06/11/2011

L'exercice de l'état (le privilége de l'impuissance)

Presque en même temps que le film de Clooney un autre film politique est sorti. Celui-ci est français est traite son sujet très différemment. Plutôt qu'une campagne de primaire nous suivons un ministre en plein travail. Le film commence par l'un des exercices les plus importants pour un politicien: montrer une présence de l'état. Bertrand Saint-Jean, ministre des transports, reçoit un appel en pleine nuit. Un accident s'est déroulé sur une petite route enneigée tuant près de 10 jeunes. Il n'a pas le choix il doit se déplacer en pleine nuit le plus vite possible et arriver avec un discours déjà près. Mais une fois que cet épisode terminé le travail de Saint-Jean ne fait que commencer. Car être ministre ne veut pas seulement dire lire et créer des dossiers, gérer l'état, mais aussi participer au théâtre politique. Nous suivrons donc Bertrand alors qu'il essaie d'éviter d'être vu comme un ministre qui échoue à cause d'un projet qu'on lui impose. Pour cela il devra être toujours présent et il devra écraser des têtes.

Comme je l'ai dit ce film traite le sujet politique d'une manière différente de celui de Clooney. On observe le fonctionnement interne d'un ministère en suivant celui qui en est à la tête. Ce film, à mon avis, montre bien qu'une personne dans cette position doit non seulement faire attention à ses dossiers mais qu'il doit aussi penser à sa force médiatique et politique. Ainsi, on a presque l'impression que le ministère des transports n'est pas mobilisé pour mettre en place des projets mais pour donner à Saint-Jean la force politique nécessaire pour résister aux autres ministres qui se trouvent à des postes plus prestigieux. Les scènes du début du film montrent tout aussi bien l'importance de la présence du ministre sur les lieux pas seulement pour les voix mais aussi pour affirmer une présence concrète de l'état. Un autre bon point de ce film c'est de montrer que le rythme de vie de ces personnes est non seulement solitaire mais aussi très difficile. On se lève avant l'aube et on se couche après minuit tout en étant toujours prêt à réagir. Par contre un point particulier m'a ennuyé. Les personnages parlent bien, très bien même, mais ils parlent dans un jargon que je qualifierais d'artificiel. Bien entendu, la plupart des grands fonctionnaires français sont jeunes et énarques ce qui implique une certaine manière de parler. Mais j'ai souvent eu l'impression que les personnages ne parlaient pas, ils citaient. Ils citaient de belles phrases, oui, mais ils ne créaient pas ils reprenaient. Peut-être est-ce voulu?

Image: Site officiel

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11:59 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : état, politique | | | |  Facebook

04/11/2011

La Couleur des sentiments / The Help (une petite ville si paisible)

Ce film nous fait remonter le temps dans les États-Unis des années 60. Nous nous trouvons à Jackson au Mississipi. Skeeter revient de New-York pour trouver un travail dans le journal local ce qui lui permettrait d'acquérir assez d'expérience pour postuler dans une grande maison d'édition. Mais, en retournant dans la ville de son enfance, elle se rend compte que les domestiques payés par les blancs sont très mal traités par leurs patrons et patronnes. La proposition de l'une de ces amies d'obliger toutes les familles de construire des toilettes séparées pour les noirs au nom de l'hygiène l'a fait sortir de ses gonds. C'est pourquoi elle décide de contacter quelques domestiques pour écrire un livre sur leur vie selon leur point de vue. Pour savoir comment elles ressentent les traitements dont elles sont les victimes et comment elles vivent leur situation de dominées. Mais un tel livre n'est pas seulement illégal il est aussi dangereux pour les personnes qui l'écrivent.

J'ai beaucoup aimé ce film. Je n'ai malheureusement pas lu le livre dont il est l'adaptation mais je le trouve vraiment réussi. Les actrices sont tout simplement formidables et je me suis très rapidement identifié à elles. De plus, la manière dont est peinte l'époque me semble assez fidèle. On ressent très rapidement la séparation qui est faites entre les blancs et les noirs non seulement en regardant qui fait quoi mais aussi par les discours des blanches. Il n'est pas rare d'entendre des discours sur la criminalité, le manque de respect et la maladie que les personnes de couleurs porteraient naturellement. Ce film réussit aussi à nous faire rire tout en nous rendant triste. Les scènes révoltantes sont mises en reliefs par d'autres scènes drôles dont, par exemple, la fameuse tarte à l'ingrédient secret. Nous pouvons cependant nous demander, en tant que spectateurs, si ce film est aussi fidèle historiquement qu'on peut l’espérer. En effet, les hommes sont absents et un certain nombre de sévices ne sont pas montrés. Comme, par exemple, les pressions sexuelles et le KKK n'est que mentionné. Malheureusement je ne connais pas grand-chose sur l'histoire du racisme ni sur le mouvement des droits civils aux États-Unis et je ne suis donc pas capable de critiquer cet aspect.

Image: Site Officiel

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03/11/2011

La Ligue Marxiste Révolutionnaire en Suisse romande (1969-1980) par Benoît Challand (la gauche de la gauche de la gauche)

Titre: La Ligue Marxiste Révolutionnaire en Suisse romande (1969-1980)337b3529aa.gif&t=1320416765&hash=282076dd6ca1866e6e44086d6e3bad294591430e
Auteur: Benoît Challand
Éditeur: Université de Fribourg 2000
Pages: 302

J'ai tendance à rester dans le cadre local Suisse romand dans mes dernières lectures sérieuses. Après le MLF de Genève je me suis intéressé à un groupe de la même époque: la Ligue Marxiste Révolutionnaire. Pour comprendre ce parti trotskiste il est nécessaire de lire le superbe mémoire de Benoît Challand. L'auteur nous fait entrer dans le fonctionnement intime de ce parti en organisant une analyse en trois parties. La première partie se base principalement sur les débuts de la LMR et son développement. L'auteur nous fait entrer dans le processus de création de ce parti qui a conduit une partie des membres du POP à préparer, dans le secret, une dissidence qui a abouti sur une scission. Cette partie nous permet de voir que la LMR a non seulement réussi à s'organiser en un temps record mais a aussi réussit à devenir un parti national en relativement peu de temps.

Dans une seconde partie l'auteur nous fait rentrer dans les publications de la LMR: la Brèche. Non seulement ce journal s'est organisé plus rapidement encore que le parti mais il a réussi à se développer dans toute la Suisse. Les thèmes qui y sont traités vont de la politique locale à l'international, des théories à la culture. Mais, après les années d'euphories, les tirages baissent et certains titres traduits cessent même de paraître. La troisième partie se pose la question de la pratique du militantisme. Pour cela l'auteur examine deux points: comment le militantisme est organisé et comment les militants ressentent leur vie dans la LMR. Mais les conclusions de ces deux chapitres sont claires. Le militantisme LMR était structuré, organisé et chronophage. Les membres de la LMR devaient donner de leur temps pour de nombreuses causes et de nombreuses réunions ce qui a engendré un turnover fort et une difficulté de recrutement. De plus, le parti demandait une certaine qualité de réflexion aux militants. Les nouveaux devaient donc passer par une période d’apprentissage rude avant de pouvoir voter.

Je dois le dire tout de suite. Je trouve que le travail de Benoît Challand est très impressionnant. Non seulement il a dépouillé un nombre important de sources mais, en plus, il a conduit une dizaine d'entretiens. Ce travail se ressent tout au long du livre. Nous y trouvons une analyse très précise et détaillée de tous les aspects de la LMR sauf un qui est l'idéologie. Ne pas avoir voulu présenter l'idéologie de la LMR est, à mon avis, le seul point négatif de ce livre. En effet, je pense qu'il est difficile de comprendre le militantisme, surtout dans le contexte de la LMR, sans prendre en compte ce qui pousse à militer. Je pense, de plus, que ce livre aurait pu devenir meilleur si l'auteur avait présenté la LMR dans le contexte historique des années 70. Je ne dis pas que ce contexte n'est pas connu par M Challand. Mais ce livre, bien que brillant, manque singulièrement de vie. La lecture m'a donné une impression de relative aridité. Je pense qu'insérer la LMR dans les réseaux de militantisme, les luttes historiques et les combats politiques aurait pu donner un peu plus de vie à cette histoire. Mais ce point n'enlève rien à la richesse déjà très importante de ce travail de mémoire

Image : Université de Fribourg

15:41 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Livre, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lmr, gauche, révolution | | | |  Facebook

29/10/2011

Les marches du pouvoir / The Ides of March (Un univers impitoyable)

Vous avez probablement tous vu ces affiches qui ressemblent fortement à une pub. Vous savez celles avec la tête de Clooney en une du Time? Au début j'ai vraiment cru que c'était de la pub puis, en m'y penchant de plus près, j'ai compris que c'était un film. Plus précisément, un film politique ce qui ne pouvait que m'intéresser au vu de mon domaine d'études. Clooney y joue un gouverneur, Mike Morris, candidat à la présidentielle des États-Unis. Nous nous trouvons en Ohio et les primaires du parti Démocrate s'y joueront. Mais le film n'est pas centré sur Clooney. Le véritable point central de l'intrigue est le personnage joué par Ryan Gosling: Stephen Meyers. Cet homme est l'un des meilleurs conseillers des États-Unis. Il s'occupe en grande partie de la campagne de Morris non pas pour l'argent mais parce qu'il croit en cet homme. Mais que se passe-t-il quand la réalité de la politique dépasse les espérances et que les différentes magouilles et pièges se referment sur sois?

Je ne sais pas trop quoi penser de ce film. Bon, je pourrais déjà dire que je préfère le titre anglais que je trouve plus subtil et plus intéressant. Mais je trouve difficile de me faire une opinion tranchée. Il faut dire que ce film est bon. Bon car les rouages de la politique des États-Unis, la manière dont un homme peut réussir à se hisser au pouvoir, sont particulièrement bien montré. Plutôt que de se centrer sur le candidat on observe les gens qui sont autour de lui. Les militants, le QG américain si classique, les conseillers qui tentent de gagner quelques voix et, surtout, les manipulations médiatiques. C'est donc un bon moyen d'entrer dans la réalité de la politique. Je suis, en effet, plutôt en accord avec le message du film. La politique est surtout le cadre de manipulations et de coups fourrés sans oublier les trahisons. La politique, en gros, est un jeu. Cependant, il y a plusieurs aspects de ce film que je trouve dérangeant. Pas vraiment le rythme qui, bien que lent, n'est pas si mal mis en place. C'est plutôt certaines scènes particulièrement clichés qui me troublent. Je pense, par exemple, au jeune trentenaire en pleine ascension qui se fait piéger (et qui a une légère barbe de trois jours pour faire cool), au scandale sexuel (peut être un rappel de Clinton?), les rendez-vous sur les bancs publics ou l'on ne se regarde pas dans les yeux et, surtout, la jeune et jolie stagiaire dont les spectateurs connaîtront les aventures. Bref, je me suis trouvé devant un film qui fait une peinture de la politique que je trouve intéressante mais qui multiplie les clichés.

Image: Site Officiel

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18:37 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : pouvoir, politique, spin doctors | | | |  Facebook

26/10/2011

Révolution sexuelle et mouvement de libération des femmes à Genève (1970-1977) par Julie de Dardel (DEBOUT!)

Titre: Révolution sexuelle et mouvement de libération des femmes à Genève (1970-1977)29401100774980L.gif
Auteur: Julie de Dardel
Éditeur: Antipode 2007
Pages: 157

Le MLF est l'un des mouvements féministes les plus actifs que nous ayons connu en Suisse. Peut-être même le plus actif. Mais, étonnamment, il n'est pas très connu. Il est donc nécessaire de le présenter et de l'étudier car ce mouvement n'a pas fait que protester, il a aussi permis de faire de grandes avancées dans le domaine de la lutte des femmes. L'auteure a mis en place quatre chapitres pour étudier le MLF. Les deux premiers étudient les fondements de ce mouvement. Le premier chapitre est très théorique puisque Julie de Dardel nous donne les thèses des maîtres à penser de la révolution sexuelle: Reich Et Marcuse. Ces deux auteurs ont étudié comment la sexualité peut être, doit être, libérée pour pouvoir libérer l'humanité entière de la domination. Ils en viennent à proposer des actions radicales qui détruiraient la famille patriarcale bourgeoise et permettraient aux femmes de reprendre possession de leur corps. Dans ce Chapitre, l'auteure nous présente aussi la nouvelle gauche qui va plus loin que la gauche traditionnelle. Mai 68 se base sur ces théories.

Pourtant, les femmes du MLF remettent en cause mai 68. Selon elles, et elles ont raison, les mouvements de 68 n'ont pas libéré la femme. Au contraire, le rôle des femmes reste souvent celui d'écrire, de s'occuper du ménage et de la cuisine tandis que la révolution sexuelle consiste surtout à ne plus pouvoir dire non. Le MLF s'est donc constitué en réaction à un mai 68 qui n'a de loin pas aidé les femmes comme nous le montre l'auteure dans son second chapitre. Ce mouvement fait surtout partie d'un renouveau du féminisme. Une seconde vague qui, après les suffragettes, reconsidère et reconstruit la lutte des femmes.

Dans une troisième partie l'auteur décrit et analyse les revendications de ces nouvelles féministes. Alors que les premières se contentaient sagement de la lutte pour les droits politiques et civils le MLF va beaucoup plus loin. Il souhaite une reconquête totale de la femme face à la domination masculine et médicale. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre que, pour le MLF, le privé est politique. Car le privé est le cadre dans lequel la domination que subissent les femmes est la plus forte tout en étant la moins visible. La première des luttes concerne l'avortement. Mais celle-ci se base sur un thème plus vaste: la reconquête du corps féminin. En effet, durant une grande partie de leurs vies les femmes doivent accepter les jugements et analyses d'un corps médicale. Mais toutes les femmes n'ont pas forcément envie de subir un tel contrôle. C'est dans cette optique la lutte pour le droit à l'avortement et pour apprendre à s'examiner sois-même s'organisent. Dans le même sens qu'une lutte en faveurs du plaisir qui remet en cause l'idée de la pénétration comme étant le stade ultime du plaisir. Ce qui pourrait mener à l’éclatement de la famille traditionnelle en faveurs de formes moins régulées de plaisirs et de liens pas forcément seulement homosexuels mais aussi bisexuels. Il faut noter que la société capitaliste est tout aussi critiquée puisqu'elle fonctionne sur la domination patriarcale. Un homme ne peut travailler, ou une femme pendant qu'on y est, que si un partenaire se trouve à la maison pour s'occuper des tâches ménagères.

Le dernier chapitre est tout aussi intéressant puisqu'il examine comment le MLF agit proprement dit. L'auteure y examine la structure militante, la mise en place de groupes informels plus que d'une structure hiérarchique ordonnée. Comment les femmes du MLF tentent d'éviter les rapports de pouvoir bien qu'elles y échouent, par exemple en refusant la mixité. Ainsi que du fonctionnement des groupes qui permettent de mettre en lumière la domination et de se libérer des médecins. Mais ce chapitre est surtout celui qui présente et examine quatre actions chocs du MLF de Genève. la campagne pour l'avortement dont nous avons parlé, l'occupation illégale du Centre Femme lorsque la ville de Genève a refusé de répondre aux demandes du MLF, la solidarité avec les détenues et, surtout, l'anti-congrès des femmes. Ce dernier est resté célèbre pour avoir non seulement perturbé mais, bien plus important, pour avoir totalement éclipsé le congrès officiel des féministes de la première heure. Pour finir, l'auteure se demande pourquoi cette force militante ironique s'est perdue au profit d'un féminisme beaucoup (trop) consensuel et beaucoup moins revendicatif? Pourrait-on voir un début d'explication dans la fin des utopies? Particulièrement l'utopie communiste qui a perdu une grande partie de sa force après la chute de l'URSS (bien que l'URSS ne fut jamais Communiste mais une tyrannie).

Mais qu'est ce que moi, lecteur masculin, peut dire sur ce livre? Je dois avouer qu'il y a longtemps que j'ai été convaincu par le féminisme et, particulièrement, par le style provocateur et radical du MLF. Que l'on s'entende bien, le mot radical n'implique pas une forme d'action extrémiste mais une remise en cause forte du fonctionnement de la société à partir de ses bases. J'ai beaucoup aimé lire ce livre. Non seulement le style est clair et facile à suivre mais, en plus, je trouve la structure logique. Passer des théories à ses remises en causes puis parler des revendications pour finir sur les actions concrètes me semble un très bon choix qui permet de ne pas se perdre dans cette histoire. C'est pourquoi je pense que c'est un très bon livre à la fois scientifique et facile à lire qui pourrait être mis - devrait être mis? - dans toutes les mains.

Image: Éditeur

15:54 Écrit par Hassan dans contemporain, Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : féminisme, mlf | | | |  Facebook

07/10/2011

Le cuirassé Potemkine

Pour une fois je vais parler d'un film russe. Il est sorti dans les salles en 1926 c'est donc un vieux film qui a été réalisé dans les premières dizaines d'années de la révolution Russe. L'intrigue prend place en 1905 dans, vous l'aurez compris, le cuirassé Potemkine. Les matelots dont nous suivons les aventures se révoltent contre leurs officiers à cause de la nourriture qu'ils sont obligé d'ingurgiter. En effet, celle-ci est tout simplement remplie de vers. Devant le refus des officiers de donner une viande plus saine les matelots commencent à parler de révolter jusqu'à ce que ces mêmes officiers décident de tuer ceux qui ne mangent pas de la viande. Ceci étant la goutte d'eau qui fait déborder le vase les simples marines se révoltent et combattent les officiers. Ils sont bientôt soutenu par la ville du port dans lequel le cuirassé mouille.

Il y a plusieurs raisons pour lesquels j'ai trouvé ce film intéressant. Des raisons qui en font un magnifique film de propagande soviétique plus qu'une histoire. Je pense que n'importe qui est capable de faire le lien entre les événements de l'intrigue et la Révolution d'Octobre. Mais ce qui est intéressant c'est d'observer l'image. Premièrement, la différence entre les simples marins et les officiers est particulièrement caricatural. Les marins sont de bons soviétiques, forts et travailleurs. Les officiers sont tous assez chétifs, bien habillés, cultivés et surtout cyniques! Pour s'en rendre compte il suffit de regarder la scène durant laquelle le médecin du bord observe la viande avariée en répondant aux marins "ce ne sont pas des vers ce sont des larves de mouches". J'avoue m'être presque attendu à lire des termes latins. D'ailleurs, l'image de la culture est particulièrement dépréciée dans ce film. En effet, les officiers sont toujours proches des lieux de culture, médecine, théâtre, etc. Le film montre un plaisir manifeste de détruire ces lieux. Je trouve aussi intéressant de montrer le contraste entre les marins révoltés qui aident la population de la ville et l'armée tsariste dont la principale activité est de massacrer les civils. Le leader des marins est aussi particulièrement intéressant à observer. Il possède tous les attributs du leader soviétique. Son discours révolutionnaire est particulièrement savoureux. Bref, nous nous trouvons devant un superbe film de propagande qu'il serait intéressant de montrer en classe avec un discours critique pour permettre aux enfants de se rendre compte de la manière dont l'image peut-être utilisé pour manipuler l'opinion.

Image: IMDB

 

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11:32 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : russie, révolution | | | |  Facebook

23/09/2011

Vol spécial

J'ai été voir le film dont tout le monde parle: Vol Spécial. Celui-ci a été réalisé par Fernand Melgar dont le précédent film, la forteresse, avait déjà soulevé les débats. Ce film ne va, en tout cas, pas calmer les débats. Mais que sont les vols spéciaux? Ce sont des voyages organisés par l'Office Fédéral des Migrations dans le but d'expulser, sous contrainte, les personnes dites sans-papiers de Suisse après plusieurs choix que ces derniers ont refusé (mais qui impliquent toujours une expulsion). Cette manière de faire a récemment été accusée d'inhumanité lors de la mort d'un expulsé comme les lecteurs doivent s'en souvenir. C'est pourquoi la diffusion de ce film est une très bonne idée puisqu'elle permet de comprendre comment vivent ces détenus qui n'existent pas. Nous allons donc suivre la vie quotidienne des détenus dans un cadre carcéral administratif à la fois strict et relâché. Ces derniers ne font pas que suivre les règles ils discutent aussi de leur cas entre eux et de leur incompréhension. Mais nous observons aussi comment les gardiens agissent et réagissent.

Fernand Melgar ne dit rien, ne commente rien, ni ne donne d’interprétations. Le spectateur est seul face à l'image. Et cette solitude m'a conduit, mis à part mes convictions politiques, à plusieurs constats. Premièrement, je trouve que la manière dont sont traités ces sans-papiers est particulièrement pernicieuse. Les détenus de ce film ne sont coupables d'aucun délits. Pourtant, ils sont traités comme si ils étaient des criminels endurcis avec des menottes non seulement aux mains mais aussi aux pieds. Sans oublier leur lieu de vie qui est peut-être sympathique mais qui reste une prison sécurisée. En fait, nous observons en direct la criminalisation des sans-papiers. Dans un monde ou la nationalité est aussi constitutive de l'identité que le nom, la profession ou le lieu de résidence une personne apatride est une anomalie que l'on doit corriger au plus vite.

Le second constat que je fais c'est l'incompréhension totale des détenus et entre eux et les autorités. Comment le système judiciaire Suisse peut-il accepter des lois qui détruisent pareillement des vies humaines? Là encore, nous observons la mise en place de moutons noirs dans le sens ou une population précise est accusée de tous les maux et, donc, est directement visée par les autorités. C'est pourquoi des innocents sont détenus d'une manière administrative au nom de la sécurité de la société. Cette manière de voir les choses a déjà existé à de nombreuses reprises (et pas forcément durant la seconde guerre mondiale la Suisse de 42 à 81 et la troisième république française ont utilisé ce système de détention administratif) et a toujours terminé de la même manière: une partie de la population est tout simplement déshumanisée et, donc, perd les droits qui lui sont pourtant garantit au nom de son humanité.

Enfin, je terminerais par un troisième constat. Celui-ci est probablement le plus dérangeant. Durant tous les films nous n'observons pas seulement les détenus mais aussi leurs gardiens. Ces derniers agissent d'une manière qui me semble peu compréhensible. En effet, les principales remarques des gardiens ne consistent pas à expliquer pourquoi ces détenus seraient dangereux. Au contraire, ils parlent aux détenus comme à des innocents. Je ne compte pas le nombre de scènes durant lesquels un gardien explique à un détenu qu'il mérite d'être libre, qu'il est un bon citoyen ou que son départ forcé les attriste. Mais comment peut-on comprendre ce double signal donné par les autorités suisses? Car oui les gardiens font parties de cette autorité. On dit aux sans-papiers qu'ils ne sont pas les bienvenues et, dans le même temps, on leur donne l'impression, à mon avis, justifiée que leur détention est une injustice. Il me semble que les détenus eux-même ne comprennent pas cette schizophrénie des autorités. Je conclurais en disant qu'il est nécessaire d'aller voir ce film pour savoir ce qui se cache derrière les chiffres administratifs des expulsions: des êtres humains avec leurs peurs, leurs espoirs et leurs droits.

Site Officiel

Image: clap.ch

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16/09/2011

"Et maintenant on va où ?" ou la conspiration des femmes

Je suis allé, hier après-midi, voir ce film titré "Et maintenant on va où?". La bande annonce donnait l'impression d'un film comique sur une histoire qui pourrait être tragique. C'est l'histoire d'un village. Il se trouve au centre d'un champs de mine entre deux communautés religieuses: les chrétiens et les musulmans. Mais ce village a décidé, après avoir connu des combats, que ses deux communautés religieuses vivraient en paix. C'est ainsi qu'il y a à la fois une mosquée et une église, deux cimetières et que les fêtes donnent lieu à la cuisson de deux viandes différences. L'équilibre est parfait même si les rumeurs de combats à l'extérieur peuvent le mettre à mal mais les femmes sont là pour aider à garder la paix. Malheureusement, une farce suivie d'une autre qui en entraîne une troisième crée des tensions de plus en plus fortes entre les membres mâles des deux communautés. Les femmes du village vont donc tout faire pour éviter que les combats reprennent ce qui les obligerait à remettre l'habit noir du deuil.

Je vais être très clair. Ce film est tout simplement magnifique! Je ne saurais pas dire ce qui est le mieux? Les chants que les femmes entonnent de temps en temps? Les réunions du village qui donnent lieu à une sociabilité très amicale? Les blagues qui créent les tensions? Ou alors, la manière dont les femmes agissent pour éviter que les hommes du village perdent leur sang froid? Ces femmes sont particulièrement habiles dans leur manière de manipuler les événements pour éviter des morts. Et leurs manipulations sont toutes très savoureuses. En fait, on découvre une conspiration féminine dans le but d'éviter la mort des hommes qui sont aimé. Je ne peux pas compter le nombre de fois ou j'ai éclaté de rire devant les idées à la fois saugrenue et diablement efficace de ces femmes et de la manière dont elles tiennent ces hommes imbéciles! Je ne peux que fortement conseiller à tout le monde d'aller voir ce film qui est, à mon avis, celui dont je me souviendrais le plus dans le cadre de la saison d'été.

Image: Allocine

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15:39 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : religion, turquie | | | |  Facebook

05/09/2011

Anarchistes par Irène Pereira

Titre: Anarchistesv_c1_web_anarchistes_40.jpg
Auteur: Irène Pereira
Éditeur: La ville brûle 2009
Pages: 143

Depuis un certains temps je me définis comme anarchiste. Mais se définir comme étant quelque chose ne veut pas dire que l’on connaît tout sur le sujet. J’ai donc voulu en apprendre plus en lisant des classiques de l'anarchisme et des livres synthétiques. L’ouvrage d'Irène Pereira fait partie de ces dernier. En effet, l’auteure y développe l'anarchisme dans son histoire et ses penseurs pour nous permettre de mieux connaître ses concepts et ses branches. Celles-ci sont au nombre de trois et considèrent chacune un acteur différent pour la mise en place de la révolution. Cet acteur peut être le prolétariat, l'humanité ou encore chacun d'entre nous comme individus. Mais ce que l'on apprend c'est surtout le but de l'anarchisme. Loin d'être un mouvement prônant le chaos et la destruction de l'état c'est un mouvement prônant un changement dans l'ordre du pouvoir. En effet, l'anarchisme souhaite passer d’un pouvoir qui part du haut vers le bas pour un pouvoir qui va du bas vers le haut. Les individus, en commun, seraient donc plus puissant que toutes les autres strates du pouvoir. L'anarchisme souhaite aussi réformer l'économie pour passer du capitalisme a une économie plus humaine et respectueuse de la nature.

J'ai beaucoup aimé ce livre qui m'a permis de mieux comprendre certains concepts clés de l'anarchisme. En effet, bien que je me déclare anarchiste, je n'avais pas une grande connaissance des concepts ni de l'histoire de ce mouvement. Mais la lecture de ce livre permet de corriger rapidement cela. Néanmoins, il faut noter que l'auteure passe très rapidement sur les points qu'elle traite. Ainsi, les relations entre Marx et les anarchistes dans la Première Internationale mériteraient un livre entier. Cet ouvrage est donc principalement une vulgarisation de concepts compliqués et développés dans des œuvres classiques de l'anarchisme. Ce qui ne m'empêche pas de terminer en affirmant que ma lecture m'a donnée encore plus envie de faire flotter le drapeau noir sur le monde et d'atteindre une véritable démocratie.

Image: Site officiel

11:45 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anarchisme | | | |  Facebook

30/08/2011

La terreur et le désarroi Staline et son système par Nicolas Werth

Titre: La terreur et le désarroi Staline et son système9782262024628.gif
Auteur: Nicolas Werth
Éditeur: Perrin 2007
Pages: 614

Nicolas Werth est l'un des contributeurs du très célèbre, et controversé, Livre Noir du Communisme. Un livre que je n'ai toujours pas lu mais que je devrais parcourir un de ces jours. Il semble, après la lecture de ce livre, que Nicolas Werth est l'un des experts concernant les violences politiques et sociales en URSS. En tout cas, les articles qui forment ce recueil concernent toutes les formes de violences qu'elles soient de la part de l'état soviétique ou des paysans. Et justement, c'est un sujet que je ne connais pratiquement pas. Comme tout le monde j'ai eu, à l'école, des cours sur la famine ukrainienne et la Grande Terreur stalinienne qui toucha un certains nombre d'officiers et de membres du parti bolchevique. Mais ce livre m'a montré que ces deux points ne sont que de petites parties d'un système répressif et terroristes bien plus vaste.

Les articles qui sont réunis dans ce livre de 600 pages m'ont permis de bien mieux connaître le système terroriste de l'état stalinien. Mais j'y ai aussi beaucoup appris sur la violence des résistants qu'ils soient des paysans considérés comme des koulaks ou des propagateurs de rumeurs. Nous y lisons que la violence politique et sociale en URSS dépasse largement la Grande Terreur et la famine ukrainienne. En effet, ce qu'on découvre dans ce livre c'est un état qui fonctionne sur la criminalisation intensive de la population et sur la peur d'une nouvelle révolution. C'est dans ce contexte que l'on peut mieux imaginer des déportations massives que ce soit au goulag (un peu plus de deux millions de personnes ont connu le Goulag durant Staline) et dans des peuplements spéciaux. Les personnes incarcérées pouvaient aussi bien être des classes suspectes, des peuples punis pour avoir été contre-révolutionnaire que de simples voleurs qui ont été poussé au crime par la faim. Ce que l'on découvre c'est donc un vaste système répressif couvert par plusieurs affaires successives chacune ciblant une certaine part de la population. Mais Nicolas Werth nous montre aussi que les premières années de la révolution russe ont connu une formidable résistance de la part de paysans armés qui ont, parfois, tenu des pays entiers face aux rouges comme aux blancs. C'est, en bref, le portrait d'une société brutalisée que nous fait Nicolas Werth.

Bien que le thème traité par Nicolas Werth dans ses articles soit très intéressant j'ai trouvé le livre assez peu passionnant. Mis à part le coté histoire politique qui est contrebalancé par un coté histoire sociale qui permet de mettre en lien les événements avec les acteurs et la manière dont ils réagissent c'est surtout le coté très redondant du livre qui m'a dérangé. En effet, ce livre est un recueil de différents articles écrit par Nicolas Werth. L'auteur les a classé d'une manière logique et un fil rouge est très clair quand on fait une lecture attentive. Cependant, Nicolas Werth reprend, souvent, les mêmes informations dans plusieurs de ces articles. Bien que cela permette de les garder en tête je me suis pris à être un peu lassé de ces retours en arrières sur des informations déjà fournies. Cependant, ce livre donne un portait important et très clair des violences politiques et sociales sous Staline et pour cela je pense qu'il est indispensable quand o souhaite comprendre cette époque de la Russie dites communiste.

Image: Éditeur

21/08/2011

Rapport sur Auschwitz par Primo Levi

Titre: Rapport sur Auschwitz41DTC74EWFL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Primo Levi

Traducteur: Catherine Petitjean
Éditeur: Kimé 2005
Pages: 111

Je me suis toujours promis que je lirais Primo Levi un jour. Pas parce que j'aimerais ce dont il parle ou parce que j'ai envie de lire sur le sujet mais parce que je pense qu'il est nécessaire de se souvenir des événements que Primo Levi a relatés, selon sa propre expérience, dans ses livres. J'ai voulu commencer par son Rapport, écrit sur la demande des autorités Soviétiques, sur l'hygiène et la santé dans le camp de Monowitz. Pourquoi lire ce rapport? Premièrement parce qu'il a été écrit très peu de temps après les événements. Nous avons donc, dans une perspective strictement rationnelle, un témoignage rapide écrit par un chimiste, Primo Levi, et un médecin, Leonardo Debenedetti sur un aspect particulier du camp particulier de Monowitz. Nous avons donc un résumé quasiment immédiat des problèmes de santé qu'a connu un camp nazi en Pologne. On y trouve les conditions de déportation suivie d'un état des lieux des "dortoirs". Levi nous dit que ces derniers ne semblaient propres qu'au premier regarde. On apprend aussi qu'elles étaient les maladies les plus communes dans ce camp. Sans grande surprises celles-ci concernent surtout la fatigue, la nourriture, les accidents ou maladies de "travail" (plutôt de l'esclavage) et le froid. Ce rapport nous donne aussi le fonctionnement des hôpitaux du camp qui sont sous-équipés autant en médecins qu'en médicaments et qui ne connaissaient qu'une hygiène très relative voir inexistante. La seconde raison pour lire ce rapport est que Primo Levi, selon le petit essaie publié dans ce même livre et écrit par Philippe Mesnard, y a trouvé l'une des sources pour ses écrits ultérieurs que le rapport annoncerait.

Justement, ce petit essai, bien que peut être peu passionnant, permet d'avoir une idée assez précise de l’œuvre de Primo Levi et de son lien avec le devoir de mémoire. Il nous donne, en effet, les informations de bases sur la biographie de Primo Levi mais aussi sur sa bibliographie. Ce qui nous permet de mieux comprendre comment les livres de Primo Levi s'inscrivent dans une continuité d'une recherche de compréhension face à des événements inédits dans leur ampleur et - peut être? - innommables. J'ai donc, personnellement, pensé qu'il était utile de lire ce Rapport. Mais il ne faut pas y chercher la parole d'un survivant. On y trouve, au contraire, une parole beaucoup plus rationnelle dans le sens ou ce Rapport a été écrit dans l'idée de donner des informations précises sur un fonctionnement et non la mémoire d'une personne. Je pense donc que si on souhaite trouver la parole de Levi comme survivant il faudra se tourner vers un autre de ses livres sans, pour antant, minimiser l'intérêt du Rapport.

Image: Amazon

18:54 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : primo levi, auschwitz | | | |  Facebook

15/08/2011

Une histoire politique du pantalon par Christine Bard

Titre: Une histoire politique du pantalon9782021004076.jpg
Auteure: Christine Bard
Éditeur: seuil 2010
Pages: 392

J'avais lu, et beaucoup apprécié, l'histoire de la jupe écrite par Christine Bard. Mais ce petit livre n'était qu'un extrait, ou plutôt une extension, de cette histoire du pantalon. Une histoire politique comme le définit l'auteure. Politique car elle charge la lutte pour le port du pantalon ou son interdiction dans une perspective de lutte de pouvoir face à la domination structurelle et naturalisée des hommes. Pour cela elle nous peint une gigantesque histoire qui prend place depuis la Révolution française jusqu'à aujourd'hui. Face au nombre des années que cela implique il est nécessaire de diviser rigoureusement les périodes. Mais quels sont les conclusions de Christine Bard?

Ce qui m'a, personnellement, frappé dans ce travail c'est que la lutte pour le pantalon semble être très fortement lié aux luttes en faveurs femmes. Le pantalon n'était pas seulement pensé comme un habit agréable à porter, bien que ce point explique sa force dans le cadre du sport féminin, mais comme un avatar d'un pouvoir politique. Porter le pantalon n'était pas seulement choisir un bout de tissus face à un autre mais remettre en cause un ordre sexué et les différences de sexes. D’où une certaine peur de l'indifférenciation sexuelle et la rupture de l'ordre "naturel" qui a été pensé par des hommes qu'ils soient médecins, historiens ou hommes d'églises et j'en passe ainsi que des femmes de temps en temps. Ainsi, porter le pantalon, pour une femme,  est une manière de remettre en cause l'infériorité féminine. Cela va au point ou certaines femmes considèrent qu'être féminin est mauvais en sois et souhaiteraient devenir des hommes, se viriliser. Bien entendu ceci est un résumé très rapide de plusieurs centaines de pages. J'ai aussi trouvé très intéressant de noter que le pantalon permet de se défendre face à des agressions. Le vêtement est fermé au contraire de la jupe ou de la robe. Les accidents ou les viols sont donc plus simples. Mettre un pantalon permet de cacher sa féminité lors des époques ou les différences de genre sont très fortement réglées par les habits et d'éviter d'être "disponible" (dans cette perspective il pourrait être intéressant, pour un homme, d'essayer la jupe pour comprendre ce type de vulnérabilité peut être un peu voulue).

J'ai donc beaucoup apprécié ce livre qui a le mérite d'essayer de faire une histoire totale d'un vêtement très symbolique. L'auteure considère même que l'accès au pantalon pourrait être mis en parallèle avec la condition féminine. Non seulement le propos est des plus intéressants mais son développement permet quasiment de suivre au jour le jour les changements historiques concernant ce vêtement. Le livre se termine sur le constat que la jupe passe d'un statut obligatoire à être presque interdite dans certains cas ce qui permet à l'auteur de se lancer dans un début d'analyse. Un chapitre qui, en somme, annonce son livre sur jupe qui pourrait presque être considéré comme partie intégrante de son histoire du pantalon.

Image: Éditeur

05/08/2011

Cent ans de police politique en Suisse: 1889-1989

Titre: Cent ans de police politique en Suisse: 1889-1989
Auteurs: Collectif
Éditeurs: Association pour l'étude de l'histoire du mouvement ouvrier et éditions d'en bas 1992
Pages: 203

Les lecteurs ont peut être encore en tête l'affaire des fiches. Celle-ci est un scandale qui a été révélé par une Commission d'Enquête Parlementaire, une institution rarement activée, et qui montre quels ont été les activités d'une police secrète suisse. Ces activités ont été un espionnage massif des citoyens suisses pour ce que l'on pourrait nommer des délits d'opinions. Le but de ce fichage était, semble-t-il, de protéger l'état des subversifs autrement dit des personnes qui mettaient en doute la manière dont la société était organisée. Suite à cette CEP de nombreux articles ont été publiés dans les journaux mais il manquait une tentative scientifique de comprendre ces fiches, de comprendre leur raison d'être et la manière dont elles été créées. C'est pourquoi il y eut un colloque en 1992 à Lausanne sur le sujet dont ce livre regroupe les actes. Nous y trouvons, sans faire de liste exhaustive, l'historien bien connu Hans Ulrich Jost, Marc Vuilleumier, Claude Cantini dont j'ai déjà présenté un livre et Charles Heimberg.

Les différents articles qui sont regroupés dans ces actes nous permettent de mieux comprendre comment la police politique fédérale était constituée en rapport avec les cantons mais aussi avec l'étranger. D'ailleurs, il semblerait que ce soit justement sous pression de gouvernement étrangers, peu heureux d'avoir une Suisse libérale et ouverte dans laquelle les opposants pouvaient se cacher, que la police politique suisse commença son existence. Cette surveillance ne s'est pas faites au hasard. Elle a d'abord touché les opposants immigrés, italiens ou russes, pour ensuite toucher la classe ouvrière entière. Le but était de quadriller les organisations ouvrières naissantes pour les contrôler et éviter qu'elles soient trop puissantes. La police était suivie en cela par des activités analogues mais privées qui pouvaient mener à la constitution de liste noir des ouvriers politisés (par exemple à l'aide du Centre Suisse d'Action Civique). Au final, ce livre et les contributions qui s'y trouvent permettent de se faire une première idée des activités de surveillance que la Suisse a connu autant il y a un siècle que très récemment en 1989.

J'ai beaucoup apprécié ce livre qui a le grand mérite de discuter d'un thème difficile. Difficile non pas politiquement parlant bien que des insultes ont été lancée contre les auteurs mais parce que les sources sont difficile d'accès. Non seulement on peut avoir à demander le droit de voir les fiches, ce qui peut se comprendre dans des cas récents, mais aussi parce que de nombreuses fiches n'ont pas été versées aux archives. Les contributions de ce livre sont donc nécessairement incomplètes puisque les auteurs n'ont pas forcément eu l'occasion d’accéder à toutes les informations qu'ils souhaitaient. Ce qui n'empêche pas l'un des auteurs, Charles-André Udry, de présenter tout le potentiel que leur lecture critique peut offrir à une recherche historique. Ces contributions permettent aussi de très bien se rendre compte qu'un contrôle existait contre les personnes qui remettaient en cause l'ordre social (ceux que l'on nomme les subversifs) même si ils ne le faisaient pas d'une manière violente. J'ai aussi beaucoup apprécié que M Udry nous offre un guide sur la manière de lire une fiche fédérale. Cette annexe ne peut qu'être très utile si on souhaite faire des recherches à l'aide des fichiers de la police fédérale.

Image: AEHMO

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01/08/2011

Gonzague de Reynold: Idéologue d'une Suisse autoritaire par Aram Mattioli

Titre: Gonzague de Reynold: Idéologue d'une Suisse autoritaire ( Zwischen Demokratie une totalitärer Diktatur: Gonzague de Reynold une die Tradition des autoritären Rechten in des Schweiz)
Auteur: Aram Mattioli

Traducteurs: Dorothea Elbaz et Jean Steinauer
Éditeur: Éditions universitaire de Fribourg 1997
Pages: 330

Comme j'aime ne pas aller dans le bon sens je me suis dit qu'il pourrait être drôle de parler de ce livre le jours de la fête nationale. De plus, Gonzague de Reynold semble être de moins en moins connu alors qu'il a été l'une des personnalités suisses les plus importantes lors de la première moitié du XXe siècle. Mais qui est cet homme? Un fribourgeois compte de Cressier qui a étudié les lettres à Fribourg et à Paris. Il a écrit de nombreuses œuvres ainsi que des recherches de caractère historique. Mais c'est surtout l'individu qui a mis en place une forme de nationalisme suisse très particulier. Un nationalisme basé sur la différence des suisses face au monde mais aussi à une envie de retourner à un système d'ancien régime pensé comme meilleur que la modernité et la démocratie qui seraient les causes d'une décadence de la Suisse et de l'Europe en général. Cet homme ne s'est pas seulement contenté de parler il a aussi connu les plus grands dictateurs européens de l'époque. que ce soit Mussolini ou les milieux nazys ou encore les frontistes suisses il les as tous plus ou moins connus et fréquentés. Une fréquentation qui pouvait aussi déboucher sur des "erreurs" peu pardonnables.

Mais Gonzague de Reynold, bien que clairement en faveurs d'une suisse autoritaire, n'est jamais devenu fasciste ou nazy. Non, ce qu'il voulait c'était une dictature suisse catholique. Proche de ce qu'il pensait être celle de Salazar au Portugal. Ce qui l'a mené à écrire de nombreux livres en faveurs de ce nouveau régime et même à préparer une prise de pouvoir. Mais pourquoi parler de lui? Mis à part son importance lors du XXe siècle il est surtout le parfait exemple d'une certaine classe sociale. Une classe qui n'apprécie pas la modernité et la démocratie et qui souhaite revenir aux temps de l'inégalité d'ancien régime sous la force d'un homme religieux: un landamman. C'est pourquoi il est important de comprendre Gonzague de Reynold car il est l'archétype d'un certains mouvement de pensée qui n'était pas l'exception en Suisse même si ce n'était pas des idées majoritaires.

Mais je n'ai pas encore dit mon avis sur ce travail de recherche. J'ai trouvé que l'auteur avait parfaitement réussit son but qui était d'utiliser de Reynold comme témoin de la culture d'une époque. En effet, par l'entremise de la vie de cet homme c'est tout un contexte politique et culturel qui se dévoile devant nous. Pour cela l'auteur a utilisé de nombreuses sources qui sont aussi bien journalistiques, des œuvres ou encore épistolaires. Ce qui permet d'entrer vraiment dans la vie de Gonzague de Reynold. Malheureusement, la traduction souffre de nombreuses coquilles et, surtout, l'éditeur de cette traduction a décidé d'expurger une grande partie de l'appareil critique. Une décision que je ne peux que déplorer. Mais cette recherche est très intéressante et je trouve qu'il important de la communiquer puisqu'elle permet de révéler des attitudes et des mouvements qui ont été oublié par l'histoire officielle. En effet, Gonzague de Reynold n'a jamais vraiment été inquiété pour ses activités anti-démocratique alors que l'auteur, selon ses dire, de ce livre a été fiché par la police fédéral pour ses recherches sur de Reynold.

28/07/2011

la globalisation de la surveillance: aux origines de l'ordre sécuritaire par Armand Mattelart

Titre: la globalisation de la surveillance: aux origines de l'ordre sécuritaire9782707156259.gif
Auteur: Armand Mattelart
Éditeur: La Découverte 2007
Pages: 259

Je suis souvent surpris du manque actuel de débat sur la surveillance croissante des citoyens. Je suis encore plus surpris que les seuls débats qui réussissent à prendre place ne sont pas sur le thème de la surveillance et des problèmes que cela pose à la démocratie mais sur le nombre de mesures sécuritaires qu'il faut prendre pour ne rien risquer. C'est ainsi que nous avons perdu notre droit à l'anonymat derrière facebook, google +, les scanners corporels, les caméras de surveillance et les passeports biométriques avec puces RFID. Tout ceci au nom de la sécurité et de la facilité. Tout ceci aussi sans aucun réel débats sur le processus de surveillance et de contrôle du citoyen de plus en plus poussé qui se déroule sous nos yeux.

C'est pour pouvoir m'informer et informer mon entourage que j'ai commencé à lire ce qu'a écrit Armand Mattelart. J'avais déjà fait quelque petits pas dans ce types de recherches mais je n'avais pas encore consulté un livre aussi complet. En effet, l'auteur y fait la généalogie de la société de surveillance actuelle. Il remonte au XIXe siècle durant lequel l'anthropométrie et les premières utilisations des données biométriques et des fichiers biométriques ont été théorisé et créé. Il continue avec une présentation des théories des foules alors que les élites bourgeoises de l'époque craignaient ces même foules. Ce qui permet à l'auteur de passer du contrôle des populations par la police et la justice au même contrôle par les dispositifs d'exceptions, autrement dit la fin de certains droits au nom d'un moment dangereux pour l'état, et la propagande. L'auteur nous offre aussi un panorama des pratiques de tortures en nous offrant des informations sur des écoles soutenues, si ce n'est crées, par les USA.

Mais, quand on s'intéresse aux derniers développement, c'est la dernière partie du livre d'Armand Mattelart qu'il nous faut parcourir. Lors de ces derniers chapitres l'auteur nous montre que la peur de l'étranger, du terrorisme et la consommation/publicité ont permis aux législateurs de créer des états d'exceptions via des lois du type Patriot Act. Ces lois ont pour effet de surveiller de plus en plus précisément le citoyen et ses activités au nom de la sécurité de l'état et des citoyens face à une menace externe et interne (on connait l'importance de définir des ennemis intérieurs mais aussi extérieurs). Mais les états ne sont pas les seuls qui surveillent les citoyens. Les compagnies capitalistes sont aussi dans ce cas au nom de la croissance. En effet, tracer ce que les personnes achètent ou utilisent permet de cibler les campagnes promotionnelles à moindre coûts. Au final, c'est un maillage de plus en plus étroit qui est appliqué sur les citoyens qui ne peuvent qu'être transparent face à l'état et aux compagnies. Ceci se fait au prix des droits démocratiques qui deviennent de plus en plus minces.

En tant que lecteur j'ai été très impressionné par ce livre. Je trouve qu'il a le grand mérite d'historiciser des pratiques actuelles. Ce qui nous permet de mieux comprendre la manière dont elles sont appliquées et pourquoi elles le sont d'une telle manière. Mais plus qu'une recherche exemplaire c'est un livre qui permet d'ouvrir le débat sur les pratiques de surveillance. En effet, je suis convaincu qu'il est nécessaire de se demander quel type de société on souhaite. Une société qui est basée sur la confiance et le droit à vivre différemment? Ou alors une société de plus en plus proche de 1984? Ce n'est pas qu'une question philosophique ou une question de gauche. C'est un débat sur lequel nous devrions tous réfléchir quel que soient nos opinions politiques. Car dans le cadre d'une démocratie le débat est plus qu'un droit c'est une nécessité. D'autant plus lorsque la démocratie elle-même peut être remise en question par les réponses données.

Image: éditeur

26/07/2011

Par-delà le bien et le mal

Pour la seconde fois en peu de temps je vais parler d'un film qui prend place dans la société nazie. Mais celui-ci ne parle pas de personnes qui ont été pourchassée mais d'un simple intellectuel professeur à l'université de Francfort. Halder est ce personnage. Il n'est pas un chercheur de grande ambition et se contente d'enseigner la littérature française à ses étudiants. Il écrit aussi un roman sur l'euthanasie tandis que sa vie de famille semble souffrir de plus en plus. Mais ce roman qu'il croyait rester anecdotique se transforme en un passeport pour la haute société nazie quand un haut fonctionnaire du Reich lui signale que hitler lui-même l'a apprécié. De simple professeur observant avec inquiétude les évènements de son temps il est, peu à peu, piégé par la machine nazie en devenant l'un des intellectuels qui permettent de justifier les politiques du parti. Mais Halder a-t-il raison de penser qu'il vaut mieux être à l'intérieur qu'à l'extérieur pour contester les politiques du parti? Ou alors va-t-il devenir un traître envers sa famille et ses amis?

On pourrait penser que ce film ne va pas à l'essentiel et utilise trop rapidement un certains nombre de thèmes. Ainsi, on voit passer en une petite heure l'antisémitisme, la résistance intellectuelle, l'euthanasie et la culture nazie sans que, pour autant, chacun de ces thèmes ne soit développé. Mais je trouve que ce film reste bon pour, outre la prestation de Viggo Mortensen, la manière dont il dépeint le personnage Hadler. Plutôt que d'en faire un arriviste ou un profiteur je trouve que le film met bien en place le caractère très surprenant de l’entrée au parti d'Hadler. Plus que ça, il nous montre que cette entrée se double aussi de certains avantages qui n'ont que pu rendre l'adhésion plus alléchante à des personnes qui n'étaient pas forcément des fanatiques nazis. Après tout dans des temps difficile peut-on vraiment se passer de toute aide? C'est une question à laquelle je ne répondrais pas. Mais Hadler est aussi un personnages aveugle. Aveugle dans le sens ou il n'arrive pas à voir vers quoi se dirige son pays. Comme si il était obnubilé par son travail et sa vie de famille. C'est pourquoi je trouve que la dernière scène est particulièrement magnifique puisqu'elle montre Hadler se rendre subitement compte de ce à quoi il a contribué.

Image: Allocine

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11:22 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : deuxieme guerre mondiale, nazisme | | | |  Facebook

25/07/2011

Boys don't cry

Ce film est basé sur les faits réels vécu par Teena Brandon une jeune adolescente américaine. Teena n'est pas n'importe qu'elle adolescente. Elle connait de nombreux problèmes avec la justice mais, surtout, elle ne se considère pas comme une femme. C'est pourquoi elle cache son identité féminine biologique pour devenir ce qu'elle considère être sa vraie identité: un jeune homme nommé Brandon. Après avoir eu des ennuis dans un bar Brandon rencontre John et son groupe d'amis. Brandon s'intégrera très rapidement dans le groupe sans que personne ne se doute du secret de ce jeune homme. Brandon tombe aussi amoureux de Lana une autre fille de la bande. Mais que peut-il se passer si John découvre le secret de Brandon? Comment réagira-t-il devant Brandon? Probablement mal, très mal...

Voila un second film plutôt dur à regarder. Il faut savoir, en plus, qu'il est basé sur des faits réels concernant Teena Brandon. Le procès qui a découlé du meurtre et du viol de Brandon reste encore en mémoire. Ce film nous montre un homme qui habite un corps de femme. Plus qu'un désordre d'identité sexuel c'est une identité de genre qui n'est pas en accord avec l'identité biologique. Et ceci implique plusieurs problèmes pour Brandon qui se pense homme mais qui est obligé de cacher son corps de femme. Ce rôle difficile est assumé par Hilary Swank qui réussit, à mon avis, très bien à entrer dans le personnage. Non seulement corporellement mais aussi mentalement. En fait, je n'aurais jamais pensé que Brandon puisse être une femme si je ne connaissais pas le fin mot de l'histoire. Je trouve que le film en lui-même est bon non seulement pour les différents acteurs qui entourent Hilary Swank mais aussi pour la manière dont il est réalisé. Alors que l'on se prend à espérer une fin heureuse pour Brandon on découvre, petit à petit, les problèmes s'accumuler jusqu'aux dernier moments affreux de la vie de Brandon. Des moments qui sont filmés pour montrer la haine ressentie par John et son acolyte Tom mais aussi "digne" (dans la mesure ou on puisse l'être...) pour Brandon. Plus qu'un film c'est aussi un hommage pour le vrai Brandon mort assassiné pour n'avoir pas suivi ce qu'on lui disait d'être et avoir voulu être libre.

Image: Allocine

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18:09 Écrit par Hassan dans contemporain, féminisme/gender/queer, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : féminisme, lgbt | | | |  Facebook

24/07/2011

Bent

Bent est une adaptation d'une pièce de Broadway. L'histoire qui est développée dans ce film est celle d'un couple d'homosexuels de Berlin sous le gouvernement des nazis en 1934. Nous y suivons donc Max et Rudy un couple d'hommes qui écume les nuits et les bars de Berlin. Max y fait la connaissance d'un officier SA homosexuel. Les deux hommes commencent une relation de couple qui sera brutalement détruite lors de l'assassinat de l'amant de Max. Suite à cet évènement Rudy et Max fuient et se cachent des autorités en tentant de sortir de l'Allemagne. Mais comment peut-on fuir un gouvernement aussi total? Malheureusement, le couple sera rattrapé et envoyé à Dachau. Max fera tout pour survivre dans l'enfer gris du camps de concentration en essayant d'éviter l'étiquette homosexuel et en organisant des combines avec les gardiens. Mais le monde des camps est sans pitié ce qu'il apprendra très rapidement.

C'est un film dur mais aussi un bon film. Outre la vision de la Berlin homosexuel qu'il offre, il faut savoir que l'Allemagne semble si je ne me trompe pas avoir été très avancée dans la tolérance durant l'entre deux guerre, que je peux vérifier on y découvre une peinture que je trouve très adéquate des comportements durant le gouvernement nazi. En est témoin le rôle de Grita cet homme qui se travestit. Alors qu'il explique à Max et Rudy comment fuir il leur dit aussi qu'il n'hésitera pas à les dénoncer à la police montrant comment la société civile devint l'adjointe de la police par la dénonciation. Mais on y perçoit aussi un peu comment fonctionnaient les camps. Je ne parle pas de scènes de tortures, bien qu'il y ait tout de même des scènes difficiles, mais des scènes qui montrent l'absurdité des tâches que l'on obligeait les détenus à accomplir. Max doit déplacer des pierres d'un point à un autre puis les ramener et ceci toute la journée. On y voit aussi le sadisme des gardes par exemple au travers des dernières scènes. Celles-ci, si j'en crois les témoignages que j'ai lu, sont très proches de la vérité. C'est un film triste, gris, sans espoir sauf lors des moments ou Max trouve un amour inattendu. Mais un amour qui ne peut pas durer dans un camps de concentration nazi. La dernière scène est particulièrement émouvante puisque Max y accomplit un acte d'amour et d'acceptation en revendiquant son homosexualité.

Image: Allociné

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21/07/2011

Ou va le mouvement altermondialisation? ... et autres questions pour comprendre son histoire, ses débats, ses stratégies, ses divergences

Titre: Ou va le mouvement altermondialisation? ... et autres questions pour comprendre son histoire, ses débats, ses stratégies, ses divergences9782707141149.gif
Auteurs: Collectif
Éditeur: la Découverte 2003
Pages: 127

Qu'est ce que l'altermondialisme? C'est une question importante pour un mouvement très diversifié regroupant de nombreuses associations, personnes et partis. Un mouvement qui regroupe aussi bien des associations favorables à une solution institutionnelle que des associations plus révolutionnaires voir violentes. Le point commun de tous les membres de ce mouvement, au sens très large du terme, semble être la dénonciation d'un néo-libéralisme triomphant qui est sur le point de mener nos sociétés à la catastrophe et à l'individualisme effréné. Le second point commun semble être la volonté de trouver une alternative, un autre monde ou, mieux, des autres mondes. Mais l'altermondialisme n'est pas exempt de contradictions ni de débats internes. Le but de ce livre n'est pas d’aplanir les désaccords mais de les montrer et de tenter de comprendre sur quoi ces désaccords reposent. Ainsi, il sera possible, selon ses contributeurs, de dépasser les désaccords pour construire de nouvelles positions.

C'est pourquoi ce livre est construit sous formes de questions-réponses. A des questions précises et difficiles chaque contributeurs répond selon ses opinions et son expérience. Cette manière de faire permet de comprendre quels sont les divergences entre les différentes ailes de l'altermondialisme mais aussi de comprendre leurs points communs. Il semble que tous soient d'accord sur la nécessité de trouver des solutions alternatives concrètes mais aussi d'élargir la représentations sociale du mouvement. Cet élargissement devrait se faire en direction des mouvements des sans et des ouvriers et classes moins aisées de la population mondiale. Cependant, bien que ce livre soit intéressant, je me demande si les contributeurs sont réellement représentatifs de toutes les tendances. Je me demande comment ont été choisis les personnes qui répondent aux questions qui nous sont présentées. Par exemple, il me semble que les tendances les plus extrêmes ne sont pas représentées par un contributeur alors qu'il serait sûrement intéressant d'écouter ce qu'ils ont à dire.

Image: Éditeur

20/07/2011

Généalogie de l'Islamisme par Olivier Roy

Titre: Généalogie de l'Islamisme9782818500842-V.jpg
Auteur: Olivier Roy
Éditeur: Hachette Littératures 1995 (2001 pour la préface). Collection Pluriel
Pages: 118

L'islam est devenu une question importante pour la société Suisse et Européenne c'est un fait. Mais les remarques et réponses posées à cette religions sont souvent représentatives d'un manque total de compréhension. Ainsi, on met dans le même panier tous les musulmans ainsi que toutes leurs organisations et on les présentent comme étant culturellement opposé à la démocratie occidentale et aux droits de l'homme et de la femme. Une telle généralisation n'est pas seulement dangereuse elle est aussi fausse. C'est pourquoi, face à ces arguments culturalistes qui abondent dans les médias et les partis, il est nécessaire, pour mieux comprendre, de lire des petits livres comme celui d'Olivier Roy. L'auteur se propose de présenter rapidement ce qu'est l'islamisme, son idéologie et non la religion il y a une différence importante et souvent oubliée.

Pour faire cela j'ai eu l'impression que l'auteur s'est attaqué à deux principales questions. Premièrement, la question historique dans laquelle Olivier Roy tente de nous montrer l'histoire du radicalisme islamique. Dans ce gros chapitre il revient sur les trois divisions internes à la religion musulmane. Ce qui lui permet d'expliquer les différences fondamentales entre un Chiite et un Sunnite. Des différences souvent oubliée quand on lit la presse. Dans un second temps l'auteur nous présente les mouvements radicaux plus contemporains au travers, non seulement, de leurs organisations dont il trace la généalogie mais aussi des penseurs principaux.

C'est dans les deux dernier chapitres que Olivier Roy examine le prétendu danger de la religion islamique pour la démocratie. Les discours que nous pouvons tous lire considèrent que cette religion est par essence contre la modernité et la démocratie. Mais ce qu'Olivier Roy nous démontre c'est que les organisations radicales sont en train de se normaliser en entrant dans le jeu politique démocratique local. Même si nous refusions cette observation on ne doit pas oublier que les organisations islamiques ne sont pas lancées contre l'occident mais contre leurs propres dirigeants considérés comme impies ou comme volant la souveraineté qui ne peut appartenir qu'à Dieu. Il est tout aussi important d'observer que les islamistes sont des produits de la modernité et de la globalisation. Deux choses qui ont impliqués des changements à la fois importants et rapides dans le monde musulman et occidental. Les membres, jeunes, de ces réseaux dont, en particulier, Al Qu'aida, sont donc des personnes qui ont perdu leur identité historique. L'entrée dans le radicalisme permet de retrouver une identité.

Comme je l'ai déjà dit, les discours actuels sur la religion musulmane et sur le monde arabe ou musulman (ce n'est pas pareil) semblent montrer une importante incompréhension. Je ne peux donc que saluer un livre comme celui d'Olivier Roy qui permet d'avoir un résumé court de l'histoire du radicalisme islamiste et des mouvements ayant existé et existant actuellement. Le fait qu'il soit court ne peut que jouer en sa faveur puisque cela permet de se faire une idée rapide sans avoir à entrer dans un livre de 600 pages. je pense donc qu'il serait important que les journalistes, les politiciens et les citoyens en général lisent des livres de ce type avant de croire sur parole ce que l'on dit de l'islam. Et peut être comprendrions nous enfin qu'une personne différente n'est pas forcément une ennemi mortel.

Image: éditeur

14/07/2011

Le fascisme italien 1919-1945 par Pierre Milza et Serge Berstein

Titre: Le fascisme italien 1919-19459782020055130.jpg
Auteurs: Pierre Milza et Serge Berstein
Éditeur: Seuil 1980
Pages: 438

Je dois l'avouer, je ne connais pratiquement rien sur le fascisme italien. Bien entendu je connais mes bases je sais qui était Mussolini, je connais la marche sur Rome ainsi que l'axe Rome-Berlin. Je sais aussi quels sont les formes qu'ont prises le fascisme sur la société italienne. Mais j'ignore totalement comment le fascisme est arrivé au pouvoir. Quels sont les liens qui ont été tissé entre ce petit bourgeois qu'est Mussolini et les classes dirigeantes italiennes. J'ignore aussi le fonctionnement réel de la politique fasciste et de la société fasciste dont, par exemple, comment la politique étrangère était pensée et comment la culture fasciste était créée. Je n'ai pas non plus beaucoup de connaissances sur la résistance au fascisme italien. C'est pour pallier à ces ignorances que je me suis plongé dans ce livre.

Si je dois donner un bon point c'est que ce livre semble être très complet. En effet, nous y trouvons un panorama très large du fascisme italien. Les auteurs examinent aussi bien la période pré-fasciste avec les faillites de l'état libérale italien et le contexte de lutte insurrectionnelle du prolétariat italien, ce qui a conduit à une alliance des classes dirigeantes avec le fascisme, que la période de vingt ans du fascisme proprement dit. On y trouve aussi une analyse de la culture fasciste et des liens avec le Vatican. Ces liens étant plutôt conflictuels même si Pie XI préférait le Duce au Communisme. Ce livre permet aussi de comprendre comment le fascisme de Mussolini a tenté de contrôler toute la société. Pas seulement en créant des institutions fascistes mais en encadrant toute leur vie les citoyens italiens dans les structures fascistes pour en faire des hommes nouveaux, des hommes fascistes. Enfin, il nous permet aussi d'avoir une vue sur la politique extérieure de Mussolini. Une politique qui semble avoir été plus instinctive que réfléchie puisque le Duce agissait selon ses désirs plus que selon les besoins de l'Italie. Ces actions ont, d'ailleurs, été désastreuses pour l'économie italienne. Ce livre est, à mon avis, un bon moyen de mieux comprendre le fascisme italien, son origine et son fonctionnement. De plus, sa bibliographie, très large, nous permet de trouver des ouvrages analysant certains points d'une manière plus pointue. Il reste à savoir si la littérature a profondément changé depuis 1980.

Image: Seuil

18:30 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Livre, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fascisme, mussolini, italie | | | |  Facebook

05/07/2011

Délit d'humanité: l'affaire Grüninger (Grüninger Fall: Geschichten von Flucht und Hilfe) par Stefan Keller

Titre: Délit d'humanité: l'affaire Grüninger

Titre original: Grüninger Fall: Geschichten von Flucht und Hilfe
Auteur: Stefan Keller
Traducteur: Ursula Gaillard
Éditeur: Éditions d'en Bas 1994 (rotpunktverlag 1993 édition originale)
Pages: 221

J'ai déjà lu un certains nombre de livres qui condamnent l'attitude de la Suisse, de ses dirigeants et bureaucrates, durant la seconde guerre mondiale. Ces condamnations visent particulièrement deux politiques: celle de l'argent et celle des réfugiés. En effet, la Suisse a collaboré économique avec l'Allemagne et elle a mis en place une politique d'asile très restrictive qui consistait à ferme les frontières à tous les juifs. Mais notre pays a aussi connu des résistants. Des personnes qui n'ont pas respecté la politique officielle, la loi, et ont aidé des réfugiés à passer la frontière pour se sauver du joug nazy et d'une mort quasi certaine. Ce livre narre l'histoire de l'un de ces résistants, l'un des juste parmi les nations de nationalité suisse: Paul Grüninger commandant de police du canton de Saint-Gall.

Ce commandant a la lourde tâche de gérer l'afflux de réfugiés politiques et juifs qui ont suivi l'Anschluss et les pogroms de Vienne. Mais il semble être tombé en désaccord avec la politique fédérale qui souhaite fermer hermétiquement les frontières helvétiques. Le commandant, peut être secondé politique par le conseiller d'état socialiste de l'époque, Valentin Keel, Grüninger contourne la loi. Il le fait de multiples manières que ce soit en accordant des autorisations de séjours, en aidant la famille des juifs déjà sur le sol Suisse ou encore en envoyant des citation à comparaître au camps de Dachau! Mais, ce faisant, le commandant se rend coupable de frauduler des documents officiels qu'il antidate. C'est tout un réseau entre les politiques, les policiers et les institutions juives saint galloise qui semble se dévoiler lors de la lecture. Un réseau qui sera mis à mal quand Grüninger sera suspendu et renvoyé puis soupçonné de malversation financières, de corruption et de mœurs un peu trop libre. Des soupçons qui existent encore mais qui n'ont jamais été prouvé au contraire selon l'auteur!

J'ai beaucoup apprécié en savoir plus sur ce héros suisse. Un héros tout de même partiellement accepté puisqu'il n'a jamais été lavé de sa condamnation judiciaire bien qu'il soit encensé par de nombreuses personnes et institutions dont Yad Vashem qui l'a institué Juste Parmi les Nations en 1971 un an avant sa mort. Mais qu'ai-je pensé du livre en lui-même? Bien que sa lecture m'ait plu, comme je l'ai déjà dit, j'ai été frustré à de nombreuses reprises. Ainsi, l'appareil critique est totalement absent. Autrement dit, il est très difficile de savoir d'où l'auteur tire ses propos et ses citations. Il arrive même que l'auteur cite des personnes d'une manière peu claire et on se demande si on lit ce que l'auteur a écrit ou des retranscription. Mais peut-être est-ce dû à la traduction? J'ai aussi eu l'impression, souvent, d'une histoire un peu brouillonne. je n'ai pas eu l'impression que l'auteur soit allé jusqu'au bout de certaines questions et je souhaiterais en savoir plus sur les relations entre Keel, Grüninger et les institutions juives. J'aimerais aussi en savoir plus sur les individus qui ont lutté contre ce réseau d'immigration.

Site sur Paul Grüninger au Yad Vashem

Site sur Paul Grüninger

04/07/2011

L'affaire du foulard islamique: la production d'un racisme respectable par Saïd Bouamama

Titre: L'affaire du foulard islamique: la production d'un racisme respectablebouamama150.jpg
Auteur: Saïd Bouamama
Éditeur: Geai Bleu 2004
Pages: 180

Nous avons tous eu, même si nous visons en Suisse, les échos de l'affaire du foulard en France. Le déferlement médiatique de 2003 a aussi touché notre pays qui, à son tour, a connu des débats sur le sujet. Mais Saïd Bouamama ne croit pas que les débats sur le foulard soient les bons débats sur le bon sujet. C'est probablement pourquoi, un an après les évènements, il a écrit ce livre dans lequel il tente de déconstruire les évènements et les débats de 2003 en France. L'auteur écrit son essai en quatre parties. La première contextualise le débat dans une France qui connaît une extension de l'électorat du front national. C'est aussi une France qui connaît une aggravation, niée, des discriminations et des différences sociales entre les plus riches et les plus pauvres liée à la déconstruction des acquis sociaux au nom du libéralisme. Mais c'est aussi un pays qui reprend à son compte l'idée du choc des civilisations de Huntington. Un auteur culturaliste qui a théorisé l'actuel guerre entre deux. soi-disant, civilisations monolithiques (dans le sens ou les différences sont niées au nom d'un seul facteur unificateur: la religion).

La seconde partie a le mérite de faire ce que personne, dans les médias, n'a fait: l'auteur examine les significations du voile. Il commence par démontrer que les trois religions monothéiste connaissent le voile pour, ensuite, s'interroger sur sa signification. Il démontre que ce objet est bien un moyen de symboliser une domination masculine sur les femmes. Mais il démontre aussi que le débat actuel simplifie les significations en faisant du voile un objet archaïque d'une religion archaïque par essence face à une culture chrétienne moderne par excellence. Il est donc nécessaire de "sauver" les jeunes femmes musulmanes du moyen âge tout en déniant leur capacité à comprendre, à raisonner et à se sauver elles-même. Enfin, l'auteur montre que le voile, dans le contexte de 2003, est avant tout un moyen pour celles qui le porte de se rendre visible dans le monde social. En portant le voile elles passent outre l'ostracisme des dominé(e)s et entrent en pleine lumière.

la troisième partie est très intéressant puisqu'elle permet à l'auteur de déconstruire les discours des acteurs en faveurs de l'interdiction du voile. Il constate que les discours sont empreints d'une nostalgie envers la troisième république qui impliquait un ordre symbolique des dominants et des dominés. Dans ce discours, les chrétiens avaient une mission civilisatrice et de sauveurs face à des sauvages archaïques incapable de se sauver eux-même. Comme des enfants on parlait d'eux, on agissait pour eux et jamais on ne les consultaient. Il est d'ailleurs révélateur que les différentes commissions et les médias n'aient jamais demandé l'avis des femmes qui portent le voile en France. Dans le même temps, la mise en place de ce "problème" permet aux politiques de diviser les citoyens français sur un sujet qui voile (ironiquement) des questions sociales plus importantes qui auraient pu donner lieu à des conflits sociaux importants. Pour terminer, l'auteur examine les effets de cette interdiction. Il observe que des femmes qui sont discriminées perdent l'accès à l'outil par excellence de l'ascension sociale: l'école. Ce qui le mène à penser que l'expulsion, plutôt que de sauver les femmes du communautarisme, ne peut que créer ce communautarisme et obliger ces femmes expulsées à se trouver dans le giron des intégristes. Si, toutefois, ceux-ci sont vraiment derrière la prise du voile.

Ce livre est intéressant pour comprendre le contexte français mais pouvons nous l'adapter pour le contexte suisse? Nous n'avons pas une interdiction du foulard dit islamique l'école pour les élèves. Mais j'ai l'impression que l'analyse du discours culturaliste dominant en France que Bouamama fait peut permettre de comprendre le discours dominant Suisse sur les immigrants, étrangers et musulmans. En effet, en Suisse nous avons eu, dernièrement, un nombre important de votations concernant la politique de sécurité. Ces votations avaient toutes le point commun de brosser un portrait du délinquant comme jeune, masculin et, surtout, étranger. Il me semble qu'il existe un discours largement culturaliste sur le sujet de la sécurité en Suisse qui existe dans tous le spectre politique actuel et qui justifie des décisions politiques. Il me semble donc important de déconstruire ce discours en montrent comment, sous l'aspect du sens commun, il cache une vision raciste des populations étrangères construites comme dangereuses pour la société suisse par essence.

Image: Éditeur

28/06/2011

Web history sous la direction de Niels Brügger

Titre: Web history310469_cover.jpg
Auteur: Niels Brügger
Éditeur: Peter Lang 2010
Pages: 362

Le web, comme tout le monde le sait, a profondément changé notre façon de vivre. En effet, depuis son apparition dans le public celui-ci a révolutionné ou est en voie de révolutionner plusieurs aspects de notre société. Il est donc naturel que des chercheurs tentent de comprendre le web. Mais la rapidité des changements informatiques ont impliqué que les recherches se sont faites surtout sur des aspects immédiats du web sans réussir à comprendre sa dimension historique. Il est vrai que réussir une histoire du web est compliqué. Il faut créer une nouvelle méthodologie à partir d'un matériel dont la principale caractéristique est la rapidité et l'oubli du passé. Comment, dans ce contexte, réussir à analyser d'une manière historique le web? C'est ce que ce livre tente de nous montrer.

Pour comprendre comment on peut faire de l'histoire du web l'éditeur, Niels Brügger, a décidé de diviser le livre en quatre parties. La première nous donne les aspects les plus théoriques de ce type d'histoire. Cette première partie nous permet de connaître l'objet mais aussi les principaux enjeux de l'archivage du web. Un archivage nécessairement incomplet puisqu'une grande partie des contenus ont disparus et puisque l'on ne peut pas tout archiver. Il faut donc faire un choix.

La seconde et la troisième partie m'ont paru plus intéressante car nous entrons dans l'histoire du web proprement dites plutôt que dans les aspects méthodologiques. Pour cela nous avons accès à des exemples qui analysent aussi bien l'aspect culturel que l'aspect économique du web. Les contributions que j'ai le plus appréciées sont celles qui analysent l'usage du web par les groupes d'extrême droite des États-Unis et l'usage de la webcam. Dans le coté économique j'ai beaucoup aimé l'article concernant le développement du site internet de la BBC. Cet article nous montre très bien que le développement ne dépend pas seulement des aspects techniques ou des acteurs mais aussi des événements. En effet, certains événements particuliers ont obligé les acteurs de la BBC à changer leur manière de comprendre le web et de l'utiliser en direction d'un rapport plus étroit avec le citoyen devenu contributeur.

La dernière partie m'a moins intéressé et j'avoue ne pas avoir pris le temps de la lire avec attention. Elle concerne les défis de l'utilisation du matériel du web dans le contexte des musées et des archives. Comment créer une collection avec le web? Comment l'organiser? Et surtout, comment la présenter au public?

Étant donné que ce livre est le premier volume concernant l'histoire du web que j'aie parcouru je ne suis pas capable de faire une véritable critique. Le fait qu'il soit écrit en anglais est aussi un facteur important puisque ma lecture en a été un peu plus difficile. Cependant, le vocabulaire n'est pas particulièrement compliqué pour quelqu'un qui est habitué à lire en anglais. J'ai aussi trouvé les contributions intéressantes dans l'ensemble. Mais ce qui fait l'intérêt de ce livre c'est surtout qu'il s'intéresse à un champs scientifique encore marginal mais qui, à mon avis, ne peut que prendre de l'importance à mesure que le web prendra se développera. Il est donc important que ce champs se développe et que l'on réfléchisse à archiver sérieusement le web.

Image: Éditeur

24/06/2011

The Guantanamo trap

Il est difficile de parler de ce film. Non seulement parce que son sujet est particulièrement touchant humainement parlant mais aussi parce que ce même sujet est particulièrement sensible et crée des débats infinis. Concrètement, ce documentaire nous offre l'opportunité de suivre quatre personnes. Nous pouvons entendre leurs témoignages et réflexions ainsi que la manière dont cette prison tristement connue a changé leur vie. Le premier de ces personnages est un allemand dont nous avons tous entendu parler: Murat Kurnaz. Il a été emprisonné et questionné durant de nombreuses années à Guantanamo. Il a donc connu les tortures de cette prison et a été accusé d'être membre d'al quaida. Le second intervenant que je présenterais est un espagnol qui a aussi connu la torture mais dans les geôles de Franco et a aussi connu les fausses accusations: Gonzalo Boye. Il a été avocat de l'accusation lors du procès des terroristes de Madrid. Il est aussi à l'origine d'une procédure contre Bush et son administration pour crime contre l'humanité. Le troisième intervenant est aussi avocat et il a servit, en tant que soldat, à Guantanamo et se nomme Matt Diaz. Il a contribué à fermer les accès aux informations sur la prison aux journalistes et aux avocats de la défense concédés aux prisonniers torturés. Mais il a risqué sa carrière pour offrir les noms des prisonniers à une avocate des droits de l'homme. Enfin, je terminerais avec une avocate militaire: Diane Beaver. Elle est connue pour avoir rédigé un rapport sur les utilisations possibles de certaines formes d'interrogations musclées. Ce rapport semble être à la base de la politique américaine sur la torture du moins dans sa forme légalisée (bien qu'illégale).

Ce film est très émouvant à voir surtout parce que Kurnaz semble ne pas encore s'être remis de son expérience. La douleur est visible dans ses yeux sur lesquels insiste le réalisateur lors de plans impressionnant. Mais ce qui m'a le plus choqué ce ne sont pas les expériences de Kurnaz mais le discours de Beaver. Celle-ci semble être incapable de comprendre ce qui est mal dans les événements de Guantanamo. Elle se justifie fréquemment en invoquant le devoir et la défense de la patrie mais elle ne parle jamais d'humanité. Au contraire, son discours semble surtout se borner à un souci de "professionnalisme". Ainsi, en parlant des événements tristement connu d'Abu Graïb, elle s'inquiète du manque de professionnalisme des soldats impliqués. Donc Guantanamo le serait? Mais comment peut-on se justifier ainsi je n'arrive pas à le concevoir et je la considère à la fois comme une victime du gouvernement en tant que bouc émissaire et comme l'un des maillons les plus importants de la chaine de la torture puisqu'elle l'a justifiée. A mon avis elle n'est rien humainement parlant comparée à celui que je qualifierais volontiers de héros: Matt Diaz. Bien que cela lui ait couté cher il a préféré suivre sa conscience que d'accepter silencieusement les tortures. Il suit, en fait, l'idée que l'on ne peut pas justifier la guerre contre le terrorisme et en faveurs, il parait, de la démocratie et des droits de l'homme et violant allégrement ces principes. Et il a été emprisonné pour être, à mon avis, le seul à avoir accompli son devoir et son serment. Pour finir, je trouve dommage que le procès intenté par Gonzalo Boye soit annulé. Il est important de trouver qui a été impliqué dans ces tortures et quels ont été les pratiques de cette prison infamante.

Image: Site officiel

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23/06/2011

Les Ultras: extrême droite et droite extrême en Suisse, les mouvements et la presse de 1921 à 1991 par Claude Cantini

Titre: Les Ultras: extrême droite et droite extrême en Suisse, les mouvements et la presse de 1921 à 1991
Auteur: Claude Cantini
Éditeur: Éditions d'En Bas 1992
Pages: 176

Comme tous les autres pays la Suisse a eu son lot de mouvements pro-fascistes ou/et pro-nazys. Ils ont eu une certaine importance lors de la seconde guerre mondiale mais ils n'ont pas gagné assez d'influences pour influencer durablement les institutions du pays et sa politique. Néanmoins, ces mouvements ont existé et ont eu des effets. Pire encore, ils se sont renouvelés après la guerre et ont continué à former leur point de vue politique haineux et à infiltrer une partie de la société. Il est donc nécessaire de les étudier pour connaître leur provenance ainsi que leurs méthodes et puissances. C'est pourquoi ce livre est important. En effet, l'auteur nous y offre un panorama de tous les mouvements d'extrême droite que la Suisse a connu. Il le fait en deux parties, tout d'abord les mouvements avant 1945 puis ceux qui se sont créés après 1945 et jusqu'en 1991. Chacun de ces mouvements sont détaillés avec les membres principaux, la force de mobilisation ainsi que les buts généraux et organes de presse. Ce qui nous permet de connaître les liens entre eux ainsi que leur forces relatives.

Bien que j'aie trouvé ce livre très intéressant et qu'il m'ait donné énormément d'informations j'ai quelques critiques. En effet, je trouve dommage que le travail qui a été mené par l'auteur n'ait pas abouti à une analyse détaillée de la rhétorique, du fonctionnement et des liens sociaux de ces mouvements entre eux et avec la société. Bien sur, nous y trouvons un nombre impressionnant d'informations et ce livre réussit largement sont but en nous les offrant. Il est, en effet, très utile d'avoir un ouvrage dans lequel on puisse trouver tous les mouvements d'extrême droite connus en Suisse. Mais j'aurais apprécié avoir plus de profondeur dans l'analyse. De plus, je pense que ce livre mériterait aussi une mise à jours. En effet, il a été édité en 1992 et comptabilise les mouvements jusqu'en 1991. Nous sommes maintenant en 2011 et il y a sûrement eu des changements qu'il serait intéressant de connaître. Je trouve aussi dommage de ne pas avoir de références précises sur les sources et leur provenance. J'aurais, d'ailleurs, apprécié pouvoir les lire de manière plus détaillée avec un commentaire sur celles-ci. Cependant, comme je l'ai déjà dit, je salue l'effort de recherche très important qui a été fait dans le cadre de cet ouvrage.

13/06/2011

L'identité à l'ère numérique par Guillaume Desgens-Pasanau et Eric Freyssinet

Titre: L'identité à l'ère numérique2247080618_lib_fiche.jpg
Auteurs: Guillaume Desgens-Pasanau et Eric Freyssinet
Éditeur: Dalloz 2009
Pages: 170

Alors que l'on parle de plus en plus des problèmes liés aux nouvelles technologies de l'information et de la communication il est plutôt rare que l'on en fasse une véritable analyse. Il faut dire que ces technologies sont relativement neuves et que nous n'avons eu que peu de temps pour les comprendre. Personnellement, je pense même qu'actuellement personne n'est encore capable d'utiliser ces technologies. Ainsi, nous lisons souvent des articles qui montrent les dérives de l'Internet et ses effets sur la vie privée mais aucun n'essaie vraiment d'analyser les changements dans la vie privée qu'impliquent ces nouvelles technologies. C'est pourquoi il pourrait être utile de lire ce petit livre écrit par un polytechnicien et un juriste.

Ces deux auteurs ont divisé leur livres ont trois parties. La première pose la question de ce qu'ils nomment le corps identité. Sous ce terme ils analysent les effets de la biométrie sur la société. Bien qu'ils oublient le mouvement historique qui a mené à la mise en place d'une identité étatisée les auteurs concluent en démontrant un effet particulier de la biométrie. En effet, d'une identité peu sûre on passe à une identité quasiment certaine et imposée par le corps même vu par l'état. Une seconde partie pose la question des identité connectées. Autrement dit, la manière dont on s'identifie sur l'Internet et les réseaux sociaux. Les auteurs y analysent l'anonymat qu'ils considèrent comme plutôt positif bien qu'utopique. Mais ils y montrent surtout comment un individu peut être identifié via les réseaux. Ce qui démontre que toutes les traces que nous laissons sur Internet peuvent permettre de créer un portrait robot de nous même. Enfin, on termine sur l'identité mémorisée qui pose la question de l'archivage des informations. Ce qui permet aux auteurs de réfléchir sur le droit à l'oubli en articulation avec un archivage nécessaire pour les recherches policières (et historiques bien qu'ils n'en parlent pas). En conclusion, les auteurs lancent quelques pistes de réflexions concernant la vie privée, les relations entre l'état et les citoyens et une réflexion sur la preuve.

Bien que le sujet m'intéresse je me suis profondément ennuyé lors de la lecture de ce livre. Bien entendu, les propos développé par les auteurs sont utiles et intéressants mais ils sont aussi peu passionnant. Il faut dire que nous nous trouvons face à un livre qui analyse surtout les conséquences juridiques des nouvelles technologies plutôt que les conséquences sociales. Ainsi, je trouve que les auteurs sont passé à coté d'un certains nombres de points qu'il faudrait analyser. Par exemple, la construction de l'identité dans le cadre des NTIC est très peu développée. Les auteurs ont aussi totalement passé à coté du mouvement historique qui mène l'état à la mise en place d'une identité certifiée par lui-même. On a l'impression, à la lecture, que l'on passe d'une sorte d'impossibilité de mettre en place une identité à une obligation, pour les citoyens, d'accepter une identité basée sur leur propre corps. Hors, d'autres ouvrages montrent qu'inscrire l'identité selon le corps est un mouvement qui existe depuis des centaines d'années. Bref, un livre intéressant mais qui passe à coté d'un certain nombre de points importants et qui n'est de loin pas passionnant à lire.

Image: LGDJ

08/06/2011

Les féministes et le garçon arabe par Nacira Guénif-Souilamas et Eric Macé

Titre: Les féministes et le garçon arabe41XR5A441GL._SL500_AA300_.jpg
Auteurs: Nacira Guénif-Souilamas et Eric Macé
Éditeur: Éditions de l'Aube 2004
Pages: 106

Le féminisme est l'un des courants de recherche qui m'intéressent le plus. Ce n'est pas seulement parce qu'il analyse la manière dont est formée la société sur des inégalités entre les sexes biologiques ou en expliquant la formation des sexes sociaux mais aussi parce que le féminisme possède un courant politique historiquement fort. C'est pourquoi, assez souvent, j'emprunte des livres de théorie et de recherche féministes. Ce petit livre est écrit par deux auteurs qui souhaitent critique le féminisme consensuel actuel et, surtout, critiquer sa complicité avec une forme de racisme antiarabe en France.

En effet, alors que la France a accepté les luttes contre les inégalités sexuelles et les atteintes existes elle connaît encore, comme la Suisse, de nombreuses inégalités qui ne sont pas résolues. Alors pourquoi le féminisme est-il disqualifié? La première intervention essaie d'expliquer cette échec du féminisme. Il montre que celui-ci a accepté une forme de naturalisation de l'idée du féminin et du masculin alors que ce qui était le plus radicale dans ces théories était, justement, la remise en cause de ces différences. Selon l'auteur c'est justement cet perte du sens radical des luttes qui a créé une forme de piège pour le féminisme actuel qui est passé soit dans la lutte des sexes considérée comme violente et fondamentalement antihomme soit dans une mollesse que nous connaissons actuellement. Hors, c'est la création des catégories même qu'il faudrait questionner et déconstruire.

La seconde intervention concerne la manière dont la société française utilise son rapport avec les hommes arabes pour "oublier" ses propres inégalités en surmontrant celle d'une catégorie dominée de la population française. L'auteure y explique que les hommes et femmes des cités sont enfermés dans une identité sexuelle caricaturales. Ainsi, les garçons doivent être des hommes survirils et les filles des femmes soumises ou alors accepter le risque du viol. Cet enfermement permet à une catégorie élitaire de la France de se poser comme garante de la modernité, en aidant des femmes dites désaliénées des cités, face à une forme d'archaïsme pervers voir barbare des hommes arabes. C'est donc une condamnation de cette forme de racisme qui ne s'avoue pas que pratique l'auteure.

J'ai beaucoup aimé ce petit livre qui permet, rapidement, de déconstruire un discours relativement commun aujourd'hui. Celui-ci caricature les arabes et la civilisation musulmane en les considérant comme fondamentalement sexiste et homophobe alors que notre propre société, caricaturée comme moderne et civilisée, est loin d'être parfaite de ce coté là. Les auteurs nous montre que, historiquement, la civilisation arabe est même plus tolérante que la civilisation chrétienne et que les récentes attaques homophobes et sexistes sont une forme d'occidentalisation de la société arabe qui, il y a peu de temps, acceptait les rapports fraternels voir plus ambigus, entre homme. Il m'a aussi permis de trouver un renouvellement de mon intérêt pour les théories queer que j'étudierais un de ces jours.

Image: amazon

06/06/2011

Les bastilles de Vichy. Répression politique et internement administratif par Vincent Giraudier

Titre: Les bastilles de Vichy. Répression politique et internement administratif41MtRemI76L._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Vincent Giraudier
Éditeur: Tallandier 2009
Pages: 268

La période de l'occupation de la France par les armées allemandes a donné lieu à de nombreuses publications. Mais il semble qu'elles soient peu nombreuses quand il s'agit d'analyser la manière dont le régime de Vichy a mis en place un régime d'internement administratif. Mais il ne faudrait pas croire que ce type de prisons soient originaire spécifiquement des régimes fascistes. C'est pourquoi l'auteur commence par définir et historiser les camps d'internement français. On y apprend qu'ils sont originaires de la troisième république et qu'ils se sont surtout développé après la Première Guerre Mondiale. D'un régime d'immigration ouvert la France est, en effet, passée à un régime d'immigration de plus en plus strict avec la mise en place de camps pour les étrangers. Ceux-ci peuvent aussi bien être des républicains espagnols que des réfugiés allemands ou autrichiens fuyant le régime nazi. Mais la république semble aussi avoir mis en place la prémisses d'un internement des français dangereux pour la patrie. Les citoyens visés étant souvent des communistes.

Ainsi, Pétain hérite d'une infrastructure législative et physique déjà constituée. Mais Pétain utilisera ce régime d'internement administratif non seulement contre des catégories d'étrangers ou d'opposants mais aussi, et en premier lieu, pour emprisonner préventivement ceux qu'il accuse d'être responsable de la défaite de 40. Alors qu'un cour spéciale est mise en place à Riom les "suspects" sont emprisonnés et soumis à un régime très strict qui contrôle les allées et venues et interdit aux internés de se voir et de se parler. Mais, tandis que la cour continue ses travaux qui aboutiront sur un échec, le régime de Vichy commence à utiliser cet internement pour de nombreuses autres personnes. Nous pouvons donc y trouver aussi bien des résistants notoires que des vichyistes victimes de révolutions de palais et des personnes internées par erreur. L'auteur nous brosse, à la fin, un tableau de lois qui ont été mises en place seulement pour Pétain et qui implique que ce dernier peut se débarrasser très facilement de toutes les personnes qu'il juge gênantes. C'est donc un système particulièrement arbitraire qui nous est présenté.

La lecture de ce livre m'a très intéressé. J'y ai appris de nombreuses choses concernant le fonctionnement judiciaire du régime de Vichy mais aussi des différents acteurs qui se côtoient dans cette époque. Ainsi, j'ai appris l'existence de groupes d'extrême droite très obscurs que je souhaiterais connaître un peu mieux. De plus, je n'avais pas idée que la France avait connu un aussi grand nombre de camps d'internement. Certains se trouvant dans des lieux actuellement touristiques comme l'île d’Yeux ou Montélimar. Mais ce qui est le plus intéressant dans ce livre c'est de pouvoir voir à quel point ce régime tente de fonctionner avec les oripeaux de la légalité alors qu'il n'est qu'arbitraire.

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22/05/2011

Savants sous l'occupation. Enquête sur la vie scientifique française entre 1940 et 1944 par Nicolas Chevassus-Au-Louis

Titre: Savants sous l'occupation. Enquête sur la vie scientifique française entre 1940 et 1944
Auteur: Nicolas Chevassus-Au-Louis
Éditeur: Seuil 2004
Pages: 251

Ce livre répond, semble-t-il, a un vide historiographique. En effet, selon l'auteur, les recherches sur les compromissions et résistances des scientifiques français lors de la seconde guerre mondiale et de l'occupation sont rares. Il souhaite donc créer une forme d'attention envers ce point particulier de l'histoire en écrivant ce livre. Pour cela, l'auteur offre, selon ses propres mots, un double travail. Une partie du livre est, avant tout, une recherche précise des faits en utilisant un nombre impressionnant de recherches, de mémoires ou d'archives. Ce qui lui permet, dans un second temps, d'écrire une histoire de douze scientifiques et de leurs actions lors de l'occupation durant laquelle il ne donne pas les références (celles-ci sont inscrites en fin de chapitre avec un commentaire). Pour, encore une fois, reprendre les mots de l'auteur nous nous trouvons face à un livre en trois parties.

La première se compose d'un seul chapitre sur près de 80 pages. Celui-ci permet à l'auteur de mettre en place le contexte de l'époque qu'il soit scientifique ou proche du champs scientifique. Ce chapitre est aussi l'un des deux seuls durant lequel l'auteur met en place un appareil de notes de bas de pages. Bref, en l'écrivant l'auteur nous permet de nous rendre compte de la force de la science française durant l'entre deux guerres et l'occupation. Il nous montre les choix politiques de ces derniers. Ceux-ci peuvent aussi bien fuir que rester et s’accommoder de l'occupant ou alors résister ou collaborer. L'auteur nous montre aussi comment le champs scientifique français a été touché par les réformes et les lois anti-juives.

La seconde partie se compose d'une douzaine de chapitres. Chacun de ceux-ci présente un événement ou un scientifique particulier. Ce qui permet à l'auteur de nous montrer quels ont été les différentes réactions face à l'Allemagne. Que ce soit l'opportunisme, la résistance relative et remise en question d'un Jolliot ou la collaboration d'un Georges Montandon. Mais ce que nous montrent ces chapitres c'est surtout une forme d’accommodation face à l'occupation. Les scientifiques tentent de faire leur métier et de garder un certains prestige à la science française tout en essayant de ne pas trop attirer l'attention des forces occupantes. Dans le même temps, le gouvernement de Vichy essaie de contrôler la science et de la réformer en créant de nouveaux instituts qui furent gardé après la Libération.

Enfin, le dernier chapitre et aussi la dernière partie tente d'expliquer pourquoi les scientifiques ont été aussi peu atteint par l'épuration d'après guerre. En effet, selon l'auteur, contrairement aux écrivains, les scientifiques furent rarement atteint par la justice et il n'y eut pas de débats aussi intenses qu'entre les écrivains. L'explication semble se trouver dans l'autonomie du champs scientifique. Alors que les écrivains ont été mis au service de l'occupant et de Vichy d'une manière intense les scientifiques ont été délaissé par l'occupant. Celui-ci ayant une piètre opinion de la science française. De plus, les réformes de Vichy en vue de contrôler la science française semble avoir toutes échoués. Donc, même si certains hommes de sciences étaient très proches des nazis et de Vichy, il n'y eut pas une collaboration aussi importante vis à vis de l'opinion publique mais plutôt une accommodation plus ou moins forte. Les résistants et les collaborateurs ne furent que relativement rare chez les scientifiques.

Mon avis sur ce livre est positif. L'auteur, cela se sent, a lu une grande partie de la littérature disponible sur le sujet et sur l'époque et en fait une large utilisation pour prouver ses propos. La lecture est, de plus, très agréable. Je trouve que le sujet est particulièrement intéressant et j'ai beaucoup apprécié les explications de l'auteur sur le rapport particulier des scientifiques avec l'occupant et Vichy. Je suis, personnellement, pas loin d'être convaincu par les positions de l'auteur. Mais j'ai, tout de même, des critiques. La première c'est que certains points auraient pu être largement décrit plus en profondeur. En fait, les douze chapitres bibliographiques auraient pu devenir un livre entier dans lequel on aurait examiné d'une manière plus précise les événements. Ce livre n'ayant qu'un but synthétique et une vue large sur les événements ce n'était, évidemment, pas possible de développer autant les recherches. J'ai, tout simplement, été frustré et je souhaite en savoir plus ce qui est aussi un but de l'auteur. Le second point c'est que, bien que je le comprenne, je n'aime pas l'idée de noter les références en fin de chapitres. Je préférerais les rencontrer directement dans le texte sous formes de notes de bas de pages ce qui me permettrait de savoir ce qui a été utilisé à quel moment. Mais ce n'est qu'un détail et mon avis sur ce livre reste favorable d'autant que l'auteur permet de mieux connaître un aspect oublié de l'occupation.

Image: Éditeur

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