19/07/2013

L'hécatombe des fous. La famine dans les hôpitaux psychiatriques français sous l'occupation par Isabelle von Bueltzingsloewen

Titre : L'hécatombe des fous. La famine dans les hôpitaux psychiatriques français sous l'occupation
Auteure : Isabelle von Bueltzingsloewen
Éditeur : Flammarion 2009
Pages : 522

Ce livre naît autours d'une polémique. Cette dernière a pris force durant les années 80 pour toujours continuer. Des auteurs importants accusent l'institution psychiatrique française de s'être rendue complice d'une extermination par la faim de 40 000 aliénés internés sous la demande, cachée, du régime de Vichy. Un devoir de mémoire est affirmé autours de ces victimes d'une politique eugénique. L'auteure de la recherche ne souhaite pas répondre de manière polémique. Au contraire, elle recherche les faits pour connaître la réalité de ce qui est nommé extermination. Ceci la mène à poser de nombreuses questions aussi bien méthodologiques que factuelles pour comprendre comment 40 000 personnes ont pu mourir de faim en France.

Cet examen est organisé en trois parties regroupant trois à quatre chapitres. Les trois premiers chapitres permettent à Bueltzingsloewen d'examiner les chiffres et les faits de la faim. Elle commence donc par expliquer sa méthode d'approximation du nombre de victimes, ainsi que ses inexactitudes, qui permet de dénombrer environ 45 000 morts surnuméraires. Ce terme décrit des personnes, si on s'en tient aux années d'avant guerre, sont morts en "trop". Mais ce chiffre ne permet pas de savoir qui exactement est mort de faim et qui est mort naturellement. Il faut aussi prendre en compte l'affaiblissement de certaines personnes. Autrement dit, ce chiffre n'est qu'une approximation difficilement individualisable. L'auteure examine aussi ce qu'elle nomme le scénario de la famine ce qui lui permet de mettre en avant des explications économiques. Aussi bien la réquisition allemande que les restrictions ont impliqué une hausse importante des prix à laquelle les économistes des asiles n'était pas préparé. Dans le dernier chapitre elle analyse aussi la production scientifique des aliénistes qui est vue, par des militants de notre époque, comme le comble du cynisme. Bueltzingsloewen montre que cette production permet non seulement aux médecins de s'insérer dans le milieu médical mais aussi de comprendre le phénomène qu'ils ont sous les yeux alors que les connaissances médicales sur la famine sont très insuffisantes à l'époque en France.

Mais cet aspect scientifique n'implique pas que ces hommes n'avaient pas conscience d'un malheur qui demandait une action. Dans une seconde partie l'auteur examine donc comment la société a pris conscience du problème et a réagit. Elle montre que les médecins, dès le début, se sont mobilisés localement pour contrer la mort certaine de leurs patients. Mais ces actions étaient limitées par l'incompréhension du phénomène et par leur caractère local. Heureusement, les médecins aliénistes sont regroupés dans une association nationale qui, rapidement, lance des cris d'alarme au gouvernement pour demander une action. Ce dernier n'est d'ailleurs pas inactif et, malgré une ambiance eugénique, met en place une politique de rationnement en faveurs des interné-e-s qui permet de nourrir à nouveau ces derniers. Bueltzingsloewen démontre donc que, loin d'une volonté d'extermination, les acteurs de l'époque ont réagit dans les limites de leur pouvoir et ont réussi à gagner le soutient officiel de Vichy.

Dans une dernière partie l'auteure tente de comprendre les raisons de l'abandon des interné-e-s. Elle montre que ces derniers sont insérés dans une institution qui implique le délitement des liens sociaux et l'oubli des personnes internées. Comme elle le dit si bien: l'internement est une mort social avant que la mort physique n'ait lieu. Non seulement, avant-guerre, l'institution est bloquée par le nombre important d'interné-e-s qui empêche une prise en charge individuelle. Mais en plus les médecins ne considèrent pas les possibilités de guérisons ce qui implique que les patients peuvent passer des années, si ce n'est leur vie entière, enfermés. Ceci joue aussi sur les relations sociales extérieures qui, progressivement perdent de leur intensité ou sont non-existantes. L'auteure montre que pour les interné-e-s qui possèdent encore des relations avec leur famille la mort par inanition est bien moins importante grâce à l'apport offert via les visites. Mais il existe aussi une coupure avec la société - dans laquelle les thèses eugénistes ont une certaine audience - qui considère les interné-e-s comme des inadaptés sociaux inutiles dont la mort serait un soulagement aussi bien pour les familles que pour les institutions sociales. Ces aspects ont contribué à une invisibilité des personnes internées dans les asiles même si les thèses eugénistes n'ont pas été concrétisée par une extermination contrôlée et voulue par l’État. Elle termine cette partie en montrant que les années de guerre ont permis une remise en cause du système qui a permis de penser l'idée de libération et d'institutions ouvertes. Mais aussi de mettre en place des organisations de travail et de loisirs pour les interné-e-s qui permet de recréer une utilité sociale tout en reliant les patients à la société grâce à l'aide qu'ils peuvent offrir. Paradoxalement, la guerre a permis ceci en haussant la tolérance à ce que l'on nomme la folie dans les entreprises à cause du manque de main d’œuvre dû à l'emprisonnement et à la mobilisation de français. Cette remise en cause continuera après la guerre malgré les difficultés politiques.

En conclusion, j'ai trouvé ce livre très documenté et très dense. L'auteure montre une érudition importante sur un sujet difficile. En parallèle d'une recherche dans les archives qui lui permet de valider un certain nombre d'hypothèses tout en contextualisant les événements et en corrigeant des inexactitudes historiques elle met en place une réflexion importante sur le rôle de l'historien face au devoir de mémoire. En effet, la polémique l'oblige à prendre position sur son activité d'historienne face à des personnes qui peuvent être très hostiles à la méthode historique accusée d'euphémiser un crime voir de culpabiliser des victimes. Mais le rôle de l'historien n'est ni de juger ni d'entrer dans une polémique. Son rôle est d'analyser les faits dans leur contexte pour comprendre comment quelque chose s'est produit et pour quelles raisons. Isabelle von Bueltzingsloewen y arrive parfaitement sur un thème rendu difficile par sa médiatisation même.

Image: Éditeur

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11/06/2013

Hannah Arendt

 Hannah Arendt, une femme dont tout le monde a entendu parler pour sa chronique sur le procès d'Eichmann qui a eu lieu à Jérusalem. Justement, ce nouveau biopic commence lors de l’enlèvement du nazi. Il est rapidement jeté à l'arrière d'une camionnette puis on retrouve Hannah Arendt chez elle en train de lire le journal qui annonce la venue d'un procès. Nous suivrons donc Hannah Arendt à Jérusalem lors de ce procès mais surtout lors de la polémique qui eu lieu après que son travail fut publié par le New Yorker. En effet, non seulement certains croient qu'elle défend Eichmann mais, en plus, elle s'attaque à certains dignitaires juifs et leurs activités.

Je n'ai jamais lu les ouvrages d'Hannah Arendt. Je ne suis donc pas du tout capable de critiquer le rendu de la philosophie et des idées de cette femme dans ce film. Mais je peux parler de ce dernier. Les acteurs, pour commencer, sont tous très bien choisis. Je n'ai pas vu un seul acteur qui semblait en dehors de son rôle. Montrer les capacités de ces hommes et femmes dans plusieurs langues m'a aussi plu. Je préfère avoir des sous-titres mais entendre de l'hébreu à Jérusalem plutôt que de l'anglais. Ce qui permet de donner une forme d'authenticité au film. Ce dernier me semble très maîtrisé. Il y a tout de même quelques problèmes entre deux scènes qui, parfois, ne semblent pas logique. Je me demande aussi s'il était nécessaire de s'attarder sur la relation qu'elle avait avec son ancien professeur de philosophie. Le plus gros problème de ce film dure une ou deux scènes et se déroule durant le fameux procès. Il a été fait le choix d'utiliser des images d'archives et je suis pour. Je suis beaucoup plus sceptique quand on décide de reconstituer le tribunal pour passer du noir et blanc à la couleur lors de la même scène. Heureusement ce cas est rare mais il reste très étrange et raté. Bref, j'arrête la une critique peu profonde de part mes propres incapacités pour vous conseiller d'aller le voir et se vous faire votre propre idée. Je doute que vous perdiez votre temps!

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12:08 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : hannah arendt, biopic, eichmann | | | |  Facebook

02/06/2013

Les bas-fonds. Histoire d'un imaginaire par Dominique Kalifa

Titre : Les bas-fonds. Histoire d'un imaginaire9782020967624.jpg
Auteur : Dominique Kalifa
Éditeur : Seuil 2013
Pages : 394

En tant qu'étudiant je suis très intéressé par les populations oubliées, marginales et marginalisées ainsi que les représentations qui les entourent. Avec ce livre je suis servi. Dominique Kalifa y examine les représentations des bas-fonds et l'histoire de ces dernières entre le XIXe et le XXe siècle. Les bas-fonds, ce terme regroupe une idée très forte que nous connaissons tous. Des lieux froids, sombres et sales dans l'intérieur des villes. Des personnes louches, furtives, qui passent rapidement et qui chuchotent entre-eux. Dominique Kalifa examine ce sujet en dix chapitres divisés en trois parties.

La première partie est composée de trois chapitres. L'auteur y examine l'imaginaire social qui fonctionne derrière le terme "bas-fonds". Pour cela il examine la production culturelle de manière large ce qui lui permet de découvrir l'origine du terme ainsi que sa signification d'origine. L'auteur y examine la manière dont on considère la ville. Un endroit dans lequel une contre-société est possible dans les endroits les plus sinistrés. Mais le terme a aussi une origine biblique qui repose sur Sodome ainsi que sur Babylone puis Rome. L'idée qui en ressort est celle d'un monde inverse de voleurs, mendiants, meurtriers et prostituées. La contre-société est aussi sexuellement insatiable. Mais c'est aussi un lieu qui regroupe ce que l'on considère comme les classes sociales dangereuses. Des émeutiers qui peuvent mettre en danger si ce n'est détruire la civilisation. Les bas-fonds ne sont pas seulement un lieu de crimes mais un lieu inverse à la civilisation qui peut mettre en danger cette dernière.

La seconde partie concerne ce que l'auteur nomme "scénographies de l'envers social". Derrière ce terme se cache quatre manière d'écrire, de montrer, les bas-fonds divisés en autant de chapitres. Le premier concerne la manière dont la police décrit ces lieux. L'auteur y montre que le point principal est la création de liste permettant de classer les personnes dans des cadres précis. Ainsi, les mémoires de policiers comportent tout différents noms pour autant de spécialisation décrites. La seconde chapitre concerne l'idée des princes déguisés. Ces hommes, et femmes, qui visitent les lieux criminels et pauvres en douce et sans donner leur identité pour remettre les choses en ordre. Le troisième chapitre me semble proche puisque l'auteur y examine les visites faites par l'aristocratie et la bourgeoisie dans les lieux mal-famés de la ville. Une visite qui se doit d'être dangereuse et qui permet de se frotter à des personnes peu recommandables sans risques. Enfin, il y a l'usage des poésies et autres romans.

La dernière partie analyse la fin des bas-fonds dans les villes en trois chapitres. Tout d'abord, la seconde partie du XXe siècle est l'heure de l'état providence. Les pauvres sont de moins en moins pauvres et leur statut socio-économique donne moins lieu à des discours sur leur criminalité supposée. Ce n'est plus l'immoralité qui crée la pauvreté mais cette dernière qui implique l'immoralité. Dans le même temps, les villes sont modifiées et les pires lieux de celles-ci sont détruits et reconstruits. Les criminels changent aussi. De pauvres ils gagnent en argent et entrent dans l'idée du "milieu". Les criminels en costumes proches de la bourgeoisie et des politiciens sont de plus en plus visibles. Mais ces transformations n'impliquent pas la fin de l'idée que pauvreté équivaut à criminalité. L'idée des mauvais pauvres est toujours d'actualité mais se transforme dans l'idée des profiteurs de l'état providence ces derniers étant souvent étrangers. Enfin, l'auteur conclut sur des considérations concernant la fascination des bas-fonds qui existe encore aujourd'hui.

Au final j'ai beaucoup apprécié la lecture de ce livre. Il permet de comprendre comment un imaginaire a pu se constituer autours de cette notion de bas-fonds. Un imaginaire qui fonctionne encore aujourd'hui dans les productions culturelles. L'auteur utilise aussi des exemples et productions académiques très larges qui viennent autant de France que du monde anglophone, germanophone ou espagnol. Une telle connaissance du sujet et des œuvres écrites sur celui-ci est impressionnante et permet de faire une histoire large des bas-fonds. Malheureusement, ce livre ne permet pas de voir les gens. En effet, ce qui est analysé est une production d'un imaginaire social et non la réalité sociale. Et j'aurais apprécié de savoir à quel point cet imaginaire est proche ou dissemblable à la réalité.

Image: Site de l'éditeur

21/05/2013

The company you keep (Sous surveillance)

Le film commence sur des images du passé. Les États-Unis sont en guerre au Vietnam mais la contestation est extrêmement forte. Alors que des milliers d'étudiant-e-s marchent pacifiquement dans la rue l'état réprime fortement toute contestation. Le pacifisme ne fonctionnant pas certaines franges des organisations étudiantes se radicalisent et mettent en place une lutte armée. Après une attaque de banque qui se termine sur le meurtre d'un garde les membres de cette organisation décident de disparaître. Mais, de nos jours, le FBI retrouve la trace de l'une des membres et après elle c'est tous les autres qui risquent d'être retrouvés. L'un d'eux est maintenant un avocat avec une fille de 12 ans. Alors que sa vie présente est menacée il tentera de sauvegarder cette dernière ainsi que sa fille.

J'avoue être partagé. Ce film est non seulement bien réalisé mais aussi joué par des acteurs et actrices très convaincants! Les observer est un véritable plaisir. Le scénario est aussi intéressant. L'idée d'observer comment des militant-e-s radicaux des années 60 et 70 ont continué leur vie dans la clandestinité permet de jouer avec les changements d'avis, les problèmes de consciences et les compromis inévitables. La plupart de ces ancien-ne-s- militant-e-s ont dû accepter le capitalisme parfois avec un grand succès. Cependant leur choix de vie montre qu'ils tentent de garder en partie leurs idéaux passés. Cependant je suis déçu du traitement de la politique. Les discours ne sont presque jamais expliqués ou analysés. En fait, ces ancien-ne-s militant-e-s semblent être particulièrement apolitique. C'est à peine si on entend parler de Marx et de Fanon ou des justifications de l'époque. Pourtant un peu plus de politique aurait pu donner un résultat intéressant.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario. De bons acteurs, un scénario intéressant mais un manque de discussions politiques que je trouve dommage. Bref, je suis mitigé.

  • Joss Whedon.

Image: Site officiel

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19/05/2013

La grande arnaque. Sexualités des femmes et échange économico-sexuel par Paola Tabet

Titre : La grande arnaque. Sexualités des femmes et échange économico-sexuel2747576728j.jpg
Auteure : Paola Tabet
Éditeur : Harmattan 2004
Pages : 207

Qu'est-ce que la prostitution? Selon l'idée généralement admise c'est une activité qui consiste à faire payer l'usage de son corps en vue d'un acte sexuel. Mais cette définition est-elle la seule qui ait existé dans l'histoire et dans les différentes sociétés humaines? L'aspect monétaire ne se trouve-t-il vraiment que dans le cadre précis de la prostitution? Et pourquoi seuls les hommes semblent être les clients tandis que les femmes offrent la sexualité? Paola Tabet tente, dans ce livre, de comprendre le fonctionnement des échanges entre hommes et femmes en vue d'un accès à la sexualité.

Cet examen est mené en 5 chapitres par l'auteure. Le premier et le second concernent les problèmes de définitions que pose la prostitution. En effet, il existe de nombreuses formes d'échanges de monnaies pour posséder la sexualité des femmes. Ces échanges peuvent se faire aussi bien dans le cadre marital que dans le cadre non-marital. C'est la raison pour laquelle l'auteure ne pense pas que l'échange d'argent soit la manière adéquate de définir la prostitution. Elle propose donc de mettre en place une théorisation des échanges entre hommes et femmes qui prenne en compte un continuum entre prostitution et mariage. Dans tous ces cas il y a échange de dons ou d'argents pour recevoir le service sexuel des femmes. Le troisième chapitre permet à l'auteure de comprendre comment les femmes qui se prostituent réussissent à créer une relation qui ne prenne en compte que le sexe (et non la sexualité). En effet, l'argent ne permet pas forcément de ne payer que du sexe mais, dans certains cas, de payer aussi des services maritaux comme le bain, le ménage ou encore la cuisine. Il y a donc à la fois une rupture dans les services mais il y a aussi une rupture dans la temporalité. Le service ne se déroule que durant un certain temps accepté par un contrat alors que le mariage est illimité (sauf divorces). Le quatrième chapitre permet à l'auteure de comprendre comment les hommes ressentent la sexualité libre des femmes. Celle-ci peut être vue comme un danger pour l'ordre dominant puisque ces femmes, non seulement, reçoivent de l'argent et peuvent posséder des objets masculins mais, en plus, sortent du cadre de l’économie du mariage. Ce qui permet à l'auteure de conclure sur l'aspect profondément sexiste du mariage qui implique l'offre de services sexuels et de travail gratuits en échange de dons en argent. Les hommes possèdent l'économie et les femmes un sexe qu'elles doivent utiliser comme moyen de survie.

Ce livre est riche. Il possède de nombreux exemples et une construction théorique compliquée et fertile pour comprendre la domination des hommes sur les femmes dans les cadres des échanges économico-sexuels. Il me faudra probablement un certain nombre de relectures pour comprendre cet appareil théorique dans toute sa subtilité. Je peux déjà dire que je considère ce livre comme non seulement intéressant mais surtout extrêmement bien écrit. Je pense que les personnes qui s'intéressent à la prostitution dans un cadre d'explication sociologique peuvent difficilement passer outre cet ouvrage. L'idée que les femmes sont forcées d'entrer dans un terme d'échange inégal avec les hommes qui implique d'accepter d'offrir un service sexuel en échange de dons me semble particulièrement pertinent pour comprendre le fonctionnement des relations entre hommes et femmes. Plus encore, l'idée qu'il existe un continuum entre prostitution et mariage qui ne prenne pas forcément en compte l'argent mais le fonctionnement de la relation possède une portée explicative importante. Plutôt que de considérer la prostitution comme simple échange d'argent pour une relation sexuelle limitée dans le temps on devrait la considérer en tant que rupture des règles masculines de la bonne sexualité féminine. Ces règles sont relatives aux époques et aux sociétés mais leur violation équivaut toujours à punition. Celle-ci est généralement extrêmement violente et ne porte pas que sur le stigmate du terme prostituée mais aussi sur une humiliation publique qui peut passer par le viol dans un grand nombre de cas. Au final, l'auteure dépeint une sexualité féminine contrôlée par les hommes pour les hommes. Le corps des femmes ne leur appartiendrait pas vraiment mais serait échangé à multiples reprises dans une relation de dominée à dominant.

Image: Éditeur

09/05/2013

Hysteria (traduit en français en "Oh my god!" pfff ils ne savent plus quoi inventer...)

Il en a fallu du temps pour que je décide de regarder ce film après tout le bien qu'on m'en a dit. Hysteria se déroule à Londres. Un jeune médecin tente de faire passer ses idées révolutionnaires sur la médecine à de vieux docteurs pas très convaincus (imaginez! comment peut-on croire à cette saugrenue idée des germes?). Il est expulsé de la plupart de ses emplois à cause de cela. Alors qu'il tente, difficilement, de retrouver une place il rencontre le docteur Dalrymple qui s'occupe des hystériques. Sautant sur l'occasion notre jeune docteur, maintenant employé, entre dans le cabinet pour traiter ces femmes. Mais celui-ci est très différent de tout ce qu'il a fait jusqu'à présent. En effet, le traitement consiste en un massage de la "zone génitale". Peu à peu lui viendra l'idée du vibromasseur.

Dans ce film de nombreuses femmes sont considérées comme hystériques. Dès le début on nous fait bien comprendre que cette maladie n'est qu'une farce puisque la première des patientes sort en furie du cabinet en demandant des droits égaux pour les femmes. Suivi en cela par la mine déconfite de deux hommes qui se murmurent le terme "hystérique" à l'oreille. La fille de Dalrymple expliquera à notre héros que ce terme cache des femmes qui sont frustrées de leur vie ou dont le maris n'est pas un bon coup au lit. En gros, l'hystérie c'est surtout un bon moyen invité par des docteurs moustachus d'éviter de répondre de manière rationnelle aux questions légitimes des femmes sur leur place dans la société. Il est plus simple d'enfermer que de justifier une relation inégale. On trouve aussi une petite histoire d'amour. Je ne le cacherais pas, cette dernière est loin d'être compliquée et on comprend rapidement comment elle va finir. J'ai, en tout cas, beaucoup aimé ce film qui m'a énormément fait rire. Je trouve que le décalage entre un traitement médical qui est la masturbation et la manière dont de vieux messieurs barbus en parlent très rationnellement sans considère le plaisir que les femmes y trouvent est à la fois drôle et très réaliste.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario. Drôle tout en n'étant pas révolutionnaire il montre comment on a pu éviter de parler de termes importants en médicalisant les femmes sous le terme d'hystériques.

  • Joss Whedon.

Image: Allociné

Site officiel

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11:17 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |  Facebook

Mélancolie ouvrière par Michelle Perrot

Titre : Mélancolie ouvrière9782246797791-G.jpg
Auteur : Michelle Perrot
Éditeur : Grasset 2012
Pages : 185

Michelle Perrot est l'une de mes idoles. Non seulement elle est l'une des pionnières de l'histoire des femmes en France mais son intérêt pour les déviances, les marginaux et les contrôles de l'état rejoint le mien. J'étais donc très heureux de rencontrer cette historienne qui eu la gentillesse de me dédicacer son nouveau livre. Celui-ci inaugure la collection "Nos Héroïnes" des éditions Grasset constitué grâce à Caroline Fourest et Fiammetta Venner. Cependant, comme l'annonce Michelle Perrot, cette collection ne souhaite pas mettre en place une histoire des grandes femmes comme il y a eu une histoire des grands hommes. Il faut trouver des héroïnes inconnues. Une tâche difficile comme il y en a peu.

Michelle Perrot s'est souvenue d'une femme qu'elle avait rencontré il y a quelques dizaines d'années lors de ses recherches. Cette femme se nommait Lucie Baud et tout ce que l'on savait d'elle était résume dans un récit autobiographique publié dans le Mouvement Socialiste en 1908. Elle y décrivait sa vie mais aussi ses luttes dans le syndicat des tisseuses de soie. Comment une ouvrière, une femme, a pu écrire dans une revue aussi intellectuelle? En effet, les récits d'ouvriers et de femmes sont rares en histoire et les historien-ne-s qui tombent sur de tels récits sont des chanceux qui ont l'opportunité de lever une part du voile sur la vie de celles et ceux que certain-e-s nomment les petit-e-s.

L'auteure a donc cherché a en savoir plus et, en collaboration étroite avec deux autres personnes passionnés d'histoire, elle a découvert une vie rocambolesque. Mais cette vie se cache derrière les incertitudes et les trous dans les sources. Autant que la découverte de la vie d'une ouvrière au XIXe Perrot nous montre comment on peut travailler en histoire quand les sources manquent ou sont peu adéquates. Ce livre est donc court, nécessairement, mais très éclairant, particulièrement bien écrit et passionnant

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25/04/2013

L'affaire Rouy. Une femme contre l'asile au XIXe siècle par Yannick Ripa

Titre : L'affaire Rouy. Une femme contre l'asile au XIXe siècle978-2-84734-662-6.jpg
Auteur : Yannick Ripa
Éditeur : Tallandier 2010
Pages : 295

L'histoire de la folie, de la prison ou des personnes considérées comme déviantes m'intéresse de plus en plus. Ces oublié-e-s de l'histoire n'ont pas forcément pu parler mais des historien-ne-s réussissent à leur donner une voix et à comprendre le contexte et les discours révélateurs qui a permis de considérer des êtres humains comme dangereux. Ce thème m'intéresse depuis que j'ai découvert Michel Foucault dont j'apprécie beaucoup les thèmes d'études, les concepts et les idées politiques. Alors quand je suis tombé sur un livre qui tente, selon le résumé, de comprendre l'histoire d'une femme internée arbitrairement je peux difficilement résister à l'envie de lire.

Hersilie Rouy, une femme de la quarantaine, admirative de son père, artiste et célibataire voit sa vie se briser lorsqu'un jour, le 8 septembre 1854, un homme inconnu de sa part l’emmène de force à l'asile de Charenton. Enregistrée sous un faux nom elle deviendra ses dénégations quant à l'opportunité de son enfermement et quant à son identité mèneront les aliénistes à la considérer de plus en plus malade. L'auteure, Yannick Ripa, examine sa vie en trois parties qui correspondent à autant de changements importants. Dans la première partie elle montre comment Hersilie Rouy est diagnostiquée. Les luttes de cette dernière se heurtent à un aveuglement des médecins qui se soutiennent les uns les autres dans un esprit de corps. L'auteure y fait aussi une description de la politique asilaire de l'époque et de ses manquements. En particulier elle montre la facilité de détourner la loi de 1838 pour enfermer des proches sans véritables examens. La seconde partie continue sur cette lancée en examinant le retour à l'asile d'Hersilie Rouy et son incapacité à en sortir. Malgré ses plaintes répétées personne ne semble la prendre au sérieux mais tout le monde souhaite s'en débarrasser tout en fermant les yeux sur les aspects étranges de son histoire administrative. La dernière partie permet enfin d'entrer dans l'affaire proprement dites. L'auteure y montre comment Hersilie Rouy, soutenue par des ami-e-s en cela, tente de relier son affaire à un dispositif judiciaire puis aux critiques de l'aliénisme. Mais cette partie montre surtout comment cette femme a été invoquée, utilisée, comme exemple pour attaquer une institution et ceux qui la servent, au profit d'une autre institution.

Je ne suis pas tout a fait convaincu par ce livre. J'ai apprécié sa lecture mais quelque chose me gène. Je trouve que l'auteure tente un peu trop d'entrer dans la tête d'Hersilie Rouy en considérant ses mémoires, source principale, comme un moyen adéquat de comprendre cette femme. Pourtant, Yannick Ripa explique elle-même que l'authenticité de cet écrit est soumise à caution car un éditeur est probablement passé par là. L'auteure, dans son propos, montre aussi un glissement d’interprétation entre une Hersilie Rouy lucide et une chute dans une forme de folie durant son internement. Mais si les mémoires ont été écrites après les événements peut-on vraiment croire en ce texte? Bien entendu, Yannick Ripa utilise d'autres sources mais celles-ci semblent, du moins j'en ai l'impression, considérée comme invalide face aux mémoires. Bien que ce thème soit intéressant et permet d'illustrer, avec un cas précis, la facilité de tomber dans des définitions de folie sans qu'il ne soit possible de s'en défaire je reste sceptique quant à ce livre.

Image: Éditeur

15:22 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : asile, droits humains, aliénation, prison | | | |  Facebook

24/04/2013

La pensée straight par Monique Wittig

Titre : La pensée straight31HBP6EJ1HL._SL500_AA300_.jpg
Auteur : Monique Wittig
Éditeur : Balland 2001
Pages : 157

Bien que ce livre soit terminé depuis pas mal de temps j'ai mis plus de temps que d'habitude à en parler. J'ai préféré attendre car je ne suis pas certain d'avoir vraiment compris le propos des textes de ce recueil. Je vais tout de même essayer d'en faire une présentation qui sera, je le sais déjà, peu adéquate. Je préfère donc prévenir dès le début et conseiller de lire les textes de Wittig et non de les juger selon ce que j'en dis.

Ceci fait quel est le message de Monique Wittig? Nous sommes tous familier de la division de la société en termes de classe et de race. Les analyses qui démontrent la force de ces divisions dans notre société sont nombreuses. Elles sont adjointes à la domination en termes de genre. Ces trois types d'analyses permettent de démontrer que l'homme blanc de classe sociale supérieure se trouve dans une position dominante de facto. Il est surtout important de comprendre que ces différentes divisions s'entrecroisent formant une complexité importante dans les dominations. Ainsi, Michelle Obama est dominante face à une femme blanche de classe sociale modeste. Ceci n'est qu'un exemple illustratif. Cependant je n'ai toujours pas dit ce qu'ajoute Monique Wittig. Son argument considère que les divisions que je viens de (très) rapidement présenté ne sont pas complètes. Elle ajoute une autre forme de domination qui concerne les sexualités. Selon Monique Wittig, la société est formée sur l'hétérosexualité comme norme dominante. Cette dernière est naturalisée comme étant la forme normale et éternelle des relations entre hommes et femmes. Ce qui pousse les femmes à être toujours sous le pouvoir du patriarcat. Ce qui mène au second argument de Monique Wittig. Elle considère, en effet, que les femmes ont soit le choix de l'esclavage patriarcale soit celui de s'échapper dans une nouvelle société: celle des lesbiennes. C'est la raison de l'une de ses phrases: les lesbiennes ne sont pas des femmes. Car, par leur existence elles se placeraient en dehors de la société hétéro-centrée patriarcale. Elles briseraient les chaînes de par leur sexualité même.

Que penser de cette position politique basée sur une analyse de la société? Je pense qu'il est difficile de contester le caractère hétéro-centré de notre monde européen (pour ne pas parler de pays que je ne connais pas). Il suffit d'observer autours de soi pour voir cette réalité. Ce sont parfois de petites choses, mais si symboliques, comme le serveur qui enlève les fleurs lorsque deux hommes ou deux femmes mangent ensemble à la Saint Valentin ou des problèmes plus importants de violence institutionnelle ou individuelle (regardez ce qui s’est déroulé en France ces derniers temps). Mais peut-on considérer que les lesbiennes s'échappent de ce système? Je n'en suis pas aussi certain. C'est, peut-être, une vision un peu noire de la réalité mais je pense qu'il ne suffit pas d'avoir une sexualité autre qu'hétérosexuelle pour échapper à la domination à la fois patriarcale et sexuelle. Cependant, cela n'enlève pas le caractère très intéressant et stimulant des propos de Wittig que, encore une fois, je considère n'avoir pas totalement compris. Une prochaine lecture m'aidera-t-elle? On verra.

Image: Amazon

16/04/2013

Boys don't cry! Les coûts de la domination masculine sous la direction de Delphine Dulong, Christine Guionnet et Erik Neveu

Titre : Boys don't cry! Les coûts de la domination masculine1332768665.jpg
Directeur : Delphine Dulong, Christine Guionnet et Erik Neveu
Éditeur : Presses Universitaires de Rennes 2012
Pages : 330

Les livres qui examinent la question de la domination masculine sont nombreux sur des cas très divers. Nous avons une bonne vision de la manière dont la domination patriarcale fonctionne et continue de fonctionner malgré les réussites des luttes féministes. Nous en savons beaucoup moins sur la force de la domination des hommes sur les hommes eux-même et ce pour diverses raisons politiques et institutionnelles. Ce livre tente de faire un bilan des connaissances actuelles et de proposer une piste possible de recherche pour examiner de manière scientifique les problèmes que pose le patriarcat pour les hommes même grâce aux contributions de nombreux chercheurs. Le livre est divisé en trois parties dont chacune se concentrent sur un aspect particulier du problème.

La première partie regroupe quatre contributions. Trois de ses contributions examinent l'usage militant du concept de coûts de la masculinité pour les mouvements masculinistes. Ces mouvements, comme il est écrit dans les diverses contributions, forment une réaction importante contre les féministes qu'ils accusent d'avoir renversé le patriarcat et d'avoir mis en place un matriarcat. Alors qu'Anne Verjus démontre les différences entre les discours féministes et masculinistes sur les coûts de la masculinité Franci Dupuis-Déri parle des problèmes de crises de la masculinité. Les hommes seraient, en effet, en manque de repères masculins et perdraient, de ce fait, leurs caractéristiques et leurs chances. Cependant, Francis Depuis-Déri démontre que ces crises ont toujours existé dès qu’un mouvement mettait en cause les privilèges des mâles. La contribution de Béatrice Damian-Gaillard est différente puisqu'elle examine la manière dont une collection de roman décrit le mâle idéal pour séduire une femme. Cette analyse se base sur de nombreux romans de la même collection et permet de mettre en lumière une vision très particulière des hommes qui peuvent séduire des femmes (blanc souvent plus vieux et de classe sociale plus élevée).

La seconde partie m'a semblé moins intéressante. Les directrices et le directeur y publient des article squi ont fait date dans les recherches anglo-saxonne. Ces articles permettent de poser les concepts et appareils théoriques utilisés dans le cadre de ce livre et de montrer leur pertinence pour la recherche sur les masculinités. Le travail de Caroline New est particulièrement utilisé.

La dernière partie utilise les concepts présentés auparavant dans le cadre de recherches spécifiques qui permettent d'illustrer leur usage scientifique tout en montrant certains caractères particulier de la domination masculine sur les hommes eux-même. La première contribution illustre l'importance de faire homme aux Antilles française en multipliant le nombre de maîtresses tout en acceptant les conséquences que cela implique. La seconde contribution examine l'importance de faire homme pour des homosexuels venant de milieux ruraux. L'auteur y examine deux contextes différents en mettant en parallèle les États-Unis et la France. Cependant, l'importance de la virilité, même si elle n'est pas facilement définissable, est présente dans les deux pays. La troisième contribution examine l'importance de l'alcool dans les identités de genre masculine et féminine. L'auteur y montre qu'il existe une relation différente à l'alcool selon qu'on soit homme ou femme. Au début du siècle la femme doit être abstinent, pure, l'homme doit pouvoir résister à l'ivresse. Mais ces injonctions se sont inversées. a consommation est devenue preuve d'émancipation pour les femmes alors que l'homme doit démontrer une consommation mesurée et maîtrisée. La dernière contribution examine la différence d'usage de la médecine dans le cadre du travail par les hommes et les femmes. On y observe que les hommes se médicalisent beaucoup moins que les femmes même en cas d'accident du travail.

En conclusion j'ai trouvé ce livre très intéressant. Il examine un problème qui est souvent invoqué par des groupes anti-féministes parfois violents. La tentative de scientifiser les coûts de la masculinité et donc la bienvenue et permet d'observer de manière concrète la domination des hommes par les hommes. Cependant, il est nécessaire, et les auteur-e-s en sont conscient-e-s, de ne pas oublier un aspect fondamental de la domination masculine. Cette dernière peut, en effet, être considérée comme un coût sur les hommes par les injonctions à suivre un rôle parfois difficile à assumer. Mais la domination masculine se porte d'abord sur les femmes. Il faut donc être conscient que les coûts ne sont ni symétrique ni équivalents entre les hommes et les femmes. C'est justement parce que certains hommes considèrent être dominés de manière symétrique et équivalente qu'ils sont passés d'une vision pro-féministe à une vision masculiniste. Au contraire de ce qu'annoncent les masculinistes les féministes n'ont pas vaincus le patriarcat. La domination masculine est encore forte et très prégnante. Dans ce cadre il peut être utile pour des anti-sexistes d'examiner les coûts de la masculinités pour les hommes. Mais celui-ci doit s'accompagner de précautions méthodologiques équivalentes aux autres recherches.

Image: Site de l'éditeur

09/04/2013

Pirate Cinema par Cory Doctorow

Titre : Pirate Cinemacover-small.jpg
Directeur : Cory Doctorow
Éditeur : Site de l'auteur
Pages : 395

J'ai presque terminé de lire tous les romans écrit par Cory Doctorow. Celui-ci était l'avant-dernier et il a été édité fin 2012. Il se déroule à Londres dans un futur proche, celui qui attend nos enfants. La guerre contre le piratage qui commence de nos jours a pris des proportions énormes. Des lois de plus en plus liberticides sont mises en places aboutissant à l'emprisonnement de plus en plus systématique d'enfants coupables d'avoir écouté des fichiers illégaux. L'un de ses enfants est notre héros. Celui-ci fuit sa famille après que ses téléchargements ont aboutis à la coupure de l'accès internet de la maison ce qui équivaut à faire perdre leur emploi aux parents et à détruire l'avenir scolaire de sa petite sœur. Comme il ne peut plus voir sa honte se refléter sur les visages de sa famille il fuit, seul, à Londres. Il y rencontre des squatters et des mendiants mais, surtout, il commence à comprendre que son pays ne fonctionne plus pour ses citoyens mais pour de riches compagnies ultra-puissantes. Il est temps de lutter pour sa propre liberté.

J'aime bien Cory Doctorow mais il a des tics d'écritures qui m'agacent un peu. Ses héros sont toujours de jeunes adolescents qui apprennent subitement la vie et l'amour. Personnellement je n'aime pas les adolescents mais les pires sont ceux qui sont amoureux! Doctorow ajoute toujours une jeune fille beaucoup plus intelligente que le héros qui lui permet de mieux comprendre ce qui se déroule devant ses yeux. Et il y a toujours cet aspect à la fois réaliste sur le système politique et très naïf face aux possibilités d'actions. Cependant Doctorow possède un esprit et une vision acérée de ce qui peut se dérouler dans le futur si la guerre contre le piratage continue dans la voie qui lui est donnée actuellement. Il montre les effets pour les citoyens en termes de perte de vie privée et de droits mais aussi l'inutilité des dispositifs légaux qui sont mis en place. Inutilité car il existe de nombreuses technologies qui permettent d'éviter d'être pris. Il suffit de les connaître et d'apprendre à les utiliser. Et Doctorow nous montre comment on peut utiliser ces technologies en tant que citoyens. L'histoire est donc intéressante et mérite d'être connue malgré ses quelques défauts.

  • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

  • Papier toilette.

  • Roman de gare.

  • A lire. Bien que les personnages ne me convainquent pas l'histoire et le message de Doctorow me plaisent. J'invite donc tout le monde à lire ce roman.

  • Tolkien.

Image: Site de l'auteur

07/04/2013

Inch’Allah

Une jeune médecin canadienne a décidé de travailler dans une clinique pour femmes en Palestine. Cependant elle vit en Israël de l'autre coté du mur. Elle a des amis et des connaissances dans les deux cotés mais elle arrive plus ou moins à garder un équilibre. Mais ces amitiés sont-elles vraiment aussi simples à maintenir alors que la haine, l'incompréhension et la guerre font rage? Tandis que l'un des cotés du mur enragent contre des attaques organisées à l'assaut des colonies l'autre coté pleure et enrage autours de la mort de ses enfants. Et cette jeune médecin est au milieu. Elle n'arrive pas à se rendre objective et extérieure. Elle tente d'aider mais ses échecs commencent à la détruire.  Vivre dans deux mondes à la fois est une position inconfortable et probablement impossible à tenir pour cette jeune femme.

La question qui occupe Israël et la Palestine dans une guerre depuis près de 60 ans est compliquée. Personne ne connaît la solution et je pense que plus personne n'est véritablement innocent. Je ne vais donc pas entrer dans un débat que je ne maîtrise pas ni ne comprend. Ce que je sais c'est que la guerre équivaut à la tristesse et à l'injustice. Et la réalisatrice a réussit à mettre ceci en évidence. Les petites vexations quotidiennes, la chape de plomb de l'occupation armée, les soldats qui deviennent fous et les combattants qui ne savent quoi faire d'autre que se suicider. Est-ce réaliste? Probablement. Est-ce la réalité? Probablement pas tout a fait. De ce coté je pense que le film est réussi. Ce sont les personnages qui ne m'ont pas convaincu. Je n'arrive pas à m'identifier ni à m'intéresser à leur vie. Ils ne me paraissent ni réaliste ni important et j'aurais très bien pu m'en passer. Cet imbroglio plombe un film qui reste intéressant.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances. Intéressant, bien réalisé mais des personnages peu convaincants qui font chuter mon appréciation.

  • Bon scénario.

  • Joss Whedon.

Image: Site officiel

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18:39 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : palestine, israël, mur, colonisation | | | |  Facebook

02/04/2013

Réfugiés et sans-papiers. La république face au droit d'asile XIXe-XXe siècle par Gérard Noiriel

Titre : Réfugiés et sans-papiers. La république face au droit d'asile XIXe-XXe siècle9782818502860-G.jpg
Directeur : Gérard Noiriel
Éditeur : Calman-Lévy 1991
Pages : 355

J'ai lu Noiriel il n'y a pas si longtemps. J'avais apprécié sa manière d'écrire ce qui m'a poussé à emprunter un autre livre de cet historien. En l’occurrence je souhaitais en savoir plus sur le droit d'asile. Noiriel décrit ce droit et son évolution de 1789 à nos jours (début des années 90). Il utilise, pour cela, 4 chapitres. Le premier montre comment le droit d'asile a été construit suite à la Révolution française. Bien que ce droit existait durant l'ancien régime il prend, après la Révolution, un nouveau sens puisque ce sont les personnes qui luttent pour la liberté qui ont le droit de se réfugier en France. Cette époque n'a pas encore de moyens forts de contrôle de l'identité et se base principalement sur les corps de la société. L'État français commence tout de même à tenter une surveillance à l'aide du contrôle des subsides versés aux réfugiés et de leur droit au mouvement très codifié.

Le second chapitre nous montre comment la question des nationalités a commencé à devenir important pour les pays de l'Europe. Le nationalisme implique que toutes personnes doit posséder une origine nationale. Mais comment réguler ces identités quand certaines personnes ne se sentent pas membre d'une nation ou qu'elles en sont exclues? Ces questions impliquent de connaître de manière précise les identités des personnes ce qui aboutit à la question du chapitre 3. Celui-ci concerne la mise en place de la technologie des papiers pour les réfugiés. Ces papiers permettent de justifier de son identité sans, pour autant, avoir besoin de récolter les témoignages de proches. Ils permettent un contrôle bien plus important de la part de l'administration qui multiplie les effets officiels sur ces papiers d'identités ainsi que les pièces nécessaires pour les recevoir. Mais ces papiers posent une question importante dans le cas des réfugiés. Comment retrouver l'identité "réelle" de personnes qui ont du fuir sans pouvoir apporter de pièces justificatives de leur identité d'un pays qui, peut être, ne connaît pas une technologie de l'identification aussi avancée que la France?

Dans un quatrième chapitre Noiriel analyse près d'une centaine de lettres de réfugiés sur le XIXe et le XXe siècle. La lecture et l'analyse de ces sources lui permet de comprendre comment une personne peut demander le statut de réfugié. Alors que le XIXe permet encore une adresse directe à un homme particulier que l'on tente d'ouvrir à la pitié le XXe demande des récits véridiques mais qui doivent suivre un style administratif froid et distant. Ces lettres montrent aussi une différence entre les personnes qui sont aidées de proches, associatifs ou non, et ceux qui écrivent seuls. Les deux ne comprennent pas le fonctionnement d'un pays démocratique mais les premiers réussissent à écrire des lettres parfaites au contraire des seconds.

Noiriel termine son livre sur un dernier chapitre qui parle de la construction de l'Europe. Il fait le constat qu'une nation européenne pourrait bien être en début de construction. Mais surtout, il montre que la logique des accords de Schengen n'est pas seulement d'ouvrir les frontières internes mais surtout de fermer les frontières externes. Cette fermeture peut être accomplie grâce à la mise en place de techniques administratives abstraites inhumaines (dans le sens ou elles ne sont pas contrôlées par des humains) qui permet d'exclure quasi automatiquement tout une partie de la population mondiale sans coup férir.

Ce livre parle d'un problème dont on entend souvent parler. Que ce soit en France, en Angleterre, en Allemagne ou en Suisse la question de l'immigration et des réfugiés est une question politique majeure. Noiriel a le mérite, dans ce livre, d'historiciser cette question politique. Ce qui permet de montrer à quel point les identités nationales et le droit d'asile sont des constructions qui dépendent de contextes passés durant lesquels plusieurs organes nationaux et internationaux ont lutté pour défendre une définition ou une autre. Noiriel montre aussi que le droit d'asile a toujours été à la frontière entre l'idée d'un universalisme de l'aide aux victimes de la tyrannie et de la protection de l'intérieur du pays. Bien que 200 ans soient passés depuis 1789 nous sommes toujours dans ce type d'arguments. Quand l'un parle de la nécessité de sauver des populations mises en dangers une autre personne parle de la nécessité de protéger la population du pays d'individus non-identifiés considérés comme culturellement inassimilable. La montée en puissance d'un contrôle à l'extérieur des frontières de l'Europe qui permet de se débarrasser rapidement de ces populations démontre que Noiriel avait vu juste quant à la mise en place de l'accord de Schengen. Il n'y a qu'un point qui soit certain dans l'avenir: la question de l'asile n'a pas fini de faire couler de l'encre.

Image: Fayard

09:49 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : réfugiés, sans-papiers, noiriel, asile, hcr | | | |  Facebook

27/03/2013

Casablanca

Nous sommes en pleine seconde guerre mondiale, l'Europe est sous la coupe de l'Allemagne nazie. Des milliers de personnes font tout pour quitter le continent et partir aux États-Unis. Mais les voies sont difficiles quand elles ne sont tout simplement pas fermées. Casablanca sous contrôle de Vichy est l'une des villes de transitions. Mais il est bien plus difficile d'en sortir que d'y rentrer. Entre le marché noir et la corruption des magistrats personne n'est à l’abri. Dans cette ville un américain, Rik, tient un café dans lequel une bonne partie de la criminalité se déroule. Que ce soient les jeux de casinos ou les ventes de visas. Mais quand le célèbre dissident Victor Laszlo et sa femme Ilsa débarquent la tranquillité relative du café pourrait bien être compromise. Car Laszlo ne doit pas quitter Casablanca et Ilsa et Rik ont un passé chargé.

Du romantisme, du suspens et de la comédie parfaitement dosés dans ce film vieux et un peu étrange. Étrange car il est souvent ridicule. Bien que les acteurs me semblent des plus convaincants les dialogues m'ont parus très ridicules. C'est probablement voulu dans certains cas. J'ai bien aimé, par exemple, la manière dont le policier français et le policier italien se chamaillent constamment. L'italien est d'ailleurs superbement ignoré par le représentant de l'Allemagne. Je doute que Mussolini ait apprécié. Outre ceci il y a les dialogues romantiques qui sont dégoulinant de mièvrerie. Mais aussi les scènes que je trouve des plus irréalistes. Imaginez, vous êtes un leader de la résistance en fuite. Est-ce que vous réservez une table à votre nom dans un café? Je ne pense pas! Eh bien Laszlo le fait et continue sa soirée avec une dialogue poli entre lui et le dignitaire nazi! Je ne trouve pas ça très réaliste... Et pourtant le film fonctionne!

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario. Intéressant, écrit et réalisé en 1942 il y a probablement des aspects de propagandes qui m'ont échappé (après tout je ne suis pas un expert), il est bien joué. Bref, j'ai gagné quelques points d'expérience en culture cinématographique.

  • Joss Whedon

Image: Allociné

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26/03/2013

No!

Nous sommes au Chili à la fin des années 80. La dictature de Pinochet est obligée de mettre en place un référendum pour demander au peuple si celui-ci souhaite que Pinochet reste au pouvoir. Exceptionnellement l'opposition, jusque-là muselée, a accès à la télévision pour 15 minutes tous les jours. C'est donc une opportunité énorme de critiquer sans être censuré un régime terroriste. Mais les opposants ne croient pas en leur victoire et souhaitent seulement pouvoir enfin parler librement. Ils décident donc d'engager un expert en communication qui travaille dans la publicité. En suivant les normes des pubs les opposants réussissent à envoyer un message inattendu d'espoir et de renouveau. Mais comment la dictature va-t-elle réagir?

A mon avis ce film est bien servi grâce à un grand nombre de bons acteurs. La réalisation réussit à nous mettre dans l'ambiance de l'époque avec l'arrivée des micro-ondes et les pubs absolument ignobles de l'époque. Malheureusement, quelqu'un a eu l'idée un peu étrange de choisir de filmer ce film avec du matériel d'époque. Cet aspect donne une impression de documentaire filmé durant les événements mais je l'ai surtout trouvé un peu désagréable. Un grain énorme, des contre-jours et un son pas toujours à la hauteur ont un peu baissé mon plaisir devant ce film. Mais ma critique se porte surtout sur l'histoire. A mon avis, et sans connaître l'histoire du Chili, l'intrigue est trop simpliste. On a l'impression que tout a reposé sur ces quelques spots de télévision qui ne duraient que 15 minutes. Je pense que l'idée même de participer à ces spots à du créer d'énormes débats dans l'opposition. Se réunir pour agir ensemble à du être tout aussi compliqué. Mais la seule contradiction que l'on observe dans l'opposition n'est visible qu'au début du film. Cependant, ce film est intéressant à voir et il m'a permis de connaître un événement impressionnant.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario. La fin d'une dictature et les débuts de la démocratie tout ça en partie grâce à des spots télévisés humoristiques. Sans oublier les très bons acteurs. Bref, malgré ses défauts un film que je conseille

  • Joss Whedon

Image: Allociné

Site officiel

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12:01 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : no, pinochet, democratie, dictature | | | |  Facebook

21/03/2013

Homeland par Cory Doctorow

Titre : Homeland
Directeur : Cory Doctorow
Éditeur : Site de l'auteur
Pages : 343

Je retourne chez Cory Doctorow pour encore trois romans dont celui-ci. Ceux et celles qui me lisent régulièrement savent que j'ai un léger problème avec Doctorow. Soit j'apprécie énormément ce qu'il écrit soit je trouve que ça manque singulièrement de rythme. Une petite perle comme Little Brother se trouve laisse la place à un livre trop long comme Maker. Mais c'est de Homeland que je souhaite parler maintenant. Ce roman est la suite de Little Brother. Marcus a connu un peu de célébrité mais il a aussi dû continuer à vivre et prendre des cours à l'université. Malheureusement les temps sont difficiles et ses deux parents ont perdus leur travail. Comme sa bourse dépendait du travail de son père Marcus s'est endetté de plus en plus avec des prêts étudiants (ces prêts sont probablement la pire idée au monde!) et il a du quitter l'université car il ne pouvait plus tenter de travailler pour un salaire et étudier en même temps. S'en est suivi une année de chômage plus ou moins intense. Pour oublier cette période de sa vie Marcus a donc décidé d'aller au Burning Man avec sa copine Ange. Mais une vieille connaissance le rencontre à l’événement et lui donne une clé USB qui possède des documents très embarrassant pour une certaine compagnie et une certaine Carrie Johnstone. Quand cette connaissance disparaît Marcus doit décider que faire de ces documents et s'il accepte de risquer la torture à nouveau.

Comme souvent Doctorow donne un message militant dans ses romans. Celui-ci ne sera pas l'exception à la règle. Doctorow y développe une histoire qui se concentre sur une compagnie privée de mercenaire qui développe un très fort lobby pour faire entrer des lois qui l'arrange. Cette compagnie regroupe tout ce que l'état n'a pas eu envie d'engager pour diverses raisons ou les personnes qui ont été virées de leur poste à l'armée, la CIA ou d'autres. Doctorow décrit une entreprise qui n'hésite pas à violer la vie privée des citoyens, à faire du chantage, de la corruption voir à kidnapper des personnes qui peuvent lui poser des problèmes. C'est donc le danger des compagnies de mercenaires qui est développé ici. Mais ce n'est pas le seul message. L'auteur essaie aussi de comprendre comment un système peut perdre la tête et comment on peut le remettre en place. L'économie est presque inexistante et Los Angeles est sinistrée, derrière se cachent de puissants intérêts privées qui font tout pour sauvegarder leur argent et en récolter plus. Ils le font grâce à la police parfois mais ces derniers ne sont pas décrits, ni considérés, comme mauvais. Au contraire Doctorow montre une forme de quasi-honte de ces policiers de devoir réprimer des manifestations de masse qu'ils supportent probablement dans leur vie privée. Ce dernier point, la vie privée, est aussi un thème majeur de Doctorow. Ce dernier pense qu'une démocratie ne peut fonctionner sans une dose minimum de protection de la vie privée. C'est la raison pour laquelle Marcus est si sensible envers ses informations personnelles et la manière de les protéger. Ce qui permet à Doctorow de nous offrir quelques recettes qui permettent de se protéger (j'ai découvert paranoid android qui existe réellement). Au final, c'est une réflexion sur la démocratie, ses besoins et son fonctionnement que nous offre Doctorow.

Je peux donc dire que j'ai apprécié ma lecture. Le livre est bien écrit et intéressant. Cependant je trouve que l'auteur s'y est moins bien prit que dans Little Brother. La fin, par exemple, est un peu frustrante. On ne sait pas vraiment ce qui s'est passé, si les personnages dont on nous parler durant 300 pages ont connu le succès ou non. On doit deviner sans avoir aucun indice ou presque aucun. Cependant, toutes personnes qui se dit démocrate ou qui s’inquiète pour la vie privée y trouvera une histoire qui lui plaira.

  • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

  • Papier toilette.

  • Roman de gare.

  • A lire. Doctorow n'est pas le meilleur écrivain au monde. Mais il réussit à mettre en place des histoires intéressantes que j'ai plaisir à lire. Cependant il y a souvent des petites imperfections qui m'empêchent de considère Doctorow comme l'un de mes auteurs fétiches.

  • Tolkien.

Image: Site de l'auteur

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18/03/2013

De la résistance à la guerre civile en Grèce 1941-1946 par Joëlle Fontaine

Titre : De la résistance à la guerre civile en Grèce 1941-1946arton680.jpg
Directeur : Joëlle Fontaine
Éditeur : La Fabrique 2012
Pages : 377

Ces derniers temps on parle souvent de la Grèce. Le pays est en train de sombrer dans les dettes et se fait contrôler par des instances étrangères non-démocratiques. L'extrême droite néonazie a une importance de plus en plus grande dans la vie politique du pays et les mouvements sociaux sont de plus en plus importants. Mais ce que l'on ne sait pas c'est d’où viennent ces problèmes? Car la Grèce a une histoire qui explique comment elle en est arrivée à ce point. Cette histoire est en partie racontée dans le livre de Joëlle Fontaine.

L'auteure a écrit son livre de manière chronologique en 12 chapitres. Ces 12 chapitres permettent d'abord de dépeindre la manière dont la résistance commence à s'organiser sous l'égide du KKE le parti communiste grec. L'auteure montre que la résistance grecque est l'une des meilleure d'europe et qu'elle a empêché l'occupant allemand de contrôler la majeure partie du pays. Comme dans la plupart des pays d'Europe la résistance est fortement communiste. Mais le parti communiste grec essaie toujours d'adjoindre un maximum de forces à son organisation et acceptant les compromis. Son but pendant et après la guerre est de créer une union nationale jusqu'à ce que le peuple puisse décider de la forme du gouvernement. Ce qui ne l'empêche pas de mettre en place des programmes communistes autours de réformes agraires ou de gouvernements auto-constitués dans les villages. Cette réussite de la résistance fortement communiste ne peut qu'inquiéter Churchill qui a peur pour les intérêts de l'Empire en Grèce. Churchill, malgré les résistances de ses proches collaborateurs et de son allié américain, fera donc tout pour que le roi de Grèce retourne à Athènes et pour que le gouvernement précédent soit remis en place. Et quand je dis tout je dis bien tout car cela implique de mentir à la résistance, d'occuper Athènes et de soutenir les anciens groupes para-militaires qui ont collaboré avec les allemands. On se trouve donc dans une situation étrange dans laquelle les collaborateurs sont encensés par Churchill et mis au-delà de tous risques judiciaires alors que les résistants risquent la prison si ce n'est les camps d'internements. Se déroule durant ce temps plusieurs mois que je qualifierais de fortement naïf. Les dirigeants de la résistance continuent, toujours, de souhaiter un gouvernement d'union national alors que se prépare un coup d'état. Les résistants pensent toujours que l'Angleterre de Churchill ne fera rien et qu'ils recevront un soutien bolchevique. Mais il n'en est rien et les sphères d'influences de la Guerre Froide commencent déjà à se mettre en place. Il est trop tard quand le KKE se rend compte du piège et son désarmement sera suivi de mois de répressions juste avant une élection qui est tout sauf libre.

Bien que ce livre soit des plus intéressants je déplore tout de même qu'il soit trop chronologique. Il est presque purement événementiel mais heureusement l'auteure mais en parallèle ce qui se déroule avec les remarques et directives de Churchill et des leaders de la Résistance. Ce qui permet de comprendre les buts et les visions de chacun. Mais on peut se demander ou se trouvent les résistants dans ce livre. On trouve de grands noms, des leaders, mais on ne sait pas vraiment ce que pensent et ce que vivent les petites mains de la résistance, ceux qui prennent les armes. On ne sait pas non plus comment ont réagis les soldats anglais aux ordres qu'ils ont reçu qui contredisent, parfois, le but officiel de la guerre. Le livre permet donc surtout de montrer en quoi les intérêts d'un pays priment sur la démocratie et les droits du peuple d'un autre pays. Ce livre est tout de même très intéressant. On se rend compte, dès les premières lignes de l'introduction, que l'auteure est amoureuse de ce pays et de son histoire et qu'elle tente de partager cet amour à d'autres. Je conseille donc ce livre à toutes personnes qui souhaite en savoir un peu plus sur l'histoire récente de la Grèce. Il se lit facilement, avec plaisir et rapidement.

Image: Éditeur

12/03/2013

Le directoire de la ligue du Gothard, 1940-1945. Entre résistance et rénovation par Michel Perdrisat

Titre : Le directoire de la ligue du Gothard, 1940-1945. Entre résistance et rénovation5504_perdrisat_2.jpg
Directeur : Michel Perdrisat
Éditeur : Alphil-Presses universitaires suisses 2011
Pages : 166

L'auteur, Michel Perdrisat, nous dépeint ici l'histoire d'un groupe qui comptait offrir une résistance contre toutes attaques étrangères contre la Suisse. Mais est-ce aussi simple?  Le sous-titre permet d'imaginer que la Ligue du Gothard n'était peut-être pas simplement une organisation de résistance mais aussi une organisation qui défendait une vision de la société particulière. L'auteur décide de nous présenter la ligue sur trois parties.

La première lui permet de nous dépeindre la "genèse" de la ligue. Nous sommes en Suisse, la France vient de capituler et notre pays pourrait être en danger. C'est dans ce contexte qu'un groupe de personnes tentent de mettre en place un esprit de résistance en Suisse qui sera concrétisé dans la Ligue du Gothard. Mais sa naissance est loin d'être facile et des problèmes entre les membres alémaniques, plus proche de l'économie, et francophones, proches de Gonzague de Reynold, se font jours. De plus, la Ligue tente de réunir les personnes de droites et les personnes de gauche dans un troisième voie qui ne soit ni le capitalisme ni le marxisme mais le corporatisme. Bref, il est difficile de réunir tout le monde autours d'un programme commun.

La seconde partie est une prosopographie qui nous permet de comprendre qui sont les membres les plus influents du directoire et quels sont les associations qui se cachent derrière. Ce chapitre permet donc de comprendre les idéologies des personnalités qui se trouvent dans le directoire ou qui l'on influencé. L'auteur montre que deux personnes ont eu une influence importante: Gonzague de Reynold et sa vision d'une Suisse d'ancien régime gouvernée autoritairement et Denis de Rougemont et sa vision du corporatisme. Mais le directoire est aussi influencé par des groupes comme les mouvements syndicaux, corporatistes, le groupe Esprit, la Ligue des Sans-Subventions, Dutweiller, ... et surtout le Réarmement Moral. Ces groupes défendent en grande partie une vision autoritaire et élitiste de la Suisse pour se conformer au nouvel ordre européen de l'époque. Mais c'est le Réarmement Moral et sa vision chrétienne et anti-communiste qui influence le plus la Ligue. Ce qui mène la Ligue à interdire l'entrée aux juifs et aux francs-maçons!

Dans la troisième et dernière partie l'auteur décide de présenter les programmes du Directoire de la Ligue du Gothard entre 1940 et 1945. Le programme défend d'abord une réunion des différents partis autours d'une remise en cause du fonctionnement politique de la Suisse et le corporatisme. Celui-ci se modifie entre 1943 et 1945 pour se concentrer sur la propagande et la menace communiste. Mais l'auteur examine aussi une question importante: la Ligue est-elle un organe de résistance ou de rénovation? Il montre que le programme de la Ligue portait sur une modification dans un sens autoritaire du gouvernement Suisse autours du Conseille Fédéral Etter. Ce qui mène la Ligue à s'allier à des groupes qui parlent ouvertement de révolution et de prise de pouvoir (parfois militaire). En somme, selon l'auteur, la Ligue était l'un des principaux dangers pour la Suisse démocratique à l'époque mais la naïveté de ses membres l'empêcha de mettre en place son programme qui, d'ailleurs, était en dehors de la réalité des opinions du peuple suisse.

En conclusion de cette note je peux dire que j'ai apprécié ce livre. Il présente un groupe restreint d'une Ligue qui tentait de réunir une grande partie des forces politiques autours d'elle. Ce livre permet de mieux comprendre l'histoire des groupes radicaux en Suisse et les liens qu'ils possédaient entre-eux. On comprend aussi un peu mieux qu'elle était la vision politique de certaines élites de l'époque face à une Europe nouvelle qui pouvait mettre en danger le pays. Comme le dit l'auteur, la Ligue tente de mettre en place un programme de résistance mais possède des idées qui sont dangereusement proches des gouvernements autoritaires qui entourent la Suisse. Alors peut-on vraiment parler de résistance?

Image: Éditeur

07/03/2013

Qu'est-ce que l'histoire contemporaine par Gérard Noiriel

Titre : Qu'est-ce que l'histoire contemporaine9782011450722-G.jpg
Directeur : Gérard Noiriel
Éditeur : Hachette 1998
Pages : 255

Avec tous ces films il fallait bien que j'écrive quelque chose sur un livre. Voici donc un petit manuel d'historiographie contemporaine écrit par Gérard Noiriel. L'auteur est connu, en particulier, pour ses recherches sur l'histoire de l'immigration en France. Dans ce livre Noiriel souhaite faire un bilan complet, et court, des mutations qu'a connue l'histoire contemporaine depuis les débuts de son histoire. Pour cela il écrit 7 chapitres.

Le premier chapitre est un essai sur l'histoire contemporaine. En effet, qu'est-elle? Depuis quand existe-t-elle? Partant des premiers historiens grecques qui considéraient que l'histoire ne pouvaient qu'être contemporaine (dans le sens de l'écriture sur le moment) pour être certaine d'être réelle l'auteur montre que son retour, en France, s'est faites pour expliquer les événements de la Révolution dont la date marque le début du contemporain. Mais cette histoire a d’abord été écrite par des amateurs car les historiens se méfiaient d'événements proches qui pourraient ne pas leur permettre d'être objectifs comme la lecture de parchemins de 500 ans permettrait. Suite à cette introduction Noiriel tente de présenter, sur 5 chapitres, l'histoire de l'histoire contemporaine. Il commence, de manière classique, par l'histoire événement. Noiriel a le mérite de montrer en quoi cette forme d'histoire était importante à l'époque et a permis de mettre en place des méthodes et des sujets de recherches. Les critiques qu'elle reçut sont, en fait, injuste car elles visent l'histoire enseignée à l'aide de chronologies et non l'histoire étudiée. Ces critiques déboucheront sur une nouvelle forme d'histoire qui est nommée économique et sociale et défendue par la revue les Annales. La vision s'étend sur le long terme, voir le très long terme, et l'explication par les forces profondes et l'utilisation de statistiques. Mais cette histoire sera mise à mal par de nouvelles méthodes venue d'autres pays comme la microstoria ou la gender history. Ces méthodes privilégient l'individu et la recherche des catégories oubliées et discriminées plus que l'étude des groupes et du long terme. Noiriel termine en parlant de l'histoire politique. Cette dernière prend comme base l'étude de l'état, des politiques publiques ou encore des relations de pouvoir. Le livre se termine sur une réflexion concernant le rôle de l'histoire du contemporain dans la société aussi bien pour l'état, les entreprises et les écoles que dans le cadre de la construction de la mémoire.

J'ai parfaitement conscience de l'imperfection de mon résumé. Il est difficile de présenter un livre qui résume près de deux siècles de recherches françaises. J'espère, en tout cas, avoir réussit à présenter les points importants. Ce livre m'a surpris. En effet, l'historiographie n'est pas ma matière préférée. J'ai tendance à voir cette dernière comme une présentation aride des transformations de l'histoire d'un domaine ou d'un pays. J'ai souvent trouvé que la lecture de livres et articles historiographiques est laborieuse. Mais ce livre est intéressant. Non seulement Noiriel écrit bien mais plutôt que de présenter les mutations de surface il réussit à montrer que les changements historiographiques sont en partie dû à des contextes et à des relations de pouvoir entre les historiens. Ainsi, posséder un poste prestigieux permet de défendre son modèle d'histoire et son programme de recherche en poussant en avant des étudiants qui suivent la même méthode. L'historiographie se muterait presque en histoire des relations de pouvoirs à l'université.

Image: Éditeur

25/02/2013

J'ai renoncé aux soins médicaux

Nous vivons dans le système parfait. L'assurance maladie est à la fois obligatoire est soumise à la concurrence. Pendant que la population est protégée dans sa santé les primes sont modestes grâce à l'effet de la concurrence. Que ce serait beau si ce système fonctionnait vraiment. En fait les assurances maladies suisses sont dominées par 4 grosses holdings: Helsana, CSS, Groupe-Mutuel et Assura/Supra (les deux premières offrent des baisses de primes en cas de renonciation au droit à l'avortement hommes inclus!). Nous sommes donc en face d'un système contrôlé par un groupe restreint. Malheureusement, les citoyens et citoyennes sont tout de même obligé de s'assurer. Il n'y a donc pas d'autres choix que de rester dans le système quelque-soit le coût des primes. Ce qui permet aux holdings de jouer sur les primes entre leurs diverses composantes tout en augmentant les coûts petit à petit dans un système qui n'est plus en concurrence mais en oligopole simple (pour utililier le terme technique)

Heureusement, de nombreux systèmes permettent de baisser le coût des primes. Je les ai tous activés. Je n'ai donc aucun remboursement avant d'avoir payé 1500 francs de coûts médicaux et je dois auparavant visiter un médecin que j'ai annoncé ainsi qu'une pharmacie particulière. Mais il y a problème... Le médecin que j'ai annoncé ne me connaît pas et je ne le connais pas non plus. J'ai donné son nom simplement pour bénéficier d'une réduction de coût des primes et je l'ai choisi parce qu'il a la bonne idée d'habiter près de chez moi. Mais je n'irais jamais le voir et il ne sait probablement même pas qu'il est censé me suivre. Les personnes qui n'ont pas les moyens de payer les primes de l'assurance maladie peuvent aussi demander à bénéficier des subsides cantonaux. Mais ces subsides ne sont donnés que jusqu'à un montant maximum et les personnes qui font la demande reçoivent des conseils bien particuliers. En effet, on leur explique comment baisser la prime d'assurance maladie.

Le problème c'est que si une personne ne peut pas payer son assurance maladie elle ne pourra pas non plus assumer les coûts d'une prise en charge médicale. Ceci est d'autant plus vrai quand on lui demande d'assumer des charges plus importantes pour baisser sa prime. On se trouve donc devant un système parfait de système de santé à deux vitesses! Pendant que les personnes qui ont les moyens peuvent baisser les primes et tout de même être capables d'assumer les coûts d'une prise en charge médicale tout un pan de la population voit fondre comme neige au soleil sa prise en charge par le système d'assurance maladie suisse et, donc, sa capacité à assumer les coûts d'une possible maladie.

Je fais partie des personnes qui n'ont pas les moyens de payer une prime d'assurance maladie seul. Je suis obligé de recevoir de l'aide pour cela. Logiquement, je ne suis pas non plus capable d'assumer les coûts d'une prise en charge hospitalière. J'ai donc renoncé. Je n'ai pas le choix, je dois payer ma prime d'assurance maladie. Mais je peux très bien renoncer à voir un médecin en cas de problèmes médicaux. Je ne vais jamais chez le médecin. Si j'ai un problème je fais de l'automédication. Si les médicaments ne suffisent pas j'attends que ça passe. Mais une maladie ou un problème médical que je ne suis pas capable de détecter peuvent très bien se préparer et se révéler dans le futur. Pour l'éviter il faudrait que je passe une visite médicale. Or je ne le fais pas par manque de moyens. Jusqu'à maintenant je n'ai jamais eu à regretter ce choix mais ce jour pourrait bien venir. Après tout, je ne connais rien en médecine et un symptôme pourrait très bien passer inaperçu. Mais j'ai renoncé. Et ceci pourrait bien me coûter très cher un jour aussi bien du point de vue médical que du point de vue financier. On me dira que c'est un choix personnel. Je suis d'accord j'ai fait ce choix. Mais celui-ci a été contraint par un système particulier qui fonctionne, qu'on le veuille ou non, à deux vitesses. Le système d'assurance maladie suisse est vicieux. Il ne fonctionne pas et met en danger les personnes. Il est nécessaire de le changer. D'autant plus que je ne suis certainement pas le seul à avoir renoncé et je ne suis en tout cas pas le plus à plaindre. Je suis encore jeune et en bonne santé avec une famille qui m'entoure. Mais les personnes malades, seules et pauvres qui s'en occupe avant que ce ne soit trop tard?

J'ai renoncé à me faire soigner et vous?

14:13 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : santé, assurance maladie | | | |  Facebook

18/02/2013

Searching for Sugar Man

Nous sommes dans les années post-68. L'industrie de la musique est florissante et de nombreux groupes et chanteurs sont sur le point d'entrer dans une carrière de superstar. L'un d'entre eux est Rodriguez. Tout le monde s'accorde sur son talent d'écrivain et de chanteur. Mais ses disques ne fonctionnent absolument pas aux États-Unis. On a rarement vu un flop pareil pour quelqu'un qui intéressait tellement de personnes. Par hasard ces chansons se retrouvent en Afrique du Sud ou le chanteur devient l'un des symboles de la lutte contre l'apartheid et des tentatives de libérations du peuple. Mais qui est Rodriguez? Est-il mort comme certains le pensent? D’où vient-il? La recherche de ce chanteur sera difficile et frustrante mais offre aussi de nombreuses surprises.

Je trouve toujours difficile de commenter un documentaire sur un sujet que je ne connais pas. La musique fait partie des sujets sur lesquels je suis totalement ignare. Ca ne m'empêche pas d'aimer certain-e-s chanteurs ou chanteuses ou d'apprécier ce que j’entends à la radio mais je suis totalement incapable d'en parler de manière sérieuse. Alors je peux simplement dire que la musique que l'on entend dans ce documentaire est très sympa. J'ai surtout aimé l'histoire. Celle-ci est tout simplement extraordinaire. Un homme totalement inconnu est en fait une superstar au minimum disque d'or et personne ne le savait ni même le chanteur. Un disque impossible à trouver se vend à tous les coins de rue en Afrique du Sud. Bref, on ne voit pas ça tous les jours. C'est aussi une histoire de fans. Des hommes et des femmes qui ont grandi avec Rodriguez et qui cherchent à retrouver des informations sur un homme qu'il adorent. On ne peut qu'imaginer l'émotion quand ces personnes se rendent compte que leur chanteur est vivant et qu'il va venir en Afrique du Sud. Que dire? C'est un superbe documentaire.

Image: Allociné

Site officiel du film

Site officiel de Rodriguez

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12:06 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sugar man, rock, afrique du sud | | | |  Facebook

12/02/2013

Hitchcock

Adapter au cinéma un livre qui parle de l'adaptation d'un livre au cinéma il fallait oser! Heureusement que c'est à propos d'Hitchcock sinon il y aurait eu moins d'intérêt. Ce biopic adapte un livre qui parle d'un film culte de la filmographie de Hitchcock: Psychose. On en a tous entendu parler, on connaît tous au moins une scène du film et on a tous entendu une musique du film. Mais qui connaît l'origine de ce film? Pas moi! D'ailleurs, c'est un peu honteux, je n'ai même jamais vu de film d'Hitchcock! Nous sommes donc emmené dans le quotidien du réalisateur alors qu'il tente de mettre sur pied psychose. Ce film lui donne bien des soucis puisque rien ne semble fonctionner. Les studios comme les censeurs s'abattent sur le réalisateur et l'empêchent de faire ce qu'il souhaite. Mais quand son mariage est touché par les ennuis de Psychoses le film pourrait bien ne pas s'en remettre.

Comme d'habitude ce film possède les problèmes des biopics. Ceux-ci sont en partie atténué par l'attention portée envers la femme d'Hitchcock: Alma. A plusieurs reprises des répliques tentent de montrer en quoi l'apport d'Alma a été sous-estimé et c'est d'ailleurs elle qui sait le mieux gérer Hitchcock et sur qui il se repose en cas de problèmes. Je trouve presque dommage que le film ne se base pas plus sur la réalisation de Psychose. Au lieu de ça on nous offre la vie d'Hitchcock durant le tournage du film avec, de temps en temps, des scènes qui parlent de Psychose. Mais ce dernier est utilisé comme décor plutôt que comme sujet. Pourtant, on aurait pu faire quelque chose d’intéressant. Comment construire un film? Comment passer outre la censure de l'époque? Mais on préfère nous offrir les tourments psychologiques d'Hitchcock avec des scènes qui reconstituent la vie du tueur dont Psychose parle. Ces scènes sont tout de même bien construites et montrent Hitchcock en train d'observer et de commenter les faits et gestes du tueur. Au final je me suis bien amusé durant ce film mais je reste en partie sur ma faim sur de nombreux points. Dommage.

Site Officiel

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09:46 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hitchcock, psycho, psychose, biopic | | | |  Facebook

10/02/2013

Shadow Dancer

Nous sommes en 1973, une petite famille vit en Irlande comme si de rien n'était malgré les troubles de l'époque. Un petit garçon est envoyé par sa sœur à l'extérieur parce qu'elle ne veut pas acheter les cigarettes de son père. Tout semble bien aller à l'intérieur de la maison mais les rares images de l'extérieur montrent que quelque chose se passe. Le petit garçon a été abattu en pleine rue par un tireur non-identifié. 20 ans plus tard une femme se trouve à Londres dans le métro. Elle abandonne un sac avant de prendre la fuite. Heureusement celui n'explose pas mais elle est arrêtée par le MI5 qui lui offre un choix: la prison à vie ou collaborer et espionner sa propre famille.

Comme tous les bons thriller ce qui compte dans ce film ce n'est pas l'action mais l'aspect psychologique et les luttes de pouvoirs dans des administrations aussi tentaculaires qu'obscures. Il y a deux aspects dans ce film. Tout d'abord l'héroïne qui tente de cacher son espionnage au MI5 tout en aidant l'IRA pour éviter les soupçons alors qu'elle semble ne pas véritablement croire en l'action violente. De l'autre nous avons l'agent du MI5 qui fait tout pour protéger son agente menacée par des décisions de l'agence. N'y aurait-il pas quelque chose de caché derrière cette nouvelle informatrice. Tout ceci est formé sur le contexte de la lutte armée pour l'Irlande et contre l'Angleterre. Belfast est remplie de soldats et de policiers lourdement armés qui agissent en présence d'une population probablement hostile qui peut cacher des terroristes. Le moindre regroupement peut cacher des membres de l'IRA et même un enterrement est sous contrôle de la police pour éviter l'hommage militaire. Pourtant, il est toujours possible de vivre plus ou moins normalement.

Image: Allociné

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11:43 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : shadow dancer, ira, irlande, angleterre | | | |  Facebook

09/02/2013

Gangster Squad

Un film de policier durant l'époque de la lutte contre la mafia à toujours un petit parfum qui attire. Et j'ai été attiré malgré l'impression que le film envoie un message que je n'apprécie pas vraiment. Nous sommes dans les années 50 à Los Angeles. La ville est sous la main de fer de Mickey Cohen. Ce dernier est si puissant que les rares magistrats et policiers qu'il n'a pas acheté sont totalement découragés. Malgré le fait que tout le monde sache qui il est vraiment personne n'ose être critique envers lui. La ville est sur le point de tomber durablement sous la coupe de la mafia. Heureusement, un dernier policier ose encore s'élever face à la puissance de Cohen. Avec l'aide du chef de la police il va monter un escadron particulier. Celui-ci n'existe pas, il ne rend pas de compte et il n'arrête personne. Son seul but est de faire la guerre contre Cohen et tous les moyens sont bons pour atteindre la victoire. Tous? Vraiment?

Bon, on va commencer par les aspects qui ne font pas débats. La bande originale est plutôt intéressante et assez exaltante. Les acteurs n'ont pas vraiment à rougir non plus. Ce qui m'a dérangé concerne plutôt le message du film. Le héros se dit policier. Mais, et on s'en rend compte rapidement, c'est un policier violent qui fait fi de la procédure. Peu lui importe d'avoir un mandat ou de frapper des suspects pour avoir des aveux. Il souhaite des résultats. La mise en place de son escadron suit cette même logique. La loi et l'aspect légal ne comptent pas. Ce qui compte c'est détruire Cohen. Le message serait donc que la loi et les procédures ne font que ralentir les policiers si ce n'est, pire, aider les criminels. Il est donc légitime pour lutter contre la haute criminalité d'abandonner l'aspect légal de la procédure pour agir dans l'arbitraire total. C'est oublier que les procédures ont un but: protéger les citoyens contre l'arbitraire de l'état. Heureusement, la seconde partie du film montre l'escadron rechercher la légalité et tenter de faire tomber Cohen par les voies légitimes. L'ordre revient donc non pas grâce à des actions musclées mais par l'usage des instruments légaux. Ce point sauve le film d'un message dangereux dans une démocratie. C'est aussi un film de mecs. Il y a, en tout et pour tout, deux personnages féminins construits (les autres sont des figurantes qui disparaissent aussi vite qu'elles sont apparues). Dans ces personnages la première est une femme de flic enceinte qui tente de garder son maris en vie et qui lui rappelle son rôle de père et la seconde est une starlette déchue qui tombe amoureuse d'un flic. Elles n'ont pratiquement aucune importance si ce n'est rappeler un devoir envers la famille ou pour être sauvée. Ce serait bien d'avoir un film ou les femmes ont un véritable rôle pour une fois...

Image: Site officiel

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10:27 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gangster squad, los angeles, mafia, loi, corruption | | | |  Facebook

08/02/2013

Lincoln

J'ai enfin pu aller voir Lincoln! Il en a fallu du temps mais des circonstances en dehors de tout contrôles de ma part (trop de gens dans les salles) m'ont empêché d'aller voir ce film auparavant. Lincoln, l'un des présidents des USA les plus connus. L'homme qui a gouverné la nation durant la guerre de sécession et qui a lancé la fin de l'esclavage aux États-Unis. Cet homme nous est présenté ici par Spielberg. Le film se concentre sur une période particulière de la vie de Lincoln. Celle qui voit arriver la fin de la guerre et, surtout, l'adoption du 13ème amendement à la constitution. Celui qui prévoit l'interdiction de l'esclavage. Mais une telle victoire politique est loin d'être aisée à obtenir. Le président multiplie donc les manœuvres politiques et corruptrices pour être certain de réussir. Il doit calmer les ardeurs de certains politiciens tout en s'arrogeant le soutient de certains démocrates. Tout ceci pour qu'un vote historique puisse être obtenu.

Bon je vais d'abord parler d'un point qui ne fera sûrement pas débats. Les acteurs sont tous extrêmement bon. En fait, j'ai rarement vu un jeu aussi maîtrisé dans un film. C'est simple je n'arrive pas à trouver un personnage qui ne me convainc pas. Ils sont tous superbement incarné. L'image est tout aussi belle. Les scènes sont toutes magnifiquement mises en place et on sent une très forte maîtrise de la part du réalisateur. Malheureusement la fin du film est un peu gâchée par quelques minutes supplémentaires peu intéressantes et qui auraient pu être supprimées. Mais c'est bien l'une des rares critiques que je puisse faire (d'autant plus que je ne suis pas expert dans ce domaine).

Le film a été critiqué pour n'avoir laissé aucune place à l'importance des femmes noires dans la lutte contre l'esclavage. Je suis quasiment ignare en histoire des États-Unis mais je pense que cette critique peut facilement être expliquée. Ce n'est pas que l'on laisse dans l'ombre les femmes mais un biopic se concentre sur un individus particulier dont il illustre une période de la vie. Les défauts sont donc de mettre dans l'ombre les autres individus et les longues luttes qui ont permis l’événement sur lequel se concentre le film. Il est donc, à mon avis, difficile de critiquer l'absence des femmes sans critiquer la forme même du biopic. Ce qui n'empêche pas de considérer que ce film donne une place à part à Lincoln. Cet homme est érigé au rang de dieu. Les personnages l'observent avec vénération et l'armée ainsi que la population semble tous s'unir sous sa sagesse parentale. Les dissensions sont très peu développées quand elles ne sont tout simplement pas évacuées. Or, j'ai du mal à croire qu'aucune contestation n'existait dans le peuple américain. Le second aspect concerne les concernés proprement dit. Le film parle de la fin de l'esclavage mais on se rend vite compte que jamais des personnages noirs n'ont un rôle important. Ils et elles sont toujours présent-e-s mais en arrière fond avec un rôle de servant-e-s. Rarement ils osent prendre la parole et on parle d'eux et pour eux plus qu'on ne les écoute. Les principaux intéressés sont donc presque oublié et laissent - trop - la place à Lincoln pasteurs des USA.

Image: Site officiel

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06/02/2013

Chroniques d'un croque-mort à l'humour noir. Quel manque de savoir-vivre par Jean-Claude Marchand

Titre : Chroniques d'un croque-mort à l'humour noir. Quel manque de savoir-vivre51xfLWlVP2L._SL500_AA300_.jpg
Directeur : Jean-Claude Marchand
Éditeur : Favre 2012
Pages : 204

Encore un cadeau que j'ai, cette fois, très rapidement lu. L'auteur y développe son expérience dans l'industrie des pompes funèbres dans une petite ville de la Suisse romande. Comment en est-il arrivé là? C'est après une nouvelle restructuration qu'il perd son emploi précédent. Après une recherche d'emploi aussi fastidieuse qu'inutile pour son âge (bien que personne ne l'avoue jamais) il réussit à trouver un emploi précaire comme auxiliaire dans une entreprise de pompe funèbre. Dans ce livre il nous livre le quotidien de son travail difficile et peu apprécié. En effet, le croque-mort n'est connu de la famille que dans le cas d'un décès. Outre sa vie - si je puis dire - de tous les jours il nous offre aussi un certain nombre de petites anecdotes. Il écrit tout ceci avec un léger humour patiné de colère de temps en temps.

L'auteur n'est pas écrivain. On le sent très rapidement. Mais pourrions-nous écrire un tel livre si nous étions à sa place? Bref, il ne faut pas chercher l'exercice de style ou des descriptions à la Zola mais un simple témoignage qui a le mérite d'exister et de réussir à nous faire sourire malgré les anecdotes qui sont narrées. Le principal intérêt de ce livre est bien de nous plonger dans les pensées d'une personne qui est entrée dans un milieu fermé et mis de coté sans vraiment le vouloir. Cet homme y a trouvé de nombreuses injustices mais aussi des moments de profondes humanités. Cependant, à l'instar de l'auteur, je ne vais pas me lancer dans une diatribe enflammée sur la signification de la mort et de la vie (on connaît déjà la réponse et c'est 42). Ce livre est un témoignage qui, aussi imparfait soit-il, est plaisant à lire.

Image: Amazon

11:56 Écrit par Hassan dans contemporain | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : croque-mort | | | |  Facebook

04/02/2013

Downton Abbey saison 1-3

Qu'est-ce-que Downton Abbey? Une série anglaise qui prend place de 1912 à 1921 sur trois saisons et deux épisodes de noël. Elle dépeint la vie (pas si) mouvementée d'une famille aristocratique qui tente de (sur)vivre dans les sursauts des débuts du XXe siècle. L'histoire commence donc lors du naufrage du Titanic. La famille en est dévastée car ses deux héritiers meurent d'un seul coup. Il est donc nécessaire de trouver comment léguer Downton et ses terrains pour éviter la destruction du domaine. C'est ainsi qu'un jeune homme de classe moyenne sera contacté. Mais l'aristocratie et les servants de Downton accepteront ils l'arrivée d'un homme qui n'a pas la prestance dûe à sa place sociale? Le domaine pourrait bien en souffrir ou en ressortir grandi et plus puissant que jamais.

Je vais commencer par parler des acteurs. Ces derniers sont, à mon avis, tous magnifiques dans leur rôle et c'est un vrai plaisir que de les voir bouger dans le décor de Downton. On retrouve quelques têtes connues (la plus connue étant la Comtesse de Grantham (Maggie Smith) qui était aussi la professeure McGonagall dans Harry Potter. Son talent d'actrice est tout simplement indescriptible et je vous propose plutôt de regarder que de me lire. Ce qui fait le génie de cette série ne concerne pas que les acteurs et actrices. On est aussi servi avec de superbes dialogues plus croustillant les uns que les autres. C'est, d'ailleurs, le principal intérêt d'une série autrement très lente.

L’intérêt d'une série prenant pour époque et contexte le début du XXe siècle et l'aristocratie est de montrer les mutations et ses effets sur une famille des plus traditionnelles. Sur ce point je suis à la fois comblé et frustré. Comblé parce que les questions sociales et économiques du début du XXe et de l'immédiat après-guerre sont montrées si ce n'est simplement mentionnées. Ainsi, le féminisme commence à prendre son essor tandis que les vieilles familles doivent accepter une modernisation pour survivre. Ce qui conduit certains personnages à devoir accepter quelques couleuvres. On sent une tentative de la famille de rester en dehors du mouvement. Mais cette tentative est mise à mal par la force des changements en cours. Malgré tout, ces mentions sont rares et lentes probablement à cause du caractère aristocratique de la famille. Mais je suis aussi très frustré parce que je n'ai pas forcément l'impression de me retrouver en face d'une famille réaliste. En fait, les membres de cette famille sont tous beaucoup trop gentils et compréhensibles (particulièrement le père et chef de famille Lord Grantham). Certains points auraient dû mener à d'énormes scandales et des déchirements durables au sein de la famille. Au final nous avons un semblant de colère suivi rapidement d'une acceptation et d'un retour à la normale à peine ponctué de quelques piques sarcastiques. De ce point de vue le personnage de Lord Grantham est particulièrement lisse et ne fait qu'incarner l’aristocrate paternaliste. Heureusement d'autres personnages rattrapent ce point en étant plus poussé à l'instar de Sybill ou de Branson (parmi mes préférés). En conclusion je vous conseille cette série.

Image: Site officiel

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23/01/2013

La Parade (Parada)

Serbie, après la guerre, un homme se douche quand, soudain, son chien est attaqué au pistolet. Ne prenant même pas le temps de s'habiller cet homme court en direction d'un vétérinaire auquel il offre un marché: si son chien meurt il meurt. Cet homme se nomme Lemon. C'est un ancien soldat et gangster notoire qui s'occupe d'une salle de sport ez d'une société de sécurité qui ne sont que des couvertures pour des activités de protection musclées et probablement assez peu légales. Mais Lemon souhaite aussi se marier une seconde fois avec une femme qui a tout de la diva. Malheureusement son attitude méprisante et distante le conduit à des disputes de plus en plus violentes. Après une dernière dispute musclée ou il reçut des coups il se voit contraint d'aider l'organisateur du mariage de sa futur femme a réussir son propre rêve. Et ce rêve c'est d'organiser une gay pride réussie en plein Belgrade. Mais comment protéger un tel événement sans employés? Lemon parcourera les différents pays de l'est ou la paix est fragile pour constituer un groupe d'amis anciens ennemis. Il sera aidé dans cette quête par le compagnon de l'organisateur: le vétérinaire.

Ces derniers temps les discours franchement homophobes ou homophobes mais pas trop (je ne suis pas homophobe mais...) sont légions dans les médias et la rue. J'en avais un peu marre qu'autant de monde se lient pour dénier des droits tout en se considérant démocrates. Et je ne suis pas le seul. Le réalisateur de ce film aussi en avait marre des lois de plus en plus répressives contre l'homosexualité en Europe de l'Est. Ce film vient donc à pic. J'avais besoin d'un peu de militantisme mâtiné d'humour pour reprendre un peu d'esprit positif (d'autant plus après le précédent film présenté ici). La Parade joue sur les clichés. Aussi bien ceux concernant les gays et lesbiennes - qui sont soit des fillettes apeurées soit des hommes déguisés en femmes - mais aussi sur les clichés ethniques. Tous ce condensé de clichés sur lesquelles la haine se forme sont mélangés pour montrer à quel point ils sont absurdes. Ainsi, Lemon décide de protéger des gays avec d'anciens ennemis qui malgré les insultes qu'ils se lancent les uns aux autres s'apprécient profondément. Lemon apprécie des films qu'il considère masculins et qui sont, en fait, des monuments dans la culture gay. Bref, la brute beauf et la fillette homo ont plus en commun que prévu. Le principal message du film, à mon avis, est donc que l’identité ethnique ou sexuel ne compte pas. Ce qui compte c'est la fierté. Être fier de ce que l'on est et marcher la tête droite dans la rue. Entre les homosexuels qui décident de faire la gay pride et les milliers de contre-manifestants violents la fierté et le courage ne sont pas forcément du coté de ceux qui se considèrent comme de vrais mâles, bien au contraire...

Image: Allociné

Site officiel

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12/01/2013

The Master

Après la déception que fut Sightseers je souhaitais voir un film qui me plairait plus et j'ai jeté mon dévolu sur The Master. Le film raconte l'histoire d'un homme qui revient de la Deuxième Guerre Mondiale. Il essaie de se réadapter à la vie civile mais ce n'est pas une réussite. Freddie cumule les problèmes dans ses différents postes de travail. Le fait qu'il est alcoolique n'aide pas non plus. Sa colère qu'il ne réprime qu'avec difficulté peut exploser à tout moment. La vie de Freddie n'est donc de loin pas une réussite. Mais la rencontre d'un homme qui se fait nommer Maître va tout changer. Cet homme prétend être capable de rendre l'humanité meilleure grâce à l'hypnose et à la compréhension de ses vies antérieures. Freddie va-t-il croire ou cracher sur ce Maître qui se dit son ami?

Après la déception que fut ce film il faudra vraiment que je puisse aller voir quelque chose qui me plaise. Je ne vais pas prendre de gants, je me suis emmerdé durant les deux heures, interminables, que dure ce film! Je ne dis pas que tout soit à jeter. Les critiques sont très fortement en faveurs de ce film et il faut avouer qu'il y a des tours de force. Le plus spectaculaire est le jeu Joaquin Phoenix qui incarne Freddie. Sa manière de parler, la façon dont il use de son corps et son visage sont frappants. On a là un magnifique acteur qui explique presque le jeu des autres. Malheureusement, cet aspect ne cache pas un film poussif à la fois long et lent.

Image: Allociné

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16:53 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : the master, secte | | | |  Facebook

27/12/2012

Les damnées de la caisse. Grève dans un hypermarché par Marlène Benquet

Titre : Les damnées de la caisse. Grève dans un hypermarchécouv_2461.jpg
Auteur : Marlène Benquet
Éditeur : Éditions du croquant 2011
Pages : 238

J'ai terminé ce livre il y a une semaine mais les fêtes m'ont empêché d'en parler avant. Ce livre est issu d'un travail de recherche en observation participante de Marlène Benquet. Ceci implique que outre des observations et des entretiens l'auteure a été engagée comme caissière durant sa recherche. Ce qui permet de comprendre de manière intime le fonctionnement de ce qui est observé. Je pense que l'on peut diviser le livre est en trois parties.

La première partie, la plus courte, concerne principalement l'introduction du sujet de recherche. L'auteure y développe les théories qu'elle a utilisé ainsi que l'état de la littérature sur les emplois précaires et les possibilités militantes dans ce type d'emploi. Elle montre que la grève qui a eu lieu dans cet hypermarché était pour le moins inattendue. Alors comment a-t-elle pu se former? Cette grève s'est développée suite à une journée nationale d'arrêt du travail qui avait deux buts. Premièrement il fallait que les syndicats montrent leur force et leur capacité de mobilisation ensuite les syndicats devaient montrer leur capacité d'action coordonnée aux employé-e-s. Mais un hypermarché a décidé de continuer malgré l'avis des principaux syndicats.

La seconde partie reprend, en gros, les chapitres 1 et 2. Ces deux chapitres permettent de mieux comprendre le métier de caissière. L'observation participante y est précieuse puisqu'il existe un certain nombre de règle non écrites et de difficultés. La caisse est un poste particulièrement visible. Les employées sont soumises à l'observation de leurs collèges, des clients et des chef-e-s. Cette visibilité empêche les employées de s'accorder quelques moments de détentes cachées. Mais c'est aussi un poste qui ne mène à aucune reconnaissance de capacités professionnelles. Les employées n'ont aucune possibilité d'avancement ni de reconnaissances. C'est aussi un poste particulièrement stressant et soumis à l'arbitraire. En effet, les épisodes de clients mécontents d'une procédure réglementée mais qui sont systématiquement défendus par la direction sont nombreux. Il est donc quasiment impossible de bien faire puisque suivre le règlement mène a autant de risques que de ne pas le suivre.

La dernière partie essaie de comprendre et de décrire la grève qui a eu lieu dans cet hypermarché. Pourquoi une seule succursale a-t-elle continué la grève et pourquoi celle-ci? L'auteure observe différents facteurs. Tout d'abord l'hypermarché a changé de propriétaire et donc de statut. Ce qui a permit l'éclosion d'un discours sur une époque dorée de respect et de possibilité de carrière. Ensuite les employé-e-s dénoncent l'attitude d'un gérant très distant et froid face à un gérant précédent beaucoup plus proche de ses employé-e-s. Mais il y a aussi l'aide, d'abord, des syndicats qui ont décidé de soutenir l'action malgré ses faibles chances de succès. Ces syndicats abandonneront les grévistes vers la moitié de la grève.

J'ai apprécié lire ce livre et comprendre cette grève. L'auteur réussit à nous mettre dans la peau d'une caissière tout en n'abandonnant aucun standards scientifiques. Bien que cette recherche ne soit pas forcément directement transposable à un autre cas elle permet de mieux comprendre le fonctionnement du militantisme dans les emplois précaires. L'auteure montre que ce dernier est tout a fait possible et qu'il pourrait même se développer malgré les dangers pour les employé-e-s. L'auteure semble aussi montrer un début de changement dans les relations professionnelles de l'hypermarché gréviste. Il serait intéressant, à mon avis, d'y retourner après un certains temps pour voir si ces changements ont perduré.

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