10/04/2011

Une histoire du corps au moyen âge par Jacques le Goff et Nicolas Truong

Titre: Une histoire du corps au moyen âgev_book_170.jpg
Auteurs: Jacques le Goff et Nicolas Truong
Éditeur: Liana Levi 2003
Pages: 196

J'ai emprunté ce livre par curiosité car je ne savais pas vraiment si il me plairait. Cependant les recherches sur le corps donc la manière d'être en société m'intéressent tout de même un peu. Comme le disent les auteurs, l'histoire n'est pas désincarnée elle se fait à travers le corps humain qui est le réceptacle de différentes pratiques sociales aussi diverse que manger, dormir ou encore procréer. Le corps est civilisé par la société. Civilisé dans le sens ou les pratiques sociales d'utilisation du corps sont apprises et codifiées. Ainsi, il ne va pas de sois que l'on utilise une cuillère, que l'on marche avec des chaussures ou que l'on fasse du sport. Au contraire, ces pratiques sont les témoins d'une certaine société et de normes que l'on peut analyser de manière historique. Dans ce cas les auteurs, dont l'un est largement connu, s'intéressent au corps dans le cadre de la société du moyen âge.

Les auteurs analysent donc les pratiques des hommes et femmes du moyen âge selon différents thèmes. Ceux-ci concernent aussi bien la médecine, la vie et la mort que la nourriture, la beauté  et le sport et même les utilisations métaphoriques de celui-ci. Les différentes analyses et synthèses que les auteurs nous offrent dans ce petit livre nous mène à comprendre le corps médiéval comme tiraillé par deux tendances antagonistes. D'un coté le corps humain est avili, considéré comme source de pêché, et doit être rigoureusement contrôlé voir nié. C'est dans ce cadre de pensées que le carême et les flagellations naissent. Il convient de réfléchir avant tout à son âme dont le corps n'est que le porteur temporaire. Mais il y a aussi la pensée du carnaval, pour reprendre les propos des auteurs, qui implique une certaine jouissance du corps. En effet, le moyen âge connaît aussi le début de la gastronomie et de la mode. Les individus sont, donc, tiraillés entre ces deux conceptions antagonistes dont l'une est portée par l’Église.

Mais quel est mon avis après avoir terminé ce livre? Il est légèrement mitigé. Je salue l'effort qui est fait d'analyser un objet qu'il n'est pas forcément facile de retrouver dans les sources. J'apprécie aussi que ce livre nous offre une analyse globale du corps médiéval. Mais je trouve que de nombreux points auraient pu être développés. J'ai eu l'impression, en effet, de n'avoir que les débuts de la réflexion et de devoir m'arrêter sur un chemin prometteur et intéressant. Ce qui m'a énormément frustré. En fait, ce livre donne l'impression, peut être injuste, d'être surtout une synthèse des travaux scientifiques récents en direction d'un plus large public. Ce qui est, bien entendu, louable mais qui implique un certains manque dans l'analyse. Bref, je cherche un peu plus.

Image: Éditeur

25/03/2011

Le salaire des neutres, Suisse 1938-1948 (Politik und wirtschaft im krieg) par Hans-Ulrich Jost

Titre: Le salaire des neutres, Suisse 1938-1948 (Politik und wirtschaft im krieg)41GW7MGMW8L._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Hans-Ulrich Jost
Traducteur: Henry Debel
Éditeur: Denoël 1999
Pages: 419

Je pense à lire un ouvrage de Hans-Ulrich Jost depuis que je suis entré en histoire à l'université. Mais soit j'oubliais soit je n'avais pas le temps ou encore je pensais à autre chose au moment de choisir un livre. Bref, il m'a fallu beaucoup de temps pour, enfin, me décider à parcourir l'un des livres que cet historien célèbre à écrit. Je parle d'un historien célèbre mais je sous-estime ce point. C'est, en effet, l'un des rares historiens largement connu dans le grand public et dont les recherches ont été discutée et abondamment critiquée par des non-historiens. Il faut dire que son domaine des recherches n'est pas de ceux qui soient les plus facile puisqu'il traite de la Suisse lors de la seconde guerre mondiale. Un point qui est encore très chatouilleux pour un certains nombres de citoyens de ce pays et une histoire qui laisse encore largement place aux mythes plutôt qu'à la vérité historique.

Il semble que le livre que j'aie choisi soit une tentative de synthétiser et de rendre plus accessible un certains nombres de faits de l'histoire de la Suisse durant la seconde guerre mondiale. C'est pourquoi nous y trouvons des informations autant sur les aspects politiques que militaires et, surtout, économique de l'époque. L'aspect militaire nous offre le tableau d'une suisse dont le général, Guisan, agit d'une manière, parfois, contradictoire et souvent dans le dos du Conseil Fédéral. On nous offre un général qui a créé de vives tensions avec le gouvernement de l'époque et dont les soldats sont utilisés surtout pour éviter le chômage et donner de l'espoir en la capacité de résistance du pays. L'aspect politique tel que le dépeint Jost est assez sombre. La lecture nous montre les actions et réactions d'un gouvernement très proche des thèses autoritaires et qui accepte des offres de revoir le fonctionnement du pays à l'aune d'un plus grand autoritarisme. C'est dans cette ambiance que les frontistes, les fascistes et les ligues se multiplièrent alors que la gauche était combattue avec force. Cependant, c'est l'aspect économique qui est le plus intéressant. En effet, la Suisse tente d'agir en vue de constituer une force économique stable et même croissante durant et après la guerre. En vue de ce but elle se compromet de nombreuses fois avec les gouvernements fascistes dont elle accepte l'or et à qui elle vend des armes. Bien loin de l'image mythique du réduit neutre c'est une suisse intéressée et utilisant l'économie comme arme de guerre qui se fait jours et dont les élites étaient singulièrement proches des fascistes. Trop pour leur tranquillité d'esprit après la guerre.

J'ai appris beaucoup de choses en lisant ce livre. De nombreux points que je connaissais sans les avoir approfondi et d'autres très nombreux points dont je n'avais aucune idée. J'ai, entre autre, été frappé par les agissements de la Ligue Vaudoise dont on ne connaît pratiquement rien alors que ce groupe est toujours en activité. Il est intéressant, aussi, d’avoir mis en place un chapitre conclusif qui pose la question de la relation de la société, et des autorités en particulier, avec l'histoire. Ce qui permet d'expliquer le traitement qui a été infligé à ce thème depuis la fin de la guerre. J'ai aussi trouvé l'écriture et l'argumentation de Jost particulièrement facile à suivre. J'ai eu beaucoup de plaisir à parcourir ce livre. Cependant j'ai une petite interrogation. J'ai compris que ce livre a été traduit pour un public francophone mais la traduction a aussi consisté à changer les francs suisses en francs français. Je me demande si ceci était vraiment indispensable?

Image: Amazon

13/03/2011

Made in Dagenham (We want sex)

Made in Dagenhame (encore un film dont le titre anglais est traduit en anglais dans la zone francophone...) nous lance dans la grève des femmes couturière d'une usine Ford à Dagenham près (ou dans) Londres. Le film commence sans vrai prologue puisque nous observons l'arrivée des femmes à l'usine, leur travail puis, presque immédiatement, leur vote en faveurs d'une grève d'une journée. Ces femmes doivent coudre les différentes parties des sièges de voiture, sans patrons, et travaillent dans des conditions extrêmement mauvaises. Non seulement la salle est étouffante mais, en plus, le toit fuit lorsqu'il pleut. Malgré tout elles réussissent leur travail. Mais les patrons de Ford ont décidé que ce travail n'était pas qualifié et qu'elles devaient recevoir moins d'argent. Mais la leader du groupe, Rita, se rend compte que cette grève n'est pas qu'une question de qualification. C'est un problème bien plus large: les femmes ont-elles le droit à une même rémunération que les hommes pour le même travail? Alors qu'elles n'étaient partie que pour quelque jours de grèves ces femmes réussiront à faire vaciller Ford tout entier et à fédérer les syndicats anglais derrière elles. Car, comme le dit Rita, c'est une question de justice.

Je retiens plusieurs scènes de ce film que j'ai beaucoup aimé et qui m'a beaucoup fait rire. La première est celle qui voit Rita entrer chez son patron, sur invitation de sa femme, pour lui demander de l'aide. La tête du patron me restera longtemps en mémoire. Cet air surpris et halluciné quand il voit l'une de ses employées gréviste entrer chez lui et amie avec sa femme. La seconde concerne la ministre de l'économie de l'époque quand elle crie sur ses employés qui lui déconseillent de donner de la "légitimité" à cette grève féminine. Bref, voila un bon film qui nous permet de connaître un peu mieux une grève historique tout en nous offrant plusieurs scènes particulièrement drôles.

Mais ce film n'est pas seulement une comédie anglaise sur fond de lutte social. Il nous permet d'observer quels sont les problèmes que pouvaient vivre les femmes à cette époque. La phrase du patron de l'usine ford est symptomatique, bien que particulière, "j'ai été reçue première de l'une des plus grande université du monde et mon maris me traite comme une idiote". Bien entendu, puisque la place d'une femme n'est ni dans la réflexion ni dans le travail mais à la maison avec les gosses (sic). On peut observer, sous-jacent à ce film, les freins au militantisme des femmes. En effet, les femmes, contrairement aux hommes, doivent militer mais aussi, et surtout, s'occuper de la famille. Attention, je ne dis pas que les hommes n'aident pas (il y a  eu des progrès tout de même et le film montre un grand soutient, bien qu'un peu maladroit, du maris de Rita). Mais les femmes doivent souvent à la fois travailler, militer et s'occuper des obligations familiales en même temps. Ce que l'on nomme la double journée et qui est, logiquement, peu compatible avec le militantisme. Mais ces freins ne sont pas seulement dû à la famille puisque, parfois, les réunions syndicales ne sont pas forcément adaptées à la vie familiale. C'est, donc, à mon avis un film très intéressant et qui mérite d'être regardé et qui nous montre une lutte qui mérite d'être menée.

Image: site officiel

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06/03/2011

Ce que soulève la jupe par Christine Bard

Titre: Ce que soulève la jupe2-7467-1408-3.jpg
Auteur: Christine Bard
Éditeur: Autrement 2010
Pages: 170

Christine Bard est professeure en histoire contemporaine à l'université d'Angers. Elle a écrit ce court récit de la jupe alors qu'elle terminait son histoire politique du pantalon. En effet, c'est en écrivant ce livre sur le pantalon que l'auteure s'est interrogée sur ce paradoxe apparent, pour une féministe, qu'est la revendication de la jupe alors que la lutte a été de pouvoir mettre un pantalon. Pourquoi des femmes pensaient-elles plus difficile de mettre une jupe qu'un pantalon à peine cinquante après qu'elles aient eu le droit de porter les même vêtements que les hommes? Cette question a mené l'auteure à s'interroger sur la jupe forcée, la jupe revendiquée mais aussi sur la jupe portée par des hommes.

C'est donc un livre en trois actes que j'ai entre les mains. Le premier acte résume l'histoire du jupon féminin sur plusieurs siècles. Quel est son origine et quel est son lien avec la mode? Ce premier chapitre nous montre que la jupe a été utilisée dans le cadre de la libéralisation sexuelle en érotisant un corps désormais libre des contraintes sociales. Mais celle-ci était aussi imposée. Que ce soit textuellement dans le cadre de certains lieux comme l'école ou l'aviation ou que ce soit une norme tue comme en politique (bien qu'une femme féminine en politique puisse aussi jouer sur ce caractère).

Le second acte montre comment la jupe est passé de vêtement féminin légitime à vêtement dangereux. En effet, selon l'auteure, son port risque de donner le message d'une disponibilité sexuelle. Dans ce cadre le pantalon, et le voile, sont des moyens de se protéger d'une atteinte sexuelle. Les deux annuleraient la vision sexuelle du corps et créeraient une forme d'armure pour réutiliser les termes de Christine Bard. Ce qui ne veut pas dire que la résistance n'existe pas. Un exemple est la journée de la jupe et du respect (il faut souligner ce dernier mot) organisé dans un lycée de province à Etrelles. C'est un droit à la féminité qui est revendiqué. Mais ce droit revendiqué peut aussi cacher des obligations de normes. Une norme qui annonce qui a le droit et qui n'a pas le droit d'être féminin.

Enfin, le troisième acte annonce l'arrivée de l'homme en jupe. Ce retour à un habit long est assez récent même si on peut l'observer dans la mode depuis le milieu du XXe siècle (à moins d'une erreur de ma part). Cette jupe n'est pas qu'un habit mais aussi un moyen de contester un ordre genré du costume. Par le port de la jupe ces hommes mettent en cause un ordre normatif qui impose une certaine tenue aux hommes et permet aux femmes de porter des habits aussi bien féminins que masculins (un masculin parfois revisité il est vrai). Ces hommes semblent développer, en partie, une forte conscience de l'effet politique de l'habit dans la société et revendiquent non un droit au travestissement mais un droit au choix qui rejoint parfaitement certaines consciences féministes.

J'ai trouvé ce petit livre passionnant. Au travers de nombreuses questions il permet de remettre en questions certaines idées préconçues largement acceptées dans nos sociétés. Mais ce que j'ai le plus apprécié n'est pas seulement cette remise en question ni l'utilisation, inédite pour moi puisque je ne l'avais jamais vue auparavant, de sources internet alliées à des sources audiovisuels, écrites et à une littérature secondaire large. J'ai particulièrement apprécié le message qui semble se dégager de ce petit livre. Un message qui consiste à militer pour un droit à tous et toutes de choisir une tenue sans être arrêté par des normes qu'elles soient légales ou morales. C'est, à mon avis, un message extensible à de nombreux autres problèmes. Personnellement, je considère que le féminisme est une idéologie qui devrait aboutir non à une lutte entre les sexes (comme certains le croient aussi bien pro-féministes qu'anti-féministes) mais à une égalité et une harmonie entre les sexes dans le respect mutuel. Le libre choix de l'habit pourrait être un début vers de féminisme. Bref, ce que soulève la jupe ce ne sont pas seulement les mains de certains passants ou le vent mais surtout un grand nombre de questions.

Image: Éditions Autrement

17:40 Écrit par Hassan dans Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jupe, christine bard | | | |  Facebook

18/02/2011

Par le trou de la serrure. Une histoire de la pudeur publique XIX-XXe siècle par Marcela Iacub

Titre: Par le trou de la serrure. Une histoire de la pudeur publique XIX-XXe siècle314%2B-W-yTqL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Marcela Iacub
Éditeur: Fayard 2008
Pages: 352

Marcela Iacub n'est pas une historienne ni une sociologue mais une juriste française ce qui se sent très facilement lors de la lecture de son livre. Cependant, ce n'est pas parce que l'on n'a pas étudié les sciences sociales que l'on ne peut pas parler de problèmes sociaux ou de thèmes sociaux. Mais la manière d'écrire de l'auteure est différente que si elle avait été formée dans ces disciplines. En effet, Marcela Iacub tente de découvrir la vision pénale de la pudeur qui se cache derrière les lois. Pour cela elle utilise de nombreux exemples juridiques qu'elle met en parallèle avec son analyse des différents articles (et particulièrement l'article 330 de l'ancien code pénal français). Elle essaie, donc, de comprendre la vision de la sexualité qui se cache derrière la loi. Les exemples lui permettent aussi de voir comment cette loi était, concrètement, mise en application.

Cette manière de procéder conduit l'auteur a identifier une époque ou la sexualité était durement réprimée sur la voie publique mais acceptée, ignorée faudrait-il dire, dans les lieux privés. C'est ce qu'elle nomme le mur de la pudeur qui existe de l’ère impérial de Napoléon I au milieu du XIXe siècle. Ce mur implique une certaine vision de la sexualité, celle-ci est censée souiller ceux qui la voient et, de plus, elle est censée ne se dérouler que dans le cadre du mariage hétérosexuel. Mais les juges tentent, dès que cet article existe, de "briser" ce mur de la pudeur en tentant d'entrer dans les lieux privés pour les moraliser. Ce qui conduit la jurisprudence à inventer différents stratagèmes consistant à créer des lieux publics là ou il y a des murs et des portes fermées. On se retrouve avec des exemples qui nous semblent grotesques dans lesquels un tribunal condamne un couple, par exemple, parce que le trou de la serrure de la chambre n'était pas bouché!

Mais il ne faudrait pas croire que les membres de la société n'aient pas réagit. Premièrement, les personnes qui essaient de créer des spectacles qui seraient censurés ou les mèneraient devant le tribunal tentent de recréer un lieu privé sur la voie publique en invitant personnellement des individus à des spectacles dits privés. Une seconde tentative est de montrer que le nu peut être chaste. Premièrement, ce nu chaste peut être, tout simplement, le nu artistique qui est "voilé" par un regard qui n'est pas sexuel. Il faut donc recréer ce voile artistique par différents artifices. Ce nu peut aussi perdre de son caractère sexuel par un comportement particulièrement moral et retenu qui est celui adopté par les mouvements naturistes du début du XXe siècle. Ces différentes positions sont les bases d'une transformation de la vision de la sexualité qui a conduit à la vision qu'on en a aujourd'hui. Une vision qui, selon l'auteure, semble être libérée mais qui cache un contrôle très fort sur les actes acceptés ou non.

Marcela Iacub observe surtout une forme de frénésie pénale pour protéger la sexualité des adolescents qui conduit à pouvoir rendre coupable de pédophilie ces même adolescents (particulièrement dans certains états américains). De plus, elle tente de montrer que les perversions sexuelles sont maintenant pensées comme des maladies dangereuses qui pourraient mener, sans que la preuve ait été faites, à des actes de plus en plus graves. Ce qui a conduit la construction d'une loi pour contrôler les mouvements de ces personnes que l'on dit dangereuses. C'est, bien entendu, une position qui peut mener à la controverse mais qu'il est salutaire de communiquer.

J'ai, personnellement, beaucoup aimé lire ce livre. Bien que l'auteure se base sur une analyse très juridique elle le fait d'une manière presque vivante. Il faut dire que ses exemples sont particulièrement savoureux et permettent de mieux comprendre la manière dont elle analyse des articles de droit qui peuvent être difficilement passionnant. Cependant, il ne faut pas oublier qu'a coté du droit il existe une société. Celle-ci peut fonctionner différemment que les règles instituées qui trahissent la pensée d'une élite juridique et pas forcément de la population qui est censée obéir. Il serait sûrement intéressant de voir a quelle point cette vision pénale de la sexualité s'est traduit ou a existé dans la population large. Il faut tout de même noter que Marcela Iacub nous permet tout de même d'observer cette dynamique entre le droit et la population puisqu’elle explique la réforme de 1992 par un changement d'attitude de la population française. La dernière partie du livre est probablement celle qui peut conduire le plus facilement à une controverse publique. Je n'ai, personnellement, pas les compétences pour la mettre en question mais je pense qu'il est utile pour la société de se poser les questions que Marcela Iacub soulève.

Image: Amazon

11:17 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pudeur, sexualite, marcela iacub | | | |  Facebook

10/02/2011

14-18. Les refus de la guerre par André Loez

Titre: 14-18. Les refus de la guerre01067200314.gif?12973330664480.8834922790306341
Auteur: André Loez
Éditeur: Gallimard 2010
Pages: 690

Coïncidence ou non, c'est le second livre qui parle de la première guerre mondiale que je lis en peu de temps. Encore plus intéressant, le premier parlait de ce qui poussait les hommes à combattre dans les tranchées alors que celui-ci nous narre l'histoire des fameuses mutineries de 1917 dans l'armée française. Donc un livre sur l'acceptation et un autre sur un refus massif de la guerre. des mutineries qui semblent, étrangement, largement oubliées par l'historiographie de cette période et par les mémoires. De plus, lorsqu'elles sont mentionnées, André Loez nous montre que les interprétations sont biaisées ou basées sur des travaux plus qu’obsolètes. L'auteur reprend donc l'analyse pour comprendre la raison de ces mutineries mais aussi pourquoi elles eurent lieu à ce moment précis de la guerre. Il nous offre aussi les moyens de comprendre les raisons de son échec.

Il apparaît, au fil de la lecture des sources, que les raisons des mutineries sont multiples. Bien entendu, les soldats souhaitent la fin de la guerre et retourner auprès de leur famille. Mais ce n'est, de loin pas, un facteur suffisant pour expliquer cette désobéissance impressionnante. Non, si les mutineries ont eu lieu c'est principalement parce qu'un faisceau de facteurs s'est concentré en une période particulière. A coté de l'échec de l'attaque du Chemin des Dames qui avait donné l'espoir d'une victoire définitive on peut observer l'appel à la paix des socialistes. Mais il y a aussi une déstabilisation de l'armée elle-même qui change son précédent chef par un nouveau: Pétain. Ce changement semble être une preuve de l'échec et de l'incompétence du précédent Général en Chef et discrédite l'armée et ses gradés. Par contre, il ne semble pas que les mouvements pacifistes aient eu un rôle dans ces mutineries qui étaient largement inattendues.

Mais qu'ai-je pensé de ce livre? J'ai eu beaucoup de plaisir à le lire d'autant que l'auteur lie les méthodes historiques aux méthodes et théories de la sociologie des mobilisations (l'explication sociologique des manifestations, grèves et autres mouvements sociaux). Mais il me faut avouer que j'ai une certaine fascination pour la sociologie des mobilisations qui peut avoir eu un effet positif sur ma vision de l'ouvrage. Je trouve, aussi,  qu'il ltrès complet non seulement dans le bilan de l'historiographie sur le sujet mais aussi dans le traitement que l'auteur en fait. De plus, sa lecture est assez facile et je n'ai pas eu l'impression de me battre contre l'ouvrage comme cela peut m'arriver parfois. Il est aussi intéressant de noter que l'auteur ait décidé d'ouvrir un site internet sur son livre dans lequel il a ajouté des articles de différentes revues mais aussi des annexes incluant des tableaux, des sources et une bibliographie détaillée. J'aurais aimé avoir ces dernières annexes directement en main mais je pense que l'idée est intéressante.

Image: site de folio histoire

Site du livre

17/01/2011

La guerre censurée. Une histoire des combattants européens de 14-18 par Frédéric Rousseau

Titre: La guerre censurée. Une histoire des combattants européens de 14-1841EBTGF5APL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Frédéric Rousseau
Traducteur: François Schmitt
Éditeur: Seuil 1999
Pages: 412

La première guerre mondiale fait partie de ces événements que nous connaissons tous. Ou plutôt que nous croyons tous connaître. Depuis l'école les idées reçues sont acceptées et transmises sans vraiment les remettre en question. Toutes ces idées reçues ne sont, bien entendu, pas forcément fausses mais certaines oui. Par exemple, une idée que l'on lit régulièrement est que les soldats combattaient par amour de la nation. Mais est-ce vrai? Frédéric Rousseau essaie, dans ce livre, d'oublier les théories des généraux ou des historiens militaires classiques. Il essaie de se rapprocher du vrai combattant, de celui qui vit en première ligne dans la boue et les poux. Mr Rousseau essaie de comprendre comment la première guerre mondiale fut ressentie par les simples soldats. Et il tente de comprendre ceci en se concentrant sur la question du moral des troupes. En effet, comment est-il possible que des millions d'êtres humains aient acceptés de combattre pour un objectif qui ne semble pas clair? Pour comprendre ce moral et ses limites l'auteur va examiner plusieurs explications possibles qui transparaissent au travers des sources. Alors? le sentiment nationaliste joue-t-il un rôle? L'auteur répond en minimisant ce rôle. Les amis de la section sont plus importants puisqu'ils font partie de la famille du soldat. C'est pour eux que le soldat se bat et non pour un concept. L'auteur montre aussi l'importance d'un chef exemplaire qui respecte ses soldats et qui agissent en vrai combattant et non en restant cloîtré dans un bunker à l'arrière. Mais ce livre nous permet aussi de connaître ce qui détruit le moral d'un soldat. L'absence d'amour et de sexe bien entendu. Mais aussi la mort omniprésente, les cris des blessés, le manque de repos et d'initiative. Comment passer outre? Les permissions sont une solution mais, souvent, le soldat tombe dans l'alcool voir la folie.

Que penser de ce livre? Je suis assez mitigé. Tout d'abord je suis content de trouver un livre qui tente de comprendre comment le simple soldat ressent la guerre. Je trouve aussi très intéressant d'essayer de savoir comment le moral des soldats peut être renforcé ou amenuisé. Il est intéressant de voir que certaines idées qui sont encore utilisées dans l'armée ont un effet très négatif sur le soldat et sa façon de combattre. J'ai aussi apprécié cette impression, que j'ai ressentie lors de la lecture, d'entre véritablement dans le quotidien des soldats quelque sois le camps. Ceci est possible grâce à la large utilisation des sources par Rousseau. Celles-ci sont souvent et largement citées ce qui nous permet d'entrer dans les pensées intimes des soldats. Cependant, bien que certains passages m'aient donné l'impression de lire un roman, il m'est arrivé de m'ennuyer dans ma lecture. Je me pose aussi la question des sources. Est-ce que les personnes qui ont écrits des témoignages de guerre ont un profil sociologique particulier? Si oui, sont-ils vraiment représentatifs des millions de soldats qui ont combattus? Cependant il faut tout de même noter que Rousseau utilise aussi la correspondance des soldats ce qui lui permet de passer outre cette question de méthode.

Image: amazon

06/01/2011

Enfants placés, enfances perdues sous la direction de Marco Leueuberger et Loretta Seglias

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Titre original: Versogt und vergessen. Ehemalige Verdingkinder erzählen
Auteurs: sous la direction de Marco Leueuberger et Loretta Seglias
Traducteur: François Schmitt
Éditeur: Édition d'en bas 2009 (Rotpunktverlag 2008 édition originale)
Pages: 283

Durant la première moitié du XXe siècle il y eut de nombreux enfants placés en Suisse. Ces placements dépendaient de plusieurs facteurs, comme la pauvreté ou le divorce, et avaient le but de faire grandir l'enfant dans un environnement familial complet. Il faut entendre par complet la famille traditionnelle bourgeoise: un homme qui travaille, une femme qui s'occupe du ménage et les enfants. Mais de multiples abus ont été commis contre ces enfants. Ce livre a le but de les analyser et de les mettre en lumière. Quels sont ces abus? Le premier qui saute aux yeux concerne le travail. Ces enfants placés n'étaient plus considérés comme des enfants mais comme une force de travail corvéable sans limite. On leur donnait énormément de travail à accomplir sans prendre en compte leur âge. Cet abus peut être lié à un second problème qui était l'école et à la formation. En effet, ces enfants avaient souvent du mal à travailler pour l'école quand ils n'y étaient pas directement discriminés. Ceci pouvait aller plus loin puisque les tuteurs et les familles d’accueil pouvaient contester des décisions professionnels de ces enfants placés et les forcer à travailler pour eux ou d'autres familles. Enfin, et c'est probablement le problème le plus développé, ces enfants avaient surtout un manque affectif. On ne les traitait pas comme des membres de la famille mais comme des choses. On ne leur parlait pas forcément, on refusait qu'ils puissent contacter leur véritable famille et on les mettaient souvent à l'écart. Cependant, il existe des cas de placement heureux et la plupart des enfants qui ont témoignés dans ce livre ont pu réussir leur vie.

Que penser de ce livre? Outre qu'il nous permet de connaître, en plongeant directement dans les souvenirs des acteurs concernés, une page sombre et oubliée de l'histoire Suisse il nous permet aussi de comprendre les raisons de ces abus. La raison principale est l'incapacité des autorités à surveiller les placements. Aucun effort réel n'était fait pour comprendre les enfants et vérifier leur état de santé. Une autre raison peut être vue dans l'idée commune de l'époque d'une forme d'hérédité de la pauvreté. Il fallait donc protéger ces enfants même contre eux-même. L'avantage de ce livre est qu'il nous donne un accès aux souvenirs des personnes placées tout en nous offrant des synthèses historiques à chaque début de chapitre. Mais on sait que l'histoire orale est souvent critiquée pour son manque, possible, d'objectivité. Les auteurs y répondent en écrivant un chapitre conclusif concernant la méthode. Bien que les analyses historiques soient courtes je dois donc dire que je trouve ce livre bien construit et complet. Du moins en ce qui concerne l'état actuel de la recherche. Il est, cependant, dommage que la traduction n'ait pas été mieux faites. On lit, par exemple, systématiquement "moins" à la place de "moyens". Ces fautes assez grossières nuisent considérablement à la lecture et au sérieux du travail présenté.

Image: Le comptoir des presses d'universités

10:11 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : enfants, placement | | | |  Facebook

12/12/2010

Juger les vers. Exorcismes et procès d'animaux dans le diocèse de Lausanne (XVee - XVIe s.) par Catherine Chène

Titre: Juger les vers. Exorcismes et procès d'animaux dans le diocèse de Lausanne (XVee - XVIe s.)
Auteurs: Catherine Chène
Éditeur: Cahiers lausannois d'histoire médiévale 14, 1995
Pages: 194

J'ai choisi ce livre un peu au hasard. C'est que le titre est assez spécial et pose beaucoup de questions. Comment peut-on juger des vers? Pourquoi les jugerait-on? J'ai donc emprunté ce livre par intérêt mais aussi par simple chance. Comme le titre le dit très bien. Il considère l'histoire des procès intentés aux animaux dans les XVe et XVI siècle au diocèse de Lausanne. L'auteure explicite donc et montre précisément la manière dont ces procès sont intentés. On trouve deux caractéristiques. Premièrement ces procès suivent un cadre juridique très précis avec des défenseurs, des accusateurs mais aussi des convocations écrites en langage judiciaire. Un second point est l'aspect religieux de ces procès. En effet, les plaignants devaient aussi agir d'une manière chrétienne en faisant pénitence par des prières. Il ne faut pas oublier que les insectes pouvaient être des punitions de Dieu envoyés à cause de l'impiété de la population. Ce n'est probablement pas le point le plus intéressant. En effet, l'auteure développe une thèse surprenante du moins à première vue. Elle considère que la mise en place de ces procès durant ces deux siècles sont les témoins d'un changement d'attitude envers la nature. D'une pensée, biblique, que les insectes sont une punition de Dieu on passe à une pensée aristotélicienne qui justifie une pensée utilitariste de la nature. Autrement dit, l'homme est en droit de se considérer comme possesseur de toute la terre ainsi que sa production. L'infestation des insectes est donc une destruction des biens de l'être humain. Il est donc nécessaire de les en empêcher.

Je vais être honnête. Bien que ce sujet soit intéressant je ne pense pas m'y plonger plus avant dans un proche avenir. Ces procès sont, bien entendu, passionnant d'un point de vue de l'histoire des mentalités, comme le souligne l'auteure, et j'ai apprécié en savoir un peu plus. La thèse du livre est aussi éclairante mais je ne connais pas assez bien le sujet pour critiquer ce point. En ce qui concerne le livre je peux déjà dire que j'apprécie l'utilisation précise des sources par l'auteure. Source qui sont, en plus, entièrement traduite et publiées en annexes. Le développement est aussi intéressant mais souffre d'une lourdeur due à l'analyse précise d'exemples précis de procès. La manière de juger les animaux sont proches entre les exemples et leur analyse plutôt précise peut rendre la lecture un peu fastidieuse. Mis à part ces quelques points le sujet est intéressant bien que, semble-t-il, peu étudié par les historiens.

18:24 Écrit par Hassan dans Histoire, moyen âge | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : exorcisme, animaux | | | |  Facebook

26/11/2010

Roms, Sintis et Yéniches. La "politique tsigane" suisse à l'époque du national-socialisme par Thomas Huonker et Regula Ludi

Titre: Roms, Sintis et Yéniches. La "politique tsigane" suisse à l'époque du national-socialisme9782940189427FS.gif
Titre original: Roma, Sinti und Jenische. Schweizerische Zigeunuerpolitik zur Zeit des Nationalsozialismus
Auteurs: Thomas Huonker et Regula Ludi
Traducteurs: Marc Rüegger et Karin Vogt
Éditeur: Page deux 2009 (Chronos 2001 édition originale)
Pages: 214

Après avoir vu une conférence de l'association Mesemrom sur la situation juridique et humaine des Roms à Genève j'ai eu envie d'en savoir un peu plus. C'est dans ce cadre que j'ai emprunté ce livre à la bibliothèque. Celui-ci fait partie des productions de la Commission Indépendante d'experts Suisse pour la seconde guerre mondiale. Nous savons tous que les conclusions de cette Commission sont toujours débattues voir refusées par une grande partie de la classe politique et médiatique suisse. Ce travail prend place dans une étude plus vaste de l'attitude de la Suisse face aux réfugiés durant la seconde guerre mondiale. Cependant, ce livre ne reste pas bloqué sur le territoire Suisse et tente d'inscrire l'attitude du pays dans le contexte international et, particulièrement, la République de Weimar et l'Italie de mussolini.

La première chose que fait ce livre est de définir la population qu'il analyse. En effet, "tsiganes" ou "roms" ont souvent été utilisé pour parler de populations différentes voir de nationalités différentes ou simplement d'un mode de vie. Ainsi le mot tsigane peut aussi bien définir un suisse qu'un roumain ou encore un allemand. L'affaire est rendue plus compliquée encore puisque différents groupes revendiquent une identité qu'elle soit rom, yéniches ou sinti et ce sans liens avec les définitions des autorités. Il est donc arrivé que des personnes qui ne font pas partie de cette minorité leur soient apparenté par les autorités à cause de leur mode de vie non-sédentaire.

Dans un second temps, et c'est l'un des chapitres que j'ai trouvé le plus intéressant, les auteurs analysent ce qu'il nomment le complexe scientifico-policier. Sous ce terme un peu barbare on retrouve des liens étroits entre la science et la police. Les scientifiques spécialistes des races durant le XIXe analysent les populations non-sédentaires comme inférieures moralement et physiquement. Cette analyse est reprise par les autorités policières qui justifient leur attitude par ces recherches. Enfin, la répression policière étant plus forte elle augmente nécessairement le nombre de roms internés, les scientifiques utilisent les résultats de la police pour justifier du caractère fondamentalement criminel, selon eux, des roms. Nous nous trouvons donc face à deux institutions qui criminalisent une population particulière sur des critères raciaux. La question rom sera donc pensée principalement en terme de criminalité même sans preuves d'une quelconque activité criminelle. Ce qui mènera au refoulement et à l'internement d'adultes et enfants roms qui n'ont comme crime que leur naissance et leur identité

Ensuite, les auteurs montrent comment les nazis continuent et étendent la politique de Weimar. On y trouve une généralisation de la stérilisation forcée ainsi que la déportation qui a pour but, souvent, la mort. Dans ce cadre, la Suisse continue de suivre sa politique précédente de refoulement tout en collaborant avec l'ancêtre d'Interpol sous domination nazie à l'époque. Cette politique mènera probablement de nombreux tsiganes à la mort même lorsqu'ils sont d'origines suisses. C'est néanmoins une thèse qu'il est difficile de prouver étant donné le tabou qui cache cette période ainsi que le caractère lacunaire des sources.

Enfin, et à l'aide de dossiers récemment retrouvés et analysés dans la postface, les auteurs analysent l'attitude Suisse face aux roms durant la seconde partie du XXe siècle. Nous y apprenons que la politique des années vingt continua à être appliqué jusqu'en 1970. Nous connaissons des cas de roms enfermés à vie avec leur identité pour seul crime ainsi que des refoulements de suisses dont on refuse de reconnaître la nationalité. Dans le même temps, pro juventute et les autorités continuent de détruire des familles en volant les enfants aux parents dans le but de les interner comme des criminels jusqu'à leur majorité. Nous retrouvons aussi, selon les auteurs, de nombreux acteurs suisses cruciaux de la seconde guerre mondiale, proche des nazis, qui continuèrent leurs activités après la chute du nazisme. En dernier point, Thomas Huonker fait une ouverture sur les années récentes du XXIe siècles et parle de la criminalisation et du rejet croissant des roms fomenté par le parti UDC qui utilise les même préjugés et présupposés raciaux du début du XIX. ces préjugés sont donc tenaces et continuent à maudire toutes personnes vivant, en résumé, "comme un rom".

En tant que lecteur, j'ai été très pris par cette recherche. Nous y découvrons des atrocités comme la castration et des préjugés que nous connaissons encore aujourd'hui. Heureusement, les actes les plus horribles de l'époque ne sont plus perpétrés. Mais les roms sont encore rejetés en utilisant ces même préjugés pour se légitimer. Ce qui m'a le plus choqué n'est pas l'action nazie mais l'enfermement, tardif puisqu'on connaît encore un cas dans les années septante, de roms sans preuves de criminalité. Un état de droit s'est permis d'enfermer des gens innocent ou, au pire, suspect à cause de leur identité! J'ai aussi apprécié que les auteurs nous montrent quels sont les limites de leur travail. En effet, ils nous expliquent longuement les problèmes qu'ils ont connus dans la définition mais aussi la recherche de sources qui sont souvent lacunaires quand elles n'ont pas été détruites. Je considère donc ce travail comme fondamental pour comprendre l'attitude présente envers cette population minoritaire et relativiser les préjugés que l'on entend souvent sur eux.

Image: decitre.fr

07/11/2010

L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien régime par Philippe Ariès

Titre: L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien régime41NDASXTJML._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Philippe Ariès
Éditeur: Seuil 1973
Pages: 316

Philippe Ariès est l'un des historiens français les plus connu pour ses nombreuses œuvres. Ce livre a, d'ailleurs, eu l'utilité d'ouvrir une vision différente de la famille et de l'enfance. C'est donc un livre sur le sentiment familial et le sentiment de l'enfance. Il nous permet de nous rendre compte de la manière dont ce sentiment et l'enfance se sont développés au fil du temps jusqu'à devenir notre famille et notre enfance. Car cette manière de voir les liens dans une fratrie a une histoire courte. Alors que le moyen âge ne voyait pas l'enfant et qu'il l'envoyait tout de suite au travail la renaissance et l'époque moderne ont conçu, progressivement, une vision de l'enfance liée à une mise en place de la famille privée. Ariès nous accompagne dans ce voyage a l'aide de trois parties principales.

Tout d'abord, il tente de nous montrer comment le sentiment de l'enfance est né au-travers de la théorie des âges de la vie mais aussi par les jeux et les habits. On découvre une ancienne société qui portait plus d'importance aux jeux et à la vie commune qu'au travail mais aussi une société qui ne différenciait pas l'enfance des autres âges de la vie. Néanmoins, petit à petit, on verra que l'enfant n'est pas simplement un adulte miniature mais un état particulier auquel il faut faire attention. Petit à petit, on fera attention au langage et aux jeux tandis que l'on affublera l'enfant d'habits spécifiques. Dans un second temps Ariès nous montre comment l'école s'est développée depuis le moyen âge. Malheureusement cette partie, dans cette édition, a été coupé de la majeure partie de son développement. Enfin, l'auteur nous emmène dans la vie familial. Il nous montre comment celle-ci fut vue mais aussi comment elle se développa à partir d'une famille large et quasiment publique du moyen âge jusqu'à la vie familiale privée et centrée sur le groupe des parents et des enfants.

La famille et l'enfance ne sont pas mes thèmes préférés. Néanmoins, la lecture de ce petit livre a été très intéressante voir passionnante. L'écriture d'Ariès est simple à suivre et son analyse se double d'une utilisation très riche des sources et de l'iconographie de l'époque. Il est d'ailleurs dommage que nous ne puissions pas voir ces images puisque Ariès utilise souvent les tableaux pour illustrer ses propos. Si une critique doit être faites ce n'est pas vraiment envers l'auteur, bien que le livre soit ancien et donc dépassé par la recherche, mais envers l'éditeur. Ce dernier a décidé, en effet, de couper toute la seconde partie du livre pour ne garder que les parties conclusives des chapitres. Il nous est donc impossible de comprendre le cheminement intellectuel d'Ariès et nous perdons toute son utilisation des sources. Je pense pouvoir dire, sans exagérer, que ce découpage rend cette seconde partie inutile puisque incompréhensible. De plus, je considère que cette manière de faire est injustifiée de la part d'un éditeur connu dans une collection censée être sérieuse.

Image: Amazon

11:30 Écrit par Hassan dans Histoire, moderne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : enfant, ancien régime, ariès | | | |  Facebook

29/10/2010

Moi Pierre Seel, déporté homosexuel

Titre: Moi Pierre Seel, déporté homosexuel9782702122778-G.JPG
Auteur: Pierre Seel
Éditeur: Calmann-Lévy 1994
Pages: 198

Je viens de finir, encore une fois, un livre de mémoire sur la déportation par un acteur de celle-ci. Un récit écrit par le seul déporté homosexuel français ayant témoigné: Pierre Seel. C'est presque la malchance qui l'a mené à ce destin. Un vol contre lui un soir, un rapport de police suivi d'un fichage dans une liste des homosexuels de la ville. Peu de temps après, alors que les allemands ont envahis l'Alsace, ce fichier illégal le mène à la connaissance des allemands qui l'internent dans un camps de concentration proche de la frontière. Nous avons tous entendu les atrocités qui se déroulaient dans ces camps. Pierre Seel réussit à en parler, parfois, réussit à nous communiquer son passé. Après voir été libéré les allemands décident de l'intégrer de force dans l'armée allemande comme de nombreux autres alsaciens. Il est donc obligé de combattre pour ses tortionnaires contre les soldats qui ont le but de le libérer. Durant ces années de guerre il taira toujours son expérience et fera tout pour éviter d'être remarqué. Jusqu'à ce que, enfin, l’Allemagne d'hitler tombe.

C'est alors que nous avons une partie que d'autres livres de mémoires que j'ai lu ne possèdent pas. Une partie dans laquelle Pierre Seel décrit sa tentative de vivre "normalement". Il tait son expérience, encore, il cherche une femme et se marie. Essayant longtemps de trouver du travail il est souvent expulsé. Pendant ce temps il se débat avec sa vie de famille mais aussi avec sa mémoire qui le hante jours et nuits. Jusqu'à ce que, un jours, il décide de témoigner, d'abord anonymement puis à visage découvert. Il s'ensuit une lutte sans fin pour se voir reconnaitre son statut de déporté par les institutions.

Ce livre est poignant non seulement à cause des événements des camps et de son enrôlement forcé mais aussi à cause de ses écrits sur la vie qui suivit. Comment quelqu'un qui a été déporté et torturé peut réussir à revivre normalement? A accepter ses souvenirs et à passer outre. D'autant plus lorsque ses souvenirs sont honteux et refusé par une grande partie de la société? C'est donc un récit de souffrance non seulement pendant la guerre mais aussi après. Les paroles d'un homme qui fut hanté par des souvenirs qu'il ne pouvait faire partager et qui faillirent le détruire. Mais c'est aussi un récit de combat, un combat pour vivre mais aussi un combat pour être reconnu et accepté par l'état et la société. C'est un livre dur, mais nécessaire.

Image: site de l'éditeur

05/09/2010

L'espoir est le dernier à mourir. Une jeune adolescence sous la terreur des nazis par Halina Birenbaum

Titre: L'espoir est le dernier à mourir. Une jeune adolescence sous la terreur des nazis
Auteur: Halina Birenbaum
Traducteur: Corinne Rouach
Éditeur: Musle d'état d'Auschwitz-Birkenau 2008
Pages: 287

Encore une fois je me plonge dans une mémoire de la seconde guerre mondiale. Celle-ci est l’œuvre d'une femme, Halina Birenbaum, qui a connut le régime nazi alors qu'elle était encore une enfant et qui devint une adulte en le subissant. L'auteure a écrit ce livre pour que personne n'oublie cette période et ce qu'il s'y est déroulé. Le récit commence dans sa ville natale alors que la guerre menace. Elle nous décrit aussi comment sa ville fut prise et le ghetto juif créé. On découvre les conditions de vie mais aussi comment les nazis sélectionnaient les juifs qui devaient être déportés. L'auteure nous décrit aussi sa mère qui gardât l'espoir de survivre jusqu'au bout. Même après avoir été prise et envoyée en camps d'extermination. Alors que Halina Birenbaum perd ses amis et sa famille de vue, dont beaucoup furent assassinés, elle apprend à vivre dans les règles du camps. Nous découvrons comment elle a réussit à se battre jours après jours malgré les privations et coups. Mais, tout du long, l'auteure nous affirme avoir gardé l'espoir de la Libération qui, finalement, arrivera.

Encore une fois, c'est un livre de mémoire. La mémoire a une grande importance pour l'histoire mais le style littéraire ne saurait être confondu avec un véritable travail scientifique. C'est néanmoins un travail nécessaire que d'entendre et de lire les paroles des survivants. Non seulement parce qu'ils sont les seuls à connaître la réalité des évènements mais aussi parce que chacune de leur histoire est une part importante des faits. De plus, la parole des survivants nous permet de ressentir les camps. Alors que les travaux scientifiques peuvent souvent sembler arides et sans consciences dans leur recherche des faits et des statistiques. L'écriture d'Haline Birenbaum m'a semblé particulièrement honnête et franche, une volonté de dire ce qu'elle a ressenti sans se camoufler. Il est donc dommage que l'édition de ce livre soit parsemé de coquilles. Néanmoins, ce témoignage m'a fortement ému.

Image: site du musée d'Auschwitz-Birkenau

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30/08/2010

Vichy et l'éternel féminin par Francine Muel-Dreyfus

Titre: Vichy et l'éternel féminin41EQDDAZTGL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Francine Muel-Dreyfus
Éditeur: Seuil 1996
Pages: 384

Vichy a été un gouvernement souvent et longuement attaqué et dénoncé pour sa collaboration avec le régime criminel nazi. Mais cette condamnation a souvent laissé dans l'ombre les aspects réactionnaire de ce régime. Je parle de réaction dans le sens où le régime de Vichy a été une incroyable tentative de retourner au passé alors que la société de l'entre-deux guerre était très proche de la notre. L'auteure a décidé de se poser la question spécifique de la relation du régime de Vichy avec les femmes. Alors que les années suivant la première guerre mondiale furent celles du travail féminin, des études féminines et même d'une ouverture de la possibilité d'une citoyenneté féminine le régime de Vichy a remis en question tout cela au nom de ce que l'auteure nomme l'éternel féminin.

Pour comprendre cette relation et la manière dont est organisée cette réaction l'auteure a décidé d'analyser les discours des élites du régime. Tout d'abord, une première partie nous parle de la manière dont la défaite a été ressenti est surtout de la manière dont elle a été expliquée. Les élites du régime, reprenant les discours de Pétain, tentent de ramener la France dans une supposée culture éternelle. En découlent deux condamnations: la première est celle des femmes qui ont perdus de vue leur rôle éternel de mère au foyer, la seconde est celle du manque d'enfants à cause de l'égocentrisme de ces même femmes. S'ensuit une seconde partie parlant, justement, de la manière dont Vichy met en place un retour à cette culture éternelle de la femme. La manière dont des lois sont mises en place pour ramener la femme à la maison et recréer la "famille" comme cellule de base de la société. Enfin, l'auteure nous montre comment les élites ont pensé la hiérarchie entre les sexes mais aussi entre les groupes sociaux pour terminer avec une analyse de l'utilisation de la médecine pour contrôler et créer des femmes et un peuple sain et "prospère".

Je pense que tout le monde acceptera l'idée que la doctrine vichyste de la femme est indigeste. ce lire nous permet de découvrir une vision très peu moderne de la femme et même, comme le dit l'auteure, mythique alors que la société contemporaine du régime était très proche de la notre. Les femmes avaient de plus en plus le droit de divorcer, d'avorter, de travailler, d'étudier et même, c'était en discussion, de voter et élire. Mais la défaite a remis en question toutes ces avancées au nom d'un retour aux anciennes valeurs après une, supposée, ère d'individualisme meurtrier dû aux droits de l'homme et à la démocratie. L'auteure analyse très finement ces différentes sources et, d'ailleurs, privilégie les sources à la littérature secondaire. Ce qui, je l'ai déjà dit, me plaît plus que le contraire. Néanmoins, l'écriture proche du style sociologique peut facilement décourager certaines personnes qui peuvent être peu habituées à cette manière d'écrire. Le langage sociologique peut, en effet, être passablement obscure quand on ne connaît pas les termes et concepts utilisés. Bien que le livre m'ait semblé très intéressant et bien écrit il me reste tout de même deux critiques. En effet, l'auteure s'engage à analyser la production idéologique des élites du régime. Cette manière de faire laisse dans l'ombre non seulement les résistance à cette production mais aussi la manière dont la population a reçu et ressenti cette production. Il faudra lire d'autres travaux pour connaître ces points.

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10:04 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : féminisme, vichy | | | |  Facebook

12/08/2010

Les hommes au triangle rose par Heinz Heger

Titre: Les hommes au triangle rose51G349WWDXL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: Die manner mit dem rosa winkel
Auteur: Heinz Heger
Traducteur: Alain Chouchan
Éditeur: H&O 2006 pour cette édition (Merlin Verlag 1972 édition originale)
Pages: 175

C'est en mars 1939 que Heinz Heger fut déporté au camp de Sachsenhausen après un emprisonnement et un procès rapide. Son crime n'était pas d'être juif, tsigane, opposant politique ou d'autres délits plus légitimes parmi tous ceux que l'Allemagne nazie punissait de déportation. Son crime était punis par l'article 175. Son crime était d'être un homme qui aimait les hommes. C'est par la surprise que commence ce dur récit. La surprise du narrateur, protégé par un pseudonyme non par lâcheté mais parce qu'il pensait que son présent ne devait pas être écrasé par son passé. Une surprise qui continue sur une grande partie du récit. La surprise d'être condamné d'"anormalité" par des gens "normaux" qui ne crachaient pas sur les relations homosexuelles ou/et qui furent coupables de tortures atroces.

Le récit de Heinz Heger est dur. Non seulement parce que l'on y lit comment étaient traités les prisonniers des camps de manière générale mais aussi parce qu'on y lit comment le camps vivait vraiment. L'auteur ne nous épargne que peu de choses et sa lecture est dure. Il nous montre les bordels construit pour les déportés, il nous parle des sévices, des tortures, des amitiés que l'on devait absolument avoir pour survivre. Car il était hors de question de survivre sans accepter des compromissions. Et Heinz Heger en a fait des compromissions. Il fut Kapo, avant cela il se lia à d'autres Kapos et, finalement, il survécu en essayant d'aider quelque peu certaines personnes. Au-delà des conditions des homosexuels ce livre nous montre donc aussi l'atmosphère des camps de concentrations. Un monde ou les survivants ne réussissaient à se sauver qu'en écrasant d'autres personnes. Et Heinz Heger ne nous cache pas cela. Le récit ne donne pas l'impression de vouloir être jugé ou de juger les Kapos qui purent prospérer dans les camps. Non, il nous montre comment il a fait en sorte, au jours le jours, de survivre pour pouvoir, à la libération, retrouver sa famille.

Les historiens se méfient souvent, et à raison, des récits de mémoires. En effet, la mémoire peut se tromper, oublier ou recréer alors que l’historien cherche des faits. Mais ces points ne doivent pas empêcher d'accepter les récits tels que ceux de Heinz Heger. D'autant que les témoignages des déportés homosexuels sont rares et furent longtemps considérés comme inacceptables. On condamne facilement la manière dont le régime nazy a traité certains de ses citoyens sous des critères iniques. On a oublié de se rappeler comment les homosexuels ont été traités. On a refusé de voir en eux des victimes et on a même refusé de commémorer leurs morts. Ce récit est donc important pour connaître un autre aspect, souvent inconnu, de cette période cruelle. Et même si l'homosexualité dérange encore beaucoup on doit passer outre ce sentiment et accepter cette histoire. Nous ne devons pas oublier que des hommes et des femmes (même si les lesbiennes étaient déportées comme asociales et non comme homosexuelles) ont été maltraités pour leurs préférences sexuelles par des gens qui se disaient "normaux". Mais qui est vraiment normal? Celui qui est capable d'amour ou celui qui est capable de torturer un autre être humain?

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05/08/2010

Les relations amoureuses entre les femmes par Marie-Jo Bonnet

Titre: Les relations amoureuses entre les femmes41N48RGM7RL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Marie-Jo Bonnet
Éditeur: odile jacob 2001 (1995)
Pages: 413

Il y a longtemps que je n'ai pas lu de livres sur le féminisme ou féministes en voici donc un nouveau que je viens de terminer. Mais ce livre féministe et sur le féminisme voit les choses différemment des autres que j'ai lu. Celui-ci souhaite montrer l'importance des lesbiennes (anciennement dites tribades) dans le mouvement de libération de la femme. Un sujet sensible mais ce sont toujours les sujets sensibles qui impliquent les contestations les plus fortes. L'auteure souhaite donc y faire non seulement l'histoire des lesbiennes et de la vision qu'on en eut les hommes et femmes mais aussi l'histoire des apports des lesbiennes à la libération des femmes. Il faut bien l'avouer, c'est ambitieux.

Pour cela l'auteure nous convie à traverser plusieurs siècles de l'histoire des lesbiennes. En commençant au XVIe siècle lorsque les intellectuels de la Renaissance redécouvrent les écrits grecs dont les poèmes de Sappho. C'est à ce moment que l'on commence nommer les femmes qui aiment les femmes. Ces femmes qui cassent la vision patriarcale du monde en prenant habits d'hommes et en refusant le corps de l'homme. C'est aussi le siècle ou la répression fut la plus forte puisque la mort était un épilogue souvent invoqué.

Cependant le XVIIe siècle changea tout cela. En effet, les libertins étaient des hommes mais aussi des femmes dont certaines aimaient d'autres femmes. Bien que cette relation soit toujours pensée comme une dépravation morale la plupart de ses adeptes ne furent pas inquiétées. Le "saphisme" semblait si répandu que certains auteurs parlaient même de l'existence d'une secte de femmes qui s'y adonnaient. Mais rien ne prouve qu'elle ait existé bien au contraire. Cependant, sous cet apparente acceptation on découvre un voile d'incompréhension mais surtout les fantasmes des hommes libertins qui jouent à faire revenir les femmes saphiques dans le "droit chemin". La Révolution mettra un terme à cette expérience en enfermant les femmes dans un rôle d'éternels mineures.

Les XIXe et XXe siècles découvrent une répression sociale forte sur les lesbiennes. Mais surtout, ces siècles mettent en place un discours médical sur l'amour des femmes qui devient une maladie. Lorsque les médecins perdent leur crédibilité la psychiatrie intervient avec un discours qui a encore cours aujourd’hui. Les lesbiennes sont non seulement malade mais aussi infantiles dans leur désir d'avoir un pénis. Encore une fois, on rabaisse la femme et on lui impose le désir de l'homme et des hommes même lorsqu'elle désire une autre femme. Cependant le XXe siècle est aussi celui de la lutte féministe et de ses victoires. L'auteure essaie donc de nous montrer les liens que les groupes féministes font avec les lesbiennes et ce que ces dernières doivent et ont offert au féminisme.

En tant que lecteur je dois bien avouer avoir été conquis par ce livre. Le propos est parfaitement clair, très structuré et logique. De plus, l'auteure utilise un grand nombre de sources différentes ce qui est très appréciables dans un livre d'histoire. Certains historiens se contentent de la littérature secondaire. Néanmoins, il y a quelques imperfections. Outre l'aspect revendicatif du propos qui peut être vu négativement ou positivement selon le point de vue idéologique (les lesbiennes y sont dépeintes comme les avants-gardistes de la lutte féministe) on peut déplorer un certains franco-centrisme. En effet, la livre parle surtout des lesbiennes en France ainsi que des luttes féministes et des contre-attaques patriarcales françaises. Le reste du monde est quasiment oublié. Un second point de critique est que l'auteure nous offre les discours des élites qu'elles soient intellectuelles ou artistiques. En tant qu'étudiant en histoire je ne peux que me poser la question de la vision et de la vie du reste de la population. Enfin, je trouve que la dernière partie sur le XXe siècle n'est pas assez développée ce qui donne une impression frustrante d'inachevé. Mis à part ces quelques points je ne puis que recommander chaudement la lecture de ce livre aux intéressés et intéressées.

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Le livre sur le site de l'éditeur

31/07/2010

Qu'est-ce que le nazisme ? Problèmes et perspectives d'interprétation par Ian Kershaw

Titre: Qu'est-ce que le nazisme ? Problèmes et perspectives d'interprétation412WC8X1ZWL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: The nazi dictatorship. Problems and perspectives of interpretation
Auteur: Ian Kershaw
Traducteur: Jacqueline Carnaud
Éditeur: Gallimard 1992 (1985 première édition originale)
Pages: 414

Il y a longtemps que je souhaitais lire une étude de Ian Kershaw. En effet, depuis que j'étudie l'histoire j’entends souvent parler de lui ce qui m'a poussé à penser que la lecture de ses livres me permettrait de mieux comprendre l'Allemagne nazie. Mais le livre que j'ai choisi n'est pas réellement un livre sur ce sujet. C'est un livre qui traite des différentes manières qu'ont les historiens de traiter le problème nazi. Kershaw y parle des différents problèmes d’interprétations qui existent sur certains sujets. Ceux-ci couvrent autant la définition du nazisme que la personnalité d'hitler en finissant sur des problèmes de philosophie de l'histoire. En observant les mouvements de pensées qui ont pris et prennent encore corps autour de ces différents sujets Kersahw nous permet, non seulement, de mieux comprendre le fonctionnement de l'Allemagne nazie mais aussi de comprendre les débats qui existent dans le milieu des historiens. Ce livre est donc un bon moyen de naviguer dans l'immense littérature qui existe sur le nazisme et sur la période en générale.

Bien que la construction des chapitres soit des plus clairs - introduction du problème, résumé des positions et analyses et position de Kershaw - et que le livre soit plutôt facile à lire il reste un point qui me l'a rendu plus difficile. En effet, le nombre même de production existant sur le sujet crée, nécessairement, une certaine densité. Nous pourrions donc facilement nous perdre dans le nombre élevé de concepts et d'auteurs dont Kershaw nous parle si nous ne sommes pas assez attentifs. Malgré ce point, le propos reste très clair et m'a permis d'apprendre de nombreuses choses sur le régime nazi et d'oublier ce que j'avais moins bien compris. De plus, Ian Kershaw, bien que son point de vue soit souvent limpide, accepte de donner honnêtement les points forts et les points faibles de chaque conceptions existantes. En conclusion, même ancien, ce livre reste intéressant à parcourir ne serais-ce que pour l'historiographie précise qui y est dessinée.

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18:37 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nazisme, ian kershaw | | | |  Facebook

29/07/2010

Quand les nations refont l'histoire. L'invention des origines médiévales de l'Europe par Patrick J. Geary

Titre: Quand les nations refont l'histoire. L'invention des origines médiévales de l'Europe51G9C0CkZRL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: The myth of nations. The medieval origins of europe
Auteur: Patrick J. Geary
Traducteur: Jean-Pierre Ricard
Éditeur: Flammarion 2004 (2002 édition originale)
Pages: 242

Tout observateur du monde politique et international verra facilement que la question nationale est un sujet récurrent et émotif. Fréquemment, des politiciens utilisent l'histoire nationale pour justifier une différence culturelle et historique. Et encore, l'histoire peut même servir à justifier la création d'un nouvel état-nation. L'auteur de ce livre a donc souhaité mettre à plat les mythes nationalistes et montrer comment l'histoire a été utilisée pour les justifier. Ainsi, l'auteur nous montre comment le XIXe siècle crée l'idée actuelle de peuple. Une idée qui n'avait rien d'historique mais qui a été construite par des contextes et par des personnes précises. Plus encore, l'auteur nous montre que notre façon d'imaginer les peuples et les divisions entre eux n'ont pas été toujours utilisé. C'est pourquoi il nous envoie dans l'antiquité et le moyen âge. Nous y observons que les identités pouvaient coexister mais, surtout, qu'une personne pouvait "posséder" plusieurs identités. Ainsi, un romain pouvait aussi garder son identité culturelle "barbare".

Ce livre a le grand mérite de nous montrer à quel point le nationalisme est une construction récente. Mais il a surtout le mérite de ne pas oublier la force actuelle du nationalisme. Même récente cette idéologie explique et fonctionne pour notre époque. De plus, la manière de développer les façons différentes de se penser nous permettent de comprendre que nous notre identité n'est pas an-historique. Il est probable, un jours, que cette manière change radicalement. J'ai aussi beaucoup apprécié l'exemple des zoulous qui nous offre une illustration pertinente de la création d'un imaginaire nationaliste. Néanmoins, l'auteur semble vouloir s'ériger et porteur de leçon. En effet, l'auteur, américain, n'envoie ce livre que pour les Européens et leur lance un avertissement. Malgré les mérites du livre cette attitude pourrait être mal ressentie.

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21/07/2010

La Chute

J'ai trouvé hier le DVD du films La Chute de Oliver Hirschbiegel. Je pense que tout le monde se souvient que ce film fut largement discuté dans la presse. Malheureusement, je n'avais pas eu le temps d'aller le voir pour me faire ma propre idée à l'époque. J'ai tout de même voulu le regarder et savoir comment était traité ce sujet plus que difficile. Nous sommes donc à Berlin vers la fin de la guerre. La ville est entourée par les soldats soviétiques et les Alliés se rapprochent. Mais hitler est encore sûr de pouvoir gagner avec l'aide d'unités dispersée et refuse de quitter la ville et son bunker. Le film nous montrera donc ce qui se déroule autour d'hitler dans ce bunker ou l'élite de l'armée nazie est réunie jusqu'à la capitulation sans conditions de l'Allemagne nazie.

Je l'ai déjà dit je suis toujours réticent à traiter d'une œuvre parlant de cette période de l'histoire humaine. Ce n'est pas que je veuille laisser ces événements horribles - dramatiques n'est pas assez fort - dans l'oublie mais j'ai toujours peur de me tromper à cause de mon propre manque de connaissance. Bien entendu, comme tout le monde, je connais les grandes lignes et j'ai même été un peu plus loin. Mais se tromper dans les faits lors de cette période peut avoir des conséquences dangereuses.

Hirschbiegel nous montre, dans ce film, un hitler fou. Un homme qui n'a aucun sens de la réalité et devenant de plus en plus paranoïaque. Croyant jusqu'à la dernière minute à la possibilité de gagner mais, entre temps, pouvant entrer dans le désespoir. Le film nous montre donc un personnage paradoxal qui se trouve sûrement loin de la réalité historique. Un hitler faible, fou, sans prise avec la réalité mais dont le pouvoir est sans contexte puissant et empêche ses généraux d'agir. On a l'impression d'un homme incapable de gouverner mais que la peur laisse au pouvoir. Est-ce vrai? je ne saurais donner que mes doutes. Pour le reste je renvoie les lecteurs aux écrits historiques sur hitler et le système nazy. Mais cette folie se retrouve dans le fanatisme des troupes ss d'hitler, des plus jeunes aux plus vieux. refusant de se rendre et combattant jusqu'à la dernière balle.

Le rythme du film est aussi très éprouvant. Il n'y a presque pas de musique. Mais on pourrait dire que le son des canonnade en fait office. A coté de ce rythme de la guerre se trouve un autre rythme, plus tardif dans le film, celui des suicides. Dans une seconde partie du film, proche de la fin, les suicides se multiplient et commencent à prendre le relais des canonnades. En effet, le film nous montre un désespoir grandissant dans le bunker. Petit à petit, il devient clair que la fin est proche pour le régime et son armée.

En tant que spectateur j'ai aimé ce film. Mais, bien qu'il possède de nombreux points positifs, les manques et exagérations risquent fortement de mettre à mal sa crédibilité. Mais un autre danger se profile après la vision de La Chute: celui de montrer un hitler vivant la vie de tous les jours. Pouvant, parfois, paraître sympathique alors que ses discours extrêmes sont très peu montré par la réalisateur. J'ai l'impression que la réalisateur a essayé de passer outre ce danger en montrant un hitler fou mais je ne pense pas qu'il y ait réussi. D'autant que les crimes des personnalités entourant hitler dans le bunker sont totalement absent du film. On a l'impression qu'ils subissent hitler en essayant de protéger le peuple allemand. La réalité historique semble en être loin d'après mes connaissances.

Image: allociné.fr

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11:45 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |  Facebook

19/07/2010

La CIA et la fabrique du terrorisme islamiste par Mahmood Mamdani

Titre: La CIA et la fabrique du terrorisme islamiste513XpfN%2BEBL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: Good Muslim, Bad Muslim
Auteur: Mahmood Mamdani
Traducteur: Ousmane Kane
Éditeur: Demopolis 2007 (2004 édition originale)
Pages: 330

Le terrorisme est devenu le danger que nous connaissons tous, le danger qui ne cesse d'être condamné. Bien plus, le terrorisme est devenu constitutif d'un "peuple" entier: les musulmans. Alors que l'on peut légitimement se demander si on peut mettre tous les musulmans dans le même sac. Les Algériens sont-ils vraiment pareils que les Iraniens ou les Irakiens? Et je ne parle même pas des musulmans vivant dans différents pays occidentaux, voir en étant originaire. Le livre de Mamdani essaie de comprendre d'où vient le terrorisme politique musulman. Comment est-il né et pourquoi. L'auteur observe que les principaux créateurs de ce terrorisme sont loin d'être des théologiens fondamentalistes. Au contraire le principal coupable est la CIA. En effet, l'auteur nous montre que la CIA a créé les mouvements terroristes pour lutte contre les Soviétiques. Le but était d'éviter une guerre directe en utilisant des forces armées locales que l'on instrumentalise. Cette tactique fut longtemps utilisée depuis la fin de la guerre du Vietnam jusqu'au 11 septembre.

L'auteur nous montre aussi les conséquences de cette tactique. Non seulement les USA sont coupables d'avoir aidé si ce n'est créé des groupes qui pratiques des attaques contre des civils mais ils sont aussi coupables du mode de financement de ces groupes. En effet, l'auteur nous montre que la CIA collabora activement avec des barons de la drogue. Il faut savoir que le congrès américain a tenté de restreindre les possibilités de la CIA en contrôlant le budget. Il fallait donc trouver une autre source de financement et la drogue en était une. L'auteur nous montre aussi l'irrespect total que montre les USA envers les lois internationales. Cet irrespect étant la source de nombreuses injustices voir de massacres et de famines.

Néanmoins, le véritable aspect important de ce livre ne sont pas ces points. A mon avis, le point le plus important du livre concerne la critique faites à la vision culturelle du monde. En effet, le monde est divisé par de nombreuses personnes entre l'occident moderne te laïque et le monde musulman incapable de modernité et engoncé dans ses traditions archaïques. Mamdani critique cette idée en montrant que la "résistance" à la modernité dans les pays musulmans n'est pas du à un caractère culturelle. Au contraire, on observe une réaction en parallèle aux changements. Loin d'être spécifiquement musulmane on retrouve cette réaction aux USA et dans d'autres pays (l'auteur cite les fondamentalistes chrétiens au début du XXe siècle mais qui existent encore sous le nom des évangéliques). L'actuel terrorisme politique est donc une création récente dans un contexte de guerre froide.

En tant que lecteur j'ai trouvé le livre de Mamdani très intéressant. Les différentes critiques de l'auteur sont plus que pertinentes et m'ont permis de mieux comprendre les discours actuels que nous lisons et retrouvons dans les médias. La manière dont l'auteur dépeint les activités de la CIA et ses conséquences sont tout aussi bonnes. Grâce à ça nous connaissons mieux l'origine du terrorisme islamique mais, surtout, nous savons pourquoi les USA acceptèrent, voir créèrent, ces structures. Mais il ne faudrait pas croire que l'auteur ait décidé de s'en prendre exclusivement aux États-Unis. Le but de ce livre est de comprendre l'origine véritable de ces mouvements terroristes. Il se trouve que la CIA est très impliquée tout simplement. Mais il y a d'autres acteurs importants comme, par exemple, Angleterre. Ce n'est donc pas un livre ayant un but de propagande mais un livre qui a un but de compréhension. Ce but est, à mon avis, atteint.

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18:37 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : terrorisme, cia, islamisme | | | |  Facebook

08/07/2010

Géographie de la nudité. Être nu quelque part par Francine Barthe-Deloizy

Titre: Géographie de la nudité. Être nu quelque part51KFMAJCJML._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Francine Barthe-Deloizy
Éditeur: Bréal 2003 collectiond'autre part
Pages: 239

La nudité est fréquemment évoquée dans les médias. Que ce soit par des nouvelles intrigantes et drôles, par la publicité ou par des débats. Il est, en tout cas, clair que nous ne pouvons pas passer à coté de la nudité dans nos société occidentales. C'est pourquoi de nombreux travaux ce sont portés sur son histoire et sur sa signification dans différentes sociétés en plus de la notre. Ce livre reprend ces questions mais essaie d'en parler d'un point de vue géographique. Autrement dit, l'auteure se pose la question de la nudité selon les lieux où elle se pratique. Ce qui l'a mène tout d'abord à définir ce qu'est la nudité. Elle découvre que de nombreux peuples ont eu des visions différentes de celles-ci. Ces corps nus tatoués ne sont, justement, pas nus. Mais l'homme occidental, lui, connaît une vision de la nudité comme un moyen de circoncire les civilisés des sauvages. Les nus sont encore à l'état de nature, naïf ou animal, alors que l'homme civilisé est vêtu convenablement.

Dans un second temps l'auteure va poser, dans deux parties, la question du nu dans l'espace privé et dans l'espace public. L'espace privé est, actuellement, le lieu privilégié de la nudité solitaire. Mais cela ne fut pas toujours le cas et, au moyen âge, la chambre se vivait en commun alors que tout le monde allaient aux bains publics dans le plus simple appareil. Ce n'est que progressivement que le "rhabillage" se fit suivi d'un retour à l’hygiène des bains mais dans un cadre fermé et privé. Par contre, l'espace public est fondamentalement fermé à la nudité et celle-ci est fondamentalement transgressive. Que ce soit sous forme de fêtes avec les processions ou les streakers ou sous forme de manifestations. Ces dernières se multiplient et les campagnes de PETA en sont un exemple connus. La raison en est simple, les médias sont friands de ce genre d'actions et ne manquent pas d'en parler.

Une quatrième partie pose la question du naturisme et du nudisme. D'où ces doctrines sont originaires et quels sont les idéologies qui les sous-tendent. Mais, surtout, l'auteure analyse les endroits dans lesquels ces pratiques se font. On observe que ces lieux sont fermés au public, difficile d’accès et protégés. La spatialité forme, elle-même, un collectif qui rend le contrôle encore plus fort alors que les grands centres de tourismes naturismes montrent une individualisation croissante de la pratique.

Enfin, l'auteure se pose la question de la publicité. Elle observe que la forme du message peut avoir plusieurs composantes et se modifie selon le public visé et selon le but de la communication. Mais surtout, la publicité rend le nu visible dans la sphère publique alors que le nu est réprimé dans ce même espace public. Plus important encore, lorsqu'on observe ces publicités on y trouve une vision de la société. Loin d'être innocente la nudité publicitaire offre une idéologie du corps et des pratiques corporelles ainsi qu'une différence de genre. Les hommes sont "virils" et combatifs alors que les femmes sont apprêtées à la séduction.

Il reste à savoir si ce livre est intéressant. Indéniablement il l'est. Il est aussi très facile à lire et le propos est souvent plaisant. Durant sa lecture on se pose des questions sur les normes qui entourent la nudité et que nous avons incorporées. De plus, l'analyse sur le plan du territoire permet de développer un discours différent du discours historique ou sociologique. Néanmoins, j'ai souvent eu l'impression frustrante que l'auteure aurait pu aller plus loin sur de nombreux points. L'histoire est souvent tracée à grands traits généraux et la signification sociale des pratiques est très peu développées. Mis à part ces critiques l'ouvrage reste stimulant.

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15:31 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, moderne, moyen âge, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nudité | | | |  Facebook

06/07/2010

Cent ans d'homosexualité et autres essais sur l'amour grec par David M. Halperin

Titre: Cent ans d'homosexualité et autres essais sur l'amour grec415VYzPFLOL._BO2,204,203,200_PIsitb-sticker-arrow-click,TopRight,35,-76_AA300_SH20_OU08_.jpg
Titre original: One hundred years of homosexuality
Auteur: David M. Halperin
Traducteur: Isabelle Châtelet
Éditeur: EPEL 2000 (1990 édition originale)
Pages: 317

L'homosexualité est fréquemment considérée comme non-naturelle et même contraire à la possibilité de l'existence de l'humanité. Mais personne ne s'est jamais posé la question de l'hétérosexualité exclusive que nous connaissons dans notre société. Comme si l'hétérosexualité exclusive était naturel et an-historique. Halperin dans ces quelques essais publiés dans ce recueil essaie de montre à quel point notre conception de la sexualité est due à notre culture. Pour cela il analyse l'attitude envers ce que nous nommons l'homosexualité dans l'antiquité grecque. La première chose qu'il faudra montrer c'est que ce mot n'existe que depuis un petit siècle. Auparavant, le mot n'avait aucun sens et, donc, l'homosexualité existait mais n'était pas pensé de cette manière.

Alors comment les grecques voyaient-ils le sexe? Premièrement, les grecques n'imaginaient pas la sexualité en matière de préférence envers l'un ou l'autre sexe mais selon la position sociale des personnes. L'un était supérieur à l'autre est, donc, était actif alors que le second était passif et se soumettait à son supérieur. Dans ce système les femmes était de toute manière inférieure et donc passive mais des hommes aussi pouvaient être considéré comme tels selon leur position hiérarchique. Après avoir posé cette vision culturelle du sexe et avoir montré qu'il est impossible de comprendre l'attitude envers la sexualité des grecques en utilisant nos catégories modernes d'homo et d'hétérosexualité il semble clair, pour Halperin et le lecteur, que la sexualité est plus dû à la culture qu'à la nature.

Mais ce n'est pas le seul point sur lequel Halperin écrit. Après avoir écrit trois essais plutôt technique et théorique il nous en montre trois autres qui entrent directement dans les textes antiques. Le premier analyse les relation entre les héros et leurs compagnons dans trois mythes: l’Iliade, l'épopée de Gilgamesh et l'histoire biblique de David. Par la comparaison de ces trois mythes l'auteur fait sortir des thèmes et des techniques identiques. Ensuite, l'auteur analyse la prostitution dans la ville d'Athènes. Il nous montre pourquoi cette dernière implique que les jeunes hommes prostituées perdent leurs droits civiques, en effet si ils vendent leurs corps ils peuvent vendent leur voix à l'assemblée, mais aussi l'aspect démocratique d'une prostitution des femmes. Comme si tout le monde avait le droit d'être le supérieur d'un autre. Du moins, qu'on me comprenne bien, dans le système grec. Enfin, Halperin se pose la question de l'utilité de Diotime dans le banquet. Pourquoi une femme dans une assemblée d'homme? Selon l'auteur elle est nécessairement femme pour permettre aux hommes d’imiter la force de vie des femmes et de se l'approprier (accoucher d'une idée par exemple). Ce dernier texte étant, à mon avis, l'un des plus compliqué du recueil.

Bien que la plupart des essais présentés dans ce recueil aient un certain âge ils sont intéressant et stimulant à lire. L'idée principale du livre, l'aspect culturel de la sexualité, a pour effet de désavouer une grande partie des critiques faites envers l'homosexualité. Mais ce n'est pas le seul apport de ce livre. Le second que j'ai identifié concerne l'hétérosexualité. En effet, durant la lecture de ces essais on observe que notre société possède un caractère historiquement inédit: l'exclusivité de l’hétérosexualité. Alors que des cultures différentes dans différentes époques ont pensé la sexualité selon le genre ou la hiérarchie il semble que notre culture soit la première à la penser exclusivement selon des préférences en matière de sexe biologique et à ne rendre légitime qu'une seule de ces préférences. En l’occurrence, c'est bien notre vision culturelle de la sexualité qui pose problème et que l'on doit tenter de comprendre.

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Site de l'éditeur

23/06/2010

Théorie critique de l'histoire I: Identités, expériences, politiques par Joan W. Scott

Titre: Théorie critique de l'histoire I: Identités, expériences, politiques31yKKpq-V%2BL._SL500_AA300_.jpg
Aiuteur: Joan W. Scott
Traducteur: Claude Servan-Schreiber
Éditeur: Fayard 2009
Pages: 176

Quand on étudie une science il est naturel de se poser des questions sur elle et de réfléchir sur elle: Quelle est sa finalité, quel est son utilité et quels sont ses méthodes. Ce livre de Joan W. Scott, l'une des premières historiennes des femmes, pose la question des méthodes de l'histoire. L'auteure souhaite retrouver, dans l'histoire, une dimension critique face aux catégories pré-constituées qui sont utilisées couramment dans l'histoire comme les Femmes, les Noirs ou les Homosexuels. Autant de catégories qui seraient, selon Joan W. Scott, utilisées sans essayer de les historiciser comme si elles existaient au-delà de tout processus historique. L'auteure souhaite que les historiens se posent la question de ces catégories. Comment ont-elles évolués et pourquoi? Plutôt que de se contenter de les utiliser sans recherche critique.

Bien que ce petit texte puisse faire croire que j'ai maîtrisé le livre je me dois de rétablir la vérité. Je n'ai pas compris ce livre dans toute sa richesse. Bien entendu j'ai fait l'effort et j'ai essayé de réfléchir au mieux sur les propos de Joan W. Scott. Néanmoins, ce livre ne m'a pas passionné et il m'a été difficile de le terminer. Mais, ce qui m'a le plus posé de problèmes est que je ne connaissais pas les concepts utilisés par l'auteure. En effet, je n'ai absolument rien lu sur le post-structuralisme ce qui implique qu'il m'est difficile de comprendre des concepts et développement argumentatifs prenant comme base cette théorie. Dans mes études je n'ai pas non plus connu le concept d'expérience, ce qui rend opaque, à mes yeux, presque tout un chapitre. Il me faudra donc continuer mes lectures dans ces directions si je souhaite vraiment comprendre le propos de Joan W. Scott.

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16/05/2010

Les black blocs: la liberté et l'égalité se manifestent par Francis Dupuis-Déri

Titre: Les black blocs: la liberté et l'égalité se manifestent416g0BVxB0L._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Francis Dupuis-Déri
Éditeur: Lux 2007
Pages: 247

Voila un livre qui pourrait être contesté en ne prenant en compte que l'auteur. En effet, Francis Dupuis-Déri, professeur de science politique à Montréal, est aussi un (ex?) militant anarchiste. Il serait donc facile de critiquer son livre sur les blacks blocs en l'accusant de partialité. Néanmoins, bien que l'on sente quelques positions en faveurs de ce mouvement, je pense que l'on peut, dans la limite du raisonnable, accepter cette recherche. Mais qu'y trouve-t-on?

La première chose que fait l'auteur dans son livre est un petit historique du mouvement black bloc. Ce qui nous permet de connaître son origine, les mouvements squats de Berlin Ouest, et ce qu'est un black bloc. Loin de l'idée simpliste de jeunes dont la violence ne rivalise qu'avec le manque de consciences politiques on trouve, selon l'auteur, des jeunes très politisés qui ne sont pas toujours violents. La violence ne fait partie que de l'une des nombreuses stratégies possibles qui peuvent aller du simple défilé à la destruction de biens privés symboliques en passant par la défense des manifestants pacifiques ou encore un rôle d'infirmiers volontaires. Ce qui caractérise vraiment les blacks blocs, selon ce que j'ai compris c'est le refus d'une autorité dans le groupe et le fonctionnement par affinité. Pour les connaisseurs on retrouve l'une des idées de l'anarchisme.

Ensuite, l'auteur essaie de nous montre ce qui rend les membres des blacks blocs furieux contre le système politico-économique et quel est leur discours. On découvre que ces groupes considèrent l'état, et donc la police par extension, comme illégitimes et anti-démocratiques. Il en découle logiquement que le simple citoyen est en droit de se défendre contre les actions de la police et des états. En effet, l'auteur écrit que les blacks blocs considèrent que la démocratie de représentation n'est pas véritablement démocratique. Le citoyen est privé de la décision et le seul moyen pour lui de reprendre ce droit est d'agir. Cette action peut se faire pacifiquement ou non.

Une dernière analyse de l'auteur concerne les critiques faites aux blacks blocs. Selon Francis Dupuis-Déri ces critiques sont simplistes et stratégiques. Simplistes car les auteurs qui critiquent ces groupes ne tentent pas vraiment de comprendre les motivations et les messages. Stratégiques car elles permettent aux auteurs de ces critiques de suivre l'orthodoxie des dominants pour être accepté comme interlocuteurs légitimes et comme représentants d'une partie des citoyens. Dans sa conclusion l'auteur fait aussi une comparaison entre les actions des policiers et des blacks blocs. Non pas parce que les blacks blocs agissent légalement puisque la plupart des actions sont en contradictions directes avec la loi. Mais pour montrer que la police, lors d'une répression, est bien plus violente qu'un black bloc et que, en comparaison, elle a fait plus de morts et blessés.

Donc, on peut critiquer la position politique de l'auteur. On peut aussi critiquer l'action directe même après la lecture de ce livre. C'est mon cas. Mais ce livre nous apporte tout de même un éclairage précis sur les blacks blocs. Au lieu de se contenter de définitions simplistes que l'on peut lire dans les médias et écouter chez les politiques on découvre que la réalité est plus compliquée. On observe que les membres de ces groupes radicaux sont très politisés et connaissent parfaitement les risques de leurs actes. C'est pourquoi il arrive que les blacks blocs s'abstiennent d'agir pour éviter que les manifestants pacifiques ne pâtissent d'une répression policière. De plus l'auteur utilise non seulement des entretiens avec des membres et des communiqués des blacks blocs mais aussi des sources de presse et de la police. Ce qui lui permet de nous montrer la pensée des blacks blocs mais aussi la vision que la société civile possède sur eux.

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29/04/2010

La légende de Sigurd et Gudrún par J.R.R. Tolkien

Titre: La légende de Sigurd et Gudrún par J.R.R. Tolkien61OtCKYwkkL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: The legend of Sigurd and Gudrún
Auteur: J.R.R. Tolkien
Traducteur: Christine Laferrière
Éditeur: Christian Bourgeois 2010, The Tolkien trust 2009
Pages: 295

Ce livre est dans la même optique que Les monstres et les critiques et autres essais, c'est un livre qui ne souhaite pas nous donner les écrits de fictions de Tolkien mais montrer la pensée de l'auteur. Christopher Tolkien nous offre donc une synthèse de quelques conférences de Tolkien concernant les légendes du nord et, particulièrement, celle auquel le titre du livre est emprunté. Mais ce n'est pas la seule chose que nous découvrons dans ce livre. Christopher Tolkien nous donne aussi une publication d'une réécriture de cette légende par Tolkien lui-même. Dans cette édition nous pouvons, d'ailleurs, lire le poème en français et en anglais. Cette révision ne nous permet pas de comprendre les légendes nordiques sans l'aide des commentaires mais nous pouvons très facilement observer en quoi Tolkien fut influencé.

En effet, la lecture du poème montre des parentés évidentes entre les événements de la légende nordique et certaines fictions que Tolkien a écrite. Je pense, particulièrement, à l'histoire de Turin Turambar. En effet, nous retrouvons beaucoup de thèmes communs non seulement en ce qui concerne le dragon mais aussi l'or et même le heaume. Ce livre a, donc, deux points forts. Premièrement, grâce à lui on peut mieux comprendre ce qui attirait Tolkien et comment il l'inséra dans sa propre mythologie. Secondement, nous pouvons découvrir, mais non dans sa pureté, l'une des légendes nordiques. Ces légendes qui, aujourd'hui encore, peuvent fasciner les lecteurs ou les auditeurs.

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27/04/2010

"Elles sont 300 000 chaque année" par Simone Veil suivi de "Accéder à la maternité volontaire" par Lucien Neuwirth

Titre: "Elles sont 300 000 chaque année" par Simone Veil suivi de "Accéder à la maternité volontaire" par Lucien Neuwirth51DC6oH9GJL._SL500_AA300_.jpg
Éditeur: Points 2009
Collection: Les grands discours
Pages: 61

Dans l'histoire nous connaissons, de temps en temps, de grands discours dont quelques mots restent compréhensible par une large part de la population. C'est le cas pour le "I have a dream" et, plus récemment, le "Yes we can" mais aucun français n'a oublié non plus le discours du générale de Gaule à la libération ("Paris meurtri, Paris outragé, Paris brisé... Mais Paris libéré"). Les éditions points ont, donc, donné au public quelques uns de ces discours historiques en les liant selon le thême.

Les deux discours que je viens de lire concerne le droit des femmes à prendre en charge leur fertilité. Le premier est le discours de Simone Veil en 1974 qui marque la dépénalisation de l'avortement. Alors que, encore récemment pour l'époque, les femmes pouvaient être arrêtée pour s'être faites avorter Simone Veil, difficilement, réussit à obtenir une loi légalisant l'avortement mais mettant aussi en place une aide sociale envers les femmes. Le second discours concerne le sujet de la contraception. Dans un contexte de peur démographique Lucien Neuwirth réussit à faire accepter une loi légalisant la contraception tout en militant pour une politique familiale volontariste.

On pourrait penser que ces discours ne sont pas très utiles à la lecture aujourd'hui. Mais au moment ou, en Suisse, certains milieux politiques tentent de remettre en question le droit à l'avortement il peut être intéressant de revenir aux textes des combats fondateurs. En effet, ce n'est pas seulement l'acceptation de deux pratiques que l'on peut retrouver à la suite de ces discours. C'est une progressive autonomisation du corps de la femme. Oui la femme peut enfin décider d'avoir ou non un enfant, la femme peut se dégager des risques qu'elle était seule à prendre. C'était une avancée majeure pour la société.

Image: Amazon.fr

24/04/2010

Matériaux Pour Servir À L'histoire Du Doctorat H.C. Décerné À Benito Mussolini En 1937 par Olivier Robert

Titre: Matériaux Pour Servir À L'histoire Du Doctorat H.C. Décerné À Benito Mussolini En 1937
Auteur: Olivier Robert
Éditeur: Université de Lausanne 1987
Pages: 247

Le doctorat Honoris Causa en sciences sociales que reçu Mussolini de la part de l'université de Lausanne m'a toujours surpris. Comment et pourquoi une université libre décida d'offrir cet honneur à un dictateur qui venait d'envahir un pays en usant de méthodes criminels? Ce livre, que je viens de terminer, a pour but non d'expliquer cet honneur ni de trancher le débat. Il a pour but d'offrir aux chercheurs et aux intéressés des sources utiles pour comprendre cette événement particulier d'une histoire plus large. Une fois ce fait en tête on comprend bien mieux les choix fait par Olivier Robert et les manques que nous pourrions tous observer dans ce livre.

Premièrement, l'auteur nous donner un bref rappel des événements. Il nous montre comment l'université de Lausanne peut offrir ses doctorats honoris Causa et qui fut l'auteur de la proposition. Sans oublier, bien entendu, le contexte dans lequel ce cadeau s'inscrit: les 400 ans de l'université et les quelque dons offert par le dictateur. L'auteur nous dépeint rapidement, ensuite, le déroulement des événements. Ce qui nous permet de voir comment l'université accepta ce doctorat et comment le public, principalement journalistique et intellectuel, réagit. Néanmoins, nous ne savons toujours pas vraiment pourquoi Mussolini reçut ce doctorat. Est-ce à cause de ce professeur Boninsegni qui semble avoir été proche du dictateur et qui se considérait lui-même comme étant une "sentinelle avancée du fascisme" (lettre du 30.10.1930 à Mussolini aux pages 38-39)? Les autorités universitaires de l'époque ont-elles réellement cru pouvoir découper Mussolini en un ancien étudiant et en un chef d'état pour justifier ce doctorat? Nous ne le saurons pas via ce livre.

Ce que ce livre nous donne, par contre, c'est un certains nombre de sources. C'est, d'ailleurs, l'intérêt principal de l'ouvrage. La lecture de ces sources nous permettent de voir les liens qui existaient entre Boninsegni et le dictateur. D'observer comment l'université réagit au scandale qui s'ensuivit. Et de suivre ce même scandale par les lettres de protestations et les articles de la presse. Ces protestations pouvant être tout aussi argumentées que sarcastique. Il reste, tout de même, dommage que l'auteur n'ait pas fait un travail d'historien ici.

Image: Unil.ch

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04/04/2010

A qui appartient la culture?

Tous les médiévistes vous le diront: la culture n'appartient pas à l'être humain. En effet, durant la période médiévale, la culture n'était pas un bien que l'homme possédait. Les arts faisaient partie du monde de Dieu et, Dieu en étant le créateur, ne pouvaient pas être revendiqué par une seule personne. Bien sur, cela n'empêcha pas une production prolifique et le patronage de ce que nous nommons aujourd'hui des artistes. Bien au contraire, le moyen âge nous a offert de grandes œuvres qui restent encore aujourd'hui dans notre imaginaire collectif. En ne citant que les plus connus il est facile de parler de l'histoire de Tristan et Iseult et des légendes du roi Arthur. Mais le moyen âge ne nous pas légué que des écrits. Nous gardons aussi une philosophie et des monuments.

Tout ceci ne répond pas à la question que j'ai posé et, surtout, n'explique pas pourquoi j'ai décidé d'écrire cette note. Qu'on le sache ou non plusieurs pays occidentaux sont en train de négocier le cadre d'un accord secret, nommé ACTA, restreignant fortement le droit des consommateurs. Je passe sur le caractère non-démocratique de cet accord: le secret lui-même dans un cadre institutionnel (et je souligne) n'est pas démocratique. Pourquoi donc les consommateurs sont ils toujours attaqués?

On pourrait me rétorquer qu'on ne l'est pas: c'est faux. Depuis plusieurs années le consommateur de culture a été considéré, de plus en plus, non comme un citoyen mais comme un voleur en puissance. A tel point que, maintenant, n'importe quel acheteur de matériel d'écoute doit payer, en plus du prix, une taxe reversée ensuite comme droits d'auteur. En tant que consommateur nous sommes donc des pirates a priori. En plus, chaque achats de matériels d'écoute implique le paiement de cette taxe même si la majorité des personnes acquièrent leurs biens culturels de manière légale. Les consommateurs sont non seulement considéré comme voleurs a priori mais, en plus, surtaxés. Et je ne parle pas ici des autres dangers qui peuvent concerner le prêt de biens culturels. En effet, de plus en plus, il devient difficile de vouloir prêter à un ami des CD ou DVD. Les bibliothèques ont bien compris le danger puisque leur fonctionnement se base sur le prêt. C'est à tel point que je me demande si je ne suis pas hors du cadre légal lorsque je regarde un DVD avec une amie! Un ami n'est, en effet, pas inclus dans le cadre privé de la famille.

Bref, à qui appartient la culture? Tout artiste devrait le savoir et tous les scientifiques aussi. La culture est, par définition, un bien de l'humanité. Le seul moyen pour un homme de garder le contrôle d'un bien culturel qu'il a créé est de ne pas le communiquer. Car, dès que vous communiquez vos œuvres, vous l'offrez à des personnes qui vont l'observer et le considérer avec leurs propres yeux. Ils vont le ressentir d'une façon ou d'une autre que vous n'aurez, peut être, pas attendus. Votre bien peut même devenir constitutif d'une identité collective comme la tour Eiffel l'est pour la France. Un bien culturel, par définition, ne peut pas être restreint par les droits de la propriété sans détruire, en grande partie, la force symbolique de ce même bien. Les voleurs ne sont donc pas ceux que l'on croit.

10:02 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : culture, contrôle, acta | | | |  Facebook

03/04/2010

Nations et nationalisme depuis 1780. Programme, mythe, réalité par Eric Hobsbawm

Titre: Nations et nationalisme depuis 1780. Programme, mythe, réalité41MJ6GQBDYL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: Nations and nationalism since 1780. Programme, mythe, reality
Auteur: Eric Hobsbawm
Éditeur: Gallimard 1992 collection folio histoire (Cambridge university press 1990 édition originale)
Pages: 371

Hobsbawm attaque, dans ce livre, un problème ardu qui a déjà fait culer des litres d'encre sur des papiers d'historiens, de sociologues, de politologues, d'essayistes, de philosophes, de juristes et j'en passe. Pourquoi tant de personnes sur un sujet que nous semblons tous connaitre? Pourquoi autant de scientifiques ont essayé de réfléchir sur ce qu'est et d'où viennent les nations? Parce que ce n'est pas aussi simple que cela en a l'air. Dans une histoire récente ou les nationalismes semblent s'être réveillé et se protéger nous avons l'impression de tous connaitre la définition du mot nation et nous sommes sur de tous savoir de laquelle nous faisons partie et son histoire. Mais ce n'est pas si simple.

Hobsbawm, dans ce livre, nous offre une analyse "par le bas" des nations. Il ne faut pas entendre par le terme bas une dépréciation. Hobsawm essaie de comprendre comment le peuple, monsieur et madame tout le monde, ont intégré et compris le concept de nation au fil de l'histoire. Mais cette analyse suppose une dé-construction du mythe des nations. En retournant aux origines on découvre que les états-nations que l'on semble observer aujourd'hui ne sont pas un produit naturel de l'histoire. Ils ont été pensé et construit au fil d'une histoire qui commence au XIXe siècle. Non, nos états-nations ne sont pas le produit naturel et éternel d'une culture commune partagée et ancestrale. Ce sont des constructions identitaires qui ont suivis différentes formes.

Dans ce court livre nous avons donc un retour vers les processus de création des identités nationales dans leur dynamique. Alors que certains pensaient que seuls les états-nations économiquement viable étaient légitime il fut ensuite imaginé, au XXe siècle, que toutes les nations avaient droit à l'autodétermination. Hobsbawm nous montre aussi les différentes manières de créer son identité: la langue, l'ethnie, la religion ou la race. Mais en nous montrant cette création Hobsbawm démontre aussi leur fragilité et leur artificialité allant jusqu'à, parfois, recréer une langue oubliée depuis des siècles!

Pour finir, Hobsbawm essaie de comprendre comment les états-nations vont évoluer. A contre courant de thèses pro-nationalistes qui ont suivi la chute des régimes dit communistes il pense que les états-nations sont dans leur crépuscule. Non seulement les instances inter-étatiques se multiplient mais les migrations détruisent les homogénéités ethniques des nations qui n'ont, de toute manière, jamais existé. Alors comment expliquer l'essor du nationalisme? Hobsbawm considère que la raison en est la peur. Un sursaut pour essayer de garder ce que l'on était. Reste à savoir si les états-nations vont vraiment disparaitre?

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12:20 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nations, hobsbawm, nationalisme | | | |  Facebook

22/03/2010

Des hommes ordinaires. Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la Solution finale en Pologne par Christopher R. Browning

Titre: Des hommes ordinaires. Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la Solution finale en Pologne51rGLWO8FsL._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Christopher R. Browning
Éditeur: Tallandier 2007 (1992 première édition originale)
Pages: 367

Hasard du calendrier je termines ce livre, devenu un classique de la littérature sur la Solution finale, alors que l'émission "reproduisant" l'expérience de Milgram est encore dans les débats. Car Browning a le même but que Milgram dans ce livre: comment des personnes ordinaires à tout égards ont-ils pu se muer en tueurs acharnés et sans états d'âmes? Comment devient-on complice du plus grand génocide que l'histoire ait connu? Browning a donc décidé de ne pas s'intéresser aux SS, ni aux Kapos, ni aux camps de concentrations. Non, l'auteur a décidé de ne s'intéresser qu'a des hommes véritablement ordinaires. Il a donc analysé les événements et les motivations d'un bataillon de police précis sur lequel on posséde de nombreuses sources judiciaires: le 101e bataillon de l'Ordnungspolizei.

Au fil du livre Browning nous livre, donc, les événements tels qu'ils peuvent être reconstitué par les souvenirs des membres de ce bataillon. Les tueries, les pogroms, les déportations mais aussi les policiers refusant de tirer, ceux qui ne refusent pas mais ratent intentionnellement sans oublier les états d'âmes de Trapp lors de la première tuerie. A la lecture de ce livre on découvre une palette large de comportements qui vont du refus pur et dur à l'acceptation totale des ordres avec plaisir en passant par des gammes variées de résistances épisodiques lorsque les contrôle par la hiérarchie sont manquant.

Puis, Browning essaie d'expliquer ce qu'il s'est passé. Il ne veut pas excuser mais essayer de comprendre comment ces événements ont été possibles. Qu'est ce qui a mené à de tels horreurs? Pour cela il mobilise de multiples points: pression des pairs, légitimité du pouvoir, distanciation envers les victimes, propagande,... Il semble qu'aucune de ces explications ne puisse, seule, expliquer parfaitement ce qu'il s'est passé.

Ce livre est, donc, un livre vivant. Vivant car on retrouve le déroulement des événements dans leur dynamisme. Comment les choses ont changés pour le bataillon depuis la première tuerie à Jozefow et comment elles évoluent vers une absence de sentiments. Mais c'est aussi un livre explicatif qui essaie de montrer comment la guerre et le régime nazi ont pu déshumaniser une partie de la population et pousser à tuer. Cependant ce sont des événements terribles et, même avec les moments de pitié que Browning nous montre, on ne peut pas excuser les auteurs de ces massacres.

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