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  • Le capital par Karl Marx

    Titre : Le capital579_big.jpg
    Auteur : Karl Marx
    Éditeur : Soleil manga 2011
    Pages : 192

    Le capital de Karl Marx fait partie de ces livres que l'on est censé connaître mais que l'on n'ose pas ouvrir. Donc quand j'ai appris qu'il existait une version manga je me suis lancé dedans ce qui me permettra de connaître un peu mieux l’œuvre majeure de Karl Marx. Cependant je n'y connais absolument rien en manga et ce sera probablement mon dernier. L'histoire est basée sur les thèses de Karl Marx mais elles apparaissent en suivant un jeune homme prit en pleine révolution industrielle. Le jeune Robin travaille avec son père dans la petite fabrique de fromage artisanale familiale. Il souhaite épouser la fille du banquier local mais n'est pas assez riche pour cela. Alors quand un investisseur lui propose d'ouvrir une usine il ne réfléchit pas deux fois. C'est ainsi qu'il apprendra à devenir un capitaliste et à considérer ses semblables comme des marchandises qu'il utilise pour leur propre bien.

    Ce petit manga, le premier pour moi, est intéressant. Ce qui me semble le plus réussit est d'avoir montré comment fonctionne le capitalisme sans utiliser textuellement les théories marxistes. Bien entendu on nous explique comment l'économie fonctionne mais ce sont les personnes qui se révoltent qui expliquent en quoi le système est à la fois injuste et non-fonctionnel. Ainsi, à force de considérer ses employés comme des marchandises Robin se prend à les brutaliser de plus en plus sans état d'âme pour réussir à atteindre un chiffre d'affaires élevé. Il commence aussi à se rendre compte du problème que pose sa manière de réfléchir quand il apprend ce que signifient les investissements dans son usine. En bref c'est une introduction intéressante sans être complète.

    • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

    • Papier toilette.

    • Roman de gare. On apprend beaucoup de choses mais rien de bien compliqués. Le propos est un peu simpliste mais permet tout de même de comprendre le marxisme dans ses bases. Quelqu'un d'intéressé voudra aller plus loin.

    • À lire.

    • Tolkien.

    Image: Éditeur

  • Xénophobie business. A quoi servent les contrôles migratoires? par Claire Rodier

    Titre : Xénophobie business. A quoi servent les contrôles migratoires?widget.png
    Auteur : Claire Rodier
    Éditeur : la découverte 2012
    Pages : 192

    Nous avons tous entendu parler du drame qui a eu lieu a Lampedusa il y a quelques semaines. Nous avons aussi entendu parler certaines élites autoproclamées parler de ces immigrants comme des envahisseurs. Certaines personnes ont vu une réalité de la migration tandis que les ONG et les militant-e-s n'ont fait que soupirer face à des morts évitables. Les gouvernements, eux, ont promis que ça n'arriverait plus en prévoyant la mise en place d'une fermeture des frontières pour dissuader les voyages dangereux. Mais qu'en est-il de la face cachée? Du moins de celle que l'on ne connaît pas. Des explications aux morts qui sont de plus en plus nombreuses. Claire Rodier, dans ce petit livre, examine les diverses explications qu'elle pense être utile à la compréhension du tournant anti-immigration de l'Europe et du de l'Occident en général.

    Pour cela elle construit quatre chapitres. Le premier lui permet de montrer comment fonctionne le marché de la sécurité. En effet, la lutte contre l'immigration se fait à l'aide d'entreprises privées qui fonctionnent aussi bien comme des mercenaires de la sécurité que comme des pourvoyeurs de technologies. L'argent, dans les deux cas, coule à flot. Ainsi les états peuvent déléguer leur gestion des lieux de détention à des entreprises. Dans ce cadre la criminalisation des migrations dites illégales ne peut qu'apporter plus de "clients" et donc demander la construction de nouvelles prisons. Mais la sécurité anti-immigrants mise aussi sur l'usage de technologies de plus en plus coûteuses et pointues qui se forment aussi bien sur le plan physique que virtuel à l'instar de la biométrie.

    Dans un second temps l'auteure examine le côté rhétorique du problème. En effet, la fermeture des frontières s'est faites aussi en lien avec la mise en place d'un discours de la peur de l'étranger censé amener insécurité, terrorisme et délinquance. Ce discours se constitue aussi bien sur la nécessité de la construction de murs de séparation pour bloquer une population. On pense, bien entendu, au mur entre les USA et le Mexique mais aussi celui d'Israël. Il est intéressant de voir que ces murs ne fonctionnent pas forcément et enrichissent des milieux criminels qui en profitent pour faire monter la facture. Mais c'est aussi un discours qui fonctionne sur la désignation d'un ennemi bouc émissaire coupable de toutes les atrocités et dysfonctionnements de la société. Enfin, n'oublions pas le terrorisme dont l'usage a permis la destruction de nombreux droits et garanties aussi bien pour les étrangers que les citoyens et dont la menace justifie ces changements.

    Un troisième chapitre lui permet de mettre en évidence les liens entre l'Europe et ses voisins immédiats. En effet, non seulement l'Europe ouvre ses frontières intérieures mais elle ferme ses frontières extérieures. Cela se fait par des dispositifs de surveillance mais aussi par des accords avec des pays voisins. Ceux-ci permettent de justifier un renvoi en contrepartie d’investissements. C'est aussi un moyen de faire pression sur des candidats à une future adhésion.

    Enfin, l'auteure examine l'intérêt de l'enfermement. En effet, selon une étude citée, la prison est inutile après 14 jours car le renvoi devient impossible. Donc pourquoi mettre en place ces emprisonnements administratifs de longue durée pour des populations entières? Mis à part l'argument financier c'est aussi un moyen de rassurer les citoyens et de prévenir les immigrés qu'ils ne sont pas les bienvenus. Il est intéressant de noter que cet internement commence à se faire en dehors de l'Europe soit en dehors d'une législation gouvernée par les droits de l'homme dans un certain nombre de cas. Mais aussi en dehors des yeux de la population. L'auteur y examine aussi l'agence Frontex responsable de la coordination de la lutte contre l'immigration qui, depuis peu, est capable d'acheter ses propres flottes de véhicules et ce qui permet de lancer une industrie de la sécurité en particulier celle des drones.

    Au final nous avons un petit livre très intéressant qui démonte les mécanismes de l'anti-immigration. C'est une Europe inquiétante qui se dessine dans ces pages. Un continent qui se ferme sur lui-même sans vouloir mettre en question les raisons de l'immigration. Ainsi, on ne peut que penser que les drames seront de plus en plus nombreux mais aussi de moins en moins connus car en dehors de l'Europe. Pour les rares personnes qui atteignent le continent c'est la prison, l'idée que ce sont des criminels et le renvoi si possible qui les attendront. Ceci sans examiner si leur demande d'aide de la part de l'Europe est légitime ou non. Mais c'est aussi un monde dans lequel le trafic d'êtres humains pour passer la frontière sera de plus en plus lucratif pour les réseaux criminels qui deviendront encore plus puissant. Et personne ne fera plus attention au coût humain de l'immigration.

    Image: Éditeur

  • La nudité. Pratiques et significations par Christophe Colera

    Titre : La nudité. Pratiques et significations1couv_nudite.jpg
    Auteur : Christophe Colera
    Éditeur : Cygne 2008
    Pages : 187

    La nudité fait partie de ces objets que l'on n'ose pas trop étudier ni trop mentionner. C'est une forme d'être vue comme fondamentalement privée et l'observer avec un regard scientifique peut être difficile aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de la discipline. Mais c'est aussi un sujet qui intéresse et qui fait parler de lui. C'est, en tout cas, un sujet qui m'intéresse. C'est la raison du choix de ce petit livre. Christophe Colera y étudie les pratiques et les significations de la nudité dans diverses cultures et civilisations selon un angle d'attaque qui porte sur la construction d'idéaux-types. Mais, avant de s'y lancer, il examine les aspects anatomiques et psychologiques. Ce qui lui permet de remonter à la préhistoire pour expliquer comment la nudité s'est probablement modifiée suite à la marche debout et à la perte des poils. Malheureusement ce chapitre pose aussi quelques problèmes puisque l'auteur y naturalise des comportements masculins et féminins. Ainsi, l'homme nu est vu comme dangereux alors que la femme nu est vue comme une invite qui ressent du plaisir suite à la passivité de sa dénudation par le mâle. Inutile de dire que je pense dangereux de naturaliser un comportement en ne prenant pas en compte l'histoire humaine depuis la préhistoire. De nombreuses cultures sont passées par là.

    Dès le chapitre suivant l'auteur examine ses idéaux-types. Il commence par ce qu'il nomme la nudité fonctionnelle. Celle-ci, selon l'auteur, serait une nudité qui aurait lieu dans des endroits précis pour des buts précis. C'est le cas, par exemple, du bain ou du lit dans lesquels la nudité à une fonction d'aide à l'hygiène et à la sexualité. Mais il examine aussi la nudité qui a lieu lors de la mort qui peut avoir un aspect rituel en sortant du monde comme l'on est rentré. Ainsi que la nudité médicale qui est entourée de codes permettant de supprimer la composante érotique du nu. L'auteur y place aussi une nudité de classe qui aurait une fonction d'unification du groupe autours de valeurs communes.

    Le second idéal-type est celui de la nudité comme affirmation. Que ce soit de manière politique ou artistique l'auteur y examine des pratiques qui permettent de créer une rupture dans l'ordre. Ces ruptures sont autant créées qu'aidées par la nudité. Par exemple, les manifestations nues des étudiant-e-s du Québec il y a quelque temps permettaient de valoriser le corps faible des étudiant-e-s face à un État fortement répressif. Ce côté politique peut se faire à côté comme être rattrapé par l'art. C'est le cas de certaines œuvres de Spencer Tunick qui peuvent fonctionner selon un idéal politique.

    Le troisième idéal-type est celui de la nudité comme humiliation. Nous y trouvons une analyse de la dénudation pour reconstruire un ordre social. En effet, dénuder quelqu'un permet de punir un acte précèdent ou d'empêcher une destruction de l'ordre social (par exemple patriarcal). Ainsi, l'auteur montre le nombre important de dénudations de femmes en Inde dans un contexte de plus en plus revendicatif envers l'égalité. Il est dommage que l'aspect genré de la dénudation ne soit pas vraiment observée par Christophe Colera mais on observe que les femmes sont beaucoup plus humiliées que les hommes par la nudité. En effet, c'est un moyen de briser leur pudeur qui devrait, selon les hommes, être gardées par les femmes. Mais on y trouve aussi la nudité par la justice, que ce soit comme punition ou comme examen de la personne, et de la guerre. Est-il nécessaire de rappeler que le viol est une arme de guerre? La aussi les femmes sont les principales concernées.

    Enfin, l'auteur termine sur l'idée de la nudité comme don. Que ce soit un don envers une personne connue ou un don envers un inconnu à l'instar de la pornographie le nu est vu ici comme un don des femmes envers les hommes. En effet, jamais l'auteur ne parle du nu masculin comme don. Mais les exemples cités montrent des femmes qui offrent leur nudité à dieu, aux hommes ou pour l’État.

    Que peut-on dire de ce petit livre au final? J'ai apprécié l'effort important de synthèse général des cultures. Synthèse possible car l'auteur crée des idéaux-types qui, bien entendu, ne sont pas réels mais permettent de mieux comprendre le fonctionnement de la nudité. Mais je trouve que Christophe Colera mélange parfois les typologies. Ainsi, je pense que le nudisme des classes moyennes et supérieurs pourrait être considéré non comme une nudité fonctionnelle mais une nudité affirmative d'une capacité de passer outre l'animalité du sexe pour accepter le nu comme normal. L'auteur manque aussi les explications en terme de genre. Nombreux sont les exemples qui auraient mérité un examen sous cet angle qui aurait pu montrer une différenciation de la nudité masculine et de la nudité féminine. Au contraire l'auteur préfère naturaliser le nu féminin comme don et le nu masculin comme guerrier. À mon avis c'est une erreur importante. Cependant ceci n'empêche pas le reste du propos d'être intéressant si on est attentif à ces naturalisations.

    Image: Éditeur

  • Ma vie avec Liberace (Behind the Candelabra) de Steven Soderbergh

    Voici le film que personne n'a vu au cinéma aux USA. Et qu'aucuns producteurs d’Hollywood n'a voulu supporter car trop "gay" (mais un film ne pourra jamais être trop hétéro apparemment). Heureusement pour nous nous ne sommes pas aux USA et le film est donc au cinéma en ce moment même (bien que uniquement en VO dans ma ville). De plus HBO, coutumière des réussites et des prises de risques, a accepté de supporter le projet. Alors comme beaucoup je ne connaissais pas Liberace. Cet homme était un pianiste de talent mais surtout un showman. Je m'explique, Liberace créait des shows autant qu'il jouait grâce à ses costumes, à sa manière d'être et à sa réputation. Nous ne suivons pas vraiment sa vie mais celle de son amant: Scott Thorson. Ce dernier est ébloui par la vie fastueuse de Liberace et se fait rapidement prendre dans sa toile.

    J'ai beaucoup aimé ce film mais je ne suis pas certain de savoir pourquoi. Alors passons déjà en revue les classiques. Tout d'abord les deux acteurs principaux que sont Matt Damon et Michael Douglas incarnent parfaitement bien leurs personnages respectifs. Le premier est Scott et il joue un homme pris dans une toile sans la voir mais qui, progressivement, sent les choses lui échapper. Le second est Liberace dont il incarne la figure kitsch mais aussi profondément narcissique. Les autres acteurs sont moins visibles mais tout aussi bon. Du côté de l'intrigue il est intéressant de s'intéresser au point de vue d'un personnage, Scott, ce qui permet de choisir certains épisodes particuliers important selon le point de vue de celui-ci. Je suis aussi ébahi par le travail qui a été fait sur les décors qui sont tout simplement époustouflants. Mais HBO nous avait habitué à une grande qualité de ce côté (pensez à Game of Thrones ou Rome par exemple). L'intrigue nous plonge dans la dynamique mise en place autours du couple Liberace-Scott. Une dynamique étrange et souvent un peu malsaine entre un homme qui donne tout mais demande tout et un homme qui reçoit tout et accepte tout. En effet, bien que Liberace soit très généreux il est aussi très demandeur non seulement en temps mais aussi en sacrifice. Ce qui permet de montrer une relation psychologiquement difficile. Mais on découvre aussi l'autre face. Car Liberace n'est pas qu'une star c'est aussi un vieil homme qui commence à perdre sa beauté et qui possède de nombreux besoins inassouvis.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario.

    • Joss Whedon. Il m'est franchement difficile de trouver des points négatifs à ce film. Je me suis amusé, j'ai été dérangé, les décors sont magnifiques et les acteurs au pinacle de leur art.

    Image: Allociné

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  • Omar de Hany Abu-Assad

    Bon après avoir vu Turbo je me suis dis que j'allais passer à un autre style en allant voir Omar. Ce film dont le titre est le nom du principal personnage est décrit comme un thriller palestinien par la presse. Omar est donc un jeune homme palestinien qui vit à l'ombre du mur qu'il traverse parfois en risquant de se faire tuer. Mais comme beaucoup de jeunes il souhaite résister à l'occupation israélienne en accomplissant ce que l'ennemi nomme du terrorisme. C'est avec deux amis d'enfance qu'il prépare une attaque contre l'armée qui réussira. Mais il y a un traître dans les rangs et la police rattrape vite Omar qui se voit offrir un choix: coopérer ou passer sa vie en prison sachant que tous ses amis et la femme de sa vie seront détruits.

    Il est rafraîchissant de ne pas toujours voir de thriller américain. Ce n'est pas que je ne les apprécie pas mais Omar fonctionne différemment. On ne se trouve pas dans une grande ville sombre dont l'on parcourt les bas-fonds à la recherche de la vérité. Au contraire on se trouve au soleil de la Palestine et les seuls moments sombres sont ceux de l'attentat et des emprisonnements. Ce film regroupe à la fois une histoire d'amis, une histoire d'amour et une histoire politique. Car tout le monde est impliqué dans l'occupation qu'ils luttent activement, passivement, aient renoncés ou qu'ils aident les occupants quand ils ne sont pas ces derniers. Ce film est donc assez dense.

    Ce que l'on observe dans l'histoire qui nous est contée est la difficulté de résister avec des armes considérées comme terroriste. En effet, la seule résistance armée possible (car je suis convaincu qu'une résistance pacifique est possible) est cachée, une forme de guérilla. Mais l'opportunité de cette résistance n'est jamais questionnée. Est-ce la seule voie? Est-ce vraiment une bonne idée? Le film nous montre aussi le danger de la paranoïa et de la méfiance entre amis et amants. En effet, dès que quelqu'un est soupçonné tout commence à tomber par terre. Que ce soit l'envie de se marier ou l'amitié. Ceci est mis en place par les forces de sécurité d'Israël qui comprennent bien ce qu'elles peuvent en tirer. Mais on observe aussi l'humiliation quotidienne des Palestiniens. Que ce soit le mur, les forces armées israéliennes qui s'amusent à humilier ou la prison dans laquelle la torture psychologique et physique est utilisée. On trouve aussi quelques informations intéressantes sur la place des femmes qui se doivent d'être chastes, silencieuses et d'accepter l'échange qui se fait lors d'un mariage décidé par les hommes vu comme pourvoyeurs de l'argent. Au final ce film dépeint la perte d'une amitié et de l'amour face à un occupant tout puissant qui prend le contrôle des personnes.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario. Une histoire qui nous permet de visiter les deux cotés du mur et de comprendre ce que ressent un peuple sous occupation constamment humilié. Mais aussi un thriller qui permet de lier divers histoires entre elles dans une intrigue de méfiance.

    • Joss Whedon.

    Image: Allociné

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  • L'antifascisme en France de Mussolini à Le Pen par Gilles Vergnon

    Titre : L'antifascisme en France de Mussolini à Le Pen1259075133.jpg
    Auteur : Gilles Vergnon
    Éditeur : Presses Universitaires de Rennes 2009
    Pages : 234

    L'antifascisme a pris une actualité ces derniers mois lors de la mort d'un militant. Après une courte période de sympathie une avalanche de critiques s'est abattue sur le mort sans jamais que l'antifascisme ne soit défini ou considéré comme un moyen de défendre la démocratie. La période française qui vient de se dérouler est aussi celle d'une résurgence dans le public de mouvements (néo)fascistes qui utilisent le thème du mariage pour tous et toutes comme moyen de militer. C'est la raison de mon intérêt pour le sujet car bien que je sois capable de comprendre les grandes lignes de l'antifascisme et du fascisme cela ne veut pas dire que je comprends son histoire. Ce livre, qui porte sur la France, devait m'aider.

    L'auteur, historien, divise son livre en 6 chapitres. Chacun de ces chapitres dépeint une période particulière de l'antifascisme et de sa lutte contre un ennemi parfois imaginaire parfois très concret. Ainsi, c'est dès les années 20 que le terme apparaît dans les discours français de l'époque. Celui-ci décrit tout d'abord la situation italienne et les personnes et institutions qui souhaitent un système politique autoritaire. Mais le militantisme est encore faible et n'atteint pas son niveau de février 1934. Cette année qui forme tout un chapitre est le moment d'une forte peur du fascisme qui débouche sur de nombreuses manifestations monstres au nom de la défense des valeurs républicaines. Cette journée est aussi un moment d'unité, parfois construite a posteriori, entre les gauches. L'antifascisme sera important pour la culture politique des années 30 qui permettront la mise en place d'une demande d'unité contre un ennemi mais surtout de travail en faveurs de la paix alors que la guerre est vue comme un moyen de fonctionnement pour le fascisme. Cette période se termine sur l'occupation de la France par l'Allemagne. On pourrait croire que la Résistance française utiliserait un registre discursif fortement imprégné des thèmes de l'antifascisme mais il n'en est rien. Ce sont plutôt le patriotisme et les thèmes républicains qui sont utilisés face à un gouvernement autoritaire considéré comme étant de droite.

    Mais comment le militantisme a-t-il pu muter après la Deuxième Guerre Mondiale? Selon l'auteur c'est la Guerre d'Algérie qui renouvelle le militantisme. Autant le danger d'un gouvernement de Gaulle tenté par l'autoritarisme que les combats coloniaux en Algérie et les mouvances terroristes qui en sortent sont vu comme de possibles fascismes. Mais il est difficile de placer de Gaulle comme fasciste alors que son nom est un symbole de la Résistance française. Tandis qu'il est facile de s'attaquer aux Généraux et à l'OAS qui s'attaquent aux symboles de la République. Après les années 60 le militantisme perdra de son attrait face à des mouvements ennemis peu structurés et presque morts. Mais l'arrivée sur la scène publique du Front National via ses résultats électoraux surprendra tout le monde et réactivera les discours d'unité contre le fascisme qui ont empêché toute alliance entre la droite institutionnelle et le FN. L'auteur explique que la dénomination fasciste du FN ne fait l'unanimité et même que certaines personnes la considèrent comme dangereuse pour lutter contre ce parti. En tout cas, le FN continuera son ascension jusqu'en 2002 date de fin de l'ouvrage.

    En conclusion voila un livre intéressant pour quelqu'un, comme moi, qui ne connaît rien au sujet. Le livre est dense dans sa synthèse d'un siècle entier sur tout un pays. Il permet de mieux comprendre le fonctionnement de l'antifascisme et ses liens avec la gauche et l'antiracisme. Il permet aussi de comprendre pourquoi le thème de l'antifascisme n'est pas forcément le plus adéquat pour des luttes politiques actuelles. en effet, qui croit se trouver dans une période précédent la mise en place de dictatures? Au pire nous nous trouverons dans une société autoritaire mais non dans une dictature ouverte et assumée.

    Image: Site de l'éditeur

  • The Butler /Le Majordome de Lee Daniel

    Le Majordome est ce film qui aurait fait pleurer Obama. Il est donc logique que tout le monde décide d'aller le voir pour savoir si on pleure vraiment devant l'écran. C'est aussi une histoire particulièrement importante pour les USA qui n'ont pas encore réussi à créer une égalité de fait entre les communautés. Nous n'avons pas le même type de mouvements en Europe. Ce film est l'histoire d'un homme, Cecil Gaines qui quitte le Sud des USA pour éviter les risques qui entourent les personnes noires. Son voyage lui permettra de devenir un très bon majordome et d'être observé par les services de la Maison Blanche. Il sera dans cette Maison au service de 7 présidents ce qui lui permettra de voir de l'intérieure des bribes de décisions concernant les questions importantes de la seconde moitié du XXe siècle tout en restant le plus discret possible.

    Je pense qu'il est nécessaire de le dire immédiatement. J'ai lu de temps en temps que ce film permet de voir la petite histoire d'un homme face à la grande histoire. A mon avis il n'y a pas de grande ni de petite histoire. Il y a des individus qui sont mêlés à des événements qu'ils ne contrôlent pas. Et ce film réussit bien à montrer cet emmêlement. Alors que Cecil Gaines tente de garder son travail et de rester discret sa famille est nécessairement engloutie par l'arrivée de Martin Luther King puis du Black Panther Party. Perdu dans des mouvements de masse qu'il ne comprend pas et dont il a peur alors que l'un de ses fils s'y engage fortement pour ensuite entrer en politique. On observe, en fait, un changement de génération. L'une souhaitait la discrétion pour survivre et la nouvelle fait tout pour démontrer son droit à l'existence.

    Mais ce beau film est loin d'être parfait. En fait c'est un film très simple. On peut difficilement échouer quand on place toutes les idées connues sur le mouvement des droits civiques et l'histoire des populations noires des USA. Ainsi, le réalisateur nous montre les champs de cotons, la brutalité policière et des simples personnes et porte sur un piédestal les combattants du mouvement freedom puis du Black Panther Party en mettant face à face des mouvements qui se veulent pacifistes et une réaction violente encadrée et légitimée par la justice. Il n'y a aucune vision de ces événements dans toute leur complexité. Le personnage de Cecil Gaines est lui-même simplifié à l'extrême. C'est un père de famille travailleur consciencieux qui a des problèmes avec sa famille entre sa femme délaissée, son aîné engagé et son cadet qui accepte tout sans critiques. Il ne manque plus que le chien et nous avons la bonne famille américaine. Les femmes, elles, apparaissent à peine. Et tandis que le réalisateur nous montre les mouvements de luttes contre la ségrégation rien n'est fait pour y montrer l'importance des femmes ainsi que leur vision critique du patriarcat. Ou est passée la critique des blacks feminists? C'est à peine si on nous montre quelques scènes durant lesquels les hommes sont dominants et les femmes dominées et mises à l'arrière plan. Ceci étant fait sans visions critiques.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances. Ce n'est pas un mauvais film malgré quelques scènes peu maitrisées mais surtout un film facile. Dans l'Amérique d'Obama il n'était que logique que ce type d'histoire soit mis en scène. Mais il n'y a pas de profondeurs et j'en suis sorti avec une impression de manque.

    • Bon scénario.

    • Joss Whedon.

    Image: Allociné

    Site Officiel

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  • La distinction entre sexe et genre. Une histoire entre biologie et culture coordonné par Ilana Löwy et Hélène Rouch

    Titre : La distinction entre sexe et genre. Une histoire entre biologie et culture2747546012j.jpg
    Coordinatrices : Ilana Löwy et Hélène Rouch
    Éditeur : L'Harmattan 2003
    Pages : 258

    Le genre est de plus en plus décrié dans certains milieux. Des personnes pensent que le genre est une théorie qui détruit ce qui serait la nature. Or, la théorie du genre n'existe pas. Le genre est un concept qui décrit la construction culturelle de la signification des sexes et non les sexes biologiques eux-mêmes. Cependant, il est utile de se demander si le sexe précède ou non le genre. Ou, pour mieux le dire, si la manière de considérer le sexe biologique est influencé par la culture.

    C'est ce dernier point qui est le thème rassembleur de cette édition des Cahiers du Genre. On y trouve 9 contributions (dont l'introduction) qui concernent aussi bien la sexologie que l'intersexualité. Les différentes contributions montrent de quelle manière le sexe a été défini que ce soit dans son acceptation biologique et culturelle. Par exemple, la recherche sur les hormones a impliqué la mise en place de divisions sexuelles entre elles alors que les différences sont moins importantes qu'on ne le croit. Le cahier permet donc de mettre en place une réflexion importante sur la relation entre sexe et genre que ce soit philosophiquement où dans le cadre de l'histoire des sciences.

    Image: Éditeur

  • L'arrangement des sexes par Erving Goffman

    Titre : L'arrangement des sexes41GW99Z3Q7L._.jpg
    Auteur : Erving Goffman
    Éditeur : La Dispute et Cahier du Cedref 2002
    Pages : 115

    Erving Goffman est l'un de mes sociologues fétiches. J'apprécie sa méthode ainsi que ses terrains d'observations. J'aime aussi les concepts qu'il développe que je trouve très stimulant. Quand j'ai appris qu'il avait écrit un article, traduit en français, sur le genre j'ai tout de suite voulu le lire. Goffman y utilise le concept de genre pour décrire la société qui l'entoure soit bourgeoise et blanche. Il utilise sa méthode de microsociologie pour montrer comment les relations entre personnes permettent de (re)créer des relations différenciées entre les personnes des deux sexes. Ainsi il décrit plusieurs moments de la vie de tout le monde comme les actes de galanterie qu'il décrit comme un moyen pour l'homme de renouveler son caractère de genre mâle face à une femme qui renouvelle son genre féminin. Il montre aussi comment fonctionne la relation de séduction qui permet à une femme d'accepter ou de refuser un homme qui se sent avoir le droit à l'attention des femmes dès qu'elles se trouvent en dehors du foyer.

    Bref, cet article est daté. La plupart des relations que Goffman analyse sont maintenant largement connues et décrites dans une littérature abondante. Celle-ci est allée plus loin que le sociologue depuis de nombreuses années et s'est intéressées aux relations entre les phénomènes de dominations. Cependant, faut-il pour autant jeter aux oubliettes les analyses de Goffman? Je ne le pense pas. En effet, l'auteur applique une méthode extrêmement intéressante pour trouver une forme de domination entre des personnes. Plutôt que des enquêtes statistiques l'observation d'un groupe particulier permet de décrire des mécanismes subtils et, parfois, inconnus. Cette méthode est, à mon avis, toujours utile et peut donner des résultats très intéressants.

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  • Si je veux, quand je veux Contraception et avortement dans la société française (1956-1979) par Bibia Pavard

    Titre : Si je veux, quand je veux  Contraception et avortement dans la société française (1956-1979)1346231416.jpg
    Auteure : Bibia Pavard
    Éditeur : Presses Universitaires de Rennes 2012
    Pages : 358

    Le droit à l'avortement et à la contraception est régulièrement remis en question dans les pays occidentaux. Que ce soit de manière violente ou non le contrôle du corps des femmes est encore un enjeu de luttes pour différents groupes. En Suisse même il existe, à ce jour, deux initiatives qui visent frontalement le droit à l'avortement. Il est donc important de regarder comment se sont déroulées les luttes dans le passé pour comprendre comment et pourquoi ces luttes continuent aujourd'hui. Ce livre s'intéresse à la France mais cela n'enlève rien à sa pertinence. En effet, les arguments restent souvent les même malgré le passage de la frontière. Il est construit en trois parties chronologiques qui partent des premières luttes pour la contraception dans les années 50 jusqu'à l'élaboration finale du droit à l'avortement en 1979.

    C'est dans le milieu des années 50 que sort du tabou la question de la contraception. Alors que cette dernière est attaquée par le dispositif légal français un certain nombre de médecins décident de mettre en place une discussion autours de la gestion de la maternité. Ces personnes décident de porter le problème sur la place publique en s'aidant de dispositifs militants internationaux pour arrêter une politique considérée comme hypocrite. Le but est de reconstruire la contraception comme un moyen de contrôle des naissances dans le cadre d'une politique familiale rationnelle qui permette d'éviter les avortements clandestins. Moins qu'une attaque contre le contrôle des corps féminins c'est plus une redéfinition de la contraception dans des catégories modernes de rationalité économique qui réussira lors du vote de la loi Neuwirth à la fin des années 60.

    Mais la loi est à peine votée que de nouveaux enjeux féministes s'imposent dans la société. Alors que le droit à la contraception est difficilement mis en place un certain nombre de groupes décident de s'organiser autours d'une lutte en faveurs de l'avortement. Que ce soit le MLF, Choisir ou le Planning Familial chacun décide de militer à sa manière et selon ses propres conceptions. L'un des points les plus importants du droit à l'avortement est la prise de contrôle du corps féminins par les femmes elles-même. Dans ce cadre l'usage de la méthode d'avortement par aspiration permet de pratiquer sur sois-même entouré par des personnes qui travaillent en commun avec celle qui souhaite avorter. Tout aussi important est le caractère public des avortements - que ce soit le manifeste des 343 où la mise en place d'avortement non-clandestins chez des militantes - ce qui permet d'attaquer frontalement la vieille loi de 1920 qui pénalise cette pratique. Celle-ci n'est plus appliquée que dans de rares cas qui montrent à la fois sa non-applicabilité mais aussi son caractère de justice masculine sur des femmes de classes populaires. Il devient rapidement apparent que la loi est injuste voire qualifiée de scélérate.

    C'est dans ce cadre qu'une tentative de légaliser l'avortement est mise en place autours de Simone Veil. Mais la majorité est loin d'être acquise que ce soit du coté des personnes favorables au droit à l'avortement où du coté des personnes défavorables. La lutte s'annonce difficile et de nombreuses concessions doivent être faites pour rendre la loi acceptable dont la mise en place d'une période d'essai de 5 ans. Malgré cela les débats utilisent des arguments forts que ce soit en 1974 ou 1979 qui restent semblables. Les mouvements féministes tentent aussi d'influer sur la loi et son application en dénonçant les mauvaises pratiques où les médecins réfractaires. Parfois jusqu'à, encore une fois, violer ouvertement la loi. Cette histoire se termine, provisoirement, en 1979 lorsque la majorité accepte enfin un droit à l'avortement.

    En conclusion je suis très heureux d'avoir choisi ce livre extrêmement intéressant. Je n'ai pas montré, dans ce billet, toute la richesse de cette recherche qui permet de comprendre pourquoi et comment des personnes, ordinaires, se sont intéressées au sujet de la contraception et de l'avortement pour en faire une lutte politique. Le livre de Bibia Pavard permet de passer outre les grands personnages de cette histoire et de comprendre le militantisme de femmes et d'hommes dans le cadre d'organisations nombreuses et, parfois, contradictoires. Ce livre permet de mieux comprendre comment une lutte à pu réussir malgré son illégalité et son illégitimité au départ.

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  • Liberté Egalité Propreté. La morale de l'hygiène au XIXe siècle par Julia Csergo

    Titre : Liberté Égalité Propreté. La morale de l'hygiène au XIXe siècle
    Auteure : Julia Csergo
    Éditeur : Albin Michel 1988
    Pages : 361

    De nos jours tout le monde s'accorde sur la nécessité de se laver au moins une fois par jours et de changer souvent de vêtements. Mais cette hygiène n'a pas toujours existé sous cette forme que ce soit pour des raisons médicales ou simplement par manques d'infrastructures permettant le nettoyage. Julia Csergo, dans ce livre, tente de retracer l'histoire de l'hygiène dans l'histoire de Paris du XIXe siècle en s'intéressant aussi bien aux discours médicaux et moraux qu'aux capacités matérielles. Pour réussir cet examen elle développe des analyses sur quatre parties.

    La première partie lui permet de retracer les discours qui ont existé sur la nécessité de l'hygiène. Le premier chapitre lui permet de montrer que la propreté du corps implique aussi une propreté de l'âme. On y trouve donc la mise en place d'une pacification des classes dangereux (et laborieuses) par la propreté du corps. Celle-ci serait un moyen de vérifier la moralité des personnes mais aussi d'éviter le danger des miasmes et des odeurs. Un second chapitre permet aussi à l'auteure d'examiner les gestes de propreté. Que ceux-ci concernent les ablutions partielles ou totales il faut apprendre.

    La seconde partie examine la manière dont les institutions ont été utilisées pour proposer des bains et éduquer à l'hygiène. Julia Csergo examine trois institutions: l'enfermement, l'école et le corps militaire. Dans ces trois cas l’État français de l'époque tente de réguler la propreté en éduquant les masses. Pour cela il est nécessaire de trouver quelles infrastructures sont les plus économiques mais aussi les mieux adaptées. Le but est de laver un grand nombre de personnes dans un minimum de temps avec un usage minimum d'eau. Il s'ensuit de nombreuses décisions qui ont de la peine à être mises en place par manque d'espace, d'argent ou de volonté.

    Dans la troisième partie l'auteure examine deux formes d'hygiène publique. Tout d'abord elle montre comment les classes populaires se virent offrir un accès à la propreté par la mise en place de structures spécifiques dans les rues. Mais ces bâtiments furent surtout utilisés par les hommes et rarement par les femmes ou les écoliers. En ce qui concerne la bourgeoisie ce sont les bains publics et les écoles de natations qui permettent le bain. Mais ces entreprises sont rapidement accusées d'être dangereuses soit par la malpropreté de l'eau de la Seine soit par la promiscuité des corps et l'impudeur des bains. Rapidement ces bains publics disparaîtront.

    C'est dans la dernière partie que l'auteure examine l'arrivée du soin à domicile. Elle montre comment la mise en place de l'eau courante implique une transformation de l'intérieure. On passe du cabinet de toilettes caché à la salle de bain fastueuse. Mais le faste sera contesté par la bourgeoisie qui préfère des lieux aseptisés, blancs et carrelés qui préfigurent nos propres salles de bains. Cette partie est aussi l'occasion de vérifier l'usage du bain en tentant la mise en place qu'une histoire quantitative de l'usage de l'eau. Ce qui permet de vérifier dans où se trouvent les objets permettant l’hygiène et leur véritable usage selon des normes de classes.

    En conclusion voici un livre dont j'ai apprécié les analyses et les propos. J'ai appris énormément sur l'histoire de l'hygiène et j'ai particulièrement apprécié l'impression de retrouver des gestes perdus et des normes que nous ne connaissons plus. Bien que ce travail ait près de 20 ans je ne connais pas d'autres ouvrages et je ne peux donc pas considérer son intérêt au vu de l’historiographie. Ce qui n'influence pas la lecture ou l'intérêt du lecteur.

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  • Défaire le genre par Judith Butler

    Titre : Défaire le genre
    Auteure : Judith Butler
    Éditeur : Amsterdam 2012
    Pages : 331

    Depuis que je connais les études genre j'ai voulu lire du Butler. Après tout son livre Trouble dans le genre est l'une des références de ce champ d'étude. Mais j'ai aussi toujours eu peur d'elle. Ses propos ont la réputation d'être particulièrement obscure et difficile à lire. C'est aussi une auteure particulièrement décriée dans les mouvements masculinistes et antiféministes. Il fallait tout de même que je me lance un jour où l'autre et j'ai décidé de commencer à rebours. En effet, ce livre est, à ma connaissance, l'un des derniers qu'elle ait écrit à ce jour. Selon la quatrième de couverture, ce livre permet d'aller plus loin que Trouble dans le genre dans la pensée de Butler. En effet, depuis que Butler a publié ce dernier un certain nombre d'années ont passé. Défaire le genre permet donc de connaitre les dernières recherches de Butler. Il permet aussi de penser l'altérité du genre en particulier quand on parle de la transsexualité. Qu'est-ce que le genre et comment peut-on le déconstruire pour le recréer et permettre de nouvelles possibilités de vies humaines? C'est, je crois, le principal propos de ce livre.

    Qu'est-ce qu'un être humain et qu'est-ce qu'une vie vivable? Ces questions reviennent souvent dans le livre de Butler. Selon elle, le genre permet de catégoriser les personnes entre humains et non-humains. Le non-humain est une personne qui n'est pas incluse dans la catégorie humaine car son genre n'est pas compréhensible. Cette catégorie n'a pas inclut que des lesbiennes, des gays ou des personnes transsexuelles mais, dans l'histoire et actuellement, des migrants, des noirs, des musulmans. L'humain serait inclut dans un certain nombre de droits universels qui dépendent du lieu historique et culturel. Mais les marges existent et mettent en danger ces valeurs universelles en montrant que, justement, l'universel n'inclut pas tout le monde. Selon cette constatation on peut commencer une lutte politique pour être inclut dans la définition d'humain. Mais cette lutte, qui actuellement concerne le mariage pour les gays et lesbiennes en occident, implique une normalisation. Dans le cas de la France, par exemple, le droit au mariage dit pour tous implique que les autres formes de partenariats sont encore plus marginalisées. Butler fait donc le constat qu'une lutte légitime peut très bien marginaliser des individus. Elle fait le même constat en ce qui concerne la transsexualité. Bien que la lutte contre la psychiatrisation de la transsexualité soit légitime elle implique, comme backlash, un non-remboursement des opérations et, donc, une marginalisation des personnes pauvres.

    Comme on peut le voir il est difficile pour moi de parler de ce livre et de présenter sa richesse théorique. En effet, celui inclut de nombreux chapitres qui concernent aussi bien la philosophie du féminisme que l'intersexualité. De plus, l'auteure écrit d'une manière particulièrement compliquée et je suis loin d'être certain d'avoir compris tous les propos. S'ajoute à ce constat ma méconnaissance des écrits antérieurs de Butler qui auraient pu me permettre de faire des liens entre ses différents travaux. Quoi qu'il en soit, ce livre m'a beaucoup stimulé et m'a permit de comprendre un grand nombre de choses auxquelles je n'avais pas forcément réfléchit auparavant. Malgré la difficulté la lecture vaut largement la peine.

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  • Gay Paris. Une histoire du Paris interlope entre 1900 et 1940 par François Buot

    Titre : Gay Paris. Une histoire du Paris interlope entre 1900 et 19409782213654188-X_0.jpg?itok=uIxGEYS6
    Auteur : François Buot
    Éditeur : Fayard 2013
    Pages : 290

    Cette fois je me suis intéressé à une histoire qui prend place avant la Deuxième Guerre Mondiale. On le sait peu mais le début du XXe siècle est celui d'une relative tolérance de l'homosexualité. Celle-ci s'accompagne d'un discours médical qui permet de décriminaliser les pratiques pour mieux les considérer comme anormale. Mais certains hommes luttèrent comme, par exemple, Magnus Hirschfeld qui créa le premier centre de sexologie à Berlin. Ce dernier a été brûlé par les nazis. Mais l'histoire qui m'intéresse ici est celle de Paris. L'auteur nous emmène dans un monde à la fois sombre et illuminé. Il est sombre car on s'y adonne à la prostitution, au fétichisme et à tous les vices vu peu favorablement par les forces de l'ordre. Mais illuminé car, selon l'auteur, ces actes se font dans une chaude ambiance de fête dans des établissements connus et fréquentés par toutes les classes sociales. Son livre nous permet de redécouvrir ces lieux à l'aide de romanciers et de rapports de la police de mœurs.

    Si ma présentation est aussi courte c'est parce que je suis loin d'être convaincu sur de nombreux points. Ma principale critique concerne la structure même du livre. En effet, je n'ai pas l'impression de m'être trouvé face à un livre d'histoire. J'ai plutôt eu l'impression de me trouver face à un livre d'anecdotes mises les unes à côté des autres sans problématiques ni récits historiques. Ceci contribue à un effet de flou qui m'a empêché de véritablement entrer dans les propos de l'auteur. Je suis aussi peu convaincu par le titre qui promet un examen large du monde déviant de Paris du début du siècle mais qui se contente de parler des homosexuels voir, de temps en temps, des lesbiennes et de leurs liens avec les élites artistiques. Là aussi j'ai un problème. L'introduction nous promet de retrouver les "gens d'en bas". Pourtant, la majeure partie du livre repose sur des élites du monde de l'art qui parlent de leur propre expérience. On ne peut pas condamner leur usage par l'auteur en tant que sources. Mais peut-on vraiment les considérer comme des "gens d'en bas"? Je ressors donc de ce livre avec un fort sentiment d'inachevé et de frustration. L'impression d'un auteur qui aime son travail et cette époque mais qui n'a pas réussit à communiquer au lecteur cet amour et ses découvertes.

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  • Vichy et l'ordre moral par Marc Boninchi

    Titre : Vichy et l'ordre moral9782130553397.jpg
    Auteur : Marc Boninchi
    Éditeur : Presses Universitaires de France 2005
    Pages : 318

    Quand on parle du gouvernement de Vichy on a tout de suite en tête l'image d'une France gouvernée par des hommes réactionnaires qui n'eurent aucun état d'âme à collaborer avec l'occupant allemand. Une période marquée par une répression importante et un retour vers l'ordre moral incarné par l'importance de la famille, du travail et de la patrie devenus nouvel hymne du pays. Sans mettre en doute un grand nombre de faits avérés cette image oublie une partie importante du régime de Vichy: la continuité avec la IIIème République et l'héritage important des normes juridiques léguées à la IVème puis à la Vème République. L'auteur, Marc Boninchi, docteur en droit nous offre ici une thèse qui tente de comprendre l'histoire des normes juridiques vichyste ainsi que leur continuité dans l'histoire française.

    Il accomplit ce lourd travail en analysant la création et l’usage des lois dans six chapitres qui vont de la définition de l'ordre moral à la lutte contre l'avortement. L'auteur utilise des archives inédites qui lui permettent d'entrer dans la mise en place intime des lois. Ce qui lui permet, non seulement, de comprendre à quel point les lois morales de Vichy sont originaires de la IIIème République et de certains cercles mais aussi de voir de quelle manière elles ont été reçues et appliquées par les magistrats. Il observe aussi, et surtout, une hausse importante du pouvoir des bureaux de fonctionnaires tandis que le pouvoir politique des chambres est mis en sommeil. Ce pouvoir est si fort que de simples fonctionnaires peuvent refuser un projet de loi sans en déférer à leur ministre. Mais ce travail est aussi un moyen d'examiner le pouvoir de la répression. Marc Boninchi montre de nombreuses lois répressives qui ont échoué. Quel en est la raison? Selon l'auteur, ces lois sont souvent trop répressives pour être applicables et ne réussissent pas à atteindre leur cible. C'est le cas, par exemple, de la lutte contre l'alcoolisme qui est menée en 1940 par une loi qui impose la fermeture des débits de boissons même pour les crimes les plus mineurs comme une simple pancarte.

    Le texte de l'auteur est très riche. Il examine un grand nombre d'aspects légaux qui sont encore importants dans les lois de la Vème République même si un certain nombre de crimes ont été dépénalisé dans les années 70 (comme l'avortement et l'homosexualité). Son livre permet non seulement à l'historien de posséder des informations sur la manière dont les lois sont créées et appliquées durant l'occupation mais aussi aux juristes de réfléchir sur l'usage de la répression grâce à un exemple historique de cette pratique.

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  • L'hécatombe des fous. La famine dans les hôpitaux psychiatriques français sous l'occupation par Isabelle von Bueltzingsloewen

    Titre : L'hécatombe des fous. La famine dans les hôpitaux psychiatriques français sous l'occupation
    Auteure : Isabelle von Bueltzingsloewen
    Éditeur : Flammarion 2009
    Pages : 522

    Ce livre naît autours d'une polémique. Cette dernière a pris force durant les années 80 pour toujours continuer. Des auteurs importants accusent l'institution psychiatrique française de s'être rendue complice d'une extermination par la faim de 40 000 aliénés internés sous la demande, cachée, du régime de Vichy. Un devoir de mémoire est affirmé autours de ces victimes d'une politique eugénique. L'auteure de la recherche ne souhaite pas répondre de manière polémique. Au contraire, elle recherche les faits pour connaître la réalité de ce qui est nommé extermination. Ceci la mène à poser de nombreuses questions aussi bien méthodologiques que factuelles pour comprendre comment 40 000 personnes ont pu mourir de faim en France.

    Cet examen est organisé en trois parties regroupant trois à quatre chapitres. Les trois premiers chapitres permettent à Bueltzingsloewen d'examiner les chiffres et les faits de la faim. Elle commence donc par expliquer sa méthode d'approximation du nombre de victimes, ainsi que ses inexactitudes, qui permet de dénombrer environ 45 000 morts surnuméraires. Ce terme décrit des personnes, si on s'en tient aux années d'avant guerre, sont morts en "trop". Mais ce chiffre ne permet pas de savoir qui exactement est mort de faim et qui est mort naturellement. Il faut aussi prendre en compte l'affaiblissement de certaines personnes. Autrement dit, ce chiffre n'est qu'une approximation difficilement individualisable. L'auteure examine aussi ce qu'elle nomme le scénario de la famine ce qui lui permet de mettre en avant des explications économiques. Aussi bien la réquisition allemande que les restrictions ont impliqué une hausse importante des prix à laquelle les économistes des asiles n'était pas préparé. Dans le dernier chapitre elle analyse aussi la production scientifique des aliénistes qui est vue, par des militants de notre époque, comme le comble du cynisme. Bueltzingsloewen montre que cette production permet non seulement aux médecins de s'insérer dans le milieu médical mais aussi de comprendre le phénomène qu'ils ont sous les yeux alors que les connaissances médicales sur la famine sont très insuffisantes à l'époque en France.

    Mais cet aspect scientifique n'implique pas que ces hommes n'avaient pas conscience d'un malheur qui demandait une action. Dans une seconde partie l'auteur examine donc comment la société a pris conscience du problème et a réagit. Elle montre que les médecins, dès le début, se sont mobilisés localement pour contrer la mort certaine de leurs patients. Mais ces actions étaient limitées par l'incompréhension du phénomène et par leur caractère local. Heureusement, les médecins aliénistes sont regroupés dans une association nationale qui, rapidement, lance des cris d'alarme au gouvernement pour demander une action. Ce dernier n'est d'ailleurs pas inactif et, malgré une ambiance eugénique, met en place une politique de rationnement en faveurs des interné-e-s qui permet de nourrir à nouveau ces derniers. Bueltzingsloewen démontre donc que, loin d'une volonté d'extermination, les acteurs de l'époque ont réagit dans les limites de leur pouvoir et ont réussi à gagner le soutient officiel de Vichy.

    Dans une dernière partie l'auteure tente de comprendre les raisons de l'abandon des interné-e-s. Elle montre que ces derniers sont insérés dans une institution qui implique le délitement des liens sociaux et l'oubli des personnes internées. Comme elle le dit si bien: l'internement est une mort social avant que la mort physique n'ait lieu. Non seulement, avant-guerre, l'institution est bloquée par le nombre important d'interné-e-s qui empêche une prise en charge individuelle. Mais en plus les médecins ne considèrent pas les possibilités de guérisons ce qui implique que les patients peuvent passer des années, si ce n'est leur vie entière, enfermés. Ceci joue aussi sur les relations sociales extérieures qui, progressivement perdent de leur intensité ou sont non-existantes. L'auteure montre que pour les interné-e-s qui possèdent encore des relations avec leur famille la mort par inanition est bien moins importante grâce à l'apport offert via les visites. Mais il existe aussi une coupure avec la société - dans laquelle les thèses eugénistes ont une certaine audience - qui considère les interné-e-s comme des inadaptés sociaux inutiles dont la mort serait un soulagement aussi bien pour les familles que pour les institutions sociales. Ces aspects ont contribué à une invisibilité des personnes internées dans les asiles même si les thèses eugénistes n'ont pas été concrétisée par une extermination contrôlée et voulue par l’État. Elle termine cette partie en montrant que les années de guerre ont permis une remise en cause du système qui a permis de penser l'idée de libération et d'institutions ouvertes. Mais aussi de mettre en place des organisations de travail et de loisirs pour les interné-e-s qui permet de recréer une utilité sociale tout en reliant les patients à la société grâce à l'aide qu'ils peuvent offrir. Paradoxalement, la guerre a permis ceci en haussant la tolérance à ce que l'on nomme la folie dans les entreprises à cause du manque de main d’œuvre dû à l'emprisonnement et à la mobilisation de français. Cette remise en cause continuera après la guerre malgré les difficultés politiques.

    En conclusion, j'ai trouvé ce livre très documenté et très dense. L'auteure montre une érudition importante sur un sujet difficile. En parallèle d'une recherche dans les archives qui lui permet de valider un certain nombre d'hypothèses tout en contextualisant les événements et en corrigeant des inexactitudes historiques elle met en place une réflexion importante sur le rôle de l'historien face au devoir de mémoire. En effet, la polémique l'oblige à prendre position sur son activité d'historienne face à des personnes qui peuvent être très hostiles à la méthode historique accusée d'euphémiser un crime voir de culpabiliser des victimes. Mais le rôle de l'historien n'est ni de juger ni d'entrer dans une polémique. Son rôle est d'analyser les faits dans leur contexte pour comprendre comment quelque chose s'est produit et pour quelles raisons. Isabelle von Bueltzingsloewen y arrive parfaitement sur un thème rendu difficile par sa médiatisation même.

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  • Hannah Arendt

     Hannah Arendt, une femme dont tout le monde a entendu parler pour sa chronique sur le procès d'Eichmann qui a eu lieu à Jérusalem. Justement, ce nouveau biopic commence lors de l’enlèvement du nazi. Il est rapidement jeté à l'arrière d'une camionnette puis on retrouve Hannah Arendt chez elle en train de lire le journal qui annonce la venue d'un procès. Nous suivrons donc Hannah Arendt à Jérusalem lors de ce procès mais surtout lors de la polémique qui eu lieu après que son travail fut publié par le New Yorker. En effet, non seulement certains croient qu'elle défend Eichmann mais, en plus, elle s'attaque à certains dignitaires juifs et leurs activités.

    Je n'ai jamais lu les ouvrages d'Hannah Arendt. Je ne suis donc pas du tout capable de critiquer le rendu de la philosophie et des idées de cette femme dans ce film. Mais je peux parler de ce dernier. Les acteurs, pour commencer, sont tous très bien choisis. Je n'ai pas vu un seul acteur qui semblait en dehors de son rôle. Montrer les capacités de ces hommes et femmes dans plusieurs langues m'a aussi plu. Je préfère avoir des sous-titres mais entendre de l'hébreu à Jérusalem plutôt que de l'anglais. Ce qui permet de donner une forme d'authenticité au film. Ce dernier me semble très maîtrisé. Il y a tout de même quelques problèmes entre deux scènes qui, parfois, ne semblent pas logique. Je me demande aussi s'il était nécessaire de s'attarder sur la relation qu'elle avait avec son ancien professeur de philosophie. Le plus gros problème de ce film dure une ou deux scènes et se déroule durant le fameux procès. Il a été fait le choix d'utiliser des images d'archives et je suis pour. Je suis beaucoup plus sceptique quand on décide de reconstituer le tribunal pour passer du noir et blanc à la couleur lors de la même scène. Heureusement ce cas est rare mais il reste très étrange et raté. Bref, j'arrête la une critique peu profonde de part mes propres incapacités pour vous conseiller d'aller le voir et se vous faire votre propre idée. Je doute que vous perdiez votre temps!

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  • Les bas-fonds. Histoire d'un imaginaire par Dominique Kalifa

    Titre : Les bas-fonds. Histoire d'un imaginaire9782020967624.jpg
    Auteur : Dominique Kalifa
    Éditeur : Seuil 2013
    Pages : 394

    En tant qu'étudiant je suis très intéressé par les populations oubliées, marginales et marginalisées ainsi que les représentations qui les entourent. Avec ce livre je suis servi. Dominique Kalifa y examine les représentations des bas-fonds et l'histoire de ces dernières entre le XIXe et le XXe siècle. Les bas-fonds, ce terme regroupe une idée très forte que nous connaissons tous. Des lieux froids, sombres et sales dans l'intérieur des villes. Des personnes louches, furtives, qui passent rapidement et qui chuchotent entre-eux. Dominique Kalifa examine ce sujet en dix chapitres divisés en trois parties.

    La première partie est composée de trois chapitres. L'auteur y examine l'imaginaire social qui fonctionne derrière le terme "bas-fonds". Pour cela il examine la production culturelle de manière large ce qui lui permet de découvrir l'origine du terme ainsi que sa signification d'origine. L'auteur y examine la manière dont on considère la ville. Un endroit dans lequel une contre-société est possible dans les endroits les plus sinistrés. Mais le terme a aussi une origine biblique qui repose sur Sodome ainsi que sur Babylone puis Rome. L'idée qui en ressort est celle d'un monde inverse de voleurs, mendiants, meurtriers et prostituées. La contre-société est aussi sexuellement insatiable. Mais c'est aussi un lieu qui regroupe ce que l'on considère comme les classes sociales dangereuses. Des émeutiers qui peuvent mettre en danger si ce n'est détruire la civilisation. Les bas-fonds ne sont pas seulement un lieu de crimes mais un lieu inverse à la civilisation qui peut mettre en danger cette dernière.

    La seconde partie concerne ce que l'auteur nomme "scénographies de l'envers social". Derrière ce terme se cache quatre manière d'écrire, de montrer, les bas-fonds divisés en autant de chapitres. Le premier concerne la manière dont la police décrit ces lieux. L'auteur y montre que le point principal est la création de liste permettant de classer les personnes dans des cadres précis. Ainsi, les mémoires de policiers comportent tout différents noms pour autant de spécialisation décrites. La seconde chapitre concerne l'idée des princes déguisés. Ces hommes, et femmes, qui visitent les lieux criminels et pauvres en douce et sans donner leur identité pour remettre les choses en ordre. Le troisième chapitre me semble proche puisque l'auteur y examine les visites faites par l'aristocratie et la bourgeoisie dans les lieux mal-famés de la ville. Une visite qui se doit d'être dangereuse et qui permet de se frotter à des personnes peu recommandables sans risques. Enfin, il y a l'usage des poésies et autres romans.

    La dernière partie analyse la fin des bas-fonds dans les villes en trois chapitres. Tout d'abord, la seconde partie du XXe siècle est l'heure de l'état providence. Les pauvres sont de moins en moins pauvres et leur statut socio-économique donne moins lieu à des discours sur leur criminalité supposée. Ce n'est plus l'immoralité qui crée la pauvreté mais cette dernière qui implique l'immoralité. Dans le même temps, les villes sont modifiées et les pires lieux de celles-ci sont détruits et reconstruits. Les criminels changent aussi. De pauvres ils gagnent en argent et entrent dans l'idée du "milieu". Les criminels en costumes proches de la bourgeoisie et des politiciens sont de plus en plus visibles. Mais ces transformations n'impliquent pas la fin de l'idée que pauvreté équivaut à criminalité. L'idée des mauvais pauvres est toujours d'actualité mais se transforme dans l'idée des profiteurs de l'état providence ces derniers étant souvent étrangers. Enfin, l'auteur conclut sur des considérations concernant la fascination des bas-fonds qui existe encore aujourd'hui.

    Au final j'ai beaucoup apprécié la lecture de ce livre. Il permet de comprendre comment un imaginaire a pu se constituer autours de cette notion de bas-fonds. Un imaginaire qui fonctionne encore aujourd'hui dans les productions culturelles. L'auteur utilise aussi des exemples et productions académiques très larges qui viennent autant de France que du monde anglophone, germanophone ou espagnol. Une telle connaissance du sujet et des œuvres écrites sur celui-ci est impressionnante et permet de faire une histoire large des bas-fonds. Malheureusement, ce livre ne permet pas de voir les gens. En effet, ce qui est analysé est une production d'un imaginaire social et non la réalité sociale. Et j'aurais apprécié de savoir à quel point cet imaginaire est proche ou dissemblable à la réalité.

    Image: Site de l'éditeur

  • The company you keep (Sous surveillance)

    Le film commence sur des images du passé. Les États-Unis sont en guerre au Vietnam mais la contestation est extrêmement forte. Alors que des milliers d'étudiant-e-s marchent pacifiquement dans la rue l'état réprime fortement toute contestation. Le pacifisme ne fonctionnant pas certaines franges des organisations étudiantes se radicalisent et mettent en place une lutte armée. Après une attaque de banque qui se termine sur le meurtre d'un garde les membres de cette organisation décident de disparaître. Mais, de nos jours, le FBI retrouve la trace de l'une des membres et après elle c'est tous les autres qui risquent d'être retrouvés. L'un d'eux est maintenant un avocat avec une fille de 12 ans. Alors que sa vie présente est menacée il tentera de sauvegarder cette dernière ainsi que sa fille.

    J'avoue être partagé. Ce film est non seulement bien réalisé mais aussi joué par des acteurs et actrices très convaincants! Les observer est un véritable plaisir. Le scénario est aussi intéressant. L'idée d'observer comment des militant-e-s radicaux des années 60 et 70 ont continué leur vie dans la clandestinité permet de jouer avec les changements d'avis, les problèmes de consciences et les compromis inévitables. La plupart de ces ancien-ne-s- militant-e-s ont dû accepter le capitalisme parfois avec un grand succès. Cependant leur choix de vie montre qu'ils tentent de garder en partie leurs idéaux passés. Cependant je suis déçu du traitement de la politique. Les discours ne sont presque jamais expliqués ou analysés. En fait, ces ancien-ne-s militant-e-s semblent être particulièrement apolitique. C'est à peine si on entend parler de Marx et de Fanon ou des justifications de l'époque. Pourtant un peu plus de politique aurait pu donner un résultat intéressant.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario. De bons acteurs, un scénario intéressant mais un manque de discussions politiques que je trouve dommage. Bref, je suis mitigé.

    • Joss Whedon.

    Image: Site officiel

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  • La grande arnaque. Sexualités des femmes et échange économico-sexuel par Paola Tabet

    Titre : La grande arnaque. Sexualités des femmes et échange économico-sexuel2747576728j.jpg
    Auteure : Paola Tabet
    Éditeur : Harmattan 2004
    Pages : 207

    Qu'est-ce que la prostitution? Selon l'idée généralement admise c'est une activité qui consiste à faire payer l'usage de son corps en vue d'un acte sexuel. Mais cette définition est-elle la seule qui ait existé dans l'histoire et dans les différentes sociétés humaines? L'aspect monétaire ne se trouve-t-il vraiment que dans le cadre précis de la prostitution? Et pourquoi seuls les hommes semblent être les clients tandis que les femmes offrent la sexualité? Paola Tabet tente, dans ce livre, de comprendre le fonctionnement des échanges entre hommes et femmes en vue d'un accès à la sexualité.

    Cet examen est mené en 5 chapitres par l'auteure. Le premier et le second concernent les problèmes de définitions que pose la prostitution. En effet, il existe de nombreuses formes d'échanges de monnaies pour posséder la sexualité des femmes. Ces échanges peuvent se faire aussi bien dans le cadre marital que dans le cadre non-marital. C'est la raison pour laquelle l'auteure ne pense pas que l'échange d'argent soit la manière adéquate de définir la prostitution. Elle propose donc de mettre en place une théorisation des échanges entre hommes et femmes qui prenne en compte un continuum entre prostitution et mariage. Dans tous ces cas il y a échange de dons ou d'argents pour recevoir le service sexuel des femmes. Le troisième chapitre permet à l'auteure de comprendre comment les femmes qui se prostituent réussissent à créer une relation qui ne prenne en compte que le sexe (et non la sexualité). En effet, l'argent ne permet pas forcément de ne payer que du sexe mais, dans certains cas, de payer aussi des services maritaux comme le bain, le ménage ou encore la cuisine. Il y a donc à la fois une rupture dans les services mais il y a aussi une rupture dans la temporalité. Le service ne se déroule que durant un certain temps accepté par un contrat alors que le mariage est illimité (sauf divorces). Le quatrième chapitre permet à l'auteure de comprendre comment les hommes ressentent la sexualité libre des femmes. Celle-ci peut être vue comme un danger pour l'ordre dominant puisque ces femmes, non seulement, reçoivent de l'argent et peuvent posséder des objets masculins mais, en plus, sortent du cadre de l’économie du mariage. Ce qui permet à l'auteure de conclure sur l'aspect profondément sexiste du mariage qui implique l'offre de services sexuels et de travail gratuits en échange de dons en argent. Les hommes possèdent l'économie et les femmes un sexe qu'elles doivent utiliser comme moyen de survie.

    Ce livre est riche. Il possède de nombreux exemples et une construction théorique compliquée et fertile pour comprendre la domination des hommes sur les femmes dans les cadres des échanges économico-sexuels. Il me faudra probablement un certain nombre de relectures pour comprendre cet appareil théorique dans toute sa subtilité. Je peux déjà dire que je considère ce livre comme non seulement intéressant mais surtout extrêmement bien écrit. Je pense que les personnes qui s'intéressent à la prostitution dans un cadre d'explication sociologique peuvent difficilement passer outre cet ouvrage. L'idée que les femmes sont forcées d'entrer dans un terme d'échange inégal avec les hommes qui implique d'accepter d'offrir un service sexuel en échange de dons me semble particulièrement pertinent pour comprendre le fonctionnement des relations entre hommes et femmes. Plus encore, l'idée qu'il existe un continuum entre prostitution et mariage qui ne prenne pas forcément en compte l'argent mais le fonctionnement de la relation possède une portée explicative importante. Plutôt que de considérer la prostitution comme simple échange d'argent pour une relation sexuelle limitée dans le temps on devrait la considérer en tant que rupture des règles masculines de la bonne sexualité féminine. Ces règles sont relatives aux époques et aux sociétés mais leur violation équivaut toujours à punition. Celle-ci est généralement extrêmement violente et ne porte pas que sur le stigmate du terme prostituée mais aussi sur une humiliation publique qui peut passer par le viol dans un grand nombre de cas. Au final, l'auteure dépeint une sexualité féminine contrôlée par les hommes pour les hommes. Le corps des femmes ne leur appartiendrait pas vraiment mais serait échangé à multiples reprises dans une relation de dominée à dominant.

    Image: Éditeur

  • Hysteria (traduit en français en "Oh my god!" pfff ils ne savent plus quoi inventer...)

    Il en a fallu du temps pour que je décide de regarder ce film après tout le bien qu'on m'en a dit. Hysteria se déroule à Londres. Un jeune médecin tente de faire passer ses idées révolutionnaires sur la médecine à de vieux docteurs pas très convaincus (imaginez! comment peut-on croire à cette saugrenue idée des germes?). Il est expulsé de la plupart de ses emplois à cause de cela. Alors qu'il tente, difficilement, de retrouver une place il rencontre le docteur Dalrymple qui s'occupe des hystériques. Sautant sur l'occasion notre jeune docteur, maintenant employé, entre dans le cabinet pour traiter ces femmes. Mais celui-ci est très différent de tout ce qu'il a fait jusqu'à présent. En effet, le traitement consiste en un massage de la "zone génitale". Peu à peu lui viendra l'idée du vibromasseur.

    Dans ce film de nombreuses femmes sont considérées comme hystériques. Dès le début on nous fait bien comprendre que cette maladie n'est qu'une farce puisque la première des patientes sort en furie du cabinet en demandant des droits égaux pour les femmes. Suivi en cela par la mine déconfite de deux hommes qui se murmurent le terme "hystérique" à l'oreille. La fille de Dalrymple expliquera à notre héros que ce terme cache des femmes qui sont frustrées de leur vie ou dont le maris n'est pas un bon coup au lit. En gros, l'hystérie c'est surtout un bon moyen invité par des docteurs moustachus d'éviter de répondre de manière rationnelle aux questions légitimes des femmes sur leur place dans la société. Il est plus simple d'enfermer que de justifier une relation inégale. On trouve aussi une petite histoire d'amour. Je ne le cacherais pas, cette dernière est loin d'être compliquée et on comprend rapidement comment elle va finir. J'ai, en tout cas, beaucoup aimé ce film qui m'a énormément fait rire. Je trouve que le décalage entre un traitement médical qui est la masturbation et la manière dont de vieux messieurs barbus en parlent très rationnellement sans considère le plaisir que les femmes y trouvent est à la fois drôle et très réaliste.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario. Drôle tout en n'étant pas révolutionnaire il montre comment on a pu éviter de parler de termes importants en médicalisant les femmes sous le terme d'hystériques.

    • Joss Whedon.

    Image: Allociné

    Site officiel

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  • Mélancolie ouvrière par Michelle Perrot

    Titre : Mélancolie ouvrière9782246797791-G.jpg
    Auteur : Michelle Perrot
    Éditeur : Grasset 2012
    Pages : 185

    Michelle Perrot est l'une de mes idoles. Non seulement elle est l'une des pionnières de l'histoire des femmes en France mais son intérêt pour les déviances, les marginaux et les contrôles de l'état rejoint le mien. J'étais donc très heureux de rencontrer cette historienne qui eu la gentillesse de me dédicacer son nouveau livre. Celui-ci inaugure la collection "Nos Héroïnes" des éditions Grasset constitué grâce à Caroline Fourest et Fiammetta Venner. Cependant, comme l'annonce Michelle Perrot, cette collection ne souhaite pas mettre en place une histoire des grandes femmes comme il y a eu une histoire des grands hommes. Il faut trouver des héroïnes inconnues. Une tâche difficile comme il y en a peu.

    Michelle Perrot s'est souvenue d'une femme qu'elle avait rencontré il y a quelques dizaines d'années lors de ses recherches. Cette femme se nommait Lucie Baud et tout ce que l'on savait d'elle était résume dans un récit autobiographique publié dans le Mouvement Socialiste en 1908. Elle y décrivait sa vie mais aussi ses luttes dans le syndicat des tisseuses de soie. Comment une ouvrière, une femme, a pu écrire dans une revue aussi intellectuelle? En effet, les récits d'ouvriers et de femmes sont rares en histoire et les historien-ne-s qui tombent sur de tels récits sont des chanceux qui ont l'opportunité de lever une part du voile sur la vie de celles et ceux que certain-e-s nomment les petit-e-s.

    L'auteure a donc cherché a en savoir plus et, en collaboration étroite avec deux autres personnes passionnés d'histoire, elle a découvert une vie rocambolesque. Mais cette vie se cache derrière les incertitudes et les trous dans les sources. Autant que la découverte de la vie d'une ouvrière au XIXe Perrot nous montre comment on peut travailler en histoire quand les sources manquent ou sont peu adéquates. Ce livre est donc court, nécessairement, mais très éclairant, particulièrement bien écrit et passionnant

    Image: Éditeur

  • L'affaire Rouy. Une femme contre l'asile au XIXe siècle par Yannick Ripa

    Titre : L'affaire Rouy. Une femme contre l'asile au XIXe siècle978-2-84734-662-6.jpg
    Auteur : Yannick Ripa
    Éditeur : Tallandier 2010
    Pages : 295

    L'histoire de la folie, de la prison ou des personnes considérées comme déviantes m'intéresse de plus en plus. Ces oublié-e-s de l'histoire n'ont pas forcément pu parler mais des historien-ne-s réussissent à leur donner une voix et à comprendre le contexte et les discours révélateurs qui a permis de considérer des êtres humains comme dangereux. Ce thème m'intéresse depuis que j'ai découvert Michel Foucault dont j'apprécie beaucoup les thèmes d'études, les concepts et les idées politiques. Alors quand je suis tombé sur un livre qui tente, selon le résumé, de comprendre l'histoire d'une femme internée arbitrairement je peux difficilement résister à l'envie de lire.

    Hersilie Rouy, une femme de la quarantaine, admirative de son père, artiste et célibataire voit sa vie se briser lorsqu'un jour, le 8 septembre 1854, un homme inconnu de sa part l’emmène de force à l'asile de Charenton. Enregistrée sous un faux nom elle deviendra ses dénégations quant à l'opportunité de son enfermement et quant à son identité mèneront les aliénistes à la considérer de plus en plus malade. L'auteure, Yannick Ripa, examine sa vie en trois parties qui correspondent à autant de changements importants. Dans la première partie elle montre comment Hersilie Rouy est diagnostiquée. Les luttes de cette dernière se heurtent à un aveuglement des médecins qui se soutiennent les uns les autres dans un esprit de corps. L'auteure y fait aussi une description de la politique asilaire de l'époque et de ses manquements. En particulier elle montre la facilité de détourner la loi de 1838 pour enfermer des proches sans véritables examens. La seconde partie continue sur cette lancée en examinant le retour à l'asile d'Hersilie Rouy et son incapacité à en sortir. Malgré ses plaintes répétées personne ne semble la prendre au sérieux mais tout le monde souhaite s'en débarrasser tout en fermant les yeux sur les aspects étranges de son histoire administrative. La dernière partie permet enfin d'entrer dans l'affaire proprement dites. L'auteure y montre comment Hersilie Rouy, soutenue par des ami-e-s en cela, tente de relier son affaire à un dispositif judiciaire puis aux critiques de l'aliénisme. Mais cette partie montre surtout comment cette femme a été invoquée, utilisée, comme exemple pour attaquer une institution et ceux qui la servent, au profit d'une autre institution.

    Je ne suis pas tout a fait convaincu par ce livre. J'ai apprécié sa lecture mais quelque chose me gène. Je trouve que l'auteure tente un peu trop d'entrer dans la tête d'Hersilie Rouy en considérant ses mémoires, source principale, comme un moyen adéquat de comprendre cette femme. Pourtant, Yannick Ripa explique elle-même que l'authenticité de cet écrit est soumise à caution car un éditeur est probablement passé par là. L'auteure, dans son propos, montre aussi un glissement d’interprétation entre une Hersilie Rouy lucide et une chute dans une forme de folie durant son internement. Mais si les mémoires ont été écrites après les événements peut-on vraiment croire en ce texte? Bien entendu, Yannick Ripa utilise d'autres sources mais celles-ci semblent, du moins j'en ai l'impression, considérée comme invalide face aux mémoires. Bien que ce thème soit intéressant et permet d'illustrer, avec un cas précis, la facilité de tomber dans des définitions de folie sans qu'il ne soit possible de s'en défaire je reste sceptique quant à ce livre.

    Image: Éditeur

  • La pensée straight par Monique Wittig

    Titre : La pensée straight31HBP6EJ1HL._SL500_AA300_.jpg
    Auteur : Monique Wittig
    Éditeur : Balland 2001
    Pages : 157

    Bien que ce livre soit terminé depuis pas mal de temps j'ai mis plus de temps que d'habitude à en parler. J'ai préféré attendre car je ne suis pas certain d'avoir vraiment compris le propos des textes de ce recueil. Je vais tout de même essayer d'en faire une présentation qui sera, je le sais déjà, peu adéquate. Je préfère donc prévenir dès le début et conseiller de lire les textes de Wittig et non de les juger selon ce que j'en dis.

    Ceci fait quel est le message de Monique Wittig? Nous sommes tous familier de la division de la société en termes de classe et de race. Les analyses qui démontrent la force de ces divisions dans notre société sont nombreuses. Elles sont adjointes à la domination en termes de genre. Ces trois types d'analyses permettent de démontrer que l'homme blanc de classe sociale supérieure se trouve dans une position dominante de facto. Il est surtout important de comprendre que ces différentes divisions s'entrecroisent formant une complexité importante dans les dominations. Ainsi, Michelle Obama est dominante face à une femme blanche de classe sociale modeste. Ceci n'est qu'un exemple illustratif. Cependant je n'ai toujours pas dit ce qu'ajoute Monique Wittig. Son argument considère que les divisions que je viens de (très) rapidement présenté ne sont pas complètes. Elle ajoute une autre forme de domination qui concerne les sexualités. Selon Monique Wittig, la société est formée sur l'hétérosexualité comme norme dominante. Cette dernière est naturalisée comme étant la forme normale et éternelle des relations entre hommes et femmes. Ce qui pousse les femmes à être toujours sous le pouvoir du patriarcat. Ce qui mène au second argument de Monique Wittig. Elle considère, en effet, que les femmes ont soit le choix de l'esclavage patriarcale soit celui de s'échapper dans une nouvelle société: celle des lesbiennes. C'est la raison de l'une de ses phrases: les lesbiennes ne sont pas des femmes. Car, par leur existence elles se placeraient en dehors de la société hétéro-centrée patriarcale. Elles briseraient les chaînes de par leur sexualité même.

    Que penser de cette position politique basée sur une analyse de la société? Je pense qu'il est difficile de contester le caractère hétéro-centré de notre monde européen (pour ne pas parler de pays que je ne connais pas). Il suffit d'observer autours de soi pour voir cette réalité. Ce sont parfois de petites choses, mais si symboliques, comme le serveur qui enlève les fleurs lorsque deux hommes ou deux femmes mangent ensemble à la Saint Valentin ou des problèmes plus importants de violence institutionnelle ou individuelle (regardez ce qui s’est déroulé en France ces derniers temps). Mais peut-on considérer que les lesbiennes s'échappent de ce système? Je n'en suis pas aussi certain. C'est, peut-être, une vision un peu noire de la réalité mais je pense qu'il ne suffit pas d'avoir une sexualité autre qu'hétérosexuelle pour échapper à la domination à la fois patriarcale et sexuelle. Cependant, cela n'enlève pas le caractère très intéressant et stimulant des propos de Wittig que, encore une fois, je considère n'avoir pas totalement compris. Une prochaine lecture m'aidera-t-elle? On verra.

    Image: Amazon

  • Boys don't cry! Les coûts de la domination masculine sous la direction de Delphine Dulong, Christine Guionnet et Erik Neveu

    Titre : Boys don't cry! Les coûts de la domination masculine1332768665.jpg
    Directeur : Delphine Dulong, Christine Guionnet et Erik Neveu
    Éditeur : Presses Universitaires de Rennes 2012
    Pages : 330

    Les livres qui examinent la question de la domination masculine sont nombreux sur des cas très divers. Nous avons une bonne vision de la manière dont la domination patriarcale fonctionne et continue de fonctionner malgré les réussites des luttes féministes. Nous en savons beaucoup moins sur la force de la domination des hommes sur les hommes eux-même et ce pour diverses raisons politiques et institutionnelles. Ce livre tente de faire un bilan des connaissances actuelles et de proposer une piste possible de recherche pour examiner de manière scientifique les problèmes que pose le patriarcat pour les hommes même grâce aux contributions de nombreux chercheurs. Le livre est divisé en trois parties dont chacune se concentrent sur un aspect particulier du problème.

    La première partie regroupe quatre contributions. Trois de ses contributions examinent l'usage militant du concept de coûts de la masculinité pour les mouvements masculinistes. Ces mouvements, comme il est écrit dans les diverses contributions, forment une réaction importante contre les féministes qu'ils accusent d'avoir renversé le patriarcat et d'avoir mis en place un matriarcat. Alors qu'Anne Verjus démontre les différences entre les discours féministes et masculinistes sur les coûts de la masculinité Franci Dupuis-Déri parle des problèmes de crises de la masculinité. Les hommes seraient, en effet, en manque de repères masculins et perdraient, de ce fait, leurs caractéristiques et leurs chances. Cependant, Francis Depuis-Déri démontre que ces crises ont toujours existé dès qu’un mouvement mettait en cause les privilèges des mâles. La contribution de Béatrice Damian-Gaillard est différente puisqu'elle examine la manière dont une collection de roman décrit le mâle idéal pour séduire une femme. Cette analyse se base sur de nombreux romans de la même collection et permet de mettre en lumière une vision très particulière des hommes qui peuvent séduire des femmes (blanc souvent plus vieux et de classe sociale plus élevée).

    La seconde partie m'a semblé moins intéressante. Les directrices et le directeur y publient des article squi ont fait date dans les recherches anglo-saxonne. Ces articles permettent de poser les concepts et appareils théoriques utilisés dans le cadre de ce livre et de montrer leur pertinence pour la recherche sur les masculinités. Le travail de Caroline New est particulièrement utilisé.

    La dernière partie utilise les concepts présentés auparavant dans le cadre de recherches spécifiques qui permettent d'illustrer leur usage scientifique tout en montrant certains caractères particulier de la domination masculine sur les hommes eux-même. La première contribution illustre l'importance de faire homme aux Antilles française en multipliant le nombre de maîtresses tout en acceptant les conséquences que cela implique. La seconde contribution examine l'importance de faire homme pour des homosexuels venant de milieux ruraux. L'auteur y examine deux contextes différents en mettant en parallèle les États-Unis et la France. Cependant, l'importance de la virilité, même si elle n'est pas facilement définissable, est présente dans les deux pays. La troisième contribution examine l'importance de l'alcool dans les identités de genre masculine et féminine. L'auteur y montre qu'il existe une relation différente à l'alcool selon qu'on soit homme ou femme. Au début du siècle la femme doit être abstinent, pure, l'homme doit pouvoir résister à l'ivresse. Mais ces injonctions se sont inversées. a consommation est devenue preuve d'émancipation pour les femmes alors que l'homme doit démontrer une consommation mesurée et maîtrisée. La dernière contribution examine la différence d'usage de la médecine dans le cadre du travail par les hommes et les femmes. On y observe que les hommes se médicalisent beaucoup moins que les femmes même en cas d'accident du travail.

    En conclusion j'ai trouvé ce livre très intéressant. Il examine un problème qui est souvent invoqué par des groupes anti-féministes parfois violents. La tentative de scientifiser les coûts de la masculinité et donc la bienvenue et permet d'observer de manière concrète la domination des hommes par les hommes. Cependant, il est nécessaire, et les auteur-e-s en sont conscient-e-s, de ne pas oublier un aspect fondamental de la domination masculine. Cette dernière peut, en effet, être considérée comme un coût sur les hommes par les injonctions à suivre un rôle parfois difficile à assumer. Mais la domination masculine se porte d'abord sur les femmes. Il faut donc être conscient que les coûts ne sont ni symétrique ni équivalents entre les hommes et les femmes. C'est justement parce que certains hommes considèrent être dominés de manière symétrique et équivalente qu'ils sont passés d'une vision pro-féministe à une vision masculiniste. Au contraire de ce qu'annoncent les masculinistes les féministes n'ont pas vaincus le patriarcat. La domination masculine est encore forte et très prégnante. Dans ce cadre il peut être utile pour des anti-sexistes d'examiner les coûts de la masculinités pour les hommes. Mais celui-ci doit s'accompagner de précautions méthodologiques équivalentes aux autres recherches.

    Image: Site de l'éditeur

  • Pirate Cinema par Cory Doctorow

    Titre : Pirate Cinemacover-small.jpg
    Directeur : Cory Doctorow
    Éditeur : Site de l'auteur
    Pages : 395

    J'ai presque terminé de lire tous les romans écrit par Cory Doctorow. Celui-ci était l'avant-dernier et il a été édité fin 2012. Il se déroule à Londres dans un futur proche, celui qui attend nos enfants. La guerre contre le piratage qui commence de nos jours a pris des proportions énormes. Des lois de plus en plus liberticides sont mises en places aboutissant à l'emprisonnement de plus en plus systématique d'enfants coupables d'avoir écouté des fichiers illégaux. L'un de ses enfants est notre héros. Celui-ci fuit sa famille après que ses téléchargements ont aboutis à la coupure de l'accès internet de la maison ce qui équivaut à faire perdre leur emploi aux parents et à détruire l'avenir scolaire de sa petite sœur. Comme il ne peut plus voir sa honte se refléter sur les visages de sa famille il fuit, seul, à Londres. Il y rencontre des squatters et des mendiants mais, surtout, il commence à comprendre que son pays ne fonctionne plus pour ses citoyens mais pour de riches compagnies ultra-puissantes. Il est temps de lutter pour sa propre liberté.

    J'aime bien Cory Doctorow mais il a des tics d'écritures qui m'agacent un peu. Ses héros sont toujours de jeunes adolescents qui apprennent subitement la vie et l'amour. Personnellement je n'aime pas les adolescents mais les pires sont ceux qui sont amoureux! Doctorow ajoute toujours une jeune fille beaucoup plus intelligente que le héros qui lui permet de mieux comprendre ce qui se déroule devant ses yeux. Et il y a toujours cet aspect à la fois réaliste sur le système politique et très naïf face aux possibilités d'actions. Cependant Doctorow possède un esprit et une vision acérée de ce qui peut se dérouler dans le futur si la guerre contre le piratage continue dans la voie qui lui est donnée actuellement. Il montre les effets pour les citoyens en termes de perte de vie privée et de droits mais aussi l'inutilité des dispositifs légaux qui sont mis en place. Inutilité car il existe de nombreuses technologies qui permettent d'éviter d'être pris. Il suffit de les connaître et d'apprendre à les utiliser. Et Doctorow nous montre comment on peut utiliser ces technologies en tant que citoyens. L'histoire est donc intéressante et mérite d'être connue malgré ses quelques défauts.

    • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

    • Papier toilette.

    • Roman de gare.

    • A lire. Bien que les personnages ne me convainquent pas l'histoire et le message de Doctorow me plaisent. J'invite donc tout le monde à lire ce roman.

    • Tolkien.

    Image: Site de l'auteur

  • Inch’Allah

    Une jeune médecin canadienne a décidé de travailler dans une clinique pour femmes en Palestine. Cependant elle vit en Israël de l'autre coté du mur. Elle a des amis et des connaissances dans les deux cotés mais elle arrive plus ou moins à garder un équilibre. Mais ces amitiés sont-elles vraiment aussi simples à maintenir alors que la haine, l'incompréhension et la guerre font rage? Tandis que l'un des cotés du mur enragent contre des attaques organisées à l'assaut des colonies l'autre coté pleure et enrage autours de la mort de ses enfants. Et cette jeune médecin est au milieu. Elle n'arrive pas à se rendre objective et extérieure. Elle tente d'aider mais ses échecs commencent à la détruire.  Vivre dans deux mondes à la fois est une position inconfortable et probablement impossible à tenir pour cette jeune femme.

    La question qui occupe Israël et la Palestine dans une guerre depuis près de 60 ans est compliquée. Personne ne connaît la solution et je pense que plus personne n'est véritablement innocent. Je ne vais donc pas entrer dans un débat que je ne maîtrise pas ni ne comprend. Ce que je sais c'est que la guerre équivaut à la tristesse et à l'injustice. Et la réalisatrice a réussit à mettre ceci en évidence. Les petites vexations quotidiennes, la chape de plomb de l'occupation armée, les soldats qui deviennent fous et les combattants qui ne savent quoi faire d'autre que se suicider. Est-ce réaliste? Probablement. Est-ce la réalité? Probablement pas tout a fait. De ce coté je pense que le film est réussi. Ce sont les personnages qui ne m'ont pas convaincu. Je n'arrive pas à m'identifier ni à m'intéresser à leur vie. Ils ne me paraissent ni réaliste ni important et j'aurais très bien pu m'en passer. Cet imbroglio plombe un film qui reste intéressant.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances. Intéressant, bien réalisé mais des personnages peu convaincants qui font chuter mon appréciation.

    • Bon scénario.

    • Joss Whedon.

    Image: Site officiel

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  • Réfugiés et sans-papiers. La république face au droit d'asile XIXe-XXe siècle par Gérard Noiriel

    Titre : Réfugiés et sans-papiers. La république face au droit d'asile XIXe-XXe siècle9782818502860-G.jpg
    Directeur : Gérard Noiriel
    Éditeur : Calman-Lévy 1991
    Pages : 355

    J'ai lu Noiriel il n'y a pas si longtemps. J'avais apprécié sa manière d'écrire ce qui m'a poussé à emprunter un autre livre de cet historien. En l’occurrence je souhaitais en savoir plus sur le droit d'asile. Noiriel décrit ce droit et son évolution de 1789 à nos jours (début des années 90). Il utilise, pour cela, 4 chapitres. Le premier montre comment le droit d'asile a été construit suite à la Révolution française. Bien que ce droit existait durant l'ancien régime il prend, après la Révolution, un nouveau sens puisque ce sont les personnes qui luttent pour la liberté qui ont le droit de se réfugier en France. Cette époque n'a pas encore de moyens forts de contrôle de l'identité et se base principalement sur les corps de la société. L'État français commence tout de même à tenter une surveillance à l'aide du contrôle des subsides versés aux réfugiés et de leur droit au mouvement très codifié.

    Le second chapitre nous montre comment la question des nationalités a commencé à devenir important pour les pays de l'Europe. Le nationalisme implique que toutes personnes doit posséder une origine nationale. Mais comment réguler ces identités quand certaines personnes ne se sentent pas membre d'une nation ou qu'elles en sont exclues? Ces questions impliquent de connaître de manière précise les identités des personnes ce qui aboutit à la question du chapitre 3. Celui-ci concerne la mise en place de la technologie des papiers pour les réfugiés. Ces papiers permettent de justifier de son identité sans, pour autant, avoir besoin de récolter les témoignages de proches. Ils permettent un contrôle bien plus important de la part de l'administration qui multiplie les effets officiels sur ces papiers d'identités ainsi que les pièces nécessaires pour les recevoir. Mais ces papiers posent une question importante dans le cas des réfugiés. Comment retrouver l'identité "réelle" de personnes qui ont du fuir sans pouvoir apporter de pièces justificatives de leur identité d'un pays qui, peut être, ne connaît pas une technologie de l'identification aussi avancée que la France?

    Dans un quatrième chapitre Noiriel analyse près d'une centaine de lettres de réfugiés sur le XIXe et le XXe siècle. La lecture et l'analyse de ces sources lui permet de comprendre comment une personne peut demander le statut de réfugié. Alors que le XIXe permet encore une adresse directe à un homme particulier que l'on tente d'ouvrir à la pitié le XXe demande des récits véridiques mais qui doivent suivre un style administratif froid et distant. Ces lettres montrent aussi une différence entre les personnes qui sont aidées de proches, associatifs ou non, et ceux qui écrivent seuls. Les deux ne comprennent pas le fonctionnement d'un pays démocratique mais les premiers réussissent à écrire des lettres parfaites au contraire des seconds.

    Noiriel termine son livre sur un dernier chapitre qui parle de la construction de l'Europe. Il fait le constat qu'une nation européenne pourrait bien être en début de construction. Mais surtout, il montre que la logique des accords de Schengen n'est pas seulement d'ouvrir les frontières internes mais surtout de fermer les frontières externes. Cette fermeture peut être accomplie grâce à la mise en place de techniques administratives abstraites inhumaines (dans le sens ou elles ne sont pas contrôlées par des humains) qui permet d'exclure quasi automatiquement tout une partie de la population mondiale sans coup férir.

    Ce livre parle d'un problème dont on entend souvent parler. Que ce soit en France, en Angleterre, en Allemagne ou en Suisse la question de l'immigration et des réfugiés est une question politique majeure. Noiriel a le mérite, dans ce livre, d'historiciser cette question politique. Ce qui permet de montrer à quel point les identités nationales et le droit d'asile sont des constructions qui dépendent de contextes passés durant lesquels plusieurs organes nationaux et internationaux ont lutté pour défendre une définition ou une autre. Noiriel montre aussi que le droit d'asile a toujours été à la frontière entre l'idée d'un universalisme de l'aide aux victimes de la tyrannie et de la protection de l'intérieur du pays. Bien que 200 ans soient passés depuis 1789 nous sommes toujours dans ce type d'arguments. Quand l'un parle de la nécessité de sauver des populations mises en dangers une autre personne parle de la nécessité de protéger la population du pays d'individus non-identifiés considérés comme culturellement inassimilable. La montée en puissance d'un contrôle à l'extérieur des frontières de l'Europe qui permet de se débarrasser rapidement de ces populations démontre que Noiriel avait vu juste quant à la mise en place de l'accord de Schengen. Il n'y a qu'un point qui soit certain dans l'avenir: la question de l'asile n'a pas fini de faire couler de l'encre.

    Image: Fayard

  • Casablanca

    Nous sommes en pleine seconde guerre mondiale, l'Europe est sous la coupe de l'Allemagne nazie. Des milliers de personnes font tout pour quitter le continent et partir aux États-Unis. Mais les voies sont difficiles quand elles ne sont tout simplement pas fermées. Casablanca sous contrôle de Vichy est l'une des villes de transitions. Mais il est bien plus difficile d'en sortir que d'y rentrer. Entre le marché noir et la corruption des magistrats personne n'est à l’abri. Dans cette ville un américain, Rik, tient un café dans lequel une bonne partie de la criminalité se déroule. Que ce soient les jeux de casinos ou les ventes de visas. Mais quand le célèbre dissident Victor Laszlo et sa femme Ilsa débarquent la tranquillité relative du café pourrait bien être compromise. Car Laszlo ne doit pas quitter Casablanca et Ilsa et Rik ont un passé chargé.

    Du romantisme, du suspens et de la comédie parfaitement dosés dans ce film vieux et un peu étrange. Étrange car il est souvent ridicule. Bien que les acteurs me semblent des plus convaincants les dialogues m'ont parus très ridicules. C'est probablement voulu dans certains cas. J'ai bien aimé, par exemple, la manière dont le policier français et le policier italien se chamaillent constamment. L'italien est d'ailleurs superbement ignoré par le représentant de l'Allemagne. Je doute que Mussolini ait apprécié. Outre ceci il y a les dialogues romantiques qui sont dégoulinant de mièvrerie. Mais aussi les scènes que je trouve des plus irréalistes. Imaginez, vous êtes un leader de la résistance en fuite. Est-ce que vous réservez une table à votre nom dans un café? Je ne pense pas! Eh bien Laszlo le fait et continue sa soirée avec une dialogue poli entre lui et le dignitaire nazi! Je ne trouve pas ça très réaliste... Et pourtant le film fonctionne!

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario. Intéressant, écrit et réalisé en 1942 il y a probablement des aspects de propagandes qui m'ont échappé (après tout je ne suis pas un expert), il est bien joué. Bref, j'ai gagné quelques points d'expérience en culture cinématographique.

    • Joss Whedon

    Image: Allociné

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  • No!

    Nous sommes au Chili à la fin des années 80. La dictature de Pinochet est obligée de mettre en place un référendum pour demander au peuple si celui-ci souhaite que Pinochet reste au pouvoir. Exceptionnellement l'opposition, jusque-là muselée, a accès à la télévision pour 15 minutes tous les jours. C'est donc une opportunité énorme de critiquer sans être censuré un régime terroriste. Mais les opposants ne croient pas en leur victoire et souhaitent seulement pouvoir enfin parler librement. Ils décident donc d'engager un expert en communication qui travaille dans la publicité. En suivant les normes des pubs les opposants réussissent à envoyer un message inattendu d'espoir et de renouveau. Mais comment la dictature va-t-elle réagir?

    A mon avis ce film est bien servi grâce à un grand nombre de bons acteurs. La réalisation réussit à nous mettre dans l'ambiance de l'époque avec l'arrivée des micro-ondes et les pubs absolument ignobles de l'époque. Malheureusement, quelqu'un a eu l'idée un peu étrange de choisir de filmer ce film avec du matériel d'époque. Cet aspect donne une impression de documentaire filmé durant les événements mais je l'ai surtout trouvé un peu désagréable. Un grain énorme, des contre-jours et un son pas toujours à la hauteur ont un peu baissé mon plaisir devant ce film. Mais ma critique se porte surtout sur l'histoire. A mon avis, et sans connaître l'histoire du Chili, l'intrigue est trop simpliste. On a l'impression que tout a reposé sur ces quelques spots de télévision qui ne duraient que 15 minutes. Je pense que l'idée même de participer à ces spots à du créer d'énormes débats dans l'opposition. Se réunir pour agir ensemble à du être tout aussi compliqué. Mais la seule contradiction que l'on observe dans l'opposition n'est visible qu'au début du film. Cependant, ce film est intéressant à voir et il m'a permis de connaître un événement impressionnant.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario. La fin d'une dictature et les débuts de la démocratie tout ça en partie grâce à des spots télévisés humoristiques. Sans oublier les très bons acteurs. Bref, malgré ses défauts un film que je conseille

    • Joss Whedon

    Image: Allociné

    Site officiel

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  • Homeland par Cory Doctorow

    Titre : Homeland
    Directeur : Cory Doctorow
    Éditeur : Site de l'auteur
    Pages : 343

    Je retourne chez Cory Doctorow pour encore trois romans dont celui-ci. Ceux et celles qui me lisent régulièrement savent que j'ai un léger problème avec Doctorow. Soit j'apprécie énormément ce qu'il écrit soit je trouve que ça manque singulièrement de rythme. Une petite perle comme Little Brother se trouve laisse la place à un livre trop long comme Maker. Mais c'est de Homeland que je souhaite parler maintenant. Ce roman est la suite de Little Brother. Marcus a connu un peu de célébrité mais il a aussi dû continuer à vivre et prendre des cours à l'université. Malheureusement les temps sont difficiles et ses deux parents ont perdus leur travail. Comme sa bourse dépendait du travail de son père Marcus s'est endetté de plus en plus avec des prêts étudiants (ces prêts sont probablement la pire idée au monde!) et il a du quitter l'université car il ne pouvait plus tenter de travailler pour un salaire et étudier en même temps. S'en est suivi une année de chômage plus ou moins intense. Pour oublier cette période de sa vie Marcus a donc décidé d'aller au Burning Man avec sa copine Ange. Mais une vieille connaissance le rencontre à l’événement et lui donne une clé USB qui possède des documents très embarrassant pour une certaine compagnie et une certaine Carrie Johnstone. Quand cette connaissance disparaît Marcus doit décider que faire de ces documents et s'il accepte de risquer la torture à nouveau.

    Comme souvent Doctorow donne un message militant dans ses romans. Celui-ci ne sera pas l'exception à la règle. Doctorow y développe une histoire qui se concentre sur une compagnie privée de mercenaire qui développe un très fort lobby pour faire entrer des lois qui l'arrange. Cette compagnie regroupe tout ce que l'état n'a pas eu envie d'engager pour diverses raisons ou les personnes qui ont été virées de leur poste à l'armée, la CIA ou d'autres. Doctorow décrit une entreprise qui n'hésite pas à violer la vie privée des citoyens, à faire du chantage, de la corruption voir à kidnapper des personnes qui peuvent lui poser des problèmes. C'est donc le danger des compagnies de mercenaires qui est développé ici. Mais ce n'est pas le seul message. L'auteur essaie aussi de comprendre comment un système peut perdre la tête et comment on peut le remettre en place. L'économie est presque inexistante et Los Angeles est sinistrée, derrière se cachent de puissants intérêts privées qui font tout pour sauvegarder leur argent et en récolter plus. Ils le font grâce à la police parfois mais ces derniers ne sont pas décrits, ni considérés, comme mauvais. Au contraire Doctorow montre une forme de quasi-honte de ces policiers de devoir réprimer des manifestations de masse qu'ils supportent probablement dans leur vie privée. Ce dernier point, la vie privée, est aussi un thème majeur de Doctorow. Ce dernier pense qu'une démocratie ne peut fonctionner sans une dose minimum de protection de la vie privée. C'est la raison pour laquelle Marcus est si sensible envers ses informations personnelles et la manière de les protéger. Ce qui permet à Doctorow de nous offrir quelques recettes qui permettent de se protéger (j'ai découvert paranoid android qui existe réellement). Au final, c'est une réflexion sur la démocratie, ses besoins et son fonctionnement que nous offre Doctorow.

    Je peux donc dire que j'ai apprécié ma lecture. Le livre est bien écrit et intéressant. Cependant je trouve que l'auteur s'y est moins bien prit que dans Little Brother. La fin, par exemple, est un peu frustrante. On ne sait pas vraiment ce qui s'est passé, si les personnages dont on nous parler durant 300 pages ont connu le succès ou non. On doit deviner sans avoir aucun indice ou presque aucun. Cependant, toutes personnes qui se dit démocrate ou qui s’inquiète pour la vie privée y trouvera une histoire qui lui plaira.

    • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

    • Papier toilette.

    • Roman de gare.

    • A lire. Doctorow n'est pas le meilleur écrivain au monde. Mais il réussit à mettre en place des histoires intéressantes que j'ai plaisir à lire. Cependant il y a souvent des petites imperfections qui m'empêchent de considère Doctorow comme l'un de mes auteurs fétiches.

    • Tolkien.

    Image: Site de l'auteur

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