24/12/2013

Mandela: Long walk to freedom

C'est un peu le film qui tombe exactement au bon moment. Basé sur l'autobiographie de Nelson Mandela il retrace sa vie, son histoire et ses luttes depuis ses débuts en tant qu'avocat jusqu'à sa prise de pouvoir en tant que président d'un pays déchiré. Le film commence donc dans les rues des townships alors que Mandela défend ses compatriotes devant la justice et séduit des femmes dans les bars. Bien qu'il soit conscient des inégalités il n'agit pas politiquement. Mais, un jour, un ami est battu à mort dans un commissariat et personne ne veut agir. C'est à ce moment, selon le film, que Nelson Mandela se lance dans l'activisme et entre dans l'ANC dont il devient rapidement l'un des leaders. Mais la répression est de plus en plus forte et, bientôt, l'ANC décide d'utiliser la violence contre le terrorisme d'état. Arrêté et condamné c'est sa femme qui deviendra le symbole de la résistance alors que lui reste derrière les barreaux tout en essayant d'agir du mieux qu'il peut. Jusqu'à ce que le gouvernement n'ait plus d'autres choix que de déposer les armes du terrorisme et d'accepter un processus de paix.

Que dire de ce film que je n'ai pas dit pour les autres biopics que j'ai vu au cinéma? Car je l'ai souvent écrit: tous les biopics souffrent d'un problème majeur qui se retrouve dans la mise en place des biographies (et aussi des autobiographies) qui est de créer un sens de l'histoire, une forme de destin inné dont l'on pourrait retrouver les traces dès l'enfance. Basé sur une autobiographie ce film n'est absolument pas exempt de ce problème. Il est même démultiplié. Car une autobiographie n'est pas autre chose qu'un retour sur ce que l'on se souvient à un moment donné. Donc une construction d'un passé. Ce caractère se voit très fortement dans ce film qui revient à plusieurs reprises sur l'enfance de Mandela pour expliquer l'importance des organisations et du devoir envers la communauté. Comme si tout venait de son enfance et rien de sa vie adulte. C'est aussi un film qui porte sur un piédestal un personnage historique. Oui, Mandela a énormément fait pour son pays et son peuple. Mais ses problèmes familiaux sont laissés au second plan (ainsi sa première femme disparait d'un seul coup) tandis que son entrée dans la violence n'est ni expliquée politiquement ni vraiment explorée. Comme si c'était une parenthèse d'une vie de pacifisme. Mais cette violence doit bien avoir une raison précise et ne pas la questionner est, à mon avis, indigne envers un tel personnage. Comme souvent, on oublie aussi les autres acteurs et actrices de l'époque qui sont laissés derrière l'ombre de Mandela. Après tout, c'est un biopic. Cependant, on peut tout de même en comprendre un peu plus sur une époque, sur une atmosphère mais aussi sur les raisons d'un divorce politique avec sa seconde femme. Le film se construisant selon le point de vue de Mandela on a peu d'informations sur les contestations internes te externes à l'ANC. Mais on peut en observer. Un film parfait? Certainement pas. Mais un bon film tout de même.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario. Un homme d'exception dont la lutte est devenue un symbole de la renaissance d'un pays entier dans un film bien réalisé avec des acteurs et des actrices convaincant-e-s. Malgré les problèmes inhérents au style du biopic j'ai beaucoup aimé ce film.

  • Joss Whedon.

Image: Site officiel

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16/12/2013

Les manuels à l'usage des gardiens de camps nazis

Titre : Les manuels à l'usage des gardiens de camps nazis
Éditeur : Berg International 2013
Pages : 64

Je n'ai rien lu sur la période nazie en Allemagne depuis un certain temps. Bien que cette période intéresse un grand nombre de personnes, dont moi, j'ai aussi un sentiment mitigé face à mon propre intérêt. J'hésite donc souvent à lire et présenter de tels livres. Je n'hésite pas parce que j'ai peur de la période mais parce que je crains de ne pas être capable de présenter de manière adéquate ce que je lis. Récemment, j'ai donc emprunté ce petit ouvrage. Celui-ci, entre une présentation et une postface, nous offre trois textes non-commentés. Ces textes sont des manuels édités pour les gardien-ne-s des camps nazis. Il y a un règlement disciplinaire, des instructions et des consignes de service.

Pour quelles raisons lire ces trois textes? Parce qu'ils permettent de comprendre un peu mieux l'idéologie qui se place derrière les gardiens. Bien qu'on ne puisse comprendre les camps de concentration seulement par ces textes ils permettent d'illustrer comment l’Allemagne nazie considérait ses prisonniers/ères et les gardien-ne-s. Car ce qu'on trouve ce sont des phrases courtes mais qui illustrent une idéologie. Le manuel d'instruction est particulièrement intéressant ici. Il est constitué de séances de questions-réponses. Celles-ci montrent que le/la gardien-ne est à la fois placé-e en position supérieure et éloigné-e des prisonniers/ères. Ce qui permet à la personne qui garde les camps de se considérer comme un exemple parfait face à des ennemis intérieurs déshumanisés.

Je suis un peu plus sceptique face aux textes d'introduction et de postface. Le choix, revendiqué, est de ne pas commenter les sources éditées. Ce choix se comprend mais j'aurais tout de même apprécié un commentaire, même court, de ce que je lisais. Par exemple, quelles furent les détournements des règlements? Comment furent-ils rédigés? Sont-ils appliqués rigoureusement? Des questions qui restent sans réponses dans ce livre. J'ai aussi eu quelques réactions de surprises face à certaines formules et considérations des personnes qui ont écrit l'introduction et la postface. Sans être choquantes je me demande si elles étaient nécessaires. Ce qui n'enlève rien à l'intérêt du travail de ces deux personnes ainsi que du traducteur.

Image: Éditeur

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11/12/2013

Black feminism. Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000

Titre : Black feminism. Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-20009782296051041j.jpg
Auteures : Multiples
Éditeur : L'Harmattan 2008
Pages : 260

Bon, il ne va pas être facile de parler de ce livre mais je vais essayer le présenter sans trop d'erreurs. Il est constitué de nombreux textes (11 en comptant l'introduction) qui datent de différentes époques. Leurs points communs est de tenter de faire le lien entre la lutte féministe et la lutte contre le racisme. Cette position est résumé sous le sigle, si je l'ai bien compris, de black feminism. Soit un féminisme qui parle aussi des problèmes de dominations raciales. Ces textes sont écrits par des femmes africaines-américaines aux USA. Ce pays a une tradition importante de lutte antiraciste basée, en particulier, sur les africain-e-s américain-e-s. Ce type de mouvements est peu connu en France et encore moins en Suisse d'où l'intérêt de comprendre le black feminism pour se rendre compte des manques de nos propres pays face au sujet.

Le livre commence, heureusement, par une introduction rédigée par Elsa Dorlin. Ce texte permet non seulement d'expliquer quelques choix de traductions mais surtout de place le contexte du black feminism. Ce qui permet au lecteur ou à la lectrice de mieux comprendre les textes choisis. Ceux-ci, nombreux, permettent de montrer à la fois une envie et un manque. En effet, les femmes qui écrivent ces textes se déclarent féministes mais ne peuvent pas entrer dans les groupes militants féministes. Pourtant l'envie ne manque pas de se retrouver dans le féminisme. En effet, le féminisme américain (pour ne parler que de lui) oublie de mettre en place une réflexion sur la racisme interne des femmes blanches féministes. De plus, rares sont les femmes noires à être mises au panthéon féministe. Il est donc nécessaire de mettre en place une réflexion à la fois sur le racisme et sur le sexisme.

La question qui se pose est comment intégrer ces textes au féminisme européen. Nous n'avons pas la même histoire que les États-Unis. En Suisse nous n'avons pas, de plus, d'expérience coloniale alors que la France en possède une. Cela implique-t-il que le black feminism ne peut rien nous apporter? J'en doute fortement. Non seulement celui-ci permet d'apporter une réflexion sur les liens entre racisme et sexisme. Plusieurs textes montrent que la manière dont on considère la femme et l'homme noir comme naturellement forte et dévirilisé créent des problèmes à la fois de sexisme et de militantisme. Mais ils permettent surtout de mettre en question des pratiques et pensées dans le féminisme actuel. Étant donné que nous n'avons pas la même expérience historique de lutte en faveurs des droits des personnes noires nous n'avons pas non plus connu de remises en questions frontales d'un fonctionnement raciste de la société et du militantisme. Ce n'est pas qu'il n'y en a pas eu mais nous n'avons pas connu de nationalisme noir ou de black panther party. Pour se remettre en question il est donc nécessaire de lire ces textes et de réfléchir sur nos propres fonctionnements.

Image: Éditeur

03/12/2013

Black-out par Connie Willis

Titre : Black-out1208-blitz1_3.jpg
Auteure : Connie Willis
Éditeur : Bragelonne 2012
Pages : 665

Nous sommes en 2060. Dans ce futur proche la recherche historique a connu une révolution. En effet, les historiens ne se cachent plus derrière des cartons d'archives poussiéreux (bien dommage pour eux) ils voyagent dans le temps. Cette technologie permet aux historiens et aux historiennes d'Oxford d'observer de visu les événements les plus spectaculaires de notre histoire. Mais aussi de corriger les erreurs de nos archives. Nous suivons une poignée de personnes qui ont décidé d'étudier l'Angleterre selon différents aspects durant le Blitz. L'une observe l'évacuation des enfants, une autre les londoniens dans les abris, une les volontaires féminines alors que les V1 tombent et un dernier observe les héros de Dunkerque. Rien de dangereux n'est censé se dérouler mais que faire quand un petit quelque chose semble ne plus cadrer?

Le Docteur rit des historiens et des archéologues car, lui, vit l'histoire en direct. Je me demande ce qu'il ferait avec ces personnages. Bien que je sois le premier a me jeter dans une machine à voyager dans le temps si elle existait je ne serais en tout cas pas le premier à aller visiter les guerres et autres catastrophes (même si le Docteur serait déçu de mon attitude). Mais qu'ai-je aimé dans ce livre? Premièrement je trouve que la mise en place de l'époque me semble particulièrement réussie. On retrouve un contexte particulier dans une période dangereuse. Des relations entre personnes que l'on ne connaît plus mais aussi un fonctionnement des machines différent. J'ai aussi aimé les personnages qui semblent tous et toutes très enthousiastes de leur voyage (normal je le serais aussi). Je n'ai cependant pas beaucoup aimé la manière dont l'intrigue est décrite. Elle me semble être une course absurde entre les différents personnages pour se retrouver. J'ai, en fait, du mal à croire qu'il n'y ait pas de procédures prévues en cas de problèmes. Le nombre de personnages se trouvant à différents endroits et époques rend aussi difficile de trouver une continuité dans l'intrigue. On peut passer d'un mois à l'autre selon le chapitre. Mais ces points n'ont pas baissé le plaisir de ma lecture.

  • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

  • Papier toilette.

  • Roman de gare. Un livre très sympa avec une atmosphère réussie. Je rêverais presque d'être historien à Oxford en 2060.

  • À lire.

  • Tolkien.

Image: Éditeur

26/11/2013

Les origines républicaines de Vichy par Gérard Noiriel

Titre : Les origines républicaines de Vichy9782213678399-X.jpg?itok=TJ42ChQQ
Auteur : Gérard Noiriel
Éditeur : Hachette Littératures 1999
Pages : 335

Cette fois c'est Vichy qui m'intéresse. Je ne suis de loin pas le seul. L'histoire de Vichy est un problème encore largement discuté en France. Est-ce que Pétain peut être considéré comme un dirigeant français ou est-il un usurpateur du pouvoir? Qui a collaboré et qui a résisté? Mais, surtout, quels sont les liens entre Vichy et la République. Dans ce livre Noiriel tente d'examiner la manière dont on peut relier la IIIème République et le gouvernement de Vichy. Pour cela il examine le "compromis républicain", les discriminations envers les étrangers, l'identification et enfin la science.

Cependant, avant d'entrer dans le vif du sujet l'auteur a décidé d'écrire un chapitre introductif qui examine le fonctionnement de l'histoire du temps présent. Sans condamner la vision d'expertise de l'historien Noiriel souhaite que celle-ci ne soit pas soumise à la construction des problématiques par d'autres que les historiens. Car l'historien ne doit pas juger il doit comprendre comment et pourquoi telle ou telle chose a fonctionné. C'est la raison pour laquelle Noiriel tente ici de comprendre comment les décisions de Vichy ont été si facilement accepté en essayant de trouver un lien précèdent avec des décisions de la Troisième République.

Cette recherche lui permet de démontrer que la Troisième République a mis en place un certain nombre de lois et de processus qui ont permis à Vichy d'aller plus loin. Ainsi, la gestion des personnes de nationalité étrangère a permis non seulement de créer un discours sur le danger de certains peuples (en se basant sur un discours de darwinisme social) mais aussi de mettre en place une surveillance de certains groupes grâce aux cartes d'identités. Noiriel nous permet donc de comprendre comment des décisions discutées démocratiquement peuvent préfigurer ou annoncer un fonctionnement contraire à la démocratie. Ainsi, la mise en place des fiches permet, ensuite, d'identifier les juifs pour mieux les expulser. Les livres de médecins sur le danger des races "inférieures" permet de justifier une politique eugéniste de choix d'une immigration. Bref, le gouvernement de Vichy se place dans un contexte historique républicain.

Image: Éditeur

04/11/2013

Le capital tome 2 par Karl Marx

Titre : Le capital 2580_big.jpg
Auteur : Karl Marx
Éditeur : Soleil manga 2011
Pages : 192

L'histoire de Robin et son entreprise de fromage continue dans ce second tome qui sera l'occasion d'expliquer les effets pervers du capitalisme. Car Robin est maintenant un patron qui a réussit. Son usine s'est agrandie et fonctionne à une cadence de plus en plus forte. Mieux encore, Robin est capable de créer ses propres produits et d'engloutir d'autres usines. Mais il se rendra compte que ses agissements en tant que patron ont des conséquences importantes sur la vie de ses employés. Pire encore, ce qu'il fait va se retourner contre lui avec une puissance dévastatrice.

Ce livre est à la fois plus et moins intéressant que le tome précédent. Plus intéressant car Engels vient directement nous expliquer le fonctionnement du monde capitaliste ce qui permet de résumer, en simplifiant, les apports théoriques du marxisme. Mais moins intéressant car ces points théoriques sont mauvais pour l'intérêt de l'histoire de base. En effet, celle-ci est souvent mise de côté pour de petites excursions théoriques. Pire encore, l'histoire ne devient qu'un support d'exemples pour la théorie au lieu de laisser celle-ci se révéler durant les intrigues. Ceci est, à mon avis, vraiment dommage.

  • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

  • Papier toilette.

  • Roman de gare. Simpliste mais intéressant. C'est une introduction utile pour les personnes qui ne connaissent rien au marxisme mais du déjà-vu pour les autres. Il reste à saluer l'effort qui a été mis pour traduire en images un livre dense et compliqué.

  • À lire.

  • Tolkien.

Image: Éditeur

Le capital par Karl Marx

Titre : Le capital579_big.jpg
Auteur : Karl Marx
Éditeur : Soleil manga 2011
Pages : 192

Le capital de Karl Marx fait partie de ces livres que l'on est censé connaître mais que l'on n'ose pas ouvrir. Donc quand j'ai appris qu'il existait une version manga je me suis lancé dedans ce qui me permettra de connaître un peu mieux l’œuvre majeure de Karl Marx. Cependant je n'y connais absolument rien en manga et ce sera probablement mon dernier. L'histoire est basée sur les thèses de Karl Marx mais elles apparaissent en suivant un jeune homme prit en pleine révolution industrielle. Le jeune Robin travaille avec son père dans la petite fabrique de fromage artisanale familiale. Il souhaite épouser la fille du banquier local mais n'est pas assez riche pour cela. Alors quand un investisseur lui propose d'ouvrir une usine il ne réfléchit pas deux fois. C'est ainsi qu'il apprendra à devenir un capitaliste et à considérer ses semblables comme des marchandises qu'il utilise pour leur propre bien.

Ce petit manga, le premier pour moi, est intéressant. Ce qui me semble le plus réussit est d'avoir montré comment fonctionne le capitalisme sans utiliser textuellement les théories marxistes. Bien entendu on nous explique comment l'économie fonctionne mais ce sont les personnes qui se révoltent qui expliquent en quoi le système est à la fois injuste et non-fonctionnel. Ainsi, à force de considérer ses employés comme des marchandises Robin se prend à les brutaliser de plus en plus sans état d'âme pour réussir à atteindre un chiffre d'affaires élevé. Il commence aussi à se rendre compte du problème que pose sa manière de réfléchir quand il apprend ce que signifient les investissements dans son usine. En bref c'est une introduction intéressante sans être complète.

  • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

  • Papier toilette.

  • Roman de gare. On apprend beaucoup de choses mais rien de bien compliqués. Le propos est un peu simpliste mais permet tout de même de comprendre le marxisme dans ses bases. Quelqu'un d'intéressé voudra aller plus loin.

  • À lire.

  • Tolkien.

Image: Éditeur

22/10/2013

La nudité. Pratiques et significations par Christophe Colera

Titre : La nudité. Pratiques et significations1couv_nudite.jpg
Auteur : Christophe Colera
Éditeur : Cygne 2008
Pages : 187

La nudité fait partie de ces objets que l'on n'ose pas trop étudier ni trop mentionner. C'est une forme d'être vue comme fondamentalement privée et l'observer avec un regard scientifique peut être difficile aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de la discipline. Mais c'est aussi un sujet qui intéresse et qui fait parler de lui. C'est, en tout cas, un sujet qui m'intéresse. C'est la raison du choix de ce petit livre. Christophe Colera y étudie les pratiques et les significations de la nudité dans diverses cultures et civilisations selon un angle d'attaque qui porte sur la construction d'idéaux-types. Mais, avant de s'y lancer, il examine les aspects anatomiques et psychologiques. Ce qui lui permet de remonter à la préhistoire pour expliquer comment la nudité s'est probablement modifiée suite à la marche debout et à la perte des poils. Malheureusement ce chapitre pose aussi quelques problèmes puisque l'auteur y naturalise des comportements masculins et féminins. Ainsi, l'homme nu est vu comme dangereux alors que la femme nu est vue comme une invite qui ressent du plaisir suite à la passivité de sa dénudation par le mâle. Inutile de dire que je pense dangereux de naturaliser un comportement en ne prenant pas en compte l'histoire humaine depuis la préhistoire. De nombreuses cultures sont passées par là.

Dès le chapitre suivant l'auteur examine ses idéaux-types. Il commence par ce qu'il nomme la nudité fonctionnelle. Celle-ci, selon l'auteur, serait une nudité qui aurait lieu dans des endroits précis pour des buts précis. C'est le cas, par exemple, du bain ou du lit dans lesquels la nudité à une fonction d'aide à l'hygiène et à la sexualité. Mais il examine aussi la nudité qui a lieu lors de la mort qui peut avoir un aspect rituel en sortant du monde comme l'on est rentré. Ainsi que la nudité médicale qui est entourée de codes permettant de supprimer la composante érotique du nu. L'auteur y place aussi une nudité de classe qui aurait une fonction d'unification du groupe autours de valeurs communes.

Le second idéal-type est celui de la nudité comme affirmation. Que ce soit de manière politique ou artistique l'auteur y examine des pratiques qui permettent de créer une rupture dans l'ordre. Ces ruptures sont autant créées qu'aidées par la nudité. Par exemple, les manifestations nues des étudiant-e-s du Québec il y a quelque temps permettaient de valoriser le corps faible des étudiant-e-s face à un État fortement répressif. Ce côté politique peut se faire à côté comme être rattrapé par l'art. C'est le cas de certaines œuvres de Spencer Tunick qui peuvent fonctionner selon un idéal politique.

Le troisième idéal-type est celui de la nudité comme humiliation. Nous y trouvons une analyse de la dénudation pour reconstruire un ordre social. En effet, dénuder quelqu'un permet de punir un acte précèdent ou d'empêcher une destruction de l'ordre social (par exemple patriarcal). Ainsi, l'auteur montre le nombre important de dénudations de femmes en Inde dans un contexte de plus en plus revendicatif envers l'égalité. Il est dommage que l'aspect genré de la dénudation ne soit pas vraiment observée par Christophe Colera mais on observe que les femmes sont beaucoup plus humiliées que les hommes par la nudité. En effet, c'est un moyen de briser leur pudeur qui devrait, selon les hommes, être gardées par les femmes. Mais on y trouve aussi la nudité par la justice, que ce soit comme punition ou comme examen de la personne, et de la guerre. Est-il nécessaire de rappeler que le viol est une arme de guerre? La aussi les femmes sont les principales concernées.

Enfin, l'auteur termine sur l'idée de la nudité comme don. Que ce soit un don envers une personne connue ou un don envers un inconnu à l'instar de la pornographie le nu est vu ici comme un don des femmes envers les hommes. En effet, jamais l'auteur ne parle du nu masculin comme don. Mais les exemples cités montrent des femmes qui offrent leur nudité à dieu, aux hommes ou pour l’État.

Que peut-on dire de ce petit livre au final? J'ai apprécié l'effort important de synthèse général des cultures. Synthèse possible car l'auteur crée des idéaux-types qui, bien entendu, ne sont pas réels mais permettent de mieux comprendre le fonctionnement de la nudité. Mais je trouve que Christophe Colera mélange parfois les typologies. Ainsi, je pense que le nudisme des classes moyennes et supérieurs pourrait être considéré non comme une nudité fonctionnelle mais une nudité affirmative d'une capacité de passer outre l'animalité du sexe pour accepter le nu comme normal. L'auteur manque aussi les explications en terme de genre. Nombreux sont les exemples qui auraient mérité un examen sous cet angle qui aurait pu montrer une différenciation de la nudité masculine et de la nudité féminine. Au contraire l'auteur préfère naturaliser le nu féminin comme don et le nu masculin comme guerrier. À mon avis c'est une erreur importante. Cependant ceci n'empêche pas le reste du propos d'être intéressant si on est attentif à ces naturalisations.

Image: Éditeur

15/10/2013

L'antifascisme en France de Mussolini à Le Pen par Gilles Vergnon

Titre : L'antifascisme en France de Mussolini à Le Pen1259075133.jpg
Auteur : Gilles Vergnon
Éditeur : Presses Universitaires de Rennes 2009
Pages : 234

L'antifascisme a pris une actualité ces derniers mois lors de la mort d'un militant. Après une courte période de sympathie une avalanche de critiques s'est abattue sur le mort sans jamais que l'antifascisme ne soit défini ou considéré comme un moyen de défendre la démocratie. La période française qui vient de se dérouler est aussi celle d'une résurgence dans le public de mouvements (néo)fascistes qui utilisent le thème du mariage pour tous et toutes comme moyen de militer. C'est la raison de mon intérêt pour le sujet car bien que je sois capable de comprendre les grandes lignes de l'antifascisme et du fascisme cela ne veut pas dire que je comprends son histoire. Ce livre, qui porte sur la France, devait m'aider.

L'auteur, historien, divise son livre en 6 chapitres. Chacun de ces chapitres dépeint une période particulière de l'antifascisme et de sa lutte contre un ennemi parfois imaginaire parfois très concret. Ainsi, c'est dès les années 20 que le terme apparaît dans les discours français de l'époque. Celui-ci décrit tout d'abord la situation italienne et les personnes et institutions qui souhaitent un système politique autoritaire. Mais le militantisme est encore faible et n'atteint pas son niveau de février 1934. Cette année qui forme tout un chapitre est le moment d'une forte peur du fascisme qui débouche sur de nombreuses manifestations monstres au nom de la défense des valeurs républicaines. Cette journée est aussi un moment d'unité, parfois construite a posteriori, entre les gauches. L'antifascisme sera important pour la culture politique des années 30 qui permettront la mise en place d'une demande d'unité contre un ennemi mais surtout de travail en faveurs de la paix alors que la guerre est vue comme un moyen de fonctionnement pour le fascisme. Cette période se termine sur l'occupation de la France par l'Allemagne. On pourrait croire que la Résistance française utiliserait un registre discursif fortement imprégné des thèmes de l'antifascisme mais il n'en est rien. Ce sont plutôt le patriotisme et les thèmes républicains qui sont utilisés face à un gouvernement autoritaire considéré comme étant de droite.

Mais comment le militantisme a-t-il pu muter après la Deuxième Guerre Mondiale? Selon l'auteur c'est la Guerre d'Algérie qui renouvelle le militantisme. Autant le danger d'un gouvernement de Gaulle tenté par l'autoritarisme que les combats coloniaux en Algérie et les mouvances terroristes qui en sortent sont vu comme de possibles fascismes. Mais il est difficile de placer de Gaulle comme fasciste alors que son nom est un symbole de la Résistance française. Tandis qu'il est facile de s'attaquer aux Généraux et à l'OAS qui s'attaquent aux symboles de la République. Après les années 60 le militantisme perdra de son attrait face à des mouvements ennemis peu structurés et presque morts. Mais l'arrivée sur la scène publique du Front National via ses résultats électoraux surprendra tout le monde et réactivera les discours d'unité contre le fascisme qui ont empêché toute alliance entre la droite institutionnelle et le FN. L'auteur explique que la dénomination fasciste du FN ne fait l'unanimité et même que certaines personnes la considèrent comme dangereuse pour lutter contre ce parti. En tout cas, le FN continuera son ascension jusqu'en 2002 date de fin de l'ouvrage.

En conclusion voila un livre intéressant pour quelqu'un, comme moi, qui ne connaît rien au sujet. Le livre est dense dans sa synthèse d'un siècle entier sur tout un pays. Il permet de mieux comprendre le fonctionnement de l'antifascisme et ses liens avec la gauche et l'antiracisme. Il permet aussi de comprendre pourquoi le thème de l'antifascisme n'est pas forcément le plus adéquat pour des luttes politiques actuelles. en effet, qui croit se trouver dans une période précédent la mise en place de dictatures? Au pire nous nous trouverons dans une société autoritaire mais non dans une dictature ouverte et assumée.

Image: Site de l'éditeur

12:11 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : antifascisme, france | | | |  Facebook

22/09/2013

La matrice de la race généalogie sexuelle et coloniale de la nation française par Elsa Dorlin

Titre : La matrice de la race généalogie sexuelle et coloniale de la nation française9782707159052.gif
Auteure : Elsa Dorlin
Éditeur : La découverte 2006
Pages : 307

Dans ce livre Elsa Dorlin tente de faire une histoire des discours qui ont entourés la formation de la race et des différences de sexe. Pour cela elle remonte au XVIIe siècle durant lequel un certains nombres de traités médicaux ont été écrit et qui régulent la vision des femmes et des races comme inférieures à l'homme blanc européen. Cette étude lui permet de nous expliquer comment les différenciations ont été théorisées et utilisées comme dispositifs de pouvoirs pour réussir à dominer très concrètement une partie importante de l'humanité. Pour ce faire elle construit trois parties.

La première partie examine la manière dont les médecins ont considérés le corps féminin et sa relation avec la maladie. Elsa Dorlin y démontre que l’infériorité considérée naturelle des femmes est construite dans leur fonctionnement face à la santé. En effet, selon Dorlin, les médecins de l'époque considèrent le corps féminin comme nécessairement malsain alors que le corps masculin est nécessairement sain. Ainsi, un homme malade est un homme qui se dévirilise alors qu'une femme saine est une femme qui se virilise. Ces considérations se basent sur la théorie des humeurs qui considère que les sexes, et les humains, sont différenciés par certaines humeurs qui impliquent aussi un mental.

La seconde partie examine la manière dont la nation est née entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. L'auteure y montre comment les mères ont été créées mais aussi de quelle manière les médecins tentent de réguler, voir d'interdire, le travail des sages-femmes et des nourrices. Les premières sont vues comme des femmes proche de la sorcellerie qui, dans le secret, pourraient bien permettre aux femmes de perdre leurs enfants. Tandis que les secondes sont considérées comme dangereuses car le lait venant de leur corps et offert à l'enfant transmet les caractéristiques morales de la nourrice. L'auteure montre aussi de quelle manière les sages-femmes sont exclues de la profession médicale face aux hommes grâce à la mise en place de nouvelles normes. Cette partie permet aussi de comprendre comment un début de théorie raciale se met en place via les thèses de l'hybridation. Celle-ci permettrait de garder un peuple fort via l'adjonction d'un sang nouveau et l'esclavage pourrait être le moyen de la pratiquer.

Enfin, la dernière partie permet d'examiner la construction des races via l'exemple des colonies françaises. Elsa Dorlin montre comment la domination des hommes blancs sur les esclaves et les autochtones s'est construite et justifiée via le discours médical. Ainsi, par exemple, l'esclavage est théorisé comme un bien pour les populations déportées africaines car il permet de passer outre leur fainéantise et leur inconduite naturelle. Ce sont aussi des peuples capables de subir une forme de travail particulièrement rude. Dans ces thèses la fuite des esclaves est vue comme une anomalie qui peut être expliquée médicalement.

Ce livre permet donc de comprendre comment la nation française, masculine, s'est constituée à la fois face aux femmes et aux autres "races". C'est la mise en place de nombreux discours qui présupposent une infériorité du corps de l'autre qui permettent de considérer l'homme blanc comme supérieur et parfait. La domination est donc légitimée via la santé à la fois morale et physique des européens. La lecture en est très intéressante. L'auteure réussit à montrer comment les discours peuvent être concrètement utilisés comme dispositifs de pouvoirs et justifier une inégalité. Le livre permet aussi d'en savoir un peu plus sur l'histoire de la médecine et son fonctionnement face aux femmes et aux africains. C'est donc un ouvrage que je recommande chaudement.

Image: Éditeur

15/09/2013

The Butler /Le Majordome de Lee Daniel

Le Majordome est ce film qui aurait fait pleurer Obama. Il est donc logique que tout le monde décide d'aller le voir pour savoir si on pleure vraiment devant l'écran. C'est aussi une histoire particulièrement importante pour les USA qui n'ont pas encore réussi à créer une égalité de fait entre les communautés. Nous n'avons pas le même type de mouvements en Europe. Ce film est l'histoire d'un homme, Cecil Gaines qui quitte le Sud des USA pour éviter les risques qui entourent les personnes noires. Son voyage lui permettra de devenir un très bon majordome et d'être observé par les services de la Maison Blanche. Il sera dans cette Maison au service de 7 présidents ce qui lui permettra de voir de l'intérieure des bribes de décisions concernant les questions importantes de la seconde moitié du XXe siècle tout en restant le plus discret possible.

Je pense qu'il est nécessaire de le dire immédiatement. J'ai lu de temps en temps que ce film permet de voir la petite histoire d'un homme face à la grande histoire. A mon avis il n'y a pas de grande ni de petite histoire. Il y a des individus qui sont mêlés à des événements qu'ils ne contrôlent pas. Et ce film réussit bien à montrer cet emmêlement. Alors que Cecil Gaines tente de garder son travail et de rester discret sa famille est nécessairement engloutie par l'arrivée de Martin Luther King puis du Black Panther Party. Perdu dans des mouvements de masse qu'il ne comprend pas et dont il a peur alors que l'un de ses fils s'y engage fortement pour ensuite entrer en politique. On observe, en fait, un changement de génération. L'une souhaitait la discrétion pour survivre et la nouvelle fait tout pour démontrer son droit à l'existence.

Mais ce beau film est loin d'être parfait. En fait c'est un film très simple. On peut difficilement échouer quand on place toutes les idées connues sur le mouvement des droits civiques et l'histoire des populations noires des USA. Ainsi, le réalisateur nous montre les champs de cotons, la brutalité policière et des simples personnes et porte sur un piédestal les combattants du mouvement freedom puis du Black Panther Party en mettant face à face des mouvements qui se veulent pacifistes et une réaction violente encadrée et légitimée par la justice. Il n'y a aucune vision de ces événements dans toute leur complexité. Le personnage de Cecil Gaines est lui-même simplifié à l'extrême. C'est un père de famille travailleur consciencieux qui a des problèmes avec sa famille entre sa femme délaissée, son aîné engagé et son cadet qui accepte tout sans critiques. Il ne manque plus que le chien et nous avons la bonne famille américaine. Les femmes, elles, apparaissent à peine. Et tandis que le réalisateur nous montre les mouvements de luttes contre la ségrégation rien n'est fait pour y montrer l'importance des femmes ainsi que leur vision critique du patriarcat. Ou est passée la critique des blacks feminists? C'est à peine si on nous montre quelques scènes durant lesquels les hommes sont dominants et les femmes dominées et mises à l'arrière plan. Ceci étant fait sans visions critiques.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances. Ce n'est pas un mauvais film malgré quelques scènes peu maitrisées mais surtout un film facile. Dans l'Amérique d'Obama il n'était que logique que ce type d'histoire soit mis en scène. Mais il n'y a pas de profondeurs et j'en suis sorti avec une impression de manque.

  • Bon scénario.

  • Joss Whedon.

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02/09/2013

Si je veux, quand je veux Contraception et avortement dans la société française (1956-1979) par Bibia Pavard

Titre : Si je veux, quand je veux  Contraception et avortement dans la société française (1956-1979)1346231416.jpg
Auteure : Bibia Pavard
Éditeur : Presses Universitaires de Rennes 2012
Pages : 358

Le droit à l'avortement et à la contraception est régulièrement remis en question dans les pays occidentaux. Que ce soit de manière violente ou non le contrôle du corps des femmes est encore un enjeu de luttes pour différents groupes. En Suisse même il existe, à ce jour, deux initiatives qui visent frontalement le droit à l'avortement. Il est donc important de regarder comment se sont déroulées les luttes dans le passé pour comprendre comment et pourquoi ces luttes continuent aujourd'hui. Ce livre s'intéresse à la France mais cela n'enlève rien à sa pertinence. En effet, les arguments restent souvent les même malgré le passage de la frontière. Il est construit en trois parties chronologiques qui partent des premières luttes pour la contraception dans les années 50 jusqu'à l'élaboration finale du droit à l'avortement en 1979.

C'est dans le milieu des années 50 que sort du tabou la question de la contraception. Alors que cette dernière est attaquée par le dispositif légal français un certain nombre de médecins décident de mettre en place une discussion autours de la gestion de la maternité. Ces personnes décident de porter le problème sur la place publique en s'aidant de dispositifs militants internationaux pour arrêter une politique considérée comme hypocrite. Le but est de reconstruire la contraception comme un moyen de contrôle des naissances dans le cadre d'une politique familiale rationnelle qui permette d'éviter les avortements clandestins. Moins qu'une attaque contre le contrôle des corps féminins c'est plus une redéfinition de la contraception dans des catégories modernes de rationalité économique qui réussira lors du vote de la loi Neuwirth à la fin des années 60.

Mais la loi est à peine votée que de nouveaux enjeux féministes s'imposent dans la société. Alors que le droit à la contraception est difficilement mis en place un certain nombre de groupes décident de s'organiser autours d'une lutte en faveurs de l'avortement. Que ce soit le MLF, Choisir ou le Planning Familial chacun décide de militer à sa manière et selon ses propres conceptions. L'un des points les plus importants du droit à l'avortement est la prise de contrôle du corps féminins par les femmes elles-même. Dans ce cadre l'usage de la méthode d'avortement par aspiration permet de pratiquer sur sois-même entouré par des personnes qui travaillent en commun avec celle qui souhaite avorter. Tout aussi important est le caractère public des avortements - que ce soit le manifeste des 343 où la mise en place d'avortement non-clandestins chez des militantes - ce qui permet d'attaquer frontalement la vieille loi de 1920 qui pénalise cette pratique. Celle-ci n'est plus appliquée que dans de rares cas qui montrent à la fois sa non-applicabilité mais aussi son caractère de justice masculine sur des femmes de classes populaires. Il devient rapidement apparent que la loi est injuste voire qualifiée de scélérate.

C'est dans ce cadre qu'une tentative de légaliser l'avortement est mise en place autours de Simone Veil. Mais la majorité est loin d'être acquise que ce soit du coté des personnes favorables au droit à l'avortement où du coté des personnes défavorables. La lutte s'annonce difficile et de nombreuses concessions doivent être faites pour rendre la loi acceptable dont la mise en place d'une période d'essai de 5 ans. Malgré cela les débats utilisent des arguments forts que ce soit en 1974 ou 1979 qui restent semblables. Les mouvements féministes tentent aussi d'influer sur la loi et son application en dénonçant les mauvaises pratiques où les médecins réfractaires. Parfois jusqu'à, encore une fois, violer ouvertement la loi. Cette histoire se termine, provisoirement, en 1979 lorsque la majorité accepte enfin un droit à l'avortement.

En conclusion je suis très heureux d'avoir choisi ce livre extrêmement intéressant. Je n'ai pas montré, dans ce billet, toute la richesse de cette recherche qui permet de comprendre pourquoi et comment des personnes, ordinaires, se sont intéressées au sujet de la contraception et de l'avortement pour en faire une lutte politique. Le livre de Bibia Pavard permet de passer outre les grands personnages de cette histoire et de comprendre le militantisme de femmes et d'hommes dans le cadre d'organisations nombreuses et, parfois, contradictoires. Ce livre permet de mieux comprendre comment une lutte à pu réussir malgré son illégalité et son illégitimité au départ.

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20/08/2013

Liberté Egalité Propreté. La morale de l'hygiène au XIXe siècle par Julia Csergo

Titre : Liberté Égalité Propreté. La morale de l'hygiène au XIXe siècle
Auteure : Julia Csergo
Éditeur : Albin Michel 1988
Pages : 361

De nos jours tout le monde s'accorde sur la nécessité de se laver au moins une fois par jours et de changer souvent de vêtements. Mais cette hygiène n'a pas toujours existé sous cette forme que ce soit pour des raisons médicales ou simplement par manques d'infrastructures permettant le nettoyage. Julia Csergo, dans ce livre, tente de retracer l'histoire de l'hygiène dans l'histoire de Paris du XIXe siècle en s'intéressant aussi bien aux discours médicaux et moraux qu'aux capacités matérielles. Pour réussir cet examen elle développe des analyses sur quatre parties.

La première partie lui permet de retracer les discours qui ont existé sur la nécessité de l'hygiène. Le premier chapitre lui permet de montrer que la propreté du corps implique aussi une propreté de l'âme. On y trouve donc la mise en place d'une pacification des classes dangereux (et laborieuses) par la propreté du corps. Celle-ci serait un moyen de vérifier la moralité des personnes mais aussi d'éviter le danger des miasmes et des odeurs. Un second chapitre permet aussi à l'auteure d'examiner les gestes de propreté. Que ceux-ci concernent les ablutions partielles ou totales il faut apprendre.

La seconde partie examine la manière dont les institutions ont été utilisées pour proposer des bains et éduquer à l'hygiène. Julia Csergo examine trois institutions: l'enfermement, l'école et le corps militaire. Dans ces trois cas l’État français de l'époque tente de réguler la propreté en éduquant les masses. Pour cela il est nécessaire de trouver quelles infrastructures sont les plus économiques mais aussi les mieux adaptées. Le but est de laver un grand nombre de personnes dans un minimum de temps avec un usage minimum d'eau. Il s'ensuit de nombreuses décisions qui ont de la peine à être mises en place par manque d'espace, d'argent ou de volonté.

Dans la troisième partie l'auteure examine deux formes d'hygiène publique. Tout d'abord elle montre comment les classes populaires se virent offrir un accès à la propreté par la mise en place de structures spécifiques dans les rues. Mais ces bâtiments furent surtout utilisés par les hommes et rarement par les femmes ou les écoliers. En ce qui concerne la bourgeoisie ce sont les bains publics et les écoles de natations qui permettent le bain. Mais ces entreprises sont rapidement accusées d'être dangereuses soit par la malpropreté de l'eau de la Seine soit par la promiscuité des corps et l'impudeur des bains. Rapidement ces bains publics disparaîtront.

C'est dans la dernière partie que l'auteure examine l'arrivée du soin à domicile. Elle montre comment la mise en place de l'eau courante implique une transformation de l'intérieure. On passe du cabinet de toilettes caché à la salle de bain fastueuse. Mais le faste sera contesté par la bourgeoisie qui préfère des lieux aseptisés, blancs et carrelés qui préfigurent nos propres salles de bains. Cette partie est aussi l'occasion de vérifier l'usage du bain en tentant la mise en place qu'une histoire quantitative de l'usage de l'eau. Ce qui permet de vérifier dans où se trouvent les objets permettant l’hygiène et leur véritable usage selon des normes de classes.

En conclusion voici un livre dont j'ai apprécié les analyses et les propos. J'ai appris énormément sur l'histoire de l'hygiène et j'ai particulièrement apprécié l'impression de retrouver des gestes perdus et des normes que nous ne connaissons plus. Bien que ce travail ait près de 20 ans je ne connais pas d'autres ouvrages et je ne peux donc pas considérer son intérêt au vu de l’historiographie. Ce qui n'influence pas la lecture ou l'intérêt du lecteur.

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11:47 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hygiène, propreté, bains, piscines | | | |  Facebook

04/08/2013

Gay Paris. Une histoire du Paris interlope entre 1900 et 1940 par François Buot

Titre : Gay Paris. Une histoire du Paris interlope entre 1900 et 19409782213654188-X_0.jpg?itok=uIxGEYS6
Auteur : François Buot
Éditeur : Fayard 2013
Pages : 290

Cette fois je me suis intéressé à une histoire qui prend place avant la Deuxième Guerre Mondiale. On le sait peu mais le début du XXe siècle est celui d'une relative tolérance de l'homosexualité. Celle-ci s'accompagne d'un discours médical qui permet de décriminaliser les pratiques pour mieux les considérer comme anormale. Mais certains hommes luttèrent comme, par exemple, Magnus Hirschfeld qui créa le premier centre de sexologie à Berlin. Ce dernier a été brûlé par les nazis. Mais l'histoire qui m'intéresse ici est celle de Paris. L'auteur nous emmène dans un monde à la fois sombre et illuminé. Il est sombre car on s'y adonne à la prostitution, au fétichisme et à tous les vices vu peu favorablement par les forces de l'ordre. Mais illuminé car, selon l'auteur, ces actes se font dans une chaude ambiance de fête dans des établissements connus et fréquentés par toutes les classes sociales. Son livre nous permet de redécouvrir ces lieux à l'aide de romanciers et de rapports de la police de mœurs.

Si ma présentation est aussi courte c'est parce que je suis loin d'être convaincu sur de nombreux points. Ma principale critique concerne la structure même du livre. En effet, je n'ai pas l'impression de m'être trouvé face à un livre d'histoire. J'ai plutôt eu l'impression de me trouver face à un livre d'anecdotes mises les unes à côté des autres sans problématiques ni récits historiques. Ceci contribue à un effet de flou qui m'a empêché de véritablement entrer dans les propos de l'auteur. Je suis aussi peu convaincu par le titre qui promet un examen large du monde déviant de Paris du début du siècle mais qui se contente de parler des homosexuels voir, de temps en temps, des lesbiennes et de leurs liens avec les élites artistiques. Là aussi j'ai un problème. L'introduction nous promet de retrouver les "gens d'en bas". Pourtant, la majeure partie du livre repose sur des élites du monde de l'art qui parlent de leur propre expérience. On ne peut pas condamner leur usage par l'auteur en tant que sources. Mais peut-on vraiment les considérer comme des "gens d'en bas"? Je ressors donc de ce livre avec un fort sentiment d'inachevé et de frustration. L'impression d'un auteur qui aime son travail et cette époque mais qui n'a pas réussit à communiquer au lecteur cet amour et ses découvertes.

Image: Éditeur

25/07/2013

Vichy et l'ordre moral par Marc Boninchi

Titre : Vichy et l'ordre moral9782130553397.jpg
Auteur : Marc Boninchi
Éditeur : Presses Universitaires de France 2005
Pages : 318

Quand on parle du gouvernement de Vichy on a tout de suite en tête l'image d'une France gouvernée par des hommes réactionnaires qui n'eurent aucun état d'âme à collaborer avec l'occupant allemand. Une période marquée par une répression importante et un retour vers l'ordre moral incarné par l'importance de la famille, du travail et de la patrie devenus nouvel hymne du pays. Sans mettre en doute un grand nombre de faits avérés cette image oublie une partie importante du régime de Vichy: la continuité avec la IIIème République et l'héritage important des normes juridiques léguées à la IVème puis à la Vème République. L'auteur, Marc Boninchi, docteur en droit nous offre ici une thèse qui tente de comprendre l'histoire des normes juridiques vichyste ainsi que leur continuité dans l'histoire française.

Il accomplit ce lourd travail en analysant la création et l’usage des lois dans six chapitres qui vont de la définition de l'ordre moral à la lutte contre l'avortement. L'auteur utilise des archives inédites qui lui permettent d'entrer dans la mise en place intime des lois. Ce qui lui permet, non seulement, de comprendre à quel point les lois morales de Vichy sont originaires de la IIIème République et de certains cercles mais aussi de voir de quelle manière elles ont été reçues et appliquées par les magistrats. Il observe aussi, et surtout, une hausse importante du pouvoir des bureaux de fonctionnaires tandis que le pouvoir politique des chambres est mis en sommeil. Ce pouvoir est si fort que de simples fonctionnaires peuvent refuser un projet de loi sans en déférer à leur ministre. Mais ce travail est aussi un moyen d'examiner le pouvoir de la répression. Marc Boninchi montre de nombreuses lois répressives qui ont échoué. Quel en est la raison? Selon l'auteur, ces lois sont souvent trop répressives pour être applicables et ne réussissent pas à atteindre leur cible. C'est le cas, par exemple, de la lutte contre l'alcoolisme qui est menée en 1940 par une loi qui impose la fermeture des débits de boissons même pour les crimes les plus mineurs comme une simple pancarte.

Le texte de l'auteur est très riche. Il examine un grand nombre d'aspects légaux qui sont encore importants dans les lois de la Vème République même si un certain nombre de crimes ont été dépénalisé dans les années 70 (comme l'avortement et l'homosexualité). Son livre permet non seulement à l'historien de posséder des informations sur la manière dont les lois sont créées et appliquées durant l'occupation mais aussi aux juristes de réfléchir sur l'usage de la répression grâce à un exemple historique de cette pratique.

Image: Éditeur

19/07/2013

L'hécatombe des fous. La famine dans les hôpitaux psychiatriques français sous l'occupation par Isabelle von Bueltzingsloewen

Titre : L'hécatombe des fous. La famine dans les hôpitaux psychiatriques français sous l'occupation
Auteure : Isabelle von Bueltzingsloewen
Éditeur : Flammarion 2009
Pages : 522

Ce livre naît autours d'une polémique. Cette dernière a pris force durant les années 80 pour toujours continuer. Des auteurs importants accusent l'institution psychiatrique française de s'être rendue complice d'une extermination par la faim de 40 000 aliénés internés sous la demande, cachée, du régime de Vichy. Un devoir de mémoire est affirmé autours de ces victimes d'une politique eugénique. L'auteure de la recherche ne souhaite pas répondre de manière polémique. Au contraire, elle recherche les faits pour connaître la réalité de ce qui est nommé extermination. Ceci la mène à poser de nombreuses questions aussi bien méthodologiques que factuelles pour comprendre comment 40 000 personnes ont pu mourir de faim en France.

Cet examen est organisé en trois parties regroupant trois à quatre chapitres. Les trois premiers chapitres permettent à Bueltzingsloewen d'examiner les chiffres et les faits de la faim. Elle commence donc par expliquer sa méthode d'approximation du nombre de victimes, ainsi que ses inexactitudes, qui permet de dénombrer environ 45 000 morts surnuméraires. Ce terme décrit des personnes, si on s'en tient aux années d'avant guerre, sont morts en "trop". Mais ce chiffre ne permet pas de savoir qui exactement est mort de faim et qui est mort naturellement. Il faut aussi prendre en compte l'affaiblissement de certaines personnes. Autrement dit, ce chiffre n'est qu'une approximation difficilement individualisable. L'auteure examine aussi ce qu'elle nomme le scénario de la famine ce qui lui permet de mettre en avant des explications économiques. Aussi bien la réquisition allemande que les restrictions ont impliqué une hausse importante des prix à laquelle les économistes des asiles n'était pas préparé. Dans le dernier chapitre elle analyse aussi la production scientifique des aliénistes qui est vue, par des militants de notre époque, comme le comble du cynisme. Bueltzingsloewen montre que cette production permet non seulement aux médecins de s'insérer dans le milieu médical mais aussi de comprendre le phénomène qu'ils ont sous les yeux alors que les connaissances médicales sur la famine sont très insuffisantes à l'époque en France.

Mais cet aspect scientifique n'implique pas que ces hommes n'avaient pas conscience d'un malheur qui demandait une action. Dans une seconde partie l'auteur examine donc comment la société a pris conscience du problème et a réagit. Elle montre que les médecins, dès le début, se sont mobilisés localement pour contrer la mort certaine de leurs patients. Mais ces actions étaient limitées par l'incompréhension du phénomène et par leur caractère local. Heureusement, les médecins aliénistes sont regroupés dans une association nationale qui, rapidement, lance des cris d'alarme au gouvernement pour demander une action. Ce dernier n'est d'ailleurs pas inactif et, malgré une ambiance eugénique, met en place une politique de rationnement en faveurs des interné-e-s qui permet de nourrir à nouveau ces derniers. Bueltzingsloewen démontre donc que, loin d'une volonté d'extermination, les acteurs de l'époque ont réagit dans les limites de leur pouvoir et ont réussi à gagner le soutient officiel de Vichy.

Dans une dernière partie l'auteure tente de comprendre les raisons de l'abandon des interné-e-s. Elle montre que ces derniers sont insérés dans une institution qui implique le délitement des liens sociaux et l'oubli des personnes internées. Comme elle le dit si bien: l'internement est une mort social avant que la mort physique n'ait lieu. Non seulement, avant-guerre, l'institution est bloquée par le nombre important d'interné-e-s qui empêche une prise en charge individuelle. Mais en plus les médecins ne considèrent pas les possibilités de guérisons ce qui implique que les patients peuvent passer des années, si ce n'est leur vie entière, enfermés. Ceci joue aussi sur les relations sociales extérieures qui, progressivement perdent de leur intensité ou sont non-existantes. L'auteure montre que pour les interné-e-s qui possèdent encore des relations avec leur famille la mort par inanition est bien moins importante grâce à l'apport offert via les visites. Mais il existe aussi une coupure avec la société - dans laquelle les thèses eugénistes ont une certaine audience - qui considère les interné-e-s comme des inadaptés sociaux inutiles dont la mort serait un soulagement aussi bien pour les familles que pour les institutions sociales. Ces aspects ont contribué à une invisibilité des personnes internées dans les asiles même si les thèses eugénistes n'ont pas été concrétisée par une extermination contrôlée et voulue par l’État. Elle termine cette partie en montrant que les années de guerre ont permis une remise en cause du système qui a permis de penser l'idée de libération et d'institutions ouvertes. Mais aussi de mettre en place des organisations de travail et de loisirs pour les interné-e-s qui permet de recréer une utilité sociale tout en reliant les patients à la société grâce à l'aide qu'ils peuvent offrir. Paradoxalement, la guerre a permis ceci en haussant la tolérance à ce que l'on nomme la folie dans les entreprises à cause du manque de main d’œuvre dû à l'emprisonnement et à la mobilisation de français. Cette remise en cause continuera après la guerre malgré les difficultés politiques.

En conclusion, j'ai trouvé ce livre très documenté et très dense. L'auteure montre une érudition importante sur un sujet difficile. En parallèle d'une recherche dans les archives qui lui permet de valider un certain nombre d'hypothèses tout en contextualisant les événements et en corrigeant des inexactitudes historiques elle met en place une réflexion importante sur le rôle de l'historien face au devoir de mémoire. En effet, la polémique l'oblige à prendre position sur son activité d'historienne face à des personnes qui peuvent être très hostiles à la méthode historique accusée d'euphémiser un crime voir de culpabiliser des victimes. Mais le rôle de l'historien n'est ni de juger ni d'entrer dans une polémique. Son rôle est d'analyser les faits dans leur contexte pour comprendre comment quelque chose s'est produit et pour quelles raisons. Isabelle von Bueltzingsloewen y arrive parfaitement sur un thème rendu difficile par sa médiatisation même.

Image: Éditeur

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09/07/2013

Outsiders. Etudes de sociologie de la déviance par Howard S. Becker

Titre : Outsiders. Etudes de sociologie de la déviancecouv-172.jpg
Auteur : Howard S. Becker
Éditeur : Métailié 1985
Pages : 247

La sociologie de la déviance a pris une importance considérable dans mes études ces deux dernières années et atteint un niveau d'intérêt de ma part comparable aux études genre. J'ai lu pas mal d'ouvrages et d'articles sur le sujet dont ce livre. Mais je l'ai lu comme un étudiant qui prépare un travail à rendre dans deux semaines et qui n'a le temps que de sélectionner. Ce que j'en avais tiré m'a énormément intéressé et m'a ouvert de nouvelles perspectives de compréhension. J'ai donc décidé d'acheter le livre et de le lire tranquillement cet été sans échéances.

Il est tout d'abord nécessaire d'annoncer que ce livre est écrit en 1963. Il analyse donc des situations qui peuvent avoir changé profondément. Ce qui ne veut pas dire que la méthode engagée n'est pas valable bien au contraire. Becker, sociologue américain encore vivant à ce jour, y examine la déviance selon une approche radicalement différente de celle qui était courante dans la sociologie américaine de l'époque. Au lieu de postuler d'une spécificité des déviants ou d'une naturalité des normes il tente de comprendre l'entier du processus qui conduit à considérer une activité comme déviante et à la punir. Ce qui implique que Becker tente non seulement de comprendre les déviances illégales, l'usage du cannabis, que les déviances légales, les musiciens de jazz, ou encore la manière dont on construit et met en place des normes. Le livre est donc construit selon ce schéma et permet de mettre en place une analyse que Becker nomme interactionniste car elle prend en compte les interactions sociales entre tous les acteurs sociaux.

Ce livre fut l'un des symboles de ce qui a été nommé le labeling. Ceci concernait des études qui tentaient de comprendre la mise en place d'une déviance et d'une identité déviante dans le monde social. Ce qui permet d'étudier aussi bien les fumeurs de cannabis que les gardiens de prisons ou les lobbys de moralité. Il a eu une importance considérable car non seulement il ouvrait, avec d'autres, de nouvelles perspectives mais il est aussi écrit de manière claire et simple. Cette caractéristique est rafraîchissante quand on est habitué à lire Bourdieu qui, lui, écrivait de manière particulièrement compliquée. Comme je m'y attendais j'ai beaucoup apprécié ce livre dont le sujet est non seulement intéressant mais toujours d'actualité. Un nombre considérable de politiciens et de journalistes gagneraient à sa lecture que, de toute manière, je conseille chaudement.

Image: Éditeur

03/07/2013

Un siècle d'antiféminisme sous la direction de Christine Bard

Titre : Un siècle d'antiféminisme9782213602851-G.JPG?itok=uClWhYB6
Direction : Christine Bard
Éditeur : Fayard 1999
Pages : 481

Le féminisme, bien qu'il ait eu de grandes victoires, est mal vu. En tant que féminisme (oui je suis un homme qui se déclare féministe deal with it) j'ai souvent entendu des propos peu flatteurs quand je parlais de cette partie de mon identité politique. Pourquoi un homme souhaite-t-il être féministe alors que cette « idéologie » serait le fait de lesbiennes mal baisées qui utilisent la violence contre les hommes. Voila, en une phrase j'ai résumé tout ce que l'on peut penser du féminisme quand on est antiféministe. L'idée que le féminisme n'est plus utile et qu'il utilise la violence pour réactiver une guerre des sexes est importante dans la société et participe d'une destruction des acquis du féminisme et de son infamie. J'ai donc voulu comprendre d’où venait, historiquement, ces conceptions et ces idées et je me suis intéressé à ce livre écrit sous la direction de Christine Bard.

Le livre est dense et met en place de nombreuses analyses aussi bien historiques, politiques, sociologiques que linguistiques ou encore cinématographiques. Ce qui permet d'avoir une véritable richesse d'analyses diverses sur de nombreux thèmes. Cependant, le livre est divisé en trois parties globalement chronologiques. La première partie part de la fin du XIX aux années de la première guerre mondiale pour analyser les réactions faces aux premières féministes. Les analyses montrent une véritable peur de la citoyenneté des femmes qui pourraient littéralement détruire la civilisation. Celle-ci n'est pas l'apanage de la droite mais existe aussi à la gauche de l'échiquier politique qui ne manque pas de tenter de remettre les femmes au bon endroit: la cuisine. Cette partie se termine sur les effets majeurs de la première guerre mondiale sur le féminisme. La seconde partie prend en compte les années 1930 aux années du baby-boom. Outre une analyse de l'idée que l'on se fait des femmes dans les dictatures (en particulier Vichy) les auteur-e-s s'intéressent aussi à l'antiféminisme de la Résistance qui utilise les femmes selon leurs capacités considérées comme naturelles. Mais qui les punissent aussi pour avoir osé offrir leur corps à l'ennemi. On trouverait ici une conception de l'appartenance nationale du corps féminin à cause de sa capacité procréatrice. Les tontes seraient un moyen de revendiquer cette appartenance en punissant les femmes coupables. On y trouve aussi un article sur la manière dont le Deuxième sexe a été reçu par les intellectuels. L'auteure y montre une grande incompréhension des thèses du livre par des hommes parfois haineux. Enfin, les articles se terminent sur les années du MLF à aujourd’hui, soit 1999, outre des analyses sur l'antiféminisme en politique ou dans les syndicats on y trouve une histoire de la mise en place du harcèlement sexuel comme problème mais aussi un article très intéressant sur la difficulté de faire accepter la féminisation des noms de métiers.

Face à un livre aussi dense avec un nombre important d'articles de types différents il est difficile d'écrire un résumé qui permette de montrer la richesse des analyses. Cependant ces articles permettent de mieux comprendre les mutations et origines historiques des antiféminismes. Ils permettent aussi de définir ce terme comme étant différent d'une phobie des femmes ou d'un sexisme. En effet, l'antiféminisme n'est pas un simple comportement ou une peur. C'est une pensée politique qui considère les humains dans des rôles naturels qu'il ne faudrait surtout pas briser au risque de détruire la société. Cette naturalité des rôles se retrouvent encore aujourd'hui dans un nombre impressionnant de textes qui ne cherchent pas forcément à faire de la propagande antiféministe. La différence c'est que les milieux qui se considèrent antiféministes tentent de sauvegarder ou de revenir à cet ordre hiérarchique naturel que ce soit par la politique, les romans ou le cinéma.

Image: Éditeur

11/06/2013

Hannah Arendt

 Hannah Arendt, une femme dont tout le monde a entendu parler pour sa chronique sur le procès d'Eichmann qui a eu lieu à Jérusalem. Justement, ce nouveau biopic commence lors de l’enlèvement du nazi. Il est rapidement jeté à l'arrière d'une camionnette puis on retrouve Hannah Arendt chez elle en train de lire le journal qui annonce la venue d'un procès. Nous suivrons donc Hannah Arendt à Jérusalem lors de ce procès mais surtout lors de la polémique qui eu lieu après que son travail fut publié par le New Yorker. En effet, non seulement certains croient qu'elle défend Eichmann mais, en plus, elle s'attaque à certains dignitaires juifs et leurs activités.

Je n'ai jamais lu les ouvrages d'Hannah Arendt. Je ne suis donc pas du tout capable de critiquer le rendu de la philosophie et des idées de cette femme dans ce film. Mais je peux parler de ce dernier. Les acteurs, pour commencer, sont tous très bien choisis. Je n'ai pas vu un seul acteur qui semblait en dehors de son rôle. Montrer les capacités de ces hommes et femmes dans plusieurs langues m'a aussi plu. Je préfère avoir des sous-titres mais entendre de l'hébreu à Jérusalem plutôt que de l'anglais. Ce qui permet de donner une forme d'authenticité au film. Ce dernier me semble très maîtrisé. Il y a tout de même quelques problèmes entre deux scènes qui, parfois, ne semblent pas logique. Je me demande aussi s'il était nécessaire de s'attarder sur la relation qu'elle avait avec son ancien professeur de philosophie. Le plus gros problème de ce film dure une ou deux scènes et se déroule durant le fameux procès. Il a été fait le choix d'utiliser des images d'archives et je suis pour. Je suis beaucoup plus sceptique quand on décide de reconstituer le tribunal pour passer du noir et blanc à la couleur lors de la même scène. Heureusement ce cas est rare mais il reste très étrange et raté. Bref, j'arrête la une critique peu profonde de part mes propres incapacités pour vous conseiller d'aller le voir et se vous faire votre propre idée. Je doute que vous perdiez votre temps!

Image: site officiel

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12:08 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : hannah arendt, biopic, eichmann | | | |  Facebook

02/06/2013

Les bas-fonds. Histoire d'un imaginaire par Dominique Kalifa

Titre : Les bas-fonds. Histoire d'un imaginaire9782020967624.jpg
Auteur : Dominique Kalifa
Éditeur : Seuil 2013
Pages : 394

En tant qu'étudiant je suis très intéressé par les populations oubliées, marginales et marginalisées ainsi que les représentations qui les entourent. Avec ce livre je suis servi. Dominique Kalifa y examine les représentations des bas-fonds et l'histoire de ces dernières entre le XIXe et le XXe siècle. Les bas-fonds, ce terme regroupe une idée très forte que nous connaissons tous. Des lieux froids, sombres et sales dans l'intérieur des villes. Des personnes louches, furtives, qui passent rapidement et qui chuchotent entre-eux. Dominique Kalifa examine ce sujet en dix chapitres divisés en trois parties.

La première partie est composée de trois chapitres. L'auteur y examine l'imaginaire social qui fonctionne derrière le terme "bas-fonds". Pour cela il examine la production culturelle de manière large ce qui lui permet de découvrir l'origine du terme ainsi que sa signification d'origine. L'auteur y examine la manière dont on considère la ville. Un endroit dans lequel une contre-société est possible dans les endroits les plus sinistrés. Mais le terme a aussi une origine biblique qui repose sur Sodome ainsi que sur Babylone puis Rome. L'idée qui en ressort est celle d'un monde inverse de voleurs, mendiants, meurtriers et prostituées. La contre-société est aussi sexuellement insatiable. Mais c'est aussi un lieu qui regroupe ce que l'on considère comme les classes sociales dangereuses. Des émeutiers qui peuvent mettre en danger si ce n'est détruire la civilisation. Les bas-fonds ne sont pas seulement un lieu de crimes mais un lieu inverse à la civilisation qui peut mettre en danger cette dernière.

La seconde partie concerne ce que l'auteur nomme "scénographies de l'envers social". Derrière ce terme se cache quatre manière d'écrire, de montrer, les bas-fonds divisés en autant de chapitres. Le premier concerne la manière dont la police décrit ces lieux. L'auteur y montre que le point principal est la création de liste permettant de classer les personnes dans des cadres précis. Ainsi, les mémoires de policiers comportent tout différents noms pour autant de spécialisation décrites. La seconde chapitre concerne l'idée des princes déguisés. Ces hommes, et femmes, qui visitent les lieux criminels et pauvres en douce et sans donner leur identité pour remettre les choses en ordre. Le troisième chapitre me semble proche puisque l'auteur y examine les visites faites par l'aristocratie et la bourgeoisie dans les lieux mal-famés de la ville. Une visite qui se doit d'être dangereuse et qui permet de se frotter à des personnes peu recommandables sans risques. Enfin, il y a l'usage des poésies et autres romans.

La dernière partie analyse la fin des bas-fonds dans les villes en trois chapitres. Tout d'abord, la seconde partie du XXe siècle est l'heure de l'état providence. Les pauvres sont de moins en moins pauvres et leur statut socio-économique donne moins lieu à des discours sur leur criminalité supposée. Ce n'est plus l'immoralité qui crée la pauvreté mais cette dernière qui implique l'immoralité. Dans le même temps, les villes sont modifiées et les pires lieux de celles-ci sont détruits et reconstruits. Les criminels changent aussi. De pauvres ils gagnent en argent et entrent dans l'idée du "milieu". Les criminels en costumes proches de la bourgeoisie et des politiciens sont de plus en plus visibles. Mais ces transformations n'impliquent pas la fin de l'idée que pauvreté équivaut à criminalité. L'idée des mauvais pauvres est toujours d'actualité mais se transforme dans l'idée des profiteurs de l'état providence ces derniers étant souvent étrangers. Enfin, l'auteur conclut sur des considérations concernant la fascination des bas-fonds qui existe encore aujourd'hui.

Au final j'ai beaucoup apprécié la lecture de ce livre. Il permet de comprendre comment un imaginaire a pu se constituer autours de cette notion de bas-fonds. Un imaginaire qui fonctionne encore aujourd'hui dans les productions culturelles. L'auteur utilise aussi des exemples et productions académiques très larges qui viennent autant de France que du monde anglophone, germanophone ou espagnol. Une telle connaissance du sujet et des œuvres écrites sur celui-ci est impressionnante et permet de faire une histoire large des bas-fonds. Malheureusement, ce livre ne permet pas de voir les gens. En effet, ce qui est analysé est une production d'un imaginaire social et non la réalité sociale. Et j'aurais apprécié de savoir à quel point cet imaginaire est proche ou dissemblable à la réalité.

Image: Site de l'éditeur

21/05/2013

The company you keep (Sous surveillance)

Le film commence sur des images du passé. Les États-Unis sont en guerre au Vietnam mais la contestation est extrêmement forte. Alors que des milliers d'étudiant-e-s marchent pacifiquement dans la rue l'état réprime fortement toute contestation. Le pacifisme ne fonctionnant pas certaines franges des organisations étudiantes se radicalisent et mettent en place une lutte armée. Après une attaque de banque qui se termine sur le meurtre d'un garde les membres de cette organisation décident de disparaître. Mais, de nos jours, le FBI retrouve la trace de l'une des membres et après elle c'est tous les autres qui risquent d'être retrouvés. L'un d'eux est maintenant un avocat avec une fille de 12 ans. Alors que sa vie présente est menacée il tentera de sauvegarder cette dernière ainsi que sa fille.

J'avoue être partagé. Ce film est non seulement bien réalisé mais aussi joué par des acteurs et actrices très convaincants! Les observer est un véritable plaisir. Le scénario est aussi intéressant. L'idée d'observer comment des militant-e-s radicaux des années 60 et 70 ont continué leur vie dans la clandestinité permet de jouer avec les changements d'avis, les problèmes de consciences et les compromis inévitables. La plupart de ces ancien-ne-s- militant-e-s ont dû accepter le capitalisme parfois avec un grand succès. Cependant leur choix de vie montre qu'ils tentent de garder en partie leurs idéaux passés. Cependant je suis déçu du traitement de la politique. Les discours ne sont presque jamais expliqués ou analysés. En fait, ces ancien-ne-s militant-e-s semblent être particulièrement apolitique. C'est à peine si on entend parler de Marx et de Fanon ou des justifications de l'époque. Pourtant un peu plus de politique aurait pu donner un résultat intéressant.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario. De bons acteurs, un scénario intéressant mais un manque de discussions politiques que je trouve dommage. Bref, je suis mitigé.

  • Joss Whedon.

Image: Site officiel

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19/05/2013

La grande arnaque. Sexualités des femmes et échange économico-sexuel par Paola Tabet

Titre : La grande arnaque. Sexualités des femmes et échange économico-sexuel2747576728j.jpg
Auteure : Paola Tabet
Éditeur : Harmattan 2004
Pages : 207

Qu'est-ce que la prostitution? Selon l'idée généralement admise c'est une activité qui consiste à faire payer l'usage de son corps en vue d'un acte sexuel. Mais cette définition est-elle la seule qui ait existé dans l'histoire et dans les différentes sociétés humaines? L'aspect monétaire ne se trouve-t-il vraiment que dans le cadre précis de la prostitution? Et pourquoi seuls les hommes semblent être les clients tandis que les femmes offrent la sexualité? Paola Tabet tente, dans ce livre, de comprendre le fonctionnement des échanges entre hommes et femmes en vue d'un accès à la sexualité.

Cet examen est mené en 5 chapitres par l'auteure. Le premier et le second concernent les problèmes de définitions que pose la prostitution. En effet, il existe de nombreuses formes d'échanges de monnaies pour posséder la sexualité des femmes. Ces échanges peuvent se faire aussi bien dans le cadre marital que dans le cadre non-marital. C'est la raison pour laquelle l'auteure ne pense pas que l'échange d'argent soit la manière adéquate de définir la prostitution. Elle propose donc de mettre en place une théorisation des échanges entre hommes et femmes qui prenne en compte un continuum entre prostitution et mariage. Dans tous ces cas il y a échange de dons ou d'argents pour recevoir le service sexuel des femmes. Le troisième chapitre permet à l'auteure de comprendre comment les femmes qui se prostituent réussissent à créer une relation qui ne prenne en compte que le sexe (et non la sexualité). En effet, l'argent ne permet pas forcément de ne payer que du sexe mais, dans certains cas, de payer aussi des services maritaux comme le bain, le ménage ou encore la cuisine. Il y a donc à la fois une rupture dans les services mais il y a aussi une rupture dans la temporalité. Le service ne se déroule que durant un certain temps accepté par un contrat alors que le mariage est illimité (sauf divorces). Le quatrième chapitre permet à l'auteure de comprendre comment les hommes ressentent la sexualité libre des femmes. Celle-ci peut être vue comme un danger pour l'ordre dominant puisque ces femmes, non seulement, reçoivent de l'argent et peuvent posséder des objets masculins mais, en plus, sortent du cadre de l’économie du mariage. Ce qui permet à l'auteure de conclure sur l'aspect profondément sexiste du mariage qui implique l'offre de services sexuels et de travail gratuits en échange de dons en argent. Les hommes possèdent l'économie et les femmes un sexe qu'elles doivent utiliser comme moyen de survie.

Ce livre est riche. Il possède de nombreux exemples et une construction théorique compliquée et fertile pour comprendre la domination des hommes sur les femmes dans les cadres des échanges économico-sexuels. Il me faudra probablement un certain nombre de relectures pour comprendre cet appareil théorique dans toute sa subtilité. Je peux déjà dire que je considère ce livre comme non seulement intéressant mais surtout extrêmement bien écrit. Je pense que les personnes qui s'intéressent à la prostitution dans un cadre d'explication sociologique peuvent difficilement passer outre cet ouvrage. L'idée que les femmes sont forcées d'entrer dans un terme d'échange inégal avec les hommes qui implique d'accepter d'offrir un service sexuel en échange de dons me semble particulièrement pertinent pour comprendre le fonctionnement des relations entre hommes et femmes. Plus encore, l'idée qu'il existe un continuum entre prostitution et mariage qui ne prenne pas forcément en compte l'argent mais le fonctionnement de la relation possède une portée explicative importante. Plutôt que de considérer la prostitution comme simple échange d'argent pour une relation sexuelle limitée dans le temps on devrait la considérer en tant que rupture des règles masculines de la bonne sexualité féminine. Ces règles sont relatives aux époques et aux sociétés mais leur violation équivaut toujours à punition. Celle-ci est généralement extrêmement violente et ne porte pas que sur le stigmate du terme prostituée mais aussi sur une humiliation publique qui peut passer par le viol dans un grand nombre de cas. Au final, l'auteure dépeint une sexualité féminine contrôlée par les hommes pour les hommes. Le corps des femmes ne leur appartiendrait pas vraiment mais serait échangé à multiples reprises dans une relation de dominée à dominant.

Image: Éditeur

09/05/2013

Hysteria (traduit en français en "Oh my god!" pfff ils ne savent plus quoi inventer...)

Il en a fallu du temps pour que je décide de regarder ce film après tout le bien qu'on m'en a dit. Hysteria se déroule à Londres. Un jeune médecin tente de faire passer ses idées révolutionnaires sur la médecine à de vieux docteurs pas très convaincus (imaginez! comment peut-on croire à cette saugrenue idée des germes?). Il est expulsé de la plupart de ses emplois à cause de cela. Alors qu'il tente, difficilement, de retrouver une place il rencontre le docteur Dalrymple qui s'occupe des hystériques. Sautant sur l'occasion notre jeune docteur, maintenant employé, entre dans le cabinet pour traiter ces femmes. Mais celui-ci est très différent de tout ce qu'il a fait jusqu'à présent. En effet, le traitement consiste en un massage de la "zone génitale". Peu à peu lui viendra l'idée du vibromasseur.

Dans ce film de nombreuses femmes sont considérées comme hystériques. Dès le début on nous fait bien comprendre que cette maladie n'est qu'une farce puisque la première des patientes sort en furie du cabinet en demandant des droits égaux pour les femmes. Suivi en cela par la mine déconfite de deux hommes qui se murmurent le terme "hystérique" à l'oreille. La fille de Dalrymple expliquera à notre héros que ce terme cache des femmes qui sont frustrées de leur vie ou dont le maris n'est pas un bon coup au lit. En gros, l'hystérie c'est surtout un bon moyen invité par des docteurs moustachus d'éviter de répondre de manière rationnelle aux questions légitimes des femmes sur leur place dans la société. Il est plus simple d'enfermer que de justifier une relation inégale. On trouve aussi une petite histoire d'amour. Je ne le cacherais pas, cette dernière est loin d'être compliquée et on comprend rapidement comment elle va finir. J'ai, en tout cas, beaucoup aimé ce film qui m'a énormément fait rire. Je trouve que le décalage entre un traitement médical qui est la masturbation et la manière dont de vieux messieurs barbus en parlent très rationnellement sans considère le plaisir que les femmes y trouvent est à la fois drôle et très réaliste.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario. Drôle tout en n'étant pas révolutionnaire il montre comment on a pu éviter de parler de termes importants en médicalisant les femmes sous le terme d'hystériques.

  • Joss Whedon.

Image: Allociné

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11:17 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |  Facebook

Mélancolie ouvrière par Michelle Perrot

Titre : Mélancolie ouvrière9782246797791-G.jpg
Auteur : Michelle Perrot
Éditeur : Grasset 2012
Pages : 185

Michelle Perrot est l'une de mes idoles. Non seulement elle est l'une des pionnières de l'histoire des femmes en France mais son intérêt pour les déviances, les marginaux et les contrôles de l'état rejoint le mien. J'étais donc très heureux de rencontrer cette historienne qui eu la gentillesse de me dédicacer son nouveau livre. Celui-ci inaugure la collection "Nos Héroïnes" des éditions Grasset constitué grâce à Caroline Fourest et Fiammetta Venner. Cependant, comme l'annonce Michelle Perrot, cette collection ne souhaite pas mettre en place une histoire des grandes femmes comme il y a eu une histoire des grands hommes. Il faut trouver des héroïnes inconnues. Une tâche difficile comme il y en a peu.

Michelle Perrot s'est souvenue d'une femme qu'elle avait rencontré il y a quelques dizaines d'années lors de ses recherches. Cette femme se nommait Lucie Baud et tout ce que l'on savait d'elle était résume dans un récit autobiographique publié dans le Mouvement Socialiste en 1908. Elle y décrivait sa vie mais aussi ses luttes dans le syndicat des tisseuses de soie. Comment une ouvrière, une femme, a pu écrire dans une revue aussi intellectuelle? En effet, les récits d'ouvriers et de femmes sont rares en histoire et les historien-ne-s qui tombent sur de tels récits sont des chanceux qui ont l'opportunité de lever une part du voile sur la vie de celles et ceux que certain-e-s nomment les petit-e-s.

L'auteure a donc cherché a en savoir plus et, en collaboration étroite avec deux autres personnes passionnés d'histoire, elle a découvert une vie rocambolesque. Mais cette vie se cache derrière les incertitudes et les trous dans les sources. Autant que la découverte de la vie d'une ouvrière au XIXe Perrot nous montre comment on peut travailler en histoire quand les sources manquent ou sont peu adéquates. Ce livre est donc court, nécessairement, mais très éclairant, particulièrement bien écrit et passionnant

Image: Éditeur

25/04/2013

L'affaire Rouy. Une femme contre l'asile au XIXe siècle par Yannick Ripa

Titre : L'affaire Rouy. Une femme contre l'asile au XIXe siècle978-2-84734-662-6.jpg
Auteur : Yannick Ripa
Éditeur : Tallandier 2010
Pages : 295

L'histoire de la folie, de la prison ou des personnes considérées comme déviantes m'intéresse de plus en plus. Ces oublié-e-s de l'histoire n'ont pas forcément pu parler mais des historien-ne-s réussissent à leur donner une voix et à comprendre le contexte et les discours révélateurs qui a permis de considérer des êtres humains comme dangereux. Ce thème m'intéresse depuis que j'ai découvert Michel Foucault dont j'apprécie beaucoup les thèmes d'études, les concepts et les idées politiques. Alors quand je suis tombé sur un livre qui tente, selon le résumé, de comprendre l'histoire d'une femme internée arbitrairement je peux difficilement résister à l'envie de lire.

Hersilie Rouy, une femme de la quarantaine, admirative de son père, artiste et célibataire voit sa vie se briser lorsqu'un jour, le 8 septembre 1854, un homme inconnu de sa part l’emmène de force à l'asile de Charenton. Enregistrée sous un faux nom elle deviendra ses dénégations quant à l'opportunité de son enfermement et quant à son identité mèneront les aliénistes à la considérer de plus en plus malade. L'auteure, Yannick Ripa, examine sa vie en trois parties qui correspondent à autant de changements importants. Dans la première partie elle montre comment Hersilie Rouy est diagnostiquée. Les luttes de cette dernière se heurtent à un aveuglement des médecins qui se soutiennent les uns les autres dans un esprit de corps. L'auteure y fait aussi une description de la politique asilaire de l'époque et de ses manquements. En particulier elle montre la facilité de détourner la loi de 1838 pour enfermer des proches sans véritables examens. La seconde partie continue sur cette lancée en examinant le retour à l'asile d'Hersilie Rouy et son incapacité à en sortir. Malgré ses plaintes répétées personne ne semble la prendre au sérieux mais tout le monde souhaite s'en débarrasser tout en fermant les yeux sur les aspects étranges de son histoire administrative. La dernière partie permet enfin d'entrer dans l'affaire proprement dites. L'auteure y montre comment Hersilie Rouy, soutenue par des ami-e-s en cela, tente de relier son affaire à un dispositif judiciaire puis aux critiques de l'aliénisme. Mais cette partie montre surtout comment cette femme a été invoquée, utilisée, comme exemple pour attaquer une institution et ceux qui la servent, au profit d'une autre institution.

Je ne suis pas tout a fait convaincu par ce livre. J'ai apprécié sa lecture mais quelque chose me gène. Je trouve que l'auteure tente un peu trop d'entrer dans la tête d'Hersilie Rouy en considérant ses mémoires, source principale, comme un moyen adéquat de comprendre cette femme. Pourtant, Yannick Ripa explique elle-même que l'authenticité de cet écrit est soumise à caution car un éditeur est probablement passé par là. L'auteure, dans son propos, montre aussi un glissement d’interprétation entre une Hersilie Rouy lucide et une chute dans une forme de folie durant son internement. Mais si les mémoires ont été écrites après les événements peut-on vraiment croire en ce texte? Bien entendu, Yannick Ripa utilise d'autres sources mais celles-ci semblent, du moins j'en ai l'impression, considérée comme invalide face aux mémoires. Bien que ce thème soit intéressant et permet d'illustrer, avec un cas précis, la facilité de tomber dans des définitions de folie sans qu'il ne soit possible de s'en défaire je reste sceptique quant à ce livre.

Image: Éditeur

15:22 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : asile, droits humains, aliénation, prison | | | |  Facebook

16/04/2013

Boys don't cry! Les coûts de la domination masculine sous la direction de Delphine Dulong, Christine Guionnet et Erik Neveu

Titre : Boys don't cry! Les coûts de la domination masculine1332768665.jpg
Directeur : Delphine Dulong, Christine Guionnet et Erik Neveu
Éditeur : Presses Universitaires de Rennes 2012
Pages : 330

Les livres qui examinent la question de la domination masculine sont nombreux sur des cas très divers. Nous avons une bonne vision de la manière dont la domination patriarcale fonctionne et continue de fonctionner malgré les réussites des luttes féministes. Nous en savons beaucoup moins sur la force de la domination des hommes sur les hommes eux-même et ce pour diverses raisons politiques et institutionnelles. Ce livre tente de faire un bilan des connaissances actuelles et de proposer une piste possible de recherche pour examiner de manière scientifique les problèmes que pose le patriarcat pour les hommes même grâce aux contributions de nombreux chercheurs. Le livre est divisé en trois parties dont chacune se concentrent sur un aspect particulier du problème.

La première partie regroupe quatre contributions. Trois de ses contributions examinent l'usage militant du concept de coûts de la masculinité pour les mouvements masculinistes. Ces mouvements, comme il est écrit dans les diverses contributions, forment une réaction importante contre les féministes qu'ils accusent d'avoir renversé le patriarcat et d'avoir mis en place un matriarcat. Alors qu'Anne Verjus démontre les différences entre les discours féministes et masculinistes sur les coûts de la masculinité Franci Dupuis-Déri parle des problèmes de crises de la masculinité. Les hommes seraient, en effet, en manque de repères masculins et perdraient, de ce fait, leurs caractéristiques et leurs chances. Cependant, Francis Depuis-Déri démontre que ces crises ont toujours existé dès qu’un mouvement mettait en cause les privilèges des mâles. La contribution de Béatrice Damian-Gaillard est différente puisqu'elle examine la manière dont une collection de roman décrit le mâle idéal pour séduire une femme. Cette analyse se base sur de nombreux romans de la même collection et permet de mettre en lumière une vision très particulière des hommes qui peuvent séduire des femmes (blanc souvent plus vieux et de classe sociale plus élevée).

La seconde partie m'a semblé moins intéressante. Les directrices et le directeur y publient des article squi ont fait date dans les recherches anglo-saxonne. Ces articles permettent de poser les concepts et appareils théoriques utilisés dans le cadre de ce livre et de montrer leur pertinence pour la recherche sur les masculinités. Le travail de Caroline New est particulièrement utilisé.

La dernière partie utilise les concepts présentés auparavant dans le cadre de recherches spécifiques qui permettent d'illustrer leur usage scientifique tout en montrant certains caractères particulier de la domination masculine sur les hommes eux-même. La première contribution illustre l'importance de faire homme aux Antilles française en multipliant le nombre de maîtresses tout en acceptant les conséquences que cela implique. La seconde contribution examine l'importance de faire homme pour des homosexuels venant de milieux ruraux. L'auteur y examine deux contextes différents en mettant en parallèle les États-Unis et la France. Cependant, l'importance de la virilité, même si elle n'est pas facilement définissable, est présente dans les deux pays. La troisième contribution examine l'importance de l'alcool dans les identités de genre masculine et féminine. L'auteur y montre qu'il existe une relation différente à l'alcool selon qu'on soit homme ou femme. Au début du siècle la femme doit être abstinent, pure, l'homme doit pouvoir résister à l'ivresse. Mais ces injonctions se sont inversées. a consommation est devenue preuve d'émancipation pour les femmes alors que l'homme doit démontrer une consommation mesurée et maîtrisée. La dernière contribution examine la différence d'usage de la médecine dans le cadre du travail par les hommes et les femmes. On y observe que les hommes se médicalisent beaucoup moins que les femmes même en cas d'accident du travail.

En conclusion j'ai trouvé ce livre très intéressant. Il examine un problème qui est souvent invoqué par des groupes anti-féministes parfois violents. La tentative de scientifiser les coûts de la masculinité et donc la bienvenue et permet d'observer de manière concrète la domination des hommes par les hommes. Cependant, il est nécessaire, et les auteur-e-s en sont conscient-e-s, de ne pas oublier un aspect fondamental de la domination masculine. Cette dernière peut, en effet, être considérée comme un coût sur les hommes par les injonctions à suivre un rôle parfois difficile à assumer. Mais la domination masculine se porte d'abord sur les femmes. Il faut donc être conscient que les coûts ne sont ni symétrique ni équivalents entre les hommes et les femmes. C'est justement parce que certains hommes considèrent être dominés de manière symétrique et équivalente qu'ils sont passés d'une vision pro-féministe à une vision masculiniste. Au contraire de ce qu'annoncent les masculinistes les féministes n'ont pas vaincus le patriarcat. La domination masculine est encore forte et très prégnante. Dans ce cadre il peut être utile pour des anti-sexistes d'examiner les coûts de la masculinités pour les hommes. Mais celui-ci doit s'accompagner de précautions méthodologiques équivalentes aux autres recherches.

Image: Site de l'éditeur

02/04/2013

Réfugiés et sans-papiers. La république face au droit d'asile XIXe-XXe siècle par Gérard Noiriel

Titre : Réfugiés et sans-papiers. La république face au droit d'asile XIXe-XXe siècle9782818502860-G.jpg
Directeur : Gérard Noiriel
Éditeur : Calman-Lévy 1991
Pages : 355

J'ai lu Noiriel il n'y a pas si longtemps. J'avais apprécié sa manière d'écrire ce qui m'a poussé à emprunter un autre livre de cet historien. En l’occurrence je souhaitais en savoir plus sur le droit d'asile. Noiriel décrit ce droit et son évolution de 1789 à nos jours (début des années 90). Il utilise, pour cela, 4 chapitres. Le premier montre comment le droit d'asile a été construit suite à la Révolution française. Bien que ce droit existait durant l'ancien régime il prend, après la Révolution, un nouveau sens puisque ce sont les personnes qui luttent pour la liberté qui ont le droit de se réfugier en France. Cette époque n'a pas encore de moyens forts de contrôle de l'identité et se base principalement sur les corps de la société. L'État français commence tout de même à tenter une surveillance à l'aide du contrôle des subsides versés aux réfugiés et de leur droit au mouvement très codifié.

Le second chapitre nous montre comment la question des nationalités a commencé à devenir important pour les pays de l'Europe. Le nationalisme implique que toutes personnes doit posséder une origine nationale. Mais comment réguler ces identités quand certaines personnes ne se sentent pas membre d'une nation ou qu'elles en sont exclues? Ces questions impliquent de connaître de manière précise les identités des personnes ce qui aboutit à la question du chapitre 3. Celui-ci concerne la mise en place de la technologie des papiers pour les réfugiés. Ces papiers permettent de justifier de son identité sans, pour autant, avoir besoin de récolter les témoignages de proches. Ils permettent un contrôle bien plus important de la part de l'administration qui multiplie les effets officiels sur ces papiers d'identités ainsi que les pièces nécessaires pour les recevoir. Mais ces papiers posent une question importante dans le cas des réfugiés. Comment retrouver l'identité "réelle" de personnes qui ont du fuir sans pouvoir apporter de pièces justificatives de leur identité d'un pays qui, peut être, ne connaît pas une technologie de l'identification aussi avancée que la France?

Dans un quatrième chapitre Noiriel analyse près d'une centaine de lettres de réfugiés sur le XIXe et le XXe siècle. La lecture et l'analyse de ces sources lui permet de comprendre comment une personne peut demander le statut de réfugié. Alors que le XIXe permet encore une adresse directe à un homme particulier que l'on tente d'ouvrir à la pitié le XXe demande des récits véridiques mais qui doivent suivre un style administratif froid et distant. Ces lettres montrent aussi une différence entre les personnes qui sont aidées de proches, associatifs ou non, et ceux qui écrivent seuls. Les deux ne comprennent pas le fonctionnement d'un pays démocratique mais les premiers réussissent à écrire des lettres parfaites au contraire des seconds.

Noiriel termine son livre sur un dernier chapitre qui parle de la construction de l'Europe. Il fait le constat qu'une nation européenne pourrait bien être en début de construction. Mais surtout, il montre que la logique des accords de Schengen n'est pas seulement d'ouvrir les frontières internes mais surtout de fermer les frontières externes. Cette fermeture peut être accomplie grâce à la mise en place de techniques administratives abstraites inhumaines (dans le sens ou elles ne sont pas contrôlées par des humains) qui permet d'exclure quasi automatiquement tout une partie de la population mondiale sans coup férir.

Ce livre parle d'un problème dont on entend souvent parler. Que ce soit en France, en Angleterre, en Allemagne ou en Suisse la question de l'immigration et des réfugiés est une question politique majeure. Noiriel a le mérite, dans ce livre, d'historiciser cette question politique. Ce qui permet de montrer à quel point les identités nationales et le droit d'asile sont des constructions qui dépendent de contextes passés durant lesquels plusieurs organes nationaux et internationaux ont lutté pour défendre une définition ou une autre. Noiriel montre aussi que le droit d'asile a toujours été à la frontière entre l'idée d'un universalisme de l'aide aux victimes de la tyrannie et de la protection de l'intérieur du pays. Bien que 200 ans soient passés depuis 1789 nous sommes toujours dans ce type d'arguments. Quand l'un parle de la nécessité de sauver des populations mises en dangers une autre personne parle de la nécessité de protéger la population du pays d'individus non-identifiés considérés comme culturellement inassimilable. La montée en puissance d'un contrôle à l'extérieur des frontières de l'Europe qui permet de se débarrasser rapidement de ces populations démontre que Noiriel avait vu juste quant à la mise en place de l'accord de Schengen. Il n'y a qu'un point qui soit certain dans l'avenir: la question de l'asile n'a pas fini de faire couler de l'encre.

Image: Fayard

09:49 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : réfugiés, sans-papiers, noiriel, asile, hcr | | | |  Facebook

26/03/2013

No!

Nous sommes au Chili à la fin des années 80. La dictature de Pinochet est obligée de mettre en place un référendum pour demander au peuple si celui-ci souhaite que Pinochet reste au pouvoir. Exceptionnellement l'opposition, jusque-là muselée, a accès à la télévision pour 15 minutes tous les jours. C'est donc une opportunité énorme de critiquer sans être censuré un régime terroriste. Mais les opposants ne croient pas en leur victoire et souhaitent seulement pouvoir enfin parler librement. Ils décident donc d'engager un expert en communication qui travaille dans la publicité. En suivant les normes des pubs les opposants réussissent à envoyer un message inattendu d'espoir et de renouveau. Mais comment la dictature va-t-elle réagir?

A mon avis ce film est bien servi grâce à un grand nombre de bons acteurs. La réalisation réussit à nous mettre dans l'ambiance de l'époque avec l'arrivée des micro-ondes et les pubs absolument ignobles de l'époque. Malheureusement, quelqu'un a eu l'idée un peu étrange de choisir de filmer ce film avec du matériel d'époque. Cet aspect donne une impression de documentaire filmé durant les événements mais je l'ai surtout trouvé un peu désagréable. Un grain énorme, des contre-jours et un son pas toujours à la hauteur ont un peu baissé mon plaisir devant ce film. Mais ma critique se porte surtout sur l'histoire. A mon avis, et sans connaître l'histoire du Chili, l'intrigue est trop simpliste. On a l'impression que tout a reposé sur ces quelques spots de télévision qui ne duraient que 15 minutes. Je pense que l'idée même de participer à ces spots à du créer d'énormes débats dans l'opposition. Se réunir pour agir ensemble à du être tout aussi compliqué. Mais la seule contradiction que l'on observe dans l'opposition n'est visible qu'au début du film. Cependant, ce film est intéressant à voir et il m'a permis de connaître un événement impressionnant.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario. La fin d'une dictature et les débuts de la démocratie tout ça en partie grâce à des spots télévisés humoristiques. Sans oublier les très bons acteurs. Bref, malgré ses défauts un film que je conseille

  • Joss Whedon

Image: Allociné

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12:01 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : no, pinochet, democratie, dictature | | | |  Facebook

18/03/2013

De la résistance à la guerre civile en Grèce 1941-1946 par Joëlle Fontaine

Titre : De la résistance à la guerre civile en Grèce 1941-1946arton680.jpg
Directeur : Joëlle Fontaine
Éditeur : La Fabrique 2012
Pages : 377

Ces derniers temps on parle souvent de la Grèce. Le pays est en train de sombrer dans les dettes et se fait contrôler par des instances étrangères non-démocratiques. L'extrême droite néonazie a une importance de plus en plus grande dans la vie politique du pays et les mouvements sociaux sont de plus en plus importants. Mais ce que l'on ne sait pas c'est d’où viennent ces problèmes? Car la Grèce a une histoire qui explique comment elle en est arrivée à ce point. Cette histoire est en partie racontée dans le livre de Joëlle Fontaine.

L'auteure a écrit son livre de manière chronologique en 12 chapitres. Ces 12 chapitres permettent d'abord de dépeindre la manière dont la résistance commence à s'organiser sous l'égide du KKE le parti communiste grec. L'auteure montre que la résistance grecque est l'une des meilleure d'europe et qu'elle a empêché l'occupant allemand de contrôler la majeure partie du pays. Comme dans la plupart des pays d'Europe la résistance est fortement communiste. Mais le parti communiste grec essaie toujours d'adjoindre un maximum de forces à son organisation et acceptant les compromis. Son but pendant et après la guerre est de créer une union nationale jusqu'à ce que le peuple puisse décider de la forme du gouvernement. Ce qui ne l'empêche pas de mettre en place des programmes communistes autours de réformes agraires ou de gouvernements auto-constitués dans les villages. Cette réussite de la résistance fortement communiste ne peut qu'inquiéter Churchill qui a peur pour les intérêts de l'Empire en Grèce. Churchill, malgré les résistances de ses proches collaborateurs et de son allié américain, fera donc tout pour que le roi de Grèce retourne à Athènes et pour que le gouvernement précédent soit remis en place. Et quand je dis tout je dis bien tout car cela implique de mentir à la résistance, d'occuper Athènes et de soutenir les anciens groupes para-militaires qui ont collaboré avec les allemands. On se trouve donc dans une situation étrange dans laquelle les collaborateurs sont encensés par Churchill et mis au-delà de tous risques judiciaires alors que les résistants risquent la prison si ce n'est les camps d'internements. Se déroule durant ce temps plusieurs mois que je qualifierais de fortement naïf. Les dirigeants de la résistance continuent, toujours, de souhaiter un gouvernement d'union national alors que se prépare un coup d'état. Les résistants pensent toujours que l'Angleterre de Churchill ne fera rien et qu'ils recevront un soutien bolchevique. Mais il n'en est rien et les sphères d'influences de la Guerre Froide commencent déjà à se mettre en place. Il est trop tard quand le KKE se rend compte du piège et son désarmement sera suivi de mois de répressions juste avant une élection qui est tout sauf libre.

Bien que ce livre soit des plus intéressants je déplore tout de même qu'il soit trop chronologique. Il est presque purement événementiel mais heureusement l'auteure mais en parallèle ce qui se déroule avec les remarques et directives de Churchill et des leaders de la Résistance. Ce qui permet de comprendre les buts et les visions de chacun. Mais on peut se demander ou se trouvent les résistants dans ce livre. On trouve de grands noms, des leaders, mais on ne sait pas vraiment ce que pensent et ce que vivent les petites mains de la résistance, ceux qui prennent les armes. On ne sait pas non plus comment ont réagis les soldats anglais aux ordres qu'ils ont reçu qui contredisent, parfois, le but officiel de la guerre. Le livre permet donc surtout de montrer en quoi les intérêts d'un pays priment sur la démocratie et les droits du peuple d'un autre pays. Ce livre est tout de même très intéressant. On se rend compte, dès les premières lignes de l'introduction, que l'auteure est amoureuse de ce pays et de son histoire et qu'elle tente de partager cet amour à d'autres. Je conseille donc ce livre à toutes personnes qui souhaite en savoir un peu plus sur l'histoire récente de la Grèce. Il se lit facilement, avec plaisir et rapidement.

Image: Éditeur

12/03/2013

Le directoire de la ligue du Gothard, 1940-1945. Entre résistance et rénovation par Michel Perdrisat

Titre : Le directoire de la ligue du Gothard, 1940-1945. Entre résistance et rénovation5504_perdrisat_2.jpg
Directeur : Michel Perdrisat
Éditeur : Alphil-Presses universitaires suisses 2011
Pages : 166

L'auteur, Michel Perdrisat, nous dépeint ici l'histoire d'un groupe qui comptait offrir une résistance contre toutes attaques étrangères contre la Suisse. Mais est-ce aussi simple?  Le sous-titre permet d'imaginer que la Ligue du Gothard n'était peut-être pas simplement une organisation de résistance mais aussi une organisation qui défendait une vision de la société particulière. L'auteur décide de nous présenter la ligue sur trois parties.

La première lui permet de nous dépeindre la "genèse" de la ligue. Nous sommes en Suisse, la France vient de capituler et notre pays pourrait être en danger. C'est dans ce contexte qu'un groupe de personnes tentent de mettre en place un esprit de résistance en Suisse qui sera concrétisé dans la Ligue du Gothard. Mais sa naissance est loin d'être facile et des problèmes entre les membres alémaniques, plus proche de l'économie, et francophones, proches de Gonzague de Reynold, se font jours. De plus, la Ligue tente de réunir les personnes de droites et les personnes de gauche dans un troisième voie qui ne soit ni le capitalisme ni le marxisme mais le corporatisme. Bref, il est difficile de réunir tout le monde autours d'un programme commun.

La seconde partie est une prosopographie qui nous permet de comprendre qui sont les membres les plus influents du directoire et quels sont les associations qui se cachent derrière. Ce chapitre permet donc de comprendre les idéologies des personnalités qui se trouvent dans le directoire ou qui l'on influencé. L'auteur montre que deux personnes ont eu une influence importante: Gonzague de Reynold et sa vision d'une Suisse d'ancien régime gouvernée autoritairement et Denis de Rougemont et sa vision du corporatisme. Mais le directoire est aussi influencé par des groupes comme les mouvements syndicaux, corporatistes, le groupe Esprit, la Ligue des Sans-Subventions, Dutweiller, ... et surtout le Réarmement Moral. Ces groupes défendent en grande partie une vision autoritaire et élitiste de la Suisse pour se conformer au nouvel ordre européen de l'époque. Mais c'est le Réarmement Moral et sa vision chrétienne et anti-communiste qui influence le plus la Ligue. Ce qui mène la Ligue à interdire l'entrée aux juifs et aux francs-maçons!

Dans la troisième et dernière partie l'auteur décide de présenter les programmes du Directoire de la Ligue du Gothard entre 1940 et 1945. Le programme défend d'abord une réunion des différents partis autours d'une remise en cause du fonctionnement politique de la Suisse et le corporatisme. Celui-ci se modifie entre 1943 et 1945 pour se concentrer sur la propagande et la menace communiste. Mais l'auteur examine aussi une question importante: la Ligue est-elle un organe de résistance ou de rénovation? Il montre que le programme de la Ligue portait sur une modification dans un sens autoritaire du gouvernement Suisse autours du Conseille Fédéral Etter. Ce qui mène la Ligue à s'allier à des groupes qui parlent ouvertement de révolution et de prise de pouvoir (parfois militaire). En somme, selon l'auteur, la Ligue était l'un des principaux dangers pour la Suisse démocratique à l'époque mais la naïveté de ses membres l'empêcha de mettre en place son programme qui, d'ailleurs, était en dehors de la réalité des opinions du peuple suisse.

En conclusion de cette note je peux dire que j'ai apprécié ce livre. Il présente un groupe restreint d'une Ligue qui tentait de réunir une grande partie des forces politiques autours d'elle. Ce livre permet de mieux comprendre l'histoire des groupes radicaux en Suisse et les liens qu'ils possédaient entre-eux. On comprend aussi un peu mieux qu'elle était la vision politique de certaines élites de l'époque face à une Europe nouvelle qui pouvait mettre en danger le pays. Comme le dit l'auteur, la Ligue tente de mettre en place un programme de résistance mais possède des idées qui sont dangereusement proches des gouvernements autoritaires qui entourent la Suisse. Alors peut-on vraiment parler de résistance?

Image: Éditeur