
    Directeur/trice : Loïse Bilat et Gianni Haver
    Éditeur : Antipodes 2011
    Pages : 268

    Les femmes héros ne sont pas nombreuses dans la culture populaire. Les dernières productions le montrent parfaitement. Les rares femmes sont de simples faire valoir quand elles ne pourraient pas être remplacées par des chaises. Et les choses ne risquent pas de changer si l'on en croit le programme de la phase 3 de Marvel. Cependant, il existe un certain nombre de femmes qui ont accédé au statut d'héroïnes. Sont-elles pour autant différente des hommes ou des femmes normales? Peuvent-elles briser la norme patriarcale? Ce livre souhaite répondre à ces questions sur plusieurs chapitres qui étudient chacun un personnage particulier.

    Alors que le premier chapitre crée ce que l'on pourrait nommer une théorie de l'héroïne - conçue comme un personnage qui agit sur l'intrigue plutôt que de la subir - les autres s'intéressent à quelques personnages qui peuvent venir du monde des romans ou des comics. Ceci rend une présentation complète difficile. Je vais donc parler de quelques exemples que j'ai apprécié. Et comme je suis logique on va commencer par le dernier chapitre concernant Wonder Woman. Ceux et celles qui suivent ce blog savent que ma connaissance des comics est récente et parcellaire. Je me suis rapidement intéressé à Wonder Woman dont j'ai lu avec intérêt les aventures dans le DC Comics Anthologie. Alors un article sur elle n'allait pas me rendre indifférent! Celui-ci permet de déconstruire le caractére féministe de Wonder Woman. Oui, elle se bat pour les femmes. Mais ce combat a lieu dans un contexte particulier et dans une direction particulière. Les femmes peuvent être aussi forte que les hommes pour les remplacer lors de la WWII. Mais leur combat pour la liberté doit se faire en direction de leur charme, amour et l'acceptation de la soumission. C'est donc un message de soumission plus que d'empowerment qui est lancé. Un autre article que j'ai apprécié concerne Yoko Tsuno. Je lisais ses aventures avec passion lors de mon enfance. L'article montre bien l'intérêt de son personnage, une femme japonaise technicienne, dans un monde masculin hostile. Les tenues sont aussi analysées avec attention. On y trouve aussi une analyse de Catwoman qui conclut sur l'aspect beaucoup plus novateur face à Batman (pas celui de Nolan) que dans le film centré sur elle. Nous avons donc un livre à la fois intéressant mais un peu décousu. Il permet de créer des liens et l'analyse de personnages précis est un bon moyen de montrer comment utiliser la théorie face à un objet particulier. Un livre que je recommande.

    Image: Éditeur

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  • 12 years a slave

    J'ai décidé d'aller voir ce film après une longue réflexion. Pas parce que je ne voulais pas le voir mais parce que je ne voulais pas le regarder sans être prêt. J'ai aussi mis un peu de temps avant de me décider à écrire cette présentation. Je vais donc tenter une présentation la moins critiquable possible mais qui reste très différente d'une analyse. Cependant, il est certain que je vais oublier des aspects importants je m'en excuse par avance. 12 years a slave est adapté d'une autobiographie écrite par Solomon Northup suite à son enlèvement et sa mise en esclavage. Le film reprend les éléments du livre. L'histoire commence alors que Northup est engagé par deux personnes pour les suivre dans leur tournée de magie. Alors qu'il est mis en confiance les deux traîtres décident de le vendre à un marchand d'esclave. Après peu de temps il est envoyé au sud des USA pour être vendu. C'est le début d'un exil de 12 ans durant lequel il n'aura plus aucun droits.

    Cette courte présentation de l'histoire de Solomon Northup ne permet pas de se rendre compte de la puissance dégagée par ce film. Celui-ci est très dérangeant. La plupart des personnes blanches que nous avons à l'écran sont de parfaits salauds. Oui, je place Ford dans cette même catégorie. Ce dernier n'est pas mauvais. Il ne frappe pas et il prend soin de ses esclaves. Cependant, il sait parfaitement que ses employés sont des tyrans et il ne fait rien. Lorsque Solomon essaie de lui expliquer d'où il vient non seulement Ford ne fait rien mais il refuse même d'écouter. Pire encore, il revend Northup à quelqu'un qu'il sait être très brutal plutôt que de s'occuper de la manière dont agissent ses employés voir d'enquêter sur les origines de Northup. C'est l'exemple de l'homme qui se pense gentil et progressiste mais qui refuse d'imaginer l'idée de mettre en cause le système établi. Mais ce qui m'a le plus frappé c'est l'importance du corps dans la manière dont l'esclavage est montré dans ce film. Dès le début on voit que le corps n'appartient plus aux personnes soumises à l'esclavage. Les blanc-he-s peuvent agir comme ils le souhaitent. Que ce soit en imposant une toilette publique nue ou en touchant régulièrement les personnes pour montrer leurs qualités corporelles à un futur acheteur. Les sévices - ceux-ci sont très durs à regarder et je ne sais quel est le pire moment le fouet vers la fin du film ou lorsque madame Epps lance sans férir une bouteille contre Patsey - s'attaquent aussi directement au corps. Ceci est possible car dans ce système, pour ce que je connais et comprends, le corps de l'esclave n'existe pas dans l'humanité. C'est du bétail sans droits et les propriétaires peuvent faire ce qu'ils veulent de ce qui leur appartient. Ce ne sont que quelques aspects qui m'ont profondément touchés. Je sais que ce ne sont que quelques points d'un film et d'une histoire plus importante mais je souhaite éviter de dire des bêtises sur quelque chose que je connais peu. C'est pourquoi je souhaite terminer sur le mal que j'ai eu à sortir de ce film très dur.

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  • RoboCop

    RoboCop un film que date de pas mal d'années est revenu sous les écrans sous la forme d'un remake. Alors oui les remakes sont un moyen pour les industries du cinéma de se faire de l'argent quand elles n'ont pas d'idées. Heureusement, ça peut aussi permettre de remettre au goût du jour certains films cultes voir de leur donner une nouvelle gloire face à la  génération qui n'a pas connu ces films à l'époque. Nous sommes donc dans quelques dizaines d'années. Alors que la politique étrangère des USA se base sur l'usage de drones à la fois terrestre et aérien loués à une compagnie privée l'usage de ces robots est toujours interdit sur le sol national. Mais le lobby est intense et l'insécurité des villes américaines permet au plus grand constructeur du pays, Omnicorp, de vendre l'idée d'un homme transformé en robot. Le choix se porte sur un policier victime d'un attentat à la bombe. Mais ou se trouve la limite entre robot et humain?

    Que penser de ce film? Selon ce que je sais la plupart des aspects de l'original sont présents. Mais on ajoute un côté moderne à l'aide de polémiques récentes sur l'usage de drones ainsi que sur les mercenaires. Ainsi, sous couvert de liberté les drones américains font régner un climat de terreur à l'étranger. Climat nié et caché par une émission de TV qui fait penser à la fox (ou il ne faut pas le dire). Dans ce cadre l'usage du robocop est de plus intéressants dans les perspectives actuelles. On se trouve en face d'un homme dans un corps robotique. L'humain est censé prendre les décisions mais l'entreprise décide de prendre le contrôle de son corps et de choisir ce qu'il peut faire ou non. L'humain devient la propriété de l'entreprise. C'est aussi un humain qui a accès à toutes les caméras de surveillance ainsi qu'aux dossiers personnels de tout le monde. Le film montre parfaitement qu'une telle puissance d'information fait de la justice non un choix mais un acte inhumain mécanique. Personne ne peut s'échapper ni choisir. Le robocop est toujours là à surveiller sans prendre en compte ni contexte ni justifications. Cependant, il est dommage que le film ne montre qu'une large acceptation plutôt qu'un débat enflammé tel qu'il est sous-entendu. De plus, les femmes n'ont encore une fois que le rôle de tapisserie.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario. Bien réadapté à mon avis, des thèmes intéressants un peu manichéen mais bien mis en scène. Très sympa.

    • Joss Whedon.

    Image: Site officiel

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  • Beauté fatale. Les nouveaux visages d'une aliénation féminine par Mona Chollet

    Titre : Beauté fatale. Les nouveaux visages d'une aliénation féminine9782355220395.gif
    Auteure : Mona Chollet
    Éditeur : La Découverte 2012
    Pages : 237

    Je sais, je sais. Honte à moi de n'avoir jamais lu Mona Chollet avant aujourd'hui. J'avais entendu parler d'elle, et en bien, mais je n'avais pas pris le temps de m'y intéresser. Cette erreur est maintenant réparée avec un livre qui m'intéressait particulièrement (et qui peut fâcher certaines personnes). Celui-ci permet à l'auteure d'analyser la manière dont l'industrie de la mode agit sur la perception de la beauté autant sur soi que sur les autres. Cet essai polémique, plus qu'une étude, place de nombreux points sur les I et on se demande comment une industrie aussi déviante peut encore exister.

    Pour cette étude Mona Chollet écrit 7 chapitres qui s'intéressent chacun à certains points de la mode et de la beauté. Alors que les deux premier permettent à l'auteure de noter un certain retour en arrière, backlash, elle note aussi que ces retours se forment souvent lors de certains contextes particuliers. Pour analyser celui-ci elle décide de s'intéresser au milieu de la mode. Les chapitres suivant seront l'occasion d'expliquer pourquoi analyser ce milieu particulier. Il faut bien avouer que la prose de l'auteure et à la fois jouissive et inquiétante. Je ne vous dis pas les rires qui m'ont soudainement pris lors de pique sarcastique. Par exemple, les passages sur Gossip Girl sont magnifiques. Mais elle montre aussi un milieu qui s'observe lui-même tout en se considérant comme supérieur. Un milieu qui impose aux femmes un certain standard et qui, en cas de dérives, rejette toute responsabilité. Ainsi, le fait que les modèles soient majoritairement des femmes blondes et blanches extrêmement mince est considéré comme une demande de consommateur et naturalisé comme la forme de beauté parfaite. On oublie totalement les aspects structurels du racisme et l'historicité de la beauté. J'ai aussi trouvé très intéressant de considérer les maladies que sont la boulimie et l'anorexie non comme de simples désordres psychologiques individuels mais de les placer dans un fonctionnement social qui pousse les femmes à suivre un idéal dangereux et à se priver continuellement. Ce ne sont que quelques exemples d'un livre très intéressant qui frappe là ou ça fait mal et que je considère comme une lecture nécessaire pour tout le monde, femmes comme hommes.

    Image: Éditeur

  • La voleuse de livre

    Nous sommes dans une petit ville d'Allemagne. Une jeune fille, Liesel, sort d'une voiture de la croix-rouge pour rencontrer les personnes qui seront ses nouveaux parents. Elle fait rapidement la connaissance d'un garçon, Rudy, qui l’emmène à l'école. On y apprend que Liesel est incapable de lire. Pourtant, elle souhaite apprendre. Ainsi, son nouveau père lui construit un dictionnaire dans la cave alors qu'ils apprennent tous les deux à lire avec un ouvrage volé par Liesel. C'est ainsi que commence pour cette dernière un nouvel amour: celui des mots et des livres qui racontent les histoires. Mais nous sommes en 1938. La guerre menace puis commence. Les livres ne sont pas forcément bien vu. Ce qui n'empêchera pas Liesel de continuer à lire en "empruntant" dans la bibliothèque du maire et de sa femme.

    J'ai adoré ce film. Il m'a énormément touché. Il faut dire que je me sentais très proche d'un personnage qui possède un amour des livres. Cette femme fait tout pour apprendre et lire. Elle découvre, dans les livres, la puissance des mots sur les personnes qui l'entourent. Elle est aidée par deux nouveaux parents qui malgré leurs désaccords apprécient la fille dont ils doivent prendre soin. Mais aussi d'un garçon sympathique mais un peu bête. La puissance de cette histoire tient aussi dans le contexte. Comme je l'ai déjà dit nous sommes au début de la guerre. La peur est partout. Alors que des voisins partent à l'armée certains jeunes garçons sont mobilisés pour un entraînement. La rue se vide peu à peu alors que les uniformes inquiétants sont parfois visibles. On voit la destruction organisée contre tout un peuple selon le point de vue d'une famille peu fortunée. Je n'en dirais pas plus. Je ne peux que conseiller d'aller au cinéma et d'acheter un ticket.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario.

    • Joss Whedon. Une magnifique histoire bien jouée avec des acteurs qu'on apprécie et une intrigue à la fois drôle et triste

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  • Les années 68. Une rupture politique et culturelle par Damir Skenderovic et Christina Späti

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    Auteur-e-s : Damir Skenderovic et Christina Späti
    Éditeur : Antipodes 2012
    Pages : 191

    En Suisse aussi il y a eu un mai 68. Mais, selon ce livre, les études concernant ces événements ne permettent pas encore de savoir exactement ce qui s'est déroulé et qu'elles furent les conséquences. Le but de ce livre est de créer un lien entre les différentes parties de la Suisse et de voir ce qui s'est passé, comment et les conséquences. Sans prétendre à terminer l'histoire du mai 68 Suisse le livre doit permettre d'avoir une première vision globale. Pour cela 4 chapitres sont écrits.

    Dans le premier les auteur-e-s dépeignent le contexte de la Suisse de l'après-guerre. Alors que la nouvelle génération n'a pas connu la guerre ni ses privations le pays, ainsi que l'occident, entre dans une période de prospérité économique extrêmement importante. Dans un contexte de confiance envers l'avenir et le progrès qui permet une nouvelle liberté les carcans sociaux inhibent fortement les envies de la jeunesse. Vers cette époque apparaissent le rock et les bandes qui scandalisent la presse de l'époque. Ce qui permet aux auteur-e-s de parler de période de précurseurs à mai 68.

    Le second chapitre fait deux choses. Premièrement il permet de placer les événements au niveau mondial. Que se passe-t-il dans les différents pays? En effet, ce qui se déroule ailleurs a forcément un effet sur les événements suisses dont les militant-e-s se tournent vers leurs voisins de même langues. Dans un second temps les auteur-e-s examinent ce qui s'est déroulé en Suisse. Alors que les universités menacent d'exploser les autorités académiques réussissent à désamorcer la bombe en réagissant différemment que dans les pays voisins. En effet, plutôt qu'une répression les universités acceptent le dialogue ce qui permet de calmer une grande partie des militant-e-s. Cependant, dans la rue la répression est très forte et la violence, des deux cotés, est importante. Le troisième chapitre illustre le second en nous expliquant les stratégies, moyen d'actions et revendications des divers mouvements. Ainsi, ceux-ci souhaitent plus de démocratisation dans les études mais s’attaquent aussi à l'impérialisme américain et le racisme que connaît la Suisse face aux travailleurs immigrés venus d'Italie. On observe aussi de nouveaux moyens d'action à l'instar des sit-in.

    Le dernier chapitre permet aux auteur-e-s de montrer comment les différents mouvements tentent de survivre à mai 68. Alors que tout se semble se diviser en buts et caractéristiques différentes on observe un regain d’activités dans certaines villes autours de partis ou de groupes précis. Ainsi, Lausanne connaît des manifestations autours de l'augmentation du billet de cinéma pour ne prendre qu'un exemple. Les universités connaissent aussi une radicalisation mais, cette fois, les autorités académiques réagissent à l'aide d'une répression forte. Cependant ces mouvements s’essoufflent et une grande partie disparaît vers la fin des années 70 alors que la nouvelle droite prépare sa stratégie face à cette nouvelle gauche qui, même affaiblie, reste importante et est accusée d'avoir détruit les institutions ancestrales de la Suisse.

    Pour conclure je vais, comme d'habitude, dire ce que j'ai pensé de ce livre. Comme beaucoup je suis fasciné par mai 68. Que ce soit contre ou pour de nombreuses personnes ont une opinion sur une année qui est devenu un enjeu important dans les mémoires militantes de gauche comme de droite. Que ce soit pour déplorer une année ratée qui aurait pu permettre des changements culturels, politiques et économiques de nature révolutionnaires ou pour accuser la génération 68 d'avoir détruit l'autorité et, par extension, le fonctionnement de la justice, de l'école et de l'économie les opinions sont fortes. Mais qui connaît les événements historiques et leurs conséquences réelles? Ce livre, qui ne conclut pas de manière définitive sur l'histoire du mai 68 Suisse, permet de connaître les avant, pendant et après de ces événements. Bien que de nombreuses choses soient dites sur lesquelles j'aurais apprécié avoir plus de détails je trouve que l'exercice est, ici, réussit. Il ne manque plus qu'à étudier de manière plus approfondies l'histoire.

    Image: Éditeur

  • L'an V de la révolution algérienne par Frantz Fanon

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    Auteurs : Frantz Fanon
    Éditeur : La Découverte et Syros 2001
    Pages : 174

    Je ne connais pas grand-chose sur la guerre d'Algérie. Bien entendu je sais quelques petites choses que tout le monde connaît. Mais ce n'est pas vraiment important. Donc quand j'ai pu lier mon désir d'en savoir plus à la fois sur la pensée de Frantz Fanon et sur la guerre d'Algérie j'ai sauté sur l'occasion. Ce livre est publié pour la première fois en 1959. Frantz Fanon est en plein militantisme et il utilise ses connaissances pour aider les Algériens à se libérer de la tyrannie du colonialisme français. Outre cela il écrit. Ici il tente d'analyser les changements que la guerre de libération a créé dans la société algérienne aussi bien d'un point de vue social que dans l'usage des techniques.

    Fanon décrit les changements sur 5 chapitres. Le premier concerne principalement les femmes ainsi que leur rapport au voile dans le cadre du colonialisme. Alors que la condamnation française du voile comme un reste de l'ancien temps sexiste ne fit rien pour dévoiler les femmes c'est, paradoxalement, selon Fanon, la guerre qui permit aux femmes de se dévoiler. Ceci se fit non pas pour se libérer d'un carcan patriarcal qui n'est qu'une tradition acceptée mais pour aider à la Révolution. Ainsi, une femme dévoilée peut plus facilement parcourir les rues pour aider les hommes à éviter la police. Inversement, l'intérêt envers les femmes dévoilées par la police a impliqué le retour du voile qui permet de cacher armes et bombes. Dans le second chapitre l'auteur analyse l'arrivée massive et l'usage de la radio. Celle-ci, malgré le brouillage, permet de donner les informations sur les réussites de la Révolution aux citoyen-ne-s alors que les médias français cachent les victoires. Plus encore, les médias de la Révolution utilisent plusieurs langues dont le français. Dans le troisième chapitre Fanon tente de montrer en quoi la guerre change la manière dont la famille fonctionne. Que ce soit le fils qui ne suit plus les conseils de son père ou la fille qui doit nécessairement s'occuper de la famille en l'absence de l'homme voir vivre avec des hommes sans être mariées. Mais c'est aussi le mariage qui change. Alors que, selon Fanon, le mariage était d'abord une alliance entre clans durant la guerre ce sont des personnes qui apprennent à se connaître qui souhaitent se marier sans avoir à demander le droit aux parents (surtout au père). Fanon analyse, dans le chapitre 4, la manière dont la médecine est utilisée par les forces colonialistes. En effet, selon Fanon, la France a tenté d'interdire la vente de médicaments ainsi que de forcer les médecins à dénoncer les blessures suspectes. Enfin, l'auteur termine sur la minorité européenne en montrant comment certains de ses membres décident de soutenir la Révolution que ce soit à l'aide d'informations ou en cachant biens et personnes dans leur propriété.

    Je suis à la fois très favorable et un peu déçu par ce livre. Favorable car il donne la pensée de Fanon sur une Révolution en cours et les mutations que cela implique nécessairement dans une société. On apprend donc un certain nombre de choses sur le fonctionnement de la guerre ainsi que sur les raisons qui peuvent pousser certaines personnes à se révolter. Cependant, cette analyse pèche, et c'est normal, par le contexte durant lequel elle a été écrite. Comment peut-on créer un livre avec une méthodologie impeccable alors que l'auteur se trouve en pleine guerre et risque la prison, voir la mort, chaques jours? Il est donc parfaitement compréhensible que les exemples soient des généralités et que Fanon n'entre pas dans le détail. Mais ce qui m'a le plus déçu est la manière dont Fanon analyse le rôle des femmes. L’œil exercé se rend facilement compte qu'elles sont gardées en réserve pour des activités subalternes. Cela ne veut pas dire que ces activités ne sont pas importantes mais elles ne sont pas des luttes. Mais Fanon ne voit pas ça. Alors que son analyse du racisme et du colonialisme est très stimulante il est singulièrement aveugle envers le système patriarcal. Je souhaiterais donc en savoir un peu plus sur ce sujet mais il faudra, pour cela, m'intéresser à d'autres auteur-e-s.

    Image: Éditeur

  • Philomena

    Nous avons tous entendu parler du scandale des adoptions forcées en Irlande. Certaines personnes savent même que ces pratiques ne sont pas seulement irlandaises. Ce film parle de l'un de ces scandales. Philomena est une femme qui pleure la perte de son premier enfant qui aurait dû avoir 50 ans. Sa fille n'était au courant de rien ni personne d'autre d'ailleurs. Mais cette fois elle souhaite vraiment savoir ou se trouve son fils. Elle prend donc contact avec un ancien journaliste récemment expulsé de son travail à Downing Street, Sixsmith. Bien que les pistes irlandaises ne donnent rien il et elle continuent leur quête aux USA. Ce voyage leur permettra d'apprendre plusieurs choses sur le fils de Philomena et sur les raisons de l'adoption.

    On le sait, le début du XXe siècle ne fut pas le plus facile pour les personnes un peu marginales. De nombreuses institutions s'occupaient d'elles et pouvaient les enfermer plusieurs années sans se justifier. Mais ce film n'explore pas vraiment ce coté de l'histoire. Il préfère se concentrer sur la relation entre deux personnes: un journaliste et politicien désabusé et choqué par ce qu'il découvre et une femme qui tente seulement de retrouver son fils et non de trouver des coupables. Ainsi, les deux personnages interagissent selon des buts différents et des moyens différents. Alors que Sixsmith observe le récit comme un journaliste qui souhaite pointer du doigt des personnes Philomena cherche des informations. Les deux personnages sont magnifiquement joués par les deux personnes qui ont été choisies pour cela. Leur duo fonctionne parfaitement bien et c'est toujours un plaisir d'observer Judi Dench à l'écran.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario.

    • Joss Whedon. Un film magnifiquement joué sur un thème qu'il aurait été facile de tourner vers le pathos. Le choix de ne pas expliquer le contexte mais d'observer deux personnes est, à mon avis, une magnifique idée.

    Image: Site officiel

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  • Les ombres de l'histoire. Crime et châtiment au XIXe siècle par Michelle Perrot

    Titre : Les ombres de l'histoire. Crime et châtiment au XIXe siècle9782080679147_cm.jpg
    Auteur : Michelle Perrot
    Éditeur : Flammarion 2001
    Pages : 427

    2014 est l'anniversaire de la mort de Michel Foucault. Je trouve donc qu'il est intéressant de terminer 2013 avec un livre sur l'histoire de la prison. Celui-ci est composé de plusieurs articles écrit par l'historienne Michelle Perrot. Cette dernière s'est intéressée aux prisons alors que Michel Foucault avait lancé le sujet dans la discipline historique. L'usage des concepts foucaldiens lui permet de mieux comprendre les sources qu'elle analyse dans les différents articles de cet ouvrage.

    Celui-ci est découpé en 5 parties qui regroupent différentes contributions selon certains thèmes. La première partie permet de resituer le travail de Foucault et la manière dont il a été reçu et critiqué par les historien-ne-s. Cette partie nous permet de comprendre un peu mieux l'intérêt de Foucault pour l'histoire des prisons et des organisations totales. Mais aussi les raisons qui se cachent derrière les critiques (souvent justifiées). La seconde partie permet à Michelle Perrot de donner des informations sur certains des grands penseurs de la prison au XIXe siècle. Entre Bentham et la construction intellectuelle de la prison panoptique et Tocqueville et ses considérations sur la prison via les archives de son voyage aux USA elle nous parle d'un traité sur la pauvreté. Ces textes permettent de comprendre l'importance du débat qui a entouré la prison au XIXe. Comment la construire? Comment la gérer et comment surveiller? Les écrits de Bentham sont particulièrement glaçants puisque ses idées mènent à la destruction de la vie humaine au profit de l'utilité.

    Les parties suivantes permettent d'entrer dans l'analyse du crime et de la marginalité. La troisième est donc constituée de textes concernant la "vie carcérale". Comment vit-on en prison au XIXe siècle? Les révolutions ont-elles un impact sur celles-ci? Que faire de l'écriture? Autant de questions auxquelles répond Michelle Perrot. Ainsi, elle montre que les révolutions s'attaquent aux prisons selon certaines modalités. Les prisonniers politiques sont célébrés alors que les voleurs sont conspués. Et même si des réformes sont promises les demandes en ce sens sont rapidement écartées. Mais Michelle Perrot examine aussi l'expérience de la prison de Genève grâce à un travail d'un autre historien, Malgré une constitution à la pointe des sciences de l'époque ce fut un échec.

    La quatrième partie examine la signification des crimes. Celle-ci commence par un examen des décomptes statistiques qui permet de mettre en question son fonctionnement ainsi que les significations qui sont données aux chiffres. Perrot continue sur deux contributions qui nous parlent de l'importance des faits divers pour comprendre les craintes de l'époque. L'une des deux nous parle d'un cas particulièrement important: l'affaire Troppmann. Celle-ci reçut une énorme attention médiatique et fut accusée d'être orchestrée par le gouvernement pour éviter de porter les réflexions sur d'autres problèmes plus importants.

    La dernière partie parle de thèmes qui ont prit une actualité importante ces derniers temps. En effet, les contributions qui y sont réunies parlent de la mendicité, des vagabonds et des jeunes. Alors que les vagabonds mendiants sont de plus en plus contrôlés et accusés de créer le crime en volant et en violant – voir même en créant les épidémies par leurs migrations – l'époque s'inquiète des enfants. Ces derniers sont décrits comme des voyous qui prennent le contrôle de la rue au lieu de travailler à l'usine. Les médias de l'époque s’inquiètent de ces bandes de jeunes qui, pourtant, ne sont pas si importants selon les sources.

    Que dire, au finale, de ce livre? L'ennui avec les recueils de contributions c'est qu'ils créent le danger d'une impression de flou dans les sujets analysés. Bien que les contributions soient classées selon des thèmes définis on peut se demander, parfois, pourquoi tel sujet apparaît après tel autre. De plus, on cherche à en savoir plus sans pouvoir le faire. Cependant, le sujet de ce livre est de plus intéressants. Ce constat est d'autant plus important dans le contexte sécuritaire actuel. Alors que les promesses de sécurité et le contrôle se multiplient dans des proportions de plus en plus fortes ce livre permet d'historiciser certains points tout en offrant des comparaisons intellectuelles. C'est donc une lecture qui peut guider un avis critique sur certaines politiques publiques en cours de construction ou déjà décidées. Je pense, en particulier, à la surveillance mais aussi à la mendicité et à la peur de la jeunesse.

    Image: Éditeur

  • Le loup de Wall Street

    Jordan Belfort est un jeune homme d'une vingtaine d'année quand il est engagé dans une agence de courtage. C'est aussi un homme marié dont le rêve est de devenir riche. Mais alors qu'il obtient sa licence il est viré le jour même lors de l'un des plus grands krachs boursier de l'histoire. Cependant, rien ne saurait l'arrêter et il se retrouve bien vite dans une petite agence qui vend des actions sans valeurs d'entreprises naissantes. Il s'y fera vite remarquer par sa capacité à vendre de manière agressive. C'est alors qu'il décide de créer sa propre entreprise qui doit lui permettre de devenir riche! Mais cela est-il légal et, si oui, moral? Peu importe, car il n'y a que l'argent qui compte et nul ne saurait se mettre en travers de son chemin.

    Qui est Jordan Belfort? Cet homme dont la vie est au centre de deux livres et maintenant de ce film est un courtier qui a réussit. Mais il a réussi d'une certaine manière. En effet, on observe un homme dont la seule obsession est l'argent et le meilleur moyen de le recevoir grâce à un système capitaliste en roue libre. Comme le dit l'un des personnages au début du film: Tout n'est que virtuel. Le client croit devenir riche alors qu'il ne reçoit rien tandis que le courtier se prend une commission importante. Le but du jeu n'est donc pas de bien conseiller son client mais de lui vendre et de garder son argent sur le marché tout en empochant la commission. Prendre l'argent dans la poche d'autrui pour le mettre dans la sienne. Cette philosophie reste au centre de tout le film. Les courtiers sont dépeints comme des rapaces qui vendent des produits sans les connaître ni même tenter de comprendre. Leur seul but est de gagner et si certains perdent de l'argent autant que ce soit leurs clients.

    Dans ce contexte l'argent est devenu une drogue dont la dose quotidienne est nécessaire. Mais ce n'est pas la seule addiction de Jordan. Celles-ci sont expliquées par un besoin de détente et d'acuité durant toute une journée. Ainsi, l'usage des drogues permet de survivre à des journées éprouvantes durant lesquelles tout est basé sur la performance. Cette excitation s'évacue aussi par la sexualité affichée. Les bureaux de l'entreprise sont donc les lieux d'un spectacle continuel de débauche et de fête ou la drogue, la sexualité et la performance sont au centre de tout. Rien ne compte si ce n'est de pouvoir faire ce que l'on veut avec l'argent de sa réussite.

    La sexualité me mène à parler d'un autre aspect central dans le film: les femmes. Elles sont centrales non pas grâce à leur rôle. Les rares femmes nommées sont soit des épouses, des mères ou des courtières. Et encore elles ont rarement beaucoup de choses à dire à l'écran. Car Jordan ne voit pas les femmes comme des partenaires mais comme des biens permettant de prouver sa réussite matérielle. A plusieurs reprises il explique que la richesse permet de vivre avec une belle femme tandis que le marqueur de pauvreté serait de posséder (j'utilise ce terme exprès) des femmes moches. Ainsi, non seulement Jordan a une femme mannequin mais il achète aussi de nombreuses prostituées et offre même une augmentation mammaire à une employée. Moins que des êtres humains les femmes sont des biens dont il est possible de faire cadeau à ses employés. La nudité fait partie de ce cadeau et elle est souvent affichée et imposée aux femmes. Nous nous trouvons clairement dans un usage d'un bien pour prouver sa réussite sociale.

    Au final, ce film éprouvant possède-t-il une morale? Je ne crois pas. Même quand Jordan est puni (que ce soit par la justice ou les circonstances) il réussit à s'en sortir. Il n'y a pas non plus de véritables explications d'un système vicié. Le film manque donc singulièrement de point de vue. En effet, tout est mis selon le regard de Jordan qui se fiche de savoir véritablement comment le système fonctionne ou est régulé (mal) tant qu'il gagne de l'argent. Mais ce que ce film nous offre est une ambiance. Celle d'un groupe d'individus mis au centre d'une machine qui brasse des millions et dont on demande une performance à toute épreuve. Un système qui broie les employé-e-s même qui y gagnent puisqu'ils et elles perdent tout sens de la réalité. Une ambiance de toute puissance et de stress intense qui permet de comprendre comment certaines affaires et crises récentes ont pu avoir lieu.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario.

    • Joss Whedon. Superbement joué, extrêmement bien réalisé, ce film est éprouvant et épuisant. Malgré sa longueur on ne sent pas le temps passé. Est-ce une véritable explication du fonctionnement de la bourse? Non, pour cela il vaut mieux s'intéresser à Margin Call qui y réussit beaucoup mieux (et qui montre aussi un dédain des clients).

    Image: Allociné

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  • Mandela: Long walk to freedom

    C'est un peu le film qui tombe exactement au bon moment. Basé sur l'autobiographie de Nelson Mandela il retrace sa vie, son histoire et ses luttes depuis ses débuts en tant qu'avocat jusqu'à sa prise de pouvoir en tant que président d'un pays déchiré. Le film commence donc dans les rues des townships alors que Mandela défend ses compatriotes devant la justice et séduit des femmes dans les bars. Bien qu'il soit conscient des inégalités il n'agit pas politiquement. Mais, un jour, un ami est battu à mort dans un commissariat et personne ne veut agir. C'est à ce moment, selon le film, que Nelson Mandela se lance dans l'activisme et entre dans l'ANC dont il devient rapidement l'un des leaders. Mais la répression est de plus en plus forte et, bientôt, l'ANC décide d'utiliser la violence contre le terrorisme d'état. Arrêté et condamné c'est sa femme qui deviendra le symbole de la résistance alors que lui reste derrière les barreaux tout en essayant d'agir du mieux qu'il peut. Jusqu'à ce que le gouvernement n'ait plus d'autres choix que de déposer les armes du terrorisme et d'accepter un processus de paix.

    Que dire de ce film que je n'ai pas dit pour les autres biopics que j'ai vu au cinéma? Car je l'ai souvent écrit: tous les biopics souffrent d'un problème majeur qui se retrouve dans la mise en place des biographies (et aussi des autobiographies) qui est de créer un sens de l'histoire, une forme de destin inné dont l'on pourrait retrouver les traces dès l'enfance. Basé sur une autobiographie ce film n'est absolument pas exempt de ce problème. Il est même démultiplié. Car une autobiographie n'est pas autre chose qu'un retour sur ce que l'on se souvient à un moment donné. Donc une construction d'un passé. Ce caractère se voit très fortement dans ce film qui revient à plusieurs reprises sur l'enfance de Mandela pour expliquer l'importance des organisations et du devoir envers la communauté. Comme si tout venait de son enfance et rien de sa vie adulte. C'est aussi un film qui porte sur un piédestal un personnage historique. Oui, Mandela a énormément fait pour son pays et son peuple. Mais ses problèmes familiaux sont laissés au second plan (ainsi sa première femme disparait d'un seul coup) tandis que son entrée dans la violence n'est ni expliquée politiquement ni vraiment explorée. Comme si c'était une parenthèse d'une vie de pacifisme. Mais cette violence doit bien avoir une raison précise et ne pas la questionner est, à mon avis, indigne envers un tel personnage. Comme souvent, on oublie aussi les autres acteurs et actrices de l'époque qui sont laissés derrière l'ombre de Mandela. Après tout, c'est un biopic. Cependant, on peut tout de même en comprendre un peu plus sur une époque, sur une atmosphère mais aussi sur les raisons d'un divorce politique avec sa seconde femme. Le film se construisant selon le point de vue de Mandela on a peu d'informations sur les contestations internes te externes à l'ANC. Mais on peut en observer. Un film parfait? Certainement pas. Mais un bon film tout de même.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario. Un homme d'exception dont la lutte est devenue un symbole de la renaissance d'un pays entier dans un film bien réalisé avec des acteurs et des actrices convaincant-e-s. Malgré les problèmes inhérents au style du biopic j'ai beaucoup aimé ce film.

    • Joss Whedon.

    Image: Site officiel

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  • Les manuels à l'usage des gardiens de camps nazis

    Titre : Les manuels à l'usage des gardiens de camps nazis
    Éditeur : Berg International 2013
    Pages : 64

    Je n'ai rien lu sur la période nazie en Allemagne depuis un certain temps. Bien que cette période intéresse un grand nombre de personnes, dont moi, j'ai aussi un sentiment mitigé face à mon propre intérêt. J'hésite donc souvent à lire et présenter de tels livres. Je n'hésite pas parce que j'ai peur de la période mais parce que je crains de ne pas être capable de présenter de manière adéquate ce que je lis. Récemment, j'ai donc emprunté ce petit ouvrage. Celui-ci, entre une présentation et une postface, nous offre trois textes non-commentés. Ces textes sont des manuels édités pour les gardien-ne-s des camps nazis. Il y a un règlement disciplinaire, des instructions et des consignes de service.

    Pour quelles raisons lire ces trois textes? Parce qu'ils permettent de comprendre un peu mieux l'idéologie qui se place derrière les gardiens. Bien qu'on ne puisse comprendre les camps de concentration seulement par ces textes ils permettent d'illustrer comment l’Allemagne nazie considérait ses prisonniers/ères et les gardien-ne-s. Car ce qu'on trouve ce sont des phrases courtes mais qui illustrent une idéologie. Le manuel d'instruction est particulièrement intéressant ici. Il est constitué de séances de questions-réponses. Celles-ci montrent que le/la gardien-ne est à la fois placé-e en position supérieure et éloigné-e des prisonniers/ères. Ce qui permet à la personne qui garde les camps de se considérer comme un exemple parfait face à des ennemis intérieurs déshumanisés.

    Je suis un peu plus sceptique face aux textes d'introduction et de postface. Le choix, revendiqué, est de ne pas commenter les sources éditées. Ce choix se comprend mais j'aurais tout de même apprécié un commentaire, même court, de ce que je lisais. Par exemple, quelles furent les détournements des règlements? Comment furent-ils rédigés? Sont-ils appliqués rigoureusement? Des questions qui restent sans réponses dans ce livre. J'ai aussi eu quelques réactions de surprises face à certaines formules et considérations des personnes qui ont écrit l'introduction et la postface. Sans être choquantes je me demande si elles étaient nécessaires. Ce qui n'enlève rien à l'intérêt du travail de ces deux personnes ainsi que du traducteur.

    Image: Éditeur

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  • Black feminism. Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000

    Titre : Black feminism. Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-20009782296051041j.jpg
    Auteures : Multiples
    Éditeur : L'Harmattan 2008
    Pages : 260

    Bon, il ne va pas être facile de parler de ce livre mais je vais essayer le présenter sans trop d'erreurs. Il est constitué de nombreux textes (11 en comptant l'introduction) qui datent de différentes époques. Leurs points communs est de tenter de faire le lien entre la lutte féministe et la lutte contre le racisme. Cette position est résumé sous le sigle, si je l'ai bien compris, de black feminism. Soit un féminisme qui parle aussi des problèmes de dominations raciales. Ces textes sont écrits par des femmes africaines-américaines aux USA. Ce pays a une tradition importante de lutte antiraciste basée, en particulier, sur les africain-e-s américain-e-s. Ce type de mouvements est peu connu en France et encore moins en Suisse d'où l'intérêt de comprendre le black feminism pour se rendre compte des manques de nos propres pays face au sujet.

    Le livre commence, heureusement, par une introduction rédigée par Elsa Dorlin. Ce texte permet non seulement d'expliquer quelques choix de traductions mais surtout de place le contexte du black feminism. Ce qui permet au lecteur ou à la lectrice de mieux comprendre les textes choisis. Ceux-ci, nombreux, permettent de montrer à la fois une envie et un manque. En effet, les femmes qui écrivent ces textes se déclarent féministes mais ne peuvent pas entrer dans les groupes militants féministes. Pourtant l'envie ne manque pas de se retrouver dans le féminisme. En effet, le féminisme américain (pour ne parler que de lui) oublie de mettre en place une réflexion sur la racisme interne des femmes blanches féministes. De plus, rares sont les femmes noires à être mises au panthéon féministe. Il est donc nécessaire de mettre en place une réflexion à la fois sur le racisme et sur le sexisme.

    La question qui se pose est comment intégrer ces textes au féminisme européen. Nous n'avons pas la même histoire que les États-Unis. En Suisse nous n'avons pas, de plus, d'expérience coloniale alors que la France en possède une. Cela implique-t-il que le black feminism ne peut rien nous apporter? J'en doute fortement. Non seulement celui-ci permet d'apporter une réflexion sur les liens entre racisme et sexisme. Plusieurs textes montrent que la manière dont on considère la femme et l'homme noir comme naturellement forte et dévirilisé créent des problèmes à la fois de sexisme et de militantisme. Mais ils permettent surtout de mettre en question des pratiques et pensées dans le féminisme actuel. Étant donné que nous n'avons pas la même expérience historique de lutte en faveurs des droits des personnes noires nous n'avons pas non plus connu de remises en questions frontales d'un fonctionnement raciste de la société et du militantisme. Ce n'est pas qu'il n'y en a pas eu mais nous n'avons pas connu de nationalisme noir ou de black panther party. Pour se remettre en question il est donc nécessaire de lire ces textes et de réfléchir sur nos propres fonctionnements.

    Image: Éditeur

  • Black-out par Connie Willis

    Titre : Black-out1208-blitz1_3.jpg
    Auteure : Connie Willis
    Éditeur : Bragelonne 2012
    Pages : 665

    Nous sommes en 2060. Dans ce futur proche la recherche historique a connu une révolution. En effet, les historiens ne se cachent plus derrière des cartons d'archives poussiéreux (bien dommage pour eux) ils voyagent dans le temps. Cette technologie permet aux historiens et aux historiennes d'Oxford d'observer de visu les événements les plus spectaculaires de notre histoire. Mais aussi de corriger les erreurs de nos archives. Nous suivons une poignée de personnes qui ont décidé d'étudier l'Angleterre selon différents aspects durant le Blitz. L'une observe l'évacuation des enfants, une autre les londoniens dans les abris, une les volontaires féminines alors que les V1 tombent et un dernier observe les héros de Dunkerque. Rien de dangereux n'est censé se dérouler mais que faire quand un petit quelque chose semble ne plus cadrer?

    Le Docteur rit des historiens et des archéologues car, lui, vit l'histoire en direct. Je me demande ce qu'il ferait avec ces personnages. Bien que je sois le premier a me jeter dans une machine à voyager dans le temps si elle existait je ne serais en tout cas pas le premier à aller visiter les guerres et autres catastrophes (même si le Docteur serait déçu de mon attitude). Mais qu'ai-je aimé dans ce livre? Premièrement je trouve que la mise en place de l'époque me semble particulièrement réussie. On retrouve un contexte particulier dans une période dangereuse. Des relations entre personnes que l'on ne connaît plus mais aussi un fonctionnement des machines différent. J'ai aussi aimé les personnages qui semblent tous et toutes très enthousiastes de leur voyage (normal je le serais aussi). Je n'ai cependant pas beaucoup aimé la manière dont l'intrigue est décrite. Elle me semble être une course absurde entre les différents personnages pour se retrouver. J'ai, en fait, du mal à croire qu'il n'y ait pas de procédures prévues en cas de problèmes. Le nombre de personnages se trouvant à différents endroits et époques rend aussi difficile de trouver une continuité dans l'intrigue. On peut passer d'un mois à l'autre selon le chapitre. Mais ces points n'ont pas baissé le plaisir de ma lecture.

    • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

    • Papier toilette.

    • Roman de gare. Un livre très sympa avec une atmosphère réussie. Je rêverais presque d'être historien à Oxford en 2060.

    • À lire.

    • Tolkien.

    Image: Éditeur

  • Les origines républicaines de Vichy par Gérard Noiriel

    Titre : Les origines républicaines de Vichy9782213678399-X.jpg?itok=TJ42ChQQ
    Auteur : Gérard Noiriel
    Éditeur : Hachette Littératures 1999
    Pages : 335

    Cette fois c'est Vichy qui m'intéresse. Je ne suis de loin pas le seul. L'histoire de Vichy est un problème encore largement discuté en France. Est-ce que Pétain peut être considéré comme un dirigeant français ou est-il un usurpateur du pouvoir? Qui a collaboré et qui a résisté? Mais, surtout, quels sont les liens entre Vichy et la République. Dans ce livre Noiriel tente d'examiner la manière dont on peut relier la IIIème République et le gouvernement de Vichy. Pour cela il examine le "compromis républicain", les discriminations envers les étrangers, l'identification et enfin la science.

    Cependant, avant d'entrer dans le vif du sujet l'auteur a décidé d'écrire un chapitre introductif qui examine le fonctionnement de l'histoire du temps présent. Sans condamner la vision d'expertise de l'historien Noiriel souhaite que celle-ci ne soit pas soumise à la construction des problématiques par d'autres que les historiens. Car l'historien ne doit pas juger il doit comprendre comment et pourquoi telle ou telle chose a fonctionné. C'est la raison pour laquelle Noiriel tente ici de comprendre comment les décisions de Vichy ont été si facilement accepté en essayant de trouver un lien précèdent avec des décisions de la Troisième République.

    Cette recherche lui permet de démontrer que la Troisième République a mis en place un certain nombre de lois et de processus qui ont permis à Vichy d'aller plus loin. Ainsi, la gestion des personnes de nationalité étrangère a permis non seulement de créer un discours sur le danger de certains peuples (en se basant sur un discours de darwinisme social) mais aussi de mettre en place une surveillance de certains groupes grâce aux cartes d'identités. Noiriel nous permet donc de comprendre comment des décisions discutées démocratiquement peuvent préfigurer ou annoncer un fonctionnement contraire à la démocratie. Ainsi, la mise en place des fiches permet, ensuite, d'identifier les juifs pour mieux les expulser. Les livres de médecins sur le danger des races "inférieures" permet de justifier une politique eugéniste de choix d'une immigration. Bref, le gouvernement de Vichy se place dans un contexte historique républicain.

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  • Bavures policières? La force publique et ses usages par Fabien Jobard

    Titre : Bavures policières? La force publique et ses usages9782707135025.gif
    Auteur : Fabien Jobard
    Éditeur : la découverte 2002
    Pages : 295

    Nous entendons tous, de temps en temps, parler de bavures. Des policiers qui ont agit en dehors du cadre de leur fonction. Une violence d’État qui est suivie immédiatement par la colère des associations de défense des droits de l'homme et des victimes. Mais aussi par la défense de l'usage de la force policière face à des individus qui peuvent être dangereux. Mais personne ne tente de comprendre comment et pourquoi la violence policière a lieu. C'est ce que se propose de faire l'auteur dans ce livre.

    Cette analyse est divisée en trois parties de deux chapitres chacun. La première partie permet à Fabin Jobard d'examiner les récits qu'il a récolté. Il y trouve de nombreux exemples de violences policières. Avant de considérer leur réalité il essaie de comprendre dans quelles circonstances cette violence se crée. Il apparaît que celles-ci sont relativement restreintes. En effet, les policiers établissent un calcul concernant les personnes, les lieux et l'utilité de la violence. Le contexte a donc une grande importance et se comprend aussi bien comme contexte social que comme contexte territorial. Ainsi ce sont surtout des personnes en état d'anomie qui sont visées par une violence qui a lieu dans un environnement particulier en dehors du regard public. La seconde partie permet à l'auteur d'examiner ce qui se déroule quand des faits allégués sont dénoncés à la presse. Il y montre une confrontation de deux histoires entre la victime qui se crée une virginité et la police qui noircit la personne ainsi que les circonstances. Ainsi, la confrontation permet soit à la police de montrer que son usage de la violence était légitime soit à la victime de démontrer une violence illégitime. La troisième partie permet d'examiner comment les policiers sont jugés et sanctionnés en cas de violence. L'auteur montre que la justice française crée une forme de protection du fonctionnaire dont les décisions sont légitimes a priori. Mais il y existe aussi la possibilité de parler de la victime pour la disqualifier par exemple en parlant de rébellion. L'auteur y montrer que les victimes les plus probables sont justement celles qui pourront le moins dénoncer la violence dont ils peuvent être les sujets.

    Pour conclure sur cette courte présentation je ne peux que dire que j'ai trouvé le livre intéressant mais difficile à lire. Le propos est parfois ardu et utilise des références juridiques qui me sont souvent inconnues. Cependant il permet de comprendre les logiques d'apparition de la violence policière et créant des moyens de savoir quels sont ses possibilités. Malheureusement il est aussi basé sur l'exemple français et une grande partie de l'ouvrage ne peut donc pas être utilisé pour d'autres pays sans travail en amont.

    Image: Éditeur

  • Le capital tome 2 par Karl Marx

    Titre : Le capital 2580_big.jpg
    Auteur : Karl Marx
    Éditeur : Soleil manga 2011
    Pages : 192

    L'histoire de Robin et son entreprise de fromage continue dans ce second tome qui sera l'occasion d'expliquer les effets pervers du capitalisme. Car Robin est maintenant un patron qui a réussit. Son usine s'est agrandie et fonctionne à une cadence de plus en plus forte. Mieux encore, Robin est capable de créer ses propres produits et d'engloutir d'autres usines. Mais il se rendra compte que ses agissements en tant que patron ont des conséquences importantes sur la vie de ses employés. Pire encore, ce qu'il fait va se retourner contre lui avec une puissance dévastatrice.

    Ce livre est à la fois plus et moins intéressant que le tome précédent. Plus intéressant car Engels vient directement nous expliquer le fonctionnement du monde capitaliste ce qui permet de résumer, en simplifiant, les apports théoriques du marxisme. Mais moins intéressant car ces points théoriques sont mauvais pour l'intérêt de l'histoire de base. En effet, celle-ci est souvent mise de côté pour de petites excursions théoriques. Pire encore, l'histoire ne devient qu'un support d'exemples pour la théorie au lieu de laisser celle-ci se révéler durant les intrigues. Ceci est, à mon avis, vraiment dommage.

    • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

    • Papier toilette.

    • Roman de gare. Simpliste mais intéressant. C'est une introduction utile pour les personnes qui ne connaissent rien au marxisme mais du déjà-vu pour les autres. Il reste à saluer l'effort qui a été mis pour traduire en images un livre dense et compliqué.

    • À lire.

    • Tolkien.

    Image: Éditeur