25/04/2013

L'affaire Rouy. Une femme contre l'asile au XIXe siècle par Yannick Ripa

Titre : L'affaire Rouy. Une femme contre l'asile au XIXe siècle978-2-84734-662-6.jpg
Auteur : Yannick Ripa
Éditeur : Tallandier 2010
Pages : 295

L'histoire de la folie, de la prison ou des personnes considérées comme déviantes m'intéresse de plus en plus. Ces oublié-e-s de l'histoire n'ont pas forcément pu parler mais des historien-ne-s réussissent à leur donner une voix et à comprendre le contexte et les discours révélateurs qui a permis de considérer des êtres humains comme dangereux. Ce thème m'intéresse depuis que j'ai découvert Michel Foucault dont j'apprécie beaucoup les thèmes d'études, les concepts et les idées politiques. Alors quand je suis tombé sur un livre qui tente, selon le résumé, de comprendre l'histoire d'une femme internée arbitrairement je peux difficilement résister à l'envie de lire.

Hersilie Rouy, une femme de la quarantaine, admirative de son père, artiste et célibataire voit sa vie se briser lorsqu'un jour, le 8 septembre 1854, un homme inconnu de sa part l’emmène de force à l'asile de Charenton. Enregistrée sous un faux nom elle deviendra ses dénégations quant à l'opportunité de son enfermement et quant à son identité mèneront les aliénistes à la considérer de plus en plus malade. L'auteure, Yannick Ripa, examine sa vie en trois parties qui correspondent à autant de changements importants. Dans la première partie elle montre comment Hersilie Rouy est diagnostiquée. Les luttes de cette dernière se heurtent à un aveuglement des médecins qui se soutiennent les uns les autres dans un esprit de corps. L'auteure y fait aussi une description de la politique asilaire de l'époque et de ses manquements. En particulier elle montre la facilité de détourner la loi de 1838 pour enfermer des proches sans véritables examens. La seconde partie continue sur cette lancée en examinant le retour à l'asile d'Hersilie Rouy et son incapacité à en sortir. Malgré ses plaintes répétées personne ne semble la prendre au sérieux mais tout le monde souhaite s'en débarrasser tout en fermant les yeux sur les aspects étranges de son histoire administrative. La dernière partie permet enfin d'entrer dans l'affaire proprement dites. L'auteure y montre comment Hersilie Rouy, soutenue par des ami-e-s en cela, tente de relier son affaire à un dispositif judiciaire puis aux critiques de l'aliénisme. Mais cette partie montre surtout comment cette femme a été invoquée, utilisée, comme exemple pour attaquer une institution et ceux qui la servent, au profit d'une autre institution.

Je ne suis pas tout a fait convaincu par ce livre. J'ai apprécié sa lecture mais quelque chose me gène. Je trouve que l'auteure tente un peu trop d'entrer dans la tête d'Hersilie Rouy en considérant ses mémoires, source principale, comme un moyen adéquat de comprendre cette femme. Pourtant, Yannick Ripa explique elle-même que l'authenticité de cet écrit est soumise à caution car un éditeur est probablement passé par là. L'auteure, dans son propos, montre aussi un glissement d’interprétation entre une Hersilie Rouy lucide et une chute dans une forme de folie durant son internement. Mais si les mémoires ont été écrites après les événements peut-on vraiment croire en ce texte? Bien entendu, Yannick Ripa utilise d'autres sources mais celles-ci semblent, du moins j'en ai l'impression, considérée comme invalide face aux mémoires. Bien que ce thème soit intéressant et permet d'illustrer, avec un cas précis, la facilité de tomber dans des définitions de folie sans qu'il ne soit possible de s'en défaire je reste sceptique quant à ce livre.

Image: Éditeur

15:22 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : asile, droits humains, aliénation, prison | | | |  Facebook

16/04/2013

Boys don't cry! Les coûts de la domination masculine sous la direction de Delphine Dulong, Christine Guionnet et Erik Neveu

Titre : Boys don't cry! Les coûts de la domination masculine1332768665.jpg
Directeur : Delphine Dulong, Christine Guionnet et Erik Neveu
Éditeur : Presses Universitaires de Rennes 2012
Pages : 330

Les livres qui examinent la question de la domination masculine sont nombreux sur des cas très divers. Nous avons une bonne vision de la manière dont la domination patriarcale fonctionne et continue de fonctionner malgré les réussites des luttes féministes. Nous en savons beaucoup moins sur la force de la domination des hommes sur les hommes eux-même et ce pour diverses raisons politiques et institutionnelles. Ce livre tente de faire un bilan des connaissances actuelles et de proposer une piste possible de recherche pour examiner de manière scientifique les problèmes que pose le patriarcat pour les hommes même grâce aux contributions de nombreux chercheurs. Le livre est divisé en trois parties dont chacune se concentrent sur un aspect particulier du problème.

La première partie regroupe quatre contributions. Trois de ses contributions examinent l'usage militant du concept de coûts de la masculinité pour les mouvements masculinistes. Ces mouvements, comme il est écrit dans les diverses contributions, forment une réaction importante contre les féministes qu'ils accusent d'avoir renversé le patriarcat et d'avoir mis en place un matriarcat. Alors qu'Anne Verjus démontre les différences entre les discours féministes et masculinistes sur les coûts de la masculinité Franci Dupuis-Déri parle des problèmes de crises de la masculinité. Les hommes seraient, en effet, en manque de repères masculins et perdraient, de ce fait, leurs caractéristiques et leurs chances. Cependant, Francis Depuis-Déri démontre que ces crises ont toujours existé dès qu’un mouvement mettait en cause les privilèges des mâles. La contribution de Béatrice Damian-Gaillard est différente puisqu'elle examine la manière dont une collection de roman décrit le mâle idéal pour séduire une femme. Cette analyse se base sur de nombreux romans de la même collection et permet de mettre en lumière une vision très particulière des hommes qui peuvent séduire des femmes (blanc souvent plus vieux et de classe sociale plus élevée).

La seconde partie m'a semblé moins intéressante. Les directrices et le directeur y publient des article squi ont fait date dans les recherches anglo-saxonne. Ces articles permettent de poser les concepts et appareils théoriques utilisés dans le cadre de ce livre et de montrer leur pertinence pour la recherche sur les masculinités. Le travail de Caroline New est particulièrement utilisé.

La dernière partie utilise les concepts présentés auparavant dans le cadre de recherches spécifiques qui permettent d'illustrer leur usage scientifique tout en montrant certains caractères particulier de la domination masculine sur les hommes eux-même. La première contribution illustre l'importance de faire homme aux Antilles française en multipliant le nombre de maîtresses tout en acceptant les conséquences que cela implique. La seconde contribution examine l'importance de faire homme pour des homosexuels venant de milieux ruraux. L'auteur y examine deux contextes différents en mettant en parallèle les États-Unis et la France. Cependant, l'importance de la virilité, même si elle n'est pas facilement définissable, est présente dans les deux pays. La troisième contribution examine l'importance de l'alcool dans les identités de genre masculine et féminine. L'auteur y montre qu'il existe une relation différente à l'alcool selon qu'on soit homme ou femme. Au début du siècle la femme doit être abstinent, pure, l'homme doit pouvoir résister à l'ivresse. Mais ces injonctions se sont inversées. a consommation est devenue preuve d'émancipation pour les femmes alors que l'homme doit démontrer une consommation mesurée et maîtrisée. La dernière contribution examine la différence d'usage de la médecine dans le cadre du travail par les hommes et les femmes. On y observe que les hommes se médicalisent beaucoup moins que les femmes même en cas d'accident du travail.

En conclusion j'ai trouvé ce livre très intéressant. Il examine un problème qui est souvent invoqué par des groupes anti-féministes parfois violents. La tentative de scientifiser les coûts de la masculinité et donc la bienvenue et permet d'observer de manière concrète la domination des hommes par les hommes. Cependant, il est nécessaire, et les auteur-e-s en sont conscient-e-s, de ne pas oublier un aspect fondamental de la domination masculine. Cette dernière peut, en effet, être considérée comme un coût sur les hommes par les injonctions à suivre un rôle parfois difficile à assumer. Mais la domination masculine se porte d'abord sur les femmes. Il faut donc être conscient que les coûts ne sont ni symétrique ni équivalents entre les hommes et les femmes. C'est justement parce que certains hommes considèrent être dominés de manière symétrique et équivalente qu'ils sont passés d'une vision pro-féministe à une vision masculiniste. Au contraire de ce qu'annoncent les masculinistes les féministes n'ont pas vaincus le patriarcat. La domination masculine est encore forte et très prégnante. Dans ce cadre il peut être utile pour des anti-sexistes d'examiner les coûts de la masculinités pour les hommes. Mais celui-ci doit s'accompagner de précautions méthodologiques équivalentes aux autres recherches.

Image: Site de l'éditeur

02/04/2013

Réfugiés et sans-papiers. La république face au droit d'asile XIXe-XXe siècle par Gérard Noiriel

Titre : Réfugiés et sans-papiers. La république face au droit d'asile XIXe-XXe siècle9782818502860-G.jpg
Directeur : Gérard Noiriel
Éditeur : Calman-Lévy 1991
Pages : 355

J'ai lu Noiriel il n'y a pas si longtemps. J'avais apprécié sa manière d'écrire ce qui m'a poussé à emprunter un autre livre de cet historien. En l’occurrence je souhaitais en savoir plus sur le droit d'asile. Noiriel décrit ce droit et son évolution de 1789 à nos jours (début des années 90). Il utilise, pour cela, 4 chapitres. Le premier montre comment le droit d'asile a été construit suite à la Révolution française. Bien que ce droit existait durant l'ancien régime il prend, après la Révolution, un nouveau sens puisque ce sont les personnes qui luttent pour la liberté qui ont le droit de se réfugier en France. Cette époque n'a pas encore de moyens forts de contrôle de l'identité et se base principalement sur les corps de la société. L'État français commence tout de même à tenter une surveillance à l'aide du contrôle des subsides versés aux réfugiés et de leur droit au mouvement très codifié.

Le second chapitre nous montre comment la question des nationalités a commencé à devenir important pour les pays de l'Europe. Le nationalisme implique que toutes personnes doit posséder une origine nationale. Mais comment réguler ces identités quand certaines personnes ne se sentent pas membre d'une nation ou qu'elles en sont exclues? Ces questions impliquent de connaître de manière précise les identités des personnes ce qui aboutit à la question du chapitre 3. Celui-ci concerne la mise en place de la technologie des papiers pour les réfugiés. Ces papiers permettent de justifier de son identité sans, pour autant, avoir besoin de récolter les témoignages de proches. Ils permettent un contrôle bien plus important de la part de l'administration qui multiplie les effets officiels sur ces papiers d'identités ainsi que les pièces nécessaires pour les recevoir. Mais ces papiers posent une question importante dans le cas des réfugiés. Comment retrouver l'identité "réelle" de personnes qui ont du fuir sans pouvoir apporter de pièces justificatives de leur identité d'un pays qui, peut être, ne connaît pas une technologie de l'identification aussi avancée que la France?

Dans un quatrième chapitre Noiriel analyse près d'une centaine de lettres de réfugiés sur le XIXe et le XXe siècle. La lecture et l'analyse de ces sources lui permet de comprendre comment une personne peut demander le statut de réfugié. Alors que le XIXe permet encore une adresse directe à un homme particulier que l'on tente d'ouvrir à la pitié le XXe demande des récits véridiques mais qui doivent suivre un style administratif froid et distant. Ces lettres montrent aussi une différence entre les personnes qui sont aidées de proches, associatifs ou non, et ceux qui écrivent seuls. Les deux ne comprennent pas le fonctionnement d'un pays démocratique mais les premiers réussissent à écrire des lettres parfaites au contraire des seconds.

Noiriel termine son livre sur un dernier chapitre qui parle de la construction de l'Europe. Il fait le constat qu'une nation européenne pourrait bien être en début de construction. Mais surtout, il montre que la logique des accords de Schengen n'est pas seulement d'ouvrir les frontières internes mais surtout de fermer les frontières externes. Cette fermeture peut être accomplie grâce à la mise en place de techniques administratives abstraites inhumaines (dans le sens ou elles ne sont pas contrôlées par des humains) qui permet d'exclure quasi automatiquement tout une partie de la population mondiale sans coup férir.

Ce livre parle d'un problème dont on entend souvent parler. Que ce soit en France, en Angleterre, en Allemagne ou en Suisse la question de l'immigration et des réfugiés est une question politique majeure. Noiriel a le mérite, dans ce livre, d'historiciser cette question politique. Ce qui permet de montrer à quel point les identités nationales et le droit d'asile sont des constructions qui dépendent de contextes passés durant lesquels plusieurs organes nationaux et internationaux ont lutté pour défendre une définition ou une autre. Noiriel montre aussi que le droit d'asile a toujours été à la frontière entre l'idée d'un universalisme de l'aide aux victimes de la tyrannie et de la protection de l'intérieur du pays. Bien que 200 ans soient passés depuis 1789 nous sommes toujours dans ce type d'arguments. Quand l'un parle de la nécessité de sauver des populations mises en dangers une autre personne parle de la nécessité de protéger la population du pays d'individus non-identifiés considérés comme culturellement inassimilable. La montée en puissance d'un contrôle à l'extérieur des frontières de l'Europe qui permet de se débarrasser rapidement de ces populations démontre que Noiriel avait vu juste quant à la mise en place de l'accord de Schengen. Il n'y a qu'un point qui soit certain dans l'avenir: la question de l'asile n'a pas fini de faire couler de l'encre.

Image: Fayard

09:49 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : réfugiés, sans-papiers, noiriel, asile, hcr | | | |  Facebook

26/03/2013

No!

Nous sommes au Chili à la fin des années 80. La dictature de Pinochet est obligée de mettre en place un référendum pour demander au peuple si celui-ci souhaite que Pinochet reste au pouvoir. Exceptionnellement l'opposition, jusque-là muselée, a accès à la télévision pour 15 minutes tous les jours. C'est donc une opportunité énorme de critiquer sans être censuré un régime terroriste. Mais les opposants ne croient pas en leur victoire et souhaitent seulement pouvoir enfin parler librement. Ils décident donc d'engager un expert en communication qui travaille dans la publicité. En suivant les normes des pubs les opposants réussissent à envoyer un message inattendu d'espoir et de renouveau. Mais comment la dictature va-t-elle réagir?

A mon avis ce film est bien servi grâce à un grand nombre de bons acteurs. La réalisation réussit à nous mettre dans l'ambiance de l'époque avec l'arrivée des micro-ondes et les pubs absolument ignobles de l'époque. Malheureusement, quelqu'un a eu l'idée un peu étrange de choisir de filmer ce film avec du matériel d'époque. Cet aspect donne une impression de documentaire filmé durant les événements mais je l'ai surtout trouvé un peu désagréable. Un grain énorme, des contre-jours et un son pas toujours à la hauteur ont un peu baissé mon plaisir devant ce film. Mais ma critique se porte surtout sur l'histoire. A mon avis, et sans connaître l'histoire du Chili, l'intrigue est trop simpliste. On a l'impression que tout a reposé sur ces quelques spots de télévision qui ne duraient que 15 minutes. Je pense que l'idée même de participer à ces spots à du créer d'énormes débats dans l'opposition. Se réunir pour agir ensemble à du être tout aussi compliqué. Mais la seule contradiction que l'on observe dans l'opposition n'est visible qu'au début du film. Cependant, ce film est intéressant à voir et il m'a permis de connaître un événement impressionnant.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario. La fin d'une dictature et les débuts de la démocratie tout ça en partie grâce à des spots télévisés humoristiques. Sans oublier les très bons acteurs. Bref, malgré ses défauts un film que je conseille

  • Joss Whedon

Image: Allociné

Site officiel

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12:01 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : no, pinochet, democratie, dictature | | | |  Facebook

18/03/2013

De la résistance à la guerre civile en Grèce 1941-1946 par Joëlle Fontaine

Titre : De la résistance à la guerre civile en Grèce 1941-1946arton680.jpg
Directeur : Joëlle Fontaine
Éditeur : La Fabrique 2012
Pages : 377

Ces derniers temps on parle souvent de la Grèce. Le pays est en train de sombrer dans les dettes et se fait contrôler par des instances étrangères non-démocratiques. L'extrême droite néonazie a une importance de plus en plus grande dans la vie politique du pays et les mouvements sociaux sont de plus en plus importants. Mais ce que l'on ne sait pas c'est d’où viennent ces problèmes? Car la Grèce a une histoire qui explique comment elle en est arrivée à ce point. Cette histoire est en partie racontée dans le livre de Joëlle Fontaine.

L'auteure a écrit son livre de manière chronologique en 12 chapitres. Ces 12 chapitres permettent d'abord de dépeindre la manière dont la résistance commence à s'organiser sous l'égide du KKE le parti communiste grec. L'auteure montre que la résistance grecque est l'une des meilleure d'europe et qu'elle a empêché l'occupant allemand de contrôler la majeure partie du pays. Comme dans la plupart des pays d'Europe la résistance est fortement communiste. Mais le parti communiste grec essaie toujours d'adjoindre un maximum de forces à son organisation et acceptant les compromis. Son but pendant et après la guerre est de créer une union nationale jusqu'à ce que le peuple puisse décider de la forme du gouvernement. Ce qui ne l'empêche pas de mettre en place des programmes communistes autours de réformes agraires ou de gouvernements auto-constitués dans les villages. Cette réussite de la résistance fortement communiste ne peut qu'inquiéter Churchill qui a peur pour les intérêts de l'Empire en Grèce. Churchill, malgré les résistances de ses proches collaborateurs et de son allié américain, fera donc tout pour que le roi de Grèce retourne à Athènes et pour que le gouvernement précédent soit remis en place. Et quand je dis tout je dis bien tout car cela implique de mentir à la résistance, d'occuper Athènes et de soutenir les anciens groupes para-militaires qui ont collaboré avec les allemands. On se trouve donc dans une situation étrange dans laquelle les collaborateurs sont encensés par Churchill et mis au-delà de tous risques judiciaires alors que les résistants risquent la prison si ce n'est les camps d'internements. Se déroule durant ce temps plusieurs mois que je qualifierais de fortement naïf. Les dirigeants de la résistance continuent, toujours, de souhaiter un gouvernement d'union national alors que se prépare un coup d'état. Les résistants pensent toujours que l'Angleterre de Churchill ne fera rien et qu'ils recevront un soutien bolchevique. Mais il n'en est rien et les sphères d'influences de la Guerre Froide commencent déjà à se mettre en place. Il est trop tard quand le KKE se rend compte du piège et son désarmement sera suivi de mois de répressions juste avant une élection qui est tout sauf libre.

Bien que ce livre soit des plus intéressants je déplore tout de même qu'il soit trop chronologique. Il est presque purement événementiel mais heureusement l'auteure mais en parallèle ce qui se déroule avec les remarques et directives de Churchill et des leaders de la Résistance. Ce qui permet de comprendre les buts et les visions de chacun. Mais on peut se demander ou se trouvent les résistants dans ce livre. On trouve de grands noms, des leaders, mais on ne sait pas vraiment ce que pensent et ce que vivent les petites mains de la résistance, ceux qui prennent les armes. On ne sait pas non plus comment ont réagis les soldats anglais aux ordres qu'ils ont reçu qui contredisent, parfois, le but officiel de la guerre. Le livre permet donc surtout de montrer en quoi les intérêts d'un pays priment sur la démocratie et les droits du peuple d'un autre pays. Ce livre est tout de même très intéressant. On se rend compte, dès les premières lignes de l'introduction, que l'auteure est amoureuse de ce pays et de son histoire et qu'elle tente de partager cet amour à d'autres. Je conseille donc ce livre à toutes personnes qui souhaite en savoir un peu plus sur l'histoire récente de la Grèce. Il se lit facilement, avec plaisir et rapidement.

Image: Éditeur

12/03/2013

Le directoire de la ligue du Gothard, 1940-1945. Entre résistance et rénovation par Michel Perdrisat

Titre : Le directoire de la ligue du Gothard, 1940-1945. Entre résistance et rénovation5504_perdrisat_2.jpg
Directeur : Michel Perdrisat
Éditeur : Alphil-Presses universitaires suisses 2011
Pages : 166

L'auteur, Michel Perdrisat, nous dépeint ici l'histoire d'un groupe qui comptait offrir une résistance contre toutes attaques étrangères contre la Suisse. Mais est-ce aussi simple?  Le sous-titre permet d'imaginer que la Ligue du Gothard n'était peut-être pas simplement une organisation de résistance mais aussi une organisation qui défendait une vision de la société particulière. L'auteur décide de nous présenter la ligue sur trois parties.

La première lui permet de nous dépeindre la "genèse" de la ligue. Nous sommes en Suisse, la France vient de capituler et notre pays pourrait être en danger. C'est dans ce contexte qu'un groupe de personnes tentent de mettre en place un esprit de résistance en Suisse qui sera concrétisé dans la Ligue du Gothard. Mais sa naissance est loin d'être facile et des problèmes entre les membres alémaniques, plus proche de l'économie, et francophones, proches de Gonzague de Reynold, se font jours. De plus, la Ligue tente de réunir les personnes de droites et les personnes de gauche dans un troisième voie qui ne soit ni le capitalisme ni le marxisme mais le corporatisme. Bref, il est difficile de réunir tout le monde autours d'un programme commun.

La seconde partie est une prosopographie qui nous permet de comprendre qui sont les membres les plus influents du directoire et quels sont les associations qui se cachent derrière. Ce chapitre permet donc de comprendre les idéologies des personnalités qui se trouvent dans le directoire ou qui l'on influencé. L'auteur montre que deux personnes ont eu une influence importante: Gonzague de Reynold et sa vision d'une Suisse d'ancien régime gouvernée autoritairement et Denis de Rougemont et sa vision du corporatisme. Mais le directoire est aussi influencé par des groupes comme les mouvements syndicaux, corporatistes, le groupe Esprit, la Ligue des Sans-Subventions, Dutweiller, ... et surtout le Réarmement Moral. Ces groupes défendent en grande partie une vision autoritaire et élitiste de la Suisse pour se conformer au nouvel ordre européen de l'époque. Mais c'est le Réarmement Moral et sa vision chrétienne et anti-communiste qui influence le plus la Ligue. Ce qui mène la Ligue à interdire l'entrée aux juifs et aux francs-maçons!

Dans la troisième et dernière partie l'auteur décide de présenter les programmes du Directoire de la Ligue du Gothard entre 1940 et 1945. Le programme défend d'abord une réunion des différents partis autours d'une remise en cause du fonctionnement politique de la Suisse et le corporatisme. Celui-ci se modifie entre 1943 et 1945 pour se concentrer sur la propagande et la menace communiste. Mais l'auteur examine aussi une question importante: la Ligue est-elle un organe de résistance ou de rénovation? Il montre que le programme de la Ligue portait sur une modification dans un sens autoritaire du gouvernement Suisse autours du Conseille Fédéral Etter. Ce qui mène la Ligue à s'allier à des groupes qui parlent ouvertement de révolution et de prise de pouvoir (parfois militaire). En somme, selon l'auteur, la Ligue était l'un des principaux dangers pour la Suisse démocratique à l'époque mais la naïveté de ses membres l'empêcha de mettre en place son programme qui, d'ailleurs, était en dehors de la réalité des opinions du peuple suisse.

En conclusion de cette note je peux dire que j'ai apprécié ce livre. Il présente un groupe restreint d'une Ligue qui tentait de réunir une grande partie des forces politiques autours d'elle. Ce livre permet de mieux comprendre l'histoire des groupes radicaux en Suisse et les liens qu'ils possédaient entre-eux. On comprend aussi un peu mieux qu'elle était la vision politique de certaines élites de l'époque face à une Europe nouvelle qui pouvait mettre en danger le pays. Comme le dit l'auteur, la Ligue tente de mettre en place un programme de résistance mais possède des idées qui sont dangereusement proches des gouvernements autoritaires qui entourent la Suisse. Alors peut-on vraiment parler de résistance?

Image: Éditeur

07/03/2013

Qu'est-ce que l'histoire contemporaine par Gérard Noiriel

Titre : Qu'est-ce que l'histoire contemporaine9782011450722-G.jpg
Directeur : Gérard Noiriel
Éditeur : Hachette 1998
Pages : 255

Avec tous ces films il fallait bien que j'écrive quelque chose sur un livre. Voici donc un petit manuel d'historiographie contemporaine écrit par Gérard Noiriel. L'auteur est connu, en particulier, pour ses recherches sur l'histoire de l'immigration en France. Dans ce livre Noiriel souhaite faire un bilan complet, et court, des mutations qu'a connue l'histoire contemporaine depuis les débuts de son histoire. Pour cela il écrit 7 chapitres.

Le premier chapitre est un essai sur l'histoire contemporaine. En effet, qu'est-elle? Depuis quand existe-t-elle? Partant des premiers historiens grecques qui considéraient que l'histoire ne pouvaient qu'être contemporaine (dans le sens de l'écriture sur le moment) pour être certaine d'être réelle l'auteur montre que son retour, en France, s'est faites pour expliquer les événements de la Révolution dont la date marque le début du contemporain. Mais cette histoire a d’abord été écrite par des amateurs car les historiens se méfiaient d'événements proches qui pourraient ne pas leur permettre d'être objectifs comme la lecture de parchemins de 500 ans permettrait. Suite à cette introduction Noiriel tente de présenter, sur 5 chapitres, l'histoire de l'histoire contemporaine. Il commence, de manière classique, par l'histoire événement. Noiriel a le mérite de montrer en quoi cette forme d'histoire était importante à l'époque et a permis de mettre en place des méthodes et des sujets de recherches. Les critiques qu'elle reçut sont, en fait, injuste car elles visent l'histoire enseignée à l'aide de chronologies et non l'histoire étudiée. Ces critiques déboucheront sur une nouvelle forme d'histoire qui est nommée économique et sociale et défendue par la revue les Annales. La vision s'étend sur le long terme, voir le très long terme, et l'explication par les forces profondes et l'utilisation de statistiques. Mais cette histoire sera mise à mal par de nouvelles méthodes venue d'autres pays comme la microstoria ou la gender history. Ces méthodes privilégient l'individu et la recherche des catégories oubliées et discriminées plus que l'étude des groupes et du long terme. Noiriel termine en parlant de l'histoire politique. Cette dernière prend comme base l'étude de l'état, des politiques publiques ou encore des relations de pouvoir. Le livre se termine sur une réflexion concernant le rôle de l'histoire du contemporain dans la société aussi bien pour l'état, les entreprises et les écoles que dans le cadre de la construction de la mémoire.

J'ai parfaitement conscience de l'imperfection de mon résumé. Il est difficile de présenter un livre qui résume près de deux siècles de recherches françaises. J'espère, en tout cas, avoir réussit à présenter les points importants. Ce livre m'a surpris. En effet, l'historiographie n'est pas ma matière préférée. J'ai tendance à voir cette dernière comme une présentation aride des transformations de l'histoire d'un domaine ou d'un pays. J'ai souvent trouvé que la lecture de livres et articles historiographiques est laborieuse. Mais ce livre est intéressant. Non seulement Noiriel écrit bien mais plutôt que de présenter les mutations de surface il réussit à montrer que les changements historiographiques sont en partie dû à des contextes et à des relations de pouvoir entre les historiens. Ainsi, posséder un poste prestigieux permet de défendre son modèle d'histoire et son programme de recherche en poussant en avant des étudiants qui suivent la même méthode. L'historiographie se muterait presque en histoire des relations de pouvoirs à l'université.

Image: Éditeur

12/02/2013

Hitchcock

Adapter au cinéma un livre qui parle de l'adaptation d'un livre au cinéma il fallait oser! Heureusement que c'est à propos d'Hitchcock sinon il y aurait eu moins d'intérêt. Ce biopic adapte un livre qui parle d'un film culte de la filmographie de Hitchcock: Psychose. On en a tous entendu parler, on connaît tous au moins une scène du film et on a tous entendu une musique du film. Mais qui connaît l'origine de ce film? Pas moi! D'ailleurs, c'est un peu honteux, je n'ai même jamais vu de film d'Hitchcock! Nous sommes donc emmené dans le quotidien du réalisateur alors qu'il tente de mettre sur pied psychose. Ce film lui donne bien des soucis puisque rien ne semble fonctionner. Les studios comme les censeurs s'abattent sur le réalisateur et l'empêchent de faire ce qu'il souhaite. Mais quand son mariage est touché par les ennuis de Psychoses le film pourrait bien ne pas s'en remettre.

Comme d'habitude ce film possède les problèmes des biopics. Ceux-ci sont en partie atténué par l'attention portée envers la femme d'Hitchcock: Alma. A plusieurs reprises des répliques tentent de montrer en quoi l'apport d'Alma a été sous-estimé et c'est d'ailleurs elle qui sait le mieux gérer Hitchcock et sur qui il se repose en cas de problèmes. Je trouve presque dommage que le film ne se base pas plus sur la réalisation de Psychose. Au lieu de ça on nous offre la vie d'Hitchcock durant le tournage du film avec, de temps en temps, des scènes qui parlent de Psychose. Mais ce dernier est utilisé comme décor plutôt que comme sujet. Pourtant, on aurait pu faire quelque chose d’intéressant. Comment construire un film? Comment passer outre la censure de l'époque? Mais on préfère nous offrir les tourments psychologiques d'Hitchcock avec des scènes qui reconstituent la vie du tueur dont Psychose parle. Ces scènes sont tout de même bien construites et montrent Hitchcock en train d'observer et de commenter les faits et gestes du tueur. Au final je me suis bien amusé durant ce film mais je reste en partie sur ma faim sur de nombreux points. Dommage.

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10/02/2013

Shadow Dancer

Nous sommes en 1973, une petite famille vit en Irlande comme si de rien n'était malgré les troubles de l'époque. Un petit garçon est envoyé par sa sœur à l'extérieur parce qu'elle ne veut pas acheter les cigarettes de son père. Tout semble bien aller à l'intérieur de la maison mais les rares images de l'extérieur montrent que quelque chose se passe. Le petit garçon a été abattu en pleine rue par un tireur non-identifié. 20 ans plus tard une femme se trouve à Londres dans le métro. Elle abandonne un sac avant de prendre la fuite. Heureusement celui n'explose pas mais elle est arrêtée par le MI5 qui lui offre un choix: la prison à vie ou collaborer et espionner sa propre famille.

Comme tous les bons thriller ce qui compte dans ce film ce n'est pas l'action mais l'aspect psychologique et les luttes de pouvoirs dans des administrations aussi tentaculaires qu'obscures. Il y a deux aspects dans ce film. Tout d'abord l'héroïne qui tente de cacher son espionnage au MI5 tout en aidant l'IRA pour éviter les soupçons alors qu'elle semble ne pas véritablement croire en l'action violente. De l'autre nous avons l'agent du MI5 qui fait tout pour protéger son agente menacée par des décisions de l'agence. N'y aurait-il pas quelque chose de caché derrière cette nouvelle informatrice. Tout ceci est formé sur le contexte de la lutte armée pour l'Irlande et contre l'Angleterre. Belfast est remplie de soldats et de policiers lourdement armés qui agissent en présence d'une population probablement hostile qui peut cacher des terroristes. Le moindre regroupement peut cacher des membres de l'IRA et même un enterrement est sous contrôle de la police pour éviter l'hommage militaire. Pourtant, il est toujours possible de vivre plus ou moins normalement.

Image: Allociné

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11:43 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : shadow dancer, ira, irlande, angleterre | | | |  Facebook

08/02/2013

Lincoln

J'ai enfin pu aller voir Lincoln! Il en a fallu du temps mais des circonstances en dehors de tout contrôles de ma part (trop de gens dans les salles) m'ont empêché d'aller voir ce film auparavant. Lincoln, l'un des présidents des USA les plus connus. L'homme qui a gouverné la nation durant la guerre de sécession et qui a lancé la fin de l'esclavage aux États-Unis. Cet homme nous est présenté ici par Spielberg. Le film se concentre sur une période particulière de la vie de Lincoln. Celle qui voit arriver la fin de la guerre et, surtout, l'adoption du 13ème amendement à la constitution. Celui qui prévoit l'interdiction de l'esclavage. Mais une telle victoire politique est loin d'être aisée à obtenir. Le président multiplie donc les manœuvres politiques et corruptrices pour être certain de réussir. Il doit calmer les ardeurs de certains politiciens tout en s'arrogeant le soutient de certains démocrates. Tout ceci pour qu'un vote historique puisse être obtenu.

Bon je vais d'abord parler d'un point qui ne fera sûrement pas débats. Les acteurs sont tous extrêmement bon. En fait, j'ai rarement vu un jeu aussi maîtrisé dans un film. C'est simple je n'arrive pas à trouver un personnage qui ne me convainc pas. Ils sont tous superbement incarné. L'image est tout aussi belle. Les scènes sont toutes magnifiquement mises en place et on sent une très forte maîtrise de la part du réalisateur. Malheureusement la fin du film est un peu gâchée par quelques minutes supplémentaires peu intéressantes et qui auraient pu être supprimées. Mais c'est bien l'une des rares critiques que je puisse faire (d'autant plus que je ne suis pas expert dans ce domaine).

Le film a été critiqué pour n'avoir laissé aucune place à l'importance des femmes noires dans la lutte contre l'esclavage. Je suis quasiment ignare en histoire des États-Unis mais je pense que cette critique peut facilement être expliquée. Ce n'est pas que l'on laisse dans l'ombre les femmes mais un biopic se concentre sur un individus particulier dont il illustre une période de la vie. Les défauts sont donc de mettre dans l'ombre les autres individus et les longues luttes qui ont permis l’événement sur lequel se concentre le film. Il est donc, à mon avis, difficile de critiquer l'absence des femmes sans critiquer la forme même du biopic. Ce qui n'empêche pas de considérer que ce film donne une place à part à Lincoln. Cet homme est érigé au rang de dieu. Les personnages l'observent avec vénération et l'armée ainsi que la population semble tous s'unir sous sa sagesse parentale. Les dissensions sont très peu développées quand elles ne sont tout simplement pas évacuées. Or, j'ai du mal à croire qu'aucune contestation n'existait dans le peuple américain. Le second aspect concerne les concernés proprement dit. Le film parle de la fin de l'esclavage mais on se rend vite compte que jamais des personnages noirs n'ont un rôle important. Ils et elles sont toujours présent-e-s mais en arrière fond avec un rôle de servant-e-s. Rarement ils osent prendre la parole et on parle d'eux et pour eux plus qu'on ne les écoute. Les principaux intéressés sont donc presque oublié et laissent - trop - la place à Lincoln pasteurs des USA.

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04/02/2013

Histoire de la virilité. L'invention de la virilité. De l'antiquité aux lumières sous la direction de Georges Vigarello

Titre : Histoire de la virilité. L'invention de la virilité. De l'antiquité aux lumières
Directeur : Georges Vigarello
Éditeur : Seuil 2011
Pages : 578

J'ai reçu ce (gros) livre en cadeau. Il pose la question de la virilité et de son histoire. En effet, si on ne naît pas femme mais on le devient il semble logique d'avoir la même position sur l'homme. Alors qu'elle est l'histoire de la masculinité et de cette vertu qui serait au centre des hommes: la virilité. Voila tout le programme de ce premier tome qui passe de l'antiquité aux lumières. C'est un gros morceau!

Assez logiquement le livre est divisé selon les périodes historiques classiques. On commence donc tout naturellement par l'antiquité et, en particulier, les civilisations grecques et romaines. Les deux grandes civilisations se retrouvent sur certains points tout en s'écartant sur d'autres. Ainsi, la pratique de l'"homosexualité" (que je met entre guillemet car le terme est anachronique) se retrouve aussi bien à Athènes qu'à Rome. Mais cette pratique consiste surtout en une différenciation entre passif et actif qui est valable et possible pour une période particulière ou/et face à une personne particulière. Il est ainsi bien vu, en Grèce, d'avoir une relation passive avec un homme plus âgé mais celle-ci ne doit pas dépasser l'entrée dans l'âge d'homme. La pratique du sport est aussi très différente. Chez les deux peuples elle permet l’entraînement à la guerre mais Rome refuse catégoriquement la pratique de la nudité dans le sport alors qu'elle est vue comme le sommet de la civilisation en Grèce. La virilité porte donc surtout sur une capacité à prendre les armes et à se battre en lien avec des codes de comportements sociaux très précis.

L'époque médiéval et la période qui la précède est le lieu de profondes mutations. Les barbares sont à la fois des hommes parfaits et virils dans leur pratique de la guerre, bien que non-civilisés, et se romanisent. Mais, durant l'époque médiévale, c'est la guerre qui importe. Cette vision, un peu caricaturale, que les romains ont du barbare est corrigée par les auteurs. En effet, l'homme barbare considère la guerre comme importante mais les morts emportent aussi dans la tombe des objets ayant un lien avec la sociabilité et la force contre la nature. L'homme viril doit être capable de combattre et de mourir avec courage. Il doit être capable de frapper de toute sa force et de faire état de ses capacités par des vantardises exagérées. La sexualité et le combat sont donc brutes et directes.

S'ensuit la partie la plus importante du livre (8 chapitres) et la conclusion sur les lumières. L'époque moderne est tout autant l'occasion de mutation dans la vision de la virilité. Plutôt que la force brute les hommes modernes doivent être capables de grâce et de rhétorique. On peut expliquer ceci par une modification à la fois du rôle du noble dans la société française et de l'épée qui permet maintenant une escrime gracieuse et élaborée en direction de coup d'estoc plutôt que de taille. Le noble mâle doit être capable aussi bien de se battre que de faire la preuve d'un maintien de sois et d'une tempérance. Il doit prendre soin de lui et pouvoir combattre avec les mots dans le cadre de la société de cour. Cette période commence aussi à élaborer une construction de la virilité du roi qui doit se montrer et être montrée comme exemple (un chapitre entier y est consacré). Enfin, un dernier chapitre examine ce que les grandes découvertes et le contact avec des "sauvages" implique dans la vision de la virilité. Les sauvages sont-ils des hommes parfaits et forts épargnés par la civilisation ou de simples animaux instinctifs? La partie qui conclut le livre en parlant des Lumières est l'occasion d'examiner les mutations dans la pratique des jeux et du sport ainsi que le modèle populaire. Ce dernier montre une prégnance de la violence dans les lieux publics dont sont victimes les femmes comme possibles partenaires sexuels (de force s'il le faut). Mais créer une famille est un besoin tout aussi impérieux et implique une forme de virilité différente. Dans la famille l'homme doit dominer la femme et non le contraire.

Bien que j'ai beaucoup apprécié la lecture de ce livre je me dois de faire quelques critiques. Tout d'abord, ce premier tome permet de (dé)montrer qu'être un homme ne vient pas de sois. Cela implique de suivre des rôles et des rituels particuliers qui mutent selon la période considérée et la civilisation. Ainsi, notre vision de la virilité n'est absolument pas la même que celle de la noblesse française au XVIe siècle. Cette historisation de la virilité est nécessaire pour comprendre notre propre vision et les possibilités de changements.

Ma première critique concerne la place donnée aux époques antiques et médiévales. Celles-ci ne prennent qu'un quart du livre. Les chapitres les concernant sont très généralistes. J'aurais apprécié des chapitres plus pointus sur des points particuliers. Par exemple l'éducation, le sport et la pédérastie. Ce qui aurait permis de mieux comprendre les différences et les similitudes entre civilisations voir entre villes (Athènes et Sparte par exemple). Ensuite, les chapitres de ce premier tome se basent principalement sur les élites des différentes époques considérées. Par exemple, le chapitre sur la peinture et les portraits et très intéressant mais est-ce que le peuple les comprend? Je trouve que l'on oublie largement la population la plus importante. Mais ce point s'explique très probablement par le problème des sources. Difficile de savoir ce qu'un paysan du XVe siècle pense de sa virilité. Enfin, ce livre, comme souvent dans les livres d'histoire français. est très eurocentriste (si ce n'est franco-centré). On examine la virilité telle qu'elle a été conceptualisé dans le cadre de l'Europe et de deux grands exemples: la France et l'Angleterre (un peu). Les autres civilisations, antiques ou non, et pays sont ignorés. Mais n'y aurait-il pas des points intéressants à examiner en Égypte ou en Russie voir, pour aller plus loin, au Japon? Bref, cette histoire de la virilité oublie de dire qu'elle est une histoire de la virilité européenne. Mais ces critiques ne m'empêchent pas de considérer que ce livre est non seulement intéressant mais plaisant.

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12:20 Écrit par Hassan dans antiquité, Histoire, LGBTIQ, moderne | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : virilité, masculin, histoire | | | |  Facebook

Downton Abbey saison 1-3

Qu'est-ce-que Downton Abbey? Une série anglaise qui prend place de 1912 à 1921 sur trois saisons et deux épisodes de noël. Elle dépeint la vie (pas si) mouvementée d'une famille aristocratique qui tente de (sur)vivre dans les sursauts des débuts du XXe siècle. L'histoire commence donc lors du naufrage du Titanic. La famille en est dévastée car ses deux héritiers meurent d'un seul coup. Il est donc nécessaire de trouver comment léguer Downton et ses terrains pour éviter la destruction du domaine. C'est ainsi qu'un jeune homme de classe moyenne sera contacté. Mais l'aristocratie et les servants de Downton accepteront ils l'arrivée d'un homme qui n'a pas la prestance dûe à sa place sociale? Le domaine pourrait bien en souffrir ou en ressortir grandi et plus puissant que jamais.

Je vais commencer par parler des acteurs. Ces derniers sont, à mon avis, tous magnifiques dans leur rôle et c'est un vrai plaisir que de les voir bouger dans le décor de Downton. On retrouve quelques têtes connues (la plus connue étant la Comtesse de Grantham (Maggie Smith) qui était aussi la professeure McGonagall dans Harry Potter. Son talent d'actrice est tout simplement indescriptible et je vous propose plutôt de regarder que de me lire. Ce qui fait le génie de cette série ne concerne pas que les acteurs et actrices. On est aussi servi avec de superbes dialogues plus croustillant les uns que les autres. C'est, d'ailleurs, le principal intérêt d'une série autrement très lente.

L’intérêt d'une série prenant pour époque et contexte le début du XXe siècle et l'aristocratie est de montrer les mutations et ses effets sur une famille des plus traditionnelles. Sur ce point je suis à la fois comblé et frustré. Comblé parce que les questions sociales et économiques du début du XXe et de l'immédiat après-guerre sont montrées si ce n'est simplement mentionnées. Ainsi, le féminisme commence à prendre son essor tandis que les vieilles familles doivent accepter une modernisation pour survivre. Ce qui conduit certains personnages à devoir accepter quelques couleuvres. On sent une tentative de la famille de rester en dehors du mouvement. Mais cette tentative est mise à mal par la force des changements en cours. Malgré tout, ces mentions sont rares et lentes probablement à cause du caractère aristocratique de la famille. Mais je suis aussi très frustré parce que je n'ai pas forcément l'impression de me retrouver en face d'une famille réaliste. En fait, les membres de cette famille sont tous beaucoup trop gentils et compréhensibles (particulièrement le père et chef de famille Lord Grantham). Certains points auraient dû mener à d'énormes scandales et des déchirements durables au sein de la famille. Au final nous avons un semblant de colère suivi rapidement d'une acceptation et d'un retour à la normale à peine ponctué de quelques piques sarcastiques. De ce point de vue le personnage de Lord Grantham est particulièrement lisse et ne fait qu'incarner l’aristocrate paternaliste. Heureusement d'autres personnages rattrapent ce point en étant plus poussé à l'instar de Sybill ou de Branson (parmi mes préférés). En conclusion je vous conseille cette série.

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15/12/2012

L'invention du naturel. Les sciences et la fabrication du féminin et du masculin sous la direction de Delphine Gardey et Ilana Löwy

Titre : L'invention du naturel. Les sciences et la fabrication du féminin et du masculin41QSYEXJM4L._SL500_AA300_.jpg
Directrices : Delphine Gardey et Ilana Löwy
Éditeur : Editions des archives contemporaines 2000
Pages : 227

Quand on lit les journaux ou quand on écoute les émissions de TV on entendu souvent parler du naturel. La nature n'a pas prévu ceci ou cela et des études le montrent. La question du caractère construit de ces études est rarement posé. Et la caractéristique genrée est quasiment invisible. Le but de ce petit livre, fruit de deux journées d'études au Centre de Recherche en Histoire des Sciences et des Techniques, est d'examiner le caractère, si il existe, genré des sciences que celles-ci soient des sociales ou "dures".

Le livre et les contributions sont divisées en trois parties. La première concerne les possibilités de recherches offertes par la perspective du genre en histoire des sciences. Ces perspectives sont résumées par quatre contributions. Celles-ci permettent de poser des questions sur le caractère naturel du corps et de la recherche. Cette dernière est-elle véritablement un moyen de comprendre et d'illustrer la nature ou est-ce une construction de la nature? Le corps est-il naturel ou plus ou moins construit selon les contextes scientifiques et culturels? Comment les différentes sciences ont-elles été construite en dehors d'un investissement des femmes à l'intérieur de celles-ci? Ces questions permettent de mettre en question la construction des recherches et l'idée que celles-ci réussissent à décrire la réalité. La science est une construction qui dépend d'un contexte aussi bien scientifique qui linguistique et politique.

La seconde partie concerne plus spécifiquement les sciences humaines et sociales. Elle est aussi formée de quatre contributions. Ces dernières permettent de mettre en question la naturalisation des catégories sexuées dans différentes sciences sociales. Nicole-Claude Mathieu, par exemple, développe une étude de l'ethnologie et de l'oubli de la construction des genres dans les autres sociétés pour mieux expliquer un éternel féminin universel. Les deux dernières contributions, Anne-Marie Devreux et Ilana Löwy, étudient le célèbre livre de Bourdieu, La domination masculine, et ses effets. Elles considèrent que Bourdieu recrée une invisibilisation du rapport social de domination entre les sexes pour créer des femmes éternellement dépourvues en capitaux. Les femmes, chez Bourdieu, ne servent qu'à légitimer et augmenter les capitaux symboliques des hommes. Mais quid de la domination physique?

La dernière partie examine la biologie. En effet, la biologie est probablement la science qui tente le plus de trouver la nature dans l'humanité. Les trois contributions classées sous cette partie examinent donc comment le sexe et la sexualité ont été construite dans l'histoire de la biologie. La première contribution est malheureusement trop courte et ne fait qu'effleurer la construction de l'homosexualité et de sa naturalité. La seconde et la dernière sont plus développées. Elles permettent de mettre en question la manière dont la science du biologique construit le naturel et réintroduisant une histoire. On y apprend que la question des sexes dans l'hérédité n'est pas simple qu'on ne le croit. Cynthia Kraus, dans la dernière contribution, nous démontre que la construction en deux catégories des sexes humains n'est pas si naturelle que cela. En effet, la biologie montre qu'il est plus compliqué qu'on ne le croit de diviser les humains dans ces deux catégories. Les différentes manières de créer cette division ne sont pas forcément pertinentes et ne se regroupent pas toujours. L'humanité serait donc plus compliquée que cela.

Je le dis tout de suite, ce livre n'est pas le plus passionnant à lire. Certaines contributions sont particulièrement ardue et il m'est arrivé de m'assoupir de temps en temps. Cependant, je ne veux pas dire que les propos développés ne sont pas intéressants. Au contraire, les questions soulevées m'ont permis de me poser de nouvelles questions et de mettre en doutes certaines conceptions que je tirais de mes années d'école. La lecture de ces contributions m'a aussi permis de commencer une réflexion sur le caractère socialement construit du corps. C'est un point qui sera probablement largement combattu car il est difficile d'imaginer que le corps puisse être construit. pourtant, notre rapport à notre corps et à la manière de vivre à l'intérieur de celui-ci change selon e contexte historique et culturel. Cela peut-il aller plus loin?

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28/11/2012

Les procès de Moscou par Nicolas Werth

Titre : Les procès de Moscou51W4M3A3EWL._BO2,204,203,200_PIsitb-sticker-arrow-click,TopRight,35,-76_AA300_SH20_OU08_.jpg
Auteur : Nicolas Werth
Éditeur : Éditions Complexe 1987 et 2006
Pages : 223

Nicolas Werth ne m'est pas totalement inconnu. J'ai déjà lu l'un de ces livres qui regroupaient plusieurs articles de sa part. Il a aussi été l'un des auteurs du fameux Livre noir du Communisme dont il ne soutient pas toutes les conclusions. Nicolas Werth est spécialiste de la répression en URSS. Mon intérêt envers ce type d'histoire ne pouvait donc que me mener en direction de ce petit livre un jour ou l'autre. L'auteur y développe les significations et le déroulement de trois grands procès publics qui ont eu lieu en 1936, 1937 et 1938. Ces procès ont été l'occasion de profondes incompréhension de la part du monde occidental et Werth tente aussi d'en comprendre les raisons. Le livre est divisé en quatre parties.

La première partie est l'occasion, pour l'auteur, de revenir sur les procès eux-même. Qui sont les personnages impliqués et pourquoi sont-ils attaqués devant la justice? Ce bref exposé montre trois procès dont le but semble être essentiellement le spectacle. En effet, les aveux et les accusations s’emboîtent trop parfaitement pour être naturels. Les crimes imputés aux prévenus sont en contradiction bien trop importante avec leur passé pour être réaliste. Pourtant les pays occidentaux ne réussirent pas à mettre en place une critique de ces procès. C'est la question de la seconde partie du livre. Pourquoi la falsification des procès est-elle un impensable lors de leur déroulement? Outre la profonde incompréhension et le manque total d'informations sur l'URSS Nicolas Werth tente de montrer que le contexte joue un rôle important. En effet, il ne faut pas oublier que nous sommes dans une période de plus en plus tendue au niveau international. Les fascistes et les nazis s'agitent un peu partout dans le monde. Dans ce contexte l'URSS montre un exemple de système opposé aux régimes fascistes. Il y a donc trois groupes incapables de penser les procès. Les groupes proches des sphères fascistes ne pensent pas ils condamnent. Nous sommes ici dans un processus idéologique. L'ennemi doit être combattu sur tous les points. Les communistes, eux, ne peuvent pas se diviser face à l'URSS. En effet, comment critiquer le parti mère? Comment critiquer le seul pays à avoir réussi une révolution communiste? Les partis communistes sont donc tout autant incapable de penser les procès pour des raisons idéologiques. Reste les groupes de gauche radicale non communistes et les démocrates. Ces groupes ne veulent tout simplement pas diviser la lutte face au fascisme. C'est ce dernier qui est l'ennemi à combattre et toutes formes de divisions ne peut que lui être favorable.

La troisième partie s'intéresse aux raisons internes des procès. Car des événements si fortement mis en scène ont forcément un but. Quel est-il? Pour le comprendre Werth s'intéresse au contexte économique et politique de l'URSS durant la période de l'entre-deux guerre. Le pays se trouve en pleine transformation. L'industrialisation et la croissante extrêmement forte que souhaite Staline et donc le parti sont critiqués mais, surtout, e fonctionne pas. Le pays est durablement déstabilisé économiquement. C'est dans ce contexte que se préparent et s'inscrivent les purges successives initiées par Staline contre les petits dirigeants. Mais celle-ci ne peuvent que déstabiliser encore plus le pays. Alors qui sont les coupables? La mise en place de procès qui crée un complot à l'échelle nationale permet de mettre en place des ennemis. Il devient nécessaire de surveiller ses voisins et de dénoncer les ennemis qui se sont infiltrés dans tout l'appareil du partis et du pays. Car c'est à cause d'eux que le plan stalinien n'atteint pas son but. Ce complot est matérialisé par des catégories de personnes et par les inculpés de trois grands procès de 1936 à 1938. Enfin, dans une dernière partie, Nicolas Werth tente de comprendre pourquoi et comment les accusés ont avoué. Il met en évidence un long processus de défaite de la part de ces personnes. Il pense qu'il y a probablement aussi un processus de "complot" entre le juge et le jugé. L'un accepte de se calomnier en échange de quelque chose d'autre. Une autre explication concerne aussi le besoin, pour ces personnes, de rester dans le parti pour lequel ils ont lutté toute leur vie.

Au final que penser de ce livre? À mon avis, c'est une intéressante synthèse des différents travaux qui étudient cette période. Nicolas Werth permet au lecteur de se faire une idée claire des raisons du procès mais aussi de leur effet aussi bien en URSS qu'en occident. On peut déplorer des passages rapides sur certains points et un manque d'informations sur d'autres. Les lecteurs qui, comme moi, ne sont pas familier des querelles idéologiques des dirigeants élevés de l'URSS risquent de passer à coté de certaines explications. Mais un exercice de synthèse implique nécessairement ce type de manques. J'ai aussi beaucoup apprécié les annexes. Celles-ci sont constituées d'extraits de sources. Leur lecture permet donc d'entrer de manière plus intime dans la période et dans l'esprit de ceux qui les ont rédigés. Au final, un livre synthétique agréable à lire et intéressant.

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09:56 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : moscou, procès, urss, staline | | | |  Facebook

15/11/2012

Argo

Nous avons la chance d'avoir eu deux semaines avec des sorties de très bon films (et non je ne parle pas de Twillight! Si vous aimez Twillight sortez d'ici et ne revenez jamais sauf pour faire de plates excuses à l'humanité et à la littérature!). Ces deux films sont Looper et Argo. Je vais commencer par présenter, du mieux que je le peux, ce dernier film. Je parlerais donc de Looper plus tard.

L'intrigue du film prend place dans les années 70 alors que l'Iran s'est débarrassé du Shah qui s'est lui-même réfugié aux USA. Ce statut a le don d'énerver considérablement le peuple d'un pays qui a souffert la torture et l'oppression d'un tyran mis en place par les forces occidentales pour des raisons bassement économiques. Les iraniens manifestent tous les jours devant l'ambassade des USA qui continue, tant bien que mal, de faire son travail. Mais un jour les choses vont plus mal que prévu et les manifestants force le passage dans l'ambassade. Les employés sont pris en otage et inaugurent une période de forte tension diplomatique. Mais six personnes ont réussi à s'échapper et à se réfugier dans l'ambassade du Canada. Alors que les iraniens tentent de retrouver les traces administratives de tous les employés la CIA essaie de mettre en place un plan pour évacuer ces six personnes. Une idée un peu folle commence à voir le jour. Et si on montait un faux film de science-fiction?

Cardiaques et personnes sujettes aux stress abstenez vous! Ce film magistralement joué et dirigé crée une tension intense chez le spectateur. En fait, il est rare que je ressente aussi fortement une tension quand je regarde un film. Mais avec celui-ci j'ai bien cru m'évanouir plusieurs fois à cause du stress ambiant. Mis à part avoir réussit à nous faire ressentir cette émotion le réalisateur a aussi particulièrement bien mis en place le contexte. Que ce soit en Iran ou l'on ressent très fortement le chaos ambiant et la peur des citoyens face à un nouveau pouvoir qui n'a pas à répondre de ses activités ou à Hollywood et son atmosphère de trahisons et d'artificialité assumée. Le réalisateur a aussi réussit à ajouter de petits cotés comiques dans un sujet dramatique. Cette réunion ou des idées d'exfiltration farfelues sont proposées me restera toujours en mémoire. Mais aussi Hollywood et les répliques qui sont à la limite de la moquerie. Bref, un superbe film. Donc ne perdez pas votre temps à me lire allez plutôt le voir vous ne le regretterez pas!

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12:11 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : iran, otages, histoire | | | |  Facebook

21/09/2012

Lawless: l'histoire de l'homme ours

Je suis allé voir Lawless lundi dernier. La bande annonce m'avait mis l'eau à la bouche. L'histoire est adaptée d'un livre écrit par Matt Bondurant The Wettest County in the World. Qui sont ces Bondurant? Justement ce sont les héros principaux du film. Nous sommes dans les années trente en pleine crise économique. L'une des pires que le monde ait connu. Les États-Unis ont décidé de mettre en place une prohibition sur l'alcool. Comme tout le monde le sait ceci a eu l'effet d'augmenter le crime de manière spectaculaire. Les criminels distillent de l'alcool et le revendent au noir dans des bars illégaux. Les règlements de compte sont légions et des noms se sont hissés au soleil comme celui d'Al Capone. Les Bondurants sont trois frères qui ont chacun survécu à un événement meurtrier sauf le plus jeune. Ensemble ils distillent et distribuent l'alcool à l'intérieur de leur campagne et en direction de la ville. Mais la loi décide d'envoyer un homme pour arrêter ce trafic: Charlie Rakes. Les méthodes de cet homme mettent en question les idées sur le caractère moral de la prohibition. Car qui est le plus corrompu? Le criminel ou l'homme prêt à tout pour les arrêter même au prix d'atrocités?

On va commencer sur du positif avant de partir dans le négatif. Wow c'est superbement joué! Que les paysages sont beaux et la photo magnifique! Oui, les acteurs sont tout simplement géniaux et on sent ici de réels talents. La pellicule réussit aussi à mettre en exergue un superbe pays de montagnes et de forêts. On se perd presque dans les images. Malheureusement ce sont les seuls commentaires positifs que je ferais et, à partir de maintenant, il s'agit d'expliquer pourquoi ce film me pose d'énormes problèmes. Avant de me décider d'écrire cette note j'ai longuement réfléchi et discuté je n'écris donc pas sous le coup de l'émotion mais après une période de réflexion.

Pour expliquer pourquoi je ne peux pas écrire en faveur de ce film je vais présenter les personnages. Le premier est Forrest Bondurant ou l'homme ours. L'ours, pour ne pas le confondre avec humain réel, est le vrai mâle, l'exemple à suivre pour nous pauvres enfants ou hommes efféminés. L'ours ne pleure pas, l'ours n'a pas d'émotions, l'ours ne parle même pas il se contente de grogner de temps en temps. L'ours est maître de lui-même et des autres et rien ne saurait l'arrêter. Trois balles dans le corps ne sont rien pour l'ours que de simples égratignures. L'ours combat et tue sans coup férir car l'ours est un homme un vrai qui sait utiliser une arme. L'ours, vous l'aurez compris, est le mâle par excellence. Du moins c'est ce qu'on voudrait nous faire croire. En effet, le personnage est tellement caricatural qu'il est impossible de ne pas éclater de rire quand il ouvre la bouche pour grogner. Cet homme vivait dans les cavernes il y a 200 000 ans. Lui n'a pas évolué mais nous si. Le second personnage est le mâle bêta ou Howard Bondurant. Ce mâle n'est pas aussi homme que son grand frère mais il a fait la guerre, il est violent et suit les ordres de Forrest à la lettre. C'est la personnification du bon toutou qui obéit quand on dit "attaque!" ou "assit!". Il ne sert donc pas à grand-chose si ce n'est à ronger son os (ou son alcool plutôt). Dans la famille Bondurant je demande maintenant le tout petit frère. Lui n'est pas un homme. Le film fait tout pour nous le faire comprendre. Celui-ci n'est d'ailleurs qu'un prétexte pour montrer la marche vers la masculinité d'un jeune enfant. Jack Bondurant est adulte mais il n'a pas survécu comme ses frères. Il se contente de marcher dans leur ombre et de jouer au mâle. La scène durant laquelle il marche dans les rues avec un costume précédé par une discussion entre les deux autres Bondurant qui se conclut par "il se ballade en portant le costume de papa" est flagrante. Jack joue à être ce qu'il n'est pas selon ses deux frères. Il est faible, il pleure, il parle au lieu de grogner et surtout il en fait trop. Forrest sait se tenir alors que Jack en est incapable comme un enfant qui joue tout de suite après avoir déballé son cadeau au risque de casser ses jouets. Alors comment devient-on adulte? C'est simple: on devient adulte par la capacité de violence. Ce qui compte ce n'est pas d'être capable de violence mais de pouvoir aller jusqu'au bout pour défendre son droit à manger son os. En quelque sorte je pourrais dire que selon ce film être un mâle adulte c'est d’involuer jusqu'au stade de l'animal ie Forrest l'homme ours. Enfin, nous avons Charlie Rakes. Lui non plus n'est pas un vrai mâle. En fait, le réalisateur souhaite qu'on le déteste dès les premières minutes. Il n'a pas la voix grave, il prend soin de lui et il aime avoir son petit confort et sa petite propreté. En somme, c'est un homme efféminé donc pas un mâle. Le film n'est, en quelque sorte, qu'une lutte des mâles contre le psychopathe qui ne ressemble pas à un homme mais à une femme. Un psychopathe qui multiplie les défauts dit féminins (bien entendu je ne crois pas à cela) comme l'hystérie ou l'irrationalité. Sachez le amis mâles: si vous êtes vraiment des hommes vous ne vous doucherez pas et vous grognerez! Il y a encore deux personnages féminins. Mais leur rôle est si minime dans ce film sexiste et violent qu'il est pratiquement impossible d'en parler en détail. Leur seul intérêt est de se faire violer et de demander protection aux vrais mâles ainsi que de préparer la popote de ces messieurs. Bah oui, un mâle peut arracher la tête d’un couguar à main nue mais faire un feu et préparer la viande c'est au-dessus de ses forces!

Voila qui résume mes idées sur ce film. Bien que la photo et le jeu soient magnifiques cela ne cache pas une idéologie sexiste ainsi qu'une apologie de la violence. Ce qui fait le mâle c'est la capacité de tuer les autres mais aussi tout ce qui pourrait être considéré comme féminin dans son caractère. C'est une apologie du mâle à l'ancienne sans sentiments et qui n'hésite pas à se battre. Je préfère les nouveaux modèles de masculinités qui sont non seulement multiples mais qui permettent aussi de se construire en dehors des schémas anciens. On a le droit, en tant qu'homme, d'avoir des sentiments et d'en parler, d'être faible de temps en temps mais aussi de prendre soin de sois. Ce n'est pas honteux c'est ce qui fait de nous des êtres humains évolués capables de choix.

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07/08/2012

Race, nation, classe. Les identités ambiguës par Etienne Balibar et Immanuel Wallerstein

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Auteurs : Etienne Balibar et Immanuel Wallerstein
Éditeur : La découverte 1997 (1988)
Pages : 307

Alors que je tente de me lancer dans ce billet une question me taraude : comment parler de ce livre ? En effet, celui-ci n'est pas vraiment un livre mais un dialogue. Un dialogue entre deux intellectuels, un philosophe et un historien, sur trois thèmes : le racisme, la nation et la classe. Ce livre est donc constitué d'une sélection de différents textes qui entrent plus ou moins bien dans une thématique commune. Ces textes se répondent mais montrent aussi quelques différences entre les deux auteurs. Et c'est la que vient mon problème ! Je n'ai vraiment pas l'impression d'avoir compris les différences de doctrines entre ces deux intellectuels marxistes.

Cependant, je pense tout de même être capable d'expliquer, de manière très sommaire, de quoi il est question dans ce livre. Si j'ai bien compris la principale thèse du livre celle-ci concerne le rapport entre le capitalisme et le racisme ainsi que le sexisme. Il semblerait, en espérant que je ne trahisse pas les propos des deux auteurs, que le livre défend une position que l'on pourrait qualifier de radicale. En effet, plutôt que de considérer le racisme et le sexisme comme des manifestations irrationnelles des êtres humains bloqués dans une prétendue vision passéiste de l'humanité (prétendue car ce mot peut être utilisé pour disqualifier sans vouloir comprendre un phénomène peut être plus contemporain qu'on ne le croit) les auteurs essaient de montrer que le racisme et le sexisme sont structurels. Cette explication implique que l'on ne peut pas supprimer le racisme et le sexisme dans le cadre du système capitaliste. En effet, le capitalisme, dans sa structure même, implique la mise en place d'une différenciation entre les différents humains. Celle-ci permettrait d'utiliser des êtres humains et de protéger d'autres êtres humains pour garder vivace le capitalisme. C'est, du moins, ce que je pense avoir compris des propos des auteurs et il est tout a fait possible que je me trompe dans mon interprétation.

Si j'ai bien compris la thèse générale de ce livre, en laissant de coté les différences subtiles entre Balibar et Wallerstein, je pense qu'elle permet de comprendre comment fonctionne le système politique et économique dans lequel nous sommes insérés. Mais il faut dire que cette thèse n'était pas très éloignée de ce que, moi-même, je pense dans le cadre de mes réflexions sut le féminisme. Cependant, je ne peux pas terminer ce billet sans faire quelques remarques critiques. Les deux auteurs sont des marxistes. Et ce fait implique que la thèse des auteurs souffre des problèmes du marxisme. En effet, cette théorie, comme toutes les grandes théories fonctionnalistes, tente d'expliquer l'ensemble des phénomènes socio-éco-politiques. Pour ce faire elle met en place des explications qui ont tendances à être généralistes et mécanistes. Mais, bien que ces grandes théories sont utiles pour avoir une explication générale, elles souffrent de leur ambition d'explication totale. Ainsi, les propos des auteurs me semblent souvent trop mécaniste car ils semblent oublier les petits accrocs qui existent dans le fonctionnement de la société. De plus, j'ai eu l'impression désagréable, inhérente au fonctionnalisme, que tout sert à quelqu'un. Or, je considère que ce type d'explication est trop simpliste. En effet, je ne crois pas que tout serve quelqu'un en particulier. C'est une vision que je trouve presque complotiste. Mis à part ces remarques, je trouve ce livre très stimulant. Bien qu'il soit compliqué il permet de penser le racisme et le sexisme dans le cadre d'un système socio-éco-politique plutôt que de le penser simplement comme irrationnel.

Image : Site de l'éditeur

30/04/2012

The Substance: Albert Hofmann's LSD

Le LSD et les drogues en particuliers me sont inconnues. Je ne peux me valoir d'une connaissance ni de la pratique ni de l'histoire de ces substances naturelles et synthétiques. Mais ça ne m'empêche pas de connaître un minimum de quoi on parle quand on parle de LSD. Ce documentaire tente de faire une histoire du LSD durant le XXè siècle et surtout aux USA et en Suisse. Il commence par le premier trip au LSD du monde: celui d'Albert Homann qui avait pris la décision de tester une substance inconnue sur lui-même. Les effets de ce qu'il nommera LSD conduisent la firme à exporter plusieurs échantillons en direction d'instituts psychiatriques pour connaître l'avis des experts ainsi que les usages possibles. C'est un véritable raz-de-marée qui s'abat sur le monde de la psychiatrie qui voit cette substance comme une pilule miracle pour guérir et comprendre des maladies psychiatriques. Mais ces mêmes années voient d'autres acteurs s'approprier cette drogue encore légale. Tout d'abord les services de l'État comme la CIA qui tente d'en faire une drogue de vérité ou l'armée qui se demande si elle peut permettre de vaincre une armée sans tirer un coup de feu. Mais aussi des jeunes qui essaient d'avoir un accès à un autre plan de conscience dont le LSD permettrait l'accès. L'histoire des années soixante suit ses premiers débuts avec la guerre du Vietnam et sa contestation. Ces années de militantismes et de remises en causes de l'ordre dominant par les jeunes sont réprimées par l'état et les forces de polices qui tentent d'endiguer le flot de drogues et de contestataires. Il faudra attendre trente ans, soit aujourd'hui, pour que le LSD soit à nouveau étudié dans un cadre scientifique avec des résultats intéressants.

Ce film ne se positionne pas contre le LSD ni pour son utilisation récréative. Les propos d'Hofmann permettent de donner le véritable ton du film. Le LSD est une substance puissante dont l'utilisation doit être scientifiquement étudiée et surtout se faire dans un contexte contrôlé, ritualisé même. Le documentaire est particulièrement intéressant et réussit à montrer une grande partie des points de vue qui ont existé à l'époque. Je n'ai, par exemple, pas été convaincu par le psychologue qui ouvrit les vannes du LSD aux USA et dont les propos se rapprochent plus d'un mysticisme que de la science. Une critique plus centrée sur le film concerne le lien qui est fait entre l'histoire des années soixante et la drogue. Durant une grande partie du film on a l'impression que la contestation des jeunes n'a été possible que grâce au LSD. C'est, bien entendu, une vision trop simpliste de cette période. La contestation a de nombreuses causes diverses qui changent selon les contextes. Heureusement, des propos réussissent à nuancer cette impression en expliquant que le LSD a surtout accompagné une prise de conscience de la nécessité du changement. La réalisation semble aussi avoir tenté de nous faire découvrir les effets de la Substance en coupant les scènes par des images légèrement psychédélique. L'effet est un peu étrange. Mais si je pouvais conclure ce film par une impression elle concernerait l'utilisation du LSD plutôt que son histoire. En effet, comme je l'ai dit plus haut, le réalisateur semble se positionner pour une utilisation particulière. Ainsi, le film se conclut sur l'expérience de deux personnes qui ont eu accès à une thérapie basée sur le LSD dans le cadre de leur cancer: un homme et une femme. L'homme essaie d'exprimer comment le LSD lui a permis de se rouvrir au monde en lui permettant de faire une sorte de point sur sa vie durant son trip. Nous suivons la femme durant une séance de thérapie. Celle-ci nous montre comment une ritualisation est recréée. En effet, il me semble que ce que Hofmann et le réalisateur défendent c'est une utilisation contrôlée dans un cadre ritualisé qui permette une préparation des individus à l'expérience du LSD. Une telle utilisation demande un examen scientifique pour comprendre comment utiliser au mieux une substance aussi puissante et de contrôler quelles personnes y auront accès dans quel contexte. L'histoire, en somme, est encore à faire.

Image: Site officiel

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11:42 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lsd, sixties, drogue, suisse | | | |  Facebook

21/04/2012

Les adieux à la Reine

Le film qui m'intéressait le plus cette semaine revient sur l'un des épisodes les plus connus de l'histoire: la révolution française de 1789. Le film nous place à Versailles durant 4 jours depuis le 14 juillet. Nous y suivons une servante de la reine: Sidonie. Cette dernière est la lectrice de la Reine. Elle lui est profondément dévouée et on peut dire sans trop s'avancer qu'elle est prête à tout pour lui faire plaisir. Malheureusement, les jours de Marie-Antoinette sont comptés. En effet, non seulement les révolutionnaires sont très défavorables envers la Reine mais sa lubie de nommer comtesse madame de Polignac. Derrière cette amitié certains se demandent s'il ne se cache pas une relation plus inavouable... Sidonie tentera d'être présenter pour sa maîtresse alors que les événements se précipitent et que Versailles s'agite comme une fourmilière. Tandis que certains fuient d'autres décident de croire en la capacité du roi de défendre la noblesse.

Le film ne fait pas une histoire de la Révolution. Nous n'avons que quelques informations éparses et rarement la caméra quitte Versailles. Au mieux, elle se déplacera sur le pas de la porte du palais. Ce que le réalisateur nous montre c'est la manière dont les aristocrates qui vivent au palais subissent, comprennent et réagissent face à la prise de la Bastille et aux revendications de la population. Nous n'avons pas non plus beaucoup de visions du roi. La seule personne que nous pouvons connaître c'est Sidonie. Mais je ne crois pas que l'intérêt de ce film soit dans les personnages. À mon avis ce qui est intéressant c'est la manière dont on parle de Versailles. Elias montrait que le palais fonctionne autours du roi. Plusieurs phrases vont dans le sens de cette affirmation. Quand, par exemple, le bibliothécaire explique que tel riche aristocrate vit dans une petite chambre froide simplement pour avoir la chance de voir le roi de temps en temps. Ou encore, plus ouvertement, quand Sidonie explique que si elle quitte la cours elle ne sera plus personne. En effet, son identité c'est d'être la servante de la reine. Sans la reine qui est-elle? Nous avons aussi quelques scènes qui montrent le roi et son gouvernement se représenter devant les nobles qui accourent pour le voir. Tout fonctionne selon le roi centre de l'univers de Versailles. Ce sont aussi les réactions des nobles et servants qu'il est intéressant d'observer. De l'incrédulité on passe par la peur et la fuite à tous prix même celui du suicide. A mon avis, ce que nous offre ce film c'est une interprétation des derniers jours de Versailles à travers les yeux de Sidonie et de la reine plus que l'histoire d'une personne. Cependant, je ne considère pas avoir été conquis. Je ne suis pas certain de pouvoir en expliciter la raison mais le film m'a donné l'impression d'être poussif si ce n'est un peu arrogant. Je n'ai pas vraiment eu de plaisir à le regarder. Ce manque ne peut que jouer en sa défaveur. Ce n'est pas un mauvais film raté mais je pense qu'il est loin d'être bon.

Image: Allociné

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17/04/2012

Du papier à la biométrie. Identifier les individus sous la direction de Xavier Crettiez et Pierre Piazza

Titre: Du papier à la biométrie. Identifier les individus27246100366310M.gif
Directeurs: Xavier Crettiez et Pierre Piazza
Éditeur: Sciences po 2006
Pages: 331

Je me suis lancé dans un des thèmes qui m'intéressent le plus: la question de l'identification des citoyens par la surveillance de l'état. Pour cela je me suis plongé dans ce livre qui regroupe les communications d'un colloque de 2004 organisé par le Centre d'analyse et de régulation du politique. Le livre est divisé en trois parties de plus en plus importantes en termes de pages. La première partie concerne le coté historique des papiers d'identités. Il regroupe trois communications toutes aussi intéressantes les une que les autres. La première examine les papiers sous l'angle du pouvoir d'état. C'est Gérard Noiriel, historien connu, qui se colle à l'exercice. Le second concerne les origines modernes des papiers. Il nous montre que l'identification se construit dans la France de l'ancien régime. Cet article permet d'observer une histoire longue des pratiques d'identifications par les papiers ce qui permet de reconnaître des processus qui existent encore aujourd'hui. Le troisième est écrit par Pierre Piazza, auteur d'un livre sur la carte d'identité française, qui examine comment le régime de Vichy a réussi à imposer une carte d'identité nationale dans un but non-républicain tout en, comme souvent en ce qui concerne Vichy, s'inscrivant dans une continuité avec la troisième république.

La seconde partie prend en compte l'aspect de constructions politiques des pratiques de papiérisation. Je noterais l'intérêt de l'article de Benoît Larbiou qui démontre que le contrôle de l'identité permet aussi de défendre une profession, les médecins. Mais, dans le contexte des années 20-30 les papiers permettent aussi de faire un contrôle médical hygiéniste permettant de protéger la population non pas des indésirables mais des malades. Un concept qui implique aussi la notion de races malades. La communication d'Alexis Spire continue le précédent en examinant le contrôle de l'immigration jusque dans les années 70. Ce qui permet d'observer une transformation dans les contrôles qui de l'épuration des étrangers, ou naturalisés, collaborateurs passent au contrôle des communistes qui sont identifiés et expulsés. J'ai aussi apprécié l'analyse du passeport intérieur soviétique mais l'article de Vincent Tchen est trop juridique à mon goût.

Enfin, la troisième partie pose la question des résistances. Outre un entretien aec le directeur de la Mission Biométrie au ministère de l'intérieur, Philippe Melchior, il regroupe des communications prenant en compte aussi bien les caractères spatiaux que virtuel. J'ai trouvé les articles de Xavier Crettiez et Carlos Miguel Pimentiel très stimulant. Le premier examine les raisons de la mise en place de cartes d'identités régionalistes. Celles-ci sont des attaques directes contre l'état national mais ne sont pas forcément construite dans ce but. Xavier Crettiez montre que ces cartes permettent surtout de créer une identité locale face à l'identité nationale française. Le second article examine l'exception britannique. En effet, la carte d'identité n'y existe pas. Carlos Miguel Pimentiel tente de démontrer, avec brio, que cette exception provient d'une culture du droit non-écrit qui implique un droit d'anonymat des citoyens seul moyen d'éviter que l'état entre dans la vie privée des personnes. D’où une grande méfiance face à toute forme de papiérisation. Le chapitre 10 est particulièrement intéressant à lire dans le contexte actuel. Alors que la biométrie est de plus en plus utilisée en vue d'une défense de l'ordre public face au terrorisme les auteurs y examinent les arguments et les réalités de l'utilité de cette technologie. Les conclusions sont très sceptiques face à l'utilité de la biométrie en ce qui concerne la prévention du terrorisme. En effet, outre son coût important il est toujours possible de créer une fausse identité en se basant sur des papiers en amont de la mise en place du passeport biométrique. L'article qui suit est tout aussi intéressant puisqu'il examine les effets de l'accord de Schengen sur les frontières. En effet, a coté d'une ouverture des frontières intérieurs cet accord implique la mise en place d'un contrôle plus important des frontières extérieures. Ce qui se découvre de cet accord c'est une méfiance des étrangers provenant de certains pays qui, de part leur provenance, sont suspect a priori. L'identification permet de suivre un group considéré comme dangereux et de le tracer dans la bureaucratie dans toute l'europe. Enfin, le dernier article examine le problème de l'identité sur un espace virtuel qui détruit l'identité tout en pouvant permettre un contrôle très important des informations privées.

J'ai trouvé ce livre très stimulant. Outre le fait qu'il offre des informations nécessaires pour les citoyens dans le contexte actuel, l'examen scientifique de Schengen et de la biométrie est nécessaire, il permet de mieux comprendre comment fonctionne l'identité dans le cadre des papiers. Ce livre permet de comprendre que l'identité est avant tout une affaire de pouvoir. Un état impose une certaine forme d'identité à ses citoyens et aux étrangers qui lui permet de contrôler, de surveiller mais qui implique aussi une destruction des identités réelles. En effet, entre ce que l'on dit être et les quelques informations qui se trouvent sur une carte d'identité les différences peuvent être très importantes. J'ai surtout découvert le concept de banoptique qui permet de dépasser le concept foucaldien de panoptique. En effet, le banoptique permet de comprendre que la surveillance totale est une dystopie très difficile à atteindre à cause des coûts en personnels et en technologies. Le banoptique se concentre sur un groupe précis et recherche les informations dans les diverses bases de données. Le danger qui apparat n'est plus la surveillance généralisée par caméras ou policiers mais le lien entre les diverses bases de données étatiques et privées. Ce livre ouvre un grand nombre de questions importantes pour tous ceux qui réfléchissent au processus de papiérisation et à sa légitimité. Plus qu'un livre scientifique destiné à un public restreint c'est un livre dont les conclusions devraient être largement communiquées car elles sont nécessaires pour des décisions politiques importantes.

Image: Éditeur

05/03/2012

Triangle rose. La persécution nazie des homosexuels et sa mémoire par Régis Schlagdenhauffen

Titre: Triangle rose. La persécution nazie des homosexuels et sa mémoire2-7467-1485-4.jpg
Auteur: Régis Schlagdenhauffen
Éditeur: Autrement 2011
Pages: 308

J'ai déjà mentionné la persécution des homosexuels par les nazis sur ce blog. J'avais, par exemple, lu le livre du plus célèbre déporté gay de France: Pierre Seel. Bien que ce témoignage soit très impressionnant ce n'est pas un travail scientifique. C'est pourquoi je me suis jeté sur ce livre dès que j'ai vu la couverture. Une petite précision tout de même, l'auteur n'examine pas vraiment la déportation mais plutôt la construction d'une mémoire commune à un groupe. Heureusement, Schlagdenhauffen nous donne rapidement des informations de base sur la culture homosexuelle berlinoise et la manière dont les gays furent traités par les nazis. Après nous avoir démontré la richesse de cette culture qui, à Berlin, était très en vue alors que la France ne connaissait pratiquement aucun groupement l'auteur nous montre comment les nazis ont pu déporter les homosexuels. Pour cela ils se basent sur une loi qui existait déjà: le paragraphe 175. Celui-ci sera aggravé et sa version nazie sera gardé en l'état après la chute du troisième reich ce qui a permis de poursuivre les gays sortant des camps de concentration. Mais attention, bien qu'il existait une volonté de déporter et de rééduquer les gays ceux-ci n'apparaissent pas forcément sous ce terme dans les archives. En effet, la préférence sexuelle dites contre-nature était surtout un facteur aggravant mais les homosexuels étaient souvent considéré comme des criminels. Ce qui a posé des problèmes par la suite. Les lesbiennes, par contre, n'étaient pas systématiquement attaquées par les nazis. Mais cela ne veut pas dire qu'elles sont inexistantes et un travail reste à faire pour clore le débat.

Cependant, le véritable propos du livre concerne la question de la mémoire. Pour cela l'auteur compare trois pays: l'Allemagne, les Pays-Bas et la France. Ces trois pays nous permettent de comprendre comment le contexte national joue sur la manière de commémorer et de construire la mémoire d'un groupe. D'un groupe de victime les homosexuels se constituent progressivement en héritier d'une mémoire de martyrs de la cause des gays et lesbiennes qu'ils souhaitent commémorer. Face à cette volonté plusieurs acteurs collectifs tentent de les arrêter. Tout d'abord l'état qui considère l'homosexualité comme une déviance, pouvant entraîner la prison en Allemagne, durant encore de longues années. Mais aussi les autres groupes de victimes qui n'acceptent pas forcément l'existence des gays en camps de concentrations ou qui considèrent que l'identité gay est une insulte. La France se trouve dans ce cas puisque, pour les déportés politiques français, les seuls homosexuels des camps sont les allemands. Cependant, les homosexuels réussissent à imposer leur vue et l'auteur étudie la manière dont la mémoire commence à s'incarner dans la pierre. A Berlin un mémorial qui exclut les lesbiennes est construit face au mémorial de la Shoah, Paris accepte, finalement, une plaque de commémoration tandis qu'Amsterdam construit un gigantesque monument qui devient une fierté nationale et un lieu de revendication du droit à la différence.

J'ai beaucoup apprécié ce livre qui permet de comprendre comment un groupe de victime a transformé une histoire honteuse en fierté incarnant l'identité du groupe. De ce point de vue la comparaison de trois pays est très éclairante et permet de voir comment le contexte national modifie les possibilités de militantisme des groupes sociaux. Cependant, je trouve dommage que nous n'ayons pas des informations plus nombreuses sur la période du troisième Reich et des années précédentes. Ce n'est pas le but du livre mais je trouve que l'auteur s'appuie un peu trop sur une autre auteure et passe très rapidement sur la plupart des sujets. Un second point problématique concerne les lesbiennes. Bien entendu, l'auteur examine en partie leur histoire et les liens avec les homosexuels. Cependant, elles apparaissent surtout au second plan quand elles ne sont tout simplement pas examinées. Je sais qu'il est difficile de faire l'histoire des lesbiennes qui souffrent d'une double invisibilité dans l'histoire. C'est pourquoi il serait intéressant, voir nécessaire, d'avoir une recherche de la même ampleur sur elles.

Image: Éditeur

19/02/2012

The Iron Lady

La Dame de Fer, le surnom de l'une des dirigeantes les plus célèbres et les plus controversées de notre temps. Un film sur sa vie ne pouvait que m'intéresser et je n'ai pas attendu longtemps avant d'entrer dans la salle. Nous suivons Margaret Tatcher alors qu'elle n'est plus première ministre et que son mari est mort. Elle vit entourée par des gardes et des assistantes qui l'aident dans sa vie de tous les jours. Ces quelques jours nous montrent une Tatcher faible qui est en train de se perdre dans les souvenirs et les hallucinations. Au fur et à mesure qu'elle parle avec l'image de son maris et qu'elle trie ses affaires nous découvrons l'histoire de sa vie. Celle-ci commence modestement dans une petite épicerie. Une enfance bercée par les discours de son père sur la force de l'individu britannique. Une enfance de succès puisqu'elle est acceptée à Oxford. Ses réussites universitaires la conduisent à s'engager en politique chez les Conservateurs ou elle rencontre son futur mari. Et c'est au sein de ce parti que les succès se multiplieront. Tout d'abord leader du partis elle devient ensuite la première dirigeante féminine de Grande-Bretagne. Mais ses idées controversées et violentes liées à un caractère qui n'accepte ni les concessions ni les remises en causes. Une poigne de fer qui la conduira à être de plus en plus combattue.

Bien que j'aie apprécié ce film il pose de nombreux problèmes qui sont, d'ailleurs, logique dans le cadre d'un biopic. Mais j'en reparlerais plus bas. Je veux d'abord saluer la magnifique performance des acteurs dont Meryl Streep qui est tout simplement magnifique pendant l'entier de ce film. Celui-ci, d'ailleurs, réussit à nous donner envier de voir Tatcher vaincre tout en offrant quelques scènes particulièrement émotionnelles. Mais, comme je l'ai déjà dit, il y a des imperfections et celles-ci sont classiques quand on fait une biographie que celle-ci soit un film ou un livre. Le premier problème que j'ai vu c'est que le personnage Tatcher est décontextualisé. On voit une femme qui était destinée à gouverner, qui se sent destinée et qui croit en la justification de ce destin et tout le monde est d'accord avec elle sur ce point. Bien que l'on ait deux ou trois scènes de doutes la majeure partie du film nous montre donc une Tatcher triomphante sûre d'elle et de son destin de leader incontesté. Hors la réalité est sûrement bien plus compliquée et la carrière de Tatcher n'allait pas de soi lors de sa jeunesse. Le second problème est la vitesse des événements. Nous sommes dans un film c'est donc compréhensible. Cependant nous n'avons pas toujours le temps de comprendre ce qui est en train de se dérouler et dans quel contexte nous nous trouvons. Nous observons Tatcher quasiment seule avec des informations très fragmentaires sur l'époque et les événements. Ce qui me conduit au troisième point. Il semble que le film ait été neutralisé d'un point de vue politique. A coté des idées de Tatcher on met les mouvements sociaux et les critiques de l'opposition ce qui permet de donner les deux points de vue. Mais on oublie d'expliquer la raison pour laquelle cette femme d'état était controversée. On oublie de dire qu'elle a été l'une des premières dirigeantes néo-libérales du monde et, surtout, les opposants sont caricaturés en casseurs et en opposants hypocrites facilement mouchés par la verve de Tatcher. Ce qui donne tout de même l'impression que les réalisateurs avaient un parti pris. Hors, Margaret n'a pas sauvé son pays. Elle a décidé de combattre son pays et le peuple pour imposer ses idées. L'intelligence de ces dernières est très discutée entre les libéraux qui les saluent et la gauche et les syndicats qui les considèrent comme une guerre sociale. Mais ce débat est inexistant dans le film ce que je trouve vraiment dommage.

Image: Site Officiel

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18:56 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tatcher | | | |  Facebook

22/01/2012

le Panoptique par Jeremy Bentham: Une vision d'horreur

Titre: le Panoptique9782842056872-G.jpg
Auteurs: Jeremy Bentham
Éditeur: Belfond 1977
Pages: 221

Je souhaitais lire cet ouvrage depuis longtemps. En effet, je suis tombé sur le concept de panoptique a plusieurs reprise mais je n'ai jamais lu le livre qui a décrit en premier ce qui était un modèle d'architecture et qui est devenu un modèle de société. C'est donc avec un grand intérêt que je me suis attelé à cette lecture. Mais tout d'abord il serait bon de décrire, exactement, ce qu'est cet ouvrage. Le Panoptique a été écrit par Jeremy Bentham en 1786. Il est composé de trois parties. La première est une série de lettres fictives écrites depuis la Russie. La seconde et la troisième sont des postfaces qui réexaminent ou qui précisent certains points. La première version française a été commandé par l'Assemblée Nationale en 1791. Elle est plus un résumé qu'une traduction de l'ouvrage original. Le livre que j'ai consulté contient cette version française suivie de la première partie du Panoptique traduite pour la première fois. On peut les lire en parallèle puisque les textes ne sont pas semblables. Ce livre est aussi précédé d'un entretien particulièrement intéressant avec Michel Foucault qui nous permet de mieux comprendre le texte de Bentham et ses conséquences sociales. Il est aussi suivi d'une postface de Michelle Perrot qui nous offre une remise en perspective historique de la vie de Bentham ainsi que de la vie de l'idée de panoptique.

Jeremy Bentham voulait, en premier lieu, offrir un mode architectural permettant de construire une prison parfaite. Pour éviter les problèmes des prisons classiques (immoralité, maladies, oisivetés, écoles du crime) Bentham proposait plusieurs mesures. Celles-ci découlent toutes de son principe architectural. En effet, l'idée de Bentham est de construire une prison circulaire avec des cellules transparentes. Un second cercle intérieur trouverait, en son centre, une tour dans laquelle logerait l'administrateur de la prison. Celui-ci, depuis ses appartements, serait capable de surveiller tous les détenus. Une telle capacité de surveillance due à la transparence des actes ne pouvait, selon Bentham et j'incline à être d'accord, qu'empêcher l'idée même d'accomplir des délits à l'intérieur de la prison. Mais l'architecture ne suffit pas et Bentham a d'autres idées sur les prisons. Par exemple, il considère que les prisonniers ne doivent manger que très frugalement des aliments peu ragoûtant pour éviter d'être mieux traités que les plus pauvres. Il pense, surtout et c'est cohérent avec son libéralisme, que les prisons doivent être administrée par des privés qui auraient le droit d'utiliser la force de travail des prisonniers - d'ailleurs le travail est un moyen de redressement moral pour Bentham et d'autres - pour faire du profit. Son idée est que les privés, ayant un intérêt dans l'administration, seront plus compétent que le pouvoir public.

Mais que penser exactement de ce programme? Personnellement il m'effraie. Il suffit d'imaginer les conséquences d'un tel modèle que, d'ailleurs, Bentham voulait généraliser à d'autres institutions que la prison. En effet, le caractère principal du panoptique est de créer un ordre basé sur la transparence des individus face au pouvoir. Cette transparence implique, selon les propres mots de Bentham, que les individus n'oseraient même pas penser à commettre des actes illégaux et/ou immoraux. Autrement dit, l'intégration d'une surveillance constante et d'une vie éternellement soumise à la vision supérieure de l'autorité mènerait l'humanité à ne plus pouvoir mettre en cause l'ordre établi. Nous sommes donc dans un monde tyrannique dans lequel personne n'oserait remettre en cause les inégalités ou les illogismes de la loi. Nous serions devant l'une des plus puissantes tyrannies: celle de la transparence totale de l'individu que nous pouvons lire dans ce magnifique livre qu'est 1984 écrit par Orwell.

Mais vous pourriez me demander la raison pour laquelle on fait tant de cas de ce livre? Il se trouve que le concept de panoptique est particulièrement bien adapté pour comprendre une partie du fonctionnement de notre société. En effet, nous nous trouvons dans une société qui met de plus en plus en exergue la nécessité de surveillance. Celle-ci est justifiée par le besoin de sécurité des citoyens. Depuis quelques années, mais le processus est plus profond historiquement parlant, des lois et des technologies ont été développées pour sécuriser les citoyens. Mais celles-ci impliquent une transparence de plus en plus importantes des individus face à l'autorité. Dans le même temps, nous avons connu un développement tout aussi important sur Internet. En effet, quand on écoute les discours des possesseurs de Facebook, Google ou d'autres grandes entreprises on se rend compte que ces personnes ne croient pas en la vie privée. Pour eux, l'individu qui décide d'entrer sur Internet doit être identifiable, identifié et suivi. Nous ne nous trouvons pas dans une prison. Mais il est indéniable que le concept de panoptique permet de mieux comprendre et de décrire la société dans laquelle nous nous enfonçons. Une société dans laquelle il devient de plus en plus difficile d'avoir droit à une vie privée face à l'état et aux entreprises. Mais il faut nous souvenir de ce que Bentham disait: la transparence des individus implique l'incapacité de mettre en cause les lois ou d'agir contre elles. La question que je pose est donc la suivante: la démocratie peut-elle survivre quand ses citoyens ne peuvent plus contester l'ordre établi?

Image: Édition Mille et une nuit de 2002

18/01/2012

J. Edgar l'homme derrière le FBI

Le nouveau Clint Eastwood est l'un des films qu'il faut avoir vu selon les critiques. Il faut dire que Eastwood nous offre souvent des films qui sont considérés comme particulièrement bien maîtrisé. Cette fois le réalisateur nous plonge dans la vie de Hoover directeur du FBI sous 8 présidents. Nous trouvons donc Hoover à la fin de sa vie dans son bureau. Il demande à un agent membre des Public Relation d'écrire sa biographie et, par conséquent, une partie de l'histoire du FBI. Nous le suivons donc à la fois dans ses derniers jours et lors de sa jeunesse. Ce qui nous permet de le voir monter les marches du FBI mais aussi lutter pour mettre en place un bureau qui possède de réels pouvoirs. En utilisant des affaires célèbres ou des dangers plus ou moins imaginaires il pourra construire le FBI tel qu'on le connaît aujourd'hui. Mais ce n'est pas seulement l'histoire d'une institution. Ce film est aussi l'histoire d'un homme qui vit pour son travail et qui vit pour protéger ce travail. Ce qui le conduira à créer des archives personnelles sur des membres éminents et puissants des USA.

Hoover est certainement un homme que j'aurais détesté. Je ne connais pas sa vraie histoire mais le film que j'ai vu le montre sous un jour impitoyable. Un homme qui n'hésite pas à recourir à tous les moyens légaux ou à contourner les règles pour sauver son pays de ce qu'il perçoit comme un danger. Son attitude devant le Communisme en est une illustration particulière et le film commence par une citation particulièrement violente. Cette peur, selon Eastwood, a duré toute sa vie et explique en partie son attitude contre King. Hoover a d'ailleurs été l'un des instigateurs du programme COINTELPRO qui a lutté sans relâche contre toute remise en question de la société capitaliste américaine. Mais Eastwood nous montre aussi un homme qui n'a pas hésité à trafiquer la vérité pour montrer sous un autre jour l'histoire du FBI. La question reste de savoir, comme le dit son amant ou compagnon, si Hoover croit en ses mensonges ou non. Ce film donne aussi l'impression que le FBI a principalement été construit autours de trois individus: Hoover, Tolson et sa secrétaire Gandy. Je dois aussi dire que la prestation de Leonardo Di Caprio est magnifique. Il incarne à la perfection cet homme étrange et dur. La photographie est aussi très réussie et j'ai, entre autre, particulièrement aimé la première apparition de Tolson qui semble dire que derrière la star il y a l'homme de l'ombre toujours présent. Bref, c'est, à mon avis, un très bon film. Mais celui-ci ne doit pas faire oublier la véritable histoire qui ne peut pas être expliquée dans un film de deux heures.

Image: site officiel

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11:47 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : edgar j hoover, fbi | | | |  Facebook

09/01/2012

La guerre sociale par André Léo

Titre: La guerre socialecrbst_guerresociale.jpg
Auteurs: André Léo
Éditeur: passager clandestin
Pages: 75
J'ai récemment terminé de lire ce petit livre. C'est un discours prononcé par André Léo en 1871 au Congrès de la Paix à Lausanne. Cette femme, qui a pris les noms de ses fils dans son pseudonyme, y parle de la guerre sociale. Mais quelle est cette guerre? Selon André Léo c'est le processus par lequel les personnes au pouvoir tente d'empêcher le peuple de gagner sa liberté. Pour montrer ce processus elle prend l'exemple de la Commune de Paris. En effet, elle fut l'une des leaders de cette révolution. Elle s'occupait, avec d'autres, du problème de l'éducation. Mais comment les dirigeants ont-ils traité la Commune? Selon André Léo la fin de la révolution est passée par deux processus. Le premier c'est la calomnie. En effet, avant même la répression, les citoyens de Paris étaient accusés de pillage, d'incendie et de meurtres. André Loé répond par la négative à ses accusations. Le second processus c'est l'utilisation des armes et d'une pseudo justice. Les anciens communards furent exécutés par les militaires les uns après les autres à l'aide de mitraillette et les différents témoins parlent tous de rivières de sang. Les militaires, selon André Léo, ont volé tous les exécutés et pillé Paris alors que des milliers de prisonniers sont en attente de déportation ou de jugement voir de leur mort.

Dans deux autres parties de ce livre on a une présentation de la vie D'André Léo par Michelle Perrot et un article plus récent mis en parallèle avec les thèses d'André Léo. Ce qui nous permet de nous rendre compte que la guerre sociale continue sous le visage du néo-libéralisme et des arguments sécuritaires. L'auteur de l'article appelle les citoyens à se souvenirs des véritables causes de leur insécurité plutôt que d'écouter les arguments de la répression pure et simple. J'ai apprécié lire ce petit livre pour plusieurs raisons. Tout d'abord parce qu'il permet de lire une femme d'exception. La présentation de Michelle Perrot en est la preuve. Mais aussi parce qu'il permet d'écouter une femme communarde. Il est encore rare de savoir que les femmes ont fait de la politique avant d'avoir le droit d’être élu et André Loé est l'une d'entre elles. Mais ce livre permet aussi de critiquer un discours sécuritaire de plus en plus dominant. Un discours qui oublie que la répression sans la prévention ne sert à rien et qui est utilisé pour mettre en place des lois et des processus dangereux pour la démocratie. C'est donc un texte qui permet de résister à un certains discours dominant.

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06/01/2012

The Whistleblower (la vérité a un prix)

Attention je vous préviens ce film est un pur chef-d’œuvre! Nous suivons une officière de police, Kathy, qui décide de s'engager dans l'entreprise Democra pour une mission international de six mois en Bosnie. Cette mission est simple, sur le papier du moins, elle doit accompagner et aider de nouveaux agents de polices a faire la transition dans l'après-guerre et à maintenir la paix. Ce n'est pas un travail simple et elle se rend tout de suite compte que les méthodes des policiers internationaux ne sont pas forcément très utiles. Elle réussit tout de même à aider à l'arrestation d'un homme qui frappait sa femme. Suite à cette brillante réussite elle est mutée au bureau des affaires féminines (une traduction personnelle de gender affairs que je trouve plus proche du terme que parité). A la tête de cet office elle luttera difficilement contre le machisme de ses collègues qu'ils soient du pays ou non. Mais toute la difficulté de son travail se révélera quand elle tentera de mettre au point une enquête contre des agents internationaux impliqués dans le trafic d'être humains dans un but de prostitution. Les horreurs dont elle sera témoin la révolteront mais personne ne semble l'écouter. A savoir, ce film est issu de faits réels.

Cette femme existe vraiment, elle a travaillé pour une entreprise en Bosnie qui ne se nommait pas Democra (probablement des raisons juridiques ont empêchés les réalisateurs d'utiliser le vrai nom). Elle fut licenciée mais les tribunaux anglais rejetèrent les raisons invoquées par l'entreprise. Cette femme est-ce que l'on nomme une lanceuse d'alerte ou whistleblower si vous préférez le terme anglophone. Ces individus décident d'alerter l'opinion publique sur des malversations lorsque toutes les instances de contrôles internes ou externes ont échoués. Ce sont donc des personnes à la position très précaire souvent virées et incapable de retrouver un emploi dans leur domaine malgré les minuscules protections juridiques existantes. Ce film est donc l'histoire de Kathryn Bolkovac.

Ceux qui auront la bonne idée d'aller voir ce film se trouveront devant un matériel très riche et un film très bien réalisé. Concentrons-nous d'abord sur le film même. L'actrice principale, Rachel Weisz, est tout simplement magnifique dans le rôle de Kathryn qu'elle incarne à la quasi perfections (seuls une ou deux scènes sont critiquables). Je note aussi la présence de Benedict Cumberbatch remarquable dans son rôle dans la série anglaise Sherlock et qui, malgré son peu de temps de parole, incarne son personnage sans problèmes. Je note aussi l’interprétation tout aussi remarquable de Vanessa Redgrave dans le rôle de Madeleine Rees. Je ne dois pas non plus oublier les acteurs incarnant les policiers qui sont tout aussi crédibles. La réalisation est, à mon avis, maîtrisée. Nous avons une ambiance sombre, oppressante à certains moments, qui réussit à flirter avec la barbarie sans se complaire dans le spectacle de cette même barbarie.

Mais ce qui fait l'intérêt de ce film ce n'est pas les acteurs mais le thème. Le message principal concerne, bien entendu, les victimes du trafic d'êtres humains. Nous avons ici toutes les étapes d'un drame. Les jeunes filles font confiance à un proche qui les trahit et les vend à des exploiteurs qui les font travailler pour rembourser de sois-disantes dettes. Ce film nous montre l'exploitation, sordide, mais aussi la peur ressentie par ces femmes. Elle sont à la merci de leurs ravisseurs qui ont tout contrôle sur elles. En effet, ces derniers volent leurs papiers quand elles en ont. Elles peuvent donc être expulsée sans états d'âmes et n'ont aucune protections juridiques puisque leur statut de sans-papiers en fait des criminels par défaut. De plus, le contexte de la Bosnie n'est pas favorable à ces femmes. Les policiers sont largement corrompus voir des clients de ces bars ou les "serveuses" travaillent. Ceux qui sont censés les protéger font partie des exploiteurs.

A coté de ce thème du trafic se greffe un autre thème. En effet, Kathy quand elle veut aider ces femmes ne se heurtent pas seulement à des policiers. Elle se heurte au système entier. Celui-ci peut empêcher le travail de Kathy de plusieurs manières. Que ce soit en se tenant à la lettre de la loi comme le centre des réfugiés visible dans le film. En effet celui-ci expulse une victime parce qu'elle n'a pas de papiers l'empêchant donc de témoigner contre ses tortionnaires. Le second point c'est que cette femme a tenté de vaincre un crime qui a été accompli par des personnes qui font parties de l'institution chargée de réprimer ces agissements. Elle ne peut donc plus véritablement compter sur ses collègues ou sur sa hiérarchie. Nous pouvons voir à de nombreuses reprises ce fait que ce soit quand sa demande de réquisition est interceptée ou lorsque des policiers impliqués dans le crime interférent avec une de ses actions sur le terrain pour empêcher son exécution. Enfin, l'ONU elle-même n'a pas intérêt à ce que ce scandale éclate. En effet, une telle bombe réduirait à néant la crédibilité des troupes de maintien de la paix. Si ces dernières détruisent l'ordre plus qu'elles ne le créent pourquoi les accepter sur le terrain? Une telle perte mettrait durablement à mal l'ONU et ses capacités.

Ce dernier point est en lien avec le problème des armées privées. Nous avons eu, récemment, un débat médiatique sur ces armées privées en Suisse. Nous savons qu'un grand nombre de ces entreprises agissent en Irak et ont agi après Katrina aux USA. La question que pose l'existence des armées et forces de polices privées est fondamentales. Elle concerne le monopole de la force publique donnée à l'état. Ces armées et forces de polices privées mettent à mal ce monopole en possédant le pouvoir, concédé par l'état, d'agir en tant que forces de l'ordre. Hors, on peut se demander si une entreprise qui cherche le profit est vraiment adaptée pour une mission de service publique potentiellement à l'aide d'armes. Est-ce que l'on peut vraiment laisser ces privés s'occuper de notre sécurité et de l'ordre public? Ce film y répond clairement. En effet, Democra n'a pas intérêt à ce que ses méthodes et employés soient remis en cause. Si cela était le cas les pertes seraient énormes alors que rester sur le terrain implique des profits tout aussi énormes. De plus, les forces de Democra ne sont pas des forces entraînées et formées comme le sont les forces de polices. Comme le dit Kathy "je pensais rejoindre une force de policiers d'élites" au contraire elle rejoint une force dans laquelle il suffit d'avoir le bac et la majorité pour entrer. Ce sont donc des policiers sans aucune formations ni aucune idée de la manière de travailler en tant que policier ce qui ne peut que mener à des problèmes.

J'ai tenté, ici, de montrer la richesse de ce film. A mon avis, c'est l'un des meilleurs que j'aie vu actuellement et je suis convaincu qu'il mérite un succès au cinéma devant le public et devant les différents jurys chargé d'offrir les oscars ou les palmes d'or. Non seulement il est bien joué et bien réalisé mais le message qu'il offre est fondamental. Les questions posées devraient être débattues largement dans le cadre de la société civile et non pas occultée. C'est pourquoi j'affirme encore une fois que ce film est un chef-d’œuvre.

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27/11/2011

"vive la Commune!" de Louise Michel, "la Commune est proclamée" de Jules Vallès et "La guerre civile en France" de Karl Marx trois discours pour une révolution

Titre: "vive la Commune!", "la Commune est proclamée" et "La guerre civile en France"9782757822012.jpg
Auteurs: Louise Michel, Jules Vallès et Karl Marx
Éditeur: Points 2011
Pages: 62

La Commune est un événement révolutionnaire de l'année 1871. Alors que le Second Empire était en train de disparaître face à la Troisième République et que Paris était assiégée les citoyens de la Capitale agissaient seuls. Mais lorsque l'armée régulière tente de désarmer, en cachette, les citoyens parisiens ces derniers se soulèvent suivi, immédiatement, par les recrues qui étaient censées tirer dans la foule. La matinée a à peine montré le bout de son nez que la Commune était née! Ces trois discours ont donc cet événement particulier comme cadre. Le premier se déroule après la Commune. Il nous montre une partie du procès de Louise Michel. Cette dernière est une enseignante révolutionnaire qui aurait non seulement combattu dans un habit d'homme (un crime à l'époque) mais aussi demandé la mort des otages. Elle finira exilée au bagne. Mais son procès nous permet surtout de voir une femme possédant un fort caractère qui garde intact ses convictions appelant même le juge à la tuer! Le second discours est celui d'un journaliste, Jules Vallès, il devient un élu dans le cadre de la Commune mais il est aussi connu pour ses convictions révolutionnaires et sa défense farouche de la liberté d'expression. Enfin, nous avons le discours de Karl Marx. Il a été écrit très rapidement pour les travailleurs de Paris. Mais il s'est surtout transformée en une défense de la Commune qui venait d'être réprimée dans le sang. Il semblerait surtout que ce texte, en expliquant pourquoi la Commune a échoué, soit important pour comprendre la "nécessité" de la dictature du prolétariat. En effet, les communards n'ont pas organisé la classe ouvrière ni tenté de prendre le pouvoir sur la République. Ils se sont "contenté" de construire une démocratie que l'anarchisme ne renierait pas forcément.

Il est tout de même assez difficile de présenter un livre constitué de trois textes très différents. On passe d'un procès à un pamphlet tout en lisant un article de journal. Ces textes permettent surtout de comprendre les pensées de trois acteurs de cette révolution. Des personnes qui condamnent le fonctionnement de classe de la société et qui essaient de construire, intellectuellement ou non, une alternative. La Commune a échoué. Mais son histoire est-elle, pour autant, une simple annexe dans les livres? Au contraire, bien que je n'en sache que peu sur elle je sais qu'elle a été le lieu de nombreuses innovations. Par exemple, l'égalité des salaires entre les sexes y a été proclamée. Bien que les femmes n'avaient pas le droit de vote elles ont eu une forte influence sur l'activité politique de la Commune. De plus, de nombreuses lois de protections des travailleurs ont été proclamées avant même que l'idée ait germé dans la troisième république. Bref, c'est une histoire intense, riche et pleine d'enseignement!

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11:47 Écrit par Hassan dans Histoire, Livre, moderne | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : commune, paris | | | |  Facebook

20/11/2011

L'ordre et la morale (mais de qui?)

Hier soir je suis allé voir le nouveau film de Mathieu Kassowitz. Après être sorti du cinéma j'ai voulu en savoir un peu plus sur les événements et sur la vision du film. Il semble qu'il soit critiqué par de nombreuses parties et les événements sont loin d'être particulièrement clairs. Mais que nous montre le film? Nous sommes en 1988 en Nouvelle-Calédonie un territoire d'outre-mer français. Une attaque vient d'avoir lieu contre une gendarmerie. Elle a fait 4 morts et trente gendarmes sont pris en otage. Le commandant Legorjus est immédiatement dépêché sur place à la tête d'une unité du GIGN. Mais, à peine arrivé, il se rend compte que les choses ont pris un tour très différent. En effet, 300 soldats ont débarqué sur cette petite île et ont pris le contrôle d'un village. Tandis que Legorjus essaie vainement de trouver une solution pacifique il se rendra compte que certains hommes ne souhaite pas ce type de fin. Dans le même temps il sera le témoin des nombreux sévices mis en place par l'armée contre les autochtones. Pourra-t-il vraiment faire son travail? Pourra-t-il continuer à faire son travail?

Le début du film est clair: ça va mal se terminer. La question n'est donc pas comment les négociations vont se dérouler mais pourquoi cela se termine mal. Il faut se rendre compte que cet épisode dans une histoire plus longue semble avoir été le lieu d'un certains nombres de sévices. Bien que je ne connaisse pas l'histoire de cette prise d'otage dont je n'avais même jamais entendu parler auparavant une rapide recherche m'a permis de savoir qu'un certains nombre de preneurs d'otages ont été abattus d'une balle dans la tête et que les civils ont subis un certains nombre de vexation voir d'"interrogatoires musclés" (comprenez tortures).

Quand on regarde le film on se rend rapidement compte de deux choses: c'est une apologie de la gendarmerie et du GIGN et l'armée et les politiques sont condamnés. Le message est donc assez simple. La gendarmerie, surtout locale, tente de comprendre les motivations et demandes des preneurs d'otages. Pour cela il faut créer une relation de confiance mutuel et dialoguer (ça tombe bien la culture locale semble être très ouverte au dialogue). De l'autre coté, l'armée met en place la seule chose qu'elle sait faire: une logique de guerre. Elle est soutenue en cela par le clan Chirac qui souhaite une victoire à quelque jours des élections. Mais pas une victoire pacifique une victoire électorale. Au-dessus de tout cela les médias français font dans la surenchère sur les atrocités qui auraient eu lieu dans la gendarmerie. Ces différentes volontés ne peuvent se terminer que sur une chose: un assaut qui conduisit à la mort de 19 canaques. Mais la peinture des politiques comme des hommes qui n'ont aucun intérêt pour les vies mises en danger quand leur poste peut être remis en question est-il fidèle? L'armée qui remporte tous les blâmes est-elle vraiment meilleure de la gendarmerie qui semble être l'héroïne du respect et de la tolérance? Bref, ce film est-il trop manichéen ou trop militant? Pour quelqu'un qui ne connaît que très partiellement cette histoire il est difficile d'en juger mais cet événement reste impressionnant.

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18/11/2011

Chicago le moment 68. Territoires de la contestation étudiante et répression politique par Caroline Rolland-Diamond (une ville sous pression)

Titre: Chicago le moment 68. Territoires de la contestation étudiante et répression politiquechicago_prd.jpg
Auteur: Caroline Rolland-Diamond
Éditeur: Syllepse 2011
Pages: 365

Comme vous avez tous du vous en apercevoir j'ai une certaine fascination pour les années 60 et 70. C'est pourquoi je me suis récemment intéressé à des livres qui parlent de ces années. Donc, après un livre sur le MLF et un autre sur la LMR, j'ai continué dans cette voie avec un livre sur 1968. Plus précisément, l'auteure s'intéresse aux années 60 et au début des années 70 à Chicago dans le cadre précis du mouvement étudiant. Caroline Rolland-Diamond nous fait donc une histoire large des mouvements de 68 en essayant de comprendre comment ils sont devenus si forts et leurs revendications mais aussi pourquoi et comment ils ont brusquement disparu du paysage. Pour cela, l'auteure s'est plongée dans un nombre impressionnant d'archives dont ceux de la red squad (une équipe de la police spécialisée dans la surveillance et la répression des mouvements contestataires).

Le livre de Caroline Rolland-Diamond est structuré en quatre parties qui se déroulent avant, durant et peu après 1968. Les deux premières partie nous permettent de comprendre le militantisme étudiant et ses revendications avant les événements malheureux de cette si fameuse année. L'auteure y montre que le mouvement tire son origine de deux luttes. Premièrement, une lutte pour le pouvoir étudiant au sein de l'université qui consiste à demander la mise en place d'institutions acceptant la prise de parole des étudiants. Le second point concerne la guerre du Vietnam. Les étudiants ne sont pas seulement contre cette guerre pour des raisons d'idéologies pacifistes. Ils sont aussi inquiet des effets qu'elle peut avoir sur leur vie. En effet, ils ont peur de perdre leur droit aux études pour être incorporé de force dans l'armée. C'est dans ce sens que les bureaux de recrutement et la collaboration des universités avec l'armée et l'industrie militaire sont dénoncées. La seconde partie examine un autre mouvement: celui du Black Power. En effet, les afro-américains militent de plus en plus pour une place plus juste dans la société. Ceci les conduit à condamner les politiques raciales de la ville ou des universités. Une politique qui n'est pas toujours consciente mais, parfois, consécutive d'une structure sociale particulière. Au contraire des mouvements précédents, ces militants s’intègrent immédiatement dans la communauté large de la ville en essayant de les défendre et de les politiser. Cependant, l'auteure nous montre aussi que ces deux militantismes se rejoindront de plus en plus pour mener à une critique globale de la société et de son fonctionnement.

La troisième partie se concentre plus précisément sur les événements de 1968. Il est très important de lire d'une manière particulièrement attentive cette partie. En effet, 1968 connaît des événements extrêmement violents à Chicago alors que la Convention Démocrate est en cours. Et quand je parle de violence je ne parle pas, ou pas que, des militants. Je parle de la police dont les actions ont été officiellement qualifiées d'émeutes policières. Mais pourquoi faut-il lire cette partie avec prudence? Tout simplement parce qu'il serait trop simple de condamner unilatéralement la police. Bien entendu, elle est coupable. Mais il faut surtout comprendre comment ces événements ont pu avoir lieu et c'est exactement ce que l'Auteure nous permet de faire. Sa peinture de l'année 68 nous montre un tissus de facteurs qui se rejoignent pour expliquer cette explosion de violences. Les militants étudiants rejoignaient de plus en plus les thèses nationalistes noires et une forme de justification de la violence comme résistance. De plus, les actions précédentes de la police étaient accusées de mollesse par une grande partie de la classe politique dont, principalement, le maire Dailey. De plus, ce même maire faisait tout pour peindre les opposants à sa politique et à la guerre comme des envahisseurs étrangers violents tout en affirmant être prêt à supporter toutes les actions de la police jusqu'à dire publiquement qu'elle devait tirer pour tuer. Dans ce climat de tensions de plus en plus fortes et intenses les événements pouvaient difficilement se dérouler sans incidents.

La dernière partie nous parle de la répression et de la surveillance dont étaient victimes les étudiants. L'auteure nous montre que les opposants, qui pouvaient être simplement des personnes critiques face aux politiques du maire Dailey, étaient soumis à une intense pression policière. Non seulement la red squad faisait tout pour identifier les opposants. Mais, en plus, elle organisait des infiltrations permettant, parfois, de mettre en place des agents provocateurs pour lancer les militants dans des actions illégales ou créer des tensions avec les autres mouvements. Mais la police de Chicago n'est pas seule. Le FBI, la CIA, l'armée et même le fisc surveillent et répriment les militants. Cette pression policière a pris différentes formes. Aussi bien des arrestations massives lors des événements, l'arrestation pour fugues ou viol du code de la route sans preuves et même, dans au moins un cas avéré, une expédition d'assassinat. Nous nous trouvons donc en face d'une formidable force de répression qui a eu deux effets. Tout d'abord, les étudiants se sentaient de plus en plus légitimés à utiliser la violence pour se défendre. C'est donc une radicalisation que nous pouvons observer. Le second effet c'est que les mouvements étudiants qui se radicalisent se coupent de la base des étudiants ce qui les conduira à leur fin. Bien entendu, la répression n'est pas le seul facteur explicatif de la fin des mouvements de 68. Les luttes internes et la perte des ressources financières mobilisées pour payer les frais de justice, la radicalisation de certains, le retour d'un militantisme conservateur qui fait concurrence et la perte de certains leaders sont aussi des explications. Mais il est indéniable que Chicago a été le lieu d'une formidable machine répressive qui visait toutes les personnes critiques envers la politique municipale et fédérale ainsi que le fonctionnement de la société. A tel point que certains politiciens de l'époque ont parlé d'état policier.

J'ai, personnellement, trouvé ce livre très intéressant et très bien écrit. Je pourrais dire que j'aurais souhaité un peu plus d'informations sur des événements précis. Mais le choix d'essayer de trouver des explications et des facteurs plutôt que de se concentrer sur le récit simple des événements est loin d'être critiquable. Simplement, quelqu'un qui ne connais pas bien l'histoire des États-Unis lors des années 60 ou celle de Chicago peut être un peu perdue. Par exemple, je me demande encore ce qu'est exactement cette machine Dailey? Ce qui n'enlève rien au caractère convaincant des recherches de Caroline Rolland-Diamond. En résumé, je trouve que cette recherche a été très bien menée et l'utilisation de sources de la red squad nous permet d'entrer dans une vision différente de cette époque.

Image: Éditeur

04/11/2011

La Couleur des sentiments / The Help (une petite ville si paisible)

Ce film nous fait remonter le temps dans les États-Unis des années 60. Nous nous trouvons à Jackson au Mississipi. Skeeter revient de New-York pour trouver un travail dans le journal local ce qui lui permettrait d'acquérir assez d'expérience pour postuler dans une grande maison d'édition. Mais, en retournant dans la ville de son enfance, elle se rend compte que les domestiques payés par les blancs sont très mal traités par leurs patrons et patronnes. La proposition de l'une de ces amies d'obliger toutes les familles de construire des toilettes séparées pour les noirs au nom de l'hygiène l'a fait sortir de ses gonds. C'est pourquoi elle décide de contacter quelques domestiques pour écrire un livre sur leur vie selon leur point de vue. Pour savoir comment elles ressentent les traitements dont elles sont les victimes et comment elles vivent leur situation de dominées. Mais un tel livre n'est pas seulement illégal il est aussi dangereux pour les personnes qui l'écrivent.

J'ai beaucoup aimé ce film. Je n'ai malheureusement pas lu le livre dont il est l'adaptation mais je le trouve vraiment réussi. Les actrices sont tout simplement formidables et je me suis très rapidement identifié à elles. De plus, la manière dont est peinte l'époque me semble assez fidèle. On ressent très rapidement la séparation qui est faites entre les blancs et les noirs non seulement en regardant qui fait quoi mais aussi par les discours des blanches. Il n'est pas rare d'entendre des discours sur la criminalité, le manque de respect et la maladie que les personnes de couleurs porteraient naturellement. Ce film réussit aussi à nous faire rire tout en nous rendant triste. Les scènes révoltantes sont mises en reliefs par d'autres scènes drôles dont, par exemple, la fameuse tarte à l'ingrédient secret. Nous pouvons cependant nous demander, en tant que spectateurs, si ce film est aussi fidèle historiquement qu'on peut l’espérer. En effet, les hommes sont absents et un certain nombre de sévices ne sont pas montrés. Comme, par exemple, les pressions sexuelles et le KKK n'est que mentionné. Malheureusement je ne connais pas grand-chose sur l'histoire du racisme ni sur le mouvement des droits civils aux États-Unis et je ne suis donc pas capable de critiquer cet aspect.

Image: Site Officiel

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