Histoire - Page 4

  • Hermaphrodites and the Medical Invention of Sex par Alice Domurat Dreger

    Titre : Hermaphrodites and the Medical Invention of Sex9780674001893.jpg
    Auteure : Alice Domurat Dreger
    Éditeur : Harvard University Press 2000
    Pages : 268

    Qu'est-ce que le sexe ? Plus précisément, qu'est-ce qui différencie les hommes des femmes (et inversement). Durant des siècles la question s'est posée dans le monde médical. L'auteure, Alice Domurat Dreger, tente de répondre à la question en examinant l'histoire de l'hermaphrodisme (ou intersexualité pour les personnes qui choisissent ce terme). Bien qu'il existe quelques sources écrites par les intéressé-e-s même la plupart des écrits concernant l'hermaphrodisme au XIXe siècle sont médicaux. Ce sont les docteurs qui examinent les patient-e-s qui expliquent leurs trouvailles et les questions et réponses apportées du point de vue médical. L'auteure a récolté ces écrits et les examine dans 7 chapitres. Le dernier, la conclusion, est spécifiquement dédié à notre époque et à l'effet des actes chirurgicaux sur les enfants, les familles et l'éthique.

    Dans ce livre je pense que l'on peut observer deux fils rouges. Premièrement, la question de la différence des sexes est posée. Alors que notre époque différencie le sexe, naturel, du genre, social, et de la sexualité ces termes sont indifférenciés au XIXe siècle. Ainsi, être une femme implique de se comporter en femme, d'avoir un corps féminin et d'être attirée par les hommes. Être un homme implique un corps masculin, un comportement masculin et d'être attiré par les femmes. En gros, comme le dit l'auteure, un corps possède obligatoirement un sexe, et un seul, qui implique des conséquences aussi bien comportementales que de sexualités. Cependant, cette division de l'humanité est attaquée par l'existence de deux groupes de personnes. Premièrement, les personnes attirées par des personnes de même sexe. Ensuite, les personnes au sexe anatomique douteux. Sous le terme douteux on comprend une difficulté à catégoriser la personne en tant qu'homme ou femme. Ainsi, les docteurs de l'époque se voient forcé d'une part d'agir sur les corps afin de les "normaliser" mais aussi de redéfinir l'hermaphrodisme afin que la règle d'un sexe unique par corps soit respectée par la nature.

    Le second fil rouge concerne la pratique médicale. Celui-ci est particulièrement mis en avant dans la conclusion mais il traverse tout le livre. En effet, les docteurs dans leur quête de normalisation agissent selon l'impression qu'un sexe douteux implique des problèmes psychiatriques (dont, par exemple, l'homosexualité). Il devient nécessaire de cacher l'imperfection, à notre époque, afin d'éviter les problèmes posés. De plus, il est nécessaire de défendre un certain ordre social. Celui-ci peut être défendu par la publicité qui permet de réassigner une personne dans sa "véritable" identité et donc d'empêcher des mariages ou des comportements. Mais c'est aussi un moyen de défendre la sexualité qualifiée de normale, soit la pénétration. Ainsi, plusieurs auteur-e-s expliquent que les actes chirurgicaux sont basés sur une idéologie hétéro-sexiste. Enfin, le livre pose la question des pratiques éthiques du corps médical. Est-il normal d'agir sur un corps sans le consentement de la personne ? Peut-on réellement exercer une chirurgie lourde sans avoir d'informations sur les effets à long terme ? Le secret, défendu par des praticiens, est-il une atteinte au droit des patient-e-s ?

    Au final, ce livre est extrêmement intéressant. En effet, il pose des questions sur les pratiques paternalistes d'un corps de métier qui possède un pouvoir important sur nos corps. Bien que les docteurs décrits étaient certains de leur bon choix ceux-ci ont pu être douloureux pour les patient-e-s et avoir un impact négatif sur leurs vies. Il montre aussi que les sexes ne sont pas aussi "naturels" qu'on ne le croit. Ceux-ci, en effet, sont examinés et compris dans une époque, une culture et une idéologie précise mais aussi un état de la connaissance des corps humains.

    Image : Éditeur

  • Les Helvétistes. Intellectuels et politique en Suisse romande au début du siècle par Alain Clavien

    Titre : Les Helvétistes. Intellectuels et politique en Suisse romande au début du siècle
    Auteur : Alain Clavien
    Éditeur : Édition d'en bas 1993
    Pages : 328

    Au début du XXème siècle, comme le dit la quatrième de couverture, de nombreuses personnalités intellectuelles romandes s'interrogent sur ce qu'est l'identité suisse. Mais qui sont ces personnes ? Comment se rencontrent-illes et de quelle manière leurs idées, qui seront à la base des groupes de droite radicale de l'entre-deux-guerres, sont-elles communiquées ? Afin de mieux comprendre la genèse de ces intellectuels ainsi que leur évolution l'auteur s'intéresse à quelques productions particulières portées par des personnalités précises : La Voile Latine et les revues qui lui succèdent ainsi que certaines personnes dont Robert de Traz, Charles-Albert Cingria et son frère Alexandre Cingria et surtout Gonzague de Reynold.

    Le livre, une thèse en histoire, est divisé en deux parties et 7 chapitres. La première partie, de quatre chapitres, permet à l'auteur d'expliquer de quelle manière les pensées politiques et artistiques de ce groupe dit des Helvétistes s'est formé. Il montre que l'art, en Suisse au début du XXème et à la fin du XIXème, est questionné. Est-il nécessaire de créer un art suisse ? Est-ce seulement possible ? Comment conjuguer demande politique, compréhension populaire et renouveau artistique ? Cette partie montre plusieurs intellectuels en mal de reconnaissances qui tentent de créer un art local qui puisse concurrencer les romans de Paris. Pour cela, il faut définir et comprendre ce qu'est l'esprit suisse. Celui-ci se concentre sur la montagne et se construit sur des prédécesseurs analysés dans la thèse de Gonzague de Reynold. Les idées sont progressivement construites dans la revue la Voile Latine. Mais celle-ci est rapidement éliminée lorsque ses fondateurs s'écharpent sur des considérations politiques et intellectuels alors que Gonzague de Reynold tente de prendre le contrôle.

    La seconde partie, de trois chapitres, montre un groupe qui commence à vouloir lutter. Outre des considérations artistiques le groupe comment sérieusement à se poser des questions politiques. Cela mène certaines personnes, les Cingria et de Reynold en particulier, à se rapprocher de l'Action Française afin d'en devenir les interlocuteurs en romandie. Bien que Reynold soit très prudent il se heurte rapidement aux Cingria qui sont de plus en plus agacés par cet aristocrate venu de Fribourg. Petit à petit, de Reynold et un ami publient une nouvelle revue qui s'inquiète de la surpopulation étrangère et de l'état moral du pays. La revue permet de communiquer des conceptions anti-démocratiques malgré l'opposition de nombreux médias et politiciens.

    À la sortie de ce livre on comprend mieux comment certaines idées politiques ont été défendues et pensées en Suisse. On nous montre aussi des personnes qui ont un certain capital social et intellectuel qui peinent à trouver une place à la hauteur de leurs espérances dans un univers bloqué par certains individus. Dans ces intellectuels en mal de reconnaissance il y en a un qui ressort fortement : Gonzague de Reynold. Ses idées, sa recherche de statut, ses stratégies sont impressionnantes. On nous montre quelqu'un qui essaie de jouer tous ses atouts du mieux possible tout en évitant de se fâcher trop vite avec trop de monde. Ce double jeu est dangereux et a failli couter cher mais de Reynold réussit à se faire une place au soleil dans le monde politique et intellectuel suisse.

    Image : Éditeur

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  • Un juif pour l'exemple

    En Suisse, en 1942, dans la ville de Payerne il y a eu un meurtre. Arthur Bloch fut tué par un petit groupe local pronazi lié à la Ligue Vaudoise. Le crime a ému la ville car il fut particulièrement atroce. Mais il fut aussi oublié. Du moins jusqu'à ce que, en 2009, l'écrivain Jacques Chessex creuse un peu et écrive un roman. Le roman fut suivi par l'enquête d'un journaliste. D'un seul coup, Payerne revenait au centre des médias suisses mais pas de la manière la plus appréciée. Pourquoi cet écrivain décide-t-il de révéler cette pénible affaire ? Le film est basé sur ce livre. Il nous montre de quelle manière les différents personnages se sont rencontrés jusqu'au moment du meurtre et de l'arrestation des coupables.

    Je n'ai pas aimé. J'ai beaucoup de mal avec Chessex. Je n'aime pas son style. Je n'aime pas ses livres. Je n'aime pas l'adaptation de son roman pour plein de raisons. Oui, la réalisation a voulu en faire un message un peu plus proche de notre époque. On observe des requérants d'asiles refoulés. Les discours anti-migrants sont les même que ceux que l'on entend tous les soirs. Le film même est modernisé afin de donner cette impression d'être proche de nous. Mais je n'ai pas aimé. Je n'aime pas la manière de filmer. Une manière que je trouve parfois inutilement voyeuriste. Je n'aime pas que l'histoire soit constellé d'anachronismes qui brouillent la compréhension de l'époque. Pire encore, je n'aime pas la manière dont les coupables sont dépeints. Outre le commanditaire ancien homme d'église il y a le petit - dans tous les sens du terme - entrepreneur local qui veut juste se sentir homme, une brute et deux imbéciles. C'est une explication simpliste. Je n'aime pas.

    * J'ai détesté. Le sujet aurait mérité autre chose.
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    Image : Site officiel

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  • Leçons sur la volonté de savoir. Cours au collège de France. 1970-1971. Suivi de Le savoir d'Oedipe par Michel Foucault

    Titre : Leçons sur la volonté de savoir. Cours au collège de France. 1970-1971. Suivi de Le savoir d'Œdipe
    Auteur : Michel Foucault
    Éditeur : Seuil février 2011
    Pages : 316

    Michel Foucault est élu au collège de France en 1970. Son premier cours porte sur la volonté de savoir (titre que porte l'un de ses livres sur l'histoire de la sexualité). Ce livre est constitué des 12 cours conservés ainsi que de deux conférences. Foucault y développe une réponse à la question de la vérité. Qu'est-ce que la vérité ? Pour donner sa réponse il se base sur l'antiquité grecque aussi bien du point de vue des mythes que de l'histoire de la philosophie. Son développement permet de démontrer qu'il existe plusieurs types de vérités construit selon des processus que l'on peut analyser historiquement.

    Foucault analyse plusieurs moyens de trouver la vérité. Il montre que, en Grèce antique, il existe plusieurs possibilités qui se suivent et fonctionnement parfois dans le même temps. Le premier type est l'appel aux dieux. Celui-ci se fait à l'aide du serment qui lie la personne aux jugements des dieux et déesses. Celleux qui osent ce serment proclament la vérité ou se condamnent à la colère des dieux et déesses. Celleux qui n'osent pas proclament leur culpabilité. La vérité peut aussi être dévoilée par les divinités à l'aide des oracles. Ceux-ci doivent être interprétés mais permettent d'entendre ce que savent les dieux et déesses. Enfin, nous avons l'enquête qui pose la question de qui a vu quoi et dans quelle circonstance. Cette analyse est particulièrement développée dans la conférence Le savoir d'Œdipe qui, selon le texte, mêle ces différentes capacités de trouver la vérité.

    J'ai eu du mal à lire ce premier cours. Bien entendu, le texte est difficile. Contrairement aux prochains cours le travail d'édition s'est fait sur un matériel incomplet utilisé comme support par Foucault. Ce n'est ni texte écrit ni parlé. J'ai aussi eu du mal avec les termes écrits en grec ancien, une langue que je ne connais pas. Ces termes me sont obscurs et mon incompréhension de ceux-ci a joué sur ma lecture et, bien entendu, ma compréhension de l'analyse que fait Foucault. Enfin, je n'ai pas assez de connaissances en philosophie, et en son histoire, pour réussit à intégrer ce cours dans le contexte plus large des débats de l'époque.

    Image : Éditeur

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  • La garçonne et l'assassin. Histoire de Louise et de Paul, déserteur travesti, dans le Paris des années folles par Fabrice Virgili et Danièle Voldman

    Titre : La garçonne et l'assassin. Histoire de Louise et de Paul, déserteur travesti, dans le Paris des années folles9782228906500.jpg
    Auteur-e-s : Fabrice Virgili et Danièle Voldman
    Éditeur : Payot mai 2011
    Pages : 173

    En 1925 une femme quitte son domicile afin d'aller voir la police parisienne. Elle se nomme Louise et elle vient de tuer son mari. Ce drame clôt plusieurs années de vie de couple, de parenté et de fuite durant la guerre. Ce ne pourrait être qu'un assassinat "ordinaire." Une femme ne peut plus supporter les coups d'un homme violent. Prise de peur pour sa sécurité et celle de son enfant elle décide de tuer le monstre. Mais ce n'est pas un crime ordinaire. Car Paul, durant la guerre, a déserté. Afin de ne pas être reconnu il s'est travesti. Le procès n'est plus celui d'une assassin mais celui d'un homme coupable d'avoir traversé les frontières de genre afin de ne pas accomplir ses devoirs masculins envers la patrie.

    Les auteur-e-s nous décrivent longuement la vie du couple. Les deux partenaires sont originaires d'un milieu ouvrir plutôt modeste. Les deux familles se sont rendues à Paris pour trouver du travail. Mais le père de Paul quitte la famille et Paul n'aime pas sa mère. Depuis son enfance il est décrit comme difficile et peu travailleur à l'école. Ce qui ne l'empêche pas de terminer avec succès un apprentissage qualifié qui lui permet de vivre un peu mieux que ses collègues. Un succès bloqué par ses classes puis la guerre durant laquelle il déserte, se travesti, découvre l'amour libre et sa bisexualité. Après la guerre, il essaie de continuer son mode de vie dans un Paris tolérant mais dans une certaine limite. Car Paul double ses transgressions sexuelles de transgressions de son rôle d'homme. Il est alcoolique et paresseux et menace et bat sa femme ainsi que la mère de Louise. Cette dernière provient du même milieu. Mais là où Paul est mal considéré Louise est décrite comme sérieuse, intelligente, pleine de ressources mais aussi une femme consciente de son rôle. Elle aide son mari mais pas comme militante, selon les descriptions de l'époque, mais comme une femme dévouée. C'est après cette peinture que les auteur-e-s vont décrire le procès et essayer de comprendre pour quelle raison Louise fut acquittée à l'aide de l'analyse des journaux, de l'enquête de police et des archives du procès et des avocats.

    Selon les auteur-e-s, il aurait été possible d'analyser ce cas selon de nombreux thèmes. Les auteur-e-s ont choisi de prendre en compte le genre. En effet, les deux époux transgressent de nombreuses manières l'ordre genré. Et le procès met en lumière ces transgressions afin d'alourdir la charge contre l'un ou l'autre membre du couple. Louise est décrite comme une mère et une femme parfaite. Face aux frasques de son maris elle aide sa famille, elle se dévoue à lui, elle aide ses parents et elle travaille. Bien qu'elle ait aidé son mari à se travestir et l'ait accompagné aux vois de Boulogne, dans lequel elle trouva un amant, ces transgressions sont oubliées face à ce qui est qualifié d'un acte maternel de protection face à un homme dangereux et violent.

    Car Paul, parallèlement, est très mal considéré. Sa vie est faite de transgressions. Sa désertion aurait dû aboutir à sa mort mais il a réussi à se cacher ce qui lui permit de profiter des lois d'amnistie. Pire encore, cet homme décide de se faire passer pour une femme. Celui lui permet de ne pas travailler, aidé financièrement par sa femme, de créer une relation monétaire avec des hommes et de femmes rencontrées dans les bois et de préparer, lors de l'amnistie, une carrière dans le spectacle qui n'aboutira jamais. Suite à cet échec Paul s'enfonce de plus en plus. Les auteur-e-s essaient d'expliquer, sans toujours avoir les éléments, la raison de cette perte de soi. Paul est un ancien soldat et il est possible que son alcoolisme et ses colères aient été influencée par cette expérience traumatisante. Ensuite, Paul ne veut plus travailler comme ouvrier. Bien que son intelligence et ses capacités professionnelles lui permettent de meilleurs salaires que la plupart des personnes il souhaite se détacher de son environnement afin d'entrer entièrement dans un milieu artistique d'amour libre. Ainsi, le procès a permis de créer deux personnes. Louise, une femme et mère parfaite, et Paul, un homme transgresseur. Le procès a été le lieu de l'inversion de l'accusation. Louise est devenue une victime tandis que Paul devenait un agresseur. Par ce renversement de l'accusation les auteur-e-s expliquent que le tribunal protégeait l'ordre social.

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  • Elvis and Nixon

    Nous sommes dans les années 70. Les USA connaissent une période de tensions interne sans précédents alors que le pays est impliqué dans une guerre meurtrière. Nixon est très peu populaire tandis que des mouvements marginaux sont infiltrés et attaqués par le gouvernement et le FBI. Mais la révolte ne faiblit pas alors que la contre-culture devient de plus en plus importante. Dans ce contexte difficile un homme a réussi à garder l'amour de beaucoup de monde : Elvis Presley. Mais ce dernier est inquiet de l'état de la jeunesse, de l'état du rock et de la culture hippie ainsi que de l'usage de drogues. Elvis décide de se rendre à Washington DC afin de donner une lettre au président Nixon. Il lui demande deux choses : une rencontre et un badge d'agent fédéral afin de lutter contre les drogues.

    Ce film dépeint une histoire que je ne connaissais pas. Je n'avais aucune idée que Nixon et Elvis s'étaient rencontrés. Apparemment, un autre film avait déjà été tourné en 1997. Je ne l'avais pas vu. En ce qui concerne les acteurs ils sont brillants. Les deux principaux réussissent parfaitement à incarner leur rôle. Nous avons un Elvis en dehors de la réalité et un Nixon qui prend une place massive à l'écran malgré ses apparitions bien moindre. Étant un film qui parle de deux hommes les femmes n'ont que peu de place sauf en tant que fans hystériques. L'intrigue est menée tranquillement. On ne nous donne pas de scènes flamboyantes au contraire on préfère nous offrir une forme de vie de tous les jours à la fois dans l'entourage d'Elvis et à la Maison Blanche jusqu'à atteindre le pinacle lors de la rencontre des deux hommes.

    Celle-ci est dépeinte comme la rencontre de deux personnes très différentes mais en même temps identiques. Alors que Nixon est montré comme un être intelligent et retors Elvis est montré comme quelqu'un qui vit en dehors de la réalité. Mais tout est fait pour montrer à quel point ils sont proches. Ils vivent dans des maisons qui se ressemblent, ils aiment les armes, ils sont patriotes, ils sont inquiet face au communisme dont ils voient l'infiltration dans tous les recoins et surtout ils ont les mêmes idées. Le film nous montre deux personnes qui pensent de la même manière. Qui considèrent les USA comme un flambeau de liberté mis en danger par une jeunesse manipulée par des jaloux. Cependant, le film ne va pas trop loin dans cette direction. Il reste très lisse et refuse de prendre une distance critique face à son sujet et en particulier face à Elvis. Cette absence fait du film plus une hagiographie qui continue un mythe qu'un réel travail de compréhension d'un évènement particulier et du contexte de celui-ci. Et cette absence de distance critique empêche le film d'atteindre un niveau bien supérieur.

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    **** de très bons acteurs, une bonne mise en scène, le choix d'une anecdote intéressante mais pas de distance critique seulement la continuation d'un mythe.
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    Image : Allociné

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  • Vikings saison 3

    Après un long temps d'attente (et alors que la moitié de la saison 4 est passée) j'ai enfin regardé la troisième saison de Vikings. Spoiler alert pour les personnes qui n'ont pas vu la saison 2. On quittait Ragnar alors qu'il assassinait le roi Horik qui, lui-même, essayait de tuer Ragnar et sa famille. Grâce à cette série on apprend à quel point l'amitié est une belle chose... Bien que Ragnar ait perdu un allié Lagertha, elle, le soutient toujours. Et les deux anciens amant-e-s décident de retourner au Wessex afin de parlementer avec le roi et de s'enquérir de la situation des mercenaires vikings utilisés en Mercia. Les deux peuples semblent s'entendre. Mais Ragnar a un nouveau rêve. En effet, il entend parler d'une ville magnifique mais difficile à vaincre : Paris. Et si les Vikings se lançaient dans une entreprise jamais tentée auparavant ?

    Oui, je sais, la série n'a presque pas de logique historique. Des évènements et des personnages séparés par des années se retrouvent dans une même intrigue en moins d'un an ! Mais j'avais beaucoup apprécié les deux premières saisons je voulais donc regarder la troisième. J'avoue que je suis fasciné par ce peuple. Cette saison se divise en deux : une intrigue au Wessex suivie du siège de Paris. Bien que l'on apprenne ce qui se déroule au Wessex durant la seconde partie de la saison je me demande ce que les scénaristes vont faire de tout cela et de certains personnages. En ce qui concerne les mauvaises nouvelles j'ai l'impression que la série se lance dans du sexe et du sang facile sans se poser la question de l'utilité pour l'intrigue. C'est un peu dommage. Par contre, j'apprécie que les scénaristes essaient de poser la question du dialogue entre plusieurs cultures et surtout l'effet du christianisme. Certains personnages commencent à ne pas apprécier ce nouveau dieu et on commence à voir comment les chrétiens tentent d'influence les païens. J'espère que la série va continuer dans ces deux directions et il me semble que la fin de la saison pourrait être un bon départ pour cela.

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    **** Une série que j'apprécie toujours autant. J'espère que la saison 4 reste dans la même veine.
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    Image : Site officiel

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  • der Staat gegen Fritz Bauer

    L'Allemagne, les années 50, est divisée entre l'URSS et les alliés. L'Allemagne de l'ouest, à la sortie de la guerre, a engagé plusieurs procureurs afin de poursuivre les crimes commis durant et avant la guerre par le régime précédent et les individus qui le constituait. La personne à la tête de ce groupe est Fritz Bauer : un ancien militant socialiste et juif qui a dû s'exiler durant la période nazie. Bien qu'il essaie de retrouver les anciens nazis il est stoppé par de nombreuses forces. Celles-ci ont pied aussi bien dans son administration que dans l'État au sens large. En effet, les personnes qui étaient nommées durant la période nazie peuvent toujours se trouver en position de pouvoir et leur intérêt n'est pas de se retrouver devant les tribunaux ni d'abandonner leurs amis. De plus, ni l'Allemagne ni les USA n'ont intérêt envers un procès. Mais lorsque Fritz Bauer reçoit une piste pour Eichmann il ne peut pas abandonner malgré tous les obstacles qu'il rencontre.

    Ce film allemand a décidé de ne pas parler des crimes en soi ni de parler de la guerre. Son réalisateur a souhaité examiner la société de l'après-guerre alors que l'occident entre dans une prospérité jamais connue. Dans ce contexte d'optimisme retourner sur le passé de l'Allemagne n'est pas une position appréciée. Et le réalisateur montre bien cette envie d'oublier et d'aller de l'avant, de retrouver des marques de fierté. Alors qu'une partie encore large de la population reste en faveurs de l'ancien régime, qu'une minorité est toujours loyale et qu'une autre large partie souhaite seulement oublier et avancer il n'est pas facile de demander des comptes. Le film montre très bien cet aspect. Il possède une atmosphère à la fois sobre et intense. Fritz Bauer n'est pas forcément un homme sympathique et on l'observe lutter alors qu'il semble malade. Il semble attendre tous les sacrifices de ses employés. Mais on l'observe aussi se demander si les personnes qu'il rencontre sont avec lui ou non. Qui est digne de confiance et qui ne l'est pas ? Bref, un très bon film qui mérite d'être regardé.

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    **** Un film sobre qui traite un sujet sans émotions inutiles.
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    Image : Allociné

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  • Dangerous citizens. The greek left and the terror of the state par Neni Panourgiá

    Titre : Dangerous citizens. The Greek left and the terror of the state9780823229673_47.jpg
    Auteure : Neni Panourgiá
    Éditeur : Fordham university press septembre 2009
    Pages : 302

    De quelle manière un état, qu'il soit démocratique ou non, crée-t-il une catégorie d'individus désignés comme dangereux pour son existence ? Cette question est la problématique principale du livre de Neni Panourgiá. L'auteure, pour y répondre, décide d'examiner la difficile et turbulente histoire de la Grèce contemporaine des années 30 à actuellement. Elle fait cet exercice en 8 chapitres qui sont autant de parties de la guerre civile connue par la Grèce. Le premier chapitre est plutôt méthodologique et pose quelques questions sur la manière de traiter un tel sujet. C'est aussi le cas du dernier chapitre qui permet d'examiner de quelle manière la mémoire des dictatures a été utilisée et écrite tout en démontrant que le passage de la Junta des colonels à la démocratie s'est fait en "oubliant" le passé violent aussi bien en ce qui concerne la gauche que les tortures pratiquées contre les citoyen-ne-s grec-ques.

    D'une certaine manière, on peut diviser le livre en trois parties principales. La première partie examine la dictature de Metaxas. L'auteure explique que, selon elle, c'est dans ce cadre que la mise en place d'une division entre les citoyen-ne-s légitimes et les autres s'est faites. Elle démontre que cette division se base sur une loi du XIXe siècle dont la philosophie considère que la criminalité se répand dans "l'ADN" - je reprends son terme - de la famille. Ainsi, c'est toute une famille qui est suspecte et non seulement une personne. C'est aussi cette époque qui permet d'observer la mise en place des camps de prisonniers chargés de rééduquer les communistes qualifiés d'ennemis de la nation par le gouvernement.

    Une seconde partie pourrait prendre en compte les années de la deuxième guerre mondiale jusqu'à la fin des années 50. Celles-ci commencent par une lutte contre les envahisseurs italiens et allemands. La résistance est un point commun. En effet, dans la première partie de la période de nombreux groupes politiques se constituent et résistent ou collaborent avec les envahisseurs alors que les allemands perpètrent des atrocités et que la famine menace. La seconde partie de la période permet de montrer de quelle manière les autorités anglaises, puis américaines, se retournent contre les résistants communistes en mettant au pouvoir d'anciens collaborateurs. Les anglais et les USA ont peur d'une prise de contrôle par les communistes et donc soutiennent un régime qui use de la torture et des camps d'internements dans lesquels sont exilés les communistes supposés ou non.

    Enfin, la troisième partie s'intéresse aux années 50 à la fin des années 70. Bien qu'elle commence dans un semblant de normalisation la période connait une forme d'instabilité politique. En effet, non seulement le roi mais les différents gouvernements ne prennent pas en compte la loi. La période change radicalement alors que quelques colonels décident de prendre le pouvoir et, en pleine nuit, arrêtent des milliers de personnes accusées d'être de gauche qui peuvent ne posséder qu'une sensibilité démocratique et dont l'âge moyen s'étend de 50 à 80 ans. Bien que les résistances existent elles sont écrasées par la police et l'armée -en particulier lors de l'épisode de Polytechnique - et la torture et les camps sont à nouveau utilisés aussi bien contre les gauchistes que les royalistes.

    Il m'est difficile d'apprécier ce livre. Dans les points négatifs je dois noter une discussion théorique qui me semble parfois un peu stérile et un système de notes assez étrange. Le livre est écrit par une ethnologue ce qui permet de comprendre pourquoi la méthode historique est assez peu développée. L'auteure préfère récolter des informations via des entretiens et ne nous offre pas des sources de l'époque (bien qu'une partie de ces documents aient été détruit il reste probablement suffisamment d'écrits). En fait, la lecture donne l'impression d'une grande histoire de famille. Tous les protagonistes semblent se connaitre tandis que l'auteure s'inscrit dans l'histoire en dévoilant ses pensées de l'époque ainsi que les endroits dans lesquels elle vivait. Ce n'est pas négatif en soi mais ça donne une impression un peu étrange de familiarité entre toutes les personnes. Cependant, le propos du livre est intéressant et nécessaire. Dans une époque dites de "guerre contre le terrorisme" qui voit des lois d'urgence se normaliser et des procédures extraordinaires devenir normales il faut se poser la question de la manière dont un état constitue une population comme dangereuse et donc moins qu'humaine. Ce processus permet de justifier des mesures qui, sinon, ne seraient pas acceptables dans un cadre démocratique. Pire, ce type de procédures, en se normalisant, a un effet négatif sur toute la population dont les membres individuels peuvent rapidement devenir suspect. L'auteure pose donc des questions nécessaires en montrant de quelle manière des lois peuvent rapidement être utilisées contre tout le monde.

    Image : Éditeur

  • Trumbo

    Dalton Trumbo était un scénariste d'Hollywood lors de l'âge d'or du cinéma. Il a combattu durant la Deuxième guerre mondiale. Mais il était aussi un membre du parti communiste des États-Unis. Ce fait devient un problème durant les années 50 alors que le monde occidental commence à entrer dans la Guerre Froide. Les sympathies communistes deviennent suspectes de cacher des traitres à l’État. Et le cinéma est l'une des industries qui entre dans le viseur des milieux anticommunistes qui entourent le comité des activités anti-américaines du Congrès. Après plusieurs batailles Trumbo et ses collègues terminent en prison pour un an. Lorsqu'ils en sortent ils trouvent un monde nouveau. Ils sont ostracisés et ne peuvent plus travailler car une liste noire est mise en place. Mais Trumbo décide de travailler sous pseudonyme. Et, au fil des années, la liste noire devient une couverture pour un énorme marché noire.

    Trumbo est un bon film. Il contient de très bons acteurs et actrices. Il est bien écrit et plutôt bien mis en scène. Il y a bien quelques longueurs et quelques défauts. En fait, ces défauts dépendent plus du type de film choisit que de la production. Trumbo est un biopic qui tente de s'intéresser à près de 15 ans d'histoire en deux heures. Il y a donc de nombreux problèmes de rythme entre deux époques avec des personnages qui changent sans véritablement changer. Un autre problème concerne le propos même du film. Quand on doit faire tenir 15 ans d'une personne en deux heures on est obligé d'oublier tout ce qui est superflu. On se concentre sur un personnage sans prendre en compte ce qui existe autours de lui. Ainsi, on ne comprend pas forcément ce qui est en train de se dérouler sur les écrans ni qui sont toutes ces personnes. Le film échoue à expliquer comment fonctionnait la liste noire et quels furent ses effets car on ne peut pas faire autrement que de s'intéresser à la vie d'une seule personne. Cependant, on observe assez bien les effets de la liste sur la famille de Trumbo. Illes doivent déménager, accepter d'être insulté-e-s et surtout garder le secret et aider Donald Trumbo. Ce dernier est montré se tuant à la tâche et j'aurais apprécié en savoir plus sur les autres membres de la famille qui semblent tout autant intéressant.

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    **** Un bon biopic qui, comme tous les biopics, échoue à expliquer une époque et une vie dans toutes leurs complexités.
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  • The politics of german child welafre from the Empire to the Federal Republic par Edward Ross Dickinson

    Titre : The politics of German child welfare from the Empire to the Federal Republic
    Auteur : Edward Ross Dickinson
    Éditeur : Harvard University Press
    Pages : 365

    L'histoire de l'enfance délinquante et en danger (voir en danger de devenir dangereuse) est assez longue. Elle débute durant le XIXe siècle alors que de nombreux réseaux et pays réforment leurs pratiques afin d'atteindre un idéal d'individualisation et de spécialisation. Ce livre s'intéresse à étudier un cas particulier : l'Allemagne. Pour cela, l'auteur dépeint le pays depuis 1840 jusqu'en 1961 (en laissant de côté l'Allemagne de l'Est). Le livre est constitué de 9 chapitres que l'on pourrait diviser en trois parties.

    Les chapitres 1-5 prennent en compte la période 1840 à 1918. Cette période prend en compte l'Empire ainsi que la première guerre mondiale. L'auteur y montre de quelle manière la protection de l'enfance est conçue dans un contexte fortement christianisé et politiquement conservateur. La peur de la modernité et des actions des jeunes permet de mettre en place un réseau qui relie les acteurs privés et publics. Les acteurs privés sont majoritairement des mouvements catholiques et protestants. Les tensions entre les milieux religieux et avec les milieux publics sont fortes et aboutissent à la mise en place de garanties quant au fonctionnent des charités privées face à ce qui est vu comme un étatisme dangereux

    La seconde période pourrait prendre en compte les années 1918-1945 soit les chapitres 6-8. L'auteur s'y intéresse à la République de Weimar et au nazisme. Il tente de montrer de quelle manière les crises de l'entre-deux-guerres impactent sur les réformes qui tentent d'être mises en place dans les milieux de la protection de l'enfance. Ces crises, en particulier économiques, ont un effet sur la pensée de l'aide sociale. Les théoricien-ne-s commencent à penser plus sérieusement l'eugénisme mais aussi la nécessité de choisir qui mérite d'être aidé. Ce mouvement est progressivement détourné par le régime nazi qui prend le contrôle de la protection des mineur-e-s et met en place des politiques criminalisantes et meurtrières.

    Enfin, la dernière partie est dépeinte dans le dernier chapitre. L'auteur essaie d'y montrer de quelle manière les milieux intéressés par l'enfance essaient de dépasser le sinistre régime qui l'a dépassé. Bien que les acteurs étatiques soient réformées en partie les acteurs privés, eux, restent les même. De plus, les inquiétudes sont semblables à celles du XIXe siècle. Ce qui explique pourquoi les milieux catholiques réussissent à garder le contrôle de la protection de l'enfance. De plus, les craintes sont identiques puisque la modernité est pointée du doigt pour expliquer les problèmes de l'époque. Cependant, les réformes sont plus simples car les milieux anti-démocratiques ont disparu et les communistes aussi.

    Ce livre, assez ancien, permet d'exemplifier un milieu particulier de l'aide sociale : la protection des mineurs. À l'aide de l'étude d'un cas particulier, l'Allemagne, sur un siècle il permet de montrer comment une politique publique est mise en place et réformée en traversant plusieurs crises et régimes. L'auteur montre aussi les continuités entre les époques tout en considérant le régime nazi comme une discontinuité dans l'évolution de l'aide sociale. Ainsi, ce livre permet de comprendre comme l'état providence a pu se mettre en place en même temps qu'une progressive démocratisation.

    Éditeur

  • Nos chers protégés par Pierrette Frochaux

    Titre : Nos chers protégés. Trois générations d'assistés à Genève de 1894 à 1947
    Auteure : Pierrette Frochaux
    Éditeur : Éditions d'En Bas 2015
    Pages : 264

    Depuis quelques années la recherche historique sur les enfants placés s'est fortement développée. Elle est encore embryonnaire mais on en sait de plus en plus. Celle-ci tente de répondre à des questions aussi bien de la part des politicien-ne-s, de la société civile que des anciennes personnes victimes de placements ou d'internements administratifs. Tout le monde souhaite comprendre pourquoi et comment tout une partie de la population du pays a été discriminée et mise en prison ou au travail forcé au nom d'une assistance envers elle.

    Pierrette Frochaux essaie, dans son livre, de faire deux choses. Tout d'abord, elle souhaite redonner une voix à son père et ses frères et sœurs. Ces trois personnes ont été abandonnées, ou enlevées à leur mère, très jeune. Elles sont mises sous tutelles et placées en institution puis chez des patrons capables de leur apprendre un métier en adéquation avec leurs capacités intellectuelles perçues ainsi que leur origine sociale très modeste. Ensuite, elle essaie de recréer l'histoire d'une famille brisée par l'administration du canton de Genève. Elle tente de retrouver ses grands-parents paternels puis de retrouver des documents concernant sa famille. Elle a fait une longue recherche dans les archives afin de trouver le moindre document et de l'interpréter à la lumière de ce que son père lui a expliqué.

    On ressort de ce livre en comprenant un point précis : un État a brisé des vies. Ce qui ressort de la lecture de ce livre est une forme de bienfaisance de la part des autorités. Mais celle-ci cache une forme de cruauté administrative. Les enfants sont séparés des membres de leur famille. Leur tuteur ne tente pas de les relier et ne mentionne même pas l'existence des frères et sœurs. On observe aussi un État qui tente de garder des enfants dans le milieu social qui doit leur convenir. Loin de leur permettre de s'épanouir selon leurs choix on leur impose un travail précis au nom de leurs facultés intellectuelles déficientes. Ce sont aussi des enfants qui doivent tout à l’État. Ces trois personnes vivent leur enfance sans ne rien posséder si ce n'est leurs vêtements. Leur liberté est contrainte par les institutions puis par les patrons. Bien que ce ne soit pas une recherche historique à proprement parler ce livre montre extrêmement bien ce qu'a couté ces placements et protections si bienfaisants.

    Image : Éditeur

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  • The danish girl

    Nous sommes au Danemark dans les années 30. Einar Wegener et Gerda Wegener sont un couple d'artistes reconnus par la société. Ils vivent de leurs peintures tout en navigant dans les sphères de la société des artistes. Tout semble bien aller. Mais Einar n'est pas réel. Sa vraie identité est Lili. Alors que cette femme commence à comprendre qu'elle est sa réelle identité elle est soumise à l'incompréhension des médecins de l'époque ainsi que de ses amis. Comment pourra-t-elle devenir ce qu'elle est vraiment et abandonner un corps qui ne lui correspond pas ? Que deviendra la relation entre elle et Gerda alors que cette dernière devient de plus en plus connue en peignant Lili ?

    Selon le film, Lili est l'une des premières femmes à subit une opération afin que son genre corresponde à son sexe. Retracer son histoire en se basant sur un roman historique de nature fictionnelle était donc risqué sur de nombreux points. D'un point de vue technique le film est réussi. La photographie, les costumes, le jeu d'acteur et les répliques sont très convaincants. Ce sont d'autres problèmes qui peuvent créer une impression trouble. Premièrement, et ce point a déjà été soulevé dans les réseaux militants, on se demande pour quelle raison on prend un acteur cis plutôt que de prendre une personne trans. Lorsqu'on s'intéresse à un tel sujet encore peu connu et peu mis en scène il me parait normal de faire l'effort de trouver une personne membre du groupe concerné. D'autres problèmes concernent l'historicité du film. Bien entendu, il y a des reconstitutions de détails qui ne sont pas réels mais pas si importants. Ensuite il y a ce qui est fictif et qui permet de créer de l'émotion de manière artificielle simplement pour créer de l'émotion. Est-il vraiment utile de broder sur une vie qui a existé au point d'inventer des événements ? J'en doute !

    Mais il y a surtout la représentation de la transsexualité. J'ai lu quelques articles critiques sur le sujet et je suis d'accord avec eux. La manière dont la transition est représentée pose de nombreux problèmes. Durant le début du film on a l'impression qu'Einar est un homme efféminé qui apprécie peu la masculinité virile et possède une fascination pour les habits et la gestuelle féminine. Une scène en particulier montre des hommes rires haut et fort tandis qu'Einar tente de suivre mais nous montre sa gêne devant cette manifestation de virilité. Lorsque Lili apparait on a l'impression que Gerda force Einar à s'habiller en femme. Puis cela devient un simple jeu de couple afin de rire un peu. Ce n'est que bien plus tard, après la moitié du film, qu'il est annoncé que Lili a toujours existé. J'ai donc eu l'impression qu'on me présentait la transsexualité comme un jeu de couple sexy et non une identité.

    *
    **
    *** Bien que le jeu ainsi que la photographie soient magnifiques j'ai un certain nombre de problèmes avec certains choix qui ont été fait.
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    *****

    Image : Allociné

     

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  • El Clan

    La famille Puccio est une famille normale d'Argentine. Le père, la mère, trois frères et deux sœurs se partagent une grande maison. C'est une famille plutôt aisée. L'un des fils, Alejandro, est un très bon joueur de rugby tandis que le père partage la table des grands politiciens de l'Argentine. L'argent entre assez bien pour que Alejandro soit capable d'ouvrir son propre magasin de matériel de surf. De plus, le pays entre dans une réforme qui devrait lui permettre de passer de la dictature sanglante que le peuple a connu à une démocratie à l'occidentale. Les méfaits et les excès du passé ne sont pas oubliés mais ils ne sont plus défendus. Cette famille pourrait être normal. Mais le père, Arquímedes, est à la tête d'un réseau d’enlèvement. Il utilise Alejandro afin de donner confiance à ses victimes et ensuite demande une rançon en dollars américains. Ces activités sont censées punir les personnes qui profitent du pays. Mais il semble que la famille ne soit pas forcément à l'aise avec ce type d'activités.

    Ce film s'inspire de faits réels. Il y a réellement une famille Puccio qui a vraiment enlevé et assassiné des personnes. Bien entendu, le film doit broder et interpréter une histoire dont on ne sait pas tout. Ainsi, la scène de fin est construite afin que l'on pense une chose précise. Mais on ne sait pas si c'est réellement le but de la personne. En ce qui concerne les acteurs, actrices ainsi que la réalisation c'est film qui réussit. Les scènes d'enlèvement sont toujours mises en parallèle avec celles de la vie de tous les jours. Ce fonctionnement donne une impression surréaliste. Voir le père amener tranquillement à manger à son détenu en saluant la famille est impressionnant. Bien que le film ne conclue pas sur ce point il donne clairement le point de vue que personne, dans la famille, ne pouvait ignorer ce qui se déroulait. Bien que les activités de tous les membres ne soient pas toujours très claires. Cependant, ce film échoue sur un point important. Durant plusieurs scènes on sent une proximité entre Arquímedes et le pouvoir. Ces relations ne sont pas questionnées et je me suis souvent demandé comme celles-ci fonctionnaient. Est-on en face d'une personne connue par le pouvoir mais que l'on laisse agir où alors un homme qui agit pour l’État ?

    *
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    ***** Un très bon film avec quelques points que j'aurais apprécié mieux comprendre

    Image : Éditeur

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  • De la justice aux archives. Conservation de données sensibles, recherche historique et mesures de coercition à des fins d'assistance avant 1981 édité par Hugo Casanova, Hubert Bugnon, Frédéric Oberson, Luc Vollery, Alexandre Dafflon et Charles-Edouard Thi

    Titre : De la justice aux archives. Conservation de données sensibles, recherche historique et mesures de coercition à des fins d'assistance avant 1981
    Éditeurs : Hugo Casanova, Hubert Bugnon, Frédéric Oberson, Luc Vollery, Alexandre Dafflon et Charles-Edouard Thiébaud
    Éditeur : Revue fribourgeoise de jurisprudence 2015
    Pages : 167

    Ce livre contient les actes de deux journées d'études ayant eu lieu à Fribourg en 2014. Depuis quelques années les questions concernant les anciens enfants placés ainsi que les personnes internées pour raison d'assistance sous les procédure d'internement administratif sont de plus en plus nombreuses. On se demande qui et pourquoi. Dans le même temps, l'accès aux archives est de plus en plus demandé aussi bien par des journalistes, d'anciennes victimes et des chercheurs et chercheuses. Tout ceci crée un problème pour l'accès à des archives sensibles mais dont l'analyse est nécessaire : les archives de type judiciaire.

    Ce livre est constitué en deux parties à l'image des journées d'études. La première concerne avant tout des problèmes archivistiques. On y apprend quels sont les normes d'accès aux archives judiciaires aussi bien en Suisse que dans certains cantons dont Fribourg. Les contributions permettent aussi d'expliquer de quelle manière les archives sont construites et classées afin de permettre un échantillon mais aussi un accès facilité et rationnel. La seconde partie concerne l'usage de ces archives. Bien que ces usages touchent à l'histoire économique généalogique une partie importante des contributions concerne les placements et internements administratifs. Les contributions font une synthèse des recherches et replacent le propos dans un cadre scientifique et politique suisse. Non seulement on apprend quelles sont les normes légales permettant de telles décisions mais on apprend aussi de quelle manière la communauté scientifique, politique et civile s'est emparée du problème avec des méthodes et des buts différents.

    Ce petit livre propose un acte de deux journées d'études. Bien qu'il y ait une construction et un thème commun on ne peut qu'avoir des informations synthétiques. On apprend beaucoup de choses mais on souhaite surtout en savoir plus. Ce qui ressort de ce livre c'est un état du problème aussi bien pour les archivistes que pour les historien-ne-s. Leur fonctionnement en commun est nécessaire afin d'une part d'expliquer scientifiquement le placement et redonner leur histoire de vie aux anciennes personnes placées et internées. On peut tout de même déplorer qu'une partie des contributions n'ont pas pu être publiées dans ce livre.

  • De l'utilité du genre par Joan W. Scott

    Titre : De l'utilité du genre9782213661551-X_0.jpg?itok=vUHK_R54
    Auteure : Joan W. Scott
    Éditeur : Fayard 2012
    Pages : 219

    Joan W. Scott est connue pour son article théorique "Le genre : une catégorie utile d'analyse historique". Ce petit livre recueil plusieurs articles de l'historienne autours du genre comme concept et de la manière de l'utiliser en histoire. Le premier article est, bien entendu, celui que je viens de citer. Joan W Scott y définit le genre comme concept tout en critiquant d'autres formes de définitions. Ensuite, elle décortique le terme et explique comment on peut l'utiliser dans des travaux de recherche. Bien que l'article soit très théorique il n'en est pas moins passionnant pour les personnes intéressées malgré une difficulté de lecture plutôt importante. Dans l'article suivant l'auteure déconstruit le travail de E. P. Thompson. Elle démontre que ce dernier a totalement écarté les femmes dans son livre majeur sur la classe ouvrière anglaise.

    Les deux articles suivant sont ceux qui m'ont le plus intéressé. La raison en est le lien avec des débats et affaires récentes durant lesquelles les arguments déconstruits par Scott ont été utilisé par des politiciens, des journalistes et des experts. Le premier concerne le voile. Elle montre que ce dernier est pensé comme fondamentalement incompatible avec la laïcité alors que celle-ci n'a jamais été construite comme moyen de créer une égalité entre les hommes et les femmes. Plus important, elle déconstruit les arguments qui considèrent que les femmes qui se voilent sont opprimées ou aveugles. En effet, elle explique que ces femmes s'inscrivent dans une religion et une culture et que cette inscription identitaire, communautaire, permet une capacité d'agir et donc de choisir. Le dernier article concerne la séduction française. À plusieurs reprises, le terme a été utilité afin d'expliquer, ou d'innocenter, des actes sur des femmes. Au lieu d'une agression ce n'était qu'un élan séducteur bien français incompris. Joan W Scott commence par présenter les arguments. Elle montre que cette séduction est basée sur une société particulière et une vision spécifique. Cette dernière considère que les femmes sont ouvertes à la séduction de manière passive tandis que les hommes sont actifs (prédateurs). Les femmes, par l'amour, doivent contrôler et abaisser la prédation masculine en utilisant l'amour. Dans cette vision des relations entre les sexes il faut que tout le monde soit bien identifiable comme homme ou femme. Par conséquence, Scott montre en quoi cette forme de séduction se doit de lutter contre le féminisme et les luttes pour les droits des gays et lesbiennes. Non seulement les sexes sont brouillés mais, en plus, l'acte de séduction est dénaturé. La cible principale est le féminisme américain accusé d'être la cause des guerres des mâles impérialistes américain.

    Ce petit livre se termine sur une conclusion qui permet non seulement de faire le bilan du féminisme universitaire mais aussi de tenter de repousser les frontières. Joan W. Scott apprécie les remises en causes des acquis et pousse à passer outre les chemins débroussaillés même, et surtout, si cela rend certaines personnes et institutions inconfortables. Au final, la lecture est stimulante. Le propos n'est pas toujours très facile à comprendre. Les concepts sont nombreux et ne me sont pas toujours connus. Mais il est fascinant de voir la pensée de Scott se modifier et s'étendre vers d'autres horizons.

    Image : Éditeur

  • Histoire des femmes en occident 5. Le XXe siècle sous la direction de Françoise Thébaud

    Titre : Histoire des femmes en occident 5. Le XXᵉ siècle

    Direction : Françoise Thébaud

    Éditeur : Perrin 2002

    Pages : 891

    Il est difficile de présenter un tel monument. Et encore, je ne parle que du dernier tome, qui fait tout de même près de 900 pages, alors qu’il en existe quatre autres de l’antiquité à nos jours. Ce tome ne prend en compte “que” le XXᵉ siècle en occident soit l’Europe et les Amériques du Nord. C’est déjà beaucoup mais il est dommage de ne pas avoir pu avoir une perspective plus large. Encore une fois, l’Afrique, l’Asie et les Amériques du Sud sont totalement oubliés par un livre qui se prétendait universel mais qui reste très euro-centré quand il n’est pas franco-centré. Le livre est divisé en 19 chapitre et 4 parties. Le tout est précédé d’une introduction qui permet de remettre à jour les propos tenus dans le livre via un état de la recherche qui se veut complet et qui prend un tout petit moins que 60 pages.

    La première partie, constituée de 8 chapitres, est intitulée La nationalisation des femmes. Derrière ces termes nous avons un certain nombre de contributions classées de manière chronologique puis thématiquement. En effet, ou nous peint le fonctionnement de la condition féminine entre la Première Guerre Mondiale et les années trente. Ceci permet aussi bien de montrer les premières revendications féministes du XXᵉ siècle que de nous montrer les modifications et résistances que connurent les sociétés européennes. Dans un second temps, on nous explique comment les femmes et les féminités furent pensés par les autorités de régimes fascistes, dictatoriaux et le nazisme. Nous avons donc une peinture complète qui part de l’Italie et de l’Allemagne en passant par Vichy et l’Espagne de Franco. Ceci se termine sur un examen des femmes en URSS.

    La seconde partie, femmes, création et représentation, est constituée de 4 chapitres. Le premier est celui que j’ai le moins apprécié. L’autrice y décrit les manières dont les femmes sont pensées et représentées dans les productions philosophiques aussi bien féministes que non-féministes. J’ai trouvé la lecture difficile et peu intéressante. Par la suite, on trouve un chapitre sur la place des femmes dans la culture qui permet non seulement de créer un bilan sur l’entrée des femmes dans le milieu mais aussi d’expliquer pourquoi il est si difficile de réussir en tant que femme dans la culture. On continue sur un examen de la consommation de masse qui débute en s’adressant aux femmes en tant que maîtresses du foyer et, donc, premières concernées par les chats. La partie se termine sur un chapitre que j’ai beaucoup apprécié concernant l’image des femmes. Il est parsemé d’exemples que le noir et blanc et le format poche rendent moins facile à lire. Cependant, la lecture est très intéressante.

    La troisième partie contient trois chapitres et se nomme les grandes mutations du siècle. Le but est de faire l’histoire de la seconde partie du XXᵉ siècle jusque dans les années 80-90. Le propos se concentre sur l’état social et ses effets non seulement sur la pauvreté mais aussi sur la maternité. Le dernier chapitre permet de poser la question de l’histoire du travail féminin, qui a toujours existé, et de sa transformation en salariat mais aussi des milieux dans lesquels les femmes se trouvent. L’autrice montre que bien qu’il y ait mutation dans la condition féminine celle-ci est toujours subordonnée aux hommes qui gardent la main sur les travaux et études considérés comme supérieurs.

    Enfin, la dernière partie, en quatre chapitre, se nomme enjeux. Le premier chapitre pose la question de l’ascension à la majorité aussi bien civile que politique des femmes. L’autrice dépeint les premières tentatives d’accéder au droit de vote mais aussi d’être considérées comme civilement majeure. Elle montre des différences en Europe selon des lignes de fractures religieuses et géographiques. Un second chapitre montre l’histoire du féminisme dans les années 60 et 80. Ce chapitre permet de comprendre comment les mouvements féministes se sont reconstruits en abandonnant le droit de vote au profit d’autres luttes en faveurs du droit sur son propre corps. L’avant-dernier chapitre est une étude de cas sur le Québec qui permet de faire le lien entre différents mouvements féminins entre différentes époques et leurs impacts sur la société. Enfin, le livre se termine sur un chapitre qui examine les problèmes de la filiation posés par les nouvelles sciences de la procréation. L’autrice présente les arguments en faveurs ou contre ces droits ainsi que les problèmes qui peuvent exister. Dans une dernière partie, on nous offre des extraits d’écrits de deux femmes.

    Ce livre est un monument qui fait partie d’un monument. L’histoire des femmes en occident fut une tentative non seulement de justifier d’une recherche mais aussi de créer un livre qui pose les bases de la connaissance à un moment particulier. Son âge implique que de nombreuses recherches plus récentes existent actuellement. Je me pose aussi la question de la légitimité d’un livre qui ne prend en compte que l’occident et, surtout, la France et une partie de l’Europe (la Suisse, encore une fois, est pensée comme un tout lorsqu’elle est mentionnée). De plus, cette histoire des femmes, et c’est l’époque qui le veut, ne prend pas en compte les problèmes concernant les sexualités ni les racismes. C’est à peine si les tensions entre féministes blanches et noirs aux USA sont mentionnées. Il est difficile de passer outre ce livre lorsqu’on s’intéresse au sujet mais il est nécessaire d’aller plus loin.

    Image : Amazon

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  • Le plus bel âge? Jeunes et jeunesse en France de l'aube des "Trente Glorieuses" à la guerre d'Algérie par Ludivine Bantigny

    Titre : Le plus bel âge ? Jeunes et jeunesse en France de l'aube des "Trente Glorieuses" à la guerre d'Algérie9782213628707-T_0.jpg?itok=XqTlXKUF
    Auteure : Ludivine Bantigny
    Éditeur : Fayard 2007
    Pages : 498

    Ce gros livre, en effet il est massif, est l'adaptation d'une thèse de la part de Ludivine Bantigny sur l'histoire de la jeunesse française depuis l'après-guerre jusqu'à la fin de la guerre d’Algérie. L'auteure s'y pose la question de ce qui constitue la jeunesse. Est-ce un simple mot ou est-ce plus compliqué. Pour cela elle tente de comprendre ce qui a constitué la jeunesse, comment on en a parlé et quelles sont les expériences communes qui permettent de former une génération. Elle construit son travail en quatre parties de trois chapitres chacune ce qui lui permet de passer sur tous les aspects de la jeunesse. Elle début tout de même avec une introduction et un prologue afin de poser les bases méthodologiques de sa recherche.

    La première partie, nommée "Les travaux et les jours", permet à Bantigny de placer la jeunesse sur le marché du travail et de l'éducation. Le premier chapitre permet de montrer comment les relations entre les générations et entre les jeunes se forment. Quels sont les moyens économiques que les jeunes possèdent ? Mais aussi comment font-ils pour avoir des loisirs ? Le chapitre suivant permet d'étudier le fonctionnement de l'école alors que de plus en plus de personnes s'y rendent. L'auteure dépeint une école encore ancienne, rigide, basée dans des locaux exigus et inadaptés à tels point que certaines personnes les considéraient comme insalubres. Elle montre aussi les nombreux débats qui se sont formés autours de l'école et de sa mission. En effet, l'école était pensée comme trop livresque et trop peu basée sur les besoins économiques. Enfin, Ludivine Bantigny se pose la question du marché du travail. Elle montre un oubli des agriculteurs dont le travail est presque gratuit. Cependant, les autres jeunes ne sont pas en reste. Les relations avec les collègues et les patrons sont souvent difficiles voir humiliantes. Les jeunes peuvent être soumis à un régime illégal sans être bien payé. Mais il n'y a pas de révoltes devant ces conditions considérées comme passagères.

    La seconde partie concerne le danger social des jeunes. En effet, il y a eu, et il y a encore, une peur de la jeunesse. Le premier chapitre examine à quoi ressemble le jeune dangereux. Bantigny y décortique la délinquance mais aussi la manière dont celle-ci est pensée par les acteurs de la société. Elle montre comment, presque du jour au lendemain, on voit apparaitre les blousons noirs et la peur des gangs de jeunes à la violence irrationnelle. Tandis que la majorité des jeunes garçons et jeunes filles ne portent le blouson que pour se détacher. Elle explique aussi, dans un second et troisième chapitre, de quelle manière les jeunes dangereux (ou en danger de le devenir) passent sous la loupe de nombreux observateurs. Ces derniers sont chargés de comprendre le jeune délinquant et de trouver un bon moyen de le "guérir". Malgré que les centre d'observations ne soient pas des prisons Bantigny montre que les jeunes qui y sont enfermés se pensent en prison. Ils sont derrière des murs et n'ont pas de libertés. Pire encore, ils ne savent pas quand ils sortiront.

    Une troisième partie permet d'examiner les politiques de la jeunesse mises en place par les différents gouvernements. Ludivine Bantigny montre la difficulté de créer ces politiques bien que la jeunesse soit pensée comme un avenir dont il faut prendre soin. Elle montre quels sont les politiciens les plus appréciés et comment les jeunes entrent en politique que ce soit à droite ou à gauche. Cette partie s'articule bien avec la suivante qui concerne la guerre d'Algérie. En effet, Bantigny commence par montrer comment la politique de la jeunesse fut mise à mal par la une guerre qui n'en portait pas le nom. Elle continue sur la critique de l'école formée par l'armée qui considère que les jeunes ne sont pas assez éduqués à la nation française. Elle montre aussi quel fut l'expérience de la guerre pour cette génération. Au début il y a revendications, craintes et peurs car on envoie pour 28 mois des personnes se battre au nom de la pacification. À la fin, il y a le silence et l'habitude de l'horreur. Alors que sont ces jeunes qui reviennent ? De nombreux journaux se posent la question et ne peuvent pas toujours y répondre.

    J'ai lu cette thèse avec un très grand intérêt. L'auteure y fait une peinture très complète de la jeunesse et, surtout, des différentes institutions qui s'occupent d'elle. Elle montre comment les jeunes sont pensés mais aussi ce qui forme une génération. Ainsi, quelques années suffisent pour tout changer entre les jeunes nés durant la guerre et ceux du baby-boom. De nombreux point développés par Ludivine Bantigny pourraient être utilisés pour mieux comprendre ce que l'on dit actuellement sur, en particulier, la mode, la moralité, l'école et la délinquance des jeunes.

    Image : Editeur

  • Une histoire des garçons et des filles Amour, genre et sexualité dans la France d’après guerre par Régis Revenin

    Titre : Une histoire des garçons et des filles Amour, genre et sexualité dans la France d’après-guerre
    Auteur : Régis Revenin
    Éditeur : Vendémiaire 2015
    Pages : 347

    Comment la sexualité et l'amour se sont-ils modifiés durant les trente glorieuses ? Ce livre utilise les archives judiciaires ainsi que celles du centre d'observation de Savigny agrémentées d'entretiens afin d'illustrer les modifications dans les attitudes des jeunes hommes français concernant la sexualité, l'amour et la masculinité (avec peu d'informations sur les filles).

    L'auteur de cette thèse remaniée forme cet examen sur 6 chapitres. Les deux premiers concernent l'éducation sexuelle. Bien que les jeunes puissent discuter entre eux la connaissance est d'abord peu avancée. Ce qui conduit les autorités à se poser la question de la nécessité d'une éducation sexuelle fournie par l'école. Les résistances sont importantes malgré la demande des jeunes eux-mêmes. L'auteur montre que cette éducation, contestée, reste très chaste et se contente de parler procréation et mariage. Il analyse aussi quelques affaires et les raisons derrière celles-ci. Ces affaires concernent aussi bien des enseignants que des tracts voir des publications de presse.

    Les trois chapitres suivants se concentrent sur la sexualité. Le premier concerne la manière dont la séduction comment à être pensée. Les jeunes filles doivent se faire attirantes tout en faisant attention à leur accoutrement. Pendant ce temps, les jeunes garçons commencent à ressentir de manière positive le besoin de se soigner. Mais ils doivent faire attention à leur virilité mise en doute en cas de soins trop importants. L'époque marque aussi un changement dans la mode. Celui-ci est vu négativement par les adultes qui ont peur d'une indifférenciation voir d'une inversion des sexes alors que les filles portent des pantalons et que les garçons ont les cheveux longs. Le chapitre qui suit s'intéresse plus spécifiquement à l'homosexualité masculine. Il analyse non seulement la manière dont les autorités parlent des jeunes gays mais aussi comment ces derniers se définissent eux-mêmes. De plus, on y trouve une peinture des codes de drague ainsi que de la vie parisienne. Le dernier parle plus spécifiquement du coït. Il explique sa signification pour un jeune garçon mais aussi les craintes concernant les enfants. La contraception est d'ailleurs laissée à l'entière responsabilité des filles qui, de plus, sont blâmées. L'auteur écrit aussi une partie sur les viols comme moyens de domination et de sociabilisassions des garçons sur des filles considérées comme faciles donc consentantes par défaut. On y comprend que la justice considère les viols comme peu importants tandis que les jeunes filles deviennent responsables de ce qui leur est arrivé malgré une pression qui peut devenir violente.

    Enfin, le dernier chapitre nous parle de la masculinité. À l'aide des écrits des jeunes il montre ce que doit être un homme dans les esprits de l'époque. La virilité y est largement considérée comme naturelle et les rôles ne sont pas remis en causes (les féministes étant très mal vues ainsi que les lesbiennes). Les filles sont considérées par les garçons comme chanceuses car leur vie serait plus facile puisque le travail en serait absent. Les écrits montrent des idées traditionnelles du mariage avec des rôles fortement genrés et une division stricte des femmes que l'on peut épouser de celles que l'on ne peut que "consommer" sexuellement.

    Au final, ce livre, tiré d'une thèse, est très intéressant. Il permet de montrer l'évolution des considérations sur l'amour et la sexualité à travers des écrits même des jeunes garçons. De ce point de vue on en apprend énormément ce qui permet de mettre en doute la singularité de la révolution sexuelle. Il est tout de même dommage que les filles ne soient présentes presque qu'à travers les discours des garçons. Cependant, l'auteur renvoie à la thèse de Véronique Blanchard.

    Image : Éditeur

     

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  • Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma soeur et mon frère... par Michel Foucault, J.P. Peter, Jeanne Favret, Patricia Moulin, Blandine Barret-Kriegel, Ph. Riot, Robert castel et Alexandre Fontana

    Titre : Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma soeur et mon frère...product_9782070328284_195x320.jpg
    Auteurs : Michel Foucault, J.P. Peter, Jeanne Favret, Patricia Moulin, Blandine Barret-Kriegel, Ph. Riot, Robert castel et Alexandre Fontana
    Éditeur : Gallimard 1973
    Pages : 42

    Le 3 juin 1835 un crime qualifié d'abominable a lieu dans une petite commune française. Pierre Rivière, la vingtaine, a tué sa mère, sa sœur et son frère avant de quitter sans hâte la scène du crime et de vagabonder durant un mois dans les forêts et villages des alentours. Lorsqu'il est enfin pris on lui demande d'écrire un mémoire. Ce mémoire lui permet non seulement d'expliquer son crime mais aussi de montrer sa préparation, ses doutes, ses remords. Son texte sera inséré dans un appareil complet de discours médicaux et juridiques afin de comprendre si Pierre Rivière est, oui ou non, un fou et donc si la peine de mort est acceptable.

    La majeure partie du livre contient les pièces du dossier Rivière. Celui-ci est constitué des pièces du procès et de l'enquête mais aussi des expertises médicales (au nombre de trois). De plus, on trouve le mémoire dont on utilise une phrase pour le titre de cet ouvrage. La suite du livre est constituée de notes qui permettent à différent-e-s auteur-e-s d'essayer d'expliquer comment fonctionne ce dossier avec le mémoire mais aussi avec la période. On tente de nous montrer que les experts ne sont pas encore acceptés dans l’arène judiciaire. On nous montre en quoi le mémoire de Rivière sème le trouble ce qui explique qu'il puisse être utilisé aussi bien à charge qu'à décharge. En effet, on y trouve des faits qui corroborent des témoins qui parlent de l'étrangeté de Pierre Rivière. Mais l'existence même du texte met à mal l'idée que son rédacteur est un fou et un idiot étant donné sa construction logique. Ainsi, face à un acte monstrueux le texte qui l'explique est incompréhensible car il échoue à expliquer ce que les contemporains pensent inexplicable.

    On pourrait faire un parallèle, ici, aux manifestes qui suivent les meurtres de masses. Là aussi nous avons un texte qui n'est pas compréhensible mais qui tente d'expliquer, de justifier, un acte horrible par l'impression d'une injustice. Cette injustice, pour Rivière, c'était la force des femmes qui retournaient les lois naturelles et romaines en devenant dominantes. En particulier, c'était sa mère qui dominait son mari et refusait la relation. Un homme devait recréer l'équilibre et devenir un martyr de la cause. Ne semble-t-il pas que l'on retrouve certaines choses que l'on voit de nos jours ? Ainsi, ce dossier permet de comprendre deux époques. Celle du XIXe qui tentait de créer un arsenal pour s'occuper de la folie et la nôtre qui évacue les manifestes qui suivent des meurtres de masses comme de simples exemples de la folie du criminel sans essayer de comprendre en quoi le texte fonctionne dans une communauté et une vision commune du monde.

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  • La bataille de l'enfance. Délinquance juvénile et justice des mineurs en France pendant la Seconde Guerre mondiale par Sarah Fishman

    Titre : La bataille de l'enfance. Délinquance juvénile et justice des mineurs en France pendant la Seconde Guerre mondiale
    Auteure : Sarah Fishman
    Éditeur : Presses universitaires de Rennes 2008
    Pages : 323

    Vichy est considéré comme une parenthèse dans l'histoire commune judiciaire et politique française. C'est un état qui n'avait qu'une existence volée aux personnes qui représentaient véritablement les intérêts et les vœux de la population française. Cette vision a été largement remise en question aussi bien par des travaux sur l'opinion publique que sur la continuité entre des politiques répressives mises en place par Vichy et celle de la quatrième puis de la cinquième République. Ce livre, tiré d'une thèse, souhaite montrer les continuités entre la troisième République, Vichy et l'après-guerre. En effet, bien que les analyses qui se formèrent immédiatement après la guerre considèrent que Vichy n'a rien fait et que l'ordonnance concernant la justice des mineurs de 1945 est un nouveau départ cette idée laisse de côté le travail important que Vichy réalisa en faveurs de l'enfance. Pour cette présentation l'auteure met en place 6 chapitres.

    Le premier chapitre permet de comprendre comment fonctionnaire la France avant Vichy. Il s'intéresse, en grande partie, à la loi de 1912 ainsi qu'aux développements médicaux concernant les enfants délinquants. Le second chapitre continue une forme d'introduction en présentant l'histoire de l'enfance durant la guerre. Cette présentation permet de se faire une idée de l'effet de la guerre ainsi que de l'économie de guerre sur les enfants mais aussi des résistances qui ont existé. Ainsi, l'auteure parle rapidement des Zazous qui ont été vu comme l'exemple parfait de la décadence américaine et de l'immoralité de certain-e-s jeunes français-e-s. Le troisième chapitre présente les chiffres concernant la hausse de la délinquance des mineurs. L'auteure se base sur des rapports officiels tout ne n'oubliant pas de nous prévenir de la nécessité d'en user avec prudence.

    Le chapitre suivant permet de faire deux choses. Tout d'abord, il présente les diverses personnalités ayant une certaine importance dans la protection des mineurs. Ensuite, il permet de présenter les explications qui ont été formées pour expliquer la hausse de la délinquance des jeunes. Celles-ci se basent à la fois sur une vision héréditaire et du milieu pathogène. Les familles dites dissociées y sont vues de manière particulièrement négatives. Cette vision est justifiée par des chiffres qui sont encore utilisés aujourd'hui (malgré la méthodologie biaisée utilisée). Lors de la guerre cette idée est réutilisée en se basant sur l'absence des pères qui force les mères au travail et donc détruit l'équilibre de la famille selon une vision patriarcale de celle-ci. Mais ces propos sont mis en doute par l'auteure qui montre que, d'une part, les enfants de pères prisonniers ne sont pas nombreux dans les dossiers et que, d'autre part, la hausse de la délinquance des jeunes et parallèle à celle des adultes et s'explique par des besoins économiques.

    Le chapitre suivant présente les efforts de réformes mis en place par Vichy. Des réformes qui permettent la mise en place d'institutions et d'idées thérapeutiques. Le dernier chapitre montre que ces idées se retrouvent dans le projet du gouvernement de libération et ont un impact encore important aujourd'hui malgré une hausse de la demande de répression face à des jeunes vus comme de plus en plus violents et vicieux. Ceci permet à l'auteure de comparer la situation française avec la situation américaine. En effet, les USA ont permis d'utiliser une justice des majeurs pour les mineurs. Ce qui a eu d'énormes conséquences négatives. Bien que l'auteure ne considère pas l'approche thérapeutique comme parfaite l'exposé concernant les USA lui permet de mettre en garde contre toute tentation ultra répressive. Au final nous avons une thèse qui permet à la fois de mieux comprendre Vichy et son lien avec les jeunes et d'observer à quel point certaines idées se sont concrétisées jusqu'à aujourd'hui malgré des remises en causes récentes.

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  • Les anormaux. Cours au Collège de France, 1974-1975 par Michel Foucault

    Titre : Les anormaux. Cours au Collège de France, 1974-1975
    Auteur : Michel Foucault
    Éditeur : EHESS, Gallimard et Seuil mars 1999
    Pages : 351

    Michel Foucault, malgré les problèmes évidents que son travail pose, est l'un de mes auteurs préférés. Bien que je considère avant tout comme un boute à outil bien utile pour comprendre certains faits sociaux cela ne m'empêche pas de le lire avec plaisir (à défaut de tout comprendre). Ses livres peuvent être ardus mais ses cours au collège de France le sont un peu moins. C'est aussi un bon moyen de voir la pensée de Foucault en construction avant la rédaction d'un ouvrage (ou pas, parfois il annonce des livres qui ne sortiront jamais). Cette édition, comme d'habitude, reprend le cours proprement dit et ajoute son résumé ainsi qu'une situation écrite par Valerio Marchetti et Antonella Salomoni. Cette situation permet de placer le cours dans la pensée de Foucault, l'époque ainsi que la recherche de l'époque et la méthode de travail de Foucault.

    Dans ce cours Foucault se pose la question de la construction des anormaux. En particulier, il essaie de comprendre comment la psychiatrie est devenue un moyen de tester l'anormalité dans le cadre judiciaire. Foucault définit trois types d'anormaux. Il y a le monstre qui montre une violation des lois naturelles et sociales. Ce dernier est un mélange d'attributs qu'ils soient humains et animaux ou de des sexes. Ce qui permet à Foucault d'analyser quelques procès d’hermaphrodites. Cette catégorie deviendra celle des personnes dangereuses dont la psychiatrie doit analyser le degré de dangerosité en vue d'une décision judiciaire qui prenne en compte le danger, la possible rééducation et la possibilité de libérer l'individu. La seconde catégorie est celle des onanistes. Foucault considère que cette catégorie a deux origines. Tout d'abord, il y a la mise en place de questionnements de plus en plus précis afin de permettre la repentance ecclésiastique sous la forme de la technique de l'aveu. Ensuite, il y a une croisade contre la masturbation qui se forme sous le fonds d'un changement de relations entre les familles et l'état. L'état prend en charge l'éducation mais laisse la sexualité aux mains des familles. Un grand nombre de livres et de techniques existent afin d'éviter la pratique de la masturbation chez les enfants. Que ce soit la surveillance, les liens ou des actes chirurgicaux. Enfin, il y a l'individu à corriger que Foucault ne développe que dans le dernier cours. Ce dernier est principalement un élève que l'on doit dresser aussi bien moralement que physiquement afin qu'il accepte les règles sociales (et scolaires)

    Que penser de ces 11 cours donnés par Foucault ? Bien qu'ils soient moins denses et moins compliqués à lire que ses livres ils restent tout de même d'un certain niveau. On retrouve aussi plusieurs thèmes qu'il développera dans son Histoire de la sexualité. C'est, par exemple, le cas du discours sur la sexualité ainsi que la mécanique de l'aveu. Ce cours est aussi un moyen de comprendre comment se sont formés les discours psychiatriques dans le milieu judiciaire. Ceux-ci ont la tâche de devoir évaluer la dangerosité d'une personne présumée innocente (mais qu'on considère dangereuse...). Les discours que Foucault analyse sont basés sur des termes anciens et/ou peu précis qui permettent surtout de donner l'avis du psychiatre sur une personne plutôt que de créer un discours scientifique. Ces cours sont donc un bon moyen de remettre en question la manière dont on parle des personnes dites dangereuses et dont on analyse leur dangerosité. Ce travail reste, aujourd'hui encore, d'actualité.

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  • Enfants à louer. Orphelins et pauvres aux enchères par Rebecca Crettaz et Francis Python

    Titre : Enfants à louer. Orphelins et pauvres aux enchères6e13ca992c79f5ab66b47ca9e2da4e60.jpg
    Auteur-e-s : Rebecca Crettaz et Francis Python
    Éditeur : Société d'histoire du canton de Fribourg 2015
    Pages : 176

    Il y a quelques années que les personnes placées durant leur enfance ou internées pour des raisons d'assistance (selon le terme officiel) ont commencé à parler et à revendiquer excuses, réparations et recherches historiques. Ce livre permet de commencer à comprendre l'histoire du placement au rabais dans un canton spécifique : Fribourg. Les auteur-e-s prennent en compte la période du début du XIXe siècle à 1928 lorsqu'une nouvelle loi sur l'assistance interdit les mises au rabais. Mais que sont ces mises au rabais ? C'est une procédure par laquelle une commune place un ou des enfants, voire d’adultes, dans les familles qui demandent les pensions les moins élevées à L'État

    Les auteur-e-s mettent en place 6 chapitres. Les 5 premiers permettent de dépeindre l'histoire de l'assistance et du placement des enfants à Fribourg en s'intéressant à quelques communes en tant que cas particuliers illustrant la pratique locale. L'auteure montre la difficulté de mettre en place des lois qui fonctionnent alors que la pauvreté est vue comme un problème durant toute la période. Celle-ci est considérée comme provenant à la fois d'un manque de volonté de la part des personnes au travail et d'une mauvaise pratique des communes. Ces dernières offriraient trop et ne s'intéresseraient pas à l'éducation morale et au travail des enfants et pauvres tant que le placement est économiquement favorable. C'est une longue lutte pour mettre en place des lois successives sur l'assistance qui prennent en compte les sensibilités politiques de l'époque ainsi que le manque de moyens de l'État. Le dernier chapitre, qui fait office de conclusion, permet à son auteur de montrer à quel point il fut difficile de travailler sur la pauvreté en histoire alors que les victimes n'étaient pas entendues. Il termine sur les derniers évènements politiques de mars 2014 sur le sujet

    Au final, nous avons un livre court qui s'attache à la fois à expliquer comment les lois furent pensées et mises en place et à la pratique de communes spécifiques. Ceci permet de montrer les discours successifs qui existèrent et dont les arguments sont souvent semblables. Malheureusement, les sources n'ont, semble-t-il, pas permis de montrer comment les enfants placés vivaient leurs conditions. On a ce que pensent les autorités et les personnes chez qui les personnes sont placées mais jamais le point de vue de ces dernières. Leur parole est perdue dans les papiers de l'administration. Ce qui n'enlève rien à l'intérêt de ce livre pour lever le voile sur une histoire encore trop peu connue

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  • Jeunesses malheureuses, jeunesses dangereuses. L'éducation spécialisée en Seine-Maritime depuis 1945 par Sophie Victorien

    Titre : Jeunesses malheureuses, jeunesses dangereuses. L'éducation spécialisée en Seine-Maritime depuis 19451296483772.jpg
    Auteure : Sophie Victorien
    Éditeur : Presses universitaires de Rennes 2011
    Pages : 317

    Que faire des jeunes délinquants ? Devrait-on considérer leurs actes comme des appels à l'aide qui impliquent compréhension et main-tendue ? Devrait-on leur rendre une chance en leur offrant un lieu neutre adapté et une éducation professionnelle ? Ou faudrait-il être le plus répressif possible ? Depuis que les jeunes dérangent les adultes et violent la loi ces questions se sont posées. Sophie Victorien, elle, décide de s'intéresser aux réponses offertes dans un département français juste après la guerre dans un contexte matériellement difficile. Bien que les réponses apportées s'inscrivent dans un mouvement global en occident l'inscription de cette recherche dans un contexte précis permet de montrer comment un idéal s'inscrit dans un lieu et ses particularités.

    Le livre est construit en trois parties de trois chapitres. La première partie, se donner les moyens de « sauver » la jeunesse en péril, permet de nous montrer quels sont les manques en institutions et en lieux du département. Dans un contexte de destructions importantes durant la guerre de nombreux lieux ne peuvent pas recevoir des jeunes. De plus, il manque un grand nombre de structures d’accueil. Sophie Victorien montre de quelle manière ces manques sont surmontés par un réseau de personnes intéressées au statut de la jeunesse en danger (ou dangereuse). Un réseau qui s'incarne dans des structures privées qui s'occupent d'un problème public avec l'aide de l'État et sous sa supervision. Il y a donc un mélange important entre les secteurs privés et publics dans le fonctionnement des institutions de placement.

    La seconde partie, rencontre avec les pensionnaires des établissements spécialisés, s'intéresse, comme le titre le dit très bien, aux jeunes qui se trouvent dans les institutions. Sophie Victorien explique, tout d'abord, ce qu'est l'inadaptation ainsi que les théories sur la délinquance juvénile de l'époque. Elle montre que ces théories, défendues par de nombreux experts, ont à la fois une part héréditaire, l'alcool par exemple, et acquise par le milieu. Il y a donc deux catégories de jeunes : ceux qui peuvent être sauvés et ceux qui sont constitutionnellement pervers. Dans un second chapitre elle s'intéresse à ce que sont ces jeunes. D'où ils viennent mais aussi ce qu'ils sont fait pour être soumis aux dispositifs de protections de la jeunesse. Enfin, elle termine avec l'examen du rapport des jeunes avec les lieux de placement. Un rapport difficile mais qui peut aussi se forme positivement en particulier durant le service militaire.

    La dernière partie, les caractéristiques et l’évolution des structures associatives en faveur des jeunes en difficulté, s'attache aux changements que les institutions de placement subissent durant les années 1945 à 1980. Dans un premier temps on nous montre comment celles-ci sont gérées. Bien qu'elles soient privées elles sont soumises au contrôle de l'État qui paie le service rendu par un prix à la journée. Elles sont aussi soumises au contrôle d'une assemblée générale puisque les institutions fonctionnent sous la forme d'associations. Cela implique une certaine tension avec la direction qui peut devoir lutter pour certaines prérogatives. Un second chapitre permet à Sophie Victorien de nous présenter le personnel des institutions en commençant par la direction qu'elle divise en deux types : les catholiques influencés par le mouvement scout et les laïcs. Ensuite, elle nous présente les éducateurs dont la profession se met progressivement en place au niveau national. Ce qui implique de nouveaux diplômes mais aussi des missions précises. Enfin, elle termine avec la remise en cause datant des années 70 qui a couté cher à de nombreuses institutions incapables de s'adapter à une nouvelle vision de la prise en charge qui ne se forme plus autant en milieu fermé mais en milieu ouvert dans la famille.

    Toutes les personnes qui s'intéressent au fonctionnement historique de la protection des mineurs ainsi qu'au traitement de la jeunesse dangereuse (ou en danger) trouveront de nombreuses informations intéressantes dans ce livre. Celui-ci permet d'illustrer localement un changement national en France après Vichy et les réformes qui furent lancées dans la période. Il est particulièrement intéressant de nous présenter les acteurs clés tout en s'intéressant aux jeunes et aux familles malgré les difficultés que cela implique. Il seulement dommage que les femmes soient moins étudiées mais cela est dû au manque d'archives.

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  • Dirty Gold War

    Dirty Gold War est le nouveau documentaire de Daniel Schweizer qui a déjà travaillé sur la droite radicale dans une trilogie. Le documentaire nous mène sur la trace d'un métal qui n'est pas contrôlé : l'or. Car il est presque impossible de savoir d'où provient l'or que nous achetons dans nos bijoux et si celui-ci a été produit d'une manière respectueuse, écologique et responsable. Dès que l'or passe dans les raffineries, suisses par exemple, il perd toutes traces d'impuretés aussi bien matérielles que sociales. Pourtant, le commerce de l'or est l'un des plus inégalitaires au monde. Pour le récolter on vole et on détruit des populations locales ainsi que leur environnement de vie sans que les états ne fassent grand-chose. Que ce soient de gigantesques mines à ciel ouvert sur le territoire communal où des mineurs privés qui déversent des produits toxiques dans les eaux c'est une énorme catastrophe écologique. Daniel Schweizer essaie de nous montrer comment fonctionne ce marché et comment certaines personnes tentent de le modifier par la marge sans, pour autant, remettre en cause le système.

    Que penser de ce documentaire qui vient de sortir ? Il s'inscrit dans un nombre de plus en plus importants de films qui s'interrogent sur l'éthique de production des sociétés occidentales dans les pays en développement. Plutôt que de ne donner la parole qu’aux blancs européens ils essaient de fournir une parole aux populations locales, vivant en Amazonie dans le cadre de ce film. On peut dire, de ce point de vue, que c'est plutôt réussit. Les discours des entreprises européennes sont bien faibles face aux discours des souffrances locales. Les images même sont plus que parlantes. Dans une scène très précise la recherche de l'or peut s'apparenter à un cancer destructeur. Alors qu'en Suisse, par exemple, le commerce de l'or se fait dans le luxe sans aucunes interrogations quant aux problèmes impliqués. Le film nous montre que ces problèmes sont nombreux : ils sont sociaux, territoriaux, écologiques mais aussi humain car les résistant-e-s peuvent être tués aussi bien par la police, des mineurs privés que par les milices des mines. C'est en ce qui concerne la résistance qu'une image très forte m'est restée. Celle d'un membre du gouvernement du Pérou qui explique quelles sont les réformes nécessaires. Suite à cela il passe sur les résistant-e-s qu'il qualifie d’écologistes fondamentalistes. Nous ne sommes pas loin du terme terroriste et, dans le cadre d'un monde de plus en plus conscient de l'écologie et des luttes nécessaires contre les grandes entreprises, c'est un terme qui commence à faire surface. Malheureusement, le film ne nous offre pas d'informations sur les coordonnées des ONG qui tentent une réforme ni sur les moyens d'aider où de lutter ici même. Par exemple, une initiative est en cours en Suisse et peut être un moyen de lutter dans notre pays.

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  • Vikings saison 1-2

    Lorsque j'ai su qu'une série serait produite autours de l'âge Viking je fus aux anges. Puis je l'ai vue sur la RTS et je ne me suis pas remis du générique magnifique interprété par Fever Ray. Je ne pouvais donc qu'acheter la série et faire un petit marathon ! La série commence vers la fin du VIIIe siècle. On nous présente Ragnar Lothbrok. Cet homme est légendaire. On ne sait pas s'il a vraiment existé. La série le place dans une cité Viking sous les ordres d'un Earl qui n'apprécie pas vraiment les changements. Et Ragnar souhaite du changement. Il a entendu parler de terres particulièrement riches à l'Ouest. Ce serait un lieu parfait pour les raids de l'été. Il viole les ordres de son supérieur, construit un bateau et, avec quelques compagnons, organise le premier raid Viking sur le monastère de Lindisfarne. Cette attaque est un énorme succès. Mais ce n'est que le début de l'histoire de Ragnar, de sa famille et de sa nombreuse descendance.

    Je l'ai déjà souvent dit : j'aime les Vikings. Leur civilisation est particulièrement fascinante. Bien entendu, une série destinée à récolter un public nombreux ne peut pas suivre la réalité historique dans tous ses détails. Je ne suis pas en expert sur le sujet mais j'ai lu un certain nombre d'articles qui expliquent quels sont les erreurs de la série. Par exemple, on ne montre pas le fonctionnement démocratique de la société Viking et les punitions ne sont pas représentées dans leur réalité au profit d'exécutions. Mis à part cela j'ai eu l'impression de me retrouver à l'âge des Vikings lorsque je me plongeais dans l'histoire. Les paysages sont magnifiques et le jeu d'acteur convaincant. Les personnages, d'ailleurs, sont intéressants. J'ai mes favoris que sont Lagertha une shield maiden et la première femme de Ragnar, Floki et Helga. J'apprécie aussi que la production ait décidé de montrer le problème des langues. Je sais que certaines personnes n'aiment pas ce procédé mais je le trouve plus logique que de faire parler anglais tout le monde. J'attendrais donc la saison 3 avec impatience.*
    **
    ***
    ****

    ***** Ce doit être mon côté fan des Vikings qui parle mais, en l'état, j'ai du mal à voir des points négatifs trop importants pour baisser mon intérêt et mon plaisir. Et vive Lagertha!

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  • Bad girls in Britain. Gender, justice and welfare, 1900-1950 par Pamela Cox

    Titre : Bad girls in Britain. Gender, justice and welfare, 1900-1950
    Auteure : Pamela Cox
    Éditeur : palgrave macmilan septembre 2012
    Pages : 228

    Enfin ! Enfin après plusieurs semaines de lectures plus ou moins interrompues j'ai terminé ce petit livre anglais de Pamela Cox. L'auteure nous pose une question simple : qu'est-ce que la délinquance juvénile et, plus spécifiquement, qu'est-ce que la délinquance des jeunes filles ? Durant la première période du XXe siècle le monde occidental a connu de nombreuses réformes autours de la mise en place de tribunaux spécifiques aux enfants. Avec cela il fut mis en place des institutions d'étude des enfants délinquants afin de comprendre pourquoi on entre dans ce type de vie. Mais il y avait aussi de nombreuses institutions gérées par des privés que ce soient les églises ou des associations plus ou moins laïques. Ce livre permet de tracer le fonctionnement de la protection des jeunes filles durant le premier XXe siècle.

    Le livre de Pamela Cox est divisé en 8 chapitres. Chacun de ces chapitres permet d'analyser un aspect particulier. Que ce soient les problèmes de définitions, de comptabilités, de politiques publiques, de diagnostics mais aussi de réformes et d'écritures chacun de ces thèmes permet de comprendre un peu mieux comment fonctionnait la protection des jeunes filles. Car ce livre s'attache non pas aux garçons mais aux filles. Ces dernières sont vues comme particulières car les filles, selon les commentateurs de l'époque, sont moins sujettes à la délinquance que les garçons (et encore moins aux gangs). Les jeunes filles, par contre, sont en risques d'entrer dans une délinquance sexuelle plutôt que violente. Les femmes qui sont à la fois violentes et en groupe sont donc des raretés qui posent de nombreux problèmes pour les institutions. Mais ce que Pamela Cox nous montre n'est pas seulement l'opinion envers les filles. Elle nous montre que la protection de l'enfance, bien que définie comme un moyen d'aider, est avant tout un moyen de punition. Cette punition fonctionnement par un contrôle particulièrement étroit de familles entières considérées comme dangereuses par leur constitution même. Pamela Cox nous montre aussi que les filles sont formées à un rôle spécifique qui s'accroche à une division genrée de la société. En effet, le travail fourni implique de faire des jeunes filles de futures mères de famille via un travail de servante. Ce livre est donc un bon moyen à la fois de comprendre le fonctionnement de la protection des mineurs, de la division genrée de celle-ci et de la manière dont on parle de la délinquance.

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  • La société punitive. Cours au collège de France. 1972-1973 par Michel Foucault

    Titre : La société punitive. Cours au collège de France. 1972-1973d036339b16.gif
    Auteur : Michel Foucault
    Éditeur : Seuil / Gallimard décembre 2013
    Pages : 349

    J'apprécie beaucoup ce qu'a écrit Michel Foucault. Non seulement ses recherches sont intéressantes et mettent en cause de nombreuses choses que l'on tient pour normales mais, en plus, il a travaillé en lien avec l'époque et des luttes dont il a été un acteur. Ce livre fait partie des cours qu'il a donné au Collège de France et qui sont édités. Ces cours permettent aux personnes intéressées de mieux comprendre la pensée de Foucault ainsi que sa construction. En effet, les cours au Collège de France sont des recherches inédites qui peuvent inaugurer l'idée d'un livre. Dans le cas présent le livre est Surveiller et Punir. Ce livre contient la troisième année de cours de la part de Michel Foucault, un résumé écrit par Foucault et une situation qui permet de contextualiser les propos aussi bien selon l'époque, la recherche que la pensée de Foucault.

    Ce cours s'intéresse à la société punitive. Derrière ce terme se cache une forme spécifique de société que Foucault présentera en 13 semaines. Je ne prétends pas avoir tous compris. Mais l'analyse de Foucault permet d'expliquer comment on est passé d'une forme spectacle de la punition à une forme d'exclusion avec la prison. Plus loin encore, Foucault nous montre en quoi cette forme prison a pris racine dans la société. En effet, derrière la prison, le pénitencier, on trouve la nécessité de protéger le capital de la bourgeoisie contre une population pauvre. Cette protection se forme contre deux problèmes : le vol, la déprédation donc ce qui est construit comme illégal et l'immoralité soit l'alcoolisme et la fainéantise. Dans le premier cas on s'attaque à ce qui est possédé tandis que dans le second cas on s'attaque à ce qui pourrait être possédé. Il y a donc un effort de moralisation et de contrôle de la population afin de permettre la mise en place du travail régulé et salarié. Ceci a pu aller jusqu'à la création d'usines-couvents qui permettaient de contrôler tous les aspects de la vie des travailleurs. Ce cours est donc particulièrement intéressant quand on essaie de comprendre le fonctionnement de la société libéral de travail et son pendant pénal.

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  • Histoire de la Suisse 5. Certitudes et incertitudes du temps présent (de 1930 à nos jours) par François Walter

    Titre : Histoire de la Suisse 5. Certitudes et incertitudes du temps présent (de 1930 à nos jours)
    Auteur : François Walter
    Éditeur : Alphil 2014
    Pages : 160

    Lorsqu'on s'intéresse à l'histoire on s'intéresse souvent à des sujets précis. Ce qui nous mène à lire des recherches très spécifiques. Cependant, il est nécessaire de connaitre le contexte général pour comprendre ce qui est en train d'être étudié. C'est pour cette raison que je me suis intéressé au tome 5 de cette histoire de la Suisse. Ce tome examine le XXème siècle depuis les années 30. Il est édité tout d'abord en 2010 avec une troisième édition, mise à jour, en 2014. Les 8 premiers chapitres sont plutôt chronologiques en se terminent en 1950 soit lors du début des trente glorieuses et des mutations que cela implique. Ces chapitres permettent d'examiner le pays depuis l'entre-deux-guerres jusqu'à la fin de la Deuxième guerre mondiale aussi bien du point de vue social, international qu'économique. On nous montre un pays qui tente de survivre aux problèmes du temps. Tout d'abord la crise puis la guerre et ses atrocités et les compromissions qui eurent lieu. L'auteur ne se pose pas en juge mais explique le contexte ainsi que les problèmes de l'époque tout en se basant sur les dernières recherches. Les 8 chapitres suivant sont des thématiques. L'auteur y étudie plusieurs sujets qui permettent de montrer comment la Suisse et son peuple ont changé et ce sont repensés. Que ce soit l'écologie, l'international ou les liens avec l'Europe tout est expliqué clairement et très succinctement jusqu'en 2014.

    Que penser de ce petit livre après l'avoir posé ? Il possède tous les problèmes des livres d'histoires généraux que sont les histoires suisses. Autrement dit, l'auteur doit présenter succinctement près de 100 ans d'histoire sans oublier de parties importantes. Ceci oblige à parler de certains thèmes obligatoires. On ne peut pas laisse de côté la manière dont s'est comporté le pays durant la deuxième guerre. Au prix de sujets parfois moins connus mais tout aussi intéressants. Par exemple, rien n'est dit sur l'internement administratif ou les placements d'enfants alors que ces deux thèmes sont actuellement importants dans les médias. Un autre problème est l'obligation de devoir passer très rapidement sur les sujets alors que l'on souhaiterait en savoir plus. L'auteur a, pour ce point, la bonne idée de nous offrir une courte bibliographique thématique à la fin de tous les chapitres. Au final, l'exercice est réussi malgré ses dangers.

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  • La politique vaudoise au 20ème siècle. De l'Etat radical à l'émiettement du pouvoir par Olivier Meuwly

    Titre : La politique vaudoise au 20ème siècle. De l'État radical à l'émiettement du pouvoir978-2-88074-576-9_medium.jpg?1346323941
    Auteur : Olivier Meuwly
    Éditeur : Presses polytechniques et universitaires romandes 2003
    Pages : 139

    Les livres d'histoires des cantons sont rares. On sait assez peu de choses sur ces histoires locales bien que de nombreux éléments se trouvent dans des recherches plus générales. Ce petit livre de la collection Savoir Suisse souhaite remplir un trou en ce qui concerne le canton de Vaud. Il est écrit par Olivier Meuwly, docteur en droit, collaborateur de plusieurs journaux. Le livre est divisé en 5 chapitres qui sont autant, selon l'auteur, de devisions politiques importantes. Nous avons donc l'avant XXème siècle, l'entre-deux-guerres, les années 1945 à 1962, 1962-1994 et le temps présent. Il est très rapidement évident que le découpage chronologique prend en compte des changements de nature politique dans le cadre du canton. Ce livre permet d'avoir une vision générale des luttes politiques qui se sont déroulées ainsi que des mutations impliquées. La lecture permet de se faire une idée générale de l'histoire vaudoise depuis le point de vue des partis et, en particulier, des deux partis qui furent le plus longtemps au pouvoir : Les radicaux et leurs alliés Libéraux. Olivier Meuwly nous montre comment les Radicaux tentèrent de garder le pouvoir, selon l'idée qu'ils représentent le mieux la société, malgré les changements qui se firent durant le XXème siècle et qui aboutirent à une pluralité de partis au pouvoir. En particulier, selon l'auteur, c'est la définition de l'État qui est au centre des luttes politiques vaudoises.

    Cet aspect est le principal point faible, à mon sens, du livre. En effet, nous avons une histoire de politique politicienne du pays de Vaud. On ne voit les choses que selon le point de vue des partis et de l'État sans jamais descendre dans le caniveau du peuple. Bien que cela ne soit de loin pas une décision critiquable, cet aspect du livre est annoncé dans le titre, on peut se demander si on possède vraiment une "synthèse de l'histoire politique" du canton. En effet, la politique, ici, est pensée comme celle des partis et des organes de l'État. Rien n'est dit du fonctionnement de l'administration et des luttes internes à l’État mais aussi des luttes politiques non partisanes, dans le sens de luttes de la part d'associations, qui prirent une importance de plus en plus importante dans les années 70. Ceci me donne l'impression d'une histoire partielle de l'histoire du canton de Vaud qui aurait mérité de plus amples recherches sur certains points. Cependant, l'exercice n'est de loin pas un échec. L'auteur, via le titre et la table des matières, annonçait son sujet et s'y est tenu en restant très synthétique, ce qui est obligatoire pour ce format, ce qui lui permet de nous offrir un livre général intéressant à défaut d'être passionnant.

    Image : Éditeur