03/11/2011

La Ligue Marxiste Révolutionnaire en Suisse romande (1969-1980) par Benoît Challand (la gauche de la gauche de la gauche)

Titre: La Ligue Marxiste Révolutionnaire en Suisse romande (1969-1980)337b3529aa.gif&t=1320416765&hash=282076dd6ca1866e6e44086d6e3bad294591430e
Auteur: Benoît Challand
Éditeur: Université de Fribourg 2000
Pages: 302

J'ai tendance à rester dans le cadre local Suisse romand dans mes dernières lectures sérieuses. Après le MLF de Genève je me suis intéressé à un groupe de la même époque: la Ligue Marxiste Révolutionnaire. Pour comprendre ce parti trotskiste il est nécessaire de lire le superbe mémoire de Benoît Challand. L'auteur nous fait entrer dans le fonctionnement intime de ce parti en organisant une analyse en trois parties. La première partie se base principalement sur les débuts de la LMR et son développement. L'auteur nous fait entrer dans le processus de création de ce parti qui a conduit une partie des membres du POP à préparer, dans le secret, une dissidence qui a abouti sur une scission. Cette partie nous permet de voir que la LMR a non seulement réussi à s'organiser en un temps record mais a aussi réussit à devenir un parti national en relativement peu de temps.

Dans une seconde partie l'auteur nous fait rentrer dans les publications de la LMR: la Brèche. Non seulement ce journal s'est organisé plus rapidement encore que le parti mais il a réussi à se développer dans toute la Suisse. Les thèmes qui y sont traités vont de la politique locale à l'international, des théories à la culture. Mais, après les années d'euphories, les tirages baissent et certains titres traduits cessent même de paraître. La troisième partie se pose la question de la pratique du militantisme. Pour cela l'auteur examine deux points: comment le militantisme est organisé et comment les militants ressentent leur vie dans la LMR. Mais les conclusions de ces deux chapitres sont claires. Le militantisme LMR était structuré, organisé et chronophage. Les membres de la LMR devaient donner de leur temps pour de nombreuses causes et de nombreuses réunions ce qui a engendré un turnover fort et une difficulté de recrutement. De plus, le parti demandait une certaine qualité de réflexion aux militants. Les nouveaux devaient donc passer par une période d’apprentissage rude avant de pouvoir voter.

Je dois le dire tout de suite. Je trouve que le travail de Benoît Challand est très impressionnant. Non seulement il a dépouillé un nombre important de sources mais, en plus, il a conduit une dizaine d'entretiens. Ce travail se ressent tout au long du livre. Nous y trouvons une analyse très précise et détaillée de tous les aspects de la LMR sauf un qui est l'idéologie. Ne pas avoir voulu présenter l'idéologie de la LMR est, à mon avis, le seul point négatif de ce livre. En effet, je pense qu'il est difficile de comprendre le militantisme, surtout dans le contexte de la LMR, sans prendre en compte ce qui pousse à militer. Je pense, de plus, que ce livre aurait pu devenir meilleur si l'auteur avait présenté la LMR dans le contexte historique des années 70. Je ne dis pas que ce contexte n'est pas connu par M Challand. Mais ce livre, bien que brillant, manque singulièrement de vie. La lecture m'a donné une impression de relative aridité. Je pense qu'insérer la LMR dans les réseaux de militantisme, les luttes historiques et les combats politiques aurait pu donner un peu plus de vie à cette histoire. Mais ce point n'enlève rien à la richesse déjà très importante de ce travail de mémoire

Image : Université de Fribourg

15:41 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Livre, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lmr, gauche, révolution | | | |  Facebook

30/08/2011

La terreur et le désarroi Staline et son système par Nicolas Werth

Titre: La terreur et le désarroi Staline et son système9782262024628.gif
Auteur: Nicolas Werth
Éditeur: Perrin 2007
Pages: 614

Nicolas Werth est l'un des contributeurs du très célèbre, et controversé, Livre Noir du Communisme. Un livre que je n'ai toujours pas lu mais que je devrais parcourir un de ces jours. Il semble, après la lecture de ce livre, que Nicolas Werth est l'un des experts concernant les violences politiques et sociales en URSS. En tout cas, les articles qui forment ce recueil concernent toutes les formes de violences qu'elles soient de la part de l'état soviétique ou des paysans. Et justement, c'est un sujet que je ne connais pratiquement pas. Comme tout le monde j'ai eu, à l'école, des cours sur la famine ukrainienne et la Grande Terreur stalinienne qui toucha un certains nombre d'officiers et de membres du parti bolchevique. Mais ce livre m'a montré que ces deux points ne sont que de petites parties d'un système répressif et terroristes bien plus vaste.

Les articles qui sont réunis dans ce livre de 600 pages m'ont permis de bien mieux connaître le système terroriste de l'état stalinien. Mais j'y ai aussi beaucoup appris sur la violence des résistants qu'ils soient des paysans considérés comme des koulaks ou des propagateurs de rumeurs. Nous y lisons que la violence politique et sociale en URSS dépasse largement la Grande Terreur et la famine ukrainienne. En effet, ce qu'on découvre dans ce livre c'est un état qui fonctionne sur la criminalisation intensive de la population et sur la peur d'une nouvelle révolution. C'est dans ce contexte que l'on peut mieux imaginer des déportations massives que ce soit au goulag (un peu plus de deux millions de personnes ont connu le Goulag durant Staline) et dans des peuplements spéciaux. Les personnes incarcérées pouvaient aussi bien être des classes suspectes, des peuples punis pour avoir été contre-révolutionnaire que de simples voleurs qui ont été poussé au crime par la faim. Ce que l'on découvre c'est donc un vaste système répressif couvert par plusieurs affaires successives chacune ciblant une certaine part de la population. Mais Nicolas Werth nous montre aussi que les premières années de la révolution russe ont connu une formidable résistance de la part de paysans armés qui ont, parfois, tenu des pays entiers face aux rouges comme aux blancs. C'est, en bref, le portrait d'une société brutalisée que nous fait Nicolas Werth.

Bien que le thème traité par Nicolas Werth dans ses articles soit très intéressant j'ai trouvé le livre assez peu passionnant. Mis à part le coté histoire politique qui est contrebalancé par un coté histoire sociale qui permet de mettre en lien les événements avec les acteurs et la manière dont ils réagissent c'est surtout le coté très redondant du livre qui m'a dérangé. En effet, ce livre est un recueil de différents articles écrit par Nicolas Werth. L'auteur les a classé d'une manière logique et un fil rouge est très clair quand on fait une lecture attentive. Cependant, Nicolas Werth reprend, souvent, les mêmes informations dans plusieurs de ces articles. Bien que cela permette de les garder en tête je me suis pris à être un peu lassé de ces retours en arrières sur des informations déjà fournies. Cependant, ce livre donne un portait important et très clair des violences politiques et sociales sous Staline et pour cela je pense qu'il est indispensable quand o souhaite comprendre cette époque de la Russie dites communiste.

Image: Éditeur

21/08/2011

Rapport sur Auschwitz par Primo Levi

Titre: Rapport sur Auschwitz41DTC74EWFL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Primo Levi

Traducteur: Catherine Petitjean
Éditeur: Kimé 2005
Pages: 111

Je me suis toujours promis que je lirais Primo Levi un jour. Pas parce que j'aimerais ce dont il parle ou parce que j'ai envie de lire sur le sujet mais parce que je pense qu'il est nécessaire de se souvenir des événements que Primo Levi a relatés, selon sa propre expérience, dans ses livres. J'ai voulu commencer par son Rapport, écrit sur la demande des autorités Soviétiques, sur l'hygiène et la santé dans le camp de Monowitz. Pourquoi lire ce rapport? Premièrement parce qu'il a été écrit très peu de temps après les événements. Nous avons donc, dans une perspective strictement rationnelle, un témoignage rapide écrit par un chimiste, Primo Levi, et un médecin, Leonardo Debenedetti sur un aspect particulier du camp particulier de Monowitz. Nous avons donc un résumé quasiment immédiat des problèmes de santé qu'a connu un camp nazi en Pologne. On y trouve les conditions de déportation suivie d'un état des lieux des "dortoirs". Levi nous dit que ces derniers ne semblaient propres qu'au premier regarde. On apprend aussi qu'elles étaient les maladies les plus communes dans ce camp. Sans grande surprises celles-ci concernent surtout la fatigue, la nourriture, les accidents ou maladies de "travail" (plutôt de l'esclavage) et le froid. Ce rapport nous donne aussi le fonctionnement des hôpitaux du camp qui sont sous-équipés autant en médecins qu'en médicaments et qui ne connaissaient qu'une hygiène très relative voir inexistante. La seconde raison pour lire ce rapport est que Primo Levi, selon le petit essaie publié dans ce même livre et écrit par Philippe Mesnard, y a trouvé l'une des sources pour ses écrits ultérieurs que le rapport annoncerait.

Justement, ce petit essai, bien que peut être peu passionnant, permet d'avoir une idée assez précise de l’œuvre de Primo Levi et de son lien avec le devoir de mémoire. Il nous donne, en effet, les informations de bases sur la biographie de Primo Levi mais aussi sur sa bibliographie. Ce qui nous permet de mieux comprendre comment les livres de Primo Levi s'inscrivent dans une continuité d'une recherche de compréhension face à des événements inédits dans leur ampleur et - peut être? - innommables. J'ai donc, personnellement, pensé qu'il était utile de lire ce Rapport. Mais il ne faut pas y chercher la parole d'un survivant. On y trouve, au contraire, une parole beaucoup plus rationnelle dans le sens ou ce Rapport a été écrit dans l'idée de donner des informations précises sur un fonctionnement et non la mémoire d'une personne. Je pense donc que si on souhaite trouver la parole de Levi comme survivant il faudra se tourner vers un autre de ses livres sans, pour antant, minimiser l'intérêt du Rapport.

Image: Amazon

18:54 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : primo levi, auschwitz | | | |  Facebook

15/08/2011

Une histoire politique du pantalon par Christine Bard

Titre: Une histoire politique du pantalon9782021004076.jpg
Auteure: Christine Bard
Éditeur: seuil 2010
Pages: 392

J'avais lu, et beaucoup apprécié, l'histoire de la jupe écrite par Christine Bard. Mais ce petit livre n'était qu'un extrait, ou plutôt une extension, de cette histoire du pantalon. Une histoire politique comme le définit l'auteure. Politique car elle charge la lutte pour le port du pantalon ou son interdiction dans une perspective de lutte de pouvoir face à la domination structurelle et naturalisée des hommes. Pour cela elle nous peint une gigantesque histoire qui prend place depuis la Révolution française jusqu'à aujourd'hui. Face au nombre des années que cela implique il est nécessaire de diviser rigoureusement les périodes. Mais quels sont les conclusions de Christine Bard?

Ce qui m'a, personnellement, frappé dans ce travail c'est que la lutte pour le pantalon semble être très fortement lié aux luttes en faveurs femmes. Le pantalon n'était pas seulement pensé comme un habit agréable à porter, bien que ce point explique sa force dans le cadre du sport féminin, mais comme un avatar d'un pouvoir politique. Porter le pantalon n'était pas seulement choisir un bout de tissus face à un autre mais remettre en cause un ordre sexué et les différences de sexes. D’où une certaine peur de l'indifférenciation sexuelle et la rupture de l'ordre "naturel" qui a été pensé par des hommes qu'ils soient médecins, historiens ou hommes d'églises et j'en passe ainsi que des femmes de temps en temps. Ainsi, porter le pantalon, pour une femme,  est une manière de remettre en cause l'infériorité féminine. Cela va au point ou certaines femmes considèrent qu'être féminin est mauvais en sois et souhaiteraient devenir des hommes, se viriliser. Bien entendu ceci est un résumé très rapide de plusieurs centaines de pages. J'ai aussi trouvé très intéressant de noter que le pantalon permet de se défendre face à des agressions. Le vêtement est fermé au contraire de la jupe ou de la robe. Les accidents ou les viols sont donc plus simples. Mettre un pantalon permet de cacher sa féminité lors des époques ou les différences de genre sont très fortement réglées par les habits et d'éviter d'être "disponible" (dans cette perspective il pourrait être intéressant, pour un homme, d'essayer la jupe pour comprendre ce type de vulnérabilité peut être un peu voulue).

J'ai donc beaucoup apprécié ce livre qui a le mérite d'essayer de faire une histoire totale d'un vêtement très symbolique. L'auteure considère même que l'accès au pantalon pourrait être mis en parallèle avec la condition féminine. Non seulement le propos est des plus intéressants mais son développement permet quasiment de suivre au jour le jour les changements historiques concernant ce vêtement. Le livre se termine sur le constat que la jupe passe d'un statut obligatoire à être presque interdite dans certains cas ce qui permet à l'auteur de se lancer dans un début d'analyse. Un chapitre qui, en somme, annonce son livre sur jupe qui pourrait presque être considéré comme partie intégrante de son histoire du pantalon.

Image: Éditeur

01/08/2011

Gonzague de Reynold: Idéologue d'une Suisse autoritaire par Aram Mattioli

Titre: Gonzague de Reynold: Idéologue d'une Suisse autoritaire ( Zwischen Demokratie une totalitärer Diktatur: Gonzague de Reynold une die Tradition des autoritären Rechten in des Schweiz)
Auteur: Aram Mattioli

Traducteurs: Dorothea Elbaz et Jean Steinauer
Éditeur: Éditions universitaire de Fribourg 1997
Pages: 330

Comme j'aime ne pas aller dans le bon sens je me suis dit qu'il pourrait être drôle de parler de ce livre le jours de la fête nationale. De plus, Gonzague de Reynold semble être de moins en moins connu alors qu'il a été l'une des personnalités suisses les plus importantes lors de la première moitié du XXe siècle. Mais qui est cet homme? Un fribourgeois compte de Cressier qui a étudié les lettres à Fribourg et à Paris. Il a écrit de nombreuses œuvres ainsi que des recherches de caractère historique. Mais c'est surtout l'individu qui a mis en place une forme de nationalisme suisse très particulier. Un nationalisme basé sur la différence des suisses face au monde mais aussi à une envie de retourner à un système d'ancien régime pensé comme meilleur que la modernité et la démocratie qui seraient les causes d'une décadence de la Suisse et de l'Europe en général. Cet homme ne s'est pas seulement contenté de parler il a aussi connu les plus grands dictateurs européens de l'époque. que ce soit Mussolini ou les milieux nazys ou encore les frontistes suisses il les as tous plus ou moins connus et fréquentés. Une fréquentation qui pouvait aussi déboucher sur des "erreurs" peu pardonnables.

Mais Gonzague de Reynold, bien que clairement en faveurs d'une suisse autoritaire, n'est jamais devenu fasciste ou nazy. Non, ce qu'il voulait c'était une dictature suisse catholique. Proche de ce qu'il pensait être celle de Salazar au Portugal. Ce qui l'a mené à écrire de nombreux livres en faveurs de ce nouveau régime et même à préparer une prise de pouvoir. Mais pourquoi parler de lui? Mis à part son importance lors du XXe siècle il est surtout le parfait exemple d'une certaine classe sociale. Une classe qui n'apprécie pas la modernité et la démocratie et qui souhaite revenir aux temps de l'inégalité d'ancien régime sous la force d'un homme religieux: un landamman. C'est pourquoi il est important de comprendre Gonzague de Reynold car il est l'archétype d'un certains mouvement de pensée qui n'était pas l'exception en Suisse même si ce n'était pas des idées majoritaires.

Mais je n'ai pas encore dit mon avis sur ce travail de recherche. J'ai trouvé que l'auteur avait parfaitement réussit son but qui était d'utiliser de Reynold comme témoin de la culture d'une époque. En effet, par l'entremise de la vie de cet homme c'est tout un contexte politique et culturel qui se dévoile devant nous. Pour cela l'auteur a utilisé de nombreuses sources qui sont aussi bien journalistiques, des œuvres ou encore épistolaires. Ce qui permet d'entrer vraiment dans la vie de Gonzague de Reynold. Malheureusement, la traduction souffre de nombreuses coquilles et, surtout, l'éditeur de cette traduction a décidé d'expurger une grande partie de l'appareil critique. Une décision que je ne peux que déplorer. Mais cette recherche est très intéressante et je trouve qu'il important de la communiquer puisqu'elle permet de révéler des attitudes et des mouvements qui ont été oublié par l'histoire officielle. En effet, Gonzague de Reynold n'a jamais vraiment été inquiété pour ses activités anti-démocratique alors que l'auteur, selon ses dire, de ce livre a été fiché par la police fédéral pour ses recherches sur de Reynold.

28/07/2011

la globalisation de la surveillance: aux origines de l'ordre sécuritaire par Armand Mattelart

Titre: la globalisation de la surveillance: aux origines de l'ordre sécuritaire9782707156259.gif
Auteur: Armand Mattelart
Éditeur: La Découverte 2007
Pages: 259

Je suis souvent surpris du manque actuel de débat sur la surveillance croissante des citoyens. Je suis encore plus surpris que les seuls débats qui réussissent à prendre place ne sont pas sur le thème de la surveillance et des problèmes que cela pose à la démocratie mais sur le nombre de mesures sécuritaires qu'il faut prendre pour ne rien risquer. C'est ainsi que nous avons perdu notre droit à l'anonymat derrière facebook, google +, les scanners corporels, les caméras de surveillance et les passeports biométriques avec puces RFID. Tout ceci au nom de la sécurité et de la facilité. Tout ceci aussi sans aucun réel débats sur le processus de surveillance et de contrôle du citoyen de plus en plus poussé qui se déroule sous nos yeux.

C'est pour pouvoir m'informer et informer mon entourage que j'ai commencé à lire ce qu'a écrit Armand Mattelart. J'avais déjà fait quelque petits pas dans ce types de recherches mais je n'avais pas encore consulté un livre aussi complet. En effet, l'auteur y fait la généalogie de la société de surveillance actuelle. Il remonte au XIXe siècle durant lequel l'anthropométrie et les premières utilisations des données biométriques et des fichiers biométriques ont été théorisé et créé. Il continue avec une présentation des théories des foules alors que les élites bourgeoises de l'époque craignaient ces même foules. Ce qui permet à l'auteur de passer du contrôle des populations par la police et la justice au même contrôle par les dispositifs d'exceptions, autrement dit la fin de certains droits au nom d'un moment dangereux pour l'état, et la propagande. L'auteur nous offre aussi un panorama des pratiques de tortures en nous offrant des informations sur des écoles soutenues, si ce n'est crées, par les USA.

Mais, quand on s'intéresse aux derniers développement, c'est la dernière partie du livre d'Armand Mattelart qu'il nous faut parcourir. Lors de ces derniers chapitres l'auteur nous montre que la peur de l'étranger, du terrorisme et la consommation/publicité ont permis aux législateurs de créer des états d'exceptions via des lois du type Patriot Act. Ces lois ont pour effet de surveiller de plus en plus précisément le citoyen et ses activités au nom de la sécurité de l'état et des citoyens face à une menace externe et interne (on connait l'importance de définir des ennemis intérieurs mais aussi extérieurs). Mais les états ne sont pas les seuls qui surveillent les citoyens. Les compagnies capitalistes sont aussi dans ce cas au nom de la croissance. En effet, tracer ce que les personnes achètent ou utilisent permet de cibler les campagnes promotionnelles à moindre coûts. Au final, c'est un maillage de plus en plus étroit qui est appliqué sur les citoyens qui ne peuvent qu'être transparent face à l'état et aux compagnies. Ceci se fait au prix des droits démocratiques qui deviennent de plus en plus minces.

En tant que lecteur j'ai été très impressionné par ce livre. Je trouve qu'il a le grand mérite d'historiciser des pratiques actuelles. Ce qui nous permet de mieux comprendre la manière dont elles sont appliquées et pourquoi elles le sont d'une telle manière. Mais plus qu'une recherche exemplaire c'est un livre qui permet d'ouvrir le débat sur les pratiques de surveillance. En effet, je suis convaincu qu'il est nécessaire de se demander quel type de société on souhaite. Une société qui est basée sur la confiance et le droit à vivre différemment? Ou alors une société de plus en plus proche de 1984? Ce n'est pas qu'une question philosophique ou une question de gauche. C'est un débat sur lequel nous devrions tous réfléchir quel que soient nos opinions politiques. Car dans le cadre d'une démocratie le débat est plus qu'un droit c'est une nécessité. D'autant plus lorsque la démocratie elle-même peut être remise en question par les réponses données.

Image: éditeur

20/07/2011

Généalogie de l'Islamisme par Olivier Roy

Titre: Généalogie de l'Islamisme9782818500842-V.jpg
Auteur: Olivier Roy
Éditeur: Hachette Littératures 1995 (2001 pour la préface). Collection Pluriel
Pages: 118

L'islam est devenu une question importante pour la société Suisse et Européenne c'est un fait. Mais les remarques et réponses posées à cette religions sont souvent représentatives d'un manque total de compréhension. Ainsi, on met dans le même panier tous les musulmans ainsi que toutes leurs organisations et on les présentent comme étant culturellement opposé à la démocratie occidentale et aux droits de l'homme et de la femme. Une telle généralisation n'est pas seulement dangereuse elle est aussi fausse. C'est pourquoi, face à ces arguments culturalistes qui abondent dans les médias et les partis, il est nécessaire, pour mieux comprendre, de lire des petits livres comme celui d'Olivier Roy. L'auteur se propose de présenter rapidement ce qu'est l'islamisme, son idéologie et non la religion il y a une différence importante et souvent oubliée.

Pour faire cela j'ai eu l'impression que l'auteur s'est attaqué à deux principales questions. Premièrement, la question historique dans laquelle Olivier Roy tente de nous montrer l'histoire du radicalisme islamique. Dans ce gros chapitre il revient sur les trois divisions internes à la religion musulmane. Ce qui lui permet d'expliquer les différences fondamentales entre un Chiite et un Sunnite. Des différences souvent oubliée quand on lit la presse. Dans un second temps l'auteur nous présente les mouvements radicaux plus contemporains au travers, non seulement, de leurs organisations dont il trace la généalogie mais aussi des penseurs principaux.

C'est dans les deux dernier chapitres que Olivier Roy examine le prétendu danger de la religion islamique pour la démocratie. Les discours que nous pouvons tous lire considèrent que cette religion est par essence contre la modernité et la démocratie. Mais ce qu'Olivier Roy nous démontre c'est que les organisations radicales sont en train de se normaliser en entrant dans le jeu politique démocratique local. Même si nous refusions cette observation on ne doit pas oublier que les organisations islamiques ne sont pas lancées contre l'occident mais contre leurs propres dirigeants considérés comme impies ou comme volant la souveraineté qui ne peut appartenir qu'à Dieu. Il est tout aussi important d'observer que les islamistes sont des produits de la modernité et de la globalisation. Deux choses qui ont impliqués des changements à la fois importants et rapides dans le monde musulman et occidental. Les membres, jeunes, de ces réseaux dont, en particulier, Al Qu'aida, sont donc des personnes qui ont perdu leur identité historique. L'entrée dans le radicalisme permet de retrouver une identité.

Comme je l'ai déjà dit, les discours actuels sur la religion musulmane et sur le monde arabe ou musulman (ce n'est pas pareil) semblent montrer une importante incompréhension. Je ne peux donc que saluer un livre comme celui d'Olivier Roy qui permet d'avoir un résumé court de l'histoire du radicalisme islamiste et des mouvements ayant existé et existant actuellement. Le fait qu'il soit court ne peut que jouer en sa faveur puisque cela permet de se faire une idée rapide sans avoir à entrer dans un livre de 600 pages. je pense donc qu'il serait important que les journalistes, les politiciens et les citoyens en général lisent des livres de ce type avant de croire sur parole ce que l'on dit de l'islam. Et peut être comprendrions nous enfin qu'une personne différente n'est pas forcément une ennemi mortel.

Image: éditeur

14/07/2011

Le fascisme italien 1919-1945 par Pierre Milza et Serge Berstein

Titre: Le fascisme italien 1919-19459782020055130.jpg
Auteurs: Pierre Milza et Serge Berstein
Éditeur: Seuil 1980
Pages: 438

Je dois l'avouer, je ne connais pratiquement rien sur le fascisme italien. Bien entendu je connais mes bases je sais qui était Mussolini, je connais la marche sur Rome ainsi que l'axe Rome-Berlin. Je sais aussi quels sont les formes qu'ont prises le fascisme sur la société italienne. Mais j'ignore totalement comment le fascisme est arrivé au pouvoir. Quels sont les liens qui ont été tissé entre ce petit bourgeois qu'est Mussolini et les classes dirigeantes italiennes. J'ignore aussi le fonctionnement réel de la politique fasciste et de la société fasciste dont, par exemple, comment la politique étrangère était pensée et comment la culture fasciste était créée. Je n'ai pas non plus beaucoup de connaissances sur la résistance au fascisme italien. C'est pour pallier à ces ignorances que je me suis plongé dans ce livre.

Si je dois donner un bon point c'est que ce livre semble être très complet. En effet, nous y trouvons un panorama très large du fascisme italien. Les auteurs examinent aussi bien la période pré-fasciste avec les faillites de l'état libérale italien et le contexte de lutte insurrectionnelle du prolétariat italien, ce qui a conduit à une alliance des classes dirigeantes avec le fascisme, que la période de vingt ans du fascisme proprement dit. On y trouve aussi une analyse de la culture fasciste et des liens avec le Vatican. Ces liens étant plutôt conflictuels même si Pie XI préférait le Duce au Communisme. Ce livre permet aussi de comprendre comment le fascisme de Mussolini a tenté de contrôler toute la société. Pas seulement en créant des institutions fascistes mais en encadrant toute leur vie les citoyens italiens dans les structures fascistes pour en faire des hommes nouveaux, des hommes fascistes. Enfin, il nous permet aussi d'avoir une vue sur la politique extérieure de Mussolini. Une politique qui semble avoir été plus instinctive que réfléchie puisque le Duce agissait selon ses désirs plus que selon les besoins de l'Italie. Ces actions ont, d'ailleurs, été désastreuses pour l'économie italienne. Ce livre est, à mon avis, un bon moyen de mieux comprendre le fascisme italien, son origine et son fonctionnement. De plus, sa bibliographie, très large, nous permet de trouver des ouvrages analysant certains points d'une manière plus pointue. Il reste à savoir si la littérature a profondément changé depuis 1980.

Image: Seuil

18:30 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Livre, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fascisme, mussolini, italie | | | |  Facebook

05/07/2011

Délit d'humanité: l'affaire Grüninger (Grüninger Fall: Geschichten von Flucht und Hilfe) par Stefan Keller

Titre: Délit d'humanité: l'affaire Grüninger

Titre original: Grüninger Fall: Geschichten von Flucht und Hilfe
Auteur: Stefan Keller
Traducteur: Ursula Gaillard
Éditeur: Éditions d'en Bas 1994 (rotpunktverlag 1993 édition originale)
Pages: 221

J'ai déjà lu un certains nombre de livres qui condamnent l'attitude de la Suisse, de ses dirigeants et bureaucrates, durant la seconde guerre mondiale. Ces condamnations visent particulièrement deux politiques: celle de l'argent et celle des réfugiés. En effet, la Suisse a collaboré économique avec l'Allemagne et elle a mis en place une politique d'asile très restrictive qui consistait à ferme les frontières à tous les juifs. Mais notre pays a aussi connu des résistants. Des personnes qui n'ont pas respecté la politique officielle, la loi, et ont aidé des réfugiés à passer la frontière pour se sauver du joug nazy et d'une mort quasi certaine. Ce livre narre l'histoire de l'un de ces résistants, l'un des juste parmi les nations de nationalité suisse: Paul Grüninger commandant de police du canton de Saint-Gall.

Ce commandant a la lourde tâche de gérer l'afflux de réfugiés politiques et juifs qui ont suivi l'Anschluss et les pogroms de Vienne. Mais il semble être tombé en désaccord avec la politique fédérale qui souhaite fermer hermétiquement les frontières helvétiques. Le commandant, peut être secondé politique par le conseiller d'état socialiste de l'époque, Valentin Keel, Grüninger contourne la loi. Il le fait de multiples manières que ce soit en accordant des autorisations de séjours, en aidant la famille des juifs déjà sur le sol Suisse ou encore en envoyant des citation à comparaître au camps de Dachau! Mais, ce faisant, le commandant se rend coupable de frauduler des documents officiels qu'il antidate. C'est tout un réseau entre les politiques, les policiers et les institutions juives saint galloise qui semble se dévoiler lors de la lecture. Un réseau qui sera mis à mal quand Grüninger sera suspendu et renvoyé puis soupçonné de malversation financières, de corruption et de mœurs un peu trop libre. Des soupçons qui existent encore mais qui n'ont jamais été prouvé au contraire selon l'auteur!

J'ai beaucoup apprécié en savoir plus sur ce héros suisse. Un héros tout de même partiellement accepté puisqu'il n'a jamais été lavé de sa condamnation judiciaire bien qu'il soit encensé par de nombreuses personnes et institutions dont Yad Vashem qui l'a institué Juste Parmi les Nations en 1971 un an avant sa mort. Mais qu'ai-je pensé du livre en lui-même? Bien que sa lecture m'ait plu, comme je l'ai déjà dit, j'ai été frustré à de nombreuses reprises. Ainsi, l'appareil critique est totalement absent. Autrement dit, il est très difficile de savoir d'où l'auteur tire ses propos et ses citations. Il arrive même que l'auteur cite des personnes d'une manière peu claire et on se demande si on lit ce que l'auteur a écrit ou des retranscription. Mais peut-être est-ce dû à la traduction? J'ai aussi eu l'impression, souvent, d'une histoire un peu brouillonne. je n'ai pas eu l'impression que l'auteur soit allé jusqu'au bout de certaines questions et je souhaiterais en savoir plus sur les relations entre Keel, Grüninger et les institutions juives. J'aimerais aussi en savoir plus sur les individus qui ont lutté contre ce réseau d'immigration.

Site sur Paul Grüninger au Yad Vashem

Site sur Paul Grüninger

28/06/2011

Web history sous la direction de Niels Brügger

Titre: Web history310469_cover.jpg
Auteur: Niels Brügger
Éditeur: Peter Lang 2010
Pages: 362

Le web, comme tout le monde le sait, a profondément changé notre façon de vivre. En effet, depuis son apparition dans le public celui-ci a révolutionné ou est en voie de révolutionner plusieurs aspects de notre société. Il est donc naturel que des chercheurs tentent de comprendre le web. Mais la rapidité des changements informatiques ont impliqué que les recherches se sont faites surtout sur des aspects immédiats du web sans réussir à comprendre sa dimension historique. Il est vrai que réussir une histoire du web est compliqué. Il faut créer une nouvelle méthodologie à partir d'un matériel dont la principale caractéristique est la rapidité et l'oubli du passé. Comment, dans ce contexte, réussir à analyser d'une manière historique le web? C'est ce que ce livre tente de nous montrer.

Pour comprendre comment on peut faire de l'histoire du web l'éditeur, Niels Brügger, a décidé de diviser le livre en quatre parties. La première nous donne les aspects les plus théoriques de ce type d'histoire. Cette première partie nous permet de connaître l'objet mais aussi les principaux enjeux de l'archivage du web. Un archivage nécessairement incomplet puisqu'une grande partie des contenus ont disparus et puisque l'on ne peut pas tout archiver. Il faut donc faire un choix.

La seconde et la troisième partie m'ont paru plus intéressante car nous entrons dans l'histoire du web proprement dites plutôt que dans les aspects méthodologiques. Pour cela nous avons accès à des exemples qui analysent aussi bien l'aspect culturel que l'aspect économique du web. Les contributions que j'ai le plus appréciées sont celles qui analysent l'usage du web par les groupes d'extrême droite des États-Unis et l'usage de la webcam. Dans le coté économique j'ai beaucoup aimé l'article concernant le développement du site internet de la BBC. Cet article nous montre très bien que le développement ne dépend pas seulement des aspects techniques ou des acteurs mais aussi des événements. En effet, certains événements particuliers ont obligé les acteurs de la BBC à changer leur manière de comprendre le web et de l'utiliser en direction d'un rapport plus étroit avec le citoyen devenu contributeur.

La dernière partie m'a moins intéressé et j'avoue ne pas avoir pris le temps de la lire avec attention. Elle concerne les défis de l'utilisation du matériel du web dans le contexte des musées et des archives. Comment créer une collection avec le web? Comment l'organiser? Et surtout, comment la présenter au public?

Étant donné que ce livre est le premier volume concernant l'histoire du web que j'aie parcouru je ne suis pas capable de faire une véritable critique. Le fait qu'il soit écrit en anglais est aussi un facteur important puisque ma lecture en a été un peu plus difficile. Cependant, le vocabulaire n'est pas particulièrement compliqué pour quelqu'un qui est habitué à lire en anglais. J'ai aussi trouvé les contributions intéressantes dans l'ensemble. Mais ce qui fait l'intérêt de ce livre c'est surtout qu'il s'intéresse à un champs scientifique encore marginal mais qui, à mon avis, ne peut que prendre de l'importance à mesure que le web prendra se développera. Il est donc important que ce champs se développe et que l'on réfléchisse à archiver sérieusement le web.

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24/06/2011

The Guantanamo trap

Il est difficile de parler de ce film. Non seulement parce que son sujet est particulièrement touchant humainement parlant mais aussi parce que ce même sujet est particulièrement sensible et crée des débats infinis. Concrètement, ce documentaire nous offre l'opportunité de suivre quatre personnes. Nous pouvons entendre leurs témoignages et réflexions ainsi que la manière dont cette prison tristement connue a changé leur vie. Le premier de ces personnages est un allemand dont nous avons tous entendu parler: Murat Kurnaz. Il a été emprisonné et questionné durant de nombreuses années à Guantanamo. Il a donc connu les tortures de cette prison et a été accusé d'être membre d'al quaida. Le second intervenant que je présenterais est un espagnol qui a aussi connu la torture mais dans les geôles de Franco et a aussi connu les fausses accusations: Gonzalo Boye. Il a été avocat de l'accusation lors du procès des terroristes de Madrid. Il est aussi à l'origine d'une procédure contre Bush et son administration pour crime contre l'humanité. Le troisième intervenant est aussi avocat et il a servit, en tant que soldat, à Guantanamo et se nomme Matt Diaz. Il a contribué à fermer les accès aux informations sur la prison aux journalistes et aux avocats de la défense concédés aux prisonniers torturés. Mais il a risqué sa carrière pour offrir les noms des prisonniers à une avocate des droits de l'homme. Enfin, je terminerais avec une avocate militaire: Diane Beaver. Elle est connue pour avoir rédigé un rapport sur les utilisations possibles de certaines formes d'interrogations musclées. Ce rapport semble être à la base de la politique américaine sur la torture du moins dans sa forme légalisée (bien qu'illégale).

Ce film est très émouvant à voir surtout parce que Kurnaz semble ne pas encore s'être remis de son expérience. La douleur est visible dans ses yeux sur lesquels insiste le réalisateur lors de plans impressionnant. Mais ce qui m'a le plus choqué ce ne sont pas les expériences de Kurnaz mais le discours de Beaver. Celle-ci semble être incapable de comprendre ce qui est mal dans les événements de Guantanamo. Elle se justifie fréquemment en invoquant le devoir et la défense de la patrie mais elle ne parle jamais d'humanité. Au contraire, son discours semble surtout se borner à un souci de "professionnalisme". Ainsi, en parlant des événements tristement connu d'Abu Graïb, elle s'inquiète du manque de professionnalisme des soldats impliqués. Donc Guantanamo le serait? Mais comment peut-on se justifier ainsi je n'arrive pas à le concevoir et je la considère à la fois comme une victime du gouvernement en tant que bouc émissaire et comme l'un des maillons les plus importants de la chaine de la torture puisqu'elle l'a justifiée. A mon avis elle n'est rien humainement parlant comparée à celui que je qualifierais volontiers de héros: Matt Diaz. Bien que cela lui ait couté cher il a préféré suivre sa conscience que d'accepter silencieusement les tortures. Il suit, en fait, l'idée que l'on ne peut pas justifier la guerre contre le terrorisme et en faveurs, il parait, de la démocratie et des droits de l'homme et violant allégrement ces principes. Et il a été emprisonné pour être, à mon avis, le seul à avoir accompli son devoir et son serment. Pour finir, je trouve dommage que le procès intenté par Gonzalo Boye soit annulé. Il est important de trouver qui a été impliqué dans ces tortures et quels ont été les pratiques de cette prison infamante.

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23/06/2011

Les Ultras: extrême droite et droite extrême en Suisse, les mouvements et la presse de 1921 à 1991 par Claude Cantini

Titre: Les Ultras: extrême droite et droite extrême en Suisse, les mouvements et la presse de 1921 à 1991
Auteur: Claude Cantini
Éditeur: Éditions d'En Bas 1992
Pages: 176

Comme tous les autres pays la Suisse a eu son lot de mouvements pro-fascistes ou/et pro-nazys. Ils ont eu une certaine importance lors de la seconde guerre mondiale mais ils n'ont pas gagné assez d'influences pour influencer durablement les institutions du pays et sa politique. Néanmoins, ces mouvements ont existé et ont eu des effets. Pire encore, ils se sont renouvelés après la guerre et ont continué à former leur point de vue politique haineux et à infiltrer une partie de la société. Il est donc nécessaire de les étudier pour connaître leur provenance ainsi que leurs méthodes et puissances. C'est pourquoi ce livre est important. En effet, l'auteur nous y offre un panorama de tous les mouvements d'extrême droite que la Suisse a connu. Il le fait en deux parties, tout d'abord les mouvements avant 1945 puis ceux qui se sont créés après 1945 et jusqu'en 1991. Chacun de ces mouvements sont détaillés avec les membres principaux, la force de mobilisation ainsi que les buts généraux et organes de presse. Ce qui nous permet de connaître les liens entre eux ainsi que leur forces relatives.

Bien que j'aie trouvé ce livre très intéressant et qu'il m'ait donné énormément d'informations j'ai quelques critiques. En effet, je trouve dommage que le travail qui a été mené par l'auteur n'ait pas abouti à une analyse détaillée de la rhétorique, du fonctionnement et des liens sociaux de ces mouvements entre eux et avec la société. Bien sur, nous y trouvons un nombre impressionnant d'informations et ce livre réussit largement sont but en nous les offrant. Il est, en effet, très utile d'avoir un ouvrage dans lequel on puisse trouver tous les mouvements d'extrême droite connus en Suisse. Mais j'aurais apprécié avoir plus de profondeur dans l'analyse. De plus, je pense que ce livre mériterait aussi une mise à jours. En effet, il a été édité en 1992 et comptabilise les mouvements jusqu'en 1991. Nous sommes maintenant en 2011 et il y a sûrement eu des changements qu'il serait intéressant de connaître. Je trouve aussi dommage de ne pas avoir de références précises sur les sources et leur provenance. J'aurais, d'ailleurs, apprécié pouvoir les lire de manière plus détaillée avec un commentaire sur celles-ci. Cependant, comme je l'ai déjà dit, je salue l'effort de recherche très important qui a été fait dans le cadre de cet ouvrage.

06/06/2011

Les bastilles de Vichy. Répression politique et internement administratif par Vincent Giraudier

Titre: Les bastilles de Vichy. Répression politique et internement administratif41MtRemI76L._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Vincent Giraudier
Éditeur: Tallandier 2009
Pages: 268

La période de l'occupation de la France par les armées allemandes a donné lieu à de nombreuses publications. Mais il semble qu'elles soient peu nombreuses quand il s'agit d'analyser la manière dont le régime de Vichy a mis en place un régime d'internement administratif. Mais il ne faudrait pas croire que ce type de prisons soient originaire spécifiquement des régimes fascistes. C'est pourquoi l'auteur commence par définir et historiser les camps d'internement français. On y apprend qu'ils sont originaires de la troisième république et qu'ils se sont surtout développé après la Première Guerre Mondiale. D'un régime d'immigration ouvert la France est, en effet, passée à un régime d'immigration de plus en plus strict avec la mise en place de camps pour les étrangers. Ceux-ci peuvent aussi bien être des républicains espagnols que des réfugiés allemands ou autrichiens fuyant le régime nazi. Mais la république semble aussi avoir mis en place la prémisses d'un internement des français dangereux pour la patrie. Les citoyens visés étant souvent des communistes.

Ainsi, Pétain hérite d'une infrastructure législative et physique déjà constituée. Mais Pétain utilisera ce régime d'internement administratif non seulement contre des catégories d'étrangers ou d'opposants mais aussi, et en premier lieu, pour emprisonner préventivement ceux qu'il accuse d'être responsable de la défaite de 40. Alors qu'un cour spéciale est mise en place à Riom les "suspects" sont emprisonnés et soumis à un régime très strict qui contrôle les allées et venues et interdit aux internés de se voir et de se parler. Mais, tandis que la cour continue ses travaux qui aboutiront sur un échec, le régime de Vichy commence à utiliser cet internement pour de nombreuses autres personnes. Nous pouvons donc y trouver aussi bien des résistants notoires que des vichyistes victimes de révolutions de palais et des personnes internées par erreur. L'auteur nous brosse, à la fin, un tableau de lois qui ont été mises en place seulement pour Pétain et qui implique que ce dernier peut se débarrasser très facilement de toutes les personnes qu'il juge gênantes. C'est donc un système particulièrement arbitraire qui nous est présenté.

La lecture de ce livre m'a très intéressé. J'y ai appris de nombreuses choses concernant le fonctionnement judiciaire du régime de Vichy mais aussi des différents acteurs qui se côtoient dans cette époque. Ainsi, j'ai appris l'existence de groupes d'extrême droite très obscurs que je souhaiterais connaître un peu mieux. De plus, je n'avais pas idée que la France avait connu un aussi grand nombre de camps d'internement. Certains se trouvant dans des lieux actuellement touristiques comme l'île d’Yeux ou Montélimar. Mais ce qui est le plus intéressant dans ce livre c'est de pouvoir voir à quel point ce régime tente de fonctionner avec les oripeaux de la légalité alors qu'il n'est qu'arbitraire.

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22/05/2011

Savants sous l'occupation. Enquête sur la vie scientifique française entre 1940 et 1944 par Nicolas Chevassus-Au-Louis

Titre: Savants sous l'occupation. Enquête sur la vie scientifique française entre 1940 et 1944
Auteur: Nicolas Chevassus-Au-Louis
Éditeur: Seuil 2004
Pages: 251

Ce livre répond, semble-t-il, a un vide historiographique. En effet, selon l'auteur, les recherches sur les compromissions et résistances des scientifiques français lors de la seconde guerre mondiale et de l'occupation sont rares. Il souhaite donc créer une forme d'attention envers ce point particulier de l'histoire en écrivant ce livre. Pour cela, l'auteur offre, selon ses propres mots, un double travail. Une partie du livre est, avant tout, une recherche précise des faits en utilisant un nombre impressionnant de recherches, de mémoires ou d'archives. Ce qui lui permet, dans un second temps, d'écrire une histoire de douze scientifiques et de leurs actions lors de l'occupation durant laquelle il ne donne pas les références (celles-ci sont inscrites en fin de chapitre avec un commentaire). Pour, encore une fois, reprendre les mots de l'auteur nous nous trouvons face à un livre en trois parties.

La première se compose d'un seul chapitre sur près de 80 pages. Celui-ci permet à l'auteur de mettre en place le contexte de l'époque qu'il soit scientifique ou proche du champs scientifique. Ce chapitre est aussi l'un des deux seuls durant lequel l'auteur met en place un appareil de notes de bas de pages. Bref, en l'écrivant l'auteur nous permet de nous rendre compte de la force de la science française durant l'entre deux guerres et l'occupation. Il nous montre les choix politiques de ces derniers. Ceux-ci peuvent aussi bien fuir que rester et s’accommoder de l'occupant ou alors résister ou collaborer. L'auteur nous montre aussi comment le champs scientifique français a été touché par les réformes et les lois anti-juives.

La seconde partie se compose d'une douzaine de chapitres. Chacun de ceux-ci présente un événement ou un scientifique particulier. Ce qui permet à l'auteur de nous montrer quels ont été les différentes réactions face à l'Allemagne. Que ce soit l'opportunisme, la résistance relative et remise en question d'un Jolliot ou la collaboration d'un Georges Montandon. Mais ce que nous montrent ces chapitres c'est surtout une forme d’accommodation face à l'occupation. Les scientifiques tentent de faire leur métier et de garder un certains prestige à la science française tout en essayant de ne pas trop attirer l'attention des forces occupantes. Dans le même temps, le gouvernement de Vichy essaie de contrôler la science et de la réformer en créant de nouveaux instituts qui furent gardé après la Libération.

Enfin, le dernier chapitre et aussi la dernière partie tente d'expliquer pourquoi les scientifiques ont été aussi peu atteint par l'épuration d'après guerre. En effet, selon l'auteur, contrairement aux écrivains, les scientifiques furent rarement atteint par la justice et il n'y eut pas de débats aussi intenses qu'entre les écrivains. L'explication semble se trouver dans l'autonomie du champs scientifique. Alors que les écrivains ont été mis au service de l'occupant et de Vichy d'une manière intense les scientifiques ont été délaissé par l'occupant. Celui-ci ayant une piètre opinion de la science française. De plus, les réformes de Vichy en vue de contrôler la science française semble avoir toutes échoués. Donc, même si certains hommes de sciences étaient très proches des nazis et de Vichy, il n'y eut pas une collaboration aussi importante vis à vis de l'opinion publique mais plutôt une accommodation plus ou moins forte. Les résistants et les collaborateurs ne furent que relativement rare chez les scientifiques.

Mon avis sur ce livre est positif. L'auteur, cela se sent, a lu une grande partie de la littérature disponible sur le sujet et sur l'époque et en fait une large utilisation pour prouver ses propos. La lecture est, de plus, très agréable. Je trouve que le sujet est particulièrement intéressant et j'ai beaucoup apprécié les explications de l'auteur sur le rapport particulier des scientifiques avec l'occupant et Vichy. Je suis, personnellement, pas loin d'être convaincu par les positions de l'auteur. Mais j'ai, tout de même, des critiques. La première c'est que certains points auraient pu être largement décrit plus en profondeur. En fait, les douze chapitres bibliographiques auraient pu devenir un livre entier dans lequel on aurait examiné d'une manière plus précise les événements. Ce livre n'ayant qu'un but synthétique et une vue large sur les événements ce n'était, évidemment, pas possible de développer autant les recherches. J'ai, tout simplement, été frustré et je souhaite en savoir plus ce qui est aussi un but de l'auteur. Le second point c'est que, bien que je le comprenne, je n'aime pas l'idée de noter les références en fin de chapitres. Je préférerais les rencontrer directement dans le texte sous formes de notes de bas de pages ce qui me permettrait de savoir ce qui a été utilisé à quel moment. Mais ce n'est qu'un détail et mon avis sur ce livre reste favorable d'autant que l'auteur permet de mieux connaître un aspect oublié de l'occupation.

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11/05/2011

Histoire de l'identification des personnes par Ilsen About et Vincent Denis

Titre: Histoire de l'identification des personnes51FnAuN1I2L._SL500_AA300_.jpg
Auteurs: Ilsen About et Vincent Denis
Éditeur: La Découverte 2010
Pages: 125

Je l'ai déjà dit, je suis très intéressé par les thématiques concernant la surveillance surtout quand celles-ci sont en lien avec les nouvelles technologies de l'information et de la communication. C'est une littérature de plus en plus abondante, en est témoin la bibliographie à la fin de ce livre, mais semble qu'il manque un ouvrage synthétique sur le sujet. Ce tome de la collection Repère des édition de La Découverte a le but de créer cet ouvrage synthétique. Ici cette synthèse se fait d'une manière historique en analysant les différents usages et objets de l'identification des personnes depuis l'an mil jusqu'à nos jours.

Il y a donc cinq chapitres principaux qui sont autant de phases différentes dans le processus d'identification. Le moyen âge, ainsi, est connu pour l’inter-connaissance qui implique l'identification. Mais c'est oublier qu'il existe aussi de nombreux autres moyens de savoir qui se trouve en face de nous. Ceux-ci sont les sceaux mais aussi, et surtout, l'héraldique qui est devenu un véritable langage symbolique que des experts analysaient. Mais il existait aussi des papiers qui impliquaient un droit de traverser un territoire. Moins qu'une identification c'est surtout un prestige qui supporte le pouvoir d'un personnage le porteur n'étant qu'accessoire. Nous y trouvons aussi une volonté d'identifier les criminels selon leurs crimes en les marquant physiquement. L'époque qui suit voit l'arrivée de nombreux papiers qui permettent de contrôler les déplacements de certaines catégories de population. Dans une époque qui a connu de grandes épidémies il est parfois nécessaire de certifier son état de santé pour pouvoir voyager. Les registres se multiplient en permettent d'identifier les individus sans qu'il ne soit présent. Dans le même temps se développe les techniques de descriptions du corps qui devaient permettre d'assurer l'identification d'une personne.

L'arrivée de l'état-nation voit se confirmer la tendance à contrôler les personnes présentent sur le sol national. Il devient nécessaire de savoir qui est présent et quel est son statut. Non seulement pour savoir qui paie les taxes mais aussi pour contrôler l'entrée dans l'armée. Le contrôle de certaines "classes dangereuses" (ouvriers et étrangers) s'intensifient dans le même temps. Ce contrôle sera de plus en plus avancé dans la période qui précède la seconde guerre mondiale et qui a conduit aux abus que nous connaissons. Ce que nous pouvons voir se dessiner c'est, non seulement, une identification permanente et intégrée de tous les citoyens mais aussi, et surtout, un contrôle de qui a le droit de voyager dans les limites de l'état national. C'est pourquoi les étrangers commencent à être contrôlé en tout temps. Le début du XXIe siècle voit arriver une société dans laquelle seules les personnes identifiables peuvent accéder aux droits civils, politiques et de voyages excluant irrémédiablement ceux qui sont sans papiers ou qui refusent d'intégrer le système de surveillance. Mais, même en refusant, il est de moins en moins possible de sortir d'un système capable d’observer et d'identifier n'importe qui à l'aide de dispositifs de surveillances et de registres tentaculaires. Ce que cette démarche montre c'est que les moyens sont différents selon l'époque mais les outils visent trois points qui sont historiquement stables: les moyens d'identifications sont les même (corps, signature), les discours de légitimations qui visent à faire accepter la surveillance au nom de la prévention du crime et le contrôle des déplacements.

Il me reste à dire ce que j'ai pensé de ce livre. Tout d'abord, il ne faut pas oublier que nous nous trouvons face à un livre de synthèse. De nombreux points auraient pu faire l’objet de recherches et de développements plus poussé. C'est pourquoi il est nécessaire de se référer à la bibliographie qui permettra aux intéressés d'entrer plus profondément dans le sujet. Ensuite, ce livre n'a pour objet de créer un débat citoyen actif. Il souhaite poser des points que la recherche tient pour sur. Mais il ne prend pas véritablement parti pour l'une ou l'autre des parties bien que les auteurs s’inquiètent du manque de débat démocratique sur le sujet. Personnellement, j'aurais apprécié un livre plus critique mais ce n'est pas l'objet d'un ouvrage de synthèse. Il est aussi normal que ce livre ne soit pas passionnant. On passe très rapidement sur de nombreux sujets sans avoir le temps de les développer et permettre un intérêt. Les auteurs sont obligés de rester à la surface du sujet ce qui n'est jamais bon pour l'intérêt d'un livre. Cependant, je trouve qu'il est louable d'avoir écrit cet ouvrage et si on accepte son but les différentes informations qu'il donne permettent de comprendre comment l'identification a muté ou s'est pérennisée dans différentes périodes historiques. C'est, donc, un très bon ouvrage pour entrer dans le sujet et pour avoir des informations de base sur celui-ci. A noter, ce livre existe aussi en version numérique.

Site La Découverte et Widget de présentation

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10/04/2011

Une histoire du corps au moyen âge par Jacques le Goff et Nicolas Truong

Titre: Une histoire du corps au moyen âgev_book_170.jpg
Auteurs: Jacques le Goff et Nicolas Truong
Éditeur: Liana Levi 2003
Pages: 196

J'ai emprunté ce livre par curiosité car je ne savais pas vraiment si il me plairait. Cependant les recherches sur le corps donc la manière d'être en société m'intéressent tout de même un peu. Comme le disent les auteurs, l'histoire n'est pas désincarnée elle se fait à travers le corps humain qui est le réceptacle de différentes pratiques sociales aussi diverse que manger, dormir ou encore procréer. Le corps est civilisé par la société. Civilisé dans le sens ou les pratiques sociales d'utilisation du corps sont apprises et codifiées. Ainsi, il ne va pas de sois que l'on utilise une cuillère, que l'on marche avec des chaussures ou que l'on fasse du sport. Au contraire, ces pratiques sont les témoins d'une certaine société et de normes que l'on peut analyser de manière historique. Dans ce cas les auteurs, dont l'un est largement connu, s'intéressent au corps dans le cadre de la société du moyen âge.

Les auteurs analysent donc les pratiques des hommes et femmes du moyen âge selon différents thèmes. Ceux-ci concernent aussi bien la médecine, la vie et la mort que la nourriture, la beauté  et le sport et même les utilisations métaphoriques de celui-ci. Les différentes analyses et synthèses que les auteurs nous offrent dans ce petit livre nous mène à comprendre le corps médiéval comme tiraillé par deux tendances antagonistes. D'un coté le corps humain est avili, considéré comme source de pêché, et doit être rigoureusement contrôlé voir nié. C'est dans ce cadre de pensées que le carême et les flagellations naissent. Il convient de réfléchir avant tout à son âme dont le corps n'est que le porteur temporaire. Mais il y a aussi la pensée du carnaval, pour reprendre les propos des auteurs, qui implique une certaine jouissance du corps. En effet, le moyen âge connaît aussi le début de la gastronomie et de la mode. Les individus sont, donc, tiraillés entre ces deux conceptions antagonistes dont l'une est portée par l’Église.

Mais quel est mon avis après avoir terminé ce livre? Il est légèrement mitigé. Je salue l'effort qui est fait d'analyser un objet qu'il n'est pas forcément facile de retrouver dans les sources. J'apprécie aussi que ce livre nous offre une analyse globale du corps médiéval. Mais je trouve que de nombreux points auraient pu être développés. J'ai eu l'impression, en effet, de n'avoir que les débuts de la réflexion et de devoir m'arrêter sur un chemin prometteur et intéressant. Ce qui m'a énormément frustré. En fait, ce livre donne l'impression, peut être injuste, d'être surtout une synthèse des travaux scientifiques récents en direction d'un plus large public. Ce qui est, bien entendu, louable mais qui implique un certains manque dans l'analyse. Bref, je cherche un peu plus.

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25/03/2011

Le salaire des neutres, Suisse 1938-1948 (Politik und wirtschaft im krieg) par Hans-Ulrich Jost

Titre: Le salaire des neutres, Suisse 1938-1948 (Politik und wirtschaft im krieg)41GW7MGMW8L._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Hans-Ulrich Jost
Traducteur: Henry Debel
Éditeur: Denoël 1999
Pages: 419

Je pense à lire un ouvrage de Hans-Ulrich Jost depuis que je suis entré en histoire à l'université. Mais soit j'oubliais soit je n'avais pas le temps ou encore je pensais à autre chose au moment de choisir un livre. Bref, il m'a fallu beaucoup de temps pour, enfin, me décider à parcourir l'un des livres que cet historien célèbre à écrit. Je parle d'un historien célèbre mais je sous-estime ce point. C'est, en effet, l'un des rares historiens largement connu dans le grand public et dont les recherches ont été discutée et abondamment critiquée par des non-historiens. Il faut dire que son domaine des recherches n'est pas de ceux qui soient les plus facile puisqu'il traite de la Suisse lors de la seconde guerre mondiale. Un point qui est encore très chatouilleux pour un certains nombres de citoyens de ce pays et une histoire qui laisse encore largement place aux mythes plutôt qu'à la vérité historique.

Il semble que le livre que j'aie choisi soit une tentative de synthétiser et de rendre plus accessible un certains nombres de faits de l'histoire de la Suisse durant la seconde guerre mondiale. C'est pourquoi nous y trouvons des informations autant sur les aspects politiques que militaires et, surtout, économique de l'époque. L'aspect militaire nous offre le tableau d'une suisse dont le général, Guisan, agit d'une manière, parfois, contradictoire et souvent dans le dos du Conseil Fédéral. On nous offre un général qui a créé de vives tensions avec le gouvernement de l'époque et dont les soldats sont utilisés surtout pour éviter le chômage et donner de l'espoir en la capacité de résistance du pays. L'aspect politique tel que le dépeint Jost est assez sombre. La lecture nous montre les actions et réactions d'un gouvernement très proche des thèses autoritaires et qui accepte des offres de revoir le fonctionnement du pays à l'aune d'un plus grand autoritarisme. C'est dans cette ambiance que les frontistes, les fascistes et les ligues se multiplièrent alors que la gauche était combattue avec force. Cependant, c'est l'aspect économique qui est le plus intéressant. En effet, la Suisse tente d'agir en vue de constituer une force économique stable et même croissante durant et après la guerre. En vue de ce but elle se compromet de nombreuses fois avec les gouvernements fascistes dont elle accepte l'or et à qui elle vend des armes. Bien loin de l'image mythique du réduit neutre c'est une suisse intéressée et utilisant l'économie comme arme de guerre qui se fait jours et dont les élites étaient singulièrement proches des fascistes. Trop pour leur tranquillité d'esprit après la guerre.

J'ai appris beaucoup de choses en lisant ce livre. De nombreux points que je connaissais sans les avoir approfondi et d'autres très nombreux points dont je n'avais aucune idée. J'ai, entre autre, été frappé par les agissements de la Ligue Vaudoise dont on ne connaît pratiquement rien alors que ce groupe est toujours en activité. Il est intéressant, aussi, d’avoir mis en place un chapitre conclusif qui pose la question de la relation de la société, et des autorités en particulier, avec l'histoire. Ce qui permet d'expliquer le traitement qui a été infligé à ce thème depuis la fin de la guerre. J'ai aussi trouvé l'écriture et l'argumentation de Jost particulièrement facile à suivre. J'ai eu beaucoup de plaisir à parcourir ce livre. Cependant j'ai une petite interrogation. J'ai compris que ce livre a été traduit pour un public francophone mais la traduction a aussi consisté à changer les francs suisses en francs français. Je me demande si ceci était vraiment indispensable?

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13/03/2011

Made in Dagenham (We want sex)

Made in Dagenhame (encore un film dont le titre anglais est traduit en anglais dans la zone francophone...) nous lance dans la grève des femmes couturière d'une usine Ford à Dagenham près (ou dans) Londres. Le film commence sans vrai prologue puisque nous observons l'arrivée des femmes à l'usine, leur travail puis, presque immédiatement, leur vote en faveurs d'une grève d'une journée. Ces femmes doivent coudre les différentes parties des sièges de voiture, sans patrons, et travaillent dans des conditions extrêmement mauvaises. Non seulement la salle est étouffante mais, en plus, le toit fuit lorsqu'il pleut. Malgré tout elles réussissent leur travail. Mais les patrons de Ford ont décidé que ce travail n'était pas qualifié et qu'elles devaient recevoir moins d'argent. Mais la leader du groupe, Rita, se rend compte que cette grève n'est pas qu'une question de qualification. C'est un problème bien plus large: les femmes ont-elles le droit à une même rémunération que les hommes pour le même travail? Alors qu'elles n'étaient partie que pour quelque jours de grèves ces femmes réussiront à faire vaciller Ford tout entier et à fédérer les syndicats anglais derrière elles. Car, comme le dit Rita, c'est une question de justice.

Je retiens plusieurs scènes de ce film que j'ai beaucoup aimé et qui m'a beaucoup fait rire. La première est celle qui voit Rita entrer chez son patron, sur invitation de sa femme, pour lui demander de l'aide. La tête du patron me restera longtemps en mémoire. Cet air surpris et halluciné quand il voit l'une de ses employées gréviste entrer chez lui et amie avec sa femme. La seconde concerne la ministre de l'économie de l'époque quand elle crie sur ses employés qui lui déconseillent de donner de la "légitimité" à cette grève féminine. Bref, voila un bon film qui nous permet de connaître un peu mieux une grève historique tout en nous offrant plusieurs scènes particulièrement drôles.

Mais ce film n'est pas seulement une comédie anglaise sur fond de lutte social. Il nous permet d'observer quels sont les problèmes que pouvaient vivre les femmes à cette époque. La phrase du patron de l'usine ford est symptomatique, bien que particulière, "j'ai été reçue première de l'une des plus grande université du monde et mon maris me traite comme une idiote". Bien entendu, puisque la place d'une femme n'est ni dans la réflexion ni dans le travail mais à la maison avec les gosses (sic). On peut observer, sous-jacent à ce film, les freins au militantisme des femmes. En effet, les femmes, contrairement aux hommes, doivent militer mais aussi, et surtout, s'occuper de la famille. Attention, je ne dis pas que les hommes n'aident pas (il y a  eu des progrès tout de même et le film montre un grand soutient, bien qu'un peu maladroit, du maris de Rita). Mais les femmes doivent souvent à la fois travailler, militer et s'occuper des obligations familiales en même temps. Ce que l'on nomme la double journée et qui est, logiquement, peu compatible avec le militantisme. Mais ces freins ne sont pas seulement dû à la famille puisque, parfois, les réunions syndicales ne sont pas forcément adaptées à la vie familiale. C'est, donc, à mon avis un film très intéressant et qui mérite d'être regardé et qui nous montre une lutte qui mérite d'être menée.

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06/03/2011

Ce que soulève la jupe par Christine Bard

Titre: Ce que soulève la jupe2-7467-1408-3.jpg
Auteur: Christine Bard
Éditeur: Autrement 2010
Pages: 170

Christine Bard est professeure en histoire contemporaine à l'université d'Angers. Elle a écrit ce court récit de la jupe alors qu'elle terminait son histoire politique du pantalon. En effet, c'est en écrivant ce livre sur le pantalon que l'auteure s'est interrogée sur ce paradoxe apparent, pour une féministe, qu'est la revendication de la jupe alors que la lutte a été de pouvoir mettre un pantalon. Pourquoi des femmes pensaient-elles plus difficile de mettre une jupe qu'un pantalon à peine cinquante après qu'elles aient eu le droit de porter les même vêtements que les hommes? Cette question a mené l'auteure à s'interroger sur la jupe forcée, la jupe revendiquée mais aussi sur la jupe portée par des hommes.

C'est donc un livre en trois actes que j'ai entre les mains. Le premier acte résume l'histoire du jupon féminin sur plusieurs siècles. Quel est son origine et quel est son lien avec la mode? Ce premier chapitre nous montre que la jupe a été utilisée dans le cadre de la libéralisation sexuelle en érotisant un corps désormais libre des contraintes sociales. Mais celle-ci était aussi imposée. Que ce soit textuellement dans le cadre de certains lieux comme l'école ou l'aviation ou que ce soit une norme tue comme en politique (bien qu'une femme féminine en politique puisse aussi jouer sur ce caractère).

Le second acte montre comment la jupe est passé de vêtement féminin légitime à vêtement dangereux. En effet, selon l'auteure, son port risque de donner le message d'une disponibilité sexuelle. Dans ce cadre le pantalon, et le voile, sont des moyens de se protéger d'une atteinte sexuelle. Les deux annuleraient la vision sexuelle du corps et créeraient une forme d'armure pour réutiliser les termes de Christine Bard. Ce qui ne veut pas dire que la résistance n'existe pas. Un exemple est la journée de la jupe et du respect (il faut souligner ce dernier mot) organisé dans un lycée de province à Etrelles. C'est un droit à la féminité qui est revendiqué. Mais ce droit revendiqué peut aussi cacher des obligations de normes. Une norme qui annonce qui a le droit et qui n'a pas le droit d'être féminin.

Enfin, le troisième acte annonce l'arrivée de l'homme en jupe. Ce retour à un habit long est assez récent même si on peut l'observer dans la mode depuis le milieu du XXe siècle (à moins d'une erreur de ma part). Cette jupe n'est pas qu'un habit mais aussi un moyen de contester un ordre genré du costume. Par le port de la jupe ces hommes mettent en cause un ordre normatif qui impose une certaine tenue aux hommes et permet aux femmes de porter des habits aussi bien féminins que masculins (un masculin parfois revisité il est vrai). Ces hommes semblent développer, en partie, une forte conscience de l'effet politique de l'habit dans la société et revendiquent non un droit au travestissement mais un droit au choix qui rejoint parfaitement certaines consciences féministes.

J'ai trouvé ce petit livre passionnant. Au travers de nombreuses questions il permet de remettre en questions certaines idées préconçues largement acceptées dans nos sociétés. Mais ce que j'ai le plus apprécié n'est pas seulement cette remise en question ni l'utilisation, inédite pour moi puisque je ne l'avais jamais vue auparavant, de sources internet alliées à des sources audiovisuels, écrites et à une littérature secondaire large. J'ai particulièrement apprécié le message qui semble se dégager de ce petit livre. Un message qui consiste à militer pour un droit à tous et toutes de choisir une tenue sans être arrêté par des normes qu'elles soient légales ou morales. C'est, à mon avis, un message extensible à de nombreux autres problèmes. Personnellement, je considère que le féminisme est une idéologie qui devrait aboutir non à une lutte entre les sexes (comme certains le croient aussi bien pro-féministes qu'anti-féministes) mais à une égalité et une harmonie entre les sexes dans le respect mutuel. Le libre choix de l'habit pourrait être un début vers de féminisme. Bref, ce que soulève la jupe ce ne sont pas seulement les mains de certains passants ou le vent mais surtout un grand nombre de questions.

Image: Éditions Autrement

17:40 Écrit par Hassan dans Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jupe, christine bard | | | |  Facebook

18/02/2011

Par le trou de la serrure. Une histoire de la pudeur publique XIX-XXe siècle par Marcela Iacub

Titre: Par le trou de la serrure. Une histoire de la pudeur publique XIX-XXe siècle314%2B-W-yTqL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Marcela Iacub
Éditeur: Fayard 2008
Pages: 352

Marcela Iacub n'est pas une historienne ni une sociologue mais une juriste française ce qui se sent très facilement lors de la lecture de son livre. Cependant, ce n'est pas parce que l'on n'a pas étudié les sciences sociales que l'on ne peut pas parler de problèmes sociaux ou de thèmes sociaux. Mais la manière d'écrire de l'auteure est différente que si elle avait été formée dans ces disciplines. En effet, Marcela Iacub tente de découvrir la vision pénale de la pudeur qui se cache derrière les lois. Pour cela elle utilise de nombreux exemples juridiques qu'elle met en parallèle avec son analyse des différents articles (et particulièrement l'article 330 de l'ancien code pénal français). Elle essaie, donc, de comprendre la vision de la sexualité qui se cache derrière la loi. Les exemples lui permettent aussi de voir comment cette loi était, concrètement, mise en application.

Cette manière de procéder conduit l'auteur a identifier une époque ou la sexualité était durement réprimée sur la voie publique mais acceptée, ignorée faudrait-il dire, dans les lieux privés. C'est ce qu'elle nomme le mur de la pudeur qui existe de l’ère impérial de Napoléon I au milieu du XIXe siècle. Ce mur implique une certaine vision de la sexualité, celle-ci est censée souiller ceux qui la voient et, de plus, elle est censée ne se dérouler que dans le cadre du mariage hétérosexuel. Mais les juges tentent, dès que cet article existe, de "briser" ce mur de la pudeur en tentant d'entrer dans les lieux privés pour les moraliser. Ce qui conduit la jurisprudence à inventer différents stratagèmes consistant à créer des lieux publics là ou il y a des murs et des portes fermées. On se retrouve avec des exemples qui nous semblent grotesques dans lesquels un tribunal condamne un couple, par exemple, parce que le trou de la serrure de la chambre n'était pas bouché!

Mais il ne faudrait pas croire que les membres de la société n'aient pas réagit. Premièrement, les personnes qui essaient de créer des spectacles qui seraient censurés ou les mèneraient devant le tribunal tentent de recréer un lieu privé sur la voie publique en invitant personnellement des individus à des spectacles dits privés. Une seconde tentative est de montrer que le nu peut être chaste. Premièrement, ce nu chaste peut être, tout simplement, le nu artistique qui est "voilé" par un regard qui n'est pas sexuel. Il faut donc recréer ce voile artistique par différents artifices. Ce nu peut aussi perdre de son caractère sexuel par un comportement particulièrement moral et retenu qui est celui adopté par les mouvements naturistes du début du XXe siècle. Ces différentes positions sont les bases d'une transformation de la vision de la sexualité qui a conduit à la vision qu'on en a aujourd'hui. Une vision qui, selon l'auteure, semble être libérée mais qui cache un contrôle très fort sur les actes acceptés ou non.

Marcela Iacub observe surtout une forme de frénésie pénale pour protéger la sexualité des adolescents qui conduit à pouvoir rendre coupable de pédophilie ces même adolescents (particulièrement dans certains états américains). De plus, elle tente de montrer que les perversions sexuelles sont maintenant pensées comme des maladies dangereuses qui pourraient mener, sans que la preuve ait été faites, à des actes de plus en plus graves. Ce qui a conduit la construction d'une loi pour contrôler les mouvements de ces personnes que l'on dit dangereuses. C'est, bien entendu, une position qui peut mener à la controverse mais qu'il est salutaire de communiquer.

J'ai, personnellement, beaucoup aimé lire ce livre. Bien que l'auteure se base sur une analyse très juridique elle le fait d'une manière presque vivante. Il faut dire que ses exemples sont particulièrement savoureux et permettent de mieux comprendre la manière dont elle analyse des articles de droit qui peuvent être difficilement passionnant. Cependant, il ne faut pas oublier qu'a coté du droit il existe une société. Celle-ci peut fonctionner différemment que les règles instituées qui trahissent la pensée d'une élite juridique et pas forcément de la population qui est censée obéir. Il serait sûrement intéressant de voir a quelle point cette vision pénale de la sexualité s'est traduit ou a existé dans la population large. Il faut tout de même noter que Marcela Iacub nous permet tout de même d'observer cette dynamique entre le droit et la population puisqu’elle explique la réforme de 1992 par un changement d'attitude de la population française. La dernière partie du livre est probablement celle qui peut conduire le plus facilement à une controverse publique. Je n'ai, personnellement, pas les compétences pour la mettre en question mais je pense qu'il est utile pour la société de se poser les questions que Marcela Iacub soulève.

Image: Amazon

11:17 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pudeur, sexualite, marcela iacub | | | |  Facebook

10/02/2011

14-18. Les refus de la guerre par André Loez

Titre: 14-18. Les refus de la guerre01067200314.gif?12973330664480.8834922790306341
Auteur: André Loez
Éditeur: Gallimard 2010
Pages: 690

Coïncidence ou non, c'est le second livre qui parle de la première guerre mondiale que je lis en peu de temps. Encore plus intéressant, le premier parlait de ce qui poussait les hommes à combattre dans les tranchées alors que celui-ci nous narre l'histoire des fameuses mutineries de 1917 dans l'armée française. Donc un livre sur l'acceptation et un autre sur un refus massif de la guerre. des mutineries qui semblent, étrangement, largement oubliées par l'historiographie de cette période et par les mémoires. De plus, lorsqu'elles sont mentionnées, André Loez nous montre que les interprétations sont biaisées ou basées sur des travaux plus qu’obsolètes. L'auteur reprend donc l'analyse pour comprendre la raison de ces mutineries mais aussi pourquoi elles eurent lieu à ce moment précis de la guerre. Il nous offre aussi les moyens de comprendre les raisons de son échec.

Il apparaît, au fil de la lecture des sources, que les raisons des mutineries sont multiples. Bien entendu, les soldats souhaitent la fin de la guerre et retourner auprès de leur famille. Mais ce n'est, de loin pas, un facteur suffisant pour expliquer cette désobéissance impressionnante. Non, si les mutineries ont eu lieu c'est principalement parce qu'un faisceau de facteurs s'est concentré en une période particulière. A coté de l'échec de l'attaque du Chemin des Dames qui avait donné l'espoir d'une victoire définitive on peut observer l'appel à la paix des socialistes. Mais il y a aussi une déstabilisation de l'armée elle-même qui change son précédent chef par un nouveau: Pétain. Ce changement semble être une preuve de l'échec et de l'incompétence du précédent Général en Chef et discrédite l'armée et ses gradés. Par contre, il ne semble pas que les mouvements pacifistes aient eu un rôle dans ces mutineries qui étaient largement inattendues.

Mais qu'ai-je pensé de ce livre? J'ai eu beaucoup de plaisir à le lire d'autant que l'auteur lie les méthodes historiques aux méthodes et théories de la sociologie des mobilisations (l'explication sociologique des manifestations, grèves et autres mouvements sociaux). Mais il me faut avouer que j'ai une certaine fascination pour la sociologie des mobilisations qui peut avoir eu un effet positif sur ma vision de l'ouvrage. Je trouve, aussi,  qu'il ltrès complet non seulement dans le bilan de l'historiographie sur le sujet mais aussi dans le traitement que l'auteur en fait. De plus, sa lecture est assez facile et je n'ai pas eu l'impression de me battre contre l'ouvrage comme cela peut m'arriver parfois. Il est aussi intéressant de noter que l'auteur ait décidé d'ouvrir un site internet sur son livre dans lequel il a ajouté des articles de différentes revues mais aussi des annexes incluant des tableaux, des sources et une bibliographie détaillée. J'aurais aimé avoir ces dernières annexes directement en main mais je pense que l'idée est intéressante.

Image: site de folio histoire

Site du livre

17/01/2011

La guerre censurée. Une histoire des combattants européens de 14-18 par Frédéric Rousseau

Titre: La guerre censurée. Une histoire des combattants européens de 14-1841EBTGF5APL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Frédéric Rousseau
Traducteur: François Schmitt
Éditeur: Seuil 1999
Pages: 412

La première guerre mondiale fait partie de ces événements que nous connaissons tous. Ou plutôt que nous croyons tous connaître. Depuis l'école les idées reçues sont acceptées et transmises sans vraiment les remettre en question. Toutes ces idées reçues ne sont, bien entendu, pas forcément fausses mais certaines oui. Par exemple, une idée que l'on lit régulièrement est que les soldats combattaient par amour de la nation. Mais est-ce vrai? Frédéric Rousseau essaie, dans ce livre, d'oublier les théories des généraux ou des historiens militaires classiques. Il essaie de se rapprocher du vrai combattant, de celui qui vit en première ligne dans la boue et les poux. Mr Rousseau essaie de comprendre comment la première guerre mondiale fut ressentie par les simples soldats. Et il tente de comprendre ceci en se concentrant sur la question du moral des troupes. En effet, comment est-il possible que des millions d'êtres humains aient acceptés de combattre pour un objectif qui ne semble pas clair? Pour comprendre ce moral et ses limites l'auteur va examiner plusieurs explications possibles qui transparaissent au travers des sources. Alors? le sentiment nationaliste joue-t-il un rôle? L'auteur répond en minimisant ce rôle. Les amis de la section sont plus importants puisqu'ils font partie de la famille du soldat. C'est pour eux que le soldat se bat et non pour un concept. L'auteur montre aussi l'importance d'un chef exemplaire qui respecte ses soldats et qui agissent en vrai combattant et non en restant cloîtré dans un bunker à l'arrière. Mais ce livre nous permet aussi de connaître ce qui détruit le moral d'un soldat. L'absence d'amour et de sexe bien entendu. Mais aussi la mort omniprésente, les cris des blessés, le manque de repos et d'initiative. Comment passer outre? Les permissions sont une solution mais, souvent, le soldat tombe dans l'alcool voir la folie.

Que penser de ce livre? Je suis assez mitigé. Tout d'abord je suis content de trouver un livre qui tente de comprendre comment le simple soldat ressent la guerre. Je trouve aussi très intéressant d'essayer de savoir comment le moral des soldats peut être renforcé ou amenuisé. Il est intéressant de voir que certaines idées qui sont encore utilisées dans l'armée ont un effet très négatif sur le soldat et sa façon de combattre. J'ai aussi apprécié cette impression, que j'ai ressentie lors de la lecture, d'entre véritablement dans le quotidien des soldats quelque sois le camps. Ceci est possible grâce à la large utilisation des sources par Rousseau. Celles-ci sont souvent et largement citées ce qui nous permet d'entrer dans les pensées intimes des soldats. Cependant, bien que certains passages m'aient donné l'impression de lire un roman, il m'est arrivé de m'ennuyer dans ma lecture. Je me pose aussi la question des sources. Est-ce que les personnes qui ont écrits des témoignages de guerre ont un profil sociologique particulier? Si oui, sont-ils vraiment représentatifs des millions de soldats qui ont combattus? Cependant il faut tout de même noter que Rousseau utilise aussi la correspondance des soldats ce qui lui permet de passer outre cette question de méthode.

Image: amazon

06/01/2011

Enfants placés, enfances perdues sous la direction de Marco Leueuberger et Loretta Seglias

Titre: Enfants placés, enfances perdues27000100166090L.gif
Titre original: Versogt und vergessen. Ehemalige Verdingkinder erzählen
Auteurs: sous la direction de Marco Leueuberger et Loretta Seglias
Traducteur: François Schmitt
Éditeur: Édition d'en bas 2009 (Rotpunktverlag 2008 édition originale)
Pages: 283

Durant la première moitié du XXe siècle il y eut de nombreux enfants placés en Suisse. Ces placements dépendaient de plusieurs facteurs, comme la pauvreté ou le divorce, et avaient le but de faire grandir l'enfant dans un environnement familial complet. Il faut entendre par complet la famille traditionnelle bourgeoise: un homme qui travaille, une femme qui s'occupe du ménage et les enfants. Mais de multiples abus ont été commis contre ces enfants. Ce livre a le but de les analyser et de les mettre en lumière. Quels sont ces abus? Le premier qui saute aux yeux concerne le travail. Ces enfants placés n'étaient plus considérés comme des enfants mais comme une force de travail corvéable sans limite. On leur donnait énormément de travail à accomplir sans prendre en compte leur âge. Cet abus peut être lié à un second problème qui était l'école et à la formation. En effet, ces enfants avaient souvent du mal à travailler pour l'école quand ils n'y étaient pas directement discriminés. Ceci pouvait aller plus loin puisque les tuteurs et les familles d’accueil pouvaient contester des décisions professionnels de ces enfants placés et les forcer à travailler pour eux ou d'autres familles. Enfin, et c'est probablement le problème le plus développé, ces enfants avaient surtout un manque affectif. On ne les traitait pas comme des membres de la famille mais comme des choses. On ne leur parlait pas forcément, on refusait qu'ils puissent contacter leur véritable famille et on les mettaient souvent à l'écart. Cependant, il existe des cas de placement heureux et la plupart des enfants qui ont témoignés dans ce livre ont pu réussir leur vie.

Que penser de ce livre? Outre qu'il nous permet de connaître, en plongeant directement dans les souvenirs des acteurs concernés, une page sombre et oubliée de l'histoire Suisse il nous permet aussi de comprendre les raisons de ces abus. La raison principale est l'incapacité des autorités à surveiller les placements. Aucun effort réel n'était fait pour comprendre les enfants et vérifier leur état de santé. Une autre raison peut être vue dans l'idée commune de l'époque d'une forme d'hérédité de la pauvreté. Il fallait donc protéger ces enfants même contre eux-même. L'avantage de ce livre est qu'il nous donne un accès aux souvenirs des personnes placées tout en nous offrant des synthèses historiques à chaque début de chapitre. Mais on sait que l'histoire orale est souvent critiquée pour son manque, possible, d'objectivité. Les auteurs y répondent en écrivant un chapitre conclusif concernant la méthode. Bien que les analyses historiques soient courtes je dois donc dire que je trouve ce livre bien construit et complet. Du moins en ce qui concerne l'état actuel de la recherche. Il est, cependant, dommage que la traduction n'ait pas été mieux faites. On lit, par exemple, systématiquement "moins" à la place de "moyens". Ces fautes assez grossières nuisent considérablement à la lecture et au sérieux du travail présenté.

Image: Le comptoir des presses d'universités

10:11 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : enfants, placement | | | |  Facebook

12/12/2010

Juger les vers. Exorcismes et procès d'animaux dans le diocèse de Lausanne (XVee - XVIe s.) par Catherine Chène

Titre: Juger les vers. Exorcismes et procès d'animaux dans le diocèse de Lausanne (XVee - XVIe s.)
Auteurs: Catherine Chène
Éditeur: Cahiers lausannois d'histoire médiévale 14, 1995
Pages: 194

J'ai choisi ce livre un peu au hasard. C'est que le titre est assez spécial et pose beaucoup de questions. Comment peut-on juger des vers? Pourquoi les jugerait-on? J'ai donc emprunté ce livre par intérêt mais aussi par simple chance. Comme le titre le dit très bien. Il considère l'histoire des procès intentés aux animaux dans les XVe et XVI siècle au diocèse de Lausanne. L'auteure explicite donc et montre précisément la manière dont ces procès sont intentés. On trouve deux caractéristiques. Premièrement ces procès suivent un cadre juridique très précis avec des défenseurs, des accusateurs mais aussi des convocations écrites en langage judiciaire. Un second point est l'aspect religieux de ces procès. En effet, les plaignants devaient aussi agir d'une manière chrétienne en faisant pénitence par des prières. Il ne faut pas oublier que les insectes pouvaient être des punitions de Dieu envoyés à cause de l'impiété de la population. Ce n'est probablement pas le point le plus intéressant. En effet, l'auteure développe une thèse surprenante du moins à première vue. Elle considère que la mise en place de ces procès durant ces deux siècles sont les témoins d'un changement d'attitude envers la nature. D'une pensée, biblique, que les insectes sont une punition de Dieu on passe à une pensée aristotélicienne qui justifie une pensée utilitariste de la nature. Autrement dit, l'homme est en droit de se considérer comme possesseur de toute la terre ainsi que sa production. L'infestation des insectes est donc une destruction des biens de l'être humain. Il est donc nécessaire de les en empêcher.

Je vais être honnête. Bien que ce sujet soit intéressant je ne pense pas m'y plonger plus avant dans un proche avenir. Ces procès sont, bien entendu, passionnant d'un point de vue de l'histoire des mentalités, comme le souligne l'auteure, et j'ai apprécié en savoir un peu plus. La thèse du livre est aussi éclairante mais je ne connais pas assez bien le sujet pour critiquer ce point. En ce qui concerne le livre je peux déjà dire que j'apprécie l'utilisation précise des sources par l'auteure. Source qui sont, en plus, entièrement traduite et publiées en annexes. Le développement est aussi intéressant mais souffre d'une lourdeur due à l'analyse précise d'exemples précis de procès. La manière de juger les animaux sont proches entre les exemples et leur analyse plutôt précise peut rendre la lecture un peu fastidieuse. Mis à part ces quelques points le sujet est intéressant bien que, semble-t-il, peu étudié par les historiens.

18:24 Écrit par Hassan dans Histoire, moyen âge | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : exorcisme, animaux | | | |  Facebook

26/11/2010

Roms, Sintis et Yéniches. La "politique tsigane" suisse à l'époque du national-socialisme par Thomas Huonker et Regula Ludi

Titre: Roms, Sintis et Yéniches. La "politique tsigane" suisse à l'époque du national-socialisme9782940189427FS.gif
Titre original: Roma, Sinti und Jenische. Schweizerische Zigeunuerpolitik zur Zeit des Nationalsozialismus
Auteurs: Thomas Huonker et Regula Ludi
Traducteurs: Marc Rüegger et Karin Vogt
Éditeur: Page deux 2009 (Chronos 2001 édition originale)
Pages: 214

Après avoir vu une conférence de l'association Mesemrom sur la situation juridique et humaine des Roms à Genève j'ai eu envie d'en savoir un peu plus. C'est dans ce cadre que j'ai emprunté ce livre à la bibliothèque. Celui-ci fait partie des productions de la Commission Indépendante d'experts Suisse pour la seconde guerre mondiale. Nous savons tous que les conclusions de cette Commission sont toujours débattues voir refusées par une grande partie de la classe politique et médiatique suisse. Ce travail prend place dans une étude plus vaste de l'attitude de la Suisse face aux réfugiés durant la seconde guerre mondiale. Cependant, ce livre ne reste pas bloqué sur le territoire Suisse et tente d'inscrire l'attitude du pays dans le contexte international et, particulièrement, la République de Weimar et l'Italie de mussolini.

La première chose que fait ce livre est de définir la population qu'il analyse. En effet, "tsiganes" ou "roms" ont souvent été utilisé pour parler de populations différentes voir de nationalités différentes ou simplement d'un mode de vie. Ainsi le mot tsigane peut aussi bien définir un suisse qu'un roumain ou encore un allemand. L'affaire est rendue plus compliquée encore puisque différents groupes revendiquent une identité qu'elle soit rom, yéniches ou sinti et ce sans liens avec les définitions des autorités. Il est donc arrivé que des personnes qui ne font pas partie de cette minorité leur soient apparenté par les autorités à cause de leur mode de vie non-sédentaire.

Dans un second temps, et c'est l'un des chapitres que j'ai trouvé le plus intéressant, les auteurs analysent ce qu'il nomment le complexe scientifico-policier. Sous ce terme un peu barbare on retrouve des liens étroits entre la science et la police. Les scientifiques spécialistes des races durant le XIXe analysent les populations non-sédentaires comme inférieures moralement et physiquement. Cette analyse est reprise par les autorités policières qui justifient leur attitude par ces recherches. Enfin, la répression policière étant plus forte elle augmente nécessairement le nombre de roms internés, les scientifiques utilisent les résultats de la police pour justifier du caractère fondamentalement criminel, selon eux, des roms. Nous nous trouvons donc face à deux institutions qui criminalisent une population particulière sur des critères raciaux. La question rom sera donc pensée principalement en terme de criminalité même sans preuves d'une quelconque activité criminelle. Ce qui mènera au refoulement et à l'internement d'adultes et enfants roms qui n'ont comme crime que leur naissance et leur identité

Ensuite, les auteurs montrent comment les nazis continuent et étendent la politique de Weimar. On y trouve une généralisation de la stérilisation forcée ainsi que la déportation qui a pour but, souvent, la mort. Dans ce cadre, la Suisse continue de suivre sa politique précédente de refoulement tout en collaborant avec l'ancêtre d'Interpol sous domination nazie à l'époque. Cette politique mènera probablement de nombreux tsiganes à la mort même lorsqu'ils sont d'origines suisses. C'est néanmoins une thèse qu'il est difficile de prouver étant donné le tabou qui cache cette période ainsi que le caractère lacunaire des sources.

Enfin, et à l'aide de dossiers récemment retrouvés et analysés dans la postface, les auteurs analysent l'attitude Suisse face aux roms durant la seconde partie du XXe siècle. Nous y apprenons que la politique des années vingt continua à être appliqué jusqu'en 1970. Nous connaissons des cas de roms enfermés à vie avec leur identité pour seul crime ainsi que des refoulements de suisses dont on refuse de reconnaître la nationalité. Dans le même temps, pro juventute et les autorités continuent de détruire des familles en volant les enfants aux parents dans le but de les interner comme des criminels jusqu'à leur majorité. Nous retrouvons aussi, selon les auteurs, de nombreux acteurs suisses cruciaux de la seconde guerre mondiale, proche des nazis, qui continuèrent leurs activités après la chute du nazisme. En dernier point, Thomas Huonker fait une ouverture sur les années récentes du XXIe siècles et parle de la criminalisation et du rejet croissant des roms fomenté par le parti UDC qui utilise les même préjugés et présupposés raciaux du début du XIX. ces préjugés sont donc tenaces et continuent à maudire toutes personnes vivant, en résumé, "comme un rom".

En tant que lecteur, j'ai été très pris par cette recherche. Nous y découvrons des atrocités comme la castration et des préjugés que nous connaissons encore aujourd'hui. Heureusement, les actes les plus horribles de l'époque ne sont plus perpétrés. Mais les roms sont encore rejetés en utilisant ces même préjugés pour se légitimer. Ce qui m'a le plus choqué n'est pas l'action nazie mais l'enfermement, tardif puisqu'on connaît encore un cas dans les années septante, de roms sans preuves de criminalité. Un état de droit s'est permis d'enfermer des gens innocent ou, au pire, suspect à cause de leur identité! J'ai aussi apprécié que les auteurs nous montrent quels sont les limites de leur travail. En effet, ils nous expliquent longuement les problèmes qu'ils ont connus dans la définition mais aussi la recherche de sources qui sont souvent lacunaires quand elles n'ont pas été détruites. Je considère donc ce travail comme fondamental pour comprendre l'attitude présente envers cette population minoritaire et relativiser les préjugés que l'on entend souvent sur eux.

Image: decitre.fr

07/11/2010

L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien régime par Philippe Ariès

Titre: L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien régime41NDASXTJML._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Philippe Ariès
Éditeur: Seuil 1973
Pages: 316

Philippe Ariès est l'un des historiens français les plus connu pour ses nombreuses œuvres. Ce livre a, d'ailleurs, eu l'utilité d'ouvrir une vision différente de la famille et de l'enfance. C'est donc un livre sur le sentiment familial et le sentiment de l'enfance. Il nous permet de nous rendre compte de la manière dont ce sentiment et l'enfance se sont développés au fil du temps jusqu'à devenir notre famille et notre enfance. Car cette manière de voir les liens dans une fratrie a une histoire courte. Alors que le moyen âge ne voyait pas l'enfant et qu'il l'envoyait tout de suite au travail la renaissance et l'époque moderne ont conçu, progressivement, une vision de l'enfance liée à une mise en place de la famille privée. Ariès nous accompagne dans ce voyage a l'aide de trois parties principales.

Tout d'abord, il tente de nous montrer comment le sentiment de l'enfance est né au-travers de la théorie des âges de la vie mais aussi par les jeux et les habits. On découvre une ancienne société qui portait plus d'importance aux jeux et à la vie commune qu'au travail mais aussi une société qui ne différenciait pas l'enfance des autres âges de la vie. Néanmoins, petit à petit, on verra que l'enfant n'est pas simplement un adulte miniature mais un état particulier auquel il faut faire attention. Petit à petit, on fera attention au langage et aux jeux tandis que l'on affublera l'enfant d'habits spécifiques. Dans un second temps Ariès nous montre comment l'école s'est développée depuis le moyen âge. Malheureusement cette partie, dans cette édition, a été coupé de la majeure partie de son développement. Enfin, l'auteur nous emmène dans la vie familial. Il nous montre comment celle-ci fut vue mais aussi comment elle se développa à partir d'une famille large et quasiment publique du moyen âge jusqu'à la vie familiale privée et centrée sur le groupe des parents et des enfants.

La famille et l'enfance ne sont pas mes thèmes préférés. Néanmoins, la lecture de ce petit livre a été très intéressante voir passionnante. L'écriture d'Ariès est simple à suivre et son analyse se double d'une utilisation très riche des sources et de l'iconographie de l'époque. Il est d'ailleurs dommage que nous ne puissions pas voir ces images puisque Ariès utilise souvent les tableaux pour illustrer ses propos. Si une critique doit être faites ce n'est pas vraiment envers l'auteur, bien que le livre soit ancien et donc dépassé par la recherche, mais envers l'éditeur. Ce dernier a décidé, en effet, de couper toute la seconde partie du livre pour ne garder que les parties conclusives des chapitres. Il nous est donc impossible de comprendre le cheminement intellectuel d'Ariès et nous perdons toute son utilisation des sources. Je pense pouvoir dire, sans exagérer, que ce découpage rend cette seconde partie inutile puisque incompréhensible. De plus, je considère que cette manière de faire est injustifiée de la part d'un éditeur connu dans une collection censée être sérieuse.

Image: Amazon

11:30 Écrit par Hassan dans Histoire, moderne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : enfant, ancien régime, ariès | | | |  Facebook

29/10/2010

Moi Pierre Seel, déporté homosexuel

Titre: Moi Pierre Seel, déporté homosexuel9782702122778-G.JPG
Auteur: Pierre Seel
Éditeur: Calmann-Lévy 1994
Pages: 198

Je viens de finir, encore une fois, un livre de mémoire sur la déportation par un acteur de celle-ci. Un récit écrit par le seul déporté homosexuel français ayant témoigné: Pierre Seel. C'est presque la malchance qui l'a mené à ce destin. Un vol contre lui un soir, un rapport de police suivi d'un fichage dans une liste des homosexuels de la ville. Peu de temps après, alors que les allemands ont envahis l'Alsace, ce fichier illégal le mène à la connaissance des allemands qui l'internent dans un camps de concentration proche de la frontière. Nous avons tous entendu les atrocités qui se déroulaient dans ces camps. Pierre Seel réussit à en parler, parfois, réussit à nous communiquer son passé. Après voir été libéré les allemands décident de l'intégrer de force dans l'armée allemande comme de nombreux autres alsaciens. Il est donc obligé de combattre pour ses tortionnaires contre les soldats qui ont le but de le libérer. Durant ces années de guerre il taira toujours son expérience et fera tout pour éviter d'être remarqué. Jusqu'à ce que, enfin, l’Allemagne d'hitler tombe.

C'est alors que nous avons une partie que d'autres livres de mémoires que j'ai lu ne possèdent pas. Une partie dans laquelle Pierre Seel décrit sa tentative de vivre "normalement". Il tait son expérience, encore, il cherche une femme et se marie. Essayant longtemps de trouver du travail il est souvent expulsé. Pendant ce temps il se débat avec sa vie de famille mais aussi avec sa mémoire qui le hante jours et nuits. Jusqu'à ce que, un jours, il décide de témoigner, d'abord anonymement puis à visage découvert. Il s'ensuit une lutte sans fin pour se voir reconnaitre son statut de déporté par les institutions.

Ce livre est poignant non seulement à cause des événements des camps et de son enrôlement forcé mais aussi à cause de ses écrits sur la vie qui suivit. Comment quelqu'un qui a été déporté et torturé peut réussir à revivre normalement? A accepter ses souvenirs et à passer outre. D'autant plus lorsque ses souvenirs sont honteux et refusé par une grande partie de la société? C'est donc un récit de souffrance non seulement pendant la guerre mais aussi après. Les paroles d'un homme qui fut hanté par des souvenirs qu'il ne pouvait faire partager et qui faillirent le détruire. Mais c'est aussi un récit de combat, un combat pour vivre mais aussi un combat pour être reconnu et accepté par l'état et la société. C'est un livre dur, mais nécessaire.

Image: site de l'éditeur

05/09/2010

L'espoir est le dernier à mourir. Une jeune adolescence sous la terreur des nazis par Halina Birenbaum

Titre: L'espoir est le dernier à mourir. Une jeune adolescence sous la terreur des nazis
Auteur: Halina Birenbaum
Traducteur: Corinne Rouach
Éditeur: Musle d'état d'Auschwitz-Birkenau 2008
Pages: 287

Encore une fois je me plonge dans une mémoire de la seconde guerre mondiale. Celle-ci est l’œuvre d'une femme, Halina Birenbaum, qui a connut le régime nazi alors qu'elle était encore une enfant et qui devint une adulte en le subissant. L'auteure a écrit ce livre pour que personne n'oublie cette période et ce qu'il s'y est déroulé. Le récit commence dans sa ville natale alors que la guerre menace. Elle nous décrit aussi comment sa ville fut prise et le ghetto juif créé. On découvre les conditions de vie mais aussi comment les nazis sélectionnaient les juifs qui devaient être déportés. L'auteure nous décrit aussi sa mère qui gardât l'espoir de survivre jusqu'au bout. Même après avoir été prise et envoyée en camps d'extermination. Alors que Halina Birenbaum perd ses amis et sa famille de vue, dont beaucoup furent assassinés, elle apprend à vivre dans les règles du camps. Nous découvrons comment elle a réussit à se battre jours après jours malgré les privations et coups. Mais, tout du long, l'auteure nous affirme avoir gardé l'espoir de la Libération qui, finalement, arrivera.

Encore une fois, c'est un livre de mémoire. La mémoire a une grande importance pour l'histoire mais le style littéraire ne saurait être confondu avec un véritable travail scientifique. C'est néanmoins un travail nécessaire que d'entendre et de lire les paroles des survivants. Non seulement parce qu'ils sont les seuls à connaître la réalité des évènements mais aussi parce que chacune de leur histoire est une part importante des faits. De plus, la parole des survivants nous permet de ressentir les camps. Alors que les travaux scientifiques peuvent souvent sembler arides et sans consciences dans leur recherche des faits et des statistiques. L'écriture d'Haline Birenbaum m'a semblé particulièrement honnête et franche, une volonté de dire ce qu'elle a ressenti sans se camoufler. Il est donc dommage que l'édition de ce livre soit parsemé de coquilles. Néanmoins, ce témoignage m'a fortement ému.

Image: site du musée d'Auschwitz-Birkenau

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30/08/2010

Vichy et l'éternel féminin par Francine Muel-Dreyfus

Titre: Vichy et l'éternel féminin41EQDDAZTGL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Francine Muel-Dreyfus
Éditeur: Seuil 1996
Pages: 384

Vichy a été un gouvernement souvent et longuement attaqué et dénoncé pour sa collaboration avec le régime criminel nazi. Mais cette condamnation a souvent laissé dans l'ombre les aspects réactionnaire de ce régime. Je parle de réaction dans le sens où le régime de Vichy a été une incroyable tentative de retourner au passé alors que la société de l'entre-deux guerre était très proche de la notre. L'auteure a décidé de se poser la question spécifique de la relation du régime de Vichy avec les femmes. Alors que les années suivant la première guerre mondiale furent celles du travail féminin, des études féminines et même d'une ouverture de la possibilité d'une citoyenneté féminine le régime de Vichy a remis en question tout cela au nom de ce que l'auteure nomme l'éternel féminin.

Pour comprendre cette relation et la manière dont est organisée cette réaction l'auteure a décidé d'analyser les discours des élites du régime. Tout d'abord, une première partie nous parle de la manière dont la défaite a été ressenti est surtout de la manière dont elle a été expliquée. Les élites du régime, reprenant les discours de Pétain, tentent de ramener la France dans une supposée culture éternelle. En découlent deux condamnations: la première est celle des femmes qui ont perdus de vue leur rôle éternel de mère au foyer, la seconde est celle du manque d'enfants à cause de l'égocentrisme de ces même femmes. S'ensuit une seconde partie parlant, justement, de la manière dont Vichy met en place un retour à cette culture éternelle de la femme. La manière dont des lois sont mises en place pour ramener la femme à la maison et recréer la "famille" comme cellule de base de la société. Enfin, l'auteure nous montre comment les élites ont pensé la hiérarchie entre les sexes mais aussi entre les groupes sociaux pour terminer avec une analyse de l'utilisation de la médecine pour contrôler et créer des femmes et un peuple sain et "prospère".

Je pense que tout le monde acceptera l'idée que la doctrine vichyste de la femme est indigeste. ce lire nous permet de découvrir une vision très peu moderne de la femme et même, comme le dit l'auteure, mythique alors que la société contemporaine du régime était très proche de la notre. Les femmes avaient de plus en plus le droit de divorcer, d'avorter, de travailler, d'étudier et même, c'était en discussion, de voter et élire. Mais la défaite a remis en question toutes ces avancées au nom d'un retour aux anciennes valeurs après une, supposée, ère d'individualisme meurtrier dû aux droits de l'homme et à la démocratie. L'auteure analyse très finement ces différentes sources et, d'ailleurs, privilégie les sources à la littérature secondaire. Ce qui, je l'ai déjà dit, me plaît plus que le contraire. Néanmoins, l'écriture proche du style sociologique peut facilement décourager certaines personnes qui peuvent être peu habituées à cette manière d'écrire. Le langage sociologique peut, en effet, être passablement obscure quand on ne connaît pas les termes et concepts utilisés. Bien que le livre m'ait semblé très intéressant et bien écrit il me reste tout de même deux critiques. En effet, l'auteure s'engage à analyser la production idéologique des élites du régime. Cette manière de faire laisse dans l'ombre non seulement les résistance à cette production mais aussi la manière dont la population a reçu et ressenti cette production. Il faudra lire d'autres travaux pour connaître ces points.

Image: Amazon.fr

10:04 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : féminisme, vichy | | | |  Facebook

12/08/2010

Les hommes au triangle rose par Heinz Heger

Titre: Les hommes au triangle rose51G349WWDXL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: Die manner mit dem rosa winkel
Auteur: Heinz Heger
Traducteur: Alain Chouchan
Éditeur: H&O 2006 pour cette édition (Merlin Verlag 1972 édition originale)
Pages: 175

C'est en mars 1939 que Heinz Heger fut déporté au camp de Sachsenhausen après un emprisonnement et un procès rapide. Son crime n'était pas d'être juif, tsigane, opposant politique ou d'autres délits plus légitimes parmi tous ceux que l'Allemagne nazie punissait de déportation. Son crime était punis par l'article 175. Son crime était d'être un homme qui aimait les hommes. C'est par la surprise que commence ce dur récit. La surprise du narrateur, protégé par un pseudonyme non par lâcheté mais parce qu'il pensait que son présent ne devait pas être écrasé par son passé. Une surprise qui continue sur une grande partie du récit. La surprise d'être condamné d'"anormalité" par des gens "normaux" qui ne crachaient pas sur les relations homosexuelles ou/et qui furent coupables de tortures atroces.

Le récit de Heinz Heger est dur. Non seulement parce que l'on y lit comment étaient traités les prisonniers des camps de manière générale mais aussi parce qu'on y lit comment le camps vivait vraiment. L'auteur ne nous épargne que peu de choses et sa lecture est dure. Il nous montre les bordels construit pour les déportés, il nous parle des sévices, des tortures, des amitiés que l'on devait absolument avoir pour survivre. Car il était hors de question de survivre sans accepter des compromissions. Et Heinz Heger en a fait des compromissions. Il fut Kapo, avant cela il se lia à d'autres Kapos et, finalement, il survécu en essayant d'aider quelque peu certaines personnes. Au-delà des conditions des homosexuels ce livre nous montre donc aussi l'atmosphère des camps de concentrations. Un monde ou les survivants ne réussissaient à se sauver qu'en écrasant d'autres personnes. Et Heinz Heger ne nous cache pas cela. Le récit ne donne pas l'impression de vouloir être jugé ou de juger les Kapos qui purent prospérer dans les camps. Non, il nous montre comment il a fait en sorte, au jours le jours, de survivre pour pouvoir, à la libération, retrouver sa famille.

Les historiens se méfient souvent, et à raison, des récits de mémoires. En effet, la mémoire peut se tromper, oublier ou recréer alors que l’historien cherche des faits. Mais ces points ne doivent pas empêcher d'accepter les récits tels que ceux de Heinz Heger. D'autant que les témoignages des déportés homosexuels sont rares et furent longtemps considérés comme inacceptables. On condamne facilement la manière dont le régime nazy a traité certains de ses citoyens sous des critères iniques. On a oublié de se rappeler comment les homosexuels ont été traités. On a refusé de voir en eux des victimes et on a même refusé de commémorer leurs morts. Ce récit est donc important pour connaître un autre aspect, souvent inconnu, de cette période cruelle. Et même si l'homosexualité dérange encore beaucoup on doit passer outre ce sentiment et accepter cette histoire. Nous ne devons pas oublier que des hommes et des femmes (même si les lesbiennes étaient déportées comme asociales et non comme homosexuelles) ont été maltraités pour leurs préférences sexuelles par des gens qui se disaient "normaux". Mais qui est vraiment normal? Celui qui est capable d'amour ou celui qui est capable de torturer un autre être humain?

Image: Amazon.fr