13/06/2011

L'identité à l'ère numérique par Guillaume Desgens-Pasanau et Eric Freyssinet

Titre: L'identité à l'ère numérique2247080618_lib_fiche.jpg
Auteurs: Guillaume Desgens-Pasanau et Eric Freyssinet
Éditeur: Dalloz 2009
Pages: 170

Alors que l'on parle de plus en plus des problèmes liés aux nouvelles technologies de l'information et de la communication il est plutôt rare que l'on en fasse une véritable analyse. Il faut dire que ces technologies sont relativement neuves et que nous n'avons eu que peu de temps pour les comprendre. Personnellement, je pense même qu'actuellement personne n'est encore capable d'utiliser ces technologies. Ainsi, nous lisons souvent des articles qui montrent les dérives de l'Internet et ses effets sur la vie privée mais aucun n'essaie vraiment d'analyser les changements dans la vie privée qu'impliquent ces nouvelles technologies. C'est pourquoi il pourrait être utile de lire ce petit livre écrit par un polytechnicien et un juriste.

Ces deux auteurs ont divisé leur livres ont trois parties. La première pose la question de ce qu'ils nomment le corps identité. Sous ce terme ils analysent les effets de la biométrie sur la société. Bien qu'ils oublient le mouvement historique qui a mené à la mise en place d'une identité étatisée les auteurs concluent en démontrant un effet particulier de la biométrie. En effet, d'une identité peu sûre on passe à une identité quasiment certaine et imposée par le corps même vu par l'état. Une seconde partie pose la question des identité connectées. Autrement dit, la manière dont on s'identifie sur l'Internet et les réseaux sociaux. Les auteurs y analysent l'anonymat qu'ils considèrent comme plutôt positif bien qu'utopique. Mais ils y montrent surtout comment un individu peut être identifié via les réseaux. Ce qui démontre que toutes les traces que nous laissons sur Internet peuvent permettre de créer un portrait robot de nous même. Enfin, on termine sur l'identité mémorisée qui pose la question de l'archivage des informations. Ce qui permet aux auteurs de réfléchir sur le droit à l'oubli en articulation avec un archivage nécessaire pour les recherches policières (et historiques bien qu'ils n'en parlent pas). En conclusion, les auteurs lancent quelques pistes de réflexions concernant la vie privée, les relations entre l'état et les citoyens et une réflexion sur la preuve.

Bien que le sujet m'intéresse je me suis profondément ennuyé lors de la lecture de ce livre. Bien entendu, les propos développé par les auteurs sont utiles et intéressants mais ils sont aussi peu passionnant. Il faut dire que nous nous trouvons face à un livre qui analyse surtout les conséquences juridiques des nouvelles technologies plutôt que les conséquences sociales. Ainsi, je trouve que les auteurs sont passé à coté d'un certains nombres de points qu'il faudrait analyser. Par exemple, la construction de l'identité dans le cadre des NTIC est très peu développée. Les auteurs ont aussi totalement passé à coté du mouvement historique qui mène l'état à la mise en place d'une identité certifiée par lui-même. On a l'impression, à la lecture, que l'on passe d'une sorte d'impossibilité de mettre en place une identité à une obligation, pour les citoyens, d'accepter une identité basée sur leur propre corps. Hors, d'autres ouvrages montrent qu'inscrire l'identité selon le corps est un mouvement qui existe depuis des centaines d'années. Bref, un livre intéressant mais qui passe à coté d'un certain nombre de points importants et qui n'est de loin pas passionnant à lire.

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08/06/2011

Les féministes et le garçon arabe par Nacira Guénif-Souilamas et Eric Macé

Titre: Les féministes et le garçon arabe41XR5A441GL._SL500_AA300_.jpg
Auteurs: Nacira Guénif-Souilamas et Eric Macé
Éditeur: Éditions de l'Aube 2004
Pages: 106

Le féminisme est l'un des courants de recherche qui m'intéressent le plus. Ce n'est pas seulement parce qu'il analyse la manière dont est formée la société sur des inégalités entre les sexes biologiques ou en expliquant la formation des sexes sociaux mais aussi parce que le féminisme possède un courant politique historiquement fort. C'est pourquoi, assez souvent, j'emprunte des livres de théorie et de recherche féministes. Ce petit livre est écrit par deux auteurs qui souhaitent critique le féminisme consensuel actuel et, surtout, critiquer sa complicité avec une forme de racisme antiarabe en France.

En effet, alors que la France a accepté les luttes contre les inégalités sexuelles et les atteintes existes elle connaît encore, comme la Suisse, de nombreuses inégalités qui ne sont pas résolues. Alors pourquoi le féminisme est-il disqualifié? La première intervention essaie d'expliquer cette échec du féminisme. Il montre que celui-ci a accepté une forme de naturalisation de l'idée du féminin et du masculin alors que ce qui était le plus radicale dans ces théories était, justement, la remise en cause de ces différences. Selon l'auteur c'est justement cet perte du sens radical des luttes qui a créé une forme de piège pour le féminisme actuel qui est passé soit dans la lutte des sexes considérée comme violente et fondamentalement antihomme soit dans une mollesse que nous connaissons actuellement. Hors, c'est la création des catégories même qu'il faudrait questionner et déconstruire.

La seconde intervention concerne la manière dont la société française utilise son rapport avec les hommes arabes pour "oublier" ses propres inégalités en surmontrant celle d'une catégorie dominée de la population française. L'auteure y explique que les hommes et femmes des cités sont enfermés dans une identité sexuelle caricaturales. Ainsi, les garçons doivent être des hommes survirils et les filles des femmes soumises ou alors accepter le risque du viol. Cet enfermement permet à une catégorie élitaire de la France de se poser comme garante de la modernité, en aidant des femmes dites désaliénées des cités, face à une forme d'archaïsme pervers voir barbare des hommes arabes. C'est donc une condamnation de cette forme de racisme qui ne s'avoue pas que pratique l'auteure.

J'ai beaucoup aimé ce petit livre qui permet, rapidement, de déconstruire un discours relativement commun aujourd'hui. Celui-ci caricature les arabes et la civilisation musulmane en les considérant comme fondamentalement sexiste et homophobe alors que notre propre société, caricaturée comme moderne et civilisée, est loin d'être parfaite de ce coté là. Les auteurs nous montre que, historiquement, la civilisation arabe est même plus tolérante que la civilisation chrétienne et que les récentes attaques homophobes et sexistes sont une forme d'occidentalisation de la société arabe qui, il y a peu de temps, acceptait les rapports fraternels voir plus ambigus, entre homme. Il m'a aussi permis de trouver un renouvellement de mon intérêt pour les théories queer que j'étudierais un de ces jours.

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06/06/2011

Les bastilles de Vichy. Répression politique et internement administratif par Vincent Giraudier

Titre: Les bastilles de Vichy. Répression politique et internement administratif41MtRemI76L._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Vincent Giraudier
Éditeur: Tallandier 2009
Pages: 268

La période de l'occupation de la France par les armées allemandes a donné lieu à de nombreuses publications. Mais il semble qu'elles soient peu nombreuses quand il s'agit d'analyser la manière dont le régime de Vichy a mis en place un régime d'internement administratif. Mais il ne faudrait pas croire que ce type de prisons soient originaire spécifiquement des régimes fascistes. C'est pourquoi l'auteur commence par définir et historiser les camps d'internement français. On y apprend qu'ils sont originaires de la troisième république et qu'ils se sont surtout développé après la Première Guerre Mondiale. D'un régime d'immigration ouvert la France est, en effet, passée à un régime d'immigration de plus en plus strict avec la mise en place de camps pour les étrangers. Ceux-ci peuvent aussi bien être des républicains espagnols que des réfugiés allemands ou autrichiens fuyant le régime nazi. Mais la république semble aussi avoir mis en place la prémisses d'un internement des français dangereux pour la patrie. Les citoyens visés étant souvent des communistes.

Ainsi, Pétain hérite d'une infrastructure législative et physique déjà constituée. Mais Pétain utilisera ce régime d'internement administratif non seulement contre des catégories d'étrangers ou d'opposants mais aussi, et en premier lieu, pour emprisonner préventivement ceux qu'il accuse d'être responsable de la défaite de 40. Alors qu'un cour spéciale est mise en place à Riom les "suspects" sont emprisonnés et soumis à un régime très strict qui contrôle les allées et venues et interdit aux internés de se voir et de se parler. Mais, tandis que la cour continue ses travaux qui aboutiront sur un échec, le régime de Vichy commence à utiliser cet internement pour de nombreuses autres personnes. Nous pouvons donc y trouver aussi bien des résistants notoires que des vichyistes victimes de révolutions de palais et des personnes internées par erreur. L'auteur nous brosse, à la fin, un tableau de lois qui ont été mises en place seulement pour Pétain et qui implique que ce dernier peut se débarrasser très facilement de toutes les personnes qu'il juge gênantes. C'est donc un système particulièrement arbitraire qui nous est présenté.

La lecture de ce livre m'a très intéressé. J'y ai appris de nombreuses choses concernant le fonctionnement judiciaire du régime de Vichy mais aussi des différents acteurs qui se côtoient dans cette époque. Ainsi, j'ai appris l'existence de groupes d'extrême droite très obscurs que je souhaiterais connaître un peu mieux. De plus, je n'avais pas idée que la France avait connu un aussi grand nombre de camps d'internement. Certains se trouvant dans des lieux actuellement touristiques comme l'île d’Yeux ou Montélimar. Mais ce qui est le plus intéressant dans ce livre c'est de pouvoir voir à quel point ce régime tente de fonctionner avec les oripeaux de la légalité alors qu'il n'est qu'arbitraire.

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22/05/2011

Savants sous l'occupation. Enquête sur la vie scientifique française entre 1940 et 1944 par Nicolas Chevassus-Au-Louis

Titre: Savants sous l'occupation. Enquête sur la vie scientifique française entre 1940 et 1944
Auteur: Nicolas Chevassus-Au-Louis
Éditeur: Seuil 2004
Pages: 251

Ce livre répond, semble-t-il, a un vide historiographique. En effet, selon l'auteur, les recherches sur les compromissions et résistances des scientifiques français lors de la seconde guerre mondiale et de l'occupation sont rares. Il souhaite donc créer une forme d'attention envers ce point particulier de l'histoire en écrivant ce livre. Pour cela, l'auteur offre, selon ses propres mots, un double travail. Une partie du livre est, avant tout, une recherche précise des faits en utilisant un nombre impressionnant de recherches, de mémoires ou d'archives. Ce qui lui permet, dans un second temps, d'écrire une histoire de douze scientifiques et de leurs actions lors de l'occupation durant laquelle il ne donne pas les références (celles-ci sont inscrites en fin de chapitre avec un commentaire). Pour, encore une fois, reprendre les mots de l'auteur nous nous trouvons face à un livre en trois parties.

La première se compose d'un seul chapitre sur près de 80 pages. Celui-ci permet à l'auteur de mettre en place le contexte de l'époque qu'il soit scientifique ou proche du champs scientifique. Ce chapitre est aussi l'un des deux seuls durant lequel l'auteur met en place un appareil de notes de bas de pages. Bref, en l'écrivant l'auteur nous permet de nous rendre compte de la force de la science française durant l'entre deux guerres et l'occupation. Il nous montre les choix politiques de ces derniers. Ceux-ci peuvent aussi bien fuir que rester et s’accommoder de l'occupant ou alors résister ou collaborer. L'auteur nous montre aussi comment le champs scientifique français a été touché par les réformes et les lois anti-juives.

La seconde partie se compose d'une douzaine de chapitres. Chacun de ceux-ci présente un événement ou un scientifique particulier. Ce qui permet à l'auteur de nous montrer quels ont été les différentes réactions face à l'Allemagne. Que ce soit l'opportunisme, la résistance relative et remise en question d'un Jolliot ou la collaboration d'un Georges Montandon. Mais ce que nous montrent ces chapitres c'est surtout une forme d’accommodation face à l'occupation. Les scientifiques tentent de faire leur métier et de garder un certains prestige à la science française tout en essayant de ne pas trop attirer l'attention des forces occupantes. Dans le même temps, le gouvernement de Vichy essaie de contrôler la science et de la réformer en créant de nouveaux instituts qui furent gardé après la Libération.

Enfin, le dernier chapitre et aussi la dernière partie tente d'expliquer pourquoi les scientifiques ont été aussi peu atteint par l'épuration d'après guerre. En effet, selon l'auteur, contrairement aux écrivains, les scientifiques furent rarement atteint par la justice et il n'y eut pas de débats aussi intenses qu'entre les écrivains. L'explication semble se trouver dans l'autonomie du champs scientifique. Alors que les écrivains ont été mis au service de l'occupant et de Vichy d'une manière intense les scientifiques ont été délaissé par l'occupant. Celui-ci ayant une piètre opinion de la science française. De plus, les réformes de Vichy en vue de contrôler la science française semble avoir toutes échoués. Donc, même si certains hommes de sciences étaient très proches des nazis et de Vichy, il n'y eut pas une collaboration aussi importante vis à vis de l'opinion publique mais plutôt une accommodation plus ou moins forte. Les résistants et les collaborateurs ne furent que relativement rare chez les scientifiques.

Mon avis sur ce livre est positif. L'auteur, cela se sent, a lu une grande partie de la littérature disponible sur le sujet et sur l'époque et en fait une large utilisation pour prouver ses propos. La lecture est, de plus, très agréable. Je trouve que le sujet est particulièrement intéressant et j'ai beaucoup apprécié les explications de l'auteur sur le rapport particulier des scientifiques avec l'occupant et Vichy. Je suis, personnellement, pas loin d'être convaincu par les positions de l'auteur. Mais j'ai, tout de même, des critiques. La première c'est que certains points auraient pu être largement décrit plus en profondeur. En fait, les douze chapitres bibliographiques auraient pu devenir un livre entier dans lequel on aurait examiné d'une manière plus précise les événements. Ce livre n'ayant qu'un but synthétique et une vue large sur les événements ce n'était, évidemment, pas possible de développer autant les recherches. J'ai, tout simplement, été frustré et je souhaite en savoir plus ce qui est aussi un but de l'auteur. Le second point c'est que, bien que je le comprenne, je n'aime pas l'idée de noter les références en fin de chapitres. Je préférerais les rencontrer directement dans le texte sous formes de notes de bas de pages ce qui me permettrait de savoir ce qui a été utilisé à quel moment. Mais ce n'est qu'un détail et mon avis sur ce livre reste favorable d'autant que l'auteur permet de mieux connaître un aspect oublié de l'occupation.

Image: Éditeur

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20/05/2011

La conquête

Rien que la bande annonce annonçait des répliques cultes. De plus, comment résister, en tant qu'étudiant en science politique, à l'idée d'un film sur la montée au pouvoir de l'un des présidents les plus puissants dans le monde médiatique (même si il ne possède pas ces médias comme c'est le cas pour Berlusconi). Dès que le rideau s'ouvre le film est annoncé. Ce n'est pas la trajectoire d'un homme politique standard qui sera montrée mais celle d'un homme qui utilise et contrôle les médias pour réussir. Le générique nous offre, donc, les noms des acteurs incarnant les différents personnages politiques sous le crépitement des flash des appareil photographiques. Celui-ci se termine sur un Nicolas Sarkozy assis, seul, dans son salon en robe de chambre et essayant de joindre sa femme, Cécila, le jours de son élection à 53%. Nous aurons donc droit aux mémoires de Sarkozy lors de SA journée, des mémoires sur les luttes qu'il a menée pour en arriver à ce point et des confrontations qu'il a eu avec les membres de son propre camps, mais tout de même ennemis, que sont Chirac et Villepin.

J'ai beaucoup aimé ce film. L'un des premier points positifs que je noterais c'est qu'il n'a pas de prise de position. On observe comment deux camps opposés d'un même partis luttent l'un contre l'autre pour le pouvoir. Sous réformes se cachent les coups bas et les fausses déclarations d'amitiés comme en est témoin cette phrase de Chirac dans le film "Oui il est là. Tout va bien. Il m'a déclaré sa loyauté je ne l'ai pas cru, je lui ai souhaité bonne chance pour l'UMP et il ne m'a pas cru". Oui, un autre point que j'ai apprécié dans ce film ce sont ces petites phrases assassines. Il ne faut pas oublier que la politique est avant tout une affaire de mots. Ces mots ne sont pas anodins ils annoncent des coups, des positions tout autant que le mépris ou la loyauté. En politique, les mots sont des glaives qu'il s'agit de manier pour contrer son adversaire dans une forme d'escrime. Et ce film est constellé de ces petites phrases que l'on a pu entendre dans le cadre de l'actualité politique française.

Ce que ce film offre est, donc, un spectacle de la politique. Il nous montre que le but des politiciens n'est pas le bien commun, bien qu'ils puissent être persuadé de le défendre, mais la recherche ou l'entretient du pouvoir. Ainsi, nous observons les deux camps tout faire pour que l'autre perde son pouvoir. L'élection est dans cinq ans, et pourtant, Sarkozy commence sa compagne dès son entrée comme ministre en sachant bien qu'un candidat ne se construit pas en une nuit. Ces batailles politiques plus ou moins polies et policées sont mises à mal par un Sarkozy qui ne suit pas les règles du jeu en annonçant de façon tonitruante ses opinions et volonté. Ce qui ne peut que le rendre peu populaire pour les chiraquiens. Alors, on ne sait pas vraiment si les évènements sont réels et on ne le saura sûrement jamais. Mais je pense que ce film montre très bien comment un politicien prend le pouvoir et réussit à le gagner avant même les élections officiels. Pour conclusion je dirais que ce film illustre bien une caractéristique fondamentale du jeu politique. Celui-ci est un sport de gentlemen mais joué par des brutes.

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10:09 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la conqête, nicolas sarkozy | | | |  Facebook

15/05/2011

"Notre ventre, leur loi!" Le mouvement de libération des femmes de Genève par Carole Villiger

Titre: "Notre ventre, leur loi!" Le mouvement de libération des femmes de Genèveartoff201.jpg
Auteure: Carole Villiger
Éditeur: Alphil 2009
Pages: 151

Je m'intéresse régulièrement au féminisme dans le cadre de ce blog. Mais je n'ai pas encore présenté de livre qui analyse un mouvement particulier de la lutte féministe. D'ailleurs, les mouvements sociaux, féministes comme non féministes, font aussi partie des thèmes qui m'intéressent. C'est pourquoi j'ai décidé de lire ce livre qui m'intéressait depuis longtemps. Cet ouvrage semble avoir tiré beaucoup d'informations du travail de mémoire de l'auteure, Carole Viliger, actuellement en train d'écrire sa thèse de doctorat. Il tente d'analyser les origines, les actions mais aussi la construction interne et la fin du MLF de Genève en une petite centaine de pages.

Nous y apprenons beaucoup de chose sur le mouvement néo-féministe en général et sur le MLF de Genève en particulier. Il apparaît que ce mouvement prend naissance dans la vague d'un renouveau mondial du féminisme qui ne lutte plus pour des droits politiques mais pour une remise en cause globale de la société. Ce qui ne peut que créer des frictions avec les anciennes militantes qui agissent d'une manière moins tapageuse. Ainsi, les thèmes de lutte du MLF concerne avant tout la sexualité et le corps féminin ainsi que la division sexuelle du travail. La lutte en faveur de ces thèmes se font sur le ton de la dérision et de l'humour mais aussi par des actions plus spectaculaires. Ainsi, les militantes n'hésitent pas à perturber des congrès ou des colloques de médecin ou à occuper des locaux voir des bureaux administratifs. Mais il ne faudrait pas croire que le mouvement est exempt de problèmes. Non seulement il doit faire face à une division interne sur les méthodes d'action et à des attaques externes mais il doit aussi se poser la question de la manière dont il traite ses militantes lesbiennes. Cette problématique semble avoir conduit à une forme de scission dans le MLF. De plus, après dix ans le mouvement s’essouffle et laisse la place à un féminisme plus institutionnel et moins révolutionnaire.

J'ai beaucoup aimé ce livre. Il est très bien écrit ce qui permet de le parcourir avec plaisir sans s'ennuyer en apprenant énormément de choses sur le MLF. De plus, j'ai beaucoup apprécié l'aspect critique envers le fonctionnement interne du MLF de Genève qui permet de se rendre compte qu'il n'est de loin pas parfait et absent de formes de dominations interne. J'ai tout autant apprécié que le livre soit constellé de tracts et de caricature écrites par le mouvement. En effet, voir les sources permet de se rendre compte de leur style et leur ton ainsi que de savoir comment elles sont véritablement. Ce que nous ne pouvons pas avoir avec de simples citations. Je suis aussi très favorable envers la démarche de l'auteure. En effet, aux cotés des sources écrites elle met en place des sources orales qui lui permettent de préciser certains points. C'est, donc, à mon avis un très bon livre de synthèse sur le sujet. Bien entendu, j'aurais aimé avoir plus d'informations sur certains points comme l'épisode de l'occupation des locaux d'un bistro de Genève ou le fonctionnement interne. Mais ce n'était pas dans la démarche de cette recherche et, donc, on ne peut pas le lui reprocher.

Image: Éditeur

11/05/2011

Histoire de l'identification des personnes par Ilsen About et Vincent Denis

Titre: Histoire de l'identification des personnes51FnAuN1I2L._SL500_AA300_.jpg
Auteurs: Ilsen About et Vincent Denis
Éditeur: La Découverte 2010
Pages: 125

Je l'ai déjà dit, je suis très intéressé par les thématiques concernant la surveillance surtout quand celles-ci sont en lien avec les nouvelles technologies de l'information et de la communication. C'est une littérature de plus en plus abondante, en est témoin la bibliographie à la fin de ce livre, mais semble qu'il manque un ouvrage synthétique sur le sujet. Ce tome de la collection Repère des édition de La Découverte a le but de créer cet ouvrage synthétique. Ici cette synthèse se fait d'une manière historique en analysant les différents usages et objets de l'identification des personnes depuis l'an mil jusqu'à nos jours.

Il y a donc cinq chapitres principaux qui sont autant de phases différentes dans le processus d'identification. Le moyen âge, ainsi, est connu pour l’inter-connaissance qui implique l'identification. Mais c'est oublier qu'il existe aussi de nombreux autres moyens de savoir qui se trouve en face de nous. Ceux-ci sont les sceaux mais aussi, et surtout, l'héraldique qui est devenu un véritable langage symbolique que des experts analysaient. Mais il existait aussi des papiers qui impliquaient un droit de traverser un territoire. Moins qu'une identification c'est surtout un prestige qui supporte le pouvoir d'un personnage le porteur n'étant qu'accessoire. Nous y trouvons aussi une volonté d'identifier les criminels selon leurs crimes en les marquant physiquement. L'époque qui suit voit l'arrivée de nombreux papiers qui permettent de contrôler les déplacements de certaines catégories de population. Dans une époque qui a connu de grandes épidémies il est parfois nécessaire de certifier son état de santé pour pouvoir voyager. Les registres se multiplient en permettent d'identifier les individus sans qu'il ne soit présent. Dans le même temps se développe les techniques de descriptions du corps qui devaient permettre d'assurer l'identification d'une personne.

L'arrivée de l'état-nation voit se confirmer la tendance à contrôler les personnes présentent sur le sol national. Il devient nécessaire de savoir qui est présent et quel est son statut. Non seulement pour savoir qui paie les taxes mais aussi pour contrôler l'entrée dans l'armée. Le contrôle de certaines "classes dangereuses" (ouvriers et étrangers) s'intensifient dans le même temps. Ce contrôle sera de plus en plus avancé dans la période qui précède la seconde guerre mondiale et qui a conduit aux abus que nous connaissons. Ce que nous pouvons voir se dessiner c'est, non seulement, une identification permanente et intégrée de tous les citoyens mais aussi, et surtout, un contrôle de qui a le droit de voyager dans les limites de l'état national. C'est pourquoi les étrangers commencent à être contrôlé en tout temps. Le début du XXIe siècle voit arriver une société dans laquelle seules les personnes identifiables peuvent accéder aux droits civils, politiques et de voyages excluant irrémédiablement ceux qui sont sans papiers ou qui refusent d'intégrer le système de surveillance. Mais, même en refusant, il est de moins en moins possible de sortir d'un système capable d’observer et d'identifier n'importe qui à l'aide de dispositifs de surveillances et de registres tentaculaires. Ce que cette démarche montre c'est que les moyens sont différents selon l'époque mais les outils visent trois points qui sont historiquement stables: les moyens d'identifications sont les même (corps, signature), les discours de légitimations qui visent à faire accepter la surveillance au nom de la prévention du crime et le contrôle des déplacements.

Il me reste à dire ce que j'ai pensé de ce livre. Tout d'abord, il ne faut pas oublier que nous nous trouvons face à un livre de synthèse. De nombreux points auraient pu faire l’objet de recherches et de développements plus poussé. C'est pourquoi il est nécessaire de se référer à la bibliographie qui permettra aux intéressés d'entrer plus profondément dans le sujet. Ensuite, ce livre n'a pour objet de créer un débat citoyen actif. Il souhaite poser des points que la recherche tient pour sur. Mais il ne prend pas véritablement parti pour l'une ou l'autre des parties bien que les auteurs s’inquiètent du manque de débat démocratique sur le sujet. Personnellement, j'aurais apprécié un livre plus critique mais ce n'est pas l'objet d'un ouvrage de synthèse. Il est aussi normal que ce livre ne soit pas passionnant. On passe très rapidement sur de nombreux sujets sans avoir le temps de les développer et permettre un intérêt. Les auteurs sont obligés de rester à la surface du sujet ce qui n'est jamais bon pour l'intérêt d'un livre. Cependant, je trouve qu'il est louable d'avoir écrit cet ouvrage et si on accepte son but les différentes informations qu'il donne permettent de comprendre comment l'identification a muté ou s'est pérennisée dans différentes périodes historiques. C'est, donc, un très bon ouvrage pour entrer dans le sujet et pour avoir des informations de base sur celui-ci. A noter, ce livre existe aussi en version numérique.

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06/05/2011

La démocratie à l'ère numérique par Henri Oberdorff

Titre: La démocratie à l'ère numérique9782706115745_cv_medium.jpg?1265979892
Auteur: Henri Oberdorff
Éditeur: Presses Universitaires de Grenobles 2010
Pages: 205

Comme je l'ai déjà dit je suis très intéressé par les utilisations des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Je suis particulièrement attentif à leurs utilisations en matière de surveillance. Que celle-ci soit le fait de l'état ou d'entreprises privées comme facebook ou apple. C'est pourquoi je me suis intéressé au livre de M. Obrdorff. Ce livre tente de comprendre comment les NTIC influent et transforment la société démocratique. Non seulement en la facilitant mais aussi par les défis que le numérique offre à la démocratie. La question est donc de savoir comment utiliser au mieux les outils que fournissent les NTIC mais aussi de savoir comment éviter ou stopper les dérives qu'impliquent ces même outils.

Le livre de M. Oberdorff se divise en deux grandes parties. La première tente de comprendre comment le numérique peut étendre la démocratie. L'auteur considère que les outils de l'internet permettent, non seulement, de créer des outils de votes en lignes mais surtout de créer une communication plus importante entre le citoyen et l'administration ou/et les élus. Ainsi l'auteur observe que les politiciens et l'état mettent en place de nombreuses plateformes pour communiquer les résultats et les idées mais aussi pour écouter les citoyens. Parallèlement, une e-administration se développe. Celle-ci permet d’accéder beaucoup plus facilement aux outils administratifs dont les citoyens pourraient avoir besoin et, donc, à rendre la réponse plus rapide pour un coût moindre.

La seconde partie du livre permet à l'auteur de se poser la question des dérives et des défis que l'internet offre à la démocratie. Ainsi, l'auteur commence par examiner la cyberdélinquance d'une manière très détaillée ainsi que les réponses que l'état offre à celle-ci. M. Oberdorff considère que la cybercriminalité atteint souvent les droits fondamentaux et, donc, doit être stoppée. Dans un second temps l'auteur examine les dérives sécuritaires de l'internet en observant qu'il est de plus en plus difficile, pour le citoyen, d'éviter d'être fiché à un endroit ou un autre. Ensuite M. Oberdorff examine quel type de citoyen implique une cyber-démocratie. Il propose d'offrir un accès de qualité à un nombre élevé de citoyens pour que ceux-ci puissent participer à la prise de décision ou contester une décision.

Je suis très critique face à ce livre. Par parce que je suis fondamentalement contre les positions de l'auteur ou parce que je considère ce livre comme mauvais mais plutôt parce que je considère qu'il n'est pas complet. Premièrement, je considère que ce livre est beaucoup trop franco-centriste pour être convainquant et beaucoup trop axé sur le droit (français). Je trouve que l'on perd une grande partie des usages réels d'internet si on se base sur un seul pays, l'auteur semble ne pas considère qu'il puisse exister une forme de démocratie directe, et sur le droit. En effet, le droit n'indique pas les usages mais les contrôles que la société souhaite créer. Ensuite, au contraire de l'auteur je considère que les technologies sont formée dans un contexte socio-politique et communiquent une pensée socio-politique particulière. Donc, les technologies sont loin d'être neutres. Je trouve aussi que l'auteur est beaucoup trop positif face aux usages démocratiques de l'internet. En effet, non seulement je pense qu'il faudrait analyser la manière dont les citoyens utilisent ces outils plus que leur existence mais je pense aussi qu'il faudrait être plus prudent face aux utilisations malveillantes de l'internet. Dans ce cadre je trouve révélateur que l'auteur n'analyse que très rapidement la surveillance étatique ou/et des entreprises. J'ai donc eu l'impression de me trouver en face d'un livre techniciste qui analyse l'existence d'outils et qui souhaite créer un nouveau type de citoyens mais qui oublie les usages réels et les attentes de la part de ces même citoyens. Je déplore aussi l'absence d'analyse de l'internet que je qualifierais alternatif. Alternatif dans le sens ou il ne s'inscrit pas dans la société capitaliste telle que nous la connaissons. Ainsi, aucun chapitre ne mentionne le mouvement du libre alors que c'est une action très importante. Cependant, cela ne veut pas dire que je n'ai pas apprécié les propose de M. Oberdorff. Simplement, je suis très critique face à ses positions que je trouve trop détachées du monde social.

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21/04/2011

Liberté économique et responsabilité sociale. Des corporations au mondialisme sous la direction de Jean-François cavin

Titre: Liberté économique et responsabilité sociale. Des corporations au mondialisme
Directeur: Jean-François Cavin
Éditeur: Centre Patronal 2004
Pages: 185

Un peu par intérêt et beaucoup par obligation j'ai décidé de lire ce 31ème tome de la série études et enquêtes éditée par le Centre Patronal. Ce centre est un groupement patronal du canton de Vaud qui souhaite organiser les différentes professions du canton et les aider dans ce sens. Il offre aussi de nombreux services et agit assez fortement dans certaines compagnes de votations (comme la dernière en date sur Vaud concernant les prestations complémentaires). L'avant-propos de ce livre nous communique le but de ce recueil d'articles. Le centre patronal souhaite y étudier les idéologies de ses fondateurs historiques et observer comment celles-ci peuvent être mises en place, revendiquées, dans notre monde actuel. Concrètement, ce livre est divisé en trois parties que je vais tenter de présenter.

La première partie est, en quelque sorte, une étude "historique". D'ailleurs, son titre est "retour aux sources". Je met historique entre guillemets car les deux articles qui s'y trouvent ne sont historiques que parce qu'ils étudient des événements passés. Je m'explique, le premier article examine la fondation des ancêtres du Centre Patronal et de la Fédération Patronal Vaudoise en nous offrant de nombreux faits utiles. Mais l'auteur passe rapidement sur des aspects problématique de cette histoire. Ainsi certains personnages et certaines organisations sont mentionnées comme ayant été important historiquement parlant pour le Centre Patronal mais l'auteur ne mentionne jamais l'aspect pro-fascistes d'un nombre important de ceux-ci. Un aspect qu'il faudrait étudier dans le cadre d'une étude historique sérieuse. Le second article est une grossière hagiographie des fondateurs des associations patronales vaudoises qui sont tous intelligents avec une personnalité forte mais juste et capable de faire du profit tout en observant le bien commun. Je suis surpris que l'auteur de cet article ne mentionne pas de miracles!

La seconde partie est plus technique puisqu’elle examine la manière dont l'action collective patronale s'est organisée en Suisse. Mais on y trouve tout de même des informations importantes concernant l'idéologie du Centre. Ainsi, le Centre considère que al lutte des syndicats est un danger quand elle s'oppose résolument aux patrons et à l'ordre économique "légitime". Au contraire, les ouvriers devraient s'organiser dans des organisations communes avec les patrons pour réfléchir ensemble au mieux être commun. On retrouve ici l'idéologie néo-corporatiste du Centre. Les auteurs considèrent aussi que les prestations sociales devraient être de la responsabilité des organisations patronales et non de l'état. Il faudrait donc laisser les patrons organiser et créer des caisses sociales avec leurs règles et leurs contrôle avec toutes les dérives que cela peut impliquer.

Une dernière et troisième partie examine l'opportunité du néo-corporatisme dans la mondialisation actuelle. Cette idéologie est considérée en alternative au néo-libéralisme mais aussi face aux altermondialistes. Ceux-ci sont d'ailleurs conspués allégrement dans le cadre des différents articles de ce livre. Les auteurs y sont convaincus de la supériorité de leur idéologie qui permettrait de passer outre tous les problèmes sociaux en réunissant les membres de la société autour des professions. L'état, dans ce cadre, devrait être limité au maximum puisque les organisations professionnelles prendraient le relais de certaines de ses missions.

En conclusion, je dirais que ce livre est principalement un outil de propagande au service de l'idéologie défendue par le Centre Patronal. En défendant celle-ci les auteurs attaquent le néo-libéralisme mais aussi la gauche et particulièrement son aile critique. De plus, les idées qui sont développées dans ce livre pourraient conduire à mettre dangereusement à mal certains droits sociaux communs. J'ai aussi ressenti un anti-féminisme non-revendiqué mais fort dans les lignes de ce recueil. Ainsi, mesdames, vous serez heureuses d'apprendre que lorsque vous travaillez ce n'est pas pour vous mais soit parce que vous être seules avec un membre de la famille à charge soit pour un salaire d'appoint! Bref, à moins que vous ne souhaitiez vous lever en criant "Vive les patrons, vive le capitalisme et à bas la gauche!" à la fin de ce livre je déconseille fortement sa lecture sans réflexion fortement critique. Bref, un seul mot suffit pour résumer ce livre et mona vis sur lui: Propagande.

18/04/2011

Logique du pire, logique d'empire ou la guerre sans fin des Etats-Unis par Jean-Philipp Melchior et Gérard Gourmel

Titre: Logique du pire, logique d'empire ou la guerre sans fin des Etats-Unisv_book_99.jpg
Auteurs: Jean-Philipp Melchior et Gérard Gourmel
Éditeur: Cénomane 2003
Pages: 221

Si vous cherchez un livre engagé vous serez largement servi avec celui-ci! Les deux auteurs, avec des passages d'autres collaborateurs en fin du livre, souhaitent y analyser les guerres que les USA ont engagées contre différents pays dit voyous. Selon eux nous pouvons trouver, dans l'histoire des USA, une forme de culture politique de l'impérialisme. Culture politique qui pourrait venir de la conscience d'une forme d'exception du destin du pays. Celle-ci justifiant les actes guerriers au nom de la civilisation. Les auteurs font cette analyse sur quatre parties. Tout d'abord ils tentent d'analyser les raisons utilisées par le gouvernement de Bush pour justifier une attaque sur l'Irak. On y découvre, si on ne le savait pas déjà, que l'administration de Bush a utilisé des mensonges pour détruire une nation déjà passablement mal au point (à cause autant de Sadam que de l'embargo).

Les deux prochains chapitres nous montrent comment une partie de l'intelligentsia des États-Unis considère le monde selon leurs besoins. Selon les auteurs ces penseurs essaient de garder le contrôle du monde en utilisant le libéralisme, qui est largement favorable au pays, et une forme de répression. Cette répression se base sur un discours dogmatique manichéen qui identifie des ennemis diaboliques face à un défenseur du bien: les USA. Dans ce contexte on ne peut pas critiquer la politique étasunienne sans être conte eux. Enfin, les auteurs analysent l'appareil militaires des USA. Ils montrent à quel point celui-ci est sophistiqué. Ceci cachant la stratégie d'empêcher la constitution de défenses appropriées et de concurrents possibles sur la scène internationale. C'est dans ce contexte que le concept de guerre préventive prend tout son sens: détruire les capacités ennemies avant même qu'elles puissent exister. La seuls défense possible est donc, pour l’ennemi, de développer le plus vite possible une technologie fortement intimidante: le nucléaire.

Ce livre est fondamentalement engagé et c'est pourquoi je l'apprécie. Je sais que ses détracteurs pourraient utiliser le mot facile d'anti-américanisme. Un mot souvent utilisé quand on critique les concepts et agissements de cette hyperpuissance. Mais ce serait trop simple d'évacuer cette analyse de la politique internationale des USA. On y découvre un cynisme et une hypocrisie qui ne sont freinés par aucun autre pays puisque personne ne possède la même puissance militaire. Ce qui permet aux États-Unis d'agir sans risquer d'être remis en question. C'est ainsi que le gouvernement peut soutenir des régimes dictatoriaux et aider à écraser des résistances au nom de la démocratie et de la lutte contre le terrorisme. C'est ainsi que les agences nationales peuvent mettre en place des stratégies qui répondent parfaitement à la définition du terrorisme au nom de la liberté. C'est pourquoi nous ne devons pas rester aveugle face à des agissements dangereux pour la stabilité mondiale.

Image: Éditeur

07/04/2011

La décadence sécuritaire par Gilles Sainati et Ulrich Schalchli

Titre: La décadence sécuritairearton212.jpg
Auteurs: Gilles Sainati et Ulrich Schalchli
Éditeur: La Fabrique
Pages: 105

Pour ceux qui ne s'en seraient pas déjà rendu compte j'ai un intérêt particulier pour les sujets concernant la surveillance et le contrôle des citoyens. Que ceux-ci soient menés par l'état ou des organismes privés. Ce livre concerne la mise en place d'une forme de surveillance et de criminalisation des citoyens au nom de la sécurité. Il est écrit par deux anciens secrétaires du syndicat de la magistrature française ce qui explique, probablement, certaines caractéristiques de ce livre. Ces deux auteurs tentent, donc, de nous brosser le tableau des différentes réformes de la justice qui ont été menées en France. Mais ils font aussi le lien avec une doctrine nord-américaine qui considère que tout acte potentiellement criminel doit être puni fortement pour éviter une supposée extension de ces actes.

Bref, après une introduction et un tableau historique de la doctrine répressive nord-américaine les deux auteurs nous donnent les effets de ces réformes. Celles-ci, considérant qu'un acte doit être puni sans délai, mettent en place un système judiciaire bureaucratisé qui viole largement certains points fondamentaux de la démocratie. Non seulement la séparation des pouvoirs est mise en péril à cause du contrôle massif de l’exécutif sur les magistrats et la police mais, en plus, les procédures sont accélérées en coupant court aux possibilités d'examens contradictoires et d'une partie des droits de contestation. De plus, la culture du résultat, qui implique financement, implique la police et les magistrats doivent réussir à régler le plus d'affaires avec le moins de temps possibles. Il devient donc de plus en plus difficile de mettre en place une enquête de longue durée sur un crime compliqué alors que l'on peut résoudre quinze affaires mineurs par jours sans trop d'efforts. Mais, bien entendu, sans réussir à vraiment rendre justice.

A la fin de ce livre on peut considérer que la démocratie et la justice semblent voir été oublié au nom d'un idéal de sécurité qui implique le droit de contrôler tous les citoyens. Mais il n'y a pas que cela. Derrière ce contrôle se cache une cible: les classes dites dangereuses. Celles-ci sont, en effet, de probables contestataires violents qui pourraient créer de larges problèmes à la société actuelle. Il est donc nécessaire d'empêcher que ces classes puissent se révolter d'une manière violente en réprimant tout acte possiblement criminel de celles-ci sans, pour autant, aller à la source du problème. Il est d'ailleurs révélateur que les élites ne soient pas soumises aux réformes menées. Cependant, le lecteur pourrait se sentir frustré dans sa lecture. En effet, les auteurs ne font souvent que mentionner certains cas exemplaires alors que l'on souhaiterait une analyse plus poussée. De plus, le livre manque singulièrement de références scientifiques et médiatiques ce qui nuit à sa crédibilité. Il serait donc souhaitable d'entreprendre un véritable travail de recherche sur le sujet.

Image: Éditeur

18:34 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : securite, surveillance, police, justice | | | |  Facebook

03/04/2011

l'Agence (the adjustment bureau)

Il y a pas mal de temps que je n'avais pas été au cinéma il fallait bien que je répare cette erreur. Pour cela je suis allé voir le nouveau film de Matt Damon (un acteur que l'on voit de plus en plus souvent dans des rôles titres) nommé l'Agence. Il faut savoir que ce film a été écrit selon une des nombreuses nouvelles écrites par Philip K. Dick. Un auteur dont il faudra que je me plonge dans l’abondante œuvre un de ces jours. C'est aussi l'un des auteurs qui a connu le plus grand nombre d'adaptation de ses œuvres au cinéma (bien que parfois l'adaptation soit très libre).

Matt Damon est donc, dans ce film, un brillant et jeune politicien, David Norris, en route vers la gloire et le prestige car il gagne de nombreuses élections avec un style très particulier. Bon, même si c'est un gagnant il a tout de même perdu sa dernière élection à cause de frasques de jeunesse. Alors qu'il préparait son discours dans les toilettes de l’hôtel il rencontre une jeune femme qui s'y cache. Le coup de foudre est immédiat et les deux personnages sont convaincus qu'ils doivent passer leur vie ensemble. Mais, la jeune femme disparaît dans les escaliers de l'immeuble alors que David Norris fait son discours. Il ne devait jamais la revoir. Mais, un matin, un heureux hasard le fait la rencontrer dans le bus alors qu'il part au bureau. Ce même hasard le fait arriver dix minutes en avance à son travail ce qui lui permet de voir en action les membres de l'Agence. Il apprend, donc, quels sont les buts et moyens de cet Agence et que, surtout, il ne peut ni ne doit lutter contre elle. Pour Norris il faudra donc choisir: se battre pour l'amour ou accepter le plan?

Je pense que même un novice comme moi en ce qui concerne Philip K. Dick peut se rendre compte que ce film contient clairement certains des thèmes de cet auteur. Ce n'est pas seulement une histoire d'amour romantique entre deux personnes faites l'une pour l'autre. C'est un film sur le libre arbitre. Est-ce que nous possédons celui-ci ou est-ce que nous avons l'impression de l'avoir alors que nous ne faisons que suivre un plan prédéfinis (que ce soit par nous même ou par d'autres). C'est aussi un film sur l'humanité. Quel est le plus important dans l'être humain? La raison telle quelle est défendue par les membres de l'Agence. Une raison froide mais qui permet d'améliorer le futur? Ou alors est-ce que l'être humain est aussi fait d'émotions qui, bien que destructrices par nature, permettent de donner un vrai sens à la vie? Mais on peut apprécier ce film sans se poser ces questions. C'est aussi un bon film d'amour avec de nombreuses scènes drôles et belles. Que ce soit le soir du discours de défaite ou alors dans une rue tandis que Norris court après la femme de ses rêves. Personnellement, j'ai apprécié ce film.

Image: site officiel

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10:34 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : agence, philip k dick | | | |  Facebook

01/04/2011

Citoyens sous surveillance. La face cachée d'internet par François Fortier (traduction de Virtuality Check)

Titre: Citoyens sous surveillance. La face cachée d'internet (Virtuality Check)t069.jpg
Auteur: François Fortier
Traducteur: Danielle Collignon
Éditeur: Ecosociété 2002 (Verso 2001 édition originale)
Pages: 128

Les influences et les significations politiques que les nouvelles technologies de l'information et de la communication ont sur la société est un thème qui me tient particulièrement à cœur et qui explique pourquoi je suis tenté de supporter le parti pirate. Il ne m'a donc pas fallu un temps de réflexion très long avant de me décider d'emprunter cet ouvrage. Celui-ci est, selon l'auteur, tiré de la thèse qu'il écrite entre 1991 et 1996 à York. Le livre datant du début du millénaire il est facile, et logique, d'observer qu'il date un peu vu le nombre de changement qu'a connu l'internet entre temps. Mais cela ne veut pas dire que les conclusions et appréhensions de l'auteur ne soient pas encore d'actualité voir exacerbée quand on examine les dernier changements.

Ce livre est structuré en trois chapitres sans compter l'introduction et la conclusion. Le premier permet à l'auteur de définir deux concepts importants: la société civile et les technologies de l'information et de la communication. Ce chapitre sert aussi à l'auteur pour présenter les différents courants qui ont analysé ces TIC et leurs caractéristiques. Alors que certains oublient totalement l'aspect politique et social des TIC d'autres, donc le courant dans lequel s'inscrit l'auteur, considèrent que les TIC sont non seulement inscrit dans la société mais, plus encore, sont les supports d'une certaine idéologie politique et, donc, ne sont pas neutres. Le troisième chapitre tente, lui, de trouver des moyens d'utiliser les TICs dans une autre perspective que l'idéologie libérale qui en sont constitutifs. L'auteur milite donc pour une réappropriation par les citoyens eux-même, et non une élite, de ces outils selon leur propres besoins et non ceux que l'on pense qu'ils pourraient avoir.

Le second chapitre, le plus long des trois, examine quatre aspects problématiques des TICs. Le premier de ces aspects est le contrôle qui est imposé aux travailleurs par l'utilisation des TICs. Non seulement ceux-ci perdent leurs capacités d'arguer de compétences propres, maintenant utilisable via les machines, mais en plus ils perdent l'autonomie de leur temps puisque les TICs permettent de contrôler l'utilisation qui est faite du temps de travail (le pointage) voir, même, du temps de loisir (voir un article très intéressant sur le portail des quotidiennes qui montre que les cadres sont aussi victimes de cet aspect: Smartphone ou l'esclavage moderne). Le second aspect concerne l'information. François Fortier fait le constat, déjà connu avant lui, que les médias sont de plus en plus condensés en quelques groupes monopolistiques qui sont capable de contrôler très largement l'information. Mais internet semble rendre ce processus encore plus rapide et plus complet en contrôlant non seulement l'information mais aussi les médiateurs de cette information que sont les télévisions, les téléphones et l'internet. Cet aspect montre que l'internet, loin d'être cette ouverture vers les opinions de tous les citoyens, a tendance à être de plus en plus cadré et les opinions non-orthodoxes ostracisées.

Dans un troisième temps l'auteur nous montre que les citoyens sont aussi de plus en plus surveillé par les entreprises. Au nom de l'information pertinente et du marketing les entreprises s'arrogent le droit de surveiller et de constituer des dossiers personnels sur leurs clients qu'ils revendent ou utilisent pour cibler leur ventes. Le citoyen perd, donc, le contrôle de sa vie privée qui est archivée, analysée et commercialisée au nom du libéralisme. Enfin, et en lien avec l'exemple précédent, l'auteur analyse les contrôles que l'état, mais aussi certains groupes privés, tente d'instituer sur l'internet. Au nom d'une lutte légitime contre une forme de criminalité et contre la pédophilie et, moins légitime, la défense des droits d'auteurs les dispositifs de filtrage des contenus et de surveillance des citoyens se multiplient et deviennent de plus en plus complexes. Pire encore, ce ne sont pas les fournisseurs qui sont criminalisés mais les receveurs qui, je le concède pas toujours, ne sont pas forcément avertis du caractère illégale de leur activité. Au nom d'une défense de certains intérêts on criminalise un citoyen de moins en moins conçu comme innocent jusqu'à preuve du contraire.

Au final, j'ai été convaincu par les thèses avancées par l'auteur. Bien que l'ouvrage puisse souffrir d'un manque de développement il est compensé par une rigueur de l'analyse et des références. Je suis donc parfaitement satisfait de ma lecture et je considère que ce livre devrait connaître une diffusion plus vaste à cause des problématiques qu'il soulève. Donc le monde actuel qui connaît une diffusion énorme des TICs mais aussi une hausse considérable des appareils de répressions, de surveillance ou de contrôle du citoyen je trouve étonnant que ce type d'analyse, même si c'est pour la contester scientifiquement, n'est pas plus nombreuses. Cet ostracisme d'un sujet important dans notre société actuel est dommageable non seulement à la compréhension scientifique des outils d'informations et de communications mais aussi, et surtout, au débat politique et de la société civile sur l'utilisation favorable ou non envers les citoyens de ces même outils.

Image: Site de l'éditeur

25/03/2011

Le salaire des neutres, Suisse 1938-1948 (Politik und wirtschaft im krieg) par Hans-Ulrich Jost

Titre: Le salaire des neutres, Suisse 1938-1948 (Politik und wirtschaft im krieg)41GW7MGMW8L._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Hans-Ulrich Jost
Traducteur: Henry Debel
Éditeur: Denoël 1999
Pages: 419

Je pense à lire un ouvrage de Hans-Ulrich Jost depuis que je suis entré en histoire à l'université. Mais soit j'oubliais soit je n'avais pas le temps ou encore je pensais à autre chose au moment de choisir un livre. Bref, il m'a fallu beaucoup de temps pour, enfin, me décider à parcourir l'un des livres que cet historien célèbre à écrit. Je parle d'un historien célèbre mais je sous-estime ce point. C'est, en effet, l'un des rares historiens largement connu dans le grand public et dont les recherches ont été discutée et abondamment critiquée par des non-historiens. Il faut dire que son domaine des recherches n'est pas de ceux qui soient les plus facile puisqu'il traite de la Suisse lors de la seconde guerre mondiale. Un point qui est encore très chatouilleux pour un certains nombres de citoyens de ce pays et une histoire qui laisse encore largement place aux mythes plutôt qu'à la vérité historique.

Il semble que le livre que j'aie choisi soit une tentative de synthétiser et de rendre plus accessible un certains nombres de faits de l'histoire de la Suisse durant la seconde guerre mondiale. C'est pourquoi nous y trouvons des informations autant sur les aspects politiques que militaires et, surtout, économique de l'époque. L'aspect militaire nous offre le tableau d'une suisse dont le général, Guisan, agit d'une manière, parfois, contradictoire et souvent dans le dos du Conseil Fédéral. On nous offre un général qui a créé de vives tensions avec le gouvernement de l'époque et dont les soldats sont utilisés surtout pour éviter le chômage et donner de l'espoir en la capacité de résistance du pays. L'aspect politique tel que le dépeint Jost est assez sombre. La lecture nous montre les actions et réactions d'un gouvernement très proche des thèses autoritaires et qui accepte des offres de revoir le fonctionnement du pays à l'aune d'un plus grand autoritarisme. C'est dans cette ambiance que les frontistes, les fascistes et les ligues se multiplièrent alors que la gauche était combattue avec force. Cependant, c'est l'aspect économique qui est le plus intéressant. En effet, la Suisse tente d'agir en vue de constituer une force économique stable et même croissante durant et après la guerre. En vue de ce but elle se compromet de nombreuses fois avec les gouvernements fascistes dont elle accepte l'or et à qui elle vend des armes. Bien loin de l'image mythique du réduit neutre c'est une suisse intéressée et utilisant l'économie comme arme de guerre qui se fait jours et dont les élites étaient singulièrement proches des fascistes. Trop pour leur tranquillité d'esprit après la guerre.

J'ai appris beaucoup de choses en lisant ce livre. De nombreux points que je connaissais sans les avoir approfondi et d'autres très nombreux points dont je n'avais aucune idée. J'ai, entre autre, été frappé par les agissements de la Ligue Vaudoise dont on ne connaît pratiquement rien alors que ce groupe est toujours en activité. Il est intéressant, aussi, d’avoir mis en place un chapitre conclusif qui pose la question de la relation de la société, et des autorités en particulier, avec l'histoire. Ce qui permet d'expliquer le traitement qui a été infligé à ce thème depuis la fin de la guerre. J'ai aussi trouvé l'écriture et l'argumentation de Jost particulièrement facile à suivre. J'ai eu beaucoup de plaisir à parcourir ce livre. Cependant j'ai une petite interrogation. J'ai compris que ce livre a été traduit pour un public francophone mais la traduction a aussi consisté à changer les francs suisses en francs français. Je me demande si ceci était vraiment indispensable?

Image: Amazon

28/02/2011

Les voleurs de sexe. Anthropologie d'une rumeur africaine par Julien Bonhomme

Titre: Les voleurs de sexe. Anthropologie d'une rumeur africaine
Auteur: Julien Bonhomme
Éditeur: Seuil 2009
Pages: 192

Un titre qui attire et pour cause il implique un point sensible chez beaucoup de personnes. Mais qu'est ce qui se cache derrière lui? Il s'y cache une rumeur qui fit rire de nombreuses personnes. Cette rumeur est celle d'hommes (et de femmes mais rarement) qui, par simple touché, seraient capables de faire disparaître le sexe de leurs victimes masculines. Cette rumeur a fait rire mais c'est de manière très sérieuse que Julien Bonhomme se propose de l'examiner. En effet, cette rumeur semble exister depuis les années 70 et avoir été connue sporadiquement sur une large région de l'Afrique. Alors pourquoi a-t-elle autant de succès? Qu'est ce qu'elle implique?

Après une discussion théorique sur ce qu'est une rumeur l'auteur tente de mobiliser plusieurs explications possibles de son succès Par exemple, est-ce que la crise économique pourrait expliquer ce fantasme de vol de sexe. La crise mènerait à une forme de dé-virilisation de l'homme parce qu'il ne serait plus capable de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. C'est une explication fréquemment utilisée en sociologie des banlieues françaises, d'après mes connaissances, pour expliquer leurs flambées de violence. Mais l'auteur récuse son caractère explicatif dans le cadre de cette rumeur. Une seconde explication possible ne pourrait-elle pas être l'émancipation des femmes africaines. Celles-ci, pouvant même mieux réussir que les hommes, deviendraient des castratrices dans le sens ou les hommes perdraient leurs moyens de dominations. Cependant, là encore, l'auteur balaie cette thèse en faisant remarquer que les vols de sexes se font entre hommes et rarement avec des femmes (qu'elles soient victimes ou voleuses).

Non, pour Bonhomme cette rumeur concernant une forme de sorcellerie qui touche à l'intime prend son sens si on examine l'urbanisation de l'Afrique. En effet, selon l'auteur, l'Afrique connaît des coutumes de salutations compliquées et largement utilisées dans la société. Mais la ville est un monde particulièrement anonyme dans laquelle les salutations peuvent être dangereuses. En effet, en saluant on impose sa présence à son interlocuteur qui peut ne pas l'apprécier. La salutation devient donc dangereuse puisqu'un inconnu utilise la sociabilité pour accomplir un forfait. D'ailleurs, selon Bonhomme, les témoignages des vols répertoriés semblent être proches des réactions purement physiologiques à la peur.

En tant que lecteur j'ai bien aimé parcourir ce livre. Julien Bonhomme écrit de manière assez fluide sans utiliser des termes particulièrement abscons comme on peut en trouver en sociologie (il critique, d'ailleurs, cette science pour son abstraction alors que l'anthropologie serait plus proche des évènements). Ce livre nous offre aussi quelques informations de base sur la sorcellerie africaine qui sont nécessaires si on veut comprendre la rumeur examinée. De plus, l'auteur tente de reconstituer le déroulement précis d'un vol de sexe jusqu'à sa conclusion ce qui permet de nous rendre compte de ce qu'elle implique. J'ai aussi été convaincu par la thèse avancée par l'auteur. Il faut tout de même noter que je ne connais pas grand chose à la sorcellerie et à l'Afrique. Je suis aussi totalement novice en anthropologie. Des erreurs ou des imperfections dans le développement ont donc pu m'échapper.

Image: Seuil

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18/02/2011

Par le trou de la serrure. Une histoire de la pudeur publique XIX-XXe siècle par Marcela Iacub

Titre: Par le trou de la serrure. Une histoire de la pudeur publique XIX-XXe siècle314%2B-W-yTqL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Marcela Iacub
Éditeur: Fayard 2008
Pages: 352

Marcela Iacub n'est pas une historienne ni une sociologue mais une juriste française ce qui se sent très facilement lors de la lecture de son livre. Cependant, ce n'est pas parce que l'on n'a pas étudié les sciences sociales que l'on ne peut pas parler de problèmes sociaux ou de thèmes sociaux. Mais la manière d'écrire de l'auteure est différente que si elle avait été formée dans ces disciplines. En effet, Marcela Iacub tente de découvrir la vision pénale de la pudeur qui se cache derrière les lois. Pour cela elle utilise de nombreux exemples juridiques qu'elle met en parallèle avec son analyse des différents articles (et particulièrement l'article 330 de l'ancien code pénal français). Elle essaie, donc, de comprendre la vision de la sexualité qui se cache derrière la loi. Les exemples lui permettent aussi de voir comment cette loi était, concrètement, mise en application.

Cette manière de procéder conduit l'auteur a identifier une époque ou la sexualité était durement réprimée sur la voie publique mais acceptée, ignorée faudrait-il dire, dans les lieux privés. C'est ce qu'elle nomme le mur de la pudeur qui existe de l’ère impérial de Napoléon I au milieu du XIXe siècle. Ce mur implique une certaine vision de la sexualité, celle-ci est censée souiller ceux qui la voient et, de plus, elle est censée ne se dérouler que dans le cadre du mariage hétérosexuel. Mais les juges tentent, dès que cet article existe, de "briser" ce mur de la pudeur en tentant d'entrer dans les lieux privés pour les moraliser. Ce qui conduit la jurisprudence à inventer différents stratagèmes consistant à créer des lieux publics là ou il y a des murs et des portes fermées. On se retrouve avec des exemples qui nous semblent grotesques dans lesquels un tribunal condamne un couple, par exemple, parce que le trou de la serrure de la chambre n'était pas bouché!

Mais il ne faudrait pas croire que les membres de la société n'aient pas réagit. Premièrement, les personnes qui essaient de créer des spectacles qui seraient censurés ou les mèneraient devant le tribunal tentent de recréer un lieu privé sur la voie publique en invitant personnellement des individus à des spectacles dits privés. Une seconde tentative est de montrer que le nu peut être chaste. Premièrement, ce nu chaste peut être, tout simplement, le nu artistique qui est "voilé" par un regard qui n'est pas sexuel. Il faut donc recréer ce voile artistique par différents artifices. Ce nu peut aussi perdre de son caractère sexuel par un comportement particulièrement moral et retenu qui est celui adopté par les mouvements naturistes du début du XXe siècle. Ces différentes positions sont les bases d'une transformation de la vision de la sexualité qui a conduit à la vision qu'on en a aujourd'hui. Une vision qui, selon l'auteure, semble être libérée mais qui cache un contrôle très fort sur les actes acceptés ou non.

Marcela Iacub observe surtout une forme de frénésie pénale pour protéger la sexualité des adolescents qui conduit à pouvoir rendre coupable de pédophilie ces même adolescents (particulièrement dans certains états américains). De plus, elle tente de montrer que les perversions sexuelles sont maintenant pensées comme des maladies dangereuses qui pourraient mener, sans que la preuve ait été faites, à des actes de plus en plus graves. Ce qui a conduit la construction d'une loi pour contrôler les mouvements de ces personnes que l'on dit dangereuses. C'est, bien entendu, une position qui peut mener à la controverse mais qu'il est salutaire de communiquer.

J'ai, personnellement, beaucoup aimé lire ce livre. Bien que l'auteure se base sur une analyse très juridique elle le fait d'une manière presque vivante. Il faut dire que ses exemples sont particulièrement savoureux et permettent de mieux comprendre la manière dont elle analyse des articles de droit qui peuvent être difficilement passionnant. Cependant, il ne faut pas oublier qu'a coté du droit il existe une société. Celle-ci peut fonctionner différemment que les règles instituées qui trahissent la pensée d'une élite juridique et pas forcément de la population qui est censée obéir. Il serait sûrement intéressant de voir a quelle point cette vision pénale de la sexualité s'est traduit ou a existé dans la population large. Il faut tout de même noter que Marcela Iacub nous permet tout de même d'observer cette dynamique entre le droit et la population puisqu’elle explique la réforme de 1992 par un changement d'attitude de la population française. La dernière partie du livre est probablement celle qui peut conduire le plus facilement à une controverse publique. Je n'ai, personnellement, pas les compétences pour la mettre en question mais je pense qu'il est utile pour la société de se poser les questions que Marcela Iacub soulève.

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11:17 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pudeur, sexualite, marcela iacub | | | |  Facebook

13/02/2011

L'état démantelé, enquête sur une révolution silencieuse sous la direction de Laurent Bonelli et Willy Pelletier

Titre: L'état démantelé, enquête sur une révolution silencieuse41WRfIfL68L._SL500_AA300_.jpg
Directeurs: Laurent Bonelli et Willy Pelletier
Éditeur: La découverte 2010
Pages: 323

Le titre en dit beaucoup, ce livre pose la question de la vision de l'état. Est-il un bien qu'il faut développer pour entourer les citoyens ou un mal qu'il faut minimiser en faveurs des lois "naturelles" du marché? Cette question les libéraux et les néo-libéraux se la sont posées et ont pris une décision: l'état doit être minimisé et le marché doit devenir la seule force de régulation de la société. Ce qui amène ces penseurs et théoriciens a réformer les missions et corps de l'état en direction d'une concurrence et d'un abandon du service public remplacé par le profit. Pour cela les auteurs nous montrent comment le néo-libéralisme a, progressivement, pris une position dominante dans la pensée des intellectuels d'état et des grandes écoles traditionnelles. Les différents articles inclus nous permettent aussi d'observer différents exemples de privatisations et de réformes dans la société française mais aussi anglaise et allemande. Nous y observons les résultats réels ainsi que les conséquences de ces réformes. Conséquences lourdes puisque la qualité du service public semble baisser aussi rapidement que la qualité du travail et le moral des ex-fonctionnaires.

La lecture des différents articles de ce livre a eu l'effet de me rendre pessimiste sur l'avenir. En effet, on y trouve des articles sur des réformes massives qui ont pour conséquences de faire perdre de la qualité au service et de faire souffrir les employés. Dans le même temps, des personnes qui croient au néo-libéralisme - peut être de manière sincère? - s'enrichissent et font tout pour gagner de plus en plus d'argent. Je ne suis pas un libérale et la lecture des différents articles de ce livre ne vont surtout pas me faire changer d'avis. Car j'ai eu l'impression que toutes ces réformes, ces appels à la responsabilité individuelle, cachent la volonté de se faire de l'argent, plus d'argent encore et toujours plus d'argent. Ceci même si des personnes doivent en souffrir. Mis a part ces impressions j'ai trouvé la lecture très intéressante. Je pense, d'ailleurs, qu'il est nécessaire de communiquer ce type d'articles pour que les citoyens puissent comprendre ce qu'impliquent ces réformes. Car il me semble normal que les citoyens puissent choisir quel est l'intérêt supérieur des services publics: le profit ou le bien commun?

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10/02/2011

14-18. Les refus de la guerre par André Loez

Titre: 14-18. Les refus de la guerre01067200314.gif?12973330664480.8834922790306341
Auteur: André Loez
Éditeur: Gallimard 2010
Pages: 690

Coïncidence ou non, c'est le second livre qui parle de la première guerre mondiale que je lis en peu de temps. Encore plus intéressant, le premier parlait de ce qui poussait les hommes à combattre dans les tranchées alors que celui-ci nous narre l'histoire des fameuses mutineries de 1917 dans l'armée française. Donc un livre sur l'acceptation et un autre sur un refus massif de la guerre. des mutineries qui semblent, étrangement, largement oubliées par l'historiographie de cette période et par les mémoires. De plus, lorsqu'elles sont mentionnées, André Loez nous montre que les interprétations sont biaisées ou basées sur des travaux plus qu’obsolètes. L'auteur reprend donc l'analyse pour comprendre la raison de ces mutineries mais aussi pourquoi elles eurent lieu à ce moment précis de la guerre. Il nous offre aussi les moyens de comprendre les raisons de son échec.

Il apparaît, au fil de la lecture des sources, que les raisons des mutineries sont multiples. Bien entendu, les soldats souhaitent la fin de la guerre et retourner auprès de leur famille. Mais ce n'est, de loin pas, un facteur suffisant pour expliquer cette désobéissance impressionnante. Non, si les mutineries ont eu lieu c'est principalement parce qu'un faisceau de facteurs s'est concentré en une période particulière. A coté de l'échec de l'attaque du Chemin des Dames qui avait donné l'espoir d'une victoire définitive on peut observer l'appel à la paix des socialistes. Mais il y a aussi une déstabilisation de l'armée elle-même qui change son précédent chef par un nouveau: Pétain. Ce changement semble être une preuve de l'échec et de l'incompétence du précédent Général en Chef et discrédite l'armée et ses gradés. Par contre, il ne semble pas que les mouvements pacifistes aient eu un rôle dans ces mutineries qui étaient largement inattendues.

Mais qu'ai-je pensé de ce livre? J'ai eu beaucoup de plaisir à le lire d'autant que l'auteur lie les méthodes historiques aux méthodes et théories de la sociologie des mobilisations (l'explication sociologique des manifestations, grèves et autres mouvements sociaux). Mais il me faut avouer que j'ai une certaine fascination pour la sociologie des mobilisations qui peut avoir eu un effet positif sur ma vision de l'ouvrage. Je trouve, aussi,  qu'il ltrès complet non seulement dans le bilan de l'historiographie sur le sujet mais aussi dans le traitement que l'auteur en fait. De plus, sa lecture est assez facile et je n'ai pas eu l'impression de me battre contre l'ouvrage comme cela peut m'arriver parfois. Il est aussi intéressant de noter que l'auteur ait décidé d'ouvrir un site internet sur son livre dans lequel il a ajouté des articles de différentes revues mais aussi des annexes incluant des tableaux, des sources et une bibliographie détaillée. J'aurais aimé avoir ces dernières annexes directement en main mais je pense que l'idée est intéressante.

Image: site de folio histoire

Site du livre

03/02/2011

The King's Speech

J'attendais beaucoup de ce film qui me semblait être, probablement, le meilleur que je puisse voir cet hiver. La plupart des films qui sont sortis depuis fin décembre et début janvier sont, en effet, construit pour plaire à tout le monde mais pour ne surtout pas risquer un échec. Le Discours d'un Roi est, au contraire, un film qui tente de nous plonger dans l'histoire du roi George VI. Plus précisément, d'observer son combat contre le bégaiement jusqu'à son discours historique au début de la guerre contre l’Allemagne hitlérienne. Le film nous plonge, donc, dans l'entre-deux guerre. Nous y découvrons un prince compétent et digne mais qui a un défaut fatal: il est incapable de parler en public. A l'heure ou la radio fait son apparition et que la famille royale commence à utiliser massivement cet outil pour se mettre en scène (comme le dit le roi George V "Nous sommes devenus des acteurs") il est indispensable à un membre de la famille royale de savoir bien parler en public. Mais tous les traitements que tente le Prince de York échouent lamentablement. Ceci jusqu'à ce qu'il rencontre un docteur atypique qui lui permet de découvrir comment contrôler sa voix et pourquoi il n'arrive pas à parler. Tandis que l'histoire continue de tourner autour du Prince il continuera à travailler durement pour réussir à surmonter son bégaiement et pouvoir unir le peuple anglais derrière son roi.

Je ne sais pas si ce film est réellement historiquement vrai. Mais il semble que le réalisateur ait tenté d'écrire un scénario qui soit le plus proche possible de la réalité historique. J'ai, en tout cas, beaucoup apprécié ce film qui, à mon avis, contient de nombreux points positifs qui en font le meilleur film que j'aie vu jusqu'à maintenant cet hiver. Entre autre choses j'ai trouvé que l'atmosphère pesante de la vie de la famille royale est particulièrement bien communiquée. J'avais l'impression de sentir véritablement la chape de devoirs dans lesquels les princes et les membres de la famille royale doivent naviguer. Mais ce qui m'a fait la plus grande impression c'est le duo magnifique entre les deux acteurs qui incarnent, respectivement, le roi et son médecin. Je trouve que la manière dont ils jouent leurs personnages et les relations entre eux est superbe. Bref, je l'ai déjà dit mais je le répète: The King's Speech est probablement le meilleur film que vous puissiez voir cet hiver.

Image: Allocine

Site officiel

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23/01/2011

King Kong Theorie par Virginie Despentes

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Auteur: Virginie Despentes
Éditeur: Grasset et Fasquelle 2006
Pages: 151

J'ai un peu de mal à savoir comment parler de ce livre. Il faut dire qu'il ne suit pas une structure précise ni un argumentaire en trois parties et trois sous-parties. La lecture m'a plutôt donné l'impression d'une sorte de cri de rage. Mais attention, je n'entend pas par ce terme que l'auteure n'a aucune idée de ce qu'elle fait. Au contraire, j'ai l'impression qu'on y trouve des réflexions de toute une vie. Simplement, ces réflexions ne semblent pas être ordonnées (ou alors je n'ai pas compris cet ordre). L'auteure y parle de sa vie et de ce qu'elle a observé. Ce faisant elle nous montre la domination masculine en pleine action. Cette manière d'écrire lui permet aussi de tordre le coup à certaines idées préconçues comme celles sur la prostitution. Ce livre n'est pas qu'une autobiographie ou qu'un simple essai féministe et encore moins un simple carnet de pensées. C'est un peu tout ça à la fois.

On trouve, dans ce petit livre, les réflexions les plus diverses sur de nombreux sujets. Ce qui donne une impression de confusion. Mais, à mon avis, ce livre permet de trouver des réflexions intéressantes sur des mécanismes qui fonctionnent tous les jours sans qu'on s'en rende compte. Comment les mâles remettent les femelles à leur place légitime au nom d'une féminité culturellement créée et naturalisée au jours le jours. Mais, au contraire de ce que j'ai pu lire, ce n'est pas un livre par une femme pour les femmes. A mon avis, c'est un livre d'une femme pour tout le monde que ce tout le monde soit masculin ou féminin. Car, au travers de la domination des femmes par les hommes, on découvre une autre domination: la domination des hommes par eux-même. Celle-ci est tout aussi forte mais est moins connu et reconnue et j'ai, d'ailleurs, eu l'impression que Virginie Despentes a mieux compris les hommes qu'ils ne se sont compris eux-même. Ce livre est un moyen de souhaiter, pour l'auteure, que tous les êtres humains oublient ce qu'on leur demande d'être pour devenir ce qu'ils souhaitent vraiment. Bref, je ne sais pas vraiment quoi en dire ni qu'en penser mais je sais que j'ai apprécié sa lecture que j'ai trouvée très enrichissante. Alors oui, certains pourraient s'offusquer du ton et de certains propos. Mais n'y lit-on pas, après réflexion, ce que nous pensons tous tout bas?

Image: livredepoche.com

18:36 Écrit par Hassan dans contemporain | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : virginie despentes, king kong theorie | | | |  Facebook

Mieux qu'un rêve, une grève. La gréve des femmes du 14 juin 1991 en Suisse.

Titre: Mieux qu'un rêve, une grève. La grève des femmes du 14 juin 1991 en Suisse
Éditeur: éditions d'en bas 1991
Pages: 140

J'ai gardé une certaine curiosité pour cette grève dont personne ne parle vraiment. J'en ai entendu parler il y a quelques années mais je ne réussissais pas à trouver d'informations sur son déroulement et ses revendications. J'ai toujours voulu en savoir plus sur cette grève souvent qualifiée d'historique. Ce livre m'a permis d'en connaître un peu plus sur le déroulement de cette journée du 14 juin 1991. Comment la grève a-t-elle été appliquée, qui en a parlé, comment les hommes ont participé et comment elle a été perçue par les milieux patronaux. Ce livre nous offre beaucoup d'informations sur ces différents points et permettent de se faire une petite idée du déroulement de cette journée et de ses conséquences avec de jolies photos. Il semble qu'elle ait créé une forte impression sur les acteurs politiques bien que beaucoup de patrons et de syndicats étaient défavorables envers cette idée.

Cependant, bien que j'aie apprécié la lecture, il faut bien comprendre que ce livre n'a pas le but de donner des informations historiques. Je pense que ce livre sert plutôt à aider les acteurs de l'époque et les personnes qui ont participé à se remémorer les événements de cette journée. En effet, le livre n'est pas écrit d'une manière romancée mais plutôt apologétique. Il donne l'impression d'une journée parfaitement réussie pour tout le monde qui a permis d'unir les femmes (et les hommes) autour d'une idée d'égalité. Mais est-ce vraiment le cas? Probablement que si au moins dans une certaine mesure. Mais je souhaiterais pouvoir aller plus loin sur certains points comme, par exemple, la tentative d'arrêter ce mouvement qui a été mis en place par certaines personnes. Que celles-soient liées aux milieux patronaux ou syndicaux. Je pense qu'il serait très intéressant de s'y plonger.

11:30 Écrit par Hassan dans contemporain | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : grève des femmes, 14 juin | | | |  Facebook

17/01/2011

La guerre censurée. Une histoire des combattants européens de 14-18 par Frédéric Rousseau

Titre: La guerre censurée. Une histoire des combattants européens de 14-1841EBTGF5APL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Frédéric Rousseau
Traducteur: François Schmitt
Éditeur: Seuil 1999
Pages: 412

La première guerre mondiale fait partie de ces événements que nous connaissons tous. Ou plutôt que nous croyons tous connaître. Depuis l'école les idées reçues sont acceptées et transmises sans vraiment les remettre en question. Toutes ces idées reçues ne sont, bien entendu, pas forcément fausses mais certaines oui. Par exemple, une idée que l'on lit régulièrement est que les soldats combattaient par amour de la nation. Mais est-ce vrai? Frédéric Rousseau essaie, dans ce livre, d'oublier les théories des généraux ou des historiens militaires classiques. Il essaie de se rapprocher du vrai combattant, de celui qui vit en première ligne dans la boue et les poux. Mr Rousseau essaie de comprendre comment la première guerre mondiale fut ressentie par les simples soldats. Et il tente de comprendre ceci en se concentrant sur la question du moral des troupes. En effet, comment est-il possible que des millions d'êtres humains aient acceptés de combattre pour un objectif qui ne semble pas clair? Pour comprendre ce moral et ses limites l'auteur va examiner plusieurs explications possibles qui transparaissent au travers des sources. Alors? le sentiment nationaliste joue-t-il un rôle? L'auteur répond en minimisant ce rôle. Les amis de la section sont plus importants puisqu'ils font partie de la famille du soldat. C'est pour eux que le soldat se bat et non pour un concept. L'auteur montre aussi l'importance d'un chef exemplaire qui respecte ses soldats et qui agissent en vrai combattant et non en restant cloîtré dans un bunker à l'arrière. Mais ce livre nous permet aussi de connaître ce qui détruit le moral d'un soldat. L'absence d'amour et de sexe bien entendu. Mais aussi la mort omniprésente, les cris des blessés, le manque de repos et d'initiative. Comment passer outre? Les permissions sont une solution mais, souvent, le soldat tombe dans l'alcool voir la folie.

Que penser de ce livre? Je suis assez mitigé. Tout d'abord je suis content de trouver un livre qui tente de comprendre comment le simple soldat ressent la guerre. Je trouve aussi très intéressant d'essayer de savoir comment le moral des soldats peut être renforcé ou amenuisé. Il est intéressant de voir que certaines idées qui sont encore utilisées dans l'armée ont un effet très négatif sur le soldat et sa façon de combattre. J'ai aussi apprécié cette impression, que j'ai ressentie lors de la lecture, d'entre véritablement dans le quotidien des soldats quelque sois le camps. Ceci est possible grâce à la large utilisation des sources par Rousseau. Celles-ci sont souvent et largement citées ce qui nous permet d'entrer dans les pensées intimes des soldats. Cependant, bien que certains passages m'aient donné l'impression de lire un roman, il m'est arrivé de m'ennuyer dans ma lecture. Je me pose aussi la question des sources. Est-ce que les personnes qui ont écrits des témoignages de guerre ont un profil sociologique particulier? Si oui, sont-ils vraiment représentatifs des millions de soldats qui ont combattus? Cependant il faut tout de même noter que Rousseau utilise aussi la correspondance des soldats ce qui lui permet de passer outre cette question de méthode.

Image: amazon

06/01/2011

Enfants placés, enfances perdues sous la direction de Marco Leueuberger et Loretta Seglias

Titre: Enfants placés, enfances perdues27000100166090L.gif
Titre original: Versogt und vergessen. Ehemalige Verdingkinder erzählen
Auteurs: sous la direction de Marco Leueuberger et Loretta Seglias
Traducteur: François Schmitt
Éditeur: Édition d'en bas 2009 (Rotpunktverlag 2008 édition originale)
Pages: 283

Durant la première moitié du XXe siècle il y eut de nombreux enfants placés en Suisse. Ces placements dépendaient de plusieurs facteurs, comme la pauvreté ou le divorce, et avaient le but de faire grandir l'enfant dans un environnement familial complet. Il faut entendre par complet la famille traditionnelle bourgeoise: un homme qui travaille, une femme qui s'occupe du ménage et les enfants. Mais de multiples abus ont été commis contre ces enfants. Ce livre a le but de les analyser et de les mettre en lumière. Quels sont ces abus? Le premier qui saute aux yeux concerne le travail. Ces enfants placés n'étaient plus considérés comme des enfants mais comme une force de travail corvéable sans limite. On leur donnait énormément de travail à accomplir sans prendre en compte leur âge. Cet abus peut être lié à un second problème qui était l'école et à la formation. En effet, ces enfants avaient souvent du mal à travailler pour l'école quand ils n'y étaient pas directement discriminés. Ceci pouvait aller plus loin puisque les tuteurs et les familles d’accueil pouvaient contester des décisions professionnels de ces enfants placés et les forcer à travailler pour eux ou d'autres familles. Enfin, et c'est probablement le problème le plus développé, ces enfants avaient surtout un manque affectif. On ne les traitait pas comme des membres de la famille mais comme des choses. On ne leur parlait pas forcément, on refusait qu'ils puissent contacter leur véritable famille et on les mettaient souvent à l'écart. Cependant, il existe des cas de placement heureux et la plupart des enfants qui ont témoignés dans ce livre ont pu réussir leur vie.

Que penser de ce livre? Outre qu'il nous permet de connaître, en plongeant directement dans les souvenirs des acteurs concernés, une page sombre et oubliée de l'histoire Suisse il nous permet aussi de comprendre les raisons de ces abus. La raison principale est l'incapacité des autorités à surveiller les placements. Aucun effort réel n'était fait pour comprendre les enfants et vérifier leur état de santé. Une autre raison peut être vue dans l'idée commune de l'époque d'une forme d'hérédité de la pauvreté. Il fallait donc protéger ces enfants même contre eux-même. L'avantage de ce livre est qu'il nous donne un accès aux souvenirs des personnes placées tout en nous offrant des synthèses historiques à chaque début de chapitre. Mais on sait que l'histoire orale est souvent critiquée pour son manque, possible, d'objectivité. Les auteurs y répondent en écrivant un chapitre conclusif concernant la méthode. Bien que les analyses historiques soient courtes je dois donc dire que je trouve ce livre bien construit et complet. Du moins en ce qui concerne l'état actuel de la recherche. Il est, cependant, dommage que la traduction n'ait pas été mieux faites. On lit, par exemple, systématiquement "moins" à la place de "moyens". Ces fautes assez grossières nuisent considérablement à la lecture et au sérieux du travail présenté.

Image: Le comptoir des presses d'universités

10:11 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : enfants, placement | | | |  Facebook

03/01/2011

Les violences politiques en Europe: Un état des lieux. Sous la direction de Xavier Crettiez et de Laurent Mucchielli

Titre: Les violences politiques en Europe: Un état des lieux41rZbaZNtDL._SL500_AA300_.jpg
Auteurs: Sous la direction de Xavier Crettiez et de Laurent Mucchielli
Éditeur: La Découverte 2010
Pages: 336

Les violences politiques font souvent la une des journaux. Que celles-ci soient liées à un nationalisme précis, à une idéologie, à un sport ou à des émeutes voir aux actions de la police et des états et même, récemment, des causes religieuses. Mais nous n'avons pas, dans les médias traditionnels, d’interprétation de ces violences qui permette de comprendre les raisons et les facteurs de ces violences. Ce livre, édité après un colloque ayant eu lieu à Nice en 2008, essaie de donner des faits précis sur différentes formes de violences politiques. C'est pourquoi il est divisé en cinq parties.

La première partie pose la question des violences idéologiques. Nous y trouvons trois articles. Le premier pose la question de la manière d'analyser les violences dites islamiques dans la littérature. Il montre que celle-ci se cite elle-même sans avoir accès aux données qui permettraient de prouver les idées posées. De plus, on y trouve beaucoup d'auteurs qui sont plus ou moins liés à l'antiterrorisme et qui peuvent mettre en place des notions politisées que ce soit de manière volontaire ou non. Les deux autres sont plus traditionnels puisqu'ils se concentrent sur les violences des extrêmes gauche et des extrêmes droites. Dans le cas de l'extrême gauche on apprend que les recherches sont partielles si ce n'est partiales. Ce qui n'empêche pas l'auteur, Isabelle Sommier, de montrer comment certaines affaires de terrorisme d'extrême gauche ont été montées en prenant l'exemple des "terroristes" de Tarnac. L'extrême droite, elle, est analysée dans un sens classique puisque l'article fait le constat d'une montée croissante de ses thèmes.

La seconde partie parle des violences liées à des facteurs nationalistes. Les trois articles de cette partie nous montrent comment différents mouvements nationalistes d’Europe de l'ouest ont changés durant le XXe siècle. Ce sont les mouvements d'Irlande du Nord et sa réaction face au processus de paix, les mouvements nationalistes basques et la reconstruction de leur sociabilité et de leur argumentaire après la chute de la dictature de Franco et les mouvements Corse.

La troisième partie est l'une de celles que j'ai trouvée les plus intéressantes puisqu'elle parle des émeutes. Nous y trouvons un article sur les émeutes urbaines de la France qui reprend les thèses acceptées par les différents auteurs pour expliquer ces émeutes. Ces thèses prennent en compte la situation socio-économique mais aussi les relations avec différents appareils d'état (en particulier l'école et la police). Un second article fait une comparaison très instructive avec la Grande Bretagne et nous montre que les facteurs des émeutes anglaises ne sont pas fondamentalement différents des facteurs français. Enfin, un dernier article analyse les acte des hooligans. Plutôt que d'en parler comme des actions irréfléchies cet article tente de montrer les liens qui peuvent être noués avec certains groupes d'extrême droite qui investiraient les tribunes pour se faire entendre.

La quatrième partie m'a aussi beaucoup passionné puisqu’elle s'intéresse aux violences d'état qu'elles soient policières ou politiques. Nous y trouvons deux articles concernant la police. Le premier analyse la manière dont l'institution policière réagit et régit les mouvements sociaux. Selon l'auteur, Olivier Fillieule, la police agit selon des modalités différentes selon l'acteur qui se trouve en face d'elle. Ceci en lien avec une légitimité plus ou moins grandes des protestataires, une histoire des mobilisations mais aussi, et surtout, la manière dont les élites politiques parlent des protestataires. Si ces derniers sont délégitimés par les pouvoirs publiques il y a de grandes chances que la police agisse de manière plus violente. Nous retrouvons ce constat dans l'article de Salvatore Palidda en ce qui concerne l'Italie. Un article de Pierre Piazza analyse, lui, la violence d'état symbolique dans la mise en place des différents papiers d'identités. L'auteur tente de montrer que ces papiers participent d'une obligation de suivre une identité imposée. Mais aussi que ces identités permettent de créer une frontière symbolique parmi les citoyens eux-même. Il y aurait les citoyens légitimes qui acceptent que l'état s’insère dans leur vie privée pour contrôler leur identité et les citoyens illégitimes vu comme dangereux qui, en refusant ces papiers, perdent les droits qu'ils devraient posséder comme celui de se déplacer librement. Enfin, la dernière partie est une réflexion sur des points précis. Le premier concerne les liens entre les mouvements sociaux et la violence. Le second montre comment les scientifiques se sont laissés piégés par la violence de la Roumanie pour expliquer le supposé retard démocratique de ce pays.

En conclusion, la lecture de ces différents articles apporte beaucoup à la compréhension des phénomènes de la violence politique. En effet, le livre nous permet de nous faire une idée générale des différentes formes existantes de violence puisqu'il ne se contente pas d'analyser les facteurs idéologiques et nationalistes. De plus, les articles sont écrits d'une manière critique avec une revue de la littérature sur les différents sujets. Ce bilan nous permet de nous faire une idée assez précise de la manière dont ont été analysé les différents points qui sont vu dans le livre et des critiques que l'on peut faire à ces analyses. Enfin, les articles sont rédigés d'une manière précise tout en ouvrant les thèmes grâce à des bibliographies très larges. Ce qui devrait permettre aux intéressés de trouver des livres assez facilement. Bref, je pense que l'on peut conseiller la lecture de ce livre à toutes les personnes qui essaient de comprendre les raisons des violences politiques.

Image: Amazon

28/12/2010

Exit Through The Gift Shop

Je ne sais pas vraiment comment parler de ce film puisque je ne sais pas vraiment ce que j'ai vu. Je pensais regarder un film documentaire sur ce que l'on nomme le street art. Ces graffitis qui sont dessinés ou appliqués directement sur les murs des villes. Une forme d'art qui continue à être plus ou moins mal vue et condamnée par les milieux policiers alors qu'il semble qu'elle acquière une forme de légitimité dans les milieux des professionnels. Oui on voit beaucoup de performances. On observe des artistes en pleine action la nuit dans les rues de plusieurs villes. Certains de ses artistes sont des vedettes dans le milieux voir aussi hors de ce milieu comme Banksy. Mais ce n'est pas vraiment un film sur le street art puisqu'on y trouve mêlé l'aventure d'un certain Thierry Guetta qui passe de passionné de caméra à documentariste puis artiste. On observe la fascination de cet homme pour ce milieu et ces artistes jusqu'à vouloir les suivre n'importe ou et n'importe quand. Si fasciné qu'il lui arrive d'aider ces artistes.

Vers la fin du film, on l'observe alors qu'il tente de mettre en place sa propre exposition. Mais plutôt que de se construire une réputation en tant qu'artiste et un style propre sur le temps long il décide de faire une entrée fracassante en créant une exposition monumentale tout en essayant de créer une bulle médiatique autour de lui. Cette stratégie marchera si bien qu'il vendra des œuvres que personne n'a jamais vue à des prix astronomique. Mais la question se pose: est-il vraiment un artiste? Est-ce vraiment de l'art? Ou alors a-t-il profité des médias pour entrer dans le monde comme artiste sans avoir travaillé véritablement pour l'être? Tout ceci semble être lié avec la marchandisation de l'art. D'unique, pensé et subversif l'art arrive au point d'être comptabilisé et vendu pour des sommes inimaginables. Mais ceci a-t-il encore un sens? Il m'est difficile de faire un commentaire sur ce film qui semble changer de sujet tout en gardant l'idée de parler de l'art en général. Mais je peux au moins dire que j'ai apprécié de le regarder bien que j'aie souvent été agacé par cet homme qui semble ne pas vraiment savoir ou il se trouve. J'ai eu l'impression, parfois, que ce Thierry souhaite faire de l'art surtout pour imiter les autres et non pour s'enrichir. Il reste à savoir si il existe vraiment.

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Image: allociné

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10:07 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : streetart | | | |  Facebook

26/11/2010

Roms, Sintis et Yéniches. La "politique tsigane" suisse à l'époque du national-socialisme par Thomas Huonker et Regula Ludi

Titre: Roms, Sintis et Yéniches. La "politique tsigane" suisse à l'époque du national-socialisme9782940189427FS.gif
Titre original: Roma, Sinti und Jenische. Schweizerische Zigeunuerpolitik zur Zeit des Nationalsozialismus
Auteurs: Thomas Huonker et Regula Ludi
Traducteurs: Marc Rüegger et Karin Vogt
Éditeur: Page deux 2009 (Chronos 2001 édition originale)
Pages: 214

Après avoir vu une conférence de l'association Mesemrom sur la situation juridique et humaine des Roms à Genève j'ai eu envie d'en savoir un peu plus. C'est dans ce cadre que j'ai emprunté ce livre à la bibliothèque. Celui-ci fait partie des productions de la Commission Indépendante d'experts Suisse pour la seconde guerre mondiale. Nous savons tous que les conclusions de cette Commission sont toujours débattues voir refusées par une grande partie de la classe politique et médiatique suisse. Ce travail prend place dans une étude plus vaste de l'attitude de la Suisse face aux réfugiés durant la seconde guerre mondiale. Cependant, ce livre ne reste pas bloqué sur le territoire Suisse et tente d'inscrire l'attitude du pays dans le contexte international et, particulièrement, la République de Weimar et l'Italie de mussolini.

La première chose que fait ce livre est de définir la population qu'il analyse. En effet, "tsiganes" ou "roms" ont souvent été utilisé pour parler de populations différentes voir de nationalités différentes ou simplement d'un mode de vie. Ainsi le mot tsigane peut aussi bien définir un suisse qu'un roumain ou encore un allemand. L'affaire est rendue plus compliquée encore puisque différents groupes revendiquent une identité qu'elle soit rom, yéniches ou sinti et ce sans liens avec les définitions des autorités. Il est donc arrivé que des personnes qui ne font pas partie de cette minorité leur soient apparenté par les autorités à cause de leur mode de vie non-sédentaire.

Dans un second temps, et c'est l'un des chapitres que j'ai trouvé le plus intéressant, les auteurs analysent ce qu'il nomment le complexe scientifico-policier. Sous ce terme un peu barbare on retrouve des liens étroits entre la science et la police. Les scientifiques spécialistes des races durant le XIXe analysent les populations non-sédentaires comme inférieures moralement et physiquement. Cette analyse est reprise par les autorités policières qui justifient leur attitude par ces recherches. Enfin, la répression policière étant plus forte elle augmente nécessairement le nombre de roms internés, les scientifiques utilisent les résultats de la police pour justifier du caractère fondamentalement criminel, selon eux, des roms. Nous nous trouvons donc face à deux institutions qui criminalisent une population particulière sur des critères raciaux. La question rom sera donc pensée principalement en terme de criminalité même sans preuves d'une quelconque activité criminelle. Ce qui mènera au refoulement et à l'internement d'adultes et enfants roms qui n'ont comme crime que leur naissance et leur identité

Ensuite, les auteurs montrent comment les nazis continuent et étendent la politique de Weimar. On y trouve une généralisation de la stérilisation forcée ainsi que la déportation qui a pour but, souvent, la mort. Dans ce cadre, la Suisse continue de suivre sa politique précédente de refoulement tout en collaborant avec l'ancêtre d'Interpol sous domination nazie à l'époque. Cette politique mènera probablement de nombreux tsiganes à la mort même lorsqu'ils sont d'origines suisses. C'est néanmoins une thèse qu'il est difficile de prouver étant donné le tabou qui cache cette période ainsi que le caractère lacunaire des sources.

Enfin, et à l'aide de dossiers récemment retrouvés et analysés dans la postface, les auteurs analysent l'attitude Suisse face aux roms durant la seconde partie du XXe siècle. Nous y apprenons que la politique des années vingt continua à être appliqué jusqu'en 1970. Nous connaissons des cas de roms enfermés à vie avec leur identité pour seul crime ainsi que des refoulements de suisses dont on refuse de reconnaître la nationalité. Dans le même temps, pro juventute et les autorités continuent de détruire des familles en volant les enfants aux parents dans le but de les interner comme des criminels jusqu'à leur majorité. Nous retrouvons aussi, selon les auteurs, de nombreux acteurs suisses cruciaux de la seconde guerre mondiale, proche des nazis, qui continuèrent leurs activités après la chute du nazisme. En dernier point, Thomas Huonker fait une ouverture sur les années récentes du XXIe siècles et parle de la criminalisation et du rejet croissant des roms fomenté par le parti UDC qui utilise les même préjugés et présupposés raciaux du début du XIX. ces préjugés sont donc tenaces et continuent à maudire toutes personnes vivant, en résumé, "comme un rom".

En tant que lecteur, j'ai été très pris par cette recherche. Nous y découvrons des atrocités comme la castration et des préjugés que nous connaissons encore aujourd'hui. Heureusement, les actes les plus horribles de l'époque ne sont plus perpétrés. Mais les roms sont encore rejetés en utilisant ces même préjugés pour se légitimer. Ce qui m'a le plus choqué n'est pas l'action nazie mais l'enfermement, tardif puisqu'on connaît encore un cas dans les années septante, de roms sans preuves de criminalité. Un état de droit s'est permis d'enfermer des gens innocent ou, au pire, suspect à cause de leur identité! J'ai aussi apprécié que les auteurs nous montrent quels sont les limites de leur travail. En effet, ils nous expliquent longuement les problèmes qu'ils ont connus dans la définition mais aussi la recherche de sources qui sont souvent lacunaires quand elles n'ont pas été détruites. Je considère donc ce travail comme fondamental pour comprendre l'attitude présente envers cette population minoritaire et relativiser les préjugés que l'on entend souvent sur eux.

Image: decitre.fr

29/10/2010

Moi Pierre Seel, déporté homosexuel

Titre: Moi Pierre Seel, déporté homosexuel9782702122778-G.JPG
Auteur: Pierre Seel
Éditeur: Calmann-Lévy 1994
Pages: 198

Je viens de finir, encore une fois, un livre de mémoire sur la déportation par un acteur de celle-ci. Un récit écrit par le seul déporté homosexuel français ayant témoigné: Pierre Seel. C'est presque la malchance qui l'a mené à ce destin. Un vol contre lui un soir, un rapport de police suivi d'un fichage dans une liste des homosexuels de la ville. Peu de temps après, alors que les allemands ont envahis l'Alsace, ce fichier illégal le mène à la connaissance des allemands qui l'internent dans un camps de concentration proche de la frontière. Nous avons tous entendu les atrocités qui se déroulaient dans ces camps. Pierre Seel réussit à en parler, parfois, réussit à nous communiquer son passé. Après voir été libéré les allemands décident de l'intégrer de force dans l'armée allemande comme de nombreux autres alsaciens. Il est donc obligé de combattre pour ses tortionnaires contre les soldats qui ont le but de le libérer. Durant ces années de guerre il taira toujours son expérience et fera tout pour éviter d'être remarqué. Jusqu'à ce que, enfin, l’Allemagne d'hitler tombe.

C'est alors que nous avons une partie que d'autres livres de mémoires que j'ai lu ne possèdent pas. Une partie dans laquelle Pierre Seel décrit sa tentative de vivre "normalement". Il tait son expérience, encore, il cherche une femme et se marie. Essayant longtemps de trouver du travail il est souvent expulsé. Pendant ce temps il se débat avec sa vie de famille mais aussi avec sa mémoire qui le hante jours et nuits. Jusqu'à ce que, un jours, il décide de témoigner, d'abord anonymement puis à visage découvert. Il s'ensuit une lutte sans fin pour se voir reconnaitre son statut de déporté par les institutions.

Ce livre est poignant non seulement à cause des événements des camps et de son enrôlement forcé mais aussi à cause de ses écrits sur la vie qui suivit. Comment quelqu'un qui a été déporté et torturé peut réussir à revivre normalement? A accepter ses souvenirs et à passer outre. D'autant plus lorsque ses souvenirs sont honteux et refusé par une grande partie de la société? C'est donc un récit de souffrance non seulement pendant la guerre mais aussi après. Les paroles d'un homme qui fut hanté par des souvenirs qu'il ne pouvait faire partager et qui faillirent le détruire. Mais c'est aussi un récit de combat, un combat pour vivre mais aussi un combat pour être reconnu et accepté par l'état et la société. C'est un livre dur, mais nécessaire.

Image: site de l'éditeur

24/10/2010

Prud'Hommes

J'ai vu la bande annonce de ce documentaire alors que j'allais assister à Cleveland VS Wall-Street. Le film avant l'air intéressant et comme j'ai eu la chance de recevoir des billets je me suis déplacé pour le regarder. Ce film est un documentaire qui nous permet d'explorer les coulisses du tribunal des Prud’hommes de Lausanne. Pour ceux qui ne connaissent pas le système juridique, comme moi, ce tribunal statue dans les cas de litiges dans le droit du travail et ceci gratuitement si le litige n’excède pas les 30 000 francs. Nous observons donc, dans ce documentaire, le fonctionnement de ce tribunal dans plusieurs affaires. Comment le président s'implique dans les affaires mais aussi comment ces dernières entrent dans le cadre judiciaire. Pour cela, le réalisateur s'est déplacé dans plusieurs endroits comme les locaux du syndicat UNIA. Le documentaire nous permet aussi de voir que ce tribunal, loin de vouloir forcer les parties, cherche à concilier les griefs jusqu'à arriver à un accord entre les deux parties. Nous observons, donc, des personnes qui peuvent être fragilisées par ce qu'ils ont vécu ou alors qui peuvent ne pas comprendre pourquoi ils sont là ni comment se comporter.

Bien qu'un documentaire sur le système judiciaire puisse sembler austère ce film est très émotionnel. Plutôt que du jargon juridique on voit des émotions, des incompréhensions mais aussi un système qui essaie d'éviter qu'un jugement doive être rendu. C'est donc un beau film qui, parfois, peut même être drôle. Je pense aussi que le but du réalisateur est parfaitement accompli. Sa peinture des Prud’hommes m'a beaucoup appris sur cette institution. Néanmoins, les affaires sont centrées sur des victimes qui étaient des employés et nous n'avons pas vraiment les avis des employeurs. Mais ceci, bien entendu, est dû à la difficulté de faire ce documentaire et de suivre les acteurs. De plus, on pourrait être frustré de ne pas en savoir plus sur les différentes affaires que nous observons mais ce n'était pas le but de ce film. Mis à part ces réserves, c'est un documentaire que j'ai beaucoup apprécié, qui m'a parfois fait rire et que je conseillerais sans arrières pensées.

Image: Site officiel

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18:35 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : prud'hommes, stephane goel | | | |  Facebook

11/10/2010

La politique internationale: Théories et enjeux contemporains par Pierre de Senarclens et Yohan Ariffin

Titre: La politique internationale: Théories et enjeux contemporains41o3qqjUtBL._SL500_AA300_.jpg
Auteurs: Pierre de Senarclens et Yohan Ariffin
Éditeur: Armand Colin 2010 (sixième édition) collection Cursus
Pages: 287

Les relations internationales sont une branche importante des sciences politiques. En effet, cette branche est toujours d'actualité puisque les relations internationales se font tous les jours. Mais ce n'est pas qu'une analyse des cas de relations. C'est aussi un moyen d'expliquer comment fonctionnent ces relations. J'ai donc voulu, dans le cadre d'un cours, m'intéresser de plus près à ces théories. C'est dans ce cadre que j'ai pris ce livre de Pierre de Senarclens et Yohan Ariffin. Celui-ci se propose d'analyser la politique internationale selon trois directions pour autant de parties: les interactions entre états, les interactions politico-économiques et les relations institutionnelles.

La première partie concerne donc les relations entre états. Dans ce cadre les auteurs nous proposent d'analyser le paradigme dit des réalistes. Celui-ci voit les relations internationales comme étant fondamentalement anarchique. En effet, puisqu'il n'y a pas de supérieurs communs ayant le monopole de la violence légitime chacun des états peut intervenir à sa guise pour protéger ses intérêts, y compris par la force. Dans un second temps, les auteurs nous montrent les aspects concernant plus spécifiquement les causes de la paix et de la guerre avec un long développement concernant les armes nucléaires.

La seconde partie, comme dit plus haut, concerne l'économie. Comment la sphère économique agit ou réagit dans le cadre des relations internationales? Certains rendent cette sphère inférieure à la politique tendis que d'autre la rendent supérieurs. Il faut donc analyser les diverses doctrines économiques que celles-ci soient libérales, mercantilistes ou nationalistes (dans le sens économique du terme) ou encore marxistes. C'est plus tard que les auteurs nous montreront comment l'économie et les relations inter-étatiques se lient.

Enfin, la dernière partie concerne les institutions internationales. C'est dans celle-ci que nous trouvons les développement concernant les différentes normes acceptées par tous les états. C'est aussi dans cette longue partie que nous trouvons le chapitre le plus développé du livre. Il faut dire qu'il y a énormément de matière puisqu'il concerne les activités des organisations internationales. Les auteurs y analysent longuement le rôle du FMI, de l'ONU et de la Banque Mondiale dans le monde. Mais aussi les doctrines qui sous-tendent leurs fonctionnement. Bien que les auteurs aient l'air d'être très peu optimiste sur l'efficacité et la neutralité de ces organisations ils ne considèrent pas qu'elles soient inutiles.

Bien que la matière soit intéressante et largement développée dans ce livre je n'ai pas réussi à me passionner. Ce n'est pas de la faute des auteurs. Je pense, tout simplement, que les relations internationales ne font pas parties de mes intérêts. Ce qui ne veut pas dire que ce livre ne soit pas de bonne qualité. Au contraire, la matière est très bien structurée dans les différents chapitres et dans les parties. La manière d'écrire est claire et on comprend facilement de quoi parlent les auteurs. Bien que le dernier chapitre puisse paraître difficile à lire à cause de son caractère précis il nous donne de nombreuses informations sur des événements récents ainsi que sur le fonctionnement d'organisations que l'on ne peut critiquer sans cela. Bref, c'est un livre d'introduction, oui, mais un livre récent qui nous offre des interprétations scientifiques d'événements très récents avec les outils pour que nous puissions les comprendre.

Image: Amazon

05/10/2010

L'anatomie politique. Catégorisations et idéologies du sexe par Nicole-Claude Mathieu

Titre: L'anatomie politique. Catégorisations et idéologies du sexebook_185.jpg
Auteur: Nicole-Claude Mathieu
Éditeur: côté-femmes 1991
Pages: 291

Encore une fois, je me suis lancé dans une recherche sur le genre. Cette fois j'ai lu le livre de Nicole-Claude Mathieu: L'anatomie politique. L'auteure est, entre autre, maître de conférence à l'EHSS, membre du laboratoire d'anthropologie sociale de Paris et cofondatrice de la revue Questions féministes. Ce livre est un recueil de différents articles et rapports que Nicole-Claude Mathieu a rendu dans des revues ou pour des institutions. Néanmoins, les articles qui se trouvent liés dans ce livres sont semblables. En effet, ils ont tous une fonction critique face à une certains vision de l'ethnologie.

La première partie du livre nous offre des articles plutôt anciens. Ceux-ci sont écrits alors que le féminisme vient de renaître mais qu'il n'a pas encore touché les méthodes de travail des ethnologues. L'auteure essaie, donc, de démontrer que ces même méthodes occultent une grande partie de la réalité. Non seulement les femmes sont sous-évaluées, par exemple dans le travail fourni, mais elles ne semblent pas être acceptées comme objet digne de recherche alors que l'on croit, presque sans discussions, le discours des hommes sur elles. Ces articles essaient de revenir sur des recherches pour montrer leur biais masculins mais aussi les manques de recherches envers les femmes. Manque de recherches qui conduit à ne pas comprendre réellement le fonctionnement des sociétés étudiées.

Dans une seconde partie l'auteure, tout d'abord, au consentement supposé des dominés pour, ensuite, analyser des modes d’identités sexuées. Le premier article discute cette thèse, souvent utilisée, du consentement des dominés à la domination. L'auteure essaie de savoir si ce consentement existe mais surtout si il est possible. Sa thèse est que la domination peut être si forte sur les dominés que ces dernier/dernières ne sont pas capables d'être conscient de cette même domination. Pour cela, elle utilise de nombreux exemples de la recherche ethnologique mais aussi de la vie de tout le jours. Dans le second article, l'auteure nous montre les trois modes du rapport entre le sexe et le genre. Le premier mode lie la biologie au sexe, le second mode lie le groupe à la conceptualisation du sexe et le dernier mode montre comment une conscience de classe peut construire le sexe. Ces trois modes ne sont pas équivalents et peuvent mener à des conclusions très différentes.

Bien que la plupart des articles de ce recueil soient datés j'ai trouvé leur lecture très intéressante. L'auteure nous fournit une critique intéressante des recherches ethnologiques pré-féministes qui nous permettent de mieux discuter les résultats de ces recherches. Néanmoins, cette longue partie critique peut être ressentie comme peu passionnante par les non-intéressés. Alors que la seconde partie, plus prospective, nous offre un développement plus intéressant. Je pense particulièrement au premier article de la seconde partie dans lequel l'auteur nous offre de multiples exemples, sous formes de citations, pour expliciter ses propose. Ces exemples nous permettent de nous projeter plus facilement dans les thèses et de mieux les comprendre. J'ai, donc, surtout apprécié la seconde partie de ce livre.

Image: Indigo